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lundi, 05 janvier 2026

Indignation sélective: tempête pour un refus de visa, silence gêné face à l’usage de la force

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Indignation sélective: tempête pour un refus de visa, silence gêné face à l’usage de la force

Gastel Etzwane

Source: https://www.facebook.com/Son.Altesse.Emmanuel

Il arrive que la hiérarchie des réactions politiques dise plus que les discours eux-mêmes. À observer les prises de position françaises récentes, une constante apparaît : l’indignation ne semble pas proportionnelle à la gravité des faits, mais à la nature des intérêts touchés.

D’un côté, un responsable européen se voit refuser l’entrée sur le territoire des États-Unis.

De l’autre, ces mêmes États-Unis conduisent une intervention militaire unilatérale au Venezuela, impliquant l’usage de la force armée sur le territoire d’un État souverain.

Dans le premier cas, la réaction française est immédiate, ferme, indignée. Dans le second, elle est étonnamment mesurée, voire accommodante.

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Fin décembre 2025, Washington décide d’imposer des restrictions de visa à Thierry Breton (photo), ancien commissaire européen, en lien avec son action en faveur de la régulation des grandes plateformes numériques.

L’affaire est traitée comme un affront politique majeur.

Le président Emmanuel Macron dénonce une mesure relevant de « l’intimidation et de la coercition » à l’encontre de la souveraineté européenne. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, condamne « avec la plus grande fermeté » une décision jugée inacceptable entre alliés. À droite comme à gauche, les qualificatifs pleuvent: «scandale», «atteinte au droit», «geste inamical».

Le vocabulaire est fort, l’émotion assumée, la mobilisation quasi unanime. Le symbole est jugé grave, presque existentiel.

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Quelques jours plus tard, début janvier 2026, les États-Unis mènent une opération militaire au Venezuela, sans mandat multilatéral, visant le régime de Nicolás Maduro.

Plusieurs États, hors du bloc occidental, dénoncent une violation du principe de non-recours à la force et de la souveraineté d’un État, fondements pourtant proclamés du droit international contemporain.

La réaction française tranche nettement avec l’épisode précédent. Emmanuel Macron déclare alors:

«Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir»,

appelant à une « transition démocratique ».

La phrase est lourde de sens.

Elle valide le résultat politique, sans jamais interroger la méthode. Aucun mot sur la légalité de l’intervention, aucune référence explicite au droit international, aucune mise en garde sur le précédent qu’un tel usage unilatéral de la force peut créer. La fin justifie les moyens, pourvu que la fin soit jugée conforme aux attentes politiques occidentales.

Le contraste est difficilement contestable.

Un refus de visa, acte administratif sans conséquence humaine directe, provoque une tempête politique et morale.

Une intervention armée, aux effets potentiellement durables et déstabilisateurs, est accueillie par une forme d’approbation implicite, ou à tout le moins par un silence soigneusement calibré.

Ce décalage n’est pas anecdotique.

Vu de l’extérieur, il confirme un reproche ancien et désormais largement partagé: le droit international est invoqué avec emphase lorsqu’il protège les intérêts occidentaux, mais relativisé dès qu’il devient contraignant pour leurs alliés les plus puissants.

Le problème n’est pas l’existence des principes, mais leur application à géométrie variable.

À force de s’enflammer pour l’accessoire et de se montrer conciliant sur l’essentiel, les responsables occidentaux affaiblissent leur propre discours.

Dans un monde multipolaire, cette incohérence n’est plus seulement perçue: elle est analysée, comparée, et de moins en moins acceptée.

Et c’est peut-être là le paradoxe ultime: ce ne sont pas les adversaires de l’ordre international qui le fragilisent le plus, mais ceux qui prétendent en être les gardiens, tout en en modulant l’usage selon les circonstances.

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