mercredi, 07 janvier 2026
Le Diable se porte bien, Dieu merci !

Le Diable se porte bien, Dieu merci!
Claude Bourrinet
Le Diable n'existe pas, mais tout se passe comme s'il existait
Pour ceux qui font les difficiles, et que l'imagerie populaire de Satan gêne, parce qu'elle a été reprise par un christianisme qui, comme le judaïsme, doit sa mythologie à tout un legs païen, oriental, égyptien, iranien, manichéen, voire indien, il n'est pas interdit d'invoquer l'instinct de mort, l'amour du néant, la jouissance dans la souffrance infligée, et parfois subie (et on se demande parfois si la deuxième ne l'emporte pas sur la première). Certes, Satan est le maître du monde (ou Thanatos, si vous voulez, qui se le partage avec Éros, lesquels sont liés comme un couple maudit). L'Histoire est brodée de plus de massacres, de ruines, d'incendies, de cruauté, de férocité, que de bonheurs, de plaisirs, de beautés (à moins qu'on ne trouve ces jouissances dans les lueurs dorés des flammes, dans les concerts de hurlements, ou dans les gigantesques constructions humaines nourries de la sueur et de la peine des hommes).

On serait donc aventureux de prétendre que le Mal soit plus présent maintenant que jadis. Répétons-le : la marche de l'humanité s'est effectuée dans une sorte de cauchemar, où les paysages sont comme les images anticipées des Enfers. On a dit que la suprême ruse du Diable est de faire croire qu'il n'existe pas. Le matérialisme, l'athéisme, les théories psychanalytiques, sociologiques, anthropologiques etc. l'ont appelé d'autres noms, mais ses effets n'ont pas changé. Qu'importe au fond quelle réalité on lui donne, ce n'est qu'une question d'interprétation, à échelle humaine. Et, bien que constant, invariable dans son dessein de nuire, il s'adapte très bien aux vicissitudes du progrès.
C'est pourquoi on ne fera pas l'honneur à un temps quelconque de le penser plus touché par son trident que toute autre époque. Les réalités de ce monde étant relatives. Pourtant, ce qui passait pour une apocalypse jadis, par exemple l'extermination complète, par les Mongols, des habitants de Bagdad, et la mise en coupe méthodique de l’empire musulman par les beaux cavaliers féroces venus des steppes, qu'est-ce en regard des génocides contemporains, perpétrés de manière organisée, industrielle, donc rationnelle, avec la méticulosité de peuples raffinés par plusieurs siècles de savoir technique et scientifique ? Mais tout est une question de proportions, et le gâteau satanique est bien plus gros quand la terre porte sept milliards de misérables, que quand elle n'en élève, comme des poux, que quelques centaines de millions.
Bien heureusement, nous avons évolué avec un surcroît de puissance que les primitifs nous envieraient s'ils pouvaient contempler nos écrans, nos machines à laver, nos engins roulant et volant, et notre bombe atomique.

Vous me direz que ces inventions font beaucoup de bruit. Eh bien voilà, nous y sommes presque ! Car s'il est un symptôme imparable de Mal, c'est bien l'assèchement progressif et irrémédiable du silence, comme un source tarie par la construction voisine d'une immense retenue d'eau. On pourrait ajouter à ce cas clinique l'action frénétique. Notre époque bougiste, et de plus en plus agitée comme diable en boîte, a complètement oublié ce qu'était la quiétude de l'immobilité. Pascal disait juste, quand il avançait que tout le malheur de l'homme vient de ce qu'il est incapable de se tenir tranquille dans sa chambre. On peut risquer l’hypothèse que, de ce côté, les choses se sont gâtées, quand Aristote a valorisé l'action. Agir est déjà un engrenage sans limites, et qui, bien souvent, tourne à vide, ou aboutit à des catastrophes. Mais, surtout, ce tintamarre volontariste, et ce remue-ménage de bonnes volontés, voilent d'opacité brouillardeuse l'urgente nécessité de penser à soi, à l'âme (ce gros mot), au salut. On s'enivre d'action en croyant « faire quelque chose ». Il ne s'agit pas, bien entendu, de ne rien faire, ce qui est impossible, si l'on veut subsister. Mais l'action, et ses réussites, ont reculé les limites de l'oubli, et l’on se noie maintenant dans un grand vide d'agitation, comme des cosmonautes perdus dans les immensités intersidérales.


Revenons-en au bruit, qui, d'ailleurs, comme la lumière artificielle, a envahi toute notre existence. Et même si toutes choses étant égales dans la nature humaine (l'homme est lourd) par-delà les temps, néanmoins une différence, d'ordre quantitatif, rend notre époque singulière : jamais pouvoir de nuisance, de destruction, n'a été mis dans les mains d'irresponsables, de fous furieux, et de possédés. Et le plus inquiétant en l'affaire est que nous nous y habituons. « L'homme est un animal qui s'habitue à tout », dit Dostoïevski dans Souvenir de la maison des morts, titre génialement inspiré, récit de sa déportation dans un bagne de Sibérie qui, à distance, paraît bien peu féroce en regard d'autres sortes d'enfermements futurs, dans cette même Sibérie, ou dans les mornes plaines de Pologne ou d'Allemagne. C'est comme si, pour ainsi dire, on voulait mettre sur le même plan l'abattage de bovins par des bouchers parisiens du XIXe siècle, et les abattoirs modernes, gigantesques et efficaces, qui égorgent et étripent actuellement des millions de bêtes en un temps record.
Mais le bruit ? Il est omniprésent, omnipuissant, omnipotent, comme Dieu. On le trouve chez soi, dans les bagnoles, dans des boîtes de nuit, dans la rue, dans les magasins, dans les chiottes... Quel malaise existentiel insupportable, lorsqu'il cesse ! Tout à coup, on se trouve seul avec soi-même, avec sa misère, sa médiocrité. « Enivrez-vous ! », clame Baudelaire, ironiquement. Il avait en tête, il faut bien le dire, la poésie, la musique (peut-être celle de Wagner, qui suscite des effets semblables à ceux du haschisch ou de l'opium), d'art, de beauté, de souffrance (laquelle occupe beaucoup, finalement)... Pour oublier que l'on va mourir. Baudelaire le pascalien, le janséniste...
Car ce qui compte par-dessus tout, et c'est là que le Diable intervient, c'est d'oublier. Il n'est rien de plus irritant, pour le Malin, qu'on retourne à soi, et qu'on s'aperçoive que l'on n'est rien. Il veut absolument qu'on ait le sentiment d'être tout. Que notre moi non seulement se satisfasse d'être empli de bruit et de fureur, comme une baudruche d'air, mais qu'on l'étende aux limites illimités de l'univers, si tant est que ce soit possible. Mais la mesure n'est plus de ce monde.

Tout semble comme si Satan prélevait régulièrement sa portion de vies fraîches, surtout parmi les jeunes gens. Ce sont eux qui s'écrasent en voiture, en fin de semaine, pris de boisson, de drogue et de vitesse. Beaucoup se suicident. Et on court aux concerts ou aux rave-parties vampirisantes, comme des papillons dans la flamme du foyer. Là aussi, il y a progrès : les danses des temps anciens étaient des rituels érotiques imitant l'ordre du cosmos. La ronde en était la fleur. Il faut lire à ce sujet l'un des passages les plus fascinants de Sylvie, de Nerval, intitulé Adrienne. Mais Gérard raconte aussi ses rencontres avec des rondes d'enfants, dans la rue, chantant des chansons de leurs grands-mères. La valse elle-même procède de l'ivresse tournoyante des toupies stellaires. Jusqu'à la polka, jusqu'au tango canaille, on est encore dans l’Éros ritualisé des racines du monde. Et vint le rock, la pop, les boîtes de nuit, qui ont été le roundup de notre culture musicale populaire et de nos traditions festives.

Il est difficile de faire entendre raison dans cet ordre des choses, car le Diable n'usant pas du vinaigre pour appâter, les violents plaisirs des sens les plus grossiers nous invitent à aimer ce qui nous perd. Le jerk (qui signifie « secousse », « saccade ») a été une « dance », ou plutôt une frénésie physiologique, qui a entériné l'isolement des corps et détruit l'harmonie des couples, qui étaient auparavant emportés dans une extase érotique. La violence de l'instinct sexuel s'est donné libre cours. Encore les concerts de plein air donnaient-ils encore quelque illusion d'ouverture au ciel. Mais le confinement dans les bien nommées « boîte de nuit » a précipité les corps et les cœurs dans une sorte de fusion assourdissante, où l'échange verbal (ce qui fait la spécificité de l'homme) et toutes les finesses de la séduction sont interdits [et j'ai été frappé, saisi, quand j'ai appris que le groupe de Metal qui animait le Bataclan, lors de l'irruption de l'horreur, était un groupe de rock sataniste]. Reste l'éructation, l'explosion de la conscience, son annihilation dans le brouhaha totalitaire, accompagnés parfois d'approches animales penchant vers le rut. Mais il y avait pis ! Les rave-parties ne visent ni plus ni moins qu'à l'abolition de toute conscience de soi et du monde, de cette conscience qui fait la dignité de l'homme.
Ainsi la Prairie
À l'oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies,
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.
14:09 Publié dans Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : réflexions personnelles, satan, diable |
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mercredi, 01 novembre 2023
Halloween et le diable

Halloween et le diable
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/halloween-il-diavolo/
Ponctuellement est arrivé le premier novembre. Ponctuellement, les polémiques habituelles sur Halloween ont commencé... habituelles et stériles. Parce que, de toute évidence, le monde catholique n'a pas d'autres problèmes à résoudre.
Les séminaires sont pleins à craquer. Les prêtres abondent. La foi est toujours plus forte grâce à un pape qui réaffirme et fait revivre la plus haute et la plus noble tradition catholique...
Ironie facile, pourrait-on dire... on sait que, désormais, dans les paroisses, l'office religieux est confié à des laïcs, faute de prêtres. Que les églises sont de plus en plus vides. Et les quelques fidèles aliénés par un clergé qui, depuis la Chaire de Pierre, parle de tout, d'écologie, de politique, des migrants, des goûts sexuels... sauf du Christ et de la Vie éternelle...
Une église qui a vénéré le Divin Vaquessin, qui s'apprête à supprimer les symboles de Noël pour ne pas heurter les autres religieux. Qui, d'ailleurs, n'ont jamais été offensés.
Une entreprise avec un PDG qui n'est ni très compétent, ni indépendant des... autres pouvoirs forts. Et comprenez ce que vous voulez. Dans cette phrase, il y a tout et le contraire de tout.
Inutile de tirer sur la Croix-Rouge. Mais il m'est impossible de ne pas remarquer que, chaque année, des parties du monde catholique - et des parties très différentes, des traditionalistes les plus ardents aux modernistes les plus débridés - poussent des cris d'orfraie face à l'usage de plus en plus envahissant de la célébration d'Halloween. La considérant, dans de nombreux cas, comme une véritable fête satanique. Et c'est bien étrange, puisque cette Église ne croit plus vraiment à Satan... ni à l'existence de Dieu....
Halloween est définitivement une mode américaine. Ou, du moins, c'est ainsi qu'elle est configurée aujourd'hui. Et je la trouve à peine décente, voire ridicule, si elle est célébrée par des adultes déguisés, une sorte de carnaval suspendu entre le macabre et le sexy.
J'ai cependant des doutes révérencieux sur le fait qu'il s'agisse de rites sataniques. Le Diable est, c'est bien connu, très intelligent... lisez le traité de diabolologie de Papini, ou "Tactique du Diable" (The Screwtape Letters) de C.S. Lewis et vous comprendrez... Je ne vous raconterai pas le Faust de Goethe, car ce serait trop demander...
Quoi qu'il en soit, comme il est intelligent, il se masque à tout sauf à lui-même. Tel est le Diable. C'est généralement un philanthrope, un homme bon en apparence. Comme le Drago Gerione de Dante. Et ses disciples lui ressemblent. Ils exercent le pouvoir. Ils ne se produisent pas.
Ceux qui font des ersätze d'orgie déguisés en sorcières, en zombies et autres ne sont que des porcs de province. Ils le feraient de toute façon, ils n'ont pas besoin d'Halloween. Et le diable ne s'occupe d'eux que lorsqu'il est temps pour eux de descendre en enfer.
Il y aurait ensuite quelque chose à dire sur la fête des enfants, sur la chasse aux bonbons, sur l'origine de certains symboles, sur les traditions anciennes... mais ce serait un long discours, et je le réserve pour une autre fois.

Je voudrais simplement, ici, dire une chose à mes amis catholiques. Si vous l'êtes vraiment, catholiques, vous devez toujours croire à l'existence du Diable. Et toujours vous en inquiéter. Pas seulement lorsque de joyeux enfants frappent à votre porte pour vous demander des bonbons.
Pas seulement quand vous voyez une ménagère agitée habillée en femme-chat, et un ex-commandant bedonnant des Carabinieri, habillé en squelette improbable...
Cherchez le diable ailleurs. Dans le quotidien. Chez ceux qui vous font croire qu'ils font tout - guerres, confinement si, vac cins, persécutions et autres - pour votre intérêt. Pour votre bien matériel.
Pour sauver vos précieuses vies....
19:50 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : halloween, diable |
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