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mardi, 30 juin 2026

Quatre textes sur la Biélorussie

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Quatre textes sur la Biélorussie

par Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Biélorussie: l’antichambre disputée de la Russie

L’Institut de l’Union européenne pour les études de sécurité met en garde contre le fait de continuer à considérer la Biélorussie comme un simple sujet périphérique de la politique orientale européenne. Minsk fait déjà partie intégrante d’un espace militaire russo-biélorusse commun.

L’armée biélorusse n’a même pas besoin d’entrer en Ukraine. La simple possibilité d’une attaque depuis le nord oblige Kiev à y déployer des troupes et des systèmes de défense aérienne.

La Biélorussie exerce déjà une influence militaire par sa position géographique.

Il faut y ajouter des structures de troupes communes, des droits de stationnement russes, des infrastructures développées et des systèmes nucléaires potentiels. Les entreprises biélorusses approvisionnent l’appareil militaire russe, tandis que Minsk dépend fortement de Moscou pour l’énergie, les marchés et les finances.

La Biélorussie est donc dangereuse pour l’UE, car son territoire offre à la Russie une antichambre stratégique face à la Pologne, aux États baltes et à l’Ukraine.

Le rapport de l’EUISS devient intéressant lorsqu’il aborde les conséquences politiques. Bruxelles semble reconnaître qu’il faudra à nouveau traiter la Biélorussie comme un acteur indépendant.

Ceux qui ne voient plus Minsk que comme un avant-poste russe abandonneront finalement le pays entièrement à Moscou.

L’approche européenne doit donc devenir plus flexible: pression accrue, sanctions et soutien aux forces pro-occidentales, mais aussi incitations limitées et offres de dialogue au régime.

Cela repose sur une hypothèse claire: Loukachenko souhaite préserver son pouvoir et l’indépendance formelle de la Biélorussie. Une implication directe dans la guerre ou une fusion politique totale avec la Russie pourrait justement faire disparaître cette indépendance.

L’Occident veut exploiter cette contradiction.

L’objectif immédiat n’est donc guère de «ramener rapidement la Biélorussie en Europe». Les conditions politiques nécessaires font défaut pour l’instant.

Bruxelles veut d’abord éviter qu’une dépendance étroite ne se transforme en une intégration irréversible.

Minsk ne doit mettre son infrastructure à disposition de la Russie qu’avec parcimonie. La souveraineté biélorusse doit rester un levier possible pour une réorientation ultérieure. Parallèlement, des forces pro-européennes sont préparées pour l’ère post-Loukachenko.

La formule «La Biélorussie n’est pas la Russie» décrit avant tout une stratégie occidentale.

Moscou tente d’intégrer durablement la Biélorussie sur les plans militaire, économique et politique dans sa sphère d’influence. L’UE cherche à ralentir ce processus et à préserver un reste d’autonomie biélorusse.

Aujourd’hui, la Biélorussie est l’antichambre russe – mais pas encore une partie totalement intégrée de la Russie.

C’est justement sur cet espace restant que la lutte se concentre aujourd’hui.

#geopolitique@global_affairs_byelena

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Biélorussie: l’alliée que Moscou ne peut ni perdre ni envoyer à la guerre

Les entretiens entre Poutine et Loukachenko à Valdaï ont eu lieu alors que le rôle de la Biélorussie est de plus en plus mis sous pression. La Biélorussie fait déjà partie de l’infrastructure de guerre russe. Le pays met son territoire et ses installations militaires à disposition, héberge des armes nucléaires tactiques russes et fournit à la Russie des produits industriels et du carburant. Minsk n’a toutefois pas envoyé ses propres troupes en Ukraine.

C’est précisément cette position intermédiaire qui rend la Biélorussie précieuse pour Moscou: proche alliée, arrière stratégique et fournisseur – sans devenir elle-même un théâtre de guerre ouvert.

Kiev commence à attaquer cette zone grise. Zelensky a exigé la fermeture de relais sur le territoire biélorusse qui, selon l’Ukraine, soutiennent les drones russes. Il a fixé un délai et menacé d’agir lui-même. Par ailleurs, il a critiqué la forte hausse des livraisons de carburant biélorusse à la Russie. La ligne ukrainienne devient ainsi plus claire: la Biélorussie doit payer le prix pour tout soutien concret à l’effort de guerre russe.

Pour Loukachenko, cela représente un problème difficile à résoudre. S’il laisse les systèmes et livraisons russes fonctionner sans restriction, le risque de frappes ukrainiennes contre les infrastructures biélorusses augmente. S’il cède à la pression de Kiev, il abîme l’alliance avec Moscou et crée un précédent pour de futures exigences.

La Russie aussi se trouve face à un dilemme: les raffineries biélorusses compensent actuellement les pénuries russes de carburant. Si ces installations deviennent des cibles, Moscou perd un fournisseur et doit en assurer la défense. La Russie devrait alors déployer des systèmes de défense aérienne, du carburant et d’autres moyens en Biélorussie, alors que ces ressources sont déjà rares.

Une Biélorussie en guerre ne serait pas automatiquement un avantage militaire pour la Russie. L’arrière stratégique pourrait rapidement devenir une seconde zone de vulnérabilité.

Moscou ne peut cependant accepter un retrait progressif de Minsk de la structure militaire et économique commune. La Biélorussie est la dernière alliée majeure de la Russie à la frontière occidentale avec l’Europe. Un éloignement politique affaiblirait l’ensemble de l’architecture sécuritaire russe.

Cette contradiction a probablement joué un rôle central à Valdaï: Poutine a besoin d’une Biélorussie solidement intégrée. Loukachenko a besoin de suffisamment de distance pour que son pays ne soit pas entraîné dans la guerre.

Le voyage en Asie qui a suivi immédiatement prend dans ce contexte une importance supplémentaire. Si Pékin est effectivement concerné, il ne s’agit pas seulement de commerce. La Chine a un intérêt propre à la stabilité de la Biélorussie. Des voies terrestres importantes vers l’Union européenne traversent le pays. Un nouveau front, une infrastructure détruite ou une escalade militaire durable nuirait aussi aux intérêts économiques chinois. Loukachenko pourrait donc tenter d’utiliser le poids chinois comme assurance politique. Pékin n’a pas besoin de garantie formelle. Un intérêt clair pour la stabilité et l’intégrité territoriale de la Biélorussie renforcerait sa position de négociation vis-à-vis de Moscou et de Kiev.

La Biélorussie se trouve donc à un carrefour stratégique. Si la zone grise subsiste, Minsk peut continuer à soutenir la Russie tout en évitant une guerre directe. Si cette construction est détruite sous la pression ukrainienne ou russe, la Biélorussie passerait de l’arrière stratégique à une possible seconde ligne de front.

#geopolitique@global_affairs_byelena

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La Biélorussie comme pivot diplomatique

Selon une source diplomatique anonyme, il se pourrait que lors des discussions entre Poutine et Loukachenko à Valdaï, une répartition fondamentale des rôles ait été confirmée:

La Biélorussie ne participe pas directement à la guerre et gère elle-même ses relations avec Kiev. En contrepartie, la Russie renonce à un contingent supplémentaire sur le sol biélorusse.

Officiellement, cela n’a pas été confirmé. Mais la construction correspondrait aux intérêts des deux parties.

Loukachenko veut préserver l’alliance avec la Russie, tout en maintenant la Biélorussie hors du conflit. Pour Moscou, un arrière stable vaut mieux qu’un nouveau front à défendre et à approvisionner.

La Biélorussie resterait ainsi dans l’espace sécuritaire russe sans devenir belligérante. De cette position spéciale pourrait émerger à nouveau un rôle diplomatique. Poutine a déjà cité la Biélorussie comme possible médiateur et lieu de négociation. Minsk a déjà accueilli des discussions sur le Donbass. Selon la source anonyme, Moscou vise plus qu’un simple cessez-le-feu. Poutine cherche une entente plus large sur l’Ukraine et l’ordre de sécurité européen à venir.

L’Ukraine ne serait alors qu’une partie d’une négociation plus vaste sur les territoires, les sanctions, les garanties de sécurité et les relations entre la Russie et l’Europe.

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C’est là que la Chine intervient. Juste après Valdaï, Loukachenko s’est rendu à Pékin. Xi Jinping a promis à la Biélorussie un soutien à sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.

Cela renforce la position de Loukachenko: la Biélorussie reste fortement liée à la Russie, mais la Chine continue de la considérer comme un acteur indépendant.

Selon la source, Moscou et Minsk espèrent donc un soutien chinois à un dialogue entre la Russie et l’Union européenne. Minsk pourrait accueillir les négociations, Pékin apporter le poids politique. La Chine a des liens étroits avec la Russie, une influence considérable sur la Biélorussie et de fortes relations économiques avec l’Europe.

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En outre, Pékin a un intérêt propre à la stabilité des routes commerciales eurasiatiques. Reste à voir si la Chine est prête à assumer ce rôle de médiateur. Jusqu’à présent, Pékin appelle à la négociation, mais évite les garanties contraignantes.

Le modèle possible est néanmoins clair: la Biélorussie reste en dehors de la guerre, sert de plateforme de dialogue et reçoit un soutien politique de la Chine. La Russie tente d’intégrer la question ukrainienne dans une réorganisation plus large de l’Europe.

Ce n’est pas encore un plan de paix – c’est une esquisse.

La Biélorussie comme tampon, la Chine comme garant, et l’Ukraine comme élément d’un débat plus vaste sur l’avenir de l’ordre européen.

Actuellement, il semble que Pékin prépare quelque chose de plus grand.

#geopolitique@global_affairs_byelena

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Biélorussie: entre Moscou, Kiev et Pékin

La tension a récemment monté autour de la Biélorussie et semble pour l’instant s’apaiser quelque peu. Beaucoup laisse penser que Kiev ne prévoyait pas d’attaque contre le pays, mais utilisait Minsk comme canal pour une nouvelle proposition de négociation. Poutine a confirmé que la partie ukrainienne avait mis deux points sur la table: les combats terrestres devraient être limités à Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson. De plus, les deux parties devraient renoncer à des attaques de grande envergure, y compris sur les installations énergétiques à l’arrière.

Loukachenko avait précédemment confirmé que des discussions avec des représentants de Zelensky avaient eu lieu. La Biélorussie aurait donc à nouveau joué le rôle de médiateur informel entre Kiev et Moscou. Pour l’Ukraine, un tel accord serait compréhensible. La Russie peut frapper beaucoup plus durement les infrastructures ukrainiennes d’énergie, de transport et d’industrie que l’inverse. La fin des attaques à longue distance soulagerait donc nettement Kiev.

Poutine a tout de même rejeté la proposition. Du point de vue russe, un accord limité donnerait à l’Ukraine du temps pour réorganiser ses troupes et stabiliser sa production d’armement.

On conserve donc le schéma antérieur: combats sur le front et attaques mutuelles sur l’arrière. Loukachenko tente, pour sa part, de garder la Biélorussie à l’écart de cette escalade. Après ses entretiens avec Poutine, il s’est rendu à Pékin. Là, Xi Jinping a promis à la Biélorussie un soutien à sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.

Ce n’est pas une garantie militaire chinoise. En cas d’urgence, la Russie reste le principal garant de sécurité. Mais la Chine peut soutenir la Biélorussie politiquement, économiquement et technologiquement.

La Russie assure à Minsk la sécurité militaire. La Chine donne à Loukachenko une marge de manœuvre supplémentaire.

Sa ligne est donc claire: la Biélorussie doit rester proche de la Russie sans devenir belligérante. Minsk veut être canal de dialogue avec Kiev, partenaire stratégique de Moscou et acteur indépendant soutenu par Pékin.

Loukachenko essaie donc de ne pas perdre la Russie tout en maintenant la guerre hors de la Biélorussie.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Les études classiques comme infrastructure stratégique - Pourquoi les grandes puissances lisent Thucydide

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Les études classiques comme infrastructure stratégique

Pourquoi les grandes puissances lisent Thucydide

Source: https://demospolis.substack.com/p/classical-studies-as-st...

Consultez chaque jour le compte Telegram de Robert Steuckers (liens vers des articles, dans les six langues de l'Académie Royale) : t.me/steuckers

La rivalité sino-américaine est devenue l’une des questions déterminantes de la politique internationale. Les décideurs et les universitaires des deux côtés de la barrière se sont retrouvés à discuter, à plusieurs reprises, d’un historien grec mort il y a vingt-quatre siècles: Thucydide.

La question n’est pas de savoir si son analyse reste correcte. La question la plus intéressante est de comprendre pourquoi puissances montantes et établies continuent de juger utile de le consulter. Pourquoi un historien grec du Ve siècle avant J.-C. est-il invoqué par des stratèges américains, des universitaires chinois, des analystes militaires et des responsables politiques cherchant à comprendre la relation émergente entre une puissance dominante et une puissance montante.

Ce phénomène a été nommé le « piège de Thucydide », d’après l’observation de l’historien selon laquelle la montée en puissance d’Athènes, et la peur que cela inspira à Sparte, rendirent le conflit plus probable.

Que l’on adhère ou non à ce concept est finalement secondaire.

Ce qui importe, c’est une question plus simple.

Pourquoi, au XXIe siècle, les grandes puissances se tournent-elles vers un historien grec ?

La réponse révèle quelque chose d’important sur la nature de la civilisation, le jugement politique et la finalité de l’éducation.

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Au-delà de la nostalgie

Le débat contemporain autour des études classiques est souvent mal posé.

Les partisans défendent fréquemment les humanités classiques comme patrimoine culturel.

Les détracteurs les rejettent comme des vestiges d’un monde disparu.

Les deux positions passent à côté d’une question essentielle.

Les États n’investissent pas dans des institutions simplement parce qu’elles sont anciennes.

Les décideurs sérieux ne consultent pas d’auteurs antiques par simple sentimentalisme.

La pertinence durable des études classiques se situe ailleurs.

Les traditions grecque et romaine constituent l’un des laboratoires d’expérience politique les plus longs de l’humanité.

Les questions de pouvoir, de légitimité, de cohésion civique, de formation des élites, de guerre, de paix, d’ambition, de corruption, de démocratie, d’oligarchie et d’expansion impériale y ont été analysées avec une clarté remarquable, bien avant l’apparition de l’État moderne.

Les noms changent.

La nature humaine, non.

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La question chinoise

C’est pourquoi l’évolution en Chine mérite une attention particulière.

Au cours de cette dernière décennie, les universités chinoises ont développé leurs programmes d’études classiques. Le grec ancien y est enseigné. Des centres de recherche ont été créés. L’École chinoise d’études classiques opère désormais à Athènes. Les échanges académiques continuent de s’intensifier.

Il ne s’agit pas d’une simple curiosité culturelle.

C’est un choix stratégique.

Un État n’alloue pas indéfiniment des ressources à des activités qu’il juge sans intérêt.

La Chine ne devient pas grecque.

Elle n’essaie pas non plus de devenir occidentale.

Elle semble plutôt avoir conclu que la tradition classique contient des formes de savoir utiles pour comprendre le pouvoir, l’ordre, la gouvernance et la civilisation elle-même.

Que cette conclusion soit correcte ou non peut être discuté.

Ce qui n’est pas discutable, c’est que cet investissement a lieu.

La question la plus révélatrice est celle du pourquoi.

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Études classiques et formation des élites

Historiquement, l’éducation classique n’a jamais été avant tout professionnalisante.

Son objectif n’était pas l’emploi.

Son objectif était le jugement.

Pendant des siècles, l’étude de l’histoire, de la rhétorique, de la philosophie et de la pensée politique faisait partie de la préparation à la vie publique.

L’objectif n’était pas simplement de produire des individus cultivés.

Il s’agissait de former des citoyens, des hommes d’État, des diplomates, des administrateurs et des dirigeants capables d’interpréter et de naviguer dans la complexité du gouvernement.

Celui qui avait lu Thucydide entrait dans la vie politique après avoir réfléchi sur la peur, l’honneur, l’intérêt, l’alliance, la faction et les dynamiques du pouvoir.

Celui qui avait lu Aristote s’était déjà confronté aux questions de citoyenneté, d’ordre constitutionnel, d’amitié, de modération et de finalité de la communauté politique.

Ces textes n’étaient pas de simples ornements pour aspirants dandies. Ils étaient structurants. Ils constituaient une infrastructure de civilisation.

Aujourd’hui, il serait plus juste de les qualifier d’infrastructure stratégique.

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L’hypothèse occidentale

Une grande partie de l’éducation occidentale contemporaine repose sur une toute autre hypothèse.

L’éducation est depuis longtemps conçue dans les termes de l’employabilité, de l’acquisition de compétences et de la productivité économique.

Des objectifs légitimes, mais qui ne sont pas les seuls qu’une civilisation doit poursuivre.

Une société peut former d’excellents spécialistes tout en peinant à former des citoyens capables d’exercer leur jugement dans l’incertitude.

L’expertise technique et la confiance civilisationnelle ne sont pas identiques.

L’innovation technologique et la sagesse politique non plus.

Cette distinction est d’autant plus cruciale à une époque où les capacités technologiques progressent plus vite que notre compréhension collective de leur bon usage.

Le retour des questions permanentes

C’est peut-être la raison pour laquelle le monde classique continue à attirer l’attention bien au-delà de l’Europe. L’attrait n’est ni linguistique ni archéologique. Il est anthropologique.

Les Grecs posaient des questions qui restent obstinément résistantes à l’obsolescence.

Qu’est-ce qui rend un ordre politique légitime ?

Comment une démocratie décline-t-elle ?

Qu’est-ce qui corrompt les élites ?

Qu’est-ce qui soude une société ?

Le pouvoir peut-il s’exercer sans démesure ?

Quelle vie vaut d’être vécue ?

Aucune innovation technologique n’a rendu ces questions caduques. Leur urgence, au contraire, n’a fait que croître.

L’intelligence artificielle pourra transformer les économies, elle ne pourra pas définir ce qu’est la justice.

Les données pourront éclairer les décisions, elles ne diront pas quelles fins méritent d’être poursuivies.

L’efficacité pourra optimiser les moyens, elle ne fournira pas les finalités.

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La géographie de la confiance intellectuelle

L’intérêt de la Chine pour les études classiques dépasse donc le cadre académique. Il ouvre sur une question plus large.

Où dans le monde existe-t-il encore des sociétés qui considèrent que la continuité civilisationnelle franchit les frontières et fertilise notre compréhension limitée? Où la transmission consciente est-elle un choix? Où les États continuent-ils d’investir dans la formation du jugement, et pas seulement dans la production d’expertise administrative?

La question n’est pas de savoir si l’Europe doit imiter la Chine. Ni si la Chine interprète correctement la tradition classique. La question est que différentes civilisations semblent aboutir à des conclusions différentes sur le rapport entre éducation, art du gouvernement et héritage culturel. Et ces civilisations ne sont pas européennes. Ce simple fait mérite une attention sérieuse.

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En conclusion

Le débat sur les études classiques est souvent présenté comme une opposition entre tradition et progrès. C’est un faux dilemme. La distinction essentielle se situe ailleurs: entre les sociétés qui considèrent le savoir civilisationnel comme un atout stratégique, et celles qui le voient comme un luxe facultatif.

Quand les décideurs de Washington et de Pékin ont cherché des cadres pour penser l’avenir, ils se sont tous deux tournés vers Thucydide.

Ce fait devrait nous interpeller.

La question n’est plus de savoir si le monde classique reste pertinent. La question est pourquoi certaines sociétés semblent de plus en plus convaincues qu’il l’est.

Le corps humain et la danse - Un essai de Walter F. Otto

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Le corps humain et la danse - Un essai de Walter F. Otto

par Giovanni Sessa

Source: https://ilfondo.org/il-corpo-e-la-danza-un-saggio-di-walt...

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Il-corpo-umano-e-la-danza_large.jpgOtto, philologue et historien des religions, fut un intellectuel de premier plan du XXe siècle. L’ensemble de ses œuvres révèle un intérêt majeur pour la religiosité grecque. Le chercheur a identifié dans l’esprit religieux hellénique un noyau vital, à la fois théorique et existentiel, vers lequel se tourner pour échapper à la domination du Ge-stell, de l’Appareil de la technoscience. C’est ce que témoigne, de manière évidente, la première édition en langue italienne d’un volume synthétique mais très dense de l’Allemand, Le corps humain et la danse, désormais disponible en librairie grâce à l'éditeur Lindau.

L’excellente traduction et la direction du volume sont dues à Giovanni Pirari. Dans son ample essai introductif, ce dernier fournit au lecteur les bonnes clés pour accéder de façon fructueuse au travail original du penseur. La première édition du volume est parue à Darmstadt en 1955, précédée d’un remerciement à Elisabeth Duncan, sœur d’Isadora, danseuse célèbre et épouse du poète Essenine. Elisabeth avait fondé une école chorégraphique inspirée d’une paideia intégrale, qui considérait l’esprit et le corps comme les expressions d’une même réalité. La référence à la danseuse fut supprimée dans l’édition de 1956, qui est aujourd’hui traduite dans notre langue.

    L’homme dansant est libre de la contrainte finaliste-utilitariste imposée par les visions logocentriques

b87ca2dfb7d19722459dacf8f6e3dddb.jpgPour Otto, la danse est un instrument essentiel pour l’exégèse de la culture hellénique. Il ne s’agit pas, il faut le préciser, d’un traité technique, purement chorégraphique, mais d’une approche inhabituelle qui voit dans l’acte dansant la «possibilité pour l’homme d’être authentiquement lui-même et de se connaître dans ses potentialités innées et originelles» (p. 19), commente le responsable de l’édition.

La danse met en scène la présentation naturelle de la forme humaine, car elle est inscrite depuis toujours dans notre nature: «prête à jaillir, lorsque l’homme rencontre le monde et l’espace avec confiance et spontanéité» (pp. 18-19).

L’homme dansant est libre de la contrainte finaliste-utilitariste imposée par les visions logocentriques, et pour cette raison, il expérimente la dimension divine et ludique de la réalité. Les dieux, en effet, selon notre auteur allemand, furent vécus en Grèce comme des puissances présentes, qui se manifestent dans la physis-mixis, dans la nature relationnelle orphique où «Tout est dans Tout». Ils ne cherchaient pas à consoler des maux de la vie: ils étaient autres que les hommes, mais proches et présents dans leur existence, car «leur être révélait la luminosité et l’éternité de la vie, au-dessus de l’alternance des destins individuels» (pp. 15-16).

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La critique moderne a regardé le monde grec à travers des lunettes déformantes, comme l’a bien compris aussi Bachofen, introduites par le monothéisme sotériologique chrétien et la raison des Lumières. Dès lors, les dieux furent réduits à «des figures mystérieuses […] avec lesquelles l’imagination jouait plus ou moins sérieusement» (p. 14). Des expressions primitives que l’esprit religieux qui a suivi a éloignées du monde, rendant la nature désolée.

    L’homme dansant se découvre partie d’un tout vivant

À l’opposé de l’exégèse chrétienne-moderne, mais sans tomber dans une quelconque révolte contre le monde moderne, Otto, dans cet ouvrage concis, revient à s’accorder sur la gratuité de l’être. Le propos du chercheur est l’expression du lógos physikós, pensée de la nature divine. La danse met surtout en échec la dimension augustinienne, intériorisante et anthropocentrée, de la connaissance.

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Danser est un experimentum mundi: seule l’ouverture aux êtres qui nous entourent rend possible la compréhension de la Totalité de la vie, cette «vicissitude universelle» chère à Bruno, dans laquelle tout est impliqué.

Pour cette raison, dans chaque acte entendu à la manière aristotélicienne, prévaut toujours le même principe, celui, non fondé, de la liberté-puissance, auquel chaque «ex-sistere» est suspendu.

La référence d’Otto au traité de Nicolas de Cues, De visione Dei, n’est pas fortuite, rappelle Pirari. La philosophie de la Renaissance est en effet un outil théorique pour convertir le subjectivisme augustinien en autre chose: la rencontre avec l’émerveillement de la physis-mixis, dans laquelle l’homme dansant, tel Thalès, se découvre « partie d’un tout vivant » (p. 22). D’ailleurs, comme l’a récemment rappelé le philosophe-danseur Romano Gasparotti, dans la nature tout danse. Dansent les planètes, les abeilles, les oiseaux, et, naturellement, les hommes. L’homme dansant grec vivait la rencontre avec l’être divin des choses dans les espaces naturels, affirmant son consentement renouvelé à l’hic et nunc.

    Dans la nature, tout danse. Dansent les planètes, les abeilles, les oiseaux et, naturellement, les hommes

Le rejet par cette vision n’a pas seulement désertifié le monde, mais il a plongé l’homme dans l’angoisse existentielle, résultat psychologique de l’exaltation du progrès. Sur ce point, Otto semble retrouver l’idée de la perspective inversée de Florenski. En elle, l’homme n’est plus le centre apperceptif autour duquel s’organise l’espace, mais le moment de la vie universelle qui s’écoule, comme l’eau d’une source, de manière perpétuelle.

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Le chercheur allemand s’appuie, pour soutenir sa conception du monde et de la danse, sur les thèses du biologiste Adolf Portmann, en explicitant leur contenu philosophique. Toutes les fonctions de la vie sont, dans cette perspective, subordonnées à l’auto-présentation de toute existence. Le monde manifeste «une mystérieuse intériorité à travers la configuration phénoménale de l’individu» (p. 33).

La nature, dira Colli, est l’expression d’une origine qui s’offre, qui se manifeste, uniquement dans la multiplicité. Lorsque les formes vivantes se manifestent à l’homme, elles le saisissent et le capturent, l’obligeant, dans l’action poïétique, à répondre à l’action de la physis. L’homme, en dansant, poursuit « la création à travers son être et son agir » (p. 35). Les dieux, d’ailleurs, ont demandé à Zeus, comme l’a rappelé Pindare, de compléter le monde à travers l’action sacralisante des Muses.

Notre corps n’est pas une frontière, une limite infranchissable, mais le témoignage de l’incorporation universelle du principe, la dynamis, dans la physis-mixis. La danse selon Otto nous dit, comme Spinoza, le caractère poreux de la nature. La posture droite des humains renvoie à la dimension anagogique, implicite dans notre corporéité. Avec nos pieds, comme Antée, nous puisons la force de la Terre-Mère, pour nous élever vers la clarté ouranienne. Celui qui danse vit dans le metaxu, suspendu et libre entre Terre et Ciel, expérimentant que dans la vie les opposés sont toujours en un, ambiguës et confondus dans les choses.

Le corps humain et la danse est un livre d’une grande importance. Il suggère aux hommes qu’à travers la pratique de la danse, il est toujours possible de faire l’expérience de l’origine.

FICHE DU LIVRE:

Titre : Il corpo umano e la danza

Auteur : Walter F. Otto

Éditeur scientifique : Giovanni Pirari

Traduction : Giovanni Pirari

Éditeur : Lindau

Collection : Piccola biblioteca

Année : 2025

Publication : 28 février 2025

Pages : 108

Format : 11 × 17 cm

ISBN : 9791255842071

Prix : 14,00 €

COMMANDER ICI : https://www.lindau.it/Libri/Il-corpo-umano-e-la-danza

17:34 Publié dans Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, walter f. otto, danse, hellénisme, chorégraphie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La Belgique et sa justice défaillante

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La Belgique et sa justice défaillante

par Pieter

Source: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/

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La crise que traverse la justice belge n’est ni un hasard, ni la conséquence de quelques erreurs individuelles seulement. Elle reflète en réalité le caractère même de l’État bourgeois belge. Les tribunaux, les prisons et le droit pénal sont présentés comme des instruments neutres de justice, mais fonctionnent en réalité dans un système où les intérêts des classes possédantes priment sur ceux de la population laborieuse. L’homme ordinaire, qui subit quotidiennement les conséquences de l’insécurité économique, de la criminalité et de la désagrégation sociale dans la société libérale chaotique, constate une justice confrontée à un sous-financement chronique, à des prisons surpeuplées et à la violation de droits fondamentaux (« dortoirs au sol », internés dans des prisons classiques, etc.). Il voit de dangereux criminels libérés après un certain temps, tandis que les victimes et leurs familles restent avec le sentiment d’une justice incomplète.

L’indignation suscitée chez beaucoup par la libération conditionnelle du meurtrier multirécidiviste Freddy Horion traduit une méfiance plus profonde envers le système existant. Le cas Horion illustre la crise des prisons belges, résultant d’une combinaison de surpopulation structurelle, de soins de santé inadéquats, de pénurie de personnel et d’un sous-financement de longue durée. La sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des prisons est mise à mal par plus de 13.000 détenus alors que la capacité des établissements tourne autour de 11.000 places. Dans le même temps, la classe ouvrière a bien raison de penser que les responsables politiques et les représentants de l’élite économique subissent rarement, à titre personnel, les conséquences de leurs décisions. Ainsi, le fait que l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt n’ait pas été sanctionné par le juge de police malgré des faits avérés est à juste titre cité comme un exemple de justice de classe: une mesure pour les puissants, une autre pour la population ordinaire. Les États libéraux ne sont des États de droit que de nom.

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Socialisme populaire : l’État a un devoir de protection face aux éléments antisociaux

Il est correct d’affirmer que la classe ouvrière, dans un État bourgeois et un environnement capitaliste, est toujours plus rapidement victime de l’appareil répressif que l’élite dirigeante et la classe possédante. La violence d’État reste toujours un instrument du pouvoir de classe. Cela n’empêche pas de poursuivre l’idéal d’une société socialiste, où l’État socialiste joue à la fois un rôle émancipateur et protecteur.

La classe ouvrière a droit à la sécurité, qu’elle ne doit pas acheter sous la forme de gains financiers auprès de sociétés de sécurité privées. Les intérêts des victimes et de la communauté au sens large ne pèsent pas moins que ceux du coupable. Selon notre vision, les grands criminels ne sont pas des « victimes de la société » au sens où cela annulerait leur responsabilité. Il faut différencier la criminalité issue de la pauvreté, de la marginalisation ou de la désintégration sociale, de la criminalité au caractère résolument antisocial (meurtres en série, viols, abus sur enfants, trafic de drogue organisé, terrorisme).

Les prisonniers politiques dans les prisons occidentales ne peuvent même pas être considérés comme des criminels, mais appartiennent généralement à l’avant-garde militante du changement politique et social fondamental. En tant que victimes des États bourgeois occidentaux, ils sont donc entièrement hors du sujet de ce texte.

Contrairement à la conception libérale, où la peine est avant tout une question de culpabilité et de droits individuels, nous pensons que la peine doit être considérée comme un instrument de protection de la communauté et, lorsque cela est possible, de rééducation. Lorsque la rééducation s’avère impossible, l’incarcération à long terme ou, dans des cas exceptionnels, la peine de mort, peuvent être justifiées.

c15049870e99069c6ec66e16e5efac50.jpegNous partageons la vision notamment de Domenico Losurdo, qui rejette un humanisme abstrait séparant les droits du coupable des intérêts de la société. La compassion envers le coupable ne doit jamais mener à l’indifférence envers les victimes, souvent elles-mêmes issues des classes populaires.

Le socialisme réel a prouvé qu’il est possible de combattre simultanément la pauvreté, la toxicomanie, la désintégration sociale et de lutter énergiquement contre la criminalité organisée et les crimes violents graves.

Aujourd’hui encore, les Républiques populaires de Chine, du Vietnam, de Corée, etc., ainsi que Cuba, associent un discours sur les causes sociales de la criminalité à un droit pénal très sévère à l’égard des crimes graves. Une société socialiste doit s’attaquer aux causes sociales de la criminalité, mais ne peut pour autant tolérer ceux qui terrorisent, nuisent ou exploitent délibérément et de façon répétée la population.

Libéralisme : zèle d’austérité et droits de l’homme mal interprétés

Magistrats, commissions diverses et spécialistes de la justice de tout bord ont à maintes reprises souligné les conséquences néfastes des économies et du sous-financement imposés par les nombreux gouvernements libéraux successifs qui démantèlent les services publics (nous utilisons ici «libéral» au sens large, au-delà des clivages partisans. Toutes les coalitions bourgeoises, tous les partis de pouvoir sont redevables à l’idéologie libérale, avec des nuances d’accent).

Le manque de personnel, les systèmes informatiques obsolètes, les ressources insuffisantes pour les palais de justice et leur sécurité, les importants retards au sein des parquets et tribunaux, mais aussi la complexité de l’État belge (répartition compliquée des compétences, charge de travail élevée, changements législatifs fréquents, lenteur de la prise de décision, endettement important, etc.) contribuent à la situation catastrophique actuelle qui nuit surtout à la classe ouvrière.

Le discours occidental sur les droits de l’homme, appliqué de manière sélective à l’international pour défendre des intérêts géopolitiques et impérialistes, sert au niveau national à maintenir les rapports de force et à créer une classe ouvrière divisée et affaiblie. L’influence des droits de l’homme interprétés de manière libérale sur la justice belge est très importante. Ils imposent des limites à l’action de l’État et du juge, et favorisent une vision dans laquelle la peine ne relève pas seulement de la répression, mais met l’accent, outre la réinsertion du coupable, sur la protection excessive de ses droits.

La justice bourgeoise belge est, outre la Constitution à dominante très libérale, également soumise à la Convention européenne des droits de l’homme, à la Cour européenne des droits de l’homme, à la Cour de justice de l’Union européenne (pour le droit de l’UE), etc. Dans ces textes et jurisprudence, on constate une insistance excessive sur les droits des coupables. Les interprétations libérales des droits de l’homme privilégient les libertés politiques formelles de l’individu, tandis que les sociétés socialistes accordent la priorité aux droits sociaux et économiques de l’individu, ainsi qu’aux intérêts et droits collectifs.

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Nous renvoyons une fois encore à Domenico Losurdo (1), qui distingue à juste titre la liberté formelle de la liberté matérielle. Le droit de vote, la liberté de la presse et les droits individuels signifient peu lorsque de larges pans de la population restent dépendants économiquement. Les droits sociaux (travail, éducation, soins de santé) sont tout aussi essentiels que les libertés bourgeoises classiques.

domenico-losurdo.jpgLosurdo (photo) rejette la conception libérale de l’homme comme individu abstrait doté de droits intemporels. Les droits sont le résultat de luttes historiques et de l’émancipation collective. C’est pourquoi nous soulignons aussi le rôle de la lutte des classes, des mouvements anticoloniaux et des mouvements de libération nationale. Nous ne rejetons pas l’idée de la dignité humaine ou des droits, mais, à la suite de Losurdo, nous affirmons que l’idéologie libérale des droits de l’homme présente à tort son propre développement historique comme universel, neutre et cohérent, alors qu’elle a en réalité toujours été imbriquée dans le colonialisme, la domination de classe et les rapports de force inégaux.

En tant que nationaux-révolutionnaires flamands, nous rejetons donc non seulement l’État belge et l’UE, mais nous ne nous sentons pas non plus redevables aux déclarations de droits d’inspiration occidentale-libérale. Nous ne plaidons pas pour l’abolition des droits, mais pour une conception historique et matérielle de l’émancipation, dans laquelle les libertés bourgeoises sont complétées par des droits sociaux, des droits collectifs et le droit à l’autodétermination nationale. Nous ne sommes pas opposés aux droits de l’homme en tant que tels, mais rejetons fermement leur monopolisation et application sélective par le libéralisme.

Une part importante de la population estime que les grands criminels sont trop légèrement punis et/ou devraient purger leur peine dans sa totalité, et se montre méfiante envers les libérations anticipées. Les juges doivent cependant confronter les lois et décisions aux normes juridiques auxquelles l’État bourgeois belge s’est engagé.

Une critique récurrente est que l’Europe accorde beaucoup d’attention aux conditions de détention des détenus individuels, alors que des problèmes structurels comme le chômage de masse, le sans-abrisme, la pauvreté ou les conséquences sociales des réformes néolibérales ne sont pas considérés comme des questions relevant des droits de l’homme. Une part croissante de la classe ouvrière a du mal avec « l’État de droit » libéral, considéré comme un système où les droits individuels et les garanties procédurales pèsent plus lourd que la sécurité collective et la justice sociale.

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L’opposition à la décadence et à la permissivité libérale envers l’usage de drogues s’accroît également, tout comme l’essor de la criminalité organisée, qui sont autant de manifestations de sociétés capitalistes ou bourgeoises où l’injustice et l’inégalité dominent. Une large partie du camp marxiste occidental est infectée par des idées libérales, qui se manifestent, outre par la politique identitaire, par l’indulgence et l’acceptation de la consommation de drogues. Ils doivent être considérés, tout comme les valets du régime d’extrême-droite, comme des adversaires politiques.

Les gros trafiquants de drogue, les pédophiles (la pédophilie étant une forme extrême d’exploitation et de violence à l’encontre des vulnérables), etc., sont des contre-révolutionnaires qui constituent une menace pour la communauté. Dans la tradition socialiste, les libertés individuelles n’ont pas de caractère absolu. Répression et prévention ne s’opposent pas, mais se complètent. Si la consommation de drogues nuit à la communauté, l’État peut, selon cette conception, intervenir avec de lourdes peines de prison, la confiscation des biens, des programmes de désintoxication obligatoires, etc. Même la sanction suprême de la peine de mort peut être justifiée, ce qui implique, comme déjà indiqué, le rejet des règles juridiques (inter-)nationales fortement libérales dans lesquelles agit l’État bourgeois belge. Ainsi, au sein de l’UE, la peine de mort est incompatible avec l’adhésion (article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE et du droit de l’UE) et les protocoles 6 et 13 de la Convention européenne des droits de l’homme interdisent la peine de mort. Les propositions réformistes de l’extrême-droite ne sont donc que des emplâtres sur une jambe de bois. Elles séduisent une part importante de la classe ouvrière à des fins purement électorales mais n’ont aucune valeur de fond. Une justice différente, juste et adaptée à la classe ouvrière n’est possible que par une critique systémique approfondie et un rejet strict de la politique bourgeoise et de ses structures institutionnelles teintées d’idéologie. L’État socialiste, avec sa « dictature » de la classe ouvrière, offre, contrairement à l’État libéral occidental, la garantie de la protection des droits sociaux, dont le droit à la sécurité pour l’homme ordinaire. Il offre ordre, solidarité et responsabilité sociale là où les ploutocraties libérales deviennent des États-mafias décadents où l’individualisme va de pair avec la loi du plus fort.

Note:

(1) Domenico Losurdo, Critique de l’apolitisme. La leçon de Hegel d’hier à nos jours. Éditions Delga, Paris, 2012, pp. 66-69.