samedi, 05 septembre 2026
La Chine renforce sa présence en Égypte. Et Tajani, lui, pense aux espions russes…

La Chine renforce sa présence en Égypte. Et Tajani, lui, pense aux espions russes…
Rédaction d’Electo
Source: https://electomagazine.it/la-cina-si-rafforza-in-egitto-e...
Ce sera une surprise pour Hollywood, où l’on croit que Cléopâtre était une reine d’origine subsaharienne à la peau noire. Ce sera aussi une surprise pour Trump, dont la vision de l’histoire et de la civilisation se limite à quelques tout petits siècles. Mais l’Égypte et la Chine, civilisations plurimillénaires, ont renforcé leur alliance sous les symboles — qui ne doivent rien au hasard — du Sphinx et de la Grande Muraille. La visite de Xi Jinping au Caire est particulièrement intéressante, puisque l’Égypte est considérée comme un allié fidèle des États-Unis, lesquels lui versent chaque année des sommes non négligeables en échange de sa sujétion. Du reste, le souvenir de Nasser reste encore vivace, même chez certains membres de l’entourage criminel de Trump.
Al-Sissi, bien entendu, n’est pas Nasser. Il n’est pas non plus Sadate. Il a toutefois parfaitement compris que l’on ne peut pas faire confiance aux États-Unis. Tout comme il a compris que la Russie ne saurait constituer une alternative crédible. Elle n’est plus l’Union soviétique. Quant à l’Union européenne, elle ne représente qu’un marché, rien de plus que des consommateurs auxquels vendre des produits égyptiens ou ayant transité par l’Égypte.

Il faut donc entretenir de bonnes relations avec tout le monde et s’ouvrir à la Chine. Celle-ci dispose d’un excédent commercial mondial à investir. Elle a besoin de favoriser la croissance de pays comme l’Égypte afin qu’ils puissent devenir des marchés intéressants pour les industries chinoises.
Mais, pour Xi Jinping, il s’agit également d’une nouvelle étape importante dans la pénétration chinoise en Afrique et, surtout, en Méditerranée. Avec, en Libye, une partie qui reste entièrement à jouer. Après tout, tant que Tajani sera en fonction en Italie et Kaja Kallas en Europe, la Chine pourra faire ce qu’elle voudra dans ce qui fut autrefois le Mare Nostrum.
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Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»

Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»
Giovanni Balducci
Source: https://geopoliticaesistemi.com/il-miraggio-del-lusso-e-l...
Le capitalisme tardif a pleinement révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine: un processus d’oppression totale qui, à bien des égards, rappelle, de manière symétrique et opposée, les dérives autoritaires du socialisme réel.
Nous vivons immergés dans une surabondance omniprésente d’images de bien-être et de luxe effréné qui, à y regarder de près, ne sont accessibles qu’à un cercle extrêmement restreint de privilégiés. Ce qui entoure désormais la vie quotidienne des individus, ce ne sont que des simulacres de richesse, tandis que l’ensemble de la population connaît un appauvrissement constant et une réduction drastique de son pouvoir d’achat.
Ce contexte économique et social ne se limite pas à la compression matérielle des salaires: il se nourrit également d’une stratégie de contrôle plus subtile. Les situations d’urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d’éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales.

La souffrance de vouloir sans pouvoir
Dans la philosophie bouddhiste, l’une des situations psychologiques les plus douloureuses, associée aux royaumes inférieurs de l’existence ou aux enfers, réside précisément dans la torture de vouloir sans pouvoir: le désir ardent de quelque chose, allié à l’impossibilité absolue de l’obtenir.
Le système capitaliste contemporain a fait de ce tourment existentiel le moteur ultime de son économie et de sa publicité. Il tapisse notre existence de stimuli visuels, d’écrans et de vitrines numériques présentant un mode de vie clinquant comme s’il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible.
Il déclenche ainsi un court-circuit dévastateur: alors que, dans la vie réelle, nous nous appauvrissons matériellement, on nous invite dans le même temps à poursuivre des standards inaccessibles, nous soumettant à une frustration psychologique constante. Nous voyons sans cesse le bien-être brandi sous nos yeux, tout en étant maintenu hors de portée de nos mains. C’est la logique infernale décrite dans le célèbre monologue d’Al Pacino dans L’Associé du diable: «Regarde, mais ne touche pas; touche, mais ne goûte pas; goûte, mais ne savoure pas…».

Le véritable chef-d’œuvre de ce modèle socio-économique ne consiste pas seulement à dépouiller les individus de leurs ressources économiques, mais aussi à coloniser l’imaginaire collectif, en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible dans laquelle la société accepte de vivre chaque jour. Tout bien considéré, même un véritable misanthrope n’aurait pas su concevoir de meilleur système pour punir les hommes.
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Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone

Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/08/30/escanealos-a-t...
Chers lecteurs, pour la grande traduction du jour, nous vous proposons un article du chercheur Anis Raiss publié dans The Cradle. C’est parti :
Les joueurs de Pokémon Go ont fourni des milliards de relevés au niveau des rues aux systèmes cartographiques de Niantic. Des années plus tard, la technologie qu’ils ont contribué à développer est adaptée à des drones opérant hors de portée du GPS.
Pendant neuf ans, Pokémon Go a demandé à ses joueurs de sortir dans la rue et de «tous les attraper». Des millions d’enfants et de parents ont parcouru leurs villes, leurs appareils photo braqués devant eux. Certains, en quête de récompenses dans le jeu, ont filmé des statues, des parcs, des coins de rue et, dans au moins un cas, l’intérieur d’un appartement. Quelqu’un d’autre se chargeait d’en recueillir les résultats.

En juin, le quotidien néerlandais Trouw a retracé la manière dont quelque 30 milliards de relevés effectués par les joueurs ont contribué à entraîner les systèmes cartographiques de Niantic. Depuis, Niantic Spatial s’est associée à Vantor — le nouveau nom de Maxar Intelligence et l’un des principaux prestataires de défense américains — afin de développer un système de positionnement visuel destiné aux drones et à d’autres plateformes dans des zones dépourvues de couverture GPS.
Vantor fournit des services à des clients des secteurs de la défense et du renseignement, ainsi que des images satellitaires largement utilisées par les médias occidentaux dans leur couverture de l’Ukraine et de Gaza.
Un jeu principalement destiné aux enfants avait contribué à mettre au point une technologie désormais adaptée à un usage militaire aux États-Unis.

Le concepteur de jeux et philosophe des médias Ian Bogost (photo) avait anticipé ce mécanisme. En 2011, il proposa une appellation franche pour l’industrie des points, des badges et des récompenses conçues pour orienter les comportements: «exploitationware», que l’on pourrait traduire par «logiciel d’exploitation». Quinze ans plus tard, Pokémon Go offrait une illustration saisissante de ce qu’il entendait par là.
L’influence de Langley sur Google Earth
Cette filiation apparaît clairement dans l’histoire des entreprises concernées. John Hanke, fondateur et président exécutif de Niantic Spatial, a passé quatre ans au service diplomatique des États-Unis avant de rejoindre le secteur technologique. En 2001, il a cofondé Keyhole, une jeune entreprise de cartographie baptisée en référence aux satellites espions américains de la série KH.

Alors que l’entreprise était au bord de la faillite, un investissement d’In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de la CIA, lui permit de rester à flot. Sa technologie allait servir à «soutenir les troupes américaines en Irak». Une grande partie du financement aurait été fournie par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), qui procure au Pentagone des renseignements géospatiaux.
Google a racheté Keyhole en 2004 et transformé son logiciel Earth Viewer en Google Earth. Hanke a ensuite dirigé la division Geo de Google, créé Niantic en tant que jeune pousse interne, puis l’a rendue indépendante en 2015 avec le soutien de Google, Nintendo et The Pokémon Company. Pokémon Go a été lancé un an plus tard.
Des cartographes rémunérés en Poké Balls
En 2021, le jeu a commencé à récompenser les joueurs qui scannaient des lieux réels. Ils pointaient la caméra de leur téléphone vers un PokéStop, téléversaient les images et recevaient leur récompense. La participation était facultative et ne concernait qu’une petite partie des utilisateurs; pourtant, cette fraction a produit des milliards de relevés. Les conditions d’utilisation du jeu accordaient à Niantic une licence transférable et susceptible de sous-licence sur les contenus envoyés, ce qui signifiait que l’entreprise pouvait les revendre à des tiers.
Bogost avait déjà décrit le fonctionnement de cette économie. Les entreprises technologiques «soutiraient des informations personnelles aux clients en leur faisant croire que leur produit était en réalité leur client». Pokémon Go a suivi le même modèle, récompensant les joueurs tout en utilisant leurs relevés pour créer ses cartes.
Ces relevés ont contribué à entraîner le système de positionnement visuel (VPS) de Niantic. Alors que le GPS demande sa position à un satellite, le VPS analyse ce que voit une caméra et le compare à un modèle tridimensionnel du monde. Deux points de repère reconnaissables de quelques pixels de largeur peuvent suffire à déterminer une position. Ce système est particulièrement utile lorsque les signaux satellitaires sont brouillés, usurpés ou indisponibles.

Floris De Hingh, un joueur néerlandais qui avait téléchargé le jeu dès le jour de son lancement, a déclaré à Trouw avoir scanné toutes sortes de lieux, des parcs publics jusqu’à son propre salon. «Je ne faisais que jouer», a-t-il expliqué, sans savoir à quoi ces images pourraient finalement servir.
Le problème juridique et éthique porte sur ce que les joueurs ont accepté de céder. Niantic a affirmé que leurs données personnelles «[n’avaient] été vendues à personne», tandis que les relevés téléversés étaient régis séparément en tant que contenus produits par les utilisateurs. Une pièce peut révéler des biens personnels, des habitudes et des détails intimes, même lorsqu’aucun nom n’apparaît dans le cadre. Le formulaire de consentement attirait l’attention sur l’identité, tout en garantissant à l’entreprise des droits étendus sur l’environnement filmé.
Riyad conserve les joueurs, le Pentagone récupère la carte
En 2025, Niantic a été scindée en deux. Ses jeux et ses joueurs ont été repris par Scopely pour 3,5 milliards de dollars, sous l’égide de Savvy Games Group, propriété de l’État saoudien. La technologie spatiale et les actifs cartographiques sont restés au sein de Niantic Spatial. Selon le communiqué de Niantic, ses actionnaires actuels ont conservé des participations dans la nouvelle entreprise, tandis que Scopely y a investi 50 millions de dollars supplémentaires. Le capital étatique saoudien détenait désormais des participations dans les deux sociétés.

L’accord avec Vantor a été signé en décembre. Son communiqué désigne comme problèmes «l’indisponibilité, l’usurpation, le brouillage et le blocage» du GPS, les drones autonomes figurant parmi les plateformes concernées. Vantor, anciennement Maxar Intelligence, est profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement. Elle est le maître d’œuvre du système de renseignement géospatial de la NGA, auquel ont accès plus de 400.000 utilisateurs au sein du gouvernement américain.
Les entreprises prévoient de combiner le VPS terrestre de Niantic avec le logiciel de positionnement aérien de Vantor, ce qui permettra aux systèmes aériens et terrestres de partager leurs coordonnées sans avoir recours aux signaux satellitaires. Vantor est par ailleurs profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement.
La NGA avait contribué à maintenir Keyhole à flot en 2003. Plus de vingt ans plus tard, l’un de ses principaux prestataires travaille avec Niantic Spatial sur une technologie développée, en partie, grâce aux milliards de relevés fournis gratuitement par les joueurs.
Une cartographie omniprésente, des restrictions en Palestine
Pendant plus de vingt ans, l’amendement Kyl-Bingaman a limité à deux mètres la résolution des images satellitaires commerciales sous licence américaine représentant Israël et les territoires palestiniens occupés.
En 2020, le département du Commerce a assoupli cette limite pour la porter à 40 centimètres, mais la restriction propre à ce pays demeure inscrite dans la législation américaine. Pendant longtemps, les images largement utilisées n’ont ainsi permis de voir les preuves de l’occupation et des destructions que de manière approximative, tandis que les systèmes cartographiques commerciaux recueillaient ailleurs des détails à l’échelle de la rue.
Les enfants étaient encouragés à enregistrer le monde au niveau du trottoir, tandis que Washington imposait une limite juridique particulière autour de l’État occupant. Les entreprises américaines recueillaient des informations toujours plus détaillées auprès des utilisateurs ordinaires, mais la loi continuait de restreindre ce qu’il était possible de voir au sujet de la Palestine occupée.
Le modèle survit au démenti
Les entreprises assurent qu’aucune donnée issue du jeu n’est intégrée aux drones. Vantor a déclaré à Trouw qu’elle n’utiliserait pas les relevés de Pokémon Go, tout en refusant de confirmer ou de démentir que ses modèles aient déjà été entraînés grâce à eux.
Niantic Spatial avait répondu à cette question plusieurs mois auparavant, lorsqu’un porte-parole avait reconnu que les relevés avaient servi à entraîner une «version initiale» du modèle même sur lequel repose le système. Les images brutes ne parviendront peut-être jamais entre les mains de Vantor, mais il est impossible d’effacer complètement leur rôle dans le développement du modèle.
Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique et de technologie à l’Université technique de Delft, a expliqué à Trouw pourquoi cette distinction échappe à toute vérification. Une fois assimilées, les données d’entraînement se fondent dans des schémas dont il n’est plus possible de retracer ni de révoquer les contributions individuelles. Selon Van den Hoven, «les personnes qui pensaient jouer à un jeu ont manifestement été trompées».

Bogost avait forgé le terme «exploitationware» pour désigner une escroquerie consistant à échanger des badges contre des comportements, des années avant que les caméras des téléphones portables ne cartographient des aires de jeux et des salons au profit de l’intelligence artificielle des entreprises. Pokémon Go a étendu cet échange au monde physique et fait entrer la technologie qui en a résulté dans une chaîne d’approvisionnement militaire. Le jeu disait à ses joueurs de tous les attraper. Ses propriétaires ont recueilli bien davantage.
19:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pokemon go, exploitationware |
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L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine - Le faux ordre occidental

L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine
Le faux ordre occidental
Jerry B. Marchant
Jerry B. Marchant examine comment l’apparence du consentement populaire — mis en scène, mesuré par sondage ou projeté — sert à donner à une issue prédéterminée les apparences d’un libre choix, et s’interroge sur ceux qui en bénéficient réellement lorsque la souveraineté d’une nation est définie à sa place par d’autres.
On ne cesse de nous répéter qu’un choix nous appartient. Parfois, le message est tonitruant et sans équivoque, comme dans ces proclamations lancées lors de rassemblements, devenues virales sur les réseaux sociaux et répétées jusqu’à ressembler moins à une opinion qu’à un fait naturel. L’effet est toujours le même : l’issue commence à paraître inévitable et, parce qu’elle semble bénéficier d’un soutien populaire, elle finit par donner l’impression d’être le fruit d’une décision prise par la nation elle-même. Pourtant, de plus en plus souvent, la « nation » censée parvenir à cette décision n’est pas celle qui décide réellement.

Edward Bernays, père des relations publiques modernes, appelait cela «l’ingénierie du consentement», autrement dit le façonnement délibéré de ce que les individus croient avoir décidé par eux-mêmes¹.

Les expériences classiques menées par Solomon Asch dans les années 1950 ont montré avec quelle facilité les individus renoncent à leur propre jugement dès lors qu’ils croient qu’un consensus collectif existe déjà — même s’il est mis en scène². La force de persuasion ne réside pas dans l’argument, mais dans l’impression que la foule a déjà tranché, ainsi que dans la question de savoir qui décide, en premier lieu, de ce sur quoi cette foule est autorisée à se prononcer.
La question de la souveraineté sur le plan intérieur
Le président français lui-même s’est montré remarquablement franc quant à l’instance à laquelle devrait, selon lui, revenir ce pouvoir de décision. Dans un discours prononcé en 2017, Emmanuel Macron a présenté l’idée même de souveraineté nationale comme une illusion, notion que la France devait, selon lui, dépasser au profit d’une «souveraineté européenne» partagée. Depuis lors, il a réitéré ce thème, déclarant devant le Parlement européen à Strasbourg qu’un repli sur la souveraineté nationale constituait un faux réconfort dans un monde marqué par les migrations et les rivalités entre puissances, et affirmant au contraire que l’Europe avait besoin d’une souveraineté plus forte que celle de ses États membres.
Ses détracteurs — non seulement au sein de la droite nationaliste, mais dans l’ensemble du spectre politique — soutiennent que cette vision a vidé de leur substance les mécanismes par lesquels les citoyens français ordinaires pourraient véritablement être consultés.

Des analystes écrivant pour le blogue EUROPP de la London School of Economics (LSE) décrivent le projet de Macron comme la promesse qu’«un centre technocratique et post-idéologique pourrait transcender le clivage traditionnel entre la gauche et la droite en France». Cette promesse est aujourd’hui largement considérée comme ayant échoué, laissant derrière elle un mode de gouvernement reposant sur un cercle restreint de conseillers plutôt que sur les partis, les syndicats ou les collectivités locales.

Le site d’analyse The UnPopulist a observé que cette approche technocratique avait conféré aux réformes de Macron le caractère de mesures imposées plutôt que celui de décisions issues du débat, une dynamique liée au fait qu’à peine un quart des citoyens français estiment désormais que leur système politique fonctionne encore.
Le « Grand Débat national » lancé par son propre gouvernement en 2019 pour désamorcer la révolte des Gilets jaunes a été largement perçu comme la confirmation du même schéma: une consultation mise en scène pour donner l’impression que le pouvoir était à l’écoute.
Manon Aubry, de La France insoumise, a accusé Macron d’orienter le débat de manière à éviter «les questions qui dérangeaient», notamment celle du rétablissement de l’impôt sur la fortune qu’il avait supprimé. Un sondage de l’IFOP a révélé que seuls 38% des électeurs français pensaient que leurs contributions auraient une quelconque influence sur les politiques effectivement menées.
Par la suite, un chroniqueur de The Connexion a estimé que cet exercice de deux mois n’avait produit pour ainsi dire aucun changement mesurable. Une consultation dont les conclusions ont été discrètement remisées une fois les troubles immédiats apaisés.

Telle est, dans sa forme la plus simple, la critique nationaliste: une classe dirigeante qui répond de plus en plus à Bruxelles et à un électorat «européen» abstrait plutôt qu’à l’électorat français, tout en habillant cet arrangement du langage de la consultation et du consensus afin que le transfert du pouvoir décisionnel apparaisse comme un choix du public.
La question de l’hypocrisie sur le plan international
Le même gouvernement qui met en scène un consensus intérieur tout en le contournant discrètement s’est érigé, sur la scène internationale, en défenseur de la légitimité démocratique face à tous les autres. Macron a présenté à plusieurs reprises l’Union européenne comme un rempart de la démocratie libérale contre ses rivaux «illibéraux» et «autoritaires», désignant explicitement la Russie et la Chine comme les puissances contre lesquelles l’Europe devait défendre sa souveraineté.
Les chercheurs qui étudient l’émergence de l’ordre multipolaire ont relevé le malaise inhérent à cette posture.
Des travaux de l’Atlantic Council indiquent que les puissances émergentes, avec à leur tête la Russie et la Chine, contestent de plus en plus la prétention de l’Occident à définir ce qui constitue un gouvernement légitime. Elles soutiennent que la promotion occidentale de la démocratie s’est trop souvent accompagnée de changements de régime à l’étranger, comparant ce schéma, pour reprendre les termes du rapport, au «colonialisme du XIXe siècle».

Les recherches du Carnegie Endowment sur «l’ordre post-occidental» vont plus loin encore, en montrant que les promoteurs occidentaux de la démocratie ont eux-mêmes discrètement soutenu des partenaires autoritaires lorsque cela leur convenait. Les chercheurs de Carnegie ont notamment souligné que Washington continuait de soutenir le gouvernement égyptien, même après avoir publiquement dénoncé son bilan antidémocratique. Parallèlement, un nombre croissant de travaux universitaires consacrés à la « démocratie non occidentale » soutiennent que la prétention même à imposer un modèle universel de consentement légitime défini par l’Occident constitue en soi une stratégie hégémonique: un moyen pour un bloc civilisationnel de continuer à juger les choix politiques de toutes les autres nations à l’aune de ses propres critères.
Pour le dire clairement: un gouvernement français incapable de susciter un véritable consensus intérieur, et qui considère ouvertement sa propre souveraineté nationale comme une prérogative appelée à être mise en commun et ainsi abandonnée, n’est guère fondé à donner des leçons au reste d’un monde multipolaire sur l’authenticité de ses élections.
Deux symptômes d’une même maladie
Rien de tout cela ne prouve l’existence d’une coordination entre le centrisme technocratique de Macron, le populisme mis en scène de Mélenchon ou l’establishment occidental plus large auquel ils appartiennent tous deux, chacun à sa manière. Cela laisse toutefois entendre que le «consensus fabriqué» n’est pas une ruse étrangère importée de l’extérieur, mais le mode opératoire d’une classe politique qui a appris à présenter l’érosion du pouvoir décisionnel d’une nation comme si elle procédait de la volonté de cette nation elle-même.
Le danger ne réside pas dans le fait que l’on mentirait ouvertement aux citoyens. Il est plus subtil: le sentiment d’avoir choisi librement — que ce choix porte sur un président, une politique ou une place au sein du système d’alliances d’autrui — constitue lui-même le produit que l’on cherche à vendre.
Reconnaître la mise en scène — l’hologramme, la consultation soigneusement orchestrée, la souveraineté discrètement redéfinie comme une illusion — est la première étape pour distinguer la décision véritable d’une nation de sa simple représentation.
Notes:
(1) Bernays, Edward L. “The Engineering of Consent.” The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 250, 1947, pp. 113–120.
(2) Asch, Solomon E. “Effects of Group Pressure Upon the Modification and Distortion of Judgments.” In Groups, Leadership and Men, edited by Harold Guetzkow, Carnegie Press, 1951, pp. 177–190.
15:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, actualité, europe, affaires européennes, consensus, propagande |
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