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jeudi, 05 mars 2026

La guerre messianico-apocalyptique contre l’Iran

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La guerre messianico-apocalyptique contre l’Iran

par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/la-guerra-messianica-apo...

« Lundi, lors d’un briefing, le commandant d’une unité militaire aurait dit aux sous-officiers que la guerre en Iran fait partie du plan de Dieu et que le président Donald Trump aurait été «oint par Jésus pour envoyer un signal de feu en Iran et provoquer l’Armageddon qui entraînera son retour sur Terre , selon ce qu’a dénoncé un sous-officier. Depuis samedi matin, la Military Religious Freedom Foundation des États-Unis a reçu 200 appels provenant de plus de 50 bases militaires de tous les services, dans lesquels étaient rapportées des déclarations similaires inquiétantes de la part de «commandants chrétiens fanatiques».**

L’intervention en Iran coïnciderait donc avec l’Armageddon, la bataille finale apocalyptique qui doit aboutir au retour du Christ. Ce n’est pas une blague, ni une simple explication basée sur le fait que le chef du Pentagone, Pete Hegseth, est un fanatique religieux et que les hauts gradés de l’armée sont remplis d’evangelicals.

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La théologie apocalyptico-messianique des évangéliques, en effet, a des racines profondes. « Au 19ème siècle, le théologien John Nelson Darby (portrait, ci-dessus) supposait que Dieu interagissait avec l’humanité à travers différentes périodes ou « dispensions ». Cette théologie dispensationnaliste s’est rapidement diffusée aux États-Unis, atteignant les masses chrétiennes mainstream avec la diffusion de la Bible Scofield de 1909. »

« Darby soutenait qu’Ézéchiel 38 décrivait une guerre future dans laquelle les nations se rassembleraient contre Israël, et que Dieu rendrait son jugement contre elles. Scofield a repris cette assertion et l’a appliquée à la géopolitique moderne, en identifiant la Russie comme l’ennemi d’Israël. »

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Mais avec le temps, cette théologie découvre l’Iran. « En 1979, Hal Lindsey, dans The Late Great Planet Earth, identifie chaque ancienne nation présente dans Ézéchiel 38 à une nation moderne, et l’Iran devient important parce que c’est par lui que la Russie cherchera « une invasion de la terre d’Israël ». 

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« Le dispensationaliste Tim LaHaye, auteur de Left Behind, une saga qui romanise l’eschatologie dispensationnaliste, est allé plus loin, en 1999, en avançant que l’Iran aurait reçu des armes nucléaires de pays de l’ex-bloc soviétique après la chute de l’Union soviétique».

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« Cette transition progressive de l’Iran, passant de périphérie de la prophétie à acteur central, a culminé dans l’œuvre de Mark Hitchcock, selon lequel l’Iran occupe une place centrale dans la prophétie apocalyptique de la fin des temps, dans plusieurs livres, dont Iran: The Coming Crisis, The Apocalypse of Ahmadinejad, Iran and Israel et Showdown with Iran. »

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« Iran and Israel commence par un long passage extrait du livre de 2012 de Yaakov Katz et Yoaz Hendel, Israel vs. Iran: The Shadow War, où l’on imagine qu’Israël lancera une attaque préventive contre l’Iran pour l’empêcher d’obtenir des armes nucléaires. Une telle attaque et la réaction iranienne déclencheraient une guerre régionale susceptible de conduire à la «Troisième Guerre mondiale». 

Ensuite, Hitchcock «pose une question cruciale: ‘Est-il possible que ces événements fassent partie d’un drame plus vaste, écrit il y a longtemps?’ » Selon lui, cette attaque mènera «à la fameuse guerre de Gog et Magog décrite dans Ézéchiel 38. Cette guerre impliquera une coalition d’ennemis d’Israël, qui attaquent Israël pour le détruire, mais qui seront miraculeusement détruits par Dieu».

Ainsi, dans Showdown with Iran, il écrit: «La confrontation actuelle avec l’Iran préfigure étonnamment cette guerre imminente. Ce que nous voyons aujourd’hui en est la préparation parfaite. Les pays et les circonstances convergent à une vitesse toujours plus grande pour occuper la place prophétisée, exactement comme on pourrait l’attendre si cette guerre approchait».

«Et c’est cette guerre que Hitchcock souhaite». Dans Iran: The Coming Crisis, il se demande: «Combien de temps devrons-nous encore attendre avant de lancer une attaque préventive pour paralyser les ambitions nucléaires de l’Iran?».

Pour Hitchcock, «la perspective d’un conflit qui pourrait déboucher sur la Troisième Guerre mondiale est positive, car elle rapproche le monde de l’Enlèvement, le retour imminent de Jésus qui emmènera tous les chrétiens au ciel. Dans l’eschatologie de Hitchcock, les événements de la guerre de Gog et Magog se déroulent après l’Enlèvement. Il écrit: ‘Le prélude semble prêt. Il ne reste plus qu’à ce que l’Enlèvement ait lieu’».

La «tension au Moyen-Orient est vue comme un prélude nécessaire» à l’Enlèvement, qui sera précédé d’une période de «Grande Tribulation» durant laquelle la terre sera la proie de l’Antichrist. Cette vision apocalyptique, comme l’explique Josh Olds (dont nous avons repris le texte), est «la force motrice de l’eschatologie des evangelicals. Et c’est cette pensée qui façonne la politique étrangère américaine».

Il est inutile de rappeler que récemment, Israël a investi d’importantes ressources pour renforcer ses liens avec les evangelicals via le projet Esther, du nom de la reine juive qui sauva ses compatriotes d’un génocide en Perse (coïncidence non fortuite, tout comme le fait que la guerre actuelle ait commencé à l’approche de Pourim, la fête juive qui rappelle cet événement).

Plus intéressant encore, c’est de voir que le messianisme des évangéliques descend de celui du judaïsme, qui domine actuellement en Israël. Ils voient dans la poussée vers le Grand Israël, du Nil à la mer (et/ou du Nil à l’Euphrate), ainsi que dans la guerre contre l’Iran, «une intervention divine qui accélérera l’ère de la rédemption».

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Netanyahou est le précurseur du Messie, un rôle qu’il a, dans son cynisme, accepté avec joie. «J’ai une mission historique et spirituelle», a-t-il dit, «celle de réaliser le Grand Israël, avec tout ce que cela implique pour le monde».

Bizarre que les médias grand public dirigent leurs critiques contre la théocratie iranienne, tout en ignorant la force de l’intégrisme religieux qui lui a déclaré la guerre, et que cette guerre se déroule dans le contexte dit de l’Armageddon.

Quant à la chronologie de la fin des temps, si les Juifs ne donnent pas trop d’importance à l’évangile, cela devrait être différent pour les evangelicals. Ainsi, Jésus dit: «Quant à ce jour et à cette heure, personne ne le sait, ni les anges du ciel, ni le Fils, mais seulement le Père». Si le Fils ne le sait pas, il est peu probable que d’autres le sachent. Une remarque qui devrait inviter les faux prophètes à se rappeler d’un slogan qui circulait il y a quelques années sur un t-shirt: «Dieu existe, mais pas toi, détends-toi».

 

Woke, la dernière idéologie occidentale: des Lumières à la nuit

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Woke, la dernière idéologie occidentale: des Lumières à la nuit

par Marcello Veneziani

Source : Marcello Veneziani & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/woke-l-ultima-ide...

Comment se porte l’idéologie woke à l’époque de Trump en Amérique et dans le monde, et chez nous, en Italie, à l’ère de Meloni? Si vous y réfléchissez, la canon woke est la dernière idéologie mondiale sur la scène internationale. Le reste est entre les mains de la technique. La culture MAGA, aujourd’hui divisée sur les choix interventionnistes de Trump, ne pénètre pas la mentalité publique, et n’a guère pris racine ailleurs en Occident, si ce n’est de façon marginale. Il n’y a pas une culture qui s’oppose, avec la même force pénétrante, à l’idéologie woke, qui devrait avoir les traits d’une culture de la tradition, de l'enracinement et des identités, des principes conservateurs; une culture qui souhaite préserver, sauvegarder des principes, des mondes, des coutumes, le sens commun, et qui, en symétrie avec le mouvement Woke, pourrait être appelée Save. Le verbe “sauver” est la clé de l’univers conservateur.

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Mais il est aussi vrai que l’une des principales raisons de la victoire de Trump aux États-Unis (et en partie celle de Meloni en Italie) fut précisément la révolte contre l’hégémonie culturelle woke. Elle était devenue oppressante, insupportable, surtout aux États-Unis. Née sur les thèmes de l’anti-racisme et de l’anti-colonialisme, l’idéologie woke est devenue, comme on le sait, le lieu de rencontre du féminisme et de l’antimachisme, des LGBTQ+ et des droits civiques, de la cancel culture et du politiquement correct, incluant pacifisme et antifascisme.

En apparence, l’idéologie woke est anti-occidentale, son ennemi idéal étant l’homme, blanc, hétéro, occidental, avec son histoire et ses traditions; mais dans ses origines, le catéchisme woke est une pathologie toute occidentale, un fruit dévié de l’occidentalisme, une reconversion de l’esprit progressiste et révolutionnaire qui habite l’Occident, dans un esprit libéral et radical.

Quelle est la différence? Son ennemi n’est plus le riche, le maître, le capitalisme, mais la tradition ou son prétendu gardien du présent, le fascisme. Et sa référence n’est plus le prolétaire, l’ouvrier, le pauvre, mais une couche transversale, généralement néo-bourgeoise, aisée, instruite, voire intellectuelle. Son principal champ de bataille est l’école, et l’université, mais le cinéma et la musique ne sont pas en reste. Elle est aussi virulente dans l’industrie et le commerce, dans la communication publicitaire (pensons au woke washing).

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Mais si l’idéologie woke est fille de l’Occidentalisme, si elle reprend ses matrices, de quelle branche provient-elle, de quel courant culturel s’inspire-t-elle? On peut dire que l’idéologie woke est le fruit ultime du néo-illuminisme.

Pour commencer, l’ennemi est le même: l’obscurantisme, c’est-à-dire la nuit de la tradition, de la réaction, de la religion, des liens sociaux et communautaires hérités, du passé sombre et infâme par définition. Woke signifie réveillé, c’est-à-dire celui qui se réveille à la lumière de la raison: la philosophie des Lumières se rapportait à une pensée, alors que le canon woke déplace le centre de l’attention de l’objet au sujet, comme il convient à une époque centrée sur le moi.

L’illuminisme (= les Lumières) était surtout une culture, tandis que l’idéologie woke est une mentalité, un ensemble pratique de préceptes, de totems et de tabous. Autrement dit, un produit subculturel, où les préjugés deviennent explicites et obscurcissent toute critique kantienne du jugement.

was-ist-aufklaerung-taschenbuch-immanuel-kant-2872898720.jpgLes Lumiéristes étaient des intellectuels, ils formaient une société de pensée, il y avait des philosophes célèbres et des projets encyclopédiques pour redéfinir le monde ; Kant lui-même expliquait ce qu’était l’illuminisme (Aufklärung) face aux ténèbres de l’ignorance. Les porteurs de l’idéologie woke sont eux des vigilants, de diverses fonctions, et la définition littérale de « réveillé » se traduit finalement par celle, plus inquiétante, de « surveillé ».

La nature woke est corrective, rééducative, répressive. L’idéologie woke est la dernière version du néo-illuminisme, une version à la pensée faible, austère, punitive, censurante, arrogante, prétentieuse. Peut-être conserve-t-elle encore un vague souvenir de la secte idéologique des Lumières, mais sa mission est plus de surveiller que d’exprimer une culture.

Mais auparavant, nous avions noté que l’idéologie woke est une reconversion de l’esprit progressiste et révolutionnaire en esprit libéral et radical. Entre les deux, pour faire passer la transition, il y a eu deux facteurs: d’un côté, la fin historique et théorique du marxisme-communisme, avec la lutte des classes, la révolution armée, la dictature du prolétariat, le parti-prince, les soviets et la planification; de l’autre, l’avènement de l’esprit transgressif, subjectif et rebelle qui s’est exprimé à partir de 68, et qui a modifié les moeurs, les langages, les styles de vie, la relation entre les sexes et entre les générations. Entre-temps, il y a ce que Pasolini appelait la mutation anthropologique, l’avènement de l’homogénéisation puis de l’uniformisation, la perte de la civilisation chrétienne et paysanne, la société de consommation et de l’individualisme mondial.

Après la chute du marxisme-léninisme, l’appel à l’esprit progressiste est revenu, et la lutte entre maîtres et serviteurs s’est transformée en lutte entre progrès et réaction. On est passé de la révolution bolchevique à la Révolution française, et du marxisme des 19ème et 20ème siècles à l’illuminisme du 18ème.

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Déjà, Antonio Gramsci avait prévu que le marxisme serait une sorte d’illuminisme porté aux masses — certes comme phénomène élitiste, le «Collectif Intellectuel», le Parti-Prince — mais orienté à façonner les masses et le monde populaire. Sur cette ligne, s’était développée une tendance qui voulait remplacer le communisme par la catégorie modernisée de la gauche (Umberto Eco fut l’un des traducteurs culturels de cette mutation néo-illuministe).

La capitale de l’idéologie woke n’est plus l’Europe, comme à l’époque des Lumières, mais les États-Unis. New York, et non plus Paris, est le paradigme mondial, aussi parce que les USA sont devenus, entre-temps, le pivot du Nouvel Ordre Mondial et de l’Occidentalisation du monde, qui dure depuis plusieurs années. La mouvance dans le camp woke se situe entre le libéralisme et le radicalisme, c’est-à-dire entre l’idée d’émancipation individuelle, compatible avec d’autres formes de libéralisme, et l’idée d’une mutation plus substantielle et plus radicalement inclusive, basée sur les flux migratoires, le mouvement antiraciste et féministe, les droits civiques LGBTQ+.

Dans d’autres aspects, l’idéologie woke hérite de l’esprit marxiste séparé du communisme, ainsi réduit à un esprit mondial, libéral et radical: un processus que, naturellement, les socialistes anticapitalistes, les nationaux-populistes et les communistes ne peuvent accepter, et restent donc étrangers et critiques face à la mutation woke. Comme cela aurait été le cas, chez nous, d'un Pasolini, communiste antimoderne ou même d'un représentant cohérent de l’ancien PCI, de la CGIL de Di Vittorio ou de l’idéologie marxiste-léniniste.

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Malgré l’arrivée de Trump aux États-Unis (et de Meloni en Italie), l’idéologie woke reste dominante dans les lieux où se forge la mentalité actuelle (médias, universités, milieux culturels, arts) et remporte parfois même des victoires politiques, comme l’élection de l’islamo-marxiste Mamdani à la tête de New York. Elle n’a pas d’adversaires.

La « culture » woke est la dernière branche idéologique née en Occident et qui a grandi dans son sein, avec l’intention parricide de devenir la pierre tombale de l’Occident lui-même.

Bien qu’elle s’inspire des Lumières, elle annonce la Nuit de la civilisation.

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Universalisme et bellicisme

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Universalisme et bellicisme

par Alberto Giovanni Biuso

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32385-albe...

« Le berger a fait craindre le loup au mouton toute sa vie, mais à la fin c’est le berger qui le mange. » (Proverbe géorgien)

L’Europe possède dans le monde une spécificité qui plonge ses racines dans les anciennes cultures méditerranéennes, caractérisées par l’identité d’un espace — celui de la Méditerranée — et par la différence autant dans les modes de vie que dans les relations avec la plus grande puissance, partiellement méditerranéenne : l’Empire perse.

Les racines de l’Europe sont donc polythéistes et païennes; l’élément judéo-chrétien s’est diffusé très tard par rapport à ces structures, même s’il est ensuite devenu dominant. L’histoire politique, sociale et culturelle de cet espace maritime et continental a été très variée et complexe, et il apparaît aujourd’hui que cette histoire semble toucher à sa fin. Le suicide, à la fois traumatique et lent, commencé avec la guerre civile européenne (1914-1945), se déroule dans des formes de plus en plus tragiques, essentiellement, mais de façon presque burlesque. Au 21ème siècle, et en particulier dans les années 2010 et 2020, l’Europe est effectivement gouvernée par des oligarques sans culture, sans liberté, sans dignité ; elle est dirigée par de véritables « ectoplasmes ou somnambules convertis au bellicisme » (Alian de Benosit, dans Diorama Letterario, n° 389, janvier-février 2026, p. 9).

Des ectoplasmes dont le bellicisme constitue justement une des ultimes conséquences du lent suicide européen, attestée aussi et surtout par le fait que, bien qu’endettée et privant de plus en plus ses citoyens des services essentiels à la vie, l’Europe a déjà octroyé plus de 200 milliards d’euros d’aide à l’Ukraine, une aide qui ne sert qu’à poursuivre le massacre, à continuer un conflit qui est en même temps une guerre de sécession des régions russophones contre une entité étatique artificielle (créée par Lénine, qui n’existait pas encore en tant qu'État) comme l’Ukraine; une guerre de défense de la Fédération de Russie contre l’expansion de l’OTAN à ses frontières; une guerre civile entre peuples slaves liés entre eux par une histoire séculaire; une guerre par procuration des États-Unis d’Amérique contre la Russie, perçue comme le deuxième concurrent le plus dangereux dans la domination mondiale, après la Chine.

Il-suicidio-della-pace-di-Alessandro-Colombo-edito-da-Raffaello-2409754051.jpgLe politologue Alessandro Colombo affirme à juste titre (dans Il suicidio della pace, Raffaello Cortina, 2025) qu’une des expressions de l’échelon le plus bas des décideurs politiques en Europe occidentale consiste à ne pas réaliser (ou à refuser pathologiquement) le déclin du «cosmopolitisme libéral fondé sur une démocratie formelle, une ouverture indéfinie des marchés et l’hégémonie absolue de l’Occident à forte traction américaine» (Roberto Zavaglia, dans Diorama Letterario, op. cit., p. 33).

Et pourtant, comme toujours dans les phénomènes politiques et sociaux, il y a une méthode dans toute cette folie. C’est la méthode qui a été couronnée de succès lors de la pandémie de Cov id19: susciter et rendre omniprésente la peur.

Car si les peuples et les individus sombrent dans la crainte d’un danger imminent et grave, ils sont ensuite prêts à accepter n’importe quel ordre qui leur est imposé. Avec la terreur, l’inacceptable devient indispensable.

Après cette expérience réussie, il était donc nécessaire qu’un nouveau danger se profile à l’horizon. Nouveau, mais traditionnel: la russophobie, le préjugé contre un peuple et une nation qui sont certes européens, mais aussi asiatiques, qui partagent langues, art, religion, littérature, architecture et philosophies de l’Europe occidentale, mais qu’ils déclinent toujours de manière originale. Une entité donc assez proche et suffisamment différente pour susciter une crainte plausible. Et pourtant, l’aveuglement des groupes oligarchiques européens oublie que chaque fois que la partie occidentale de notre continent a attaqué la Russie, elle en est sortie détruite. Les cas les plus récents sont la France napoléonienne et l’Allemagne national-socialiste. Il est pratiquement inévitable qu’un troisième cas se produise — probablement le plus désastreux, étant donné que la Russie est devenue une puissance nucléaire.

Le vrai danger réside donc dans le fait que l’Occident anglo-saxon a dévoré l’Europe. Les décideurs politiques français, italiens, allemands et d’autres pays croient encore être les maîtres, mais ils ont été déclassés au rang de serviteurs des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël, qui constituent la réelle menace pour toute la planète.

71VdWPNK8eL._SL1228_-2716192763.jpgL’Occident anglo-saxon est encore profondément imprégné d’éléments coloniaux, racistes, bellicistes. Le mondialisme financier n’est que l’expression contemporaine de l'unilatéralisme politique et de l’universalisme éthique/religieux qui ont fait des continents entiers des dépôts de matières premières et d’esclaves à exploiter pour leur propre gloire. Chantal Delsol souligne à juste titre que l’universalisme occidental «est la cause principale de sa volonté de convertir le reste du monde, autrefois à sa religion, puis à ses intérêts politiques (le colonialisme), aujourd’hui à son modèle économique et social ou à ses principes moraux (les droits de l’homme). […] L’universalisme assimilateur n’est rien d’autre que la projection et le masque d’un ethnocentrisme étendu aux dimensions de toute la planète, et l’uniformité tend irrésistiblement à dévaluer les différences » (Eduardo Zarelli, in Diorama Letterario, cit., p. 21). Une fois de plus, l’outil conceptuel de l’identité et de la différence montre sa fécondité aussi pour comprendre les événements historiques, et pas seulement les questions logiques ou métaphysiques.

L’aspiration universaliste de l’Occident anglo-saxon montre aujourd’hui son vrai visage: celui d’un génocide. Gaza et la Palestine, le peuple palestinien qui est effacé de la surface de la Terre (de sa terre), représentent la preuve définitive de la réelle substance de l’universalisme qui déteste la différence. Après Gaza — le plus grand génocide et crime de l’histoire contemporaine — toutes les thèses juridiques de l’Occident anglo-saxon et toutes ses prétentions à la supériorité morale apparaissent simplement tragiques et grotesques. Le capitalisme sans sol, la finance sans terre, privent un peuple qui y vit depuis des siècles de leur sol et de leur territoire, avec l’intention explicite de transformer ces terres en centres commerciaux et hôtels de luxe où les Occidentaux pourront passer leurs vacances et leurs vieux jours dorés.

Tout cela n’est pas le folklore d’un président américain, mais la dissolution que le règne de la crématistique (comme Aristote appelait la finance) entraîne toujours avec lui.

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Géopolitique dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine

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Géopolitique dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine

Elena Fritz

Quelle: https://t.me/global_affairs_byelena# 

Ceux qui considèrent isolément les vicissitudes actuelles comme une «crise iranienne» sous-estiment son ampleur stratégique. Dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine, une image plus claire se dessine.

L’Iran a été pendant des années l’un des principaux fournisseurs de pétrole bon marché pour la Chine.

Les rabais tarifaires de 20 à 25 pour cent en dessous du prix du marché mondial ont conféré à Pékin un avantage structurel. Pour une nation industrielle orientée vers l’exportation, le prix de l’énergie n’est pas un sujet marginal, mais un facteur clé de compétitivité.

Une énergie bon marché signifie des marges industrielles plus élevées, des marges de manœuvre plus grandes sur les marchés mondiaux et une croissance accélérée.

La logique stratégique est donc simple:

Si un concurrent tire sa dynamique économique d’une énergie durablement bon marché, il est dans l’intérêt de la puissance rivale de limiter cet avantage.

Les chiffres illustrent l’ampleur: 

- Le pétrole vénézuélien couvre environ 7% des besoins chinois – une interruption de ce flux caribéen serait supportable.

- Les livraisons iraniennes sont nettement supérieures; une augmentation des prix aurait des impacts visibles.

- Les livraisons russes représentent entre 12 et 18% des importations chinoises; si, elles aussi, ne bénéficient plus de remises, la structure des coûts se modifie fondamentalement.

C'est alors clair: il s’agit de modifier, par une forme ou une autre de coercition, le prix de l’énergie pour en faire le levier d'un contrôle géopolitique.

Sous le signe de la sécurité et de la stabilité, un facteur clé de la compétitivité chinoise est en fait abordé. Le conflit est donc moins régional que systémique.

L’approche stratégique est essentielle:

- Il ne s’agit pas de déstabiliser ou de vaincre la Chine.

- Il suffit de ralentir le rythme de croissance et de neutraliser les avantages structurels.

Dans les grandes compétitions de puissance, ce n’est souvent pas la victoire spectaculaire qui compte, mais le contrôle de la dynamique et du rythme.

Dans ce contexte, l’actualité ne paraît pas comme une escalade spontanée, mais comme une partie d’une arithmétique du pouvoir à long terme au 21e siècle.