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vendredi, 27 juillet 2007

L'Eurasie comme destin

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Géopolitique européenne: l'Eurasie comme destin

 

à propos d'un livre de Pierre Béhar

 

par Lucien FAVRE

 

Depuis les bouleversements de 1989, l'Europe s'est retrouvée mais ne s'est pas réunie. Malgré les analyses et les essais de géostratégie, malgré les tentatives de «nouvelle donne européenne» et le retour de la géopolitique (retour du mot tout au moins), malgré les débats qu'aura suscité le Traité de Maastricht (des débats bien lointains), les projets BCBG ont été florissants et n'on fait que renforcer une logique: celle d'une Europe soumise au dogme de l'économie, anti-démocratique, soumise à la synarchie des euro-technocrates. Pourtant présentée comme la «nouvelle Jérusalem céleste», cette Europe ne sera jamais la nôtre.

 

Un ouvrage signé Pierre BEHAR (1) nous ramène à l'essentiel en nous proposant une «géopolitique pour l'Europe». Une Europe qui en se réapproriant sa totale continentalité, de l'Atlantique au Pacifique, doit se construire sur la base d'un principe: l'équilibre des peuples et des nations.

 

Une encourageante initiative qui s'inscrit dans notre Combat, celui d'une Europe européenne et «grand-continentale», embryon d'un Empire eurasiatique.

 

L'Europe en effervescence: inquiétudes et espoirs.

 

Effondrement du Mur de Berlin (novembre 1989) et réunification allemande (décembre 1990), éclatement de l'Empire soviétique (décembre 1991), dissolution du Pacte de Varsovie (mars 1991), création de la «Communautés des Etats Indépendants», disparition de la Yougoslavie et guerre balkanique, projet d'union européenne, partition de la Tchécoslovaquie (juin 1992)... décidément, n'en déplaise à Mr. Fukuyama, l'Histoire continue (2).

 

Certes, cette effervescence n'augure pas obligatoirement d'une histoire conforme à nos aspirations. Mais nous connaissons le tragique de la vie, nous savons que l'Histoire n'est jamais écrite et que «le combat est père de toute chose» (Héraclite). Alors ni états d'âme ni béatitude...

 

Des inquiétudes...

 

L'écroulement de l'Imperium soviétique et sa spectaculaire et lamentable disparition auront laissé plus d'un analyste désemparé. Au-delà du fécond réveil des peuples qui autoriserait l'optimisme, certains n'y voient «qu'une étape supplémentaire vers l'accomplissement du matérialisme total et de la dépossession des hommes et des peuples par le système du productivisme planétaire et de la logique du capital» (3). Là comme ailleurs le cauchemar pourrait s'installer.

 

De même, passée l'euphorie de la réunification allemande, immédiatement se sont installés fantasme et scepticisme: crainte en particulier de la voir se construire son propre destin et de se tourner vers l'Est ou vers la Mitteleuropa.

 

Au sud, la guerre balkanique entretient une plaie ouverte et démontre toute la perversité du nationalisme, l'obsolescence de l'Etat-nation et l'absence du mythe fédérateur européen.

 

Ailleurs, l'Europe occidentale et communautaire, embryon, nous dit-on, d'une Europe politique, ayant choisi l'économie comme destin, s'enferme dans le juridisme au travers d'un Traite de Maastricht (février 1992) qui accentue le choix originel du Traité de Rome. Cette nouvelle étape sur le long chemin communautaire aura confirmé le décalage flagrant, l'incompréhension entre les élites politiques et les “citoyens européens”. Cette Europe n'est pensée et conçue que comme instrument pour mieux engager la compétition avec les Etats-Unis et le Japon. N'y parle-t-on pas que “modernisation” et “robotisation” et nos politiciens ne la présentent-ils pas comme une planche de salut pour ses 53 millions de pauvres. Ce que l'on peut d'ores et déjà affirmer, c'est qu'elle comblera les financiers et que “le seul gouvernement qui se profile à l'horizon 2000 risque fort d'être celui des gouverneurs de la banque centrale”. L'homogénéisation marchande et l'intégration à l'économie mondiale s'installent.

 

Des espoirs...

 

Tout ce bouillonnement aura eu cependant un mérite: précipiter la fin de l'immobilisme géopolitique en Europe et réveiller les stratèges que 45 années de “protectorat américain” avaient plongé dans un coma frisant la mort clinique. Sont réapparus la géographie européennes, ses peuples et ses ethnies, la réflexion géopolitique et géostratégique.

 

Certes, là où se prennent les décisions, dans les sphères où évoluent nos “décideurs”, la statu quo et la frilosité continuent à régner. L'acceptation du “leadership” américain s'installe et l'originalité n'est pas de mise.

 

C'est “Ailleurs” que s'imaginent les véritables projets, ceux qui sont porteurs de destin. L'ouvrage de Pierre Béhar s'inscrit dans cet “Ailleurs” où prend forme et se réalise notre projet grand-européen, cette Europe à vocation confédérale dont bon nombre de nos contemporains ne perçoivent pas l'unité territoriale et a fortiori culturelle.

 

Il contribue également à une mise en forme de ce “grand espace” (Großraum) eurasiatique que Karl Haushofer (4) présentait comme l'une des conditions géopolitiques indispensables à toute politique de puissance. Dégageant les caractéristiques géographiques et humaines de notre continent, Pierre Béhar propose une politique d'équilibre interne et intègre l'Eurasie comme composante d'une Europe désireuse de se forger un destin à l'échelle du monde.

 

L'Europe, un ensemble mouvant

 

Si, pour les Européens conséquents que nous sommes, l'Europe a toujours existé, un mythe ne mourant jamais, si sa totale dimension eurasiatique ne nous a jamais échappé, cette perspective n'est pas partagée par les futurs “citoyens européens”. La ploutocratie mondiale ayant quant à elle allègrement franchi le pas.

 

Cela tient au fait que, comme le soulignait le Général Jordis von Lohausen (5), “l'Europe n'est pas un simple continent au même titre que l'Afrique, l'Australie, l'Antarctique. Elle est l'œuvre des Européens et non un don de la nature, l'Europe n'est ni au-delà ni en-deçà de l'Oural, mais jusqu'au point où elle se défend».

 

En effet, si ses frontières occidentales ont été naturellement perçues et définies, sur le front oriental, elles ont toujours été conventionnelles et incertaines. L'Oural ne signifiant géopolitiquement rien, c'est souvent sur la ligne de front, au point d'arrêt de l'“envahisseur” que l'Europe se définissait.

 

En cette fin de XXième siècle, l'Europe a retrouvé son unité géographique. Des divisions subsistent (économiques, religieuses,...) mais elles doivent s'effacer si l'Europe se veut, de l'Atlantique au Pacifique, autre chose que le “cap de l'Asie”.

 

Retrouver notre continentalité

 

L'Europe, écrit Pierre Béhar, se présentant comme le “promontoire de l'Asie”, point d'aboutissement de toutes les migrations venant de l'Est, laisse apparaître plusieurs ensembles géographiques très contrastés d'où se dégagent des “permanences géopolitiques”.

 

- Le relief, trois ensembles:

* “La grande plaine du Nord”, sans relief, sans frontières naturelles, les peuples qui l'habitent éternellement s'y entrechoquent et s'y mêlent. Germains, Baltes, Polonais, y trouveront maintes sources de conflits.

* Au sud, un ensemble montagneux, Alpes, Carpathes et Balkans. Ces derniers, “tourmentés et escarpés” nous éclairent sur les difficultés encore actuelles que peuvent y avoir les populations à y constituer des zones d'habitat stables.

* Ailleurs, l'Europe n'est que presqu'îles ou îles lointaines. Autant de presqu'îles (hellénique, italique, ibérique, Asie Mineure, danoise, norvégienne,...) qui constituent des liens avec le monde arabe (nouvel ennemi d'un Occident en mal de croisade), l'Afrique (que certains voudraient rejeter dans la barbarie), l'Asie et le Grand Nord.

 

- Les deux aires humaines:

A ce constat dans le relief correspondent des “aires humaines” tout autant contrastées. A l'Ouest, une zone de stabilité, à l'Est, une instabilité chronique dont la résolution de l'équilibre “reste la tache à laquelle l'Europe est actuellement confrontée”.

 

- L'Asie jusqu'où?

 

Mais l'Europe géopolitique, c'est aussi cet “au-delà”, cette Asie sans laquelle aucun destin ne sera possible. Une nécessité apparaît: “rétablir des relations qui reflètent les liens géographiques qui les unissent”. D'où une question de l'auteur: “Jusqu'où vers l'Est, l'Europe doit-elle étendre des relations géopolitiques privilégiées?”. La réponse est pour nous sans équivoque.

 

- La mer:

Enfin, l'Europe, c'est aussi un rapport à la mer constant, d'où une maîtrise nécessaire des mers pour un continent qui a toujours souffert du manque de matières premières. Mais aussi nécessité stratégique parce que la mer est devenue “un élément essentiel du théâtre des opérations terrestres”. Et Pierre Béhar d'affirmer: “L'Europe sera une thalassocratie ou ne sera pas”, au même titre qu'elle ne pourra éviter un investissement dans une politique spatiale d'envergure.

 

Autant de “permanences géopolitiques” que nous somme gré à l'auteur de nous rappeler tant aujourd'hui elles sont ignorées. Mais ces permanences ont un objectif, amener les Européens à s'engager dans deux directions pour penser une géopolitique européenne:

- rétablir l'équilibre interne de l'Europe;

- penser l'Eurasie.

 

Rétablir l'équilibre interne du continent

 

Cette notion d'équilibre rejette “l'Europe hémiplégique” et réductionniste qu'est la Communauté Economique Européennes (CEE). Une Europe économique dont on nous fait croire qu'en sortira une Europe politique. Rien de plus faux, car inévitablement “elle se fondra sur le principe d'une intégration totale” et renforcera les frustrations nationales.

 

C'est donc vers une Europe confédérée et affirmant le primat du politique qu'il faut se tourner. Abandonner le “présupposé arbitraire du primat de l'économique devenu credo de la réflexion occidentale”.

 

Si la confédération apparaît comme le système le mieux adapté, elle demande un dépassement de l'“idéologie nationaliste” qui a “suicidé” l'Europe et un retour au principe d'équilibre qui a toujours guidé l'ancienne diplomatie dont Bismarck fut un remarquable exemple. Une tradition à mettre en œuvre dans une zone, celle du centre-Europe, mais aussi à l'échelle du continent.

 

Au centre: l'Allemagne et la Mitteleuropa

 

L'Allemagne n'est pas le problème et le “déséquilibre européen ne vient pas de sa réunification (...) mais de la destruction (...) de l'ensemble politique austro-magyaro-slave qui la contrebalançait”. Certes en 1994, l'Allemagne n'a plus de “revendications territoriales” mais comme à toute puissance économique correspond une puissance politique, on peut légitimement craindre une “hégémonie allemande” sur la Mitteleuropa, le choix de Berlin comme nouvelle capitale ne pouvant que renforcer ce mouvement. Si hier l'Empire d'Autriche-Hongrie garantissait cet équilibre, aujourd'hui, il n'en est rien.

 

Il faut donc contrebalancer ce déséquilibre et concevoir des nouveaux ensembles, tels qu'une Fédération de l'Europe Centrale (Autriche, Hongrie, Tchécoslovaquie, Slovénie et Croatie), une Fédération balkanique (Serbie/Monténégro, Roumanie, Bulgarie, Albanie, Grèce et Turquie) et même concevoir une Fédération du Nord (Pays Baltes, Finlande, Scandinavie). Cela n'a rien d'artificiel. Penchons-nous sur les relations séculaires des peuples du Nord, souvenons-nous du pacte balkanique (1934), examinons l'espace commun (le Danube) dans lequel ils évoluent. Vienne doit redevenir capitale de l'Europe centrale et l'axe Vienne-Budapest doit renaître. Déjà des regroupements se mettent en place (Pentagonale, Hexagonale, Communauté des régions du Danube...).

 

Ce rééquilibrage au centre de l'Europe ne saurait se passer à l'Ouest du retour de la France à sa double vocation continentale et maritime.

 

A l'Ouest: le rôle de la France

 

“La France y étant le facteur principal de stabilisation”, Pierre Béhar nous rappelle qu'elle y constitue le “pendant de la Russie”, qu'elle est le lien entre l'Europe du Nord et du Sud, l'Europe continentale et atlantique. N'est-elle pas elle-même le croisement de l'Europe, son “point nodal”. Regrettant les erreurs et les errements de la diplomatie française qui a parié sur une “Realpolitik de la force et non de la liberté des peuples”, Béhar offre à la France de se “rattraper” à condition de mettre ses armes stratégiques et tactiques au service de la défense du continent, d'accroître ses programmes d'équipement naval (surtout de les accorder avec ses ambitions et d'abandonner le prestige pour l'efficacité) et de renforcer son programme spatial plutôt que “s'enfermer pour vingt ans dans la même inefficacité ruineuse”.

 

L'Eurasie

 

Si l'Atlantique est la dimension indispensable à notre continentalité, si l'Europe occidentale et l'Europe centrale s'inscrivent sans hésitation dans la définition de l'Europe, l'“Au-delà” reste encore un monde inconnu que l'on hésite à y intégrer. Pourtant, c'est vers lui qu'il faut tendre la main, “l'Europe n'aura de fondements économiques et stratégiques fermes (...) que si elle est assurée de son prolongement eurasiatique”. Deux mondes se côtoient au sein de cette dimension, un monde slave et un monde turc.

 

Le monde slave, lien indispensable avec l'Asie

 

Le monde slave oriental, flanc est de l'Europe, contrefort oriental d'une Europe qui n'a aucun intérêt géopolitique à la voir se désagréger, constitue le lien terrestre indispensable avec le monde asiatique. D'où une nécessité: maintenir la coopération entre la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine, maintien du “pivot du monde”, d'un “heartland” dont Mackinder (1861-1947) avait souligné la force. Si l'Europe veut compter sur les richesses sibériennes, elle doit rester à l'écoute de la Russie authentique et ne pas hésiter à engager le dialogue avec une “Russie touranienne” dans la perspective d'un “grand ensemble dynamique eurasien”.

 

Le monde turc: un pont de la Mer du Nord au Golfe Persique

 

Barrière psychologique, la “question turque” se pose aux Européens. Un effort intellectuel et historique doit être effectué. Il serait absurde de rejeter la Turquie hors du projet européen.

 

La Turquie souligne Pierre Béhar a et est toujours tentée par un “destin personnel”, celui du monde panturc. Dans une optique de non-alignement, ce destin est-il incompatible d'avec une Europe tournée vers l'Eurasie? Nous ne le croyons pas et, peut-être pour d'autres motifs que l'auteur, nous pensons en effet qu'historiquement, religieusement, philosophiquement, le monde turc est lié à l'Europe.

 

Rappelons pour le mythe, qu'Europe, fille d'Agénor, était originaire d'Asie, que Troie était construite sur les rivages maintenant turcs, qu'Alexandre porta son Empire par delà l'Anatolie jusqu'à l'Indus... L'Empire ottoman ne fut-il pas la continuité de l'Empire byzantin?

 

Mais la Turquie d'un point de vue géopolitique est surtout un pion essentiel pour une Europe, souligne Pierre Béhar, qui se veut présente dans les Balkans, dans le monde méditerranéen et dont la Turquie pourrait être une force de stabilisation au Proche-Orient. Enfin et surtout, nous soulignerons (ce que ne fait pas Béhar) que la Turquie, c'est aussi un “pont tendu” reliant l'Europe centrale et l'Europe du Nord au Golfe Persique. Son territoire est l'élément indispensable d'un “puzzle européen” retrouvant vie et cohésion sur une “diagonale” que les ennemis de l'Europe ont toujours combattue (entretien de la guerre balkanique, guerre du Golfe...).

 

En guise de conclusion:

 

L'Europe ou l'Eurasie, tel sera le destin de l'Europe Totale (P. Harmel) sans lequel il n'y aura pas d'Europe. Remercions Pierre Béhar de contribuer à la mise en forme du “grand espace européen autocentré” que nous appelons de nos vœux.

 

Contribution qui n'aura pas osé la dénonciation de l'«Alliance otanesque» qui voue à l'échec toute mise en œuvre de défense authentiquement européenne et la création de ce “nomos eurasien” dont Haushofer et Carl Schmitt souhaitaient la réalisation.

 

L'Europe n'a pas de frontières, nous l'écrivions au début de cet exposé, elles se situent au point jusqu'où elle choisira de se défendre. Sa frontière géopolitique pourrait alors consister, à partir d'une “Europe noyau”, bâtie sur l'idée de respect d'un équilibre entre ses peuples qui y auraient consenti un “vivre-en-commun”, d'étendre ce jus publicum europaeum  jusqu'aux limites d'un espace eurasien, voire africain, permettant une large autosuffisance et une sécurité repoussée à ses points extrêmes. Le nouvel ordre américano occidental serait alors frappé à mort. C'est notre plus ardent souhait.

 

Lucien FAVRE.

 

Notes:

 

 

(1) Pierre BEHAR, Une géopolitique pour l'Europe. Vers une nouvelle Eurasie?,  Ed. Desjonquères, Paris, 1992.

 

(2) Francis FUKUYAMA, La fin de l'Histoire et le dernier homme, Flammarion, Paris, 1992.

 

(3) Cf. Hérodote  n°64.

 

(4) Karl E. HAUSHOFER, De la géopolitique,  Fayard, 1986 (Préface et traduction du Prof. Jean KLEIN).

(5) Heinrich Jordis von LOHAUSEN, Les empires et la puissance,  Ed. du Labyrinthe, Paris, 1985.

 

 

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Reinterpretar Hans Freyer (port.)

Reinterpretar Hans Freyer

(http://batalhafinal.blogspot.com/2006/05/reinterpretar-ha...)

Hans Freyer é um nome pouco conhecido entre aqueles que se destacam vulgarmente naquilo que chamaremos a direita revolucionária alemã do pré-guerra. Filósofo e sociólogo, foi o principal impulsionador da “Escola de Leipzig”, uma escola sociológica sedeada na Universidade da cidade com o mesmo nome e que, sob a direcção de Freyer, se pretendeu constituir como um “Think Tank” para o nacionalismo, reunindo nomes como Arnold Gehlen, Gunter Ipsen, Heinz Maus, Karl Heinz Pfeffer ou Helmut Schelsky.

Embora Freyer seja um homem frequentemente olvidado no panorama da Revolução Conservadora o seu trabalho influenciou parte do movimento nacional-revolucionário alemão e a sua visão política insere-se facilmente dentro dessa tradição. Pertenceu ao complexo espiritual que reagiu contra a ordem imposta pela democracia-liberal à época e pode ser considerado um dos expoentes da ideia de meta-política na Alemanha dilacerada pela primeira guerra mundial.

A influência da sua obra no nacionalismo alemão esteve confinada a alguns sectores, e vale a pena lembrar, porque é muitas vezes esquecido, que o nacional-socialismo não foi um movimento monólito. Não encontramos em Freyer um ressentimento anti-semita nem um enfoque primordial na questão racial per se, mas antes uma exaltação do Volk germânico como essência e agente do ideal político. O nacionalismo de Hans Freyer assenta num posicionamento moral de rejeição do mundo que via surgir e que, como tantos outros homens, encontrava na mundividência proposta pelo nacionalismo a alternativa revolucionária de enraizamento social, histórico e espiritual do homem num mundo cada vez mais marcada pela fragmentação liberal e ameaçado pela barbárie materialista proposta pelo comunismo.

Em Hans Freyer surge uma visão cíclica da História, expressa em “Der Staat”, que concebe 3 fases progressivas que se repetiriam, Crença, Estilo e Estado. Na última fase, o Estado, a sociedade atingiria o apogeu. O Estado surge aqui como a estrutura que agrega a comunidade histórica e cultural, ou nacional, na unidade, dando-lhe um sentido ancorado no passado e uma forma para a realização futura, protegendo a sua particularidade. A ideia de liberdade em Freyer está sujeita ao bem comum, a liberdade individual não pode actuar de forma a colocar em causa a harmonia da comunidade.

Esta concepção do Estado pode apenas ser entendida à luz de uma adaptação da herança Hegeliana da ideia de Estado ético. Em Hegel a vida ética está fundada em três instituições fundacionais: a família, a sociedade civil e o Estado. Freyer adopta a mesma concepção considerando a sociedade civil como coincidente com a comunidade primordialmente definida. O Estado, como em Hegel, assegura a unidade necessária que invalida o fraccionamento e a desordem social inerente ao individualismo mais radical e, dessa forma, é ao mesmo tempo o garante de uma concepção própria de liberdade. Esta posição de Freyer é anti-universalista, e uma vez mais regressamos a Hegel e à noção de que o Estado não pode ser ultrapassado por uma ordem mundialista porque tal como não pode existir um indivíduo sem outros indivíduos não pode existir Estado sem outros Estados, depositários da soberania e do poder político que representem as diferentes comunidades.

As 3 fases cíclicas da história que Freyer identifica em “Der Staat” são um resultado do conceito de “espírito objectivo”, que havia sido desenvolvido anteriormente em “Theorie des objektiven Geistes. Eine Einleitung in die Kulturphilosophie"(disponível em espanhol como “Teoría del Espíritu Objetivo”). Nessa obra identificamos uma abordagem da cultura que pode apenas ser plenamente entendida num contexto pré-determinado, o da sua própria realidade. A cultura surge como interacção, é produto de um povo mas é também geradora desse povo, tal como, naturalmente, as “formas objectivas” que assume: símbolos, arte, organização; o carácter da comunidade. Estas formas, depois de criadas, almejam o enraizamento na realidade que as rodeia. Esta cultura criada e criadora não pode nunca ser independente da psique que a produz, isto é, do espírito (objectivo) próprio do povo que lhe dá forma e que sob as suas formas evolui. Freyer identifica a ideia de tradição como uma configuração desse espírito objectivo, fortalecendo as bases para a coesão particular de cada comunidade. Podemos então identificar nessas “formas objectivas” de criação cultural, enquanto dispersas, o Estilo que antecede a fase posterior da História, o Estado, onde serão unificadas e harmonizadas.

É importante salientar que Hans Freyer é um construtivista e que a visão política exposta em “Der Staat” terá um cariz parcialmente utópico. Mas este carácter utópico da sua visão não é entendido na sua obra como um factor de limitação ou desmotivação perante um objectivo supostamente irrealizável, antes deve esse cunho utópico ser compreendido como móbil da busca da superação e da perfeição e como factor de inegável valor no desenvolvimento e aprimoramento do espírito humano. Isto significa que na impossibilidade de se concretizar o projecto na sua totalidade é possível tender para isso, e é possível alcançar algo que se aproxime do desígnio traçado.

A ideia de utopia em Freyer está intimamente ligada a uma ordenação política da sociedade que no seu estádio final atingiria a estabilidade. Esse estádio perfeito seria atingido na projecção do “3º Império”, marcado por um primor ético, que sucederia ao “2º Império”, caracterizado pelo dever Kantiano. Em Freyer a procura da sociedade ideal está sempre ligada à ideia de pátria e à sua salvaguarda, não existe procura do ideal para além da comunidade. As duas funções históricas da utopia, a crítica social e o construtivismo sistemático, podem apenas mover a sociedade em direcção ao aperfeiçoamento quando estão localizadas espacialmente e centradas numa realidade cultural particular.

Da sua reflexão sobre a utopia, e porque não existem sociedades perfeitas, podemos retirar que a aproximação à boa sociedade exige 3 condições:

1- Um equilíbrio das forças que actuam na sociedade para constituir uma ordem funcional que exige que a comunidade se saiba fechar ao exterior quando uma abertura implica uma alteração da sua estrutura;
2- Alcançado o sistema ideal(ou o que dele se aproxima) este deve ser protegido de uma transformação;
3- A comunidade política não pode ser resultado de uma mera imposição jurídica para se manter agregada, o que significa que exige uma uniformidade à priori.

Apesar da influência de Hegel sobre Freyer ser também comum aos marxistas a visão de Freyer é extremamente crítica do Marxismo, sobretudo do determinismo económico, que ele rejeita. Também opostamente a Marx, Freyer, como já vimos, não tem por objectivo o desaparecimento último do Estado, pelo contrário, vê aí a concretização da união da comunidade e a partir do qual nasceriam as mais elevadas formas de cultura(1).

Essa rejeição do determinismo económico marxista baseia-se numa interpretação distinta da História, porque se no marxismo ela é determinada pelos factores económicos em Freyer é o “político” e não o “económico” que explica o curso histórico. E a rejeição resoluta da primazia económica afasta-o, igualmente, do liberalismo.

Esta diferença no entendimento das forças motrizes da História explica a “dialéctica Freyeriana”. Ao passo que no Marxismo a posição materialista justifica que a acção de transformação social sobre a História seja encarada no contexto da luta de classes, e portanto de uma comunidade dividida pelo económico, cujo elemento actuante, ou se preferirmos, o agente de transformação, é a classe proletária, em Hans Freyer o agente de acção, aquele sobre o qual recai a necessidade de actuar sobre a História é o Volk, o povo, a comunidade, que necessariamente precisa de se percepcionar como uma realidade unida pelo mesmo substrato, com um objectivo de realização comum, e não como um conjunto de indivíduos divididos pelo mercado ou apenas ligados por relações que derivam daí.

Se a revolta marxista é ditada por uma concepção economicista da realidade, o desencanto "Freyeriano" ultrapassa largamente essa dimensão, é uma reacção espiritual face a um mundo desenraizado, onde a nação surge fragmentada pela filosofia liberal, ameaçada pelo comunismo, dividida pelas lutas partidárias em prol de interesses próprios que não os da comunidade. É no contexto do advento dessa nação cada vez mais desintegrada, cada vez menos orgânica e afastada da sua memória histórica que Freyer afirma a urgência do mito como factor estruturante da pátria: o nascimento num povo particular deve ser elevado a um destino ou vocação conscientemente afirmada(2).

Notas:

(1)Esta visão Hegeliana do papel do Estado na ordem política é comum a algumas correntes fascistas, provavelmente aquelas que mais apropriadamente se podem assim denominar, e vale a pena aqui lembrar as palavras de Mussolini:”Tudo no Estado, nada fora do Estado, nada contra o Estado”. Na prática o corporativismo fascista não realizou esta ideia e assim somos remetidos para a procura da utopia em Hans Freyer, entre o projecto ideal ambicionado e o realizado existe o confronto com a contingência, que provoca a necessária adaptação, mas os princípios subjacentes podem, não obstante, ser largamente realizados. É a aproximação ao ideal que só é conseguida quando é a plenitude que se ambiciona.

(2)Relembrando um seu contemporâneo,Carl Gustav Jung:"O sentido torna muitas coisas suportáveis, talvez tudo.Nenhuma ciência substituirá o mito e o mito não pode ser construído a partir de qualquer ciência.Porque não é que Deus seja um mito mas que o mito é a revelação de uma vida divina no homem"

Referências:

Jerry Z. Muller,"The Other God that Failed : Hans Freyer and the Deradicalization of German Conservatism",Princeton University Press,1988

Hans Freyer,"Teoría del Espíritu Objetivo",Editorial Sur,1973

Mon De Groeyse, leader étudiant

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Mon De Goeyse, leader étudiant

 

La Flandre célèbre le centième anniversaire de la naissance du leader étudiant Mon De Goeyse (1907-1998). Voici une esquisse biographique de cet étonnant personnage, qui marque encore de son empreinte la vie estudiantine de Louvain et de toutes les autres universités flamandes.

 

Il y a cent ans, naissait Mon De Goeyse, pionnier des émissions radiophoniques flamandes et animateur de la vie estudiantine flamande.

 

En fait, je n’aurais pas dû rédiger cet hommage à Mon De Goeyse, car hommage lui est rendu chaque jour dans toutes les villes universitaires flamandes. Chaque fois qu’un groupe d’étudiants utilise son fameux « Codex » et entonne les chansons qu’il contient, il rend hommage, souvent sans le savoir, à De Goeyse, père créateur du style propre aux festivités estudiantines flamandes.

 

Edmond, dit « Mon », De Goeyse est né à Anvers mais a passé toute sa jeunesse à Bruxelles. Dès l’âge de seize ans, il y fonde le « Vlaamsch Studentenverbond van Groot-Brussel », une fédération de collégiens qui allait faire partie de l’ « Algemeen Katholiek Vlaamsch Studentenverbond » (AKVS ; « Fédération générale des étudiants catholiques flamands »). Ensuite, ce jeune homme fort zélé fonde encore une autre fédération de collégiens, « De Ghesellen van den Drancke » (= « Les compagnons de la boisson »), qui, plus tard, après quelques transformations, deviendra le célèbre club étudiant « Bezem Lovania ». Cette association, fort populaire parmi les étudiants, qui s’y précipitaient, se distinguait de toutes les autres par son style superbe et par son empreinte flamande, sous l’impulsion de Mon De Groeyse.

 

Le « Seniorenconvent »

 

En octobre 1925, De Goeyse débarque à Louvain pour y entamer des études de philologie germanique. Il s’engage avec beaucoup d’enthousiasme dans le KVHV (« Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond » ou « Fédération des étudiants catholiques flamands des universités et hautes écoles ») et du club étudiant « Ons Hageland » (= « Notre Hageland » (*)). Très vite, De Goeyse s’aperçoit qu’il faudra, dans l’avenir, mieux ordonner la vie des clubs étudiants de Louvain. Seules des règles strictes et stylées dans les clubs pouvaient garantir, sur le long terme, une vie étudiante flamande de bon niveau.

 

Pour atteindre ce but, il va codifier les règles des traditions truculentes et polissonnes des étudiants dans un premier texte fondateur, le « biercomment ». Ces règles sont toujours connues et appliquées aujourd’hui et figurent dans les « pages bleues » du fameux recueil de chants des étudiants, le « Codex ». Le 19 novembre 1929, De Goeyse porte sur les fonds baptismaux le « Seniorenkonvent », soit la « Convention des Seniors » (SK), composée des présidents de fédération du KVHV, des présidents de guildes et des présidents de club. Ce SK existe toujours et, sous son impulsion, les traditions, le style, les vertus d’assiduité et de discipline et surtout la fidélité en amitié pour la vie, que doivent se jurer ses membres, constituent les piliers de la vie étudiante.

 

L’INR

 

En 1930, le leader étudiant devient docteur en philosophie et lettres. Son mémoire portait sur le chant populaire au temps de la « révolution brabançonne » et fut primé par l’Académie Royale de Langue et Littérature néerlandaises. Un an plus tard, De Goeyse devient journaliste auprès de l’Institut National de Radiodiffusion, ou INR (NIR en néerlandais), qui venait d’être créé. C’est lui qui lira, le 1 février 1931, les toutes premières informations radiodiffusées flamandes, soit ce que l’on appelait à l’époque le « journal parlé ». Dans ses émissions radiodiffusées, il consacrera toujours beaucoup d’attention à la culture et, si l’occasion s’en présentait, aux traditions étudiantes.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, Mon De Groeyse ne quitte pas son poste et devient le chef du département « organisation » de la radio de Bruxelles (« Zender Brussel »), qui fonctionnait alors sous tutelle allemande. Son supérieur hiérarchique était le très célèbre poète expressionniste flamand Wies Moens. Il fut évidemment accusé de « collaboration culturelle » et, père de quatre jeunes enfants, on l’a fait croupir pendant un an dans une geôle du régime belge, qui ne reconnaissait plus la qualité indéniable de ses travaux, pourtant primés par l’Académie royale en des temps meilleurs... En octobre 1947, il retrouve la liberté, mais ne fut complètement réhabilité que dans les années 70.

 

Les archives de la vie étudiante

 

Les étudiants des corporations, porteurs des couleurs et de la casquette, n’ont jamais tenu compte de cette condamnation et de cet emprisonnement et ne lui ont jamais tourné le dos, bien au contraire. Personne n’avait oublié tout ce que cet homme signifiait et symbolisait pour la vie étudiante. Dans les années d’après-guerre, dès sa sortie de prison, de très nombreux clubs et associations l’ont nommé « président d’honneur » ou « commilito honoris causa ». Le vieux leader étudiant a profité de l’ostracisme que le régime lui infligeait pour constituer une collection unique de documents et de pièces concernant la vie et le folklore étudiants en Flandre. Cette collection impressionnante, plus encore que son « Codex » si célèbre, est l’œuvre de sa vie. Il l’a offerte en 1978 à la KUL, à l’Université de Louvain. Aujourd’hui, on peut visiter, après avoir pris rendez-vous, l’AMVS ou  « Les Archives et Musée de la vie étudiante flamande », qui se trouvent à la Bibliothèque centrale de l’Université, Place Ladeuze à Louvain (pour tous renseignements : centrale.bibliotheek@bib.kuleuven.be ). Rien que la collection de Mon De Goeyse vaut en soi un passage dans la capitale du Brabant flamand.

Mon De Goeyse meurt le 21 décembre 1998 dans la ville qu’il a aimé par-dessus tout : Louvain. Comme leader étudiant, il fut certainement aussi important, pour l’histoire culturelle flamande, que le légendaire Berten Rodenbach ou le prince-étudiant Jef Van Den Eynde.

Frederik PAS.

(article paru dans la revue « Vrij Vlaanderen », n°2/2007).

Note : (*) Le Hageland est une région idyllique au Nord-Est de l’ancienne province du Brabant.

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