Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 09 septembre 2026

Le signal de Bichkek

793867830_2264293951080286_6595725053495641907_n.jpg

Le signal de Bichkek

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Question à prix: où se trouve Bichkek? À elle seule, cette question en dit long sur le niveau et l’horizon de la presse allemande dite de qualité. Ces jours-ci, celle-ci n’a pas grand-chose à offrir en dehors du dénigrement de Poutine et d’une haine hystérique envers l’AfD. Bichkek, la capitale du Kirghizstan (anciennement Kirghizie), n’apparaît pas sur son écran radar.

C’est une erreur. Car, la semaine dernière, à Bichkek, dans l’ombre de manchettes plus tapageuses, un signal a été envoyé qui pourrait s’avérer incomparablement plus important pour le monde du 21ème siècle que les démonstrations belliqueuses du gouvernement Merz ou les grossièretés de Trump. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) y a tenu son sommet de deux jours, qui coïncidait cette fois avec le 25ème anniversaire de l’organisation. Une raison suffisante pour y regarder d’un peu plus près.

Avec le bloc des BRICS, l’OCS constitue le deuxième grand regroupement de pays non occidentaux qui se considère — du moins implicitement — comme une organisation concurrente de l’Occident. Contrairement aux BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai est toutefois clairement limitée à l’espace eurasiatique. Néanmoins, selon ses propres chiffres, ses dix États membres — la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan — représentent plus de 40% de la population mondiale et environ 36 à 38% de la production économique mondiale. C’est presque autant que le bloc des BRICS — environ 40% — et nettement plus que le G7, qui ne produit plus qu’environ 28% de la richesse économique mondiale. Au vu de tels chiffres, le monde aurait tout intérêt à compter avec l’Organisation de coopération de Shanghai. Pourtant, elle est pratiquement absente des médias grand public allemands.

imagebickropped.jpg

Des chefs d’État et de gouvernement de 21 pays ont participé au sommet de Bichkek. Parmi eux figuraient les représentants des principaux États non occidentaux: le dirigeant chinois Xi Jinping, le Premier ministre indien Narendra Modi, le chef du Kremlin Vladimir Poutine, le président turc Erdoğan et le chef du gouvernement iranien Pezeshkian. Même le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, était présent. Le sommet avait pour devise: «25 ans de l’OCS: ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables».

La déclaration finale du sommet a condamné les «attaques militaires contre le territoire de la République islamique d’Iran, qui ont fait de nombreuses victimes civiles et causé des dommages considérables à l’économie du pays». Les attaques des États-Unis et d’Israël violaient — ce que presque personne ayant toute sa raison ne saurait contester — «les principes et les normes du droit international ainsi que la Charte des Nations unies».

Dans le même temps, à la suite de la mort de l’ancien Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de la frappe de décapitation américaine menée fin février, les signataires ont exprimé leurs «sincères condoléances». L’OCS a affirmé son soutien à la «souveraineté et à l’intégrité territoriale» de l’Iran et s’est prononcée en faveur d’un règlement politique et diplomatique du conflit dans le Golfe. Le «droit inaliénable» de Téhéran d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques a également été réaffirmé.

La déclaration portait également sur les «mesures coercitives unilatérales» qui contrevenaient aux règles de l’ONU et de l’OMC et pouvaient avoir des «répercussions négatives sur l’économie mondiale». Les Européens et les Américains étaient ainsi visés, eux qui, à la manière de flibustiers, se sont désormais mis à saisir des biens russes, comme les navires de la prétendue «flotte fantôme», voire à s’approprier des pays entiers tels que le Venezuela, riche en pétrole.

Dans le domaine économique, les discussions ont porté sur de nouvelles voies de financement et de transport. Le pays hôte, le Kirghizstan, œuvre à la création de son propre fonds de développement de l’OCS et d’un fonds d’investissement destiné aux grands projets.

images-2.jpeg

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales provoquées par la guerre avec l’Iran, en particulier autour du détroit d’Ormuz, renforcent l’importance de nouveaux corridors énergétiques et de transport, et donc celle de l’intégration économique du grand espace eurasiatique. L’objectif est d’établir un «système commercial multilatéral ouvert, transparent, équitable, inclusif et non discriminatoire» — alors que l’Occident y a depuis longtemps renoncé avec ses sanctions démesurées et, en dernière analyse, suicidaires contre la Russie et la Chine.

Rappelons-le : le libre-échange mondial était autrefois une doctrine anglo-américaine. Aujourd’hui, l’Oncle Sam impose des droits de douane punitifs à la moitié du monde, tandis que l’Organisation de coopération de Shanghai a fait sien le libre-échange mondial. Elle connaît la valeur d’un espace économique exempt de droits de douane et d’autres barrières.

Le dirigeant chinois Xi Jinping a conclu avec le président kirghiz Sadyr Japarov un traité d’«éternel bon voisinage, d’amitié et de coopération» et a évoqué une «période dorée». La Chine renforce notamment sa position en Asie centrale grâce à la ligne ferroviaire Chine–Kirghizstan–Ouzbékistan. De son côté, l’Ouzbékistan a plaidé en faveur du corridor transafghan menant aux ports de l’océan Indien. L’Azerbaïdjan et l’Arménie ont profité du sommet pour discuter de leur processus de paix.

imatrafghcges.jpg

Les tensions internes de l’organisation, qui ne sont un secret pour personne, se sont manifestées dans les relations entre l’Inde et le Pakistan. Modi a parlé d’un «grave défi pour l’humanité tout entière» et a exigé qu’il n’y ait «aucune place pour le deux poids, deux mesures». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, quant à lui, évoqué les «immenses sacrifices» consentis par son pays dans la lutte contre le terrorisme. La déclaration commune a finalement condamné le terrorisme sous toutes ses formes; le «deux poids, deux mesures» est, en la matière, inacceptable.

Sans grand effort d’imagination, on peut également reconnaître dans cette formule l’Occident, qui soutient ou pratique lui-même le pire terrorisme — y compris d’État — en Iran et dans les territoires palestiniens, mais garde le silence sur les attaques terroristes ukrainiennes contre la population civile russe. Ces doubles standards moraux sont aujourd’hui devenus synonymes des «valeurs occidentales» tant invoquées. Il n’est guère surprenant que de vastes parties du monde ne veuillent plus en entendre parler.

SCO-Map.jpg

Outre les dix membres actuels de l’OCS, plus d’une douzaine d’autres États, dont l’Arabie saoudite et le Vietnam, cherchent actuellement à se rapprocher davantage de l’organisation en qualité de partenaires de dialogue. Au cours de ses vingt-cinq années d’existence, celle-ci s’est révélée être un moteur fiable de l’intégration économique et politique de l’immense masse continentale eurasiatique. Dans cette fonction, elle continuera de gagner en importance au cours des prochaines années. Aux côtés du bloc des BRICS, l’OCS est ainsi en bonne voie de devenir un acteur puissant de l’ordre mondial multipolaire du 21ème siècle. L’Occident du dollar, engagé sur la voie du déclin, ne peut plus qu’observer ce processus avec envie: il n’est désormais plus en mesure de l’arrêter.

Ironie de l’histoire: au début des années 2000, Poutine et son successeur temporaire à la tête du Kremlin, Dmitri Medvedev, ont invité à plusieurs reprises les Européens à participer à un espace économique commun s’étendant de Lisbonne à Vladivostok, dans lequel l’Allemagne devait jouer le rôle de partenaire privilégié. La concrétisation de cette vision aurait contrarié le travail de sape mené depuis des siècles par les cercles d’influence transatlantiques, lequel — selon l’aveu du cofondateur de STRATFOR George Friedman — n’avait d’autre objectif que d’empêcher un rapprochement entre les deux grandes puissances continentales eurasiatiques que sont l’Allemagne et la Russie. C’est pourquoi, déjà à l’époque, les Européens ne furent pas autorisés à accepter l’offre russe. Cela n’était pas dans leur intérêt.

Aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, en raison des sanctions suicidaires contre la Russie et de la politique de faillite menée par leurs élites parasitaires, les Européens ne sont plus qu’un appendice exsangue et sans force de l’espace des peuples eurasiatiques, en chute libre sur les plans économique, politique et démographique. La future grande puissance eurasiatique est en revanche construite de manière autonome par des dirigeants prévoyants tels que Poutine, Xi Jinping, Modi et d’autres — malgré toutes les divergences d’intérêts. Ils n’ont plus besoin de l’Occident pour cela.

Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre

ec916160-1cf2-4cf8-83df-6c63642d43a6_w1024_r1.7775520568816658_fpx66.35_fpy49.98.jpg

Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre

par Franz Ferdinand 

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/205108

Plus d’un lecteur s’est peut-être déjà demandé pourquoi les colombes de la paix écologistes se sont, au fil du temps, transformées en faucons de guerre. Existerait-il éventuellement un lien intrinsèque entre l’hystérie climatique et le bellicisme occidental ?

Le début de la propagande climatique a coïncidé, même sur le plan chronologique, avec l’effondrement de l’Union soviétique

L’effondrement de l’Union soviétique et la réunification allemande ont été interprétés par l’«Occident des valeurs» comme un signe de faiblesse de la Russie; et il est vrai qu’il y a 37 ans, la Russie était réellement très faible. Dès lors, les élites occidentales ont espéré pouvoir démanteler entièrement la Russie en exerçant une pression extérieure par l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et une pression intérieure par le soutien aux dissidents, afin d’intégrer cet immense territoire dans l’orbite occidentale. (Voir à ce sujet : https://www.unser-mitteleuropa.com/201573 .)

Vladimir Poutine l’a compris et a donc tenté de s’opposer à cette prétention, ce qui constitue désormais, du point de vue occidental, une «agression», parce que l’ambition occidentale de domination mondiale se trouve contrariée.

98e91e05-52c7-4471-8a99-38dfce9c2e47_w520_r1.33_fpx31_fpy48.jpg

Dans la guerre en Ukraine, l’Occident est de fait une partie belligérante

Par ses livraisons d’armes et d’argent, ainsi que par son soutien aux attaques ukrainiennes contre les infrastructures civiles en Russie, l’Occident est partie prenante à cette guerre. De surcroît, il mène de plus en plus d’attaques directes contre la Russie en arraisonnant des navires, ce qui constitue des actes de guerre de faible intensité. Il ne se contente pas de saisir des pétroliers russes importants pour l’effort de guerre de la Russie, mais s’empare également d’autres bâtiments, comme récemment d’un navire de recherche russe. (Voir à ce sujet: https://www.unser-mitteleuropa.com/204991 .)

L’« Occident des valeurs » s’emploie donc consciencieusement à faire dégénérer le conflit ukrainien, dans l’espoir que Vladimir Poutine finisse par perdre patience et réagisse par des attaques directes contre l’Occident. On sait qu’il existe en Russie plusieurs commentateurs, comme le politologue Sergueï Karaganov, qui plaident en faveur d’une frappe nucléaire préventive contre l’Occident.

Les Verts ne veulent pas « exclure complètement » une guerre nucléaire et entendent « mettre clairement en évidence les risques» [1]

Il est évident que des provocations répétées sapent la position de Poutine et qu’elles peuvent soit entraîner son renversement et son remplacement par un dirigeant beaucoup plus radical, comme Dmitri Medvedev, soit le contraindre lui-même à céder aux revendications radicales en faveur d’une première frappe nucléaire.

Manifestement, dans sa tentative de démanteler et de déstabiliser la Russie, l’« Occident des valeurs », tout en connaissant la doctrine nucléaire russe, accepte sciemment le risque d’une escalade atomique !

Quel lien cette politique entretient-elle donc avec l’hystérie climatique, toujours plus envahissante en Allemagne ?

Pour le comprendre, il faut se mettre dans l’univers mental des illuminés de la gauche écologiste. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut établir un lien entre l’idéal de société écologiste et l’effondrement social complet qui suivrait une guerre nucléaire dévastatrice avec la Russie.

ulrike-herrmann-ende-des-kapitalismus-100-1920x1080.jpg

Fort heureusement, une représentante de la secte écologiste qui prétend améliorer le monde, l’auteure Ulrike Herrmann, a écrit un livre dont on peut tirer les idées directrices des visions écologistes de l’avenir. Cet ouvrage, intitulé Das Ende des Kapitalismus (« La fin du capitalisme »), imagine une société dont la consommation énergétique serait couverte uniquement par l’énergie solaire et éolienne. Naturellement, cette piètre production est immédiatement devenue un « best-seller » dans les médias dominants! Ce livre ne constitue donc pas seulement les élucubrations d’une folle solitaire: son contenu bénéficie d’une large approbation au sein de la communauté des déments de la gauche écologiste qui, malheureusement, décide actuellement de notre sort!

Le but de l’utopie de la gauche écologiste: la pauvreté pour tous !

Ulrike Herrmann parvient logiquement, dans ce livre, à la conclusion que limiter la consommation énergétique aux énergies éolienne et solaire signifiera la fin de notre société industrielle et entraînera ainsi la disparition de la plupart des emplois industriels. L’Allemagne se trouve effectivement déjà sur cette voie de régression, comme le montrent plusieurs exemples:

- Le drame de l’industrie automobile allemande, qui a commencé avec des normes absurdes sur les gaz d’échappement et a atteint son point culminant provisoire avec la menace d’une interdiction des moteurs thermiques.

- La pénurie d’électricité : grâce à la « transition énergétique », l’électricité devra à l’avenir être rationnée pour les entreprises (voir: https://www.youtube.com/watch?v=7TwkarMTjO8 ). Les entreprises allemandes quitteront l’Allemagne les unes après les autres.

- Le niveau d’instruction de la jeunesse s’effondre pour une multitude de raisons (voir: https://www.unser-mitteleuropa.com/204845 ).

shutterstock_186716561-696x571.jpg

Toutefois, la main-d’œuvre ainsi libérée et peu instruite trouvera alors un emploi dans l’agriculture, puisqu’il n’y aura plus non plus de diesel pour les tracteurs et que l’ensemble des travaux agricoles devra donc, à l’avenir, être de nouveau effectué à la main.

La conséquence serait l’appauvrissement complet de l’Allemagne, comme au Moyen Âge ou au Cambodge sous Pol Pot. Il est clair qu’une telle idiotie ne pourrait être mise en œuvre qu’à plusieurs conditions :

- La démocratie — ou ce qu’il en reste après les «cordons sanitaires» et les limites imposées à ce qu’il est permis de dire — doit être entièrement abolie. Le pouvoir doit être repris par une noblesse écosocialiste.

- La religion climatique constitue le fondement idéologique de cette société.

- L’industrie existante doit être physiquement détruite, afin qu’un retour aux bienfaits de l’industrialisation soit impossible sous le dogme du recours exclusif aux énergies éolienne et solaire.

- L’éducation doit être réprimée comme sous Pol Pot. Ce n’est qu’ainsi que la foi climatique naïve pourra être consolidée.

- La population doit être réduite.

Comment parvenir à cet état si bénéfique aux yeux de nos hystériques du climat ?

La réponse est limpide. Il faut une guerre qui détruise tout, ruine la base industrielle, fasse mourir un grand nombre de personnes et au cours de laquelle un régime d’exception militaire soit instauré, avant de ne tout simplement plus être levé à la fin de la guerre. Vladimir Poutine devra servir de bouc émissaire pour cette folie !

Cette conclusion peut paraître quelque peu tirée par les cheveux à certains lecteurs. Mais il ne faut pas oublier que les élites européennes devenues complètement folles, et plus particulièrement les élites allemandes, ont de l’eau jusqu’aux lèvres. Ces élites ne se préoccupent plus que de leur survie politique. Pour conserver leur pouvoir, elles sont prêtes à commettre n’importe quel crime. Après tout, seuls les citoyens stupides sont censés mourir.

Que l’on songe, par exemple, aux prochaines élections régionales en Saxe-Anhalt, où même une majorité absolue de l’AfD est envisageable, ou encore à la situation en Autriche, où l’impopularité de la « coalition des perdants » atteint chaque jour de nouveaux sommets.

En France, Marine Le Pen devient toujours plus populaire. Sa cote de popularité atteint actuellement 36%! Si elle n’est pas autorisée à se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella prendra sa place. Après les prochaines élections, la France deviendra très probablement ingouvernable. Il est impossible de savoir si elle appartiendra encore alors à la «coalition des volontaires». Si la France se tient à l’écart d’une guerre contre la Russie, toute l’Europe du Sud se détournera de l’OTAN.

Seule une guerre avec la Russie peut encore sauver « nos » élites !

Les élites allemandes et autrichiennes se sont totalement fourvoyées, en particulier dans la «transition énergétique». Après des investissements s’élevant à plusieurs milliers de milliards, l’approvisionnement électrique devient de plus en plus cher et de moins en moins fiable. D’ici à 2045, la transition énergétique allemande devrait coûter jusqu’à 5400 milliards d’euros. Il n’est plus possible de faire marche arrière sans que les responsables de cette folie soient chassés!

Une multitude d’autres problèmes dépassent également nos élites démentes, tels que la question migratoire, le problème des retraites, une dette publique totalement hors de contrôle laissant entrevoir un effondrement monétaire, et bien d’autres encore. La seule possibilité, pour le courant politique dominant, de survivre à l’effondrement général de la société est une catastrophe aux allures d’Armageddon dont on pourra rejeter la faute sur Poutine !

Une guerre avec la Russie est donc nécessaire de toute urgence, et le temps presse avant qu’il ne soit trop tard pour « nos » élites!

Fukuyama reste fidèle à sa conception libérale de l’histoire

306201381760-card.jpg

Fukuyama reste fidèle à sa conception libérale de l’histoire

Herbert Ammon 

Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-fukuyama-b...

Samuel T. Huntington, qui fut autrefois l’un des professeurs de Fukuyama, jugeait inopérante la conception libérale de son élève concernant la « fin de l’histoire ». Pendant longtemps, Huntington et Fukuyama ne s’adressèrent plus la parole.

La-Fin-de-l-histoire-et-le-dernier-homme.jpgÀ l’été 1989, avant même la chute du mur de Berlin, le politologue Francis Fukuyama, qui travaillait alors au sein d’une cellule de planification du département d’État américain, publia un essai intitulé The End of History dans la revue néoconservatrice The National Interest. Il fit ensuite sensation en 1992 avec son livre du même nom. Il y constatait qu’avec l’effondrement de l’Union soviétique, le système libéral né en Occident — fondé sur l’État de droit, les procédures démocratiques et le capitalisme — s’était imposé dans le monde entier, de sorte que l’histoire universelle avait atteint une sorte d’état final.

Cette thèse valut à Fukuyama d’être considéré comme un héritier intellectuel de Hegel. Comme une sorte d’antithèse à Fukuyama parut, en 1996, le livre de Samuel T. Huntington, professeur à Harvard, intitulé The Clash of Civilizations. Dans la communauté scientifique d’orientation libérale-progressiste comme dans le monde des médias, Huntington fut perçu comme l’adversaire de Fukuyama et suscita le scandale en raison de ses doutes quant à une coexistence pacifique des cultures.

M02738108393-large.jpgÀ l’inverse, les critiques de Fukuyama estimèrent que les guerres des années 1990 dans la Yougoslavie en voie de désintégration leur donnaient raison. Huntington lui-même, qui fut autrefois l’un des professeurs de Fukuyama, jugeait inopérante la conception libérale de son élève concernant la « fin de l’histoire ». Pendant longtemps, Huntington et Fukuyama ne s’adressèrent plus la parole.

Le titre du dernier livre de Fukuyama laisse présager une révision de sa thèse antérieure. Il n’en est rien. Certes, dans la préface, il évoque la «crise du libéralisme», amorcée par la crise financière de 2008 et exacerbée par des dirigeants autoritaires tels que Trump et Poutine, ainsi que par des populistes et des extrémistes de droite comme de gauche. Il souligne cependant que, sous l’impression produite par la victoire de l’Occident, il avait repris à Alexandre Kojève l’idée de la «fin de l’histoire», Kojève s’appuyant lui-même sur l’interprétation hégélienne de l’histoire, élaborée dans l’horizon de l'année 1806.

Le présent ouvrage se compose, préface et postface comprises, de 37 courts essais, dont certains sont autobiographiques. Le grand-père de Fukuyama, issu d’une lignée de samouraïs, joua un rôle dans la modernisation du Japon en tant qu’économiste agricole et cofondateur de la faculté d’économie de l’université de Kyoto, après avoir séjourné à Berlin pour ses études et suivi les cours de Werner Sombart. La famille de son autre grand-mère s’était convertie au christianisme alors qu’elle vivait encore au Japon. Le père de Fukuyama, théologien et sociologue, accéda à la direction nationale de l’United Church of Christ, progressiste tant sur le plan théologique que politique. Contrairement à son fils Francis, il demeura toute sa vie un libéral américain convaincu et un pacifiste.

71b0Aj+rDUL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgLes épisodes tirés de la vie de son oncle Hiroo, homme plein de joie de vivre, sont éclairants sur le plan historique. Il appartenait aux Nisei, ces Américains d’origine japonaise internés pendant la Seconde Guerre mondiale. Contrairement aux volontaires qui s’étaient engagés depuis les camps et avaient combattu en Italie au sein d’une unité constituée, Hiroo se retrouva comme interprète à Chongqing, où Chiang Kai-shek s’était replié. Il s’y lia d’amitié avec Soong Ching-ling, la veuve de Sun Yat-sen. Plus tard, Madame Sun Yat-sen, la deuxième de trois sœurs chrétiennes, servit de figure de proue dans la République populaire de Mao. La benjamine des trois se fit connaître sous le nom de Madame Chiang Kai-shek, ardente anticommuniste. Après la fin de la guerre, Hiroo arriva à Berlin comme soldat des forces d’occupation, et c’est là qu’il rencontra celle qui allait devenir son épouse allemande.

Sous l’effet de la deuxième guerre d’Irak — qui déboucha sur un chaos meurtrier —, Fukuyama rompit avec le camp néoconservateur. Se définissant comme un «wilsonien réaliste», il situe aujourd’hui sa position entre les réalistes purs et durs et les néoconservateurs à la vision historique à courte vue. Gardant à l’esprit le modèle que représentent les États-Unis depuis 250 ans, il voit des menaces pour la démocratie libérale dans les mouvements autoritaires, les transformations technologiques, le néolibéralisme hostile à l’État ainsi que la politique identitaire «de gauche».

Fukuyama est loin de vouloir réviser ses anciennes thèses. Au contraire, il voit progresser la démocratie, surtout en Amérique latine — le chapitre correspondant est intitulé «Canción para mi América». Même l’Arabie saoudite wahhabite évoluerait, sous Mohammed ben Salmane, dans une direction libérale. Une telle perspective permet à l’auteur de ne pas voir les taches de sang sur la tunique du prince héritier saoudien. Enfin, il réaffirme sa critique de Huntington. Celui-ci n’aurait pas perçu, dans sa typologie des cultures, les différences existant même au sein de l’espace civilisationnel confucéen.

Fukuyama reconnaît certes la «crise du libéralisme», qui s’est amorcée avec la crise financière de 2008 et qui est aujourd’hui exacerbée par des figures telles que Trump et Poutine, par les populistes et les extrémistes. Inspiré par Kojève, il avait déjà souligné à l’époque que, durant la phase d’hégémonie mondiale des États-Unis, l’histoire n’avait fait qu’une «pause». Il avait associé la «fin de l’histoire» au «dernier homme» — figure de la satiété tournée en dérision par Nietzsche —, signalant ainsi le danger d’un nivellement intellectuel inhérent à la promesse de prospérité, de liberté et d’égalité. Il écrivait déjà à l’époque: «La fin de l’histoire sera très triste».

On ne décèle pourtant dans son livre aucun pessimisme historique, tout au plus un optimisme tempéré. Gardant à l’esprit le modèle que représentent les États-Unis depuis 250 ans, Fukuyama voit des menaces pour la démocratie libérale dans les mouvements autoritaires, les transformations technologiques, le néolibéralisme hostile à l’État ainsi que la politique identitaire «de gauche». Selon lui, l’avenir de la démocratie libérale ne peut être garanti que si celle-ci repose non seulement sur la rationalité, mais aussi sur le thymos, cette aspiration à la reconnaissance évoquée dans la République de Platon.

Enrichi d’anecdotes tirées de la vie universitaire, le livre ne comporte guère de passages ardus. Certaines erreurs de traduction sont toutefois gênantes : on ne trouvera pas d’« école de prêtres » à la Divinity School de l’université de Chicago. Et, en allemand, lorsque plusieurs personnes agissent de concert, elles ne tirent pas sur une même corde, mais dans le même sens.

*Francis Fukuyama: Le Dernier Homme. Où va le monde ?, Hambourg, Hoffmann & Campe, 2026, 288 pages, 26 €.*

Ce texte est une version légèrement remaniée de ma recension parue dans Cicero, no 09, septembre 2026.

Manifeste du baroque cybernétique: au-delà des illusions numériques

8257f0d18a7c0fa64865daa1220c8ad7.jpg

Manifeste du baroque cybernétique: au-delà des illusions numériques

Vivien Yor

Introduction: la fin du temps linéaire et la naissance de la Nouvelle Complexité

La téléologie libérale [des années 1990 aux années 2020] s’est révélée être une déviation historique. On nous avait promis un monde plat, transparent et globalisé — le triomphe du capitalisme rationnel, dans lequel Internet effacerait les frontières et les hiérarchies. Cette illusion est morte. Au lieu du techno-optimisme stérile et intelligible annoncé, l’humanité a basculé dans une réalité excessive, pesante, obscure et surchargée de significations.

Nous sommes entrés dans l’ère du Baroque cybernétique.

À l’instar du baroque historique du XVIIe siècle, notre époque est née sur les décombres d’un anthropocentrisme effondré — autrefois, l’écroulement du cosmos médiéval; aujourd’hui, la ruine de la croyance en l’individu souverain.

Le Baroque cybernétique, c’est :

- La haute technologie irrationnelle: la technologie ne libère plus; elle rend le contrôle plus complexe.

- La surabondance numérique: une avalanche de contenus qui dissimule le vide du sens.

- Le triomphe de la forme sur le fond: les interfaces importent davantage que l’architecture des données.

- La théâtralisation de l’existence: les plateformes sociales sont des scènes baroques sur lesquelles chacun interprète le rôle que lui prescrit l’algorithme.

5613b9315a8ed2d56110923a542984bc.jpg

Le progrès linéaire s’est arrêté. L’avenir ne se dirige plus vers l’avant : il s’enroule dans les spirales infinies de l’ornement numérique.

Section I. Anatomie des Léviathans numériques: le néo-absolutisme des plateformes

L’espace numérique a cessé d’être un «bien commun» (commons). Il a été rigoureusement colonisé et partagé entre de nouvelles entités souveraines: les Léviathans numériques.

Les géants technologiques et les États-plateformes souverains ont évolué. Ils ne sont plus de simples fournisseurs de services ou régulateurs. Ils ont adopté les caractéristiques des monarchies absolues de l’époque de Louis XIV.

1. L’absolutisme algorithmique

- Le souverain, c’est le Code: le droit a été remplacé par les règles de modération et les contrats de licence utilisateur final (EULA).

- L’opacité du jugement: les algorithmes de recommandation et de bannissement fonctionnent comme des tribunaux royaux secrets — leur logique demeure inaccessible aux sujets.

- La privation de la capacité d’agir: dans ce système, l’être humain n’est pas un citoyen, mais un serf numérique qui génère une rente comportementale (data rent).

2. Le nouvel ordre social et la féodalité numérique

- L’aristocratie algorithmique: les développeurs, les propriétaires de plateformes et les prêtres des modèles d’intelligence artificielle déterminent les contours de la réalité.

- La plèbe numérique: les consommateurs de contenus, dont l’attention est intégralement monétisée et orientée par des scripts.

- L’Inquisition de l’annulation (Cancel Culture): les exécutions publiques baroques ont été remplacées par l’ostracisme numérique et le déplateformage.

Les Léviathans se livrent entre eux une guerre permanente par procuration pour les frontières des territoires numériques. Le mythe libéral du «village mondial» a cédé la place à la réalité de forteresses numériques protégées par de hauts remparts de pare-feu et de profondes douves de chiffrement.

Section II. Déconstruction des illusions libérales: les décors de la liberté et le fichage total

Le discours libéral de la fin du XXe siècle reposait sur une triade: le «libre marché», les «droits de l’homme» et la «liberté d’expression sans limites». À l’ère du Baroque cybernétique, cette triade a subi une mutation irréversible. Elle n’est plus un objectif ni une valeur. Elle s’est transformée en paravent baroque — une façade somptueuse et dorée qui dissimule les froids engrenages du fichage et du contrôle algorithmiques généralisés.

1e264a197e07a4037f60c1b7d8ab2780.jpg

1. Le simulacre de la  liberté d’expression»: de la censure à l’hypersaturation

- L’illusion du choix: la censure classique — l’interdiction — a cédé la place à la surabondance baroque. Pour réduire la vérité au silence, il n’est plus nécessaire de la supprimer: il suffit d’inonder l’infosphère de millions de téraoctets de bruit algorithmique, d’hypertrucages et de contenus générés par l’IA.

- Le récit mis en scène: la liberté d’expression a été remplacée par la liberté de portée. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais c’est le Léviathan algorithmique qui décide si quelqu’un d’autre que vous verra votre publication. L’apparence de la souveraineté individuelle est préservée, mais son poids géopolitique et social réel est nul.

2. La mutation des «droits de l’homme» en «passeport numérique de loyauté»

- L’individu comme ensemble de journaux de données: toute la conception libérale de la vie privée (privacy) a été détruite par l’auto-exposition volontaire. L’être humain a lui-même cédé ses données biométriques, comportementales et mentales en échange du confort baroque des interfaces.

93dd9bb1aa1537872b6d58f94996d1c3.jpg

- Le contrôle prédictif: la logique des «droits» cède la place à l’analyse prédictive. Les systèmes de notation sociale, les algorithmes d’évaluation de la fiabilité et les blocages numériques préventifs transforment l’être humain, de «titulaire de droits», en objet d’une vérification permanente. Les droits n’appartiennent plus à l’être humain, mais à son double numérique, à condition que celui-ci suive strictement le script.

3. L’effondrement du «libre marché» et la naissance de la rente comportementale

- Le monopole des plateformes: la libre concurrence est morte. Le marché a été remplacé par des écosystèmes numériques au sein desquels ne s’appliquent plus les lois de l’offre et de la demande, mais les taxes et les règles d’un Léviathan particulier.

509e75f160339357b556aa407bff441d.jpg

- Le capitalisme de surveillance: la principale marchandise n’est plus constituée par les biens, ni même par les services, mais par la modification des comportements. Le sujet économique libéral, censé effectuer un «choix rationnel», a été anéanti. Il a été remplacé par le consommateur baroque, dont les désirs sont façonnés par des réseaux neuronaux quelques fractions de seconde avant même qu’il n’en prenne conscience.

L’humanisme des Lumières, qui avait engendré l’illusion libérale, est officiellement arrivé à son terme. L’être humain n’est plus la mesure de toute chose. Il n’est plus que le substrat biologique servant à entraîner les modèles neuronaux et un élément nutritif dans la matrice numérique du Nouvel Absolutisme.

Section III. L’esthétique du Cyberbaroque: l’opium de la surabondance visuelle

Si la haute technologie classique recherchait le minimalisme, la fonctionnalité et une propreté stérile — le style de la Silicon Valley —, le Baroque cybernétique nous ramène dans un univers d’ornements pesants, étouffants et saturés de détails. Cette esthétique n’est pas fortuite : elle sert d’anesthésique principal à l’époque du néoféodalisme numérique. La nouvelle esthétique a pour fonction d’éblouir, d’assourdir et de paralyser la pensée critique de l’être humain, en transformant son existence en une représentation théâtrale sans fin.

1. L’extase générative de l’art par IA et la mort de l’original

- Le triomphe des hallucinations: les réseaux neuronaux génératifs produisent un contenu visuel profondément baroque par essence. Ce sont des images infinies, surchargées de détails et anatomiquement excessives, dans lesquelles la forme dévore le contenu. L’IA ne crée pas: elle compile, produisant une infinité fractale de bruit visuel.

acacab07a36b4f4d3647965065397fc0.jpg

- L’abandon du sens au profit de l’affect: une image, un texte ou une vidéo n’a plus à véhiculer un sens profond. Son objectif est de provoquer une décharge instantanée de dopamine, un affect d’une seconde, suivi d’un nouveau cycle dans le flux infini des recommandations.

2. Les hypertrucages et les métavers comme scènes de théâtre baroques

- L’architecture illusoire: les métavers et les espaces numériques sont les temples baroques modernes dans lesquels les lois de la physique cèdent la place aux caprices du programmeur. On y construit un «Versailles» virtuel pour les pauvres, où chaque indigent numérique peut revêtir le masque d’un roi numérique — apparences, avatars et statut virtuel.

- La mort du fait dans le miroir des hypertrucages: la réalité a perdu son monopole sur la vérité. Les hypertrucages et les manipulations algorithmiques des visages et des voix transforment la politique, l’histoire et les médias en un carnaval sans fin, dans lequel il est impossible de distinguer l’original de la contrefaçon. La société n’exige plus la vérité: elle réclame un simulacre de meilleure qualité et plus spectaculaire.

01b7da0567198ea032234e740264ac8d.jpg

3. L’horror vacui numérique — la peur du vide

- La saturation totale de l’attention: l’architecture baroque avait une peur panique des espaces vides et recouvrait chaque centimètre de stucs et de dorures. Le Cyberbaroque agit de la même manière: il redoute avec la même intensité le silence et la solitude de l’utilisateur.

- La captivité algorithmique: l’être humain ne doit pas rester seul avec ses pensées, pas même une seconde. La moindre pause est aussitôt comblée par des notifications push, la lecture automatique de vidéos, des fenêtres contextuelles et un bruit de fond. Les Léviathans ont colonisé non seulement le temps de travail, mais aussi les espaces du sommeil, du repos et de la réflexion.

L’esthétique du Cyberbaroque est le triomphe de l’illusion sur l’être. Nous n’avons plus besoin de victoires réelles, de richesse réelle ou de liberté réelle. Les Léviathans nous en offrent une imitation numérique parfaite, chatoyante de pixels.

Conclusion. Géopolitique du Cyberbaroque: manifestation de la Nouvelle Réalité

Les théories géopolitiques classiques — du Heartland de Mackinder au «choc des civilisations» de Huntington — sont irrémédiablement dépassées. Elles raisonnaient en termes d’espace physique, de frontières géographiques et de nations analogiques. Aujourd’hui, la souveraineté se forge au point de rencontre des matrices de silicium, des codes algorithmiques et des flux de données comportementales.

Le monde du Baroque cybernétique est un monde dans lequel la géographie est subordonnée à la topologie des réseaux.

1. Fixation de l’appareil terminologique

Par le présent manifeste, nous introduisons les termes suivants dans l’usage et revendiquons la paternité du paradigme décrivant les contours de la nouvelle époque :

- Le Baroque cybernétique: état de l’infosphère mondiale caractérisé par la mort du techno-optimisme libéral, la surabondance de contenus génératifs, l’absolutisme algorithmique et le remplacement de la réalité par une théâtralisation numérique totale.

- Les Léviathans numériques: nouveaux acteurs souverains — plateformes transnationales et États-plateformes souverains — qui détiennent le monopole du codage des significations, de la censure de la portée et de l’extraction de la rente comportementale.

- La rente comportementale: principale ressource économique de l’époque, extraite par les Léviathans grâce à la gestion prédictive des désirs et des actions des sujets numériques.

2. L’impératif géopolitique pour la Russie

Pour la Russie, dans le contexte du Cyberbaroque, il n’existe aucun retour possible vers un «monde global ouvert». Ce monde n’existe plus. Tenter de jouer selon les anciennes règles libérales dans les décors numériques d’autrui, c’est la garantie de perdre toute capacité d’action autonome et de transformer la population en serfs numériques des Léviathans occidentaux.

7278fd03a26919db9744ccdd4d982001.jpg

Le seul scénario viable consiste à construire son propre Léviathan numérique souverain. Cela signifie :

- refuser l’importation de significations et d’interfaces étrangères;

- imposer un cloisonnement technologique rigoureux — autrement dit, créer ses propres forteresses numériques;

- former sa propre aristocratie algorithmique, capable de coder la réalité conformément aux intérêts nationaux.

Le Baroque cybernétique n’est pas une réalité qu’il faut chercher à éviter. C’est une réalité dans laquelle il faut vaincre. Nous avons arraché la façade des illusions libérales. Derrière elle s’est révélé le monde du Nouvel Absolutisme, dans lequel seuls survivent les acteurs les plus impitoyables, les mieux équipés technologiquement et les mieux armés sur le plan conceptuel.