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mardi, 12 avril 2022

La souveraineté: un concept culturel clé pour le monde à venir

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La souveraineté: un concept culturel clé pour le monde à venir

Source: https://www.vozpopuli.com/altavoz/cultura/soberania-denis-colin.html

Vozpópuli présente en avant-première la partie essentielle du prologue de Nación y soberanía y otros ensayos (= "Nation et souveraineté et autres essais"), du philosophe politique français Denis Collin, publié par Letras Inquietas.

par Yesurún Moreno

Ce livre que nous commentons aujourd'hui dans Vozpópuli envoie tout droit une torpille sous la ligne de flottaison de la pensée woke/multiculturaliste. De quelle manière ? Avec l'élégance qui le caractérise, Denis Collin est capable d'écrire contre les prophètes de malheur qui annoncent la mort "imminente" de l'État-nation depuis 30 ou 40 ans, c'est-à-dire contre ces néolibéraux acharnés, mais aussi contre toute la foule de gauche qui confond internationalisme et soumission à une gouvernance mondiale ploutocratique. Pour donner un exemple, il affirme: "Une large fraction de l'extrême gauche, qui se réclame souvent du marxisme, défend le mondialisme au lieu de l'internationalisme et exprime son mépris flagrant pour les nations (....) Mais n'appelons pas cela de la propagande en faveur de la domination mondiale du capital de l'internationalisme".

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Karl Marx lui-même a été très clair en reconnaissant que "la lutte des classes est internationale dans son contenu, mais nationale dans sa forme". Car, comme l'affirme à nouveau Collin à juste titre: "Entre l'universel abstrait du cosmopolitisme et le particularisme de la tribu ou du groupe ethnique, la nation politique, c'est-à-dire la nation organisée en tant qu'État souverain, apparaît ainsi comme une médiation nécessaire". Ceux qui, par conséquent, indépendamment de leur conviction idéologique, sont déterminés à enterrer l'État, le font avec des intentions claires... Certains nous qualifient de nostalgiques, ceux qui défendent aujourd'hui la continuité des acquis du mouvement ouvrier au siècle dernier".

Même si nous reconnaissons qu'il ne faut pas accorder une confiance aveugle à l'État bourgeois, n'y a-t-il pas eu de réelles avancées sociales ? La classe bourgeoise d'aujourd'hui cherche à surmonter (Aufhebung) l'État afin de se débarrasser de cette ambiguïté, elle cherche à détruire l'État afin d'éliminer le conflit de classe à la racine. Comme l'affirme le philosophe italien Diego Fusaro : "Nous assistons aujourd'hui à un conflit de classes géré uniquement par le haut. C'est seulement la classe dirigeante qui fait la lutte des classes (...) vous pouvez vous battre si vous êtes dans l'État et que vous voyez votre ennemi face à face (...), récupérer l'État-nation ne signifie pas être nostalgique du passé".

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État ou déracinement ?

Manolo Monereo est également d'accord avec cette ligne dans son article "L'avenir des idéologies et des idéologies avec un avenir" (2020), pour qui : "L'État-nation est le lieu de la politique et de la démocratie. C'est le lieu du conflit de classe et de la redistribution. C'est le lieu de contrôle du marché, de la planification, du développement et de la gestion des politiques publiques. C'est aussi le lieu des droits syndicaux, du travail et des droits sociaux, des retraites (...). La vieille méthode marxiste est toujours utile: partir de la réalité et de ses contradictions pour la changer".

    Le citoyen du monde cosmopolite, celui qui n'a pas de domicile fixe et erre sans attaches, est condamné à tomber dans les bras de la consommation schizophrénique.

En bref, ceux qui déforment et triturent le message de personnalités de la philosophie contemporaine comme Collin, Fusaro ou Monereo tentent de créer le soupçon qu'ils sont en fait des agents de la réaction, des "gardiens du temple", sans se rendre compte que ce sont eux-mêmes qui finissent par faire le jeu du capital financier transnational avec leur "internationalisme". La trans-territorialisation des flux sociaux, la financiarisation et l'uberisation de l'économie, l'émergence de formes d'"économie collaborative", le vidage des zones rurales, le télétravail ou le coworking, ainsi que le cohousing, et même les directives scandaleuses du Forum de Davos, bref, la diaspora ininterrompue et la précarité générale de l'existence humaine sont des phénomènes qui montrent une nette tendance au déracinement.

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Le citoyen du monde cosmopolite, celui qui n'a pas de domicile fixe et erre sans attaches, est condamné à s'abandonner aux bras de la consommation schizophrénique. Peut-être devrions-nous, comme le fait Collin, revenir aux classiques. Ce n'est pas un hasard s'il commence son itinéraire avec Aristote. C'est dans le domaine de la politique que le Stagirite nous a légué l'une des vérités les plus paradoxales: l'esclavage est cette condition qui repose sur l'absence de liens et d'un foyer propre, raison pour laquelle l'esclave peut être maltraité de toutes les manières et en tous lieux. Et que, à l'inverse, la liberté aristotélicienne est cette condition fondée sur la relation et l'obligation envers les hommes (concitoyens), la cité (Polis) et les coutumes du lieu où l'on vit (Patrios politeia).

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Denis Collin entreprend dans ce livre la tâche difficile et courageuse d'esquisser une véritable alternative au mondialisme sans tomber dans les lieux communs ni recourir aux fidélités nostalgiques. Ce bref ouvrage est une exhortation à "défendre une conception raisonnable de la souveraineté nationale, à permettre à chacun d'aimer son pays, ses traditions, sa culture sans cultiver l'hostilité envers les étrangers et à reconnaître le devoir d'hospitalité et d'entraide envers les malheureux - des principes moraux également inscrits dans notre longue histoire - est la seule façon de s'opposer aux exploiteurs de la crise, aux soi-disant identitaires incultes et autres groupes violents qui deviendront demain les agents de la destruction de la civilisation".

Soberanía y nación y otros ensayos' (Letras Inquietas) dans les librairies de toute l'Espagne. Pour le commander: http://www.letrasinquietas.com/nacion-y-soberania-y-otros-ensayos/

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