jeudi, 05 novembre 2026
La gauche brésilienne n’a pas encore compris le phénomène évangélique

La gauche brésilienne n’a pas encore compris le phénomène évangélique
Lucas Leiroz
Source: https://telegra.ph/La-sinistra-brasiliana-non-ha-ancora-c...
Réduire des millions de Brésiliens à une base réactionnaire, celle du bolsonarisme, révèle les limites des analyses progressistes de la société brésilienne.
Depuis le premier tour de l’élection présidentielle, certains secteurs de la gauche brésilienne ont intensifié leurs critiques à l’égard des évangéliques, les décrivant souvent comme une force réactionnaire responsable de l’ascension de la droite dans le pays. Cette interprétation fournit une explication commode aux échecs électoraux des progressistes, mais témoigne d’une compréhension plutôt limitée de la réalité sociale brésilienne. Le phénomène évangélique possède des racines historiques, culturelles et économiques qui ne sauraient être réduites au bolsonarisme.
La première erreur consiste à considérer les évangéliques comme un bloc politique organisé. Le paysage protestant brésilien comprend des dénominations historiques, des Églises pentecôtistes, des organisations néo-pentecôtistes indépendantes et d’innombrables communautés locales, souvent marquées par de profondes différences doctrinales. Il n’existe aucune autorité ecclésiastique centrale capable de coordonner cet ensemble, ni d’orientation politique uniforme partagée par ses membres. Bien que les dirigeants religieux aient joué un rôle important dans la mobilisation des électeurs en faveur de Jair Bolsonaro, leurs positions ne reflètent pas nécessairement les convictions de tous les fidèles.

Par ailleurs, selon de récentes analyses démographiques, l’expansion de l’évangélisme brésilien montre déjà des signes de ralentissement. Cela démontre que ce phénomène possède une dynamique propre et ne dépend pas exclusivement du climat politique. De nombreux Brésiliens trouvent dans les Églises évangéliques des réseaux de solidarité, une orientation morale, une aide au quotidien et des formes d’organisation communautaire.
Certains fidèles conservent des positions conservatrices sur les questions de société, tout en soutenant les politiques sociales, les droits des travailleurs et des causes qui ne correspondent pas au programme bolsonariste. De même, certains groupes évangéliques adoptent des approches plus libérales sur les questions culturelles, comme l’illustre l’Église universelle, où le soutien à l’avortement est autorisé. En définitive, il s’agit d’un phénomène extraordinairement complexe et vaste, qui ne peut être réduit à des étiquettes politiques simplistes.

Une autre erreur consiste à interpréter l’évangélisme brésilien comme un simple produit de l’influence américaine. Les activités des missionnaires étrangers et les financements internationaux ont contribué à l’expansion de certaines dénominations, notamment au cours du XXe siècle. Toutefois, l’expérience brésilienne a développé ses propres caractéristiques distinctives. Les Églises ont adapté leur langage, leurs pratiques et leurs structures organisationnelles aux conditions culturelles du pays, développant une forme de religiosité populaire profondément liée à l’imaginaire religieux national brésilien.
Dans de nombreux contextes, les croyances en l’intervention spirituelle directe, la recherche de la guérison, la délivrance des influences maléfiques et la participation collective à des rituels de transformation personnelle présentent des parallèles avec les pratiques observées dans les traditions religieuses afro-brésiliennes et le catholicisme populaire. Cela ne signifie pas que ces religions soient équivalentes. Cela montre plutôt que la croissance évangélique s’est produite au sein d’une société profondément façonnée par le syncrétisme et la réinterprétation constante de ses traditions religieuses. Dans les faits, l’évangélisme brésilien est une expression authentique de la spiritualité populaire du pays, et non une simple importation des États-Unis.
Il faut également prendre en compte la dimension urbaine de ce processus. Pendant des décennies, la croissance des périphéries urbaines et des grandes villes brésiliennes a engendré des besoins sociaux que les institutions traditionnelles peinaient à satisfaire. Malgré son importance historique, l’Église catholique n’est pas parvenue à maintenir dans chaque territoire une présence pastorale à la mesure du rythme de l’urbanisation. Les Églises évangéliques ont occupé une partie de cet espace, en créant des communautés proches des habitants, en apportant un soutien quotidien et en tissant des liens sociaux durables.

Cette présence est particulièrement importante dans les favelas, les quartiers périphériques et les prisons. Il s’agit de milieux où les Églises peuvent offrir un sentiment d’appartenance, une discipline communautaire, une aide matérielle et des possibilités de reconstruire sa vie. Cette réalité revêt une importance politique considérable, notamment parce que nombre de ces mêmes territoires constituent des bastions électoraux traditionnels de Luiz Inácio Lula da Silva et du Parti des travailleurs (PT).
Cette contradiction apparente révèle les limites des catégories utilisées par certains secteurs de la gauche. Un travailleur peut voter pour Lula en raison de ses politiques économiques tout en fréquentant une Église conservatrice. Un autre peut soutenir des programmes sociaux progressistes tout en rejetant certaines positions culturelles de la gauche. Les identités politiques et religieuses ne doivent pas nécessairement coïncider entièrement.
Le bolsonarisme a réussi à nouer d’importantes alliances avec les dirigeants évangéliques, en mobilisant des symboles religieux et un discours moral dans le cadre de sa stratégie électorale. Cela ne lui confère toutefois aucun droit de propriété sur le phénomène évangélique. Confondre ces deux réalités empêche la gauche de comprendre les besoins, les aspirations et les contradictions de millions de Brésiliens.
Pour construire une alternative politique durable, les progressistes doivent abandonner leur tendance à classer des communautés entières parmi les ennemis idéologiques. L’évangélisme brésilien est pluriel, enraciné dans la société et culturellement autonome. Ignorer cette complexité revient à renoncer à comprendre une composante décisive de la société brésilienne.
Article original : Strategic Culture Foundation
16:52 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, évangélisme, brésil, amérique ibérique, amérique du sud, amérique latine |
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vendredi, 29 octobre 2021
Sur les alliances entre la gauche et les mouvements évangéliques en Amérique latine

Sur les alliances entre la gauche et les mouvements évangéliques en Amérique latine
Radha Sarkar
Ex: https://www.geopolitica.ru/es/article/sobre-las-alianzas-entre-la-izquierda-y-los-movimientos-evangelicos-en-america-latina
Traduction par Juan Gabriel Caro Rivera
Le politologue Javier Corrales est allé jusqu'à dire en 2018 que l'alliance entre les églises évangéliques et les partis conservateurs en Amérique latine était le "mariage parfait" (1). Cependant, il semble que le divorce soit pour bientôt, car un nouveau prétendant, intrigant, est entré en scène: la gauche.
Ces dernières années, de nombreux politiciens de gauche ont tenté de s'allier avec des églises, des dirigeants et des partis politiques évangéliques. Par exemple, Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) et son parti MORENA se sont tous deux alliés au parti évangélique de la rencontre sociale (PES) pour arriver au pouvoir lors des élections mexicaines de 2018. Maduro a également courtisé plusieurs leaders évangéliques lors des élections vénézuéliennes de 2020, au point de leur promettre de commémorer la "Journée du pasteur", de créer une université évangélique et de faire don de milliers d'instruments de musique à leurs églises (2). C'est maintenant le tour de Gustavo Petro, candidat à la présidence de la Colombie et ancien guérillero, qui a reçu le soutien d'Alfredo Saade (un leader évangélique de la côte caraïbe) avec lequel il a conclu une alliance le 15 septembre (3). Le mouvement de Saade, Levántate, est composé de plus de 400 pasteurs évangéliques.
Si cela peut paraître surprenant, de telles alliances ont existé par le passé, surtout si l'on considère que les partis conservateurs d'Amérique latine ont toujours eu des liens étroits avec l'Église catholique. C'est pour cette raison qu'historiquement, les dirigeants protestants ont toujours été du côté des partis libéraux et ont même soutenu des gouvernements révolutionnaires, puisque l'objectif de tous ces mouvements a toujours été le même: diminuer l'influence sociale de l'Église catholique. Entre 1979 et 1990, la population évangélique est passée de 5 % à 15 % pendant le gouvernement sandiniste au Nicaragua, grâce aux tensions entre le gouvernement révolutionnaire et l'Église catholique au sujet des postes politiques que certains prêtres occuperaient (4). Les évangéliques étaient beaucoup plus enclins que les catholiques à voter pour la réélection de Daniel Ortega et, en fait, plusieurs de leurs dirigeants ont exprimé leur soutien à la direction du FSLN (5). En outre, les mouvements évangéliques ont soutenu la nouvelle constitution vénézuélienne promue par Hugo Chávez en 1999, car elle élargissait les libertés religieuses, tandis que les catholiques l'ont attaquée comme favorisant l'avortement (6).
Cependant, il y a eu des moments où les évangéliques ont trouvé plus commode de s'allier avec la droite. Par exemple, dans le Chili d'Augusto Pinochet, où l'Église catholique a participé activement à la résistance contre la dictature, les évangéliques se sont précipités pour la soutenir dans l'espoir de se voir accorder la pleine égalité religieuse avec les catholiques (7). Tous ces faits nous amènent à conclure que la participation évangélique à la politique latino-américaine se caractérise avant tout par le pragmatisme, s'alliant aussi bien avec la gauche qu'avec la droite selon le moment historique (8).

La croissance des églises évangéliques dans la région implique que leur participation à la politique augmentera avec le temps, bien que son intensité varie d'un pays à l'autre (9). Même en Colombie, où les groupes non catholiques ont toujours été marginalisés, on estime que 19,5% de la population nationale s'identifie comme évangélique ou pentecôtiste (10).
Toutefois, il est impossible de prétendre que les églises évangéliques sont unies dans leur ensemble, de sorte que le paysage politique actuel est le reflet du paysage religieux. Il existe de nombreux groupes, divisions et compétitions entre eux en raison de l'absence d'une structure unitaire plus large. Or, c'est précisément cette fragmentation qui explique la croissance rapide de leur foi, puisque toute personne ayant une vocation divine peut créer sa propre église, mais elle a pour contrepartie d'inhiber l'action politique commune. Par exemple, au début des années 1990, les évangéliques représentaient à peine 10 % de la population colombienne et, à l'époque, il y avait quatre partis évangéliques concurrents. Le parti politique de Saade est en concurrence avec deux autres : MIRA et Colombia Justa Libre.
Néanmoins, les églises évangéliques peuvent être de précieux alliés électoraux malgré leur incapacité à créer une plateforme unifiée. Ce dernier point est particulièrement vrai pour les méga-églises et les organisations religieuses ayant de multiples sites et des dizaines ou des centaines de milliers de fidèles, ainsi que l'accès à de nombreuses ressources et une utilisation intensive des médias. L'un des atouts qu'ils peuvent mettre à la disposition des campagnes politiques est leur immense salle, sans parler des chaînes de télévision et de radio. Tout cela peut facilement transformer le capital religieux en capital politique, bien que ces deux sphères ne se chevauchent pas toujours (11).
Néanmoins, cette transformation des fidèles en électeurs a un certain poids dans les urnes et a permis à plusieurs dirigeants évangéliques de remporter des sièges dans des conseils municipaux, des législatures d'État et des congrès nationaux. Lors des élections présidentielles, les évangéliques se sont davantage comportés comme des partenaires de coalition majeurs que comme des candidats autonomes, Fabricio Alvarado, du parti évangélique Restauration nationale, faisant exception : il est arrivé en deuxième position lors de l'élection présidentielle de 2018 au Costa Rica. Il est important de garder à l'esprit que les élections sont souvent décidées par des marges très étroites dans une grande partie de l'Amérique latine, et c'est pourquoi le capital politique que les méga-églises évangéliques et les organisations religieuses peuvent rassembler a un poids énorme lorsqu'il s'agit de faire ou de défaire des rois.
L'élection présidentielle de 2018 en Colombie a mis en évidence cette tendance, puisque le candidat du Centre démocratique, Iván Duque (photo, ci-dessous), a battu Petro de 2,3 millions de voix, remportant un total de 10,3 millions de voix. La clé de la victoire de Duque a été les partis évangéliques MIRA et Colombia Justa Libre, qui auraient apporté au moins un million de voix (12).

Il est très probable que M. Petro a tiré les leçons de cette défaite et c'est la raison pour laquelle il s'est empressé de rechercher le soutien des évangéliques pour sa candidature à la présidentielle de 2022. Petro a lancé sa campagne présidentielle dans la ville caribéenne de Barranquilla, en se référant à Jésus et aux saints et en accusant la droite de faire des "pactes avec le diable" (13). Peu après, on a appris que le leader évangélique Saade avait organisé l'événement dans l'intention de soutenir publiquement la candidature de Petro.
L'alliance de M. Petro avec les évangéliques de la côte caraïbe colombienne, densément peuplée, est très logique, car après la capitale et le département d'Antioquia, c'est la région la plus peuplée du pays. D'autre part, la région des Caraïbes présente la plus forte concentration d'évangéliques dans le pays, avec 25,4 % de la population se réclamant de cette dénomination, soit un total de 2,25 millions de citoyens, de sorte que les églises évangéliques de cette région pourraient fournir un nombre considérable de voix. La campagne de Saade vise 1,5 million d'entre eux.
De nombreux groupes évangéliques d'Amérique latine ont pu étendre leur influence sociale grâce à leur implication dans la politique. Un cas typique est celui du Brésil, où les évangéliques se sont présentés aux élections sous diverses candidatures, dont celle du Partido dos Trabalhadores (PT) de gauche (14), avec l'intention de légiférer sur des exonérations fiscales pour leurs églises respectives, ainsi que de modifier les lois sur la radiodiffusion afin d'atteindre un public plus large, d'obtenir un financement de l'État pour leurs services religieux en les faisant passer pour des événements culturels, et de prendre possession de certaines propriétés pour construire des églises. Les pasteurs brésiliens se présentent aux élections parce que c'est précisément le Congrès qui contrôle les droits de diffusion, donc être au Congrès garantit la "télévangélisation".
Cela s'applique également au PSE mexicain, qui a largement bénéficié de son alliance avec MORENA: il a cessé d'être un parti marginal et est devenu la quatrième faction la plus importante du corps législatif national (15). L'AMLO, contrairement aux autres présidents mexicains qui se sont appuyés sur des groupes catholiques, a ouvert les portes du pouvoir aux évangéliques en élargissant leur accès aux médias, aux affaires et à l'immobilier. Les organisations religieuses évangéliques se sont jointes au Secrétariat du gouvernement pour promouvoir la "Quatrième Transformation" (4T) (16) et viser à "réparer le tissu social du Mexique". AMLO a proposé d'accorder des concessions de diffusion à ces groupes religieux au motif de "renforcer les valeurs" et a recruté plusieurs de ces églises pour diffuser un livre publié par le gouvernement sur la moralité et la citoyenneté. De son côté, la National Fellowship of Evangelical Churches a annoncé en décembre 2020 qu'elle avait réussi à inscrire 7000 étudiants au programme fédéral de bourses d'études dans l'intention de leur fournir non seulement une formation technique et des emplois, mais aussi de les former aux préceptes de l'Évangile (17). Pour cela, les évangéliques ont recruté des étudiants dans toutes les régions du pays.
Ainsi, l'alliance entre Saade et Petro, qui est nouvelle pour la politique colombienne, ne fait que poursuivre un schéma régional. Saade a récemment retiré son soutien à la campagne de Petro, affirmant que le candidat présidentiel n'avait pas pris en compte nombre de ses points (18). Cependant, ce bref flirt politique est révélateur. Une source anonyme de la campagne de M. Petro a également déclaré que des alliances similaires avec d'autres groupes évangéliques pourraient être conclues à l'avenir.
Petro est le candidat présidentiel avec l'intention de vote la plus élevée pour les élections de 2022 selon les sondages (19) et ce malgré le fait que l'intention de vote pour sa candidature a chuté de 21% en juin à 17% en septembre, alors que les sondages montrent que l'intention de vote pour les candidats de droite, avec lesquels on pourrait s'attendre à ce que les évangéliques aient une plus grande affinité idéologique, est sensiblement plus faible.
Si Petro gagne, quelles seront les implications de sa victoire pour les évangéliques colombiens ? Il est probable qu'il suive la même voie qu'AMLO et qu'il renforce ses liens avec les groupes évangéliques, surtout compte tenu de l'hostilité ouverte de l'Église catholique à son égard (20). Le soutien des organisations évangéliques à la campagne de Petro pourrait se traduire par une plus grande influence sur les décisions du gouvernement et la mise en œuvre de certaines politiques sociales. Mais comme l'illustre le cas mexicain, cette alliance n'implique pas le triomphe de " l'agenda moral " des évangéliques, qui s'exprime avant tout dans l'interdiction de l'avortement et des droits LGBTQ (21). Et puisque l'agenda progressiste de Petro a été caractérisé par sa promotion des droits LGBTQ (22), cela implique que les évangéliques ne seront très probablement pas en mesure d'imposer leur vision de la moralité sociale.
Si Petro remporte les élections présidentielles en Colombie, ce type d'alliances entre la gauche et les évangéliques pourrait devenir de plus en plus courant dans toute l'Amérique latine. Et même si cela ne se produit pas, il est probable qu'elle commencera à provoquer des changements politiques et des transformations majeures dans les communautés évangéliques de la région, car leur nombre et leur participation à la politique ne feront qu'augmenter.
Notes :
1. https://www.nytimes.com/2018/01/17/opinion/evangelicals-p...
2. https://www.eltiempo.com/mundo/venezuela/maduro-busca-el-...
3. https://www.semana.com/nacion/articulo/quien-es-alfredo-s...
4. https://books.google.com.co/books?hl=en&lr=&id=2u...
5. https://www.jstor.org/stable/1387860?casa_token=Buemx_T8i...
6. https://books.google.com.co/books?hl=en&lr=&id=2u...
7. https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/97804...
8. https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-43706779
9. https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-43706779
10. https://www.svenskakyrkan.se/filer/34555608-8b30-4aec-9d3...
11. http://www.scielo.org.co/scielo.php?pid=S0121-56122017000...
12. https://nacla.org/alliances-leftists-and-evangelicals-lat...
13. https://www.elespectador.com/politica/criticas-al-pacto-h...
14. https://moe.org.co/wp-content/uploads/2019/04/Libro_Relig...
15. https://nacla.org/news/2020/02/10/Church-and-State-AMLO-M...
16. https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-45712329
17. https://www.proceso.com.mx/nacional/2019/12/5/evangelicos...
18. https://www.eltiempo.com/politica/partidos-politicos/gust...
19. https://www.semana.com/nacion/articulo/petro-lidera-la-in...
20. https://www.elcatolicismo.com.co/editorial/la-iglesia-en-...
21. https://politica.expansion.mx/mexico/2021/09/20/morena-va...
22. https://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-12162143
Source: https://nacla.org/alliances-leftists-and-evangelicals-latin-america
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