jeudi, 03 septembre 2026
Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée
L’arrogance morale empêche toute discussion ouverte
Herbert Ammon
Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-der-populi...
L’AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l’immigration sans limites est rejetée avec une «arrogance morale provocatrice» (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d’Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.
Encore un commentaire sur l’apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m’a été inspiré par l’essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: «Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?». L’auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l’AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel «la démocratie allemande […] s’est empêtrée», et qui pourrait tout de même «déboucher sur une véritable crise démocratique».
Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: «Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l’AfD, mais elle ne peut désormais plus l’être sans elle. La démocratie allemande s’est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D’un côté, elle n’a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l’autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même».
Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l’essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d’autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l’immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d’impératif idéologique. «Ce qui a surtout ouvert la voie à l’AfD, c’est que la politique des frontières ouvertes s’est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d’immigration, tandis que l’espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de "s’ouvrir au monde"».
Rares sont les représentants de l’élite universitaire à avoir jusqu’ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l’envolée de l’AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d’eux-mêmes émanant de la «société civile». Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l’«immigration» —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d’une éthique de la responsabilité.
Il convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la «culture de l’accueil», mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l’ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland? Zehn Thesen, die unser Land verändern (« Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays »).
Il y était question de la nécessité — également commandée par l’éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également : https://ulrich-siebgeber.blogspot.com/2018/03/weigerber-schroder-quistorp-10-thesen.html. Dans les milieux de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd’hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.
Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l’AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s’agit des contradictions inhérentes à la notion de «souverain» — c’est-à-dire du «peuple» comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du «peuple» envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. : https://www.globkult.de/geschichte/rezensionen/2488-die-entmachtung-des-demos-in-%E2%80%9Eunserer%E2%80%9C-demokratie.
En ce qui concerne «la troupe» — autrement dit l’AfD —, Kielmannsegg estime que «l’effondrement spectaculaire de la confiance envers l’État, la politique et les responsables politiques, tel qu’il apparaît dans les comportements électoraux, […] reste difficile à comprendre dans son ampleur». Il lui trouve néanmoins une explication dans l’évolution de la CDU, devenue un «parti de l’air du temps» sans profil bien défini.
Les causes de l’essor de l’AfD — qu’il n’est désormais plus possible d’écarter de « notre démocratie » — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l’immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l’ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l’«immigration» dans notre «société moderne d’immigration» n’a été mené au sein de l’État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu’ils considèrent en définitive le «peuple» comme immature — ou «de droite» — et lorsqu’aucun débat ouvert n’a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s’agit pas d’une démocratie «vécue», mais d’une démocratie paralysée.
21:27 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démocratie, actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, peter graf von kielmannsegg |
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Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister

Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister
Damir Nazarov
Plus d’un an s’est écoulé depuis les crimes effroyables commis contre les Alaouites par le régime syrien issu d’Al-Qaïda. Ces événements peuvent à juste titre être qualifiés de génocide; selon diverses sources, plus de 2000 personnes ont été tuées. Le génocide s’est produit tout le long de la côte syrienne, de Lattaquié à Tartous, avant de s’étendre à Homs et à Hama.
Naturellement, aucune procédure judiciaire sérieuse ni aucune sanction contre les auteurs de ces crimes n’ont suivi, et il n’y en aura pas. Il est vain d’attendre quoi que ce soit de convenable de tueurs fanatiques imprégnés d’une idéologie takfiriste ou panturquiste — des Turkmènes pro-turcs ayant, eux aussi, participé au massacre. Autre point important: à l’exception de l’Iran et des sionistes, personne n’a condamné les atrocités commises par le régime de Tahrir al-Cham contre les Alaouites. La seule différence est que les Iraniens ont agi selon une logique d’aide aux personnes démunies et opprimées, tandis que le sionisme y a trouvé un terrain propice à ses propres intrigues.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la persistance de l’absence d’unité au sein de la communauté alaouite. Il est stupéfiant qu’après tout ce qui s’est passé, une grande variété de relais d’intérêts extérieurs et de conformistes désireux de collaborer avec l’ancien régime terroriste d’Al-Qaïda aient émergé au sein de la communauté alaouite. Pour évoquer l’influence étrangère sur celle-ci, il suffit d’énumérer les puissances qui disposent déjà de leurs propres relais parmi les Alaouites de Lattaquié et de Tartous: les sionistes, les Turcs, les Émirats arabes unis, l’Europe et les États-Unis.
L’enjeu principal réside dans la rivalité entre les Turcs et les sionistes, qui ont déjà établi un modèle de coopération avec les clans alaouites. L’objectif des Turcs est de marginaliser politiquement les Alaouites et de les intégrer à leur projet pour la Syrie; celui du sionisme est de diviser la Syrie, l’enclave alaouite devenant alors un État indépendant. Il n’existe aucune présence iranienne officielle, mais plusieurs factions de résistance apparues en réaction locale aux agissements des combattants de Tahrir al-Cham ont déclaré sur les réseaux sociaux leur loyauté envers la République islamique.
Pour l’heure, tous les processus politiques dans la région côtière alaouite ont été suspendus. Cependant, une nouvelle crise engloutira inévitablement cette province et le reste de la Syrie, puisqu’aucun règlement n’a été conclu et qu’aucun ne pourra l’être tant que des bandes takfiristes gouverneront le pays. La situation est compliquée par la présence de traîtres alaouites qui ont choisi de faire cause commune avec les sionistes.

En définitive, la communauté et l’élite religieuse alaouites sont, dans une certaine mesure, responsables de ne pas s’être préparées à la chute du gouvernement Assad. Pendant les décennies de guerre menée contre la Syrie par les sionistes et les Américains, l’enclave alaouite aurait pu se préparer à la résistance en suivant l’exemple des Houthis au Yémen.
Il est également déconcertant qu’une petite partie des Alaouites tienne l’Iran pour responsable de leur situation dramatique actuelle. Ce groupe se divise en deux catégories: ceux qui estiment que la Syrie n’aurait jamais dû appartenir à l’Axe de la résistance et ceux qui pensent que l’Iran a abandonné les Alaouites syriens à leur sort à l’automne 2024. Bien entendu, ces deux points de vue sont fondamentalement erronés. L’appartenance à l’Axe de la résistance a permis aux Alaouites — ainsi qu’au reste de la Syrie — de survivre à un véritable complot contre la République arabe. La Syrie a tenu bon du mieux qu’elle a pu, en grande partie grâce à l’Iran et à ses alliés. Si Téhéran ne leur était pas venu en aide, les Alaouites auraient été confrontés à un massacre sanglant dès 2013. Il suffit de se rappeler l’incident au cours duquel un combattant syrien a mangé le foie d’un soldat de l’armée syrienne qu’il avait tué — et qui était vraisemblablement alaouite. Ce combattant était classé parmi les «rebelles modérés»; il est terrifiant d’imaginer ce que les djihadistes réservaient aux Alaouites durant ces années. Quant à l’automne 2024, les Iraniens ont ouvertement exprimé leurs griefs à l’égard de l’armée syrienne, qui avait tout simplement abandonné ses positions et dont les soldats s’étaient dispersés pour rentrer chez eux, laissant le pays à son sort. Les Alaouites mécontents de l’Iran devraient plutôt interroger leurs anciens dirigeants: pourquoi, par exemple, le régime baasiste a-t-il empêché pendant toutes ces années le Corps des gardiens de la révolution islamique de mener des actions de rayonnement culturel auprès de la population syrienne, y compris parmi les Alaouites du littoral? Avant de rendre la République islamique responsable de leurs malheurs, il convient d’analyser la situation en profondeur et d’éviter les pièges du sionisme. Allah, Subhanahu wa Ta'ala, a soumis les Alaouites à une épreuve, et désormais tout dépend d’eux.
Aujourd’hui, au cœur des processions de deuil de l’Arbaïn et de la résistance héroïque de l’Iran face aux impérialistes, nous constatons que l’école de l’imam Hussein — que la paix soit sur lui — connaît un immense succès précisément là où elle est pleinement suivie: à Gaza, dans le sud du Liban, en Iran, dans certaines régions d’Irak et au Yémen. Les Alaouites de Syrie ont encore le temps de devenir une force comparable aux Houthis, en puisant leur force dans la voie du troisième imam des chiites — que la paix soit sur lui.
21:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, syrie, alaouites, proche-orient, levant, monde arabe, monde arabo-musulman |
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La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître

La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître
Source: https://mpr21.info/la-socialdemocracia-alemana-lucha-para...
Le Parti social-démocrate, le plus ancien d’Allemagne, s’enfonce toujours davantage dans la crise. Les électeurs s’en détournent et les dissensions s’accentuent. Des élections doivent avoir lieu en Saxe-Anhalt et les prévisions annoncent la victoire de l’AfD, qualifiée d’«extrême droite».
Ce n’est pas seulement la crise d’un parti, mais celle de l’État allemand édifié dans l’après-guerre et réunifié en 1990. La Saxe-Anhalt illustre l’échec de cette réunification. Le SPD fait partie de la coalition gouvernementale, et le discrédit de Merz et des siens va entraîner dans sa chute les complices du désastre politique et économique allemand. La réforme du système de retraite a provoqué un profond mécontentement au sein d’une population très vieillissante.
Dès le mois de juin, nous annoncions que la social-démocratie était en train de devenir un parti résiduel. Lors des prochaines élections, elle ne devrait recueillir que 7 ou 8% des voix, un pourcentage insignifiant comparé aux 42% de l’AfD. Sa principale inquiétude est qu’elle pourrait tomber sous le seuil des 5%, ce qui l’exclurait du Parlement.
Cependant, la Saxe-Anhalt n’est pas le seul Land où la social-démocratie lutte pour ne pas disparaître. À l’échelle nationale, le parti ne recueille plus que 12% des voix, derrière l’AfD, la CDU/CSU et les Verts.
Dans le Bade-Wurtemberg, le SPD a enregistré son plus mauvais résultat depuis l’après-guerre et n’a réussi qu’à conserver sa représentation au Parlement régional. En Rhénanie-Palatinat, après trente-cinq années au pouvoir, la social-démocratie est arrivée en deuxième position, derrière la CDU. Son résultat électoral a été le plus mauvais de l’histoire de ce Land.
À Berlin, elle végète à la cinquième place avec seulement 12% des voix, tandis que, dans le Land oriental de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle pourrait connaître le même sort qu’en Rhénanie-Palatinat: une perte d’influence.

Une crise existentielle
Selon une analyse de l’institut de sondage Forsa, publiée en novembre dernier, seuls 9% des ouvriers et des électeurs au chômage votent pour le SPD.
Il s’agit d’une crise existentielle. Le SPD est menacé de perdre toute pertinence politique, et les responsables locaux réclament la tenue de réunions afin de changer de cap et de remplacer des dirigeants tels que Bärbel Bas et Lars Klingbeil, qui siègent au sein du gouvernement Merz.
Outre la réforme des retraites, le réarmement a contraint le gouvernement à réduire les aides au logement et les prestations versées en cas d’arrêt maladie. Dans le même temps, l’industrie automobile disparaît et les licenciements dans les principales usines se comptent par milliers.
20:40 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, sociale-démocratie, allemagne, actualité, politique, europe, affaires européennes |
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Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent

Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent
Par Luciano Tovaglieri
Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/10790
L’Islande a choisi de rester maîtresse de son propre destin. Lors du référendum du 29 août 2026, 52,8% des électeurs ont rejeté la proposition de reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne, tandis que 47,2% ont voté pour. La participation, qui s’est élevée à 82,5%, a été très forte et confère au résultat une valeur politique et populaire incontestable.
Il convient de préciser que les Islandais n’étaient pas appelés à se prononcer directement sur l’adhésion à l’Union européenne, mais uniquement sur la réouverture des négociations, interrompues depuis plus d’une décennie. En cas de victoire du «oui», l’éventuel accord final aurait été soumis à un second référendum. Pourtant, même cette formulation prudente, présentée par les partisans de l’intégration comme une simple invitation à «voir quelles conditions auraient pu être obtenues», n’a pas réussi à convaincre la majorité.
Le peuple islandais a préféré ne pas même s’engager dans cette voie, conscient que les négociations d’adhésion ne constituent pas une rencontre entre des parties placées sur un pied d’égalité, mais un processus au cours duquel l’État candidat doit progressivement se conformer aux normes et aux politiques définies par Bruxelles.
L’entrée dans l’Union européenne aurait pu se révéler désastreuse pour l’Islande, pour son économie et, surtout, pour le droit des Islandais de décider de manière autonome comment administrer leurs propres ressources.

Un petit peuple sur un territoire immense
L’Islande est une nation extraordinaire. Elle possède un territoire d’environ 103.000 kilomètres carrés, soit plus du tiers de la superficie de l’Italie, mais ne compte que 400.000 habitants. Elle est donc l’un des pays les moins densément peuplés d’Europe.
Au début de l’année 2025, Reykjavík, la capitale, comptait environ 139.000 habitants, soit à peu près autant que Rimini. L’ensemble de l’agglomération de la capitale regroupe environ 245.000 personnes, soit près des deux tiers de la population islandaise.
Ces chiffres permettent de comprendre la nature particulière de l’Islande: une petite communauté nationale dispersée sur un territoire immense, façonnée durant des siècles par la mer, le climat, l’isolement géographique et la nécessité d’administrer ses ressources naturelles avec une extrême prudence.

Pour les Islandais, la pêche n’est pas seulement un secteur économique. Elle fait partie de leur histoire, de leur identité et de la survie même de la nation. Selon les données citées au cours de la campagne référendaire, le secteur de la pêche contribue de manière décisive à l’économie du pays et génère environ 40% de ses recettes d’exportation.
Céder ne serait-ce qu’une partie du contrôle des eaux territoriales et de la gestion des quotas de pêche aurait donc signifié placer entre les mains des institutions européennes l’un des principaux instruments de l’indépendance islandaise.
La révolte des pêcheurs contre Bruxelles
Il n’est pas surprenant que la plus forte opposition à la réouverture des négociations soit venue des communautés côtières, des pêcheurs, des agriculteurs et des zones rurales.
Une éventuelle adhésion aurait impliqué de se confronter à la politique commune de la pêche de l’Union européenne, fondée sur la gestion communautaire des ressources halieutiques et sur la répartition des possibilités de pêche entre les États membres. Les opposants craignaient que l’Islande ne soit contrainte d’accepter des compromis concernant l’accès à ses eaux et les quotas de capture.
Les partisans du «oui» répondaient que Reykjavík aurait pu négocier des dérogations et des conditions particulières.
Mais pourquoi un peuple devrait-il remettre à Bruxelles une compétence qu’il exerce aujourd’hui pleinement, puis compter sur la bienveillance des négociateurs européens pour en récupérer au moins une partie?
Les Islandais connaissent bien la valeur de leurs eaux. Entre les années 1950 et 1970, ils ont même affronté le Royaume-Uni lors des «guerres de la morue» afin d’étendre et de défendre leur zone de pêche. Il aurait été paradoxal de conquérir cette indépendance face à une grande puissance maritime pour la remettre ensuite en cause en entrant dans l’Union européenne.
Pour un pêcheur d’un petit port islandais, l’autonomie n’est pas une notion abstraite. Elle signifie le travail, le revenu, la pérennité des communautés locales et la possibilité de transmettre à ses enfants un métier et un patrimoine national.
Reykjavík contre l’Islande profonde
Le vote a révélé une nette fracture territoriale. Reykjavík a été la seule région du pays dans laquelle la réouverture des négociations a obtenu la majorité: le «oui» a atteint 57,5% dans la circonscription nord de la capitale et 54,5% dans la circonscription sud.

Dans toutes les autres circonscriptions, le «non» l’a emporté. Il a atteint 62,9% dans les régions du Nord-Ouest, 61,2% dans celles du Nord-Est et environ 60% dans le Sud. Même la circonscription du Sud-Ouest, qui comprend les villes entourant la capitale, a rejeté la proposition à 53%.
Le contraste est manifeste.
La capitale concentre les services à forte valeur ajoutée, l’administration publique, la finance, les universités, les activités internationales et les secteurs les plus étroitement liés aux grandes entreprises européennes et mondiales. Dans les régions périphériques, en revanche, la vie économique et sociale demeure davantage tributaire de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et du rapport direct avec le territoire.

Il s’agit d’une polarisation que l’on observe désormais dans de nombreuses nations occidentales. Les capitales et les métropoles, davantage intégrées aux réseaux financiers, culturels et professionnels transnationaux, ont tendance à considérer plus favorablement le mondialisme, l’effacement progressif des frontières et une société toujours plus déracinée et métissée. Les communautés rurales, les petites villes et les périphéries géographiques perçoivent en revanche plus clairement la valeur de l’identité, des traditions, de la souveraineté et du contrôle des ressources nationales.
Naturellement, un référendum sur l’Union européenne ne saurait être automatiquement interprété comme un vote sur l’immigration ou sur tous les aspects de la mondialisation. Mais la fracture territoriale apparue en Islande s’inscrit incontestablement dans une tendance beaucoup plus large: ceux qui vivent directement du territoire comprennent plus aisément que la souveraineté et l’identité ne sont pas des mots appartenant au passé, mais des conditions indispensables à la construction de l’avenir.
L’Islande est déjà intégrée à l’Europe
La propagande européiste a tenté de faire croire qu’en refusant la réouverture des négociations, l’Islande risquait de se retrouver isolée. Rien ne saurait être plus éloigné de la réalité.
L’Islande appartient à l’Association européenne de libre-échange, l’AELE, et participe depuis 1994 à l’Espace économique européen. Elle a donc accès au marché unique et bénéficie de la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Elle fait également partie de l’espace Schengen et entretient des relations économiques et commerciales très étroites avec l’Union européenne. L’UE est déjà son principal partenaire commercial.

L’Islande a ainsi obtenu presque tous les avantages pratiques de la coopération européenne sans être un État membre de l’Union et, surtout, sans avoir cédé à Bruxelles le contrôle intégral de la pêche, de l’agriculture, de la politique commerciale et d’autres secteurs stratégiques.
Il est vrai que, par l’intermédiaire de l’Espace économique européen, Reykjavík reprend une part importante des normes européennes relatives au marché intérieur sans participer pleinement à leur élaboration. C’est l’un des arguments invoqués par les partisans de l’adhésion. Mais devenir l’un des membres les moins peuplés de l’Union n’aurait certainement pas conféré à l’Islande un poids décisif dans les décisions de Bruxelles. En revanche, cela aurait étendu l’ingérence européenne précisément aux domaines qui restent aujourd’hui le plus largement placés sous contrôle national.
Couronne islandaise, euro et autonomie économique
Les partisans du « oui » citaient, parmi les avantages possibles, une plus grande stabilité économique, des taux d’intérêt plus bas et la perspective d’adopter l’euro à l’avenir. La couronne islandaise, en tant que monnaie d’une économie de très petite taille, peut en effet subir de fortes fluctuations et contribuer aux pressions inflationnistes.

Mais une monnaie nationale constitue également un instrument d’autonomie. Lors de la crise financière de 2008, l’Islande a pu dévaluer la couronne, imposer des contrôles sur les capitaux, restructurer son système bancaire et suivre une voie différente de celle imposée par l’Union européenne à ses États les plus endettés.
L’adoption de l’euro aurait pu réduire le risque de change et faciliter certaines opérations commerciales, mais elle aurait également privé l’Islande de sa propre politique monétaire. Les décisions relatives aux taux d’intérêt auraient été prises par la Banque centrale européenne en fonction des besoins généraux de la zone euro, et non de ceux, particuliers, d’une île de 400.000 habitants située dans l’Atlantique Nord.
Une fois encore, les avantages promis étaient donc partiels et discutables, tandis que l’abandon de souveraineté aurait été bien réel.
L’échec du projet européiste
Le résultat du référendum constitue un grave revers politique pour le gouvernement et pour ceux qui souhaitaient ramener l’Islande sur la voie de l’adhésion. Ils avaient présenté le vote comme un choix prudent, affirmant que la réouverture des négociations n’aurait nullement obligé le pays à entrer dans l’Union. Ils avaient invoqué l’instabilité internationale, les tensions dans l’Arctique, les avantages de l’euro et la protection que Bruxelles aurait pu offrir.
La majorité des Islandais ne s’est pas laissé convaincre. Elle a compris que la coopération entre les peuples européens n’exige pas nécessairement la subordination à un appareil supranational. Il est possible de commercer, de voyager, de coopérer et d’affronter ensemble des problèmes communs sans confier à des autorités lointaines le contrôle de ses eaux, de son économie et de son avenir.

Le peuple islandais n’a pas voté contre l’Europe. Il a voté contre la transformation de l’Europe en un système centralisé réduisant progressivement l’autonomie des nations.
Le message venu de l’Atlantique Nord constitue donc une leçon pour tous les peuples européens: une nation peut être petite par le nombre de ses habitants et se montrer en même temps grande dans la défense de sa liberté.
L’Islande a choisi de rester islandaise. Et nous saluons avec joie un peuple qui a su défendre sa mer, son travail et son droit d’être maître chez lui.
Vive l’Islande, vive l’Italie, et à bas le pouvoir usurocratique et mondialiste de l’Union européenne !
15:11 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islande, scandinavie, europe, affaires européennes |
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