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samedi, 11 juillet 2026

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

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Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

Elena Fritz

Source : https://t.me/global_affairs_byelena

Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.

Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.

Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.

Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.

Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.

Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.

Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant! 

Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.

À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.

#geopolitique@global_affairs_byelena

La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

par Nicola Bielli

Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la...

Alors que l’Europe assiste à une nouvelle escalade de la confrontation entre l’OTAN et la Russie, une question demeure en marge du débat public: pourquoi le Royaume-Uni semble-t-il souvent plus déterminé que d’autres pays européens à adopter une ligne de plus en plus dure envers Moscou?

Les explications officielles sont bien connues : défense de l’Ukraine, protection du droit international, sécurité européenne, endiguement des ambitions géopolitiques du Kremlin. Ce sont assurément des arguments pertinents, mais ils ne suffisent peut-être pas à expliquer l’ensemble du tableau.

Pour comprendre les racines profondes de la posture britannique, il faut peut-être regarder ailleurs. Non pas vers Westminster, mais vers le cœur financier de Londres. Non pas vers les récits quotidiens de la guerre en Ukraine, mais vers les structures de pouvoir qui traversent l’histoire britannique depuis des siècles.

C’est ici que la réflexion de l’économiste Richard Murphy offre une perspective originale et provocatrice.

Selon Murphy, l’un des spécialistes les plus connus des dynamiques fiscales et des paradis offshore, la City de Londres n’est pas simplement un quartier financier. Il s’agit d’une structure de pouvoir dotée de caractéristiques exceptionnelles à l’intérieur de l’État britannique.

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« Britannia rules the waves » de Nicholas Habbe : Britannia – armée d’une lance, d’un casque et d’un bouclier orné des armes royales britanniques – est assise sur un quadrige aux côtés de Neptune, armée de son trident.

La City of London Corporation, qui gouverne le fameux Square Mile, constitue en effet une anomalie presque unique dans le monde occidental. Les entreprises peuvent y voter lors des élections. Elle dispose de ses propres institutions, de sa propre police et d’un accès privilégié aux centres de décision du pouvoir britannique. Formellement, il s’agit d’une administration locale. En substance, affirme Murphy, elle représente le centre politique d’un réseau financier mondial.

Ce n’est pas un simple héritage médiéval subsistant par inertie. Selon cette interprétation, la Corporation continue d’exercer une fonction précise : défendre les intérêts du capital financier contre toute forme de contrôle démocratique susceptible de limiter sa liberté de mouvement.

C’est une thèse radicale. Mais c’est justement à partir de cette thèse qu’il devient possible de lire sous un autre angle certaines des grandes dynamiques géopolitiques contemporaines.

Au cours des quarante dernières années, le Royaume-Uni a connu une transformation économique profonde. Le pays qui avait porté la révolution industrielle a progressivement réduit le poids de l’industrie manufacturière. Des districts entiers de production sont entrés en crise. Mines, aciéries et chantiers navals ont laissé place à une économie de plus en plus dominée par la finance, les services et la gestion internationale des capitaux.

La City est devenue le cœur battant de ce nouveau modèle.

Londres n’exporte plus principalement des biens industriels. Elle exporte des services financiers, des assurances, des conseils juridiques, des instruments d’investissement et d’intermédiation mondiale.

En d’autres termes, la prospérité d’une partie significative de l’establishment britannique dépend aujourd’hui de la survie d’un ordre international fondé sur la libre circulation des capitaux et sur la centralité des institutions économiques occidentales.

C’est à ce stade que le raisonnement économique se transforme inévitablement en raisonnement géopolitique.

Car chaque système économique développe sa propre vision du monde et sa propre conception de la sécurité.

Historiquement, la puissance britannique fut celle de la mer. L’Empire britannique a bâti sa grandeur en contrôlant les routes commerciales, les échanges maritimes, les assurances et la finance internationale. Il ne dominait pas par la continuité territoriale, mais par les réseaux.

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Russie: plaine fertile et steppe.

La Russie a représenté pendant des siècles son opposé.

Une immense puissance continentale, fondée sur le contrôle de l’espace terrestre, des ressources naturelles et de la profondeur stratégique. Une civilisation géopolitique construite autour de la terre, non de la mer.

L’histoire européenne a largement été l’histoire de cette confrontation.

Du Grand Jeu en Asie centrale à la guerre de Crimée, de l’époque tsariste à la Guerre froide, Londres a constamment considéré la Russie comme son principal rival continental.

La fin de l’Union soviétique semblait refermer ce chapitre, mais aujourd’hui, le conflit est revenu.

Et ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.

9780552171618-jacket-large.jpgSelon la lecture proposée par Murphy, la City représente l’évolution moderne de la puissance maritime traditionnelle britannique. Non plus une thalassocratie fondée sur les flottes militaires et les colonies, mais une thalassocratie financière reposant sur les flux de capitaux, les marchés mondiaux et le réseau offshore reliant Londres aux anciennes structures de l’Empire.

Dans cette perspective, la Russie n’apparaît pas simplement comme un adversaire géopolitique ; elle incarne quelque chose de plus profond : la persistance d’une logique alternative à celle de la mondialisation financière. Une logique fondée sur la souveraineté de l’État, le contrôle des ressources stratégiques et la capacité de s’affranchir – au moins en partie – de l’influence des grands centres financiers occidentaux.

C’est de là qu’émerge une question inévitable.

Si la centralité de la City dépend de l’existence d’un certain ordre mondial, que se passe-t-il lorsque cet ordre entre en crise ?

La montée en puissance de la Chine, le renforcement des BRICS, la recherche de systèmes de paiement alternatifs au dollar et l’émergence de nouvelles alliances eurasiatiques érodent progressivement les équilibres qui ont caractérisé le monde depuis 1991.

Pour les élites financières occidentales, il s’agit d’une transformation potentiellement historique, et c’est dans ce contexte que certains observateurs interprètent l’activisme croissant du Royaume-Uni dans la crise ukrainienne.Londres s’est souvent retrouvée en première ligne dans le soutien militaire à Kiev. Elle a appuyé des sanctions de plus en plus sévères contre Moscou. Elle a encouragé une posture stratégique particulièrement affirmée dans la Baltique, la mer du Nord et dans les zones de contact entre l’OTAN et la Russie.

Selon la lecture critique proposée par Murphy, ces choix ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme de la sécurité militaire.

Ils refléteraient aussi la nécessité de défendre un système économique et financier qui considère toute réduction de sa centralité mondiale comme une menace.

Naturellement, cette interprétation reste sujette à débat. Il n’existe aucune preuve démontrant une direction directe de la City sur les décisions stratégiques britanniques. Il ne serait pas non plus correct de réduire toute la politique étrangère du Royaume-Uni aux seuls intérêts financiers, mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le poids que les structures économiques exercent sur les choix géopolitiques des États.

La véritable question concerne alors l’avenir de l’Europe.Si la confrontation avec la Russie continue de s’intensifier, le continent risque de se retrouver à nouveau piégé dans la logique des blocs opposés. Une logique que l’histoire du XXe siècle a déjà montré capable de transformer des rivalités économiques et stratégiques en conflits dévastateurs.

C’est précisément ici que le raisonnement de Murphy prend une dimension inquiétante.

Lorsqu’une structure de pouvoir perçoit la possibilité de perdre sa position dominante, la tentation de répondre par l’escalade peut devenir très forte. Pas nécessairement par choix délibéré, mais comme conséquence d’une logique systémique qui identifie sa propre survie à celle de l’ordre existant.

La question finale demeure donc ouverte.La tension croissante entre l’Occident et la Russie n’est-elle vraiment qu’une bataille pour la sécurité européenne? Ou bien assistons-nous aussi à la réaction d’un système financier mondial qui voit son hégémonie menacée?

9781786631671.jpgAu cœur de Londres, dans ce mile carré qui continue d’exercer une influence disproportionnée sur les affaires du monde, se trouve peut-être une partie de la réponse.

La City de Londres n’est pas simplement un centre financier. C’est le cœur d’un modèle politique, économique et social spécifique, que l’on pourrait qualifier de financiarisme oligarchique transnational. Selon Murphy, le problème n’est pas la finance en soi, mais le fait que la finance soit devenue le principe organisateur de toute la société. Dans ce modèle, le pouvoir ne découle pas principalement du vote, du travail ou de la production industrielle, mais de la mobilité du capital. Celui qui contrôle le capital financier dispose d’un levier de pouvoir supérieur à celui des gouvernements démocratiquement élus. La conséquence en est une transformation profonde de la démocratie. Formellement, les institutions démocratiques continuent d’exister: on vote, on élit des parlements, on forme des gouvernements. Pourtant, soutient Murphy, le champ des décisions réellement possibles est restreint par la nécessité de ne pas perturber les marchés financiers. Les gouvernements peuvent changer, mais à l’intérieur de limites définies par la réaction des investisseurs, des banques, des fonds et de la City.

Il naît ainsi une sorte de démocratie conditionnée. Les élections déterminent qui gouverne, mais ne décident pas pleinement de ce qui peut être fait. La souveraineté populaire est subordonnée à la confiance des marchés.

Dans cette perspective, le système fiscal joue un rôle central. Murphy interprète le réseau offshore britannique non comme une dérive du capitalisme, mais comme l’un de ses instruments fondamentaux. Les paradis fiscaux liés au Royaume-Uni – des Îles Caïmans aux Îles Vierges britanniques, en passant par Jersey et Guernesey – permettent aux grandes fortunes d’échapper à la fiscalité, à la régulation et, surtout, au contrôle démocratique.

C’est de là qu’émerge un second élément du modèle: la séparation entre la richesse et la responsabilité sociale.

Dans la tradition de l’État social européen, ceux qui bénéficient le plus de l’économie contribuent aussi le plus au financement de la collectivité. Dans le modèle dénoncé par Murphy, au contraire, le capital acquiert la possibilité de se soustraire à ce pacte. Les élites économiques deviennent de moins en moins dépendantes du territoire national, tandis que les citoyens ordinaires restent liés à l’État, aux services publics et à la fiscalité ordinaire.

Il se crée ainsi une double citoyenneté implicite: d’un côté, les citoyens ordinaires, soumis aux lois, aux impôts et aux décisions publiques ; de l’autre, le capital mobile, qui peut se déplacer à sa guise, choisir la juridiction la plus avantageuse et menacer constamment de s’exiler.

Selon Murphy, cela produit une forme de chantage permanent. Toute tentative d’augmenter la fiscalité sur les grandes fortunes, de renforcer les droits des travailleurs ou d’accroître les dépenses publiques se heurte immédiatement à l’objection selon laquelle «les capitaux vont partir».

Le résultat est un État progressivement affaibli.

C’est ici qu’émerge le troisième pilier du modèle: la suprématie de la rente sur la production.

Murphy soutient que la centralité de la City a poussé le Royaume-Uni à abandonner progressivement l’industrie manufacturière et les investissements productifs. Au lieu de créer de la nouvelle richesse par l’industrie, la recherche et l’innovation, l’économie est orientée vers la gestion d’actifs financiers, la spéculation immobilière et la valorisation du patrimoine existant. Dans ce contexte, le logement cesse d’être un bien social et devient un investissement.

Les villes cessent d’être des lieux de vie et deviennent des portefeuilles immobiliers. Les entreprises sont évaluées davantage pour leur valeur boursière que pour ce qu’elles produisent. Le capital recherche des rendements financiers immédiats plutôt qu’un développement productif à long terme. La société qui en découle se caractérise par des inégalités croissantes. Une minorité liée aux circuits financiers mondiaux accumule de plus en plus de richesses, tandis que les salaires, les services publics et les investissements territoriaux stagnent. D’un point de vue sociologique, Murphy décrit une société divisée entre :

- une étroite élite financière globale ;

- une classe professionnelle au service de la finance ;

- une majorité de travailleurs et de citoyens qui subissent les conséquences de décisions prises ailleurs.

De là découle aussi une crise de la légitimité démocratique. Si les citoyens ont le sentiment que tout gouvernement doit de toute façon obéir aux mêmes intérêts financiers, la défiance envers les institutions et la politique s’accroît. En effet, pour Murphy, le populisme contemporain ne naît pas seulement de facteurs culturels ou identitaires, mais aussi de la perception qu’il existe deux systèmes de règles: un pour la population et un pour le capital global.

En toile de fond, on devine une conception presque néo-impériale du pouvoir britannique. Murphy suggère que la fin formelle de l’Empire n’a pas éliminé les structures de domination bâties durant l’ère coloniale. Celles-ci se seraient transformées en un réseau financier mondial centré sur la City, capable d’exercer son influence sans contrôle territorial direct.

L’Empire des canonnières aurait été remplacé par l’Empire des flux financiers.

81o061qndZL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAu final, c’est un modèle de société très précis qui se dessine, ni une démocratie sociale fondée sur le travail, ni un État-nation gouvernant l’économie, ni même un capitalisme productif tourné vers l’industrie, mais un système où le capital financier global occupe le sommet de la hiérarchie, où l’État devient le garant de sa liberté de mouvement et où la démocratie s’adapte progressivement aux besoins de la finance.

Pour Murphy, la City n’est donc pas seulement un lieu géographique au cœur de Londres. Elle est l’expression institutionnelle d’un ordre politique dans lequel la liberté du capital est considérée comme plus importante que la souveraineté démocratique, l’égalité sociale ou le développement productif. C’est la raison pour laquelle il parle non d’une simple réforme, mais d’une véritable transformation constitutionnelle du rapport entre la finance, l’État et la démocratie.

La Grande-Bretagne, et avec elle la vieille Europe, seront-elles sacrifiées par ces élites pour éviter d’avoir à accepter le tournant “telluro-eurasiatique” de l’Histoire?

Sources: 

  • Richard Murphy, The Joy of Tax (2015) et articles sur le rôle de la "City of London Corporation" et des paradis fiscaux britanniques. 
  • Susan Strange, Casino Capitalism (1986) et Mad Money (1998).
  • Halford J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality (1919).

 

19:53 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, royaume-uni, russie, city of london, histoire, finances | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

Zeinab Al Saffar

Dans la science militaire et stratégique, lorsque les spécialistes parlent de «perte de prestige», ils font référence à l’effondrement de l’image qu’une force militaire a construite autour de ses capacités supposément incontestées. Cet effondrement entraîne de graves conséquences tactiques, stratégiques et psychologiques.

Le concept de « perte de prestige » dans les études militaires peut être compris à partir des fondements suivants :

Premièrement : l’effondrement de l’équation de la dissuasion

Dans la stratégie militaire, la dissuasion repose sur trois éléments: la capacité, la volonté et la crédibilité (ou la perception que l’ennemi a de cette capacité).

La « perte de prestige » signifie que le troisième élément – la crédibilité – a été détruit. Lorsqu’une armée qui possède une supériorité technologique et de feu écrasante échoue à atteindre un objectif tactique apparemment simple, comme la conquête de la colline Ali al-Taher, l’adversaire cesse de croire aux menaces de cette armée. En d’autres termes, l’ennemi cesse de craindre sa puissance car celle-ci n’a pas été traduite en succès concret sur le champ de bataille.

Deuxièmement : l’échec de l’application de la doctrine du «Choc et Stupeur»

Les armées conventionnelles tirent une grande partie de leur prestige du principe de la décision rapide et de la démonstration d’une force écrasante capable de paralyser la réflexion et la capacité de résistance de l’ennemi.

La « perte de prestige » signifie que l’adversaire a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé. Cela annule, en pratique, l’impact psychologique traditionnellement associé à l’armement avancé.

La « perte de prestige » signifie donc que l’ennemi a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé.

Troisièmement : l’inversion de la logique de la guerre asymétrique

Dans les études militaires sur la guerre de guérilla et les forces irrégulières, un principe largement connu, formulé par Henry Kissinger, affirme:

«L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas; le guérillero gagne s’il ne perd pas».

Le prestige est perdu lorsqu’une armée conventionnelle se retrouve piégée dans une guerre d’usure. La simple survie et la résilience d’un adversaire face à une force militaire beaucoup plus puissante constituent un coup porté au prestige de l’armée conventionnelle et exposent ses faiblesses opérationnelles.

Quatrièmement : la perte d’initiative due à l’audace croissante de l’adversaire

Le prestige militaire fonctionne comme un bouclier psychologique, décourageant l’ennemi d’entreprendre des actions offensives.

Lorsque ce prestige se détériore, la barrière de la peur est brisée. En termes militaires, cela signifie que l’adversaire abandonne l’attitude de défense passive – se limitant à encaisser les attaques – pour adopter une défense active, voire des actions offensives, incluant embuscades, contre-attaques et attaques contre les lignes de ravitaillement. Ce changement se produit parce que l’ennemi commence à croire que l’armée adverse n’est ni invulnérable ni hors d’atteinte.

Cinquièmement : l’érosion du moral interne

Dans « De la guerre », le théoricien militaire Carl von Clausewitz identifie le moral comme l’un des facteurs décisifs de la victoire.

La perte de prestige affecte non seulement l’ennemi, mais aussi l’armée attaquante elle-même. Lorsque les soldats réalisent que la supériorité de leur entraînement, le soutien aérien et le blindage ne suffisent pas à les protéger de la mort face à un adversaire moins bien équipé, des doutes sur le commandement et sur les capacités militaires émergent. Ces doutes mènent à l’hésitation, à la diminution de l’agressivité et à la baisse de l’efficacité au combat.

Sixièmement : la neutralisation de la supériorité technologique

À l’ère moderne, le prestige militaire repose souvent sur la technologie: puissance aérienne avancée, chars lourdement blindés et systèmes de surveillance sophistiqués.

La perte de prestige, dans ce contexte, signifie que l’adversaire a trouvé des méthodes tactiques efficaces pour neutraliser ces avantages, que ce soit via des réseaux de tunnels, le camouflage, des drones d’attaque à longue endurance ou des armes antichar. Par conséquent, la valeur stratégique de cet arsenal technologique est significativement réduite.

Conclusion militaire

Dans la science militaire, la « perte de prestige » représente le moment où une armée cesse d’être une force capable d’imposer sa volonté par la peur et la dissuasion, devenant au contraire une force réactive, prisonnière d’une guerre d’usure et payant un lourd tribut en vies humaines pour chaque mètre avancé.

C’est le moment où les armées découvrent que la supériorité matérielle – l’acier et la puissance de feu – a été effectivement neutralisée par la supériorité humaine, tactique et adaptative de l’adversaire.

Applications pratiques du concept de perte de prestige

L’incapacité à conquérir un objectif géographique spécifique, tel que la colline stratégiquement importante d’Ali al-Taher – qui domine Nabatieh, la région d’Iqlim al-Tuffah et le secteur nord de la rivière Litani – malgré dix jours d’attaques consécutives et quatre jours de bombardements préparatoires ininterrompus, a des implications militaires et stratégiques qui vont bien au-delà d’un simple revers tactique. Elle touche au cœur même du prestige militaire israélien et de sa doctrine de dissuasion.

La signification de cette « perte de prestige », ainsi que l’importance des pertes rapportées – telles que la mort du commandant du 52e bataillon blindé et la destruction de chars Merkava – peut se résumer ainsi :

1. L’effondrement de la doctrine selon laquelle « la puissance de feu garantit l’avancée terrestre »

Les armées conventionnelles, en particulier l’armée israélienne, s’appuient traditionnellement sur une approche de terre brûlée, utilisant une puissance de feu aérienne et d’artillerie massive pour démanteler les défenses avant l’avancée de l’infanterie et des unités blindées.

L’échec de l’avancée après 96 heures d’attaques continues et de bombardements intenses suggère que le soutien aérien et d’artillerie à grande échelle a perdu une grande partie de son efficacité contre les fortifications souterraines, les réseaux de tunnels et les tactiques défensives dissimulées. Cela affaiblit l’aura d’efficacité longtemps associée à la supériorité technologique et aérienne d’Israël.

2. La supériorité des tactiques complexes d’embuscade sur la technologie

Les pertes en personnel et en matériel – notamment la destruction de véhicules lourdement blindés comme les chars Merkava et la mort d’officiers supérieurs – indiquent que les défenseurs ont réussi à transformer la zone autour de la colline en une « zone de mort ».

iw_atgw_at14_v1.jpgL’utilisation simultanée de drones d’attaque à longue endurance, de missiles antichars guidés (comme le Kornet) (photo) et de tirs de mortier démontre la capacité des tactiques de guérilla modernes et des méthodes de combat rapproché à neutraliser des avantages technologiques autrefois jugés décisifs.

3. L’effondrement moral et psychologique et la perte de « l’image de la victoire »

Les armées dépendent de l’élan fourni par des victoires rapides pour maintenir le moral et justifier les pertes auprès de l’opinion publique interne.

Quand une force militaire conventionnelle, considérée comme l’une des plus puissantes de la région, reste incapable pendant des jours d’assurer une seule position élevée tout en subissant des pertes importantes, cette colline cesse d’être un simple objectif militaire. Elle devient un symbole et un fardeau psychologique.

Une telle impasse engendre frustration et perte de confiance parmi les troupes, tout en soumettant les dirigeants militaires et politiques à une pression croissante devant l’incapacité à obtenir un résultat décisif ou à afficher une image claire de victoire.

4. La perte d’une position opérationnelle critique et la complication des opérations terrestres

D’un point de vue strictement opérationnel, la colline Ali al-Taher constitue une position dominante et un appui fondamental.

Le contrôle de la colline serait essentiel pour garantir l’arrière-garde des forces israéliennes et protéger les lignes d’approvisionnement en cas de déploiement prolongé au nord du Litani. L’échec à la capturer expose les forces en progression à un feu constant et à une vulnérabilité opérationnelle, privant toute incursion terrestre dans la zone de valeur stratégique significative et la réduisant à une coûteuse guerre d’usure sans perspective claire.

5. La perte du pouvoir de négociation politique

Israël a souvent intensifié ses opérations terrestres pour créer des faits accomplis sur le terrain, utilisables ensuite comme instruments de négociation.

La perte de prestige, dans ce contexte, signifie entrer dans des négociations politiques ou des discussions sur un cessez-le-feu à partir d’une position d’usure sur le terrain, et non de force coercitive. La résistance continue sur la colline prive Israël de la capacité d’imposer ses conditions et donne à l’adversaire une plus grande influence sur le moment et les modalités de tout accord à venir.

Évaluation finale

La persistance de la résistance sur la colline Ali al-Taher, dans ces circonstances, représente bien plus que la défense réussie d’une position géographique. Il s’agit d’un signe fort de l’érosion du mythe de « l’armée invincible ».

Selon cette analyse, la bataille démontre que posséder les avions les plus avancés et les chars les plus puissants ne suffit plus pour vaincre une force combattante déterminée, qui combine une connaissance approfondie du terrain, des réseaux défensifs sophistiqués et une grande capacité d’adaptation tactique. Il en résulte un processus d’usure matérielle et humaine qui affaiblit progressivement le pouvoir de dissuasion sur lequel Israël a bâti une grande partie de son prestige militaire au fil des décennies.

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La nouvelle grammaire de la guerre

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La nouvelle grammaire de la guerre

Zeinab Al Saffar

Source: https://zeinabsaffar.substack.com/p/the-new-grammar-of-war

La nouvelle grammaire de la guerre : sept concepts qui ont redéfini les règles en 2026

Les guerres de demain ne se gagneront pas sur le champ de bataille — elles se gagneront dans l’esprit, l’économie et l’écosystème informationnel de l’ennemi.

C’est la leçon brutale et éclairante de 2026. Ce qui a émergé de ce conflit, ce n’est pas simplement un nouvel ensemble de tactiques. C’est une nouvelle philosophie du pouvoir — qui rend dangereusement obsolètes nombre d’hypothèses héritées de l’Occident concernant la guerre, la dissuasion et la victoire.

La victoire n’est plus ce que vous croyez

Oubliez l’anéantissement. Le stratège moderne ne cherche pas à détruire l’ennemi — il cherche à le paralyser. La nouvelle définition de la victoire, c’est l’ingénierie de la « paralysie systémique » : une condition dans laquelle l’adversaire conserve son matériel militaire mais perd la capacité cognitive et institutionnelle de l’utiliser de manière cohérente. Par la perturbation ciblée des systèmes financiers, des réseaux de commandement et des artères de l’information, un État peut être réduit d’un acteur souverain à un dépendant sous gestion — ses choix politiques étant silencieusement pris en otage par des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures technologiques contrôlées par le vainqueur. La conquête est invisible. La défaite est permanente.

La guerre existentielle ne concerne pas la survie — elle concerne le contrôle de la réalité

Le conflit de 2026 a mis en avant un concept qui mérite beaucoup plus d’attention qu’il n’en reçoit : la guerre pour la souveraineté épistémique — le droit de définir ce qui est réel. Grâce à des deepfakes générés en temps réel par l’IA et à une désinformation élaborée avec précision, on peut dépasser la propagande du siècle dernier et passer directement à la déconstruction cognitive : le démantèlement systématique des fondations logiques qui maintiennent les croyances partagées d’une société.

Lorsqu’assez de « vérités » contradictoires inondent simultanément l’espace informationnel, le résultat n’est pas simplement de la confusion — c’est un nihilisme informationnel, une paralysie de la volonté collective où les citoyens ne peuvent plus organiser de réponse cohérente à l’agression, car ils ne peuvent plus s’accorder sur ce qui se passe. L’ennemi n’a pas besoin de bombarder vos villes. Il lui suffit d’assassiner votre sens commun de la réalité.

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La géographie comme arme : le réseau de dissuasion distribuée

L’axe qui s’étend de Téhéran à Beyrouth, Bagdad et Sanaa n’est pas une alliance politique au sens traditionnel. C’est une architecture de dissuasion distribuée — un réseau volontairement décentralisé conçu pour rendre toute frappe décisive géométriquement impossible. Aucune frappe unique ne peut neutraliser tous les nœuds simultanément. Mais surtout, le véritable levier du réseau n’est pas militaire — il est géoéconomique. Contrôlez simultanément le détroit d’Ormuz et le Bab el-Mandeb, et vous ne menacez pas un pays. Vous menacez l’économie mondiale. Le conflit local devient une crise internationale. La pression pour désamorcer la situation se déplace du champ de bataille vers les salles de conseil à Pékin, Bruxelles et Washington.

La doctrine de la politique du bord du gouffre: quand l’abîme devient stratégie

La « gestion du bord du gouffre » — l’art de danser sur le fil de la catastrophe pour obtenir des concessions politiques — est entrée dans une nouvelle phase en 2026. Lorsque les menaces ont atteint le langage de l’effacement civilisationnel, le calcul a été entièrement transformé. La réponse n’a pas été la retraite, mais la clarification : une doctrine de punition catastrophique qui lie la survie des intérêts énergétiques et économiques de l’adversaire à la survie de l’État ciblé. L’abîme a cessé d’être une situation d’urgence. Il est devenu une politique opérationnelle permanente — un fait géopolitique que nul acteur régional ne peut se permettre d’ignorer.

La patience stratégique active : gagner en attendant — mais jamais passivement

C’est peut-être le concept le plus mal compris de la littérature stratégique contemporaine. La « patience stratégique active » ne consiste pas à encaisser les coups jusqu’à ce que la situation évolue. C’est une doctrine offensive déguisée en retenue. Le principe est simple et redoutable : les grandes puissances et les armées technologiquement supérieures ont une tolérance limitée pour les conflits ouverts sans issue. En évitant le coup décisif unique — qui pourrait provoquer une riposte écrasante — et en poursuivant plutôt ce que l’on pourrait appeler la « stratégie des mille coupures », un adversaire moins puissant peut éroder systématiquement la légitimité politique, les réserves économiques et la cohésion sociale d’un ennemi plus fort. L’objectif est d’amener l’adversaire à un point d’effondrement spontané — non pas en le battant sur le terrain, mais en rendant sa propre survie insoutenable.

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La diplomatie de terrain : le champ de bataille comme table de négociation

En 2026, les opérations militaires ne précédaient pas les négociations — elles étaient les négociations. Chaque missile, chaque frappe de drone, chaque gain territorial était simultanément un message diplomatique, un vote émis en temps réel à une table de négociation invisible. C’est la « diplomatie de terrain » : la doctrine qui considère les succès militaires tactiques comme des clauses contraignantes dans un accord politique qui s’écrit alors que les combats continuent. Le langage de cette diplomatie n’est pas l’argument juridique — c’est la réalité opérationnelle. Lorsque l’adversaire tente de relever ses exigences politiques, la réponse n’arrive pas sous forme de communiqué, mais sous la forme d’une frappe recalibrée. La ligne de front ne détermine pas seulement les résultats militaires ; elle détermine ce qui est politiquement possible.

Le pouvoir de ce que l’adversaire ignore

Le dernier — et peut-être le plus élégant — des concepts émergés en 2026 est la dissuasion par l’ambiguïté délibérée. Après avoir subi de lourds revers en 2024, la capacité démontrée du Hezbollah à surprendre tactiquement en 2026 a transformé l’ignorance elle-même en arme. En maintenant un écart persistant entre les capacités déclarées et les capacités réelles, une force combattante peut paralyser entièrement l’appareil décisionnel de l’ennemi. Lorsque les commandants ne peuvent pas évaluer précisément ce à quoi ils sont confrontés, ils sont contraints de se préparer au pire — et les scénarios du pire ne sont presque jamais ceux qui autorisent l’action offensive. L’inconnu devient un mur. L’arsenal invisible devient la dissuasion la plus efficace de toutes. L’élément de surprise plane sur le paysage.

En Résumé

Ce que 2026 a établi, avec une clarté inconfortable, c’est que le paradigme dominant de la guerre du XXe siècle — force écrasante, victoire décisive, reddition claire — cède la place à quelque chose de bien plus complexe et bien plus durable. La nouvelle grammaire de la guerre s’écrit en paralysie fonctionnelle, manipulation épistémique, réseaux distribués, catastrophe gérée, patience structurée, diplomatie de terrain en temps réel et instrumentalisation de l’incertitude.

Les États et les stratèges qui apprendront à lire cette grammaire couramment façonneront la prochaine ère de l’ordre international. Ceux qui n’y parviendront pas se retrouveront échec et mat face à des adversaires qu’ils auront constamment sous-estimés — non parce que ces adversaires étaient plus forts, mais parce qu’ils avaient compris les nouvelles règles du jeu tandis que les autres jouaient encore selon les anciennes.

14:23 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, polémologie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook