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mercredi, 16 septembre 2026

Transdémocratie et double morale: le monopole moral des immoraux

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Transdémocratie et double morale: le monopole moral des immoraux

Source: https://report24.news/trans-demokratie-das-moralische-mon...

La massue faite de moraline est l’arme favorite de la gauche et de la mouvance woke: ils sont les «gentils», ils se trouvent du «bon» côté. Du moins le pensent-ils. La réalité montre bien souvent le contraire. Leur embarrassante double morale peut s’expliquer psychologiquement — et s’avère extrêmement utile sur le plan politique. Les forces qui causent le plus de dommages sont celles qui, au sein de l’appareil de pouvoir, exploitent délibérément ces mécanismes afin de diviser la société. Et qui, ce faisant, scient ironiquement la branche sur laquelle elles sont elles-mêmes assises.

Les conversations avec un certain type de personnes donnent l’impression d’être retombé à l'âge du bac à sable: un mot de travers, et les braillements commencent aussitôt — à la fin, des châteaux de sable sont théâtralement piétinés et des pelles en plastique volent dans les airs.

La suffocation indignée et l’indignation sont aujourd’hui des instruments de contrôle du débat public. Les propos qui déplaisent ne sont pas examinés à l’aune des arguments et des faits. On critique plutôt l’audace même d’avoir osé les formuler. Les prétendus bien-pensants et parangons de vertu ont perfectionné cet étouffement du débat. Dès qu’une phrase s’écarte de la ligne souhaitée, la condamnation morale tombe: c’est de droite, c'est nazi, raciste, misanthrope, ou que sais-je encore (voilà pour les braillements). Et puisque celui qui dit quelque chose de mauvais est lui-même mauvais, l’interlocuteur tout entier est aussitôt considéré comme délégitimé. Il a quitté le club de la «diversité», de la «solidarité», de «nos valeurs» et de «notre démocratie» (à partir de maintenant, les pelles peuvent voler.)

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On agit avec la conviction de détenir un monopole moral. Celui-ci s’est après tout construit au fil des décennies: la longue marche de la gauche à travers les institutions a probablement été plus fructueuse que certains de ses premiers protagonistes n’auraient osé le rêver. Les interprétations de gauche, aussi absurdes soient-elles, dominent de larges pans des médias, de l’industrie culturelle, des universités, des salles des professeurs, des grandes institutions ecclésiastiques, des ONG et de la fonction publique. Quiconque souhaite faire carrière dans ces sphères, ou simplement y travailler sans être inquiété, sait généralement quelles phrases peuvent être prononcées et lesquelles ne le peuvent pas. C’est du pouvoir, et ce pouvoir rayonne vers l’extérieur. Mais c’est aussi une identité.

Les convictions politiques comme identité

Les avantages sont manifestes: celui qui se croit du «bon côté de l’histoire» en tire une estime de soi extraordinairement stable. On appartient aux gentils et on lutte contre les méchants. On se tient aux côtés des faibles, des victimes, et on les défend contre l’injustice et les attaques des puissants. On est pratiquement Batman — dans certains cas, plutôt Batman au RSA, mais passons.

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Ce sentiment est extrêmement gratifiant sur le plan psychologique: il libère du doute de soi, donne un sens à sa propre vie et fournit des ennemis tout désignés contre lesquels on peut se défouler. Il épargne également l’effort de penser, car dès lors qu’il ne faut plus analyser les faits, mais seulement les classer moralement, on n’a plus à se confronter aux réalités qui dérangent. Cette image de soi n’est pas liée aux faits, mais à un sentiment de supériorité morale.

Accessoirement, cela permet aussi de devenir aussitôt membre d’une bande qui, dans de nombreux domaines, exerce encore le pouvoir. Les êtres humains sont des animaux grégaires. Le sentiment d’appartenance nous procure de la sécurité. Le perdre paraît menaçant. Quiconque s’écarte du consensus dans certains cercles professionnels ou privés s’expose à des conséquences allant des regards critiques et de l’exclusion ouverte jusqu’à la fin d’amitiés, voire à des préjudices professionnels. Dans divers milieux, la «posture» correcte passe pour une preuve d’intelligence et de décence. Celui qui se fait remarquer négativement perd non seulement sa carte de membre, mais aussi son statut.

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La psychologie sociale étudie ces phénomènes dans le cadre de la théorie de l’identité sociale. Cette théorie part du principe que les êtres humains ne tirent pas leur image d’eux-mêmes de leurs seules caractéristiques individuelles, mais qu’ils se définissent fortement par l’intermédiaire de groupes — notamment, et tout particulièrement, par leur camp politique. Ils adoptent l’identité de leur groupe et en intériorisent les normes, les valeurs et les comportements. Les opinions politiques ne sont alors plus des convictions susceptibles d’être modifiées par les faits, mais deviennent une composante de l’identité personnelle et se trouvent, par conséquent, fortement chargées d’émotion.

Changer d’avis reviendrait à devoir remettre simultanément en question son identité et son appartenance au groupe. Au sein de son propre groupe, la cohésion est forte et l’on se perçoit, soi-même et ses semblables, comme supérieurs. Les personnes rattachées à d’autres groupes tendent en revanche à être dépréciées et considérées comme «l’ennemi».

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Un cadeau fait aux puissants

Ces classifications nous sont de peu d’utilité dans notre manière concrète d’appréhender ces mécanismes. Il est toutefois important de comprendre que, dans de nombreux débats politiques, on ne lutte pas autour des faits — on se heurte à des processus psychologiques dont l’effet est bien plus puissant. Les débats ne dégénèrent pas parce que quelqu’un cite des statistiques sur la criminalité; ils dégénèrent parce que ces statistiques sont perçues comme une attaque contre une vision du monde, une image de soi et l’identité de tout un groupe.

Cette prétendue menace entraîne le lancer des pelles en plastique. Tandis que l’un des interlocuteurs souhaite argumenter sur le fond, l’autre est depuis longtemps parti en guerre, comme si l’on venait d’insulter non seulement sa personne, mais aussi ses parents, ses grands-parents et même l’intégralité de son clan familial. Les effets sur la société sont dévastateurs, mais ce phénomène est souhaitable pour les puissances politiques qui redoutent un peuple uni. Voilà pourquoi ces mécanismes sont exploités à des fins politiques et médiatiques.

Dans ce contexte, l’absurde double morale de ceux qui se croient «moralement supérieurs» devient elle aussi explicable. Car, objectivement, les prétendus «gentils» sont très loin d’être aussi «bons» qu’ils se l’imaginent. Ils minimisent la violence, sapent les droits des femmes ainsi que ceux des minorités pour lesquelles ils prétendent lutter, favorisent des structures qu’ils rejettent en principe et nuisent aux pauvres et aux faibles. Ces angles morts peuvent être considérés comme le symptôme d’un processus de déconnexion de la réalité. Mais ils révèlent surtout la bassesse d’un complexe politico-médiatique qui dissimule les contradictions afin d’entretenir et d’accentuer la division.

Cette série d’articles met en lumière quelques-unes des failles particulièrement embarrassantes du monopole de l’opinion exercé par les bien-pensants de gauche, et montre comment elles dévoilent le modèle économique d’un appareil de pouvoir tributaire de la polarisation.