samedi, 30 mai 2026
La stratégie d’Abraham

La stratégie d’Abraham
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-strategia-di-abramo/
Croire que Trump est aveugle, dépourvu d’idées et de stratégie, totalement dominé par son « ami » Netanyahu, peut être une erreur. Une erreur très grave, dans laquelle, d’ailleurs, nos médias tombent, aveuglés par la rancœur idéologique et les préjugés.
En réalité, The Donald a bel et bien des stratégies et des programmes. Même si beaucoup d’entre eux trahissent les attentes de ceux qui, aux États-Unis, l’ont soutenu dans un premier temps.
Et qui n’auraient pas voulu que les États-Unis s’embourbent à nouveau au Moyen-Orient, en soutenant Israël et en entrant directement en conflit avec l’Iran.
Une guerre que Trump a, en fait, perdue. N’ayant pas réussi à atteindre son objectif, initialement clair et déclaré, d’un changement de régime à Téhéran. En imposant un nouveau gouvernement docile – Reza Cyrus ou d’autres – et en éliminant définitivement la domination des ayatollahs.
Cependant, The Donald semble avoir une stratégie différente, qui pourrait (le conditionnel est de rigueur) lui permettre de transformer une défaite momentanée en une victoire finale.
Il s’agit, à bien y regarder, d’un élargissement de la stratégie qui était à l’origine des anciens Accords d’Abraham.
Qui, dans la vision de Trump, devraient s’étendre considérablement. En incluant tous, absolument tous les pays de la région moyen-orientale qui sont, pour une raison ou une autre, hostiles à l’Iran.
Donc les Saoudiens, Oman, les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït.
Mais aussi les Égyptiens, les Syriens d’al-Jolani, les forces libanaises opposées aux chiites du Hezbollah.
Et, surtout, la Turquie d’Erdogan.
Bref, d’une certaine manière, une recomposition du front sunnite. Une réédition de la Fitna, la guerre endémique entre sunnites et chiites, mais, évidemment, sous la direction et le contrôle de Washington.
Et c’est là, pourtant, que le bât blesse.
Car, dans le plan de Trump qui se dessine et se précise, il y a un élément de « perturbation » non négligeable. Israël.
En effet, ce front sunnite, qui devrait combattre et réduire l’influence iranienne dans toute la région, aurait, dans la vision du président américain, pour objectif principal la sécurité d’Israël.
Ou même, d’en constituer la cuirasse.
Et c’est là, évidemment, que le problème surgit. Car Israël est perçu par de nombreux pays sunnites comme une menace. Par la Turquie d’Erdogan, surtout, mais aussi, de façon plus voilée, par l’Égypte d’al-Sissi.
Et les pays mêmes de la péninsule arabique semblent bien conscients que s’engager trop officiellement dans la défense d’Israël serait mal vu et mal supporté par leurs populations. Avec le risque d’émeutes ou même de révoltes internes.

Et puis, il y a aussi le problème d’Israël lui-même. Ou plutôt du dessein du gouvernement Netanyahu de donner naissance au Grand Israël. En soumettant, ou mieux encore, en chassant les Arabes d’une vaste région.
Un dessein qu’aucun gouvernement arabe ne saurait accepter. Même s’il était soumis à Washington.
The Donald a, quoi qu’il en soit, son projet en tête. Et il fera tout, dans les mois à venir, pour le réaliser. Ou, du moins, pour commencer à le mettre en œuvre.
Ce qui arrivera réellement, il est difficile de le dire pour l’instant.
Il est certain que le patriarche Abraham aurait sans doute quelque chose à redire depuis sa tombe, hypothétique et silencieuse.
21:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique internationale, actualité, moyen-orient, proche-orient, levant, accords d'abraham |
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Le fantôme de Kadhafi

Le fantôme de Kadhafi
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/il-fantasma-di-gheddafi/
Il y a un fantôme qui s’agite, et qui hurle, dans ce monde.
Oh, en vérité, des fantômes, de ce genre et d’autres, il y en a vraiment beaucoup… mais celui-ci est particulièrement… vif, si tant est que ce terme convienne à quelqu’un qui est mort depuis longtemps.
Et mort, en plus, de manière atroce. Trahi, torturé, massacré de toutes les façons. Une chose qui, honnêtement, fait frémir rien qu’à y penser. Une honte dont l’Occident, plus précisément l’Europe, porte le poids de la culpabilité.
Car Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen, a été capturé par les Français. Et livré à ses ennemis internes, qui l’ont torturé de toutes les manières, avant de le tuer.
Une honte, une tache, qui ne pourra jamais être effacée. Et dont Paris n’est pas seul à porter la responsabilité.
Car, certes, Kadhafi était un excentrique. Avec des attitudes extrêmes, surtout au cours de ses dernières années. Des folies en apparence…
Mais il était aussi un homme politique extrêmement perspicace. Et raffiné.
Un homme d’État qui avait amené sa Libye à un niveau de vie inégalé en Afrique. Et, à bien y réfléchir, même en Europe.
Les Libyens ne payaient pas d’impôts. Ils bénéficiaient de services, d’aides sociales, d’un système hospitalier avancé.
Les recettes des immenses ressources pétrolières étaient utilisées par Kadhafi pour garantir le niveau de vie de son peuple. Et, bien sûr, aussi pour le maintenir sous contrôle.
Par ailleurs, le travail, et surtout la main-d’œuvre issue de l’immigration, principalement d’Afrique, bénéficiait de garanties et d’un traitement économique privilégié.
Bien sûr, tout n’était pas parfait. Kadhafi était un père tout-puissant. Un souverain absolu. Qui contrôlait de près toute forme de dissidence. Pas vraiment un « démocrate », comme les affectionne tant l’Occident.
Il a commis deux erreurs. Fatales.
Il se proclama « Roi des Rois » de l’Afrique noire. Ce qui, dans son langage pittoresque, signifiait en réalité que la Libye contrôlait une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Évitant ainsi cet état de conflit permanent qui, aujourd’hui malheureusement, s’offre à nos yeux.

De plus, il visait à introduire une monnaie commune dans toute l’Afrique du Nord. En fermant la porte au dollar. Et donc aux ingérences américaines et européennes.
Erreur fatale. Car cela ne pouvait être toléré ni par Wall Street ni par la City. Qui s’employèrent à l’éliminer, en utilisant les intérêts particuliers de certaines puissances européennes.
Puis, il y eut l’autre erreur fatale. Kadhafi avait, pendant longtemps, soutenu ou du moins protégé un certain terrorisme palestinien. Ce qui lui valut une attaque américaine contre sa résidence, au cours de laquelle il perdit une fille et d’autres membres de sa famille.
Peut-être aussi pour cette raison, il se convainquit de rechercher une « coexistence civile ». D’accepter de renoncer à son projet d’armes nucléaires. De se rendre disponible à un contrôle par les agences internationales.
Et cela lui coûta cher. Car, une fois privé de telles protections, il se retrouva à la merci de ses ennemis. Les Américains, les Français, les Anglais n’eurent aucune difficulté à le renverser. Et à précipiter la Libye dans le chaos d’une guerre civile sanglante, qui domine encore la scène aujourd’hui.
Et toute l’Afrique subsaharienne continue d’en payer les lourdes conséquences.
Incidemment, nous, Italiens, avions de bons rapports avec le Raïs. Mais, grâce au Président Napolitano et aux ministres Frattini et La Russa, nous nous sommes rangés du côté de la coalition anti-Kadhafi. Berlusconi fut réduit au silence, déjà proche de la fin de sa carrière politique.

Telle est, en résumé, l’histoire que le fantôme de Kadhafi continue de nous raconter. Entre cris de douleur et grincements de chaînes.
Histoire ancienne, certes. Et pourtant, un avertissement pour d’autres… Peut-être un avertissement pour les ayatollahs iraniens de ne pas se fier aux promesses et aux offres de l’Occident.
Elles cachent toujours un dard empoisonné.
21:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : khadafi, libye, afrique, histoire, affaires africaines |
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Sergueï Peresleguine et la transition vers un monde fermé

Sergueï Peresleguine et la transition vers un monde fermé
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/sergei-pereslegin-ja-s...
Le Russe Sergueï Peresleguine, futurologue et historien militaire bien connu, a développé l’une des interprétations les plus cohérentes de la rupture de civilisation actuelle. Selon lui, l’ordre mondial est en train de passer d’un «monde centré sur le binôme Washington–Bruxelles», lequel est ouvert, à un monde fermé, dans lequel l’idéologie, la loi et le contrôle remplacent la commercialité et la libre circulation en tant que principes centraux.
Peresleguine souligne que cette transition n’a pas commencé avec le coronavirus, mais que la pandémie a constitué un tournant majeur et un accélérateur dans un processus déjà en cours. Il caractérise le coronavirus avant tout comme une opération info-psychologique et un catalyseur technologique et politique qui a révélé et accéléré des évolutions dont les racines remontent à la crise financière de 2008 et, en particulier, aux tensions géopolitiques des années 2010.


Derrière ces tendances se profile le modèle des vagues technologiques utilisé par Peresleguine. Il s’appuie sur la théorie de l’économiste russe Nikolaï Kondratiev qui propose des cycles de 40 à 60 ans, au cours desquels les technologies de base de l’économie et de la production sont profondément renouvelées.
Peresleguine compare le coronavirus à la menace biologique des pandémies précédentes (comme la grippe espagnole ou la grippe de Hong Kong) et considère que le virus lui-même ne représentait qu’une menace relativement mineure pour l’humanité. Ce qui comptait avant tout, c’était la réaction sociale: le confinement global et la quarantaine, à laquelle jamais aucune pandémie antérieure n’avait conduit. Cela a montré que les libertés fondamentales acquises pendant l’ère industrielle pouvaient être annulées d’un seul trait, sans crise immédiate de légitimité.
La pandémie a permis la transition de la cinquième vague technologique – l’économie de la consommation, des services et des finances – à la sixième, où l’intelligence artificielle, les méthodes de fabrication additives et les cycles de production fermés remplacent le commerce mondial ouvert. Elle a également donné un élan à une « gouvernance post-constitutionnelle », où l’état d’exception devient une structure permanente.
Dans ce contexte, Peresleguine parle de «fascisme médical» ou de «solidarisme», entendant par là l’utilisation d’une justification médicale en tant que substitut à la démocratie traditionnelle.
À un niveau plus profond, Peresleguine situe l’ensemble du processus dans le cadre plus large de la «zone d’ombre». Il s’agit d’une «crise de transition» – terme par lequel il décrit une rupture qualitative soudaine, où l’ancien système s’est effondré mais où le nouveau n’est pas encore né. La durée typique d'une mutation de ce type est de 20 à 22 ans, ce qui place l’horizon temporel autour de 2042.
Peresleguine avertit cependant que si aucun nouveau moteur de civilisation – «de grands explorateurs, un nouveau Thomas d’Aquin ou une nouvelle Jeanne d’Arc» – n’émerge, le processus pourrait s’étendre sur huit générations, soit près de 200 ans. Durant cette phase de transition, l’ancien monde de la mondialisation sera enseveli et un système fragmenté, plus fermé, se construira à sa place. Les frontières se ferment, le contrôle s’intensifie et les intérêts des États et des élites se trouvent de plus en plus étroitement liés.

Parallèlement, Peresleguine reste très sceptique à l’égard de l’intelligence artificielle forte. Il conteste, pour des raisons théoriques et informationnelles, que les machines à architecture von Neumann puissent un jour atteindre l’intelligence humaine, et encore moins la conscience. Il distingue trois niveaux: l’intelligence artificielle capable de tâches intellectuelles simples; l’intelligence artificielle génératrice de savoir nouveau; et l’intelligence artificielle créant une autre forme de connaissance. Selon Peresleguine, seul le premier niveau existe à ce jour.
Il compare l’intelligence artificielle actuelle à un enfant prodige de six ou sept ans, qui se souvient de tout mais a toujours besoin d’un humain pour donner un sens à ses actions. L’humain est capable d’une «pensée quantique», où des significations très éloignées se relient pour former des intuitions – ce que les machines ne peuvent pas faire.
Peresleguine estime que les conflits militaires ne constituent pas le danger le plus grave en temps de crise. Il considère, en revanche, qu’une famine potentielle, qui pourrait coûter la vie à 4 ou 5 milliards de personnes, est une menace tout aussi sérieuse. Les politiques énergétiques vertes ont réduit l’énergie disponible pour la production d’engrais, et la destruction du cheptel a limité la disponibilité des engrais organiques. Cela pourrait entraîner une baisse de la production agricole et déclencher un effet domino où la dégradation des structures sociales approfondirait la famine.
Dans la théorie de Peresleguine, l’essor du monde fermé est une évolution à long terme. La structure de la mondialisation ouverte avait déjà commencé à se resserrer dans les années qui ont suivi la crise financière, et le processus s’est accéléré avec les tensions géopolitiques et les stratégies d’urgence des années 2010.
Le théoricien russe a poursuivi son analyse en intégrant des projets d’élites tels que le « Grand Reset » (l’initiative du Great Reset lancée par le Forum économique mondial) dans cette grande transition vers un ordre mondial plus fermé. Les conflits géopolitiques actuels, les crises des ressources, la compétition technologique et la surveillance numérique croissante approfondissent cette évolution.
La vérité historique n’est souvent pas univoque. Peresleguine avance que la réalité historique obéit à des principes proches de la mécanique quantique – deux interprétations contradictoires peuvent être vraies simultanément. C’est pourquoi il ne cherche pas à prouver ses affirmations, mais à ouvrir des perspectives.
Ses vues s’inscrivent dans la tradition de la futurologie critique. Ce sont plutôt des interprétations provocatrices et herméneutiques que des prévisions empiriques strictes. Son observation centrale demeure néanmoins juste: les crises révèlent les vulnérabilités structurelles et permettent des changements radicaux dans les structures du pouvoir.
La transition décrite par Peresleguine a déjà commencé. L’héritage du monde ouvert est enterré, et un système fermé se construit silencieusement au sein de différentes sociétés – que l’accélérateur soit une pandémie, une crise économique, une mutation technologique ou des tensions géopolitiques.
14:29 Publié dans Actualité, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sergueï peresleguine, cycles, philosophie, nikolaï kondratiev, futurologie |
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