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samedi, 07 mars 2026

Pourim 2026 – et ce que nous raconte le palais du Golestan

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Pourim 2026 – et ce que nous raconte le palais du Golestan

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Nous ne savons pas ce qui se passe ces jours-ci en Iran. Les informations vérifiables provenant de la zone de guerre sont rares. Ce que l’on peut apprendre, lorsqu’on cherche des informations, est déjà assez triste. L’alliance criminelle des Etats-Unis et d'Israël mène – comme d’habitude dans tous les cas comparables (Gaza, Irak, Yougoslavie 1999) – une guerre non seulement contre l’armée iranienne et le prétendu programme d’armes nucléaires, mais aussi contre le pays lui-même, contre le peuple et son identité: contre sa culture unique, plurimillénaire.

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Les destructions infligées sont d’autant plus douloureuses qu’il s’agit généralement de monuments culturels irremplaçables. Lors des récentes attaques contre Téhéran, l’un d’entre eux a été gravement touché: le palais unique du Jardin des Roses dans le complexe du palais du Golestan, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce palais date à l’origine du 16ème, a été agrandi à plusieurs reprises au fil des siècles et a été entièrement restauré au 17ème. Une visite à ce palais constitue le point culminant de tout voyage à Téhéran; l’intérieur d’une finesse incroyable et les jeux de lumière produits par des milliers de vitres et de miroirs brisés ou peints sont tout simplement indescriptibles. Des œuvres d’art de ce genre sont véritablement uniques et irremplaçables.

Un blog de l’administration muséale de Téhéran a informé hier des dégâts causés lors de l’attaque: des vitres ont éclaté, les sols et l’intérieur ont été endommagés. Le complexe dans son ensemble semble – pour l’instant – intact.

La destruction du passé fait partie intégrante de la guerre inhumaine visant l’âme à l’ère des masses « démocratiques ». Ce n’est pas un hasard. Elle vise à effacer la mémoire de l’ennemi, à le priver de visage et d’identité. Et ce, intentionnellement, ce qui la rend d’autant plus diabolique.

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Nous connaissons cela de notre propre histoire récente. L’un des principaux responsables de la terreur aérienne anglo-américaine contre l’Allemagne, le conseiller de Churchill Lord Cherwell (alias Frederick Alexander Lindemann - photo), justifia la destruction des villes allemandes et des biens culturels par des arguments infâmes: «La ‘rééducation’ allemande doit être facilitée par une ‘reconfiguration’ de l’espace vital allemand». Le président américain Roosevelt fut réceptif à de telles considérations, lorsque Lindemann lui expliqua que le bombardement des villes ne briserait pas seulement le moral des Allemands, mais ramènerait aussi « l’orgueil allemand et la conscience de leur mission à un niveau tolérable » par la destruction des témoins architecturaux du passé.

On sait comment cela s’est terminé. Les villes allemandes ont péri, et depuis 1945, elles ne sont plus ce qu’elles étaient auparavant. Il est incontestable que la pulvérisation de leur tissu urbain a contribué à la « rééducation » des vaincus : un chapitre de la guerre psychologique qui fait désormais partie des accompagnements habituels là où les « valeurs occidentales » sont à l’offensive dans le monde. Nous savons au plus tard depuis la (seulement partielle !) publication des documents Epstein qu’elles sont en réalité sataniques, dépravées, perverses.

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L’Irak a également été « libéré » en 1991, à grande échelle, de son passé plurimillénaire par les apporteurs de démocratie occidentaux. Environ 15.000 sites culturels catalogués existent en Irak, sur le territoire des anciennes civilisations de Sumer, Babylone et Assur. Après la guerre, l’administration irakienne des antiquités a dressé l’inventaire des dégâts causés par les attaques alliées et en a tiré un bilan terrible, dont l’opinion mondiale n’a jamais rien su. Des centaines de monuments culturels ont été endommagés, menacés d’effondrement, affectés par des secousses ou des explosions proches. Les Américains ont souvent tiré arbitrairement sur des sites archéologiques et des antiquités.

Le paysage culturel iranien est même encore plus riche que celui de l’Irak. Selon le recensement de l’office iranien des monuments, il comprend plus de 34.000 sites historiques et culturels, témoins de toutes les époques. Une source unique d’identité nationale – et il faut reconnaître que la République islamique d’aujourd’hui ne refoule plus la période ancienne et préislamique, mais la considère comme faisant partie de l’héritage national.

Qu’en restera-t-il après la guerre – si Trump, comme il l’a dit, fait « sortir la saleté » des Iraniens ?

Parlons aussi des victimes humaines, déjà à déplorer. Par exemple, les 165 fillettes mortes lors de l’attaque israélienne sur une école de la ville de Minab – comment s’étaient-elles retrouvées sur la liste des cibles ? Pourquoi ?

Peut-être tout simplement parce qu’elles étaient Perses. Les « saintes » écritures du peuple d’Israël regorgent de récits terrifiants où leur Dieu, auquel on ne doit pas associer d’autres dieux, extermine et anéantit d’autres peuples. Leur Seigneur, jaloux, avide de sang et de vengeance, leur a promis leur Terre promise et le reste du monde. Depuis lors, le peuple d’Israël sait qu’il vaut mieux ne laisser aucun autre survivre. Israël pratique cela de la Nakba, l’expulsion des Arabes en 1948, jusqu’à aujourd’hui à Gaza.

Comme par hasard – ou peut-être pas : au début de cette semaine, c’était Pourim. Les Juifs pieux fêtent Pourim en souvenir d’un complot déjoué à la cour perse par la sage Esther, une sorte de Monica Lewinsky antique à la cour du Grand Roi. Pour se venger, les Juifs ont massacré 75.000 Perses dans l’empire du Grand Roi – et célèbrent cela jusqu’à aujourd’hui comme une fête joyeuse. À lire dans le Livre d’Esther. Pourim 2026. On n’a pas besoin d’en savoir plus.

* * *

Note à l'article d'humeur de Karl Richter:

Urbicide et destruction de la mémoire

Il y a quelques années l'auteur britannique Robert Bevan sortait un ouvrage intitulé The Destruction of Memory - Architecture at War où il dénonçait la destruction de villes et de leurs patrimoines architecturaux, que certains ont ensuite appeler l'urbicide. Cette tactique visait l'effacement de la mémoire architecturale des peuples visés par les bombardements. Pouvez-vous m'en dire plus?

L’ouvrage The Destruction of Memory: Architecture at War (2006, puis édition augmentée en 2016) de l’historien et critique d’architecture Robert Bevan a joué un rôle important pour populariser l’idée que la destruction du patrimoine bâti peut être une arme stratégique. L’auteur montre que, dans de nombreux conflits, détruire les bâtiments n’est pas seulement un dommage collatéral: c’est une attaque contre la mémoire collective et l’identité d’un peuple.

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L’idée centrale : détruire l’architecture pour effacer un peuple

Selon Bevan, l’architecture est un support matériel de la mémoire: villes, monuments, lieux de culte ou maisons incarnent l’histoire et l’identité d’une communauté. Les détruire vise donc à briser le moral et l’identité culturelle d’un groupe.

Il affirme que ces destructions peuvent constituer une forme de «génocide culturel»:

- elles éliminent les traces du passé;

- elles rendent plus difficile la transmission d’une mémoire collective;

- elles facilitent la domination politique ou la substitution culturelle.

L’idée rejoint une phrase souvent citée par Bevan (empruntée à Milan Kundera): la lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli.

Le concept d’« urbicide »

Le terme urbicide (littéralement « meurtre de la ville ») est utilisé par certains chercheurs pour décrire la destruction systématique de l’environnement urbain dans le but de détruire la vie sociale et culturelle qu’il abrite.

Dans cette perspective:

- la ville est un “réservoir de mémoire” et de valeurs culturelles;

- attaquer ses infrastructures, monuments ou quartiers revient à attaquer l’identité des habitants.

L’urbicide inclut:

- destruction de monuments historiques;

- démolition de lieux de culte;

- bombardement de quartiers résidentiels;

- effacement de paysages urbains symboliques.

Exemples historiques analysés par Bevan: 

Le livre parcourt de nombreux cas où l’architecture est devenue une cible symbolique:

a) Conquêtes et destructions anciennes:

- destruction des villes aztèques par les conquistadors espagnols

- remplacement de temples par des églises ou mosquées lors de conquêtes religieuses.

b) Seconde Guerre mondiale:

Bombardements massifs de villes comme Dresden ou Tokyo.

Ces bombardements visaient aussi le moral et l’identité des populations urbaines.

1. Génocides et persécutions culturelles

- destruction des synagogues lors de la Kristallnacht;

- disparition de nombreuses églises et monastères arméniens après les massacres de 1915.

2. Guerres de Yougoslavie (cas central du livre)

Le siège et les destructions en Sarajevo et Mostar sont souvent cités comme exemples d’urbicide.

La destruction du Stari Most en 1993 avait peu d’intérêt militaire mais une énorme valeur symbolique: le pont représentait l’histoire multiculturelle de la ville.

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3. Destructions contemporaines

Bevan évoque aussi :

- les Bouddhas de Bamiyan Buddhas,

- la destruction de sites à Palmyra,

- les bombardements de mosquées ou sanctuaires en Irak.

4. Un débat juridique : crime de guerre ou génocide culturel ?

Le livre insiste sur une lacune du droit international.

Les conventions comme la Hague Convention for the Protection of Cultural Property protègent le patrimoine culturel, mais la destruction de monuments est souvent traitée comme un crime secondaire, ajouté à d’autres crimes (meurtres, déportations, etc.).

Bevan plaide pour reconnaître explicitement la destruction culturelle comme partie intégrante du génocide.

5. Pourquoi cette idée est devenue influente

L’ouvrage a marqué les débats sur :

- la protection du patrimoine en guerre;

- les politiques de reconstruction après conflit;

- la notion de mémoire urbaine en architecture et en urbanisme.

Il a aussi inspiré des discussions sur des conflits récents (Syrie, Ukraine, Irak) où la destruction du patrimoine sert à terroriser, à effacer l’identité ou à réécrire l’histoire.

En résumé :

Pour Bevan, la destruction des villes et des monuments n’est pas seulement matérielle. Elle vise à détruire la mémoire, l’identité et la continuité historique d’un peuple, ce qui explique pourquoi ces attaques accompagnent souvent les politiques de purification ethnique ou de domination politique.

On peut aussi aborder les thèmes suivants:

- comment le concept d’urbicide est né dans les années 1990 (notamment avec les guerres de Yougoslavie),

- ou comment certaines reconstructions (Varsovie, Mostar, Dresde) sont devenues des actes politiques de mémoire.

16:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, urbicide, iran, palais de golestan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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