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dimanche, 06 septembre 2026

Un manuel de rémigration

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Un manuel de rémigration

par Georges Feltin-Tracol 

De Belfast à Rome, de Ceuta à Leipzig, le sujet brûlant de la rémigration prend une ampleur inédite considérable auprès des opinions européennes malgré l’occultation sciemment entretenue par le système médiatique d’occupation mentale. Le 31 octobre prochain doit se tenir à Paris une réunion, la troisième après l’Italie à Milan en avril 2025 et à Porto au Portugal en mai 2026, sur ce thème crucial pour l’avenir des Eurochtones. Pas sûr que le régime répressif d’extrême centre de l’Élysée la maintienne…

immsremages.jpgIl y a quelques mois paraissait un essai de Jean-Yves Le Gallou sur cette problématique. Son préfacier, le militant identitaire autrichien multi-persécuté Martin Sellner, l’avait devancé dès 2024 avec Remigration. Ein Vorschlag aux éditions Antaios du courageux Götz Kubitschek.

Après une traduction espagnole chez Editorial EAS, voici enfin sa version française ! On remarquera que la publication de Remigration. Une proposition, (2026, 216 p., 18 €.) ne relève pas du groupe éditorial Bolloré que certains naïfs estiment être à la pointe du combat des idées. Non, cette belle initiative d’offrir au lecteur français l’analyse pertinente de Martin Sellner revient à une maison d’édition installée en Vivarais, Hétairie, qui présente un ouvrage soigné et de belle facture. Bravo pour cette parution !

Remigration.jpgRemigration. Une proposition n’est pas un pamphlet contre la présence immigrée en Europe. Martin Sellner propose par des exemples pratiques et des cas précis qu’une politique de rémigration n’appartient pas à la science-fiction. S’adressant à l’origine au public allemand et autrichien, membres d’États historiquement fédéraux, l’auteur se revendique de droite, terme qui implique dans le monde germanique une rupture certaine avec les conventions formelles établies.

Face à un «État-providence [qui] se transforme progressivement en instrument de redistribution ethnique», «ce livre est conçu comme le fondement d’une “œuvre pionnière métapolitique” destinée à préparer la rémigration sur le plan des idées ». Il lui importe de se confronter à une «Allemagne [qui] devient une “société de minorités multiples”, dans laquelle la majorité autochtone se trouve peu à peu ravalée au rang d’un groupe ethnique parmi d’autres».

Les justes critiques de Martin Sellner ne concernent pas les minorités ethniques enracinées qui forment la remarquable marqueterie polyculturaliste européenne (les Danois du Schleswig – Holstein, les Frisons orientaux en Basse-Saxe, les Sorabes de Lusace, les Slovènes de Carinthie, les Roms et les Sinti, etc.). Pour lui, «les peuples existent, mais selon une modalité différente de celle des communautés religieuses, économiques ou purement sociales». Il reconnaît par ailleurs que «l’identité collective n’est pas un objet statique, mais un processus réflexif et dynamique. Elle ne peut donc être définie une fois pour toutes ni définitivement fixée». Son projet ambitieux de rémigration correspond à « une politique identitaire positive [… qui] souhaite préserver, mais aussi développer, le peuple comme expression de la diversité ethnoculturelle du monde ».

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Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroeck au Bal des Corporations étudiantes à Vienne.

Comment le «cauchemar principal du régime de Berlin» imagine-t-il la rémigration? Il s’agit d’abord d’«un concept englobant l’ensemble des mesures relevant d’une politique identitaire et démographique de droite, destinée à réduire une étrangeté devenue excessive. Cela comprend l’expulsion des immigrés illégaux, mais ne s’y limite pas: il faut également y inclure une réforme du droit d’asile, du droit de la nationalité et du droit des étrangers, ainsi que toutes les mesures susceptibles d’encourager le retour volontaire».

Dans les faits, « la rémigration désigne un ensemble de mesures destinées à inverser les flux migratoires, sur le fondement d’une politique démographique et identitaire alternative ». Elle contredit donc « la politique démographique dominante [qui] est, sans conteste, celle du remplacement par l’immigration ». Il prévient enfin que «la normalisation démographique par la rémigration ne signifie donc ni “État racial” ni “lois de Nuremberg”. La politique de rémigration vise la question de la loyauté, de l’obéissance à la loi et de la volonté d’assimilation».

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Bien que le monde germanophone demeure réticent au modèle de l’État-nation, Martin Sellner défend avec conviction l’assimilation et récuse toute intégration. Tout étranger qui accepte de rejoindre la communauté populaire de destin qui l’accueille doit renoncer à son héritage et adopter mœurs et usages. Grande est donc son opposition au port du voile musulman et à d’autres tenues religieuses dans les espaces publics et dans les bâtiments officiels! Certes, il entend respecter les distinctions culturelles et religieuses dans le domaine privé. Il soutient en outre un projet assez utopique d’«islam européen» hors de toutes références historiques aux Tatars de Pologne et à l’islam des Balkans avec ses expressions bektachie et soufie.

L’auteur espère faire taire ses détracteurs. «Puisque l’intégration demeure un objectif possible, la rémigration ne saurait être comparée au “nettoyage ethnique” ni aux autres scénarios d’horreur issus du vocabulaire du lobby migrationniste». Sur le marché du travail, il observe, sévère, que «le remplacement migratoire afro-arabe ne résout pas la pénurie de travailleurs qualifiés; il l’aggrave».

Par delà des décisions simples et de bon sens telles l’expulsion immédiate de tout contrevenant allogène, l’application stricte de la préférence nationale, l’incitation financière et professionnelle des migrants à quitter l’Europe, Martin Sellner ne se satisfait pas des programmes britannique et italien de renvoi des étrangers clandestins au Rwanda et en Albanie, programmes hélas arrêtés, faute de volonté politique ou suite à une décision abjecte d’une justice partiale et maligne!

En différenciant parmi les migrants les demandeurs d’asile, les naturalisés et citoyens non assimilés ainsi que les autres étrangers, il réclame une méthode «démoscopique» avec un organisme scientifique central qui traiterait et publierait en permanence toutes les données migratoires disponibles.

61+cMzmC3rL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAu grand dam des belles âmes, Martin Sellner suggère la création en Afrique du Nord de «villes de rétention» (adaptation des «villes à charte» chères aux libertariens?) qui recevraient l’ensemble des migrants désireux de se rendre en Europe. «Toute personne arrivant dans la ville modèle serait enregistrée biométriquement, recevrait un titre de séjour de trois ans, des services de base et une allocation mensuelle. Dans la ville, elle serait immédiatement intégrée à un programme de retour». Si une résidence permanente est possible, tout habitant aurait le droit inconditionnel de rentrer dans son pays natal. L’État qui accepterait ce plan bénéficierait d’aides financières massives dont la suppression de sa dette publique.

En prenant exemple sur Hong Kong et Singapour, «la ville serait administrée par Frontex ou par un joint-venture réunissant plusieurs États européens. Les infrastructures, les systèmes sociaux et sanitaires y seraient organisés efficacement. Une force de police bien équipée, une surveillance complète et un code municipal strict assureraient la sécurité. À long terme, toutefois, les habitants de la ville seraient encouragés à se gouverner eux-mêmes et à élire leur propre organe représentatif ». Ce serait la démonstration tangible que les sans-papiers sont des ingénieurs, des médecins, des capitaines d’industrie, des scientifiques au potentiel inexploité…

9791254622667_1051288544_0_0_0_75.jpgMartin Sellner pense cette politique possible au niveau de l’Union dite européenne, d’autant que l’Allemagne est un contributeur net au contraire de la Hongrie et de l’Italie. Une révision radicale de la politique migratoire de la prétendue Union européenne se réaliserait grâce à un accord préalable des gouvernements nationaux de droite identitaire. On demeure sceptique sur ce point, car toute politique à l’échelle institutionnelle européenne se voit limitée, encadrée et surveillée par les traités internationaux et les instances judiciaires cosmopolites comme la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Autre contrainte, afin qu’advienne un pareil changement, il faudrait d’abord chasser la caste du pouvoir qui entérinera des lois d’exception contre les partisans de l’eurochtonie. «Les mesures relevant de cette “anarcho-tyrannie” émergente visent d’abord les autochtones et les migrants assimilés». Les discriminations en cours en Allemagne contre les candidats, les adhérents et les sympathisants de l’AfD et d’autres formations patriotiques en sont des préfigurations manifestes inquiétantes.

En dépit de ces pressions inacceptables et attentatoires au droit imprescriptible des peuples à rester eux-mêmes, «la rémigration constitue […] la priorité absolue de toute politique de droite; et tout responsable politique sérieux, dès qu’il se réclame de la droite, devra tôt ou tard présenter son propre concept de rémigration», d’autant que «la richesse nationale, la sécurité intérieure, la démocratie, l’identité ethnoculturelle possèdent une valeur intrinsèque indéniable. Il est donc éthiquement justifié de militer pour la rémigration afin de préserver ces biens, de promouvoir notre bien commun et d’éviter les souffrances provoquées». Se servant à bon escient des leçons d’Antonio Gramsci, Martin Sellner affirme que «la vision patriotique du monde doit devenir hégémonique dans son ensemble et former son propre milieu culturel, capable d’englober une large alliance de groupes sociaux différents». À la différence des multiculturalistes et des autres mondialistes qui œuvrent pour l’homogénéité mortifère du monde, il considère qu’«en tant que projet ethnopluraliste, la rémigration respecte la diversité des cultures et exige le respect mutuel». Le projet de rémigration facilite en réalité une réelle ouverture au monde, à un monde hétérogène d’ensembles politiques fortement homogènes.  

  • « Chronique flibustière », n° 196, d’abord mise en ligne le 3 septembre 2026 sur Synthèse nationale.

Alors que Tusk perd le soutien des Polonais, un quatrième parti de droite apparaît soudainement en Pologne

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Alors que Tusk perd le soutien des Polonais, un quatrième parti de droite apparaît soudainement en Pologne

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

La politique peut décidément être délicieusement complexe, ne trouvez-vous pas? À environ un an des prochaines élections législatives en Pologne — normalement prévues en novembre 2027 —, le pays risque de se retrouver dans une impasse politique totale. Sur le papier, la droite semble bien placée pour remplacer en novembre le gouvernement centriste de Donald Tusk. En effet, même si le parti de Tusk, la KO ou "Coalition civique", reste le premier dans les sondages, il ne disposerait plus d’une majorité de sièges.

Or, c’est précisément au sein du PiS, principal prétendant à la direction d’un nouveau gouvernement polonais, que les tensions se font sentir. Peu avant la pause parlementaire estivale, l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki a présenté sa démission du PiS. Il a été suivi par 39 députés, un sénateur et trois eurodéputés du PiS. Il apparaît que des désaccords sur les choix stratégiques sont à l’origine de cette décision. Morawiecki souhaiterait créer un véritable parti en octobre, mais, pour l’instant, les dissidents du PiS se sont regroupés au sein d’une association interne au parti, baptisée «Développement Plus».

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Une droite polonaise divisée finira-t-elle malgré tout par perdre la bataille ?

Selon certaines sources, le président du parti, Kaczyński, était fou de rage et a déclaré: «Nous ne voyons dans cette association rien d’autre qu’une tentative de diviser le parti».

Sławomir_Mentzen_2_(cropped).jpgPourtant, le PiS, qui a gouverné la Pologne entre 2015 et 2023 avec une majorité absolue de sièges, est sous pression depuis déjà quelque temps. Cette pression vient surtout de deux autres partis de droite: la "Confédération" de Sławomir Mentzen (photo), qui semble principalement attirer les jeunes et les entrepreneurs, et la formation qui en est issue par scission, la Confédération de la Couronne polonaise de Grzegorz Braun. Ce n’est qu’avec l’appui de ces deux partis que le PiS est parvenu, en juin 2025, à faire élire le candidat de droite Karol Nawrocki à la présidence de la République polonaise. Il s’en est vraiment fallu de peu pour que Nawrocki ne soit pas élu.

En mars 2026, le président du PiS, Jarosław Kaczyński, a proposé Przemysław Czarnek comme tête de liste pour les prochaines élections législatives. Czarnek souhaite notamment réduire, voire supprimer, le soutien à l’Ukraine. Cela s’est finalement révélé être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour Morawiecki, lequel appartient plutôt à l’aile centriste du PiS et se définit comme atlantiste et social-conservateur.

Les récents sondages montrent que Donald Tusk n’obtiendrait plus de majorité pour sa coalition actuelle. Il serait particulièrement regrettable que les divisions au sein de la droite permettent la poursuite de certaines évolutions préjudiciables à la Pologne. Que fera Mateusz Morawiecki ? Il peut apparemment compter sur le soutien d’un nombre croissant de Polonais.

En Pologne aussi, les prochains mois s’annoncent particulièrement passionnants…

Le nouveau jeu turc en Asie centrale: un défi pour Téhéran et Moscou

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Le nouveau jeu turc en Asie centrale: un défi pour Téhéran et Moscou

Muhammad Hossein Ghiasi

Ces derniers jours, un changement méthodologique s’est dessiné dans l’approche d’Ankara à l’égard de l’Asie centrale. À moins de l’examiner attentivement, celui-ci pourrait modifier pour plusieurs décennies l’architecture géopolitique de la région au profit de l’axe turc. La Turquie ne recherche plus les déclarations politiques retentissantes: s’appuyant sur des instruments d’influence douce et discursifs, elle redéfinit son rôle au cœur de l’Eurasie.

Dans ce cadre, Ankara utilise le potentiel des structures non gouvernementales et des groupes de réflexion favorables au pouvoir pour prendre des mesures soigneusement calculées visant à pénétrer les sphères profondes de la prise de décision dans les États turcophones. Cette évolution témoigne de la maturité stratégique de la politique étrangère turque: Ankara a parfaitement compris que les déclarations officielles et les pressions politiques ne font que susciter la résistance des élites locales et ne permettent pas de garantir une intégration durable. La Turquie agit donc avec patience et prudence, cherchant à élaborer avec les pays d’Asie centrale des cadres normatifs et discursifs communs afin d’approfondir sa coordination politique et sécuritaire avec la région.

Toutefois, ce qui transforme ce changement tactique en stratégie à long terme n’est autre que la modification du contenu même de la coopération proposée. Hier encore, la Turquie misait en Asie centrale sur l’économie, les investissements dans les infrastructures et le développement du commerce. Aujourd’hui, l’axe du dialogue s’est déplacé de l’économie vers la politique et la sécurité.

Les propositions d’« analyse conjointe des risques » et de « création d’un cadre normatif commun » reviennent en réalité à aligner la perception régionale des menaces sur la vision d’Ankara. En d’autres termes, la Turquie cherche à redéfinir les menaces régionales de manière à s’attribuer le rôle d’allié stratégique et de garant de la sécurité, aux côtés de la Russie et de la Chine, voire à leur place.

7e93b6418d4b5d425426581c41ff0e94.jpgCette approche habile contraste fortement avec les méthodes précipitées et coercitives que l’on observe parfois dans la politique régionale. La Turquie comprend parfaitement que les pays d’Asie centrale, notamment le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, sont extrêmement sensibles à toute initiative rapide et ambitieuse évoquant l’héritage ottoman. C’est pourquoi elle gagne patiemment la confiance des élites locales en s’appuyant sur des institutions scientifiques et des centres de recherche, tout en introduisant progressivement le discours turcique dans les sphères profondes de la prise de décision de ces États. Cette stratégie « progressive » et « silencieuse » a bien plus de chances de réussir que des actions brutales et manifestes — et c’est précisément pour cette raison qu’elle constitue une menace plus grave pour les intérêts de l’Iran et de la Russie que n’importe quelle campagne militaire.

Si l’on replace cette évolution parmi les autres transformations fondamentales de la région, un tableau plus vaste et plus inquiétant se dessine. La pose d’un câble sous-marin à fibre optique entre l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, les investissements massifs de la compagnie britannique BP dans les gisements pétroliers de Bakou, l’arrivée du Royaume-Uni dans les mines de tungstène kazakhes, et désormais le passage de la Turquie d’une diplomatie d’État à une diplomatie des « groupes de réflexion »: tout cela constitue les maillons d’une même chaîne. L’objectif de cette chaîne est de créer, au centre de l’Eurasie, un bloc civilisationnel et politique turcique dans lequel il ne restera de place ni pour l’influence historique de l’Iran ni pour la traditionnelle « tranquillité » de la Russie.

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Le projet du « monde turcique », qui n’était autrefois qu’un rêve panturquiste entretenu par des intellectuels radicaux, devient aujourd’hui une réalité tangible grâce au soutien financier du Qatar, à la couverture politique de l’Occident et d’Israël, ainsi qu’à l’appui culturel et universitaire d’institutions turques favorables au gouvernement.

Du point de vue de Téhéran, ces évolutions constituent des signaux alarmants. En adoptant une approche douce et progressive, la Turquie ne cherche pas seulement à évincer l’Iran des équations économiques et des réseaux de transit de la région: elle conteste systématiquement l’identité historique et culturelle de l’Iran dans des territoires qui ont appartenu pendant des siècles à son aire civilisationnelle. L’encouragement des groupes ethniques turciques dans le nord-ouest de l’Iran, la réécriture de l’histoire régionale au bénéfice des peuples turciques et les investissements dans les établissements culturels et éducatifs d’Asie centrale font tous partie d’un même vaste projet, qui progresse à la faveur du silence et de l’inaction iraniens.

Toutefois, parallèlement aux menaces qui pèsent sur l’Iran et la Russie, une fenêtre d’opportunité s’ouvre également. La simultanéité de ces processus peut servir de signal d’alarme à Téhéran et à Moscou afin qu’ils mettent de côté leurs différends historiques et leur méfiance réciproque pour construire une alliance stratégique face à une menace commune. Tout comme l’Iran, la Russie est profondément préoccupée par l’influence croissante de la Turquie et de l’Occident en Asie centrale. Elle est parfaitement consciente que, si cette synergie turco-occidentale n’est pas contenue, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sortiront progressivement de l’orbite traditionnelle de Moscou. Cette préoccupation commune constitue le meilleur terrain pour une coopération entre Téhéran et Moscou dans les domaines de l’information, de la sécurité et de l’économie.

Une action conjointe dans le cadre de la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, afin d’empêcher une délimitation des fonds marins et du sous-sol au détriment de l’Iran et de la Russie; l’accélération de l’achèvement du corridor Nord-Sud, comme solution de remplacement aux itinéraires turciques et azerbaïdjanais; la construction d’un câble alternatif à fibre optique suivant l’axe Daghestan-Astara-Bandar Abbas, afin de faire contrepoids au corridor numérique caspien : telles ne sont que quelques-unes des mesures qui, si elles étaient coordonnées entre les deux pays, pourraient faire pencher la balance en faveur de Téhéran et de Moscou.

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Enfin, c’est précisément le changement de tactique turque — le passage d’actions brutales et précipitées à une approche douce et patiente — qui constitue un tournant dans l’histoire de la région. Grâce à cette stratégie habile, la Turquie d’aujourd’hui construit un pont reliant les centres d’analyse et les instituts scientifiques au cœur des élites politiques d’Asie centrale. Si, face à cette nouvelle vague, l’Iran et la Russie continuent de rester passifs et se limitent aux réactions juridiques et diplomatiques traditionnelles, ils ne perdront pas seulement des corridors et des ressources : ils verront progressivement disparaître leur propre identité historique et culturelle dans une région qui appartenait autrefois à leur espace civilisationnel. Et dans cette bataille discursive, menée à l’aide d’instruments d’influence douce et de fabriques à idées, la victoire reviendra à celui qui aura été le premier à conquérir les forteresses de l’esprit et de la conscience.

Idées pour la lutte contre la mondialisation: le mythe révolutionnaire de Sorel

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Idées pour la lutte contre la mondialisation: le mythe révolutionnaire de Sorel

Par Luca Leonello Rimbotti

Source: https://www.centroitalicum.com/idee-per-la-lotta-contro-g...

Lire une page de Sorel équivaut à un poser un acte politique. Une bouffée d’air pur, hors de la chape empestée de la pensée unique. Seule la révolution, menée par le syndicat de classe, pouvait conduire à la véritable émancipation du peuple. Il s’agissait de reconnaître l’échec des « illusions du progrès », l’obsession « progressiste » du capitalisme occidental. Les immenses masses mondiales exclues du circuit productiviste et consumériste représentent aujourd’hui précisément le « prolétariat » sorélien.

Si nous partions à la recherche d’une ultime arme à opposer au système mondial débordant de bolchévisation capitaliste, il nous faudrait nous rendre, comme autrefois, du côté du mythe. Une fois encore, face aux pollutions utopiques envahissantes des tenants des Lumières qui sont au pouvoir, on ne pourrait trouver qu’une machine produisant des symboles et des images. Une méthode capable de réactiver les énergies intuitives assoupies, liées au primordial: voilà la parole archaïque de l’avenir, qui pourrait donner un premier tour à la roue de la réaction. Car c’est bien d’une réaction vaste et frénétique qu’il devrait s’agir. Une réaction révolutionnaire qui mettrait fin à la chute de l’Europe dans le précipice et ramènerait les esprits dans les limites de l’humain, du simplement humain.

41Z0XLVDYML._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgRouvrons donc quelques coffres culturels trop longtemps abandonnés dans les greniers de nos idéologies. Nous y trouverons des armes encore neuves, bien astiquées et toujours parfaitement efficaces. Il ne resterait qu’à y ajouter la volonté de les saisir. Une page de Sorel, pour ainsi dire, équivaut aujourd’hui à une redécouverte archéologique explosive. Elle équivaut à un acte politique. À une bouffée d’air pur. Ranimer un instant la pensée de Georges Sorel et la contempler comme un monde de vie véritablement vécue, c’est comme respirer librement: hors de la chape empestée de la pensée unique, loin de la folle uniformisation, il est encore possible aujourd’hui de formuler des idées à pleins poumons, en préfigurant des situations différentes, de rupture et d’opposition à l’aplatissement universel. En se référant précisément à un modèle conçu dans le passé, mais qui reste, par certains aspects, d’une grande actualité. L’une des diverses formules sociales imaginées il y a une centaine d’années pour anéantir le syndrome égalitaire des progressistes, qui apporte partout défiguration et dégradation. Certaines formules restent encore propres à mobiliser. Leur circulation pourrait toujours constituer l’antidote nécessaire à la désintoxication universelle.

La liquidation de la pensée mythique, opérée au milieu du XXe siècle d’abord par la violence destructrice, puis par l’emploi incessant d’une propagande terrorisante, doit trouver sa fin au moment même de son apogée. Lorsque Sorel parlait de la gloire et de l’honneur du prolétaire rebelle qui ne pactise pas avec le pouvoir bourgeois, mais œuvre uniquement à le renverser, il ne faisait que nous rappeler, à nous qui sommes venus après lui, que l’histoire ne peut s’achever qu’au moment où l’homme lui-même aura disparu.

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Il s’agit ici de redessiner l’idéologie de l’affrontement en prenant conscience que l’inéluctable n’existe pas. La toute-puissance mondiale de la pensée économique fondée sur l’étranglement identitaire des peuples peut être arrêtée, plus rapidement qu’on ne pourrait le penser, pour peu que se produisent des événements capables de manifester le réveil des peuples. Ce que Sorel invoquait sous la figure du « prolétaire » engageant une lutte à mort contre le pouvoir bourgeois n’est aujourd’hui rien d’autre que l’homme souverain et enraciné dans son identité — l’homme pur et simple, l’homme éternel — qui se révolte contre cette bolchévisation universelle qu’est le libéralisme.

La démocratie oligarchique et bancaire, avec son capitalisme d’exploitation mondiale, qui constituait encore à l’époque de Sorel la cible de la lutte des classes, est aujourd’hui le principal ennemi du peuple, de tous les peuples et de toutes les couches sociales. Aujourd’hui, les classes sont au nombre de deux, comme à l’aube du socialisme, mais leurs référents ont changé: d’un côté, le peuple — car un « peuple » existe encore —, la « bourgeoisie universelle » ou le « prolétariat universel », ce qui revient au même, engendrés par le progrès capitaliste; de l’autre, la caste fermée des détenteurs du pouvoir économique, sourde et réactionnaire comme jamais auparavant.

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Ici, véritablement, il ne peut y avoir ni compromis, ni dialogue, ni paix sociale: comme dans l’idéologie de Sorel, il ne peut y avoir que la lutte, dont puisse naître le renforcement d’un contre-pouvoir capable d’activer le mythe et l’action. Quiconque refuse la bolchévisation libérale, ce magma d’abus qui tue les peuples, doit se hâter de choisir son camp, comme on avait coutume de le faire il y a cent ans.

La vision de Sorel constitua un cadre auquel purent puiser des révolutionnaires appartenant aux courants européens les plus divers, des transfuges du marxisme aux nationalistes, des syndicalistes aux socialistes hérétiques. L’homme nouveau y prenait vie au contact de la technique, dans l’union du travail et de la solidarité, en disciplinant les instincts vitaux au sein d’un programme concret et réaliste. La moralité du travail contre l’immoralité de la consommation. Le travailleur sorélien, le « producteur », qui peut être n’importe qui, quelle que soit son activité, lutte contre l’intellectuel, paravent particulièrement vil du pouvoir et homme de main de celui-ci, ainsi que contre ceux qui entretiennent l’intellectuel, c’est-à-dire le pouvoir économique hégémonique. Ce producteur — quoi qu’il produise : des faits, des idées ou des choses — recherche avant tout le point de rupture. Le conflit, l’opposition. Pour Sorel, l’action est tout. Sa conception de la vie est héroïque ; son interventionnisme, permanent.

M0B0C533L5SD-source.jpgÀ l’époque de Sorel — son ouvrage le plus célèbre, Réflexions sur la violence, date de 1908 —, on pouvait encore parler de prolétariat pour désigner la classe des travailleurs opposée à la classe bourgeoise. On pouvait encore concevoir que cette opposition ne se fonde nullement sur le dialogue, mais sur l’usage de la violence. Celle-ci était, et devait être, créatrice et palingénésique, libératrice, afin de réduire à néant aussi bien la violence sociale ouverte employée par le pouvoir capitaliste pour immobiliser les classes subalternes que la violence plus subtile de la domination, exercée grâce au leurre d’une paix sociale obtenue par la fiction tactique de concessions sporadiques.

Sorel rejetait la voie du réformisme, dans laquelle le capital et le travail semblent collaborer, tout en maintenant en réalité la domination du premier sur le second. Seule la révolution, menée par le syndicat de classe, pouvait mettre fin aux jeux parlementaires et aux compromis démocratiques auxquels se livraient les partis socialistes réformistes sans jamais parvenir à la véritable émancipation du peuple. Le syndicalisme révolutionnaire, dans le cadre de la construction mythique d’un homme nouveau faustien, protagoniste de la civilisation du travail, doit conduire la lutte entre les parties en veillant à ce qu’elle ne s’éteigne pas au seul profit des puissants.

L’écho de cette terminologie, depuis longtemps assoupie dans les âmes égarées des populations soumises au capitalisme de dernière génération, devrait à lui seul créer le climat d’un nouveau réveil, comme si des membres et des mécanismes atrophiés par des décennies d’inaction recommençaient à se mouvoir.

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Ces travailleurs qui ne connaissent aucun compromis, disait Sorel, ressemblent à des guerriers antiques; ils sont les protagonistes d’un monde nouveau de symboles en action, puisque, comme il l’écrivait, «il faut faire appel à des ensembles d’images capables d’évoquer en bloc et par la seule intuition, avant toute analyse réfléchie, la masse des sentiments qui correspondent aux diverses manifestations de la guerre engagée par le socialisme contre la société moderne».

Certes, ce sont des paroles qui paraissent, et qui sont, totalement inactuelles. Pourtant, même à la lecture de témoignages et d’études récents, on a le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un matériau définitivement révolu, mais d’une étincelle secrète, toujours vivante, qui couve sous la cendre. Après tout, le type de société auquel nous faisons face est le même qu’autrefois: d’un côté, les puissants de ce monde; de l’autre, les peuples assujettis. Le sens de l’affrontement reste le même.

La pensée de Sorel, univers de contradictions et forêt de symboles, conserve aujourd’hui encore une grande valeur idéale parce qu’elle véhicule l’union d’une éthique et de l’instinct de force, de l’ethos et du kratos, deux énergies encadrées par la valeur mythique et dirigées par l’aristocratie du peuple, sans lesquelles l’opposition sociale et politique se réduit à la récitation d’une impuissance cloîtrée.

Récemment, en remettant en lumière la figure de Sorel au moment le plus sombre de l’histoire sociale moderne, on a justement touché au point sensible de la question: la nécessité de produire, pour parvenir à un véritable positionnement alternatif, «un haut degré de culture morale». Cette insistance sur le besoin d’une politique nouvelle et ambitieuse, fondée sur l’éthique de l’interventionnisme, est présente dans le livre de Cristian Leone intitulé La via di Sorel al socialismo (La voie de Sorel vers le socialisme, Luni Editrice). Ce texte fait une nouvelle fois apparaître la richesse des ressources intellectuelles des générations d’il y a un siècle et, à l’inverse, la misère morale du monde culturel et intellectuel actuel, anéanti par des décennies de massacre cérébral perpétré par le pouvoir cosmopolite.

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Leone explique notamment avec clarté que le projet sorélien — qui, dégagé des contingences historiques auxquelles il se référait, peut être tenu pour valable à toute époque — avait précisément pour pivot un ensemble communautaire de culture politique:

Le socialisme de Sorel peut être défini comme un socialisme éthique et volontariste dans lequel le prolétariat, élevé à un degré supérieur de moralité — le sublime —, brise le schéma déterministe grâce au rôle mobilisateur du mythe et, entièrement organisé au sein du syndicat, abat l’État bourgeois. C’est la morale, et non la simple appartenance à une classe déterminée, qui constitue le présupposé décisif de l’intégration de l’homme dans la communauté et qui établit un nouveau sommet de la hiérarchie sociale.

Face à l’inculture défigurante qui domine aujourd’hui à tous les niveaux, cet appel à la « culture morale » des minorités militantes apparaît essentiel. C’est par ce phénomène de renaissance éthique que devra s’imposer le mythe communautaire de la mobilisation. Peu importe que Sorel se soit référé aux catégories figées de son époque — classe, prolétariat, bourgeoisie, syndicat —, qui peuvent aujourd’hui nous sembler dépassées. En réalité, la classe unique à laquelle appartiennent désormais les peuples et les immenses masses mondiales exclues du circuit productiviste et consumériste représente, dans son ensemble, exactement le « prolétariat » sorélien. Face à elle se dresse aujourd’hui comme hier la masse compacte du pouvoir mondialiste.

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Ce ne seront pas les syndicats ou les partis, entre-temps liquidés par les comités politico-affairistes, qui relanceront la lutte. Il faudra que s’installe un climat d’exaspération tel que le changement ne pourra devenir possible que par l’activation des énergies émotionnelles. Sur ce point, Sorel fut bien plus éloquent qu’un Marx muet et défunt, et sa parole conserve intacte sa valeur fondamentale, même à une époque aussi différente.

Ce qui compte, en toutes circonstances, c’est l’état d’esprit, la disposition à l’action, l’enthousiasme et la confiance dans un projet auquel donner vie, quelque chose de vivant capable d’entraîner et de mobiliser. Comme le rappelle encore Cristian Leone :

Sorel voit dans le mythe que représente la grève générale l’unique moteur de l’action humaine, un ensemble lié non par des idées, mais par des images motrices, capables d’évoquer « en bloc et par la seule intuition, avant toute analyse réfléchie », tous les sentiments correspondant à une action projetée. Le mythe ne se définit pas, ne se discute pas rationnellement, mais « seul l’ensemble du mythe importe ».

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Comme chacun sait, Sorel développa une conception du socialisme qui lui était propre. Celle-ci ne resta toutefois pas abstraite, mais eut des répercussions précises dans des domaines divers, et souvent très différents, de la réalité politique et sociale de son temps. Sa pensée à la fois révolutionnaire et conservatrice exerça une grande influence à droite comme à gauche; elle anima aussi bien le socialisme que le fascisme. Sa voie syndicale trouva un écho partout où l’on voulait abattre l’obstination bornée des anciennes coteries et ériger un pouvoir nouveau, expression du peuple, mais guidé par des avant-gardes militantes.

Il s’agissait de reconnaître l’échec moral et politique des « illusions du progrès », dénoncé en son temps par Sorel, obsession « progressiste » nécessairement liée au parlementarisme et au capitalisme occidentaux. Il s’agissait aussi d’emprunter de nouvelles voies. Les réserves de l’action contestataire reposent dans les énergies occultes de l’irrationnel populaire. Dans le mythe politique. Sorel l’avait bien compris, et beaucoup l’ont répété au cours des décennies suivantes, sous toutes les bannières de la révolte.

Pour ne citer qu’un exemple, songeons à ce qu’écrivait en 1978 Hans-Jürgen Syberberg, le célèbre réalisateur et scénariste, audacieux synthétiseur expressionniste d’extrêmes tels que Richard Wagner et Fritz Lang: «Ce n’est que dans le mythe, dans cet acte qui exprime la volonté humaine de créer une civilisation, que nous pouvons redevenir, la tête haute, maîtres de notre histoire».

Nous verrons si la société contemporaine, menacée de près par la dissolution et l’assujettissement définitif, sera capable d’abord de se souvenir, puis de comprendre et, enfin, de façonner un système de valeurs antagonistes. Et nous verrons si les peuples, las de subir la domination des destructeurs de civilisation, voudront véritablement en édifier une nouvelle. Dès lors, la lutte ne se déroulera plus entre les classes, mais entre les visions du monde.