mardi, 20 janvier 2026
Asservie, dépouillée, déshonorée: comment l'Europe est devenue un jouet des États-Unis

Asservie, dépouillée, déshonorée: comment l'Europe est devenue un jouet des États-Unis
Günther Burbach
Source: https://overton-magazin.de/hintergrund/politik/erpressbar...
L'Europe se trouve en 2025 à un tournant géopolitique, et personne ne semble vraiment vouloir l'admettre. Le nouvel accord commercial avec les États-Unis, orchestré par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et ratifié par le chancelier Friedrich Merz, montre crûment ce qui est désormais une réalité : l'Europe n'est plus un partenaire, mais une suppliante.
Et Donald Trump ne le cache pas. Au contraire: il nous le montre en direct, sans aucune politesse diplomatique, sans souci de perdre la face. Et le pire dans tout ça: nos gouvernements applaudissent. Cela aurait pu être encore pire, pense-t-on, mais est-ce vraiment le cas? Il ne s'agit plus de tarifs douaniers, que certains messieurs à Washington annoncent à leur guise devant les caméras de télévision. Il s'agit de l'Europe, autrefois puissance économique majeure. Il s'agit du fait que cette ancienne puissance économique n'a rien d'autre à offrir qu'Ursula von der Leyen, qui vend une humiliation totale comme un bon accord.
1. Le nouvel accord : capitulation annoncée
Le 27 juillet 2025, Trump et von der Leyen ont présenté un traité commercial censé protéger l'UE de tarifs plus élevés. En réalité, il s'agit d'un traité unilatéral en faveur des États-Unis. Alors que l'Europe devra désormais importer du gaz de schiste américain pour une valeur de 750 milliards de dollars et s'engage à investir 600 milliards, les produits américains restent en grande partie sans droits de douane. En échange, l'UE accepte des droits de douane punitifs de 15 % sur ses principales exportations: voitures, machines, semi-conducteurs. Trump parle de «balance», mais en vérité, c'est un tribut. Il reste à voir comment notre industrie automobile déjà fragilisée pourra s'en sortir.
Ce « compromis » a été salué par les médias transatlantiques comme une concession. En réalité, c'est l'expression d'une soumission totale. L'Europe paie pour ne pas être punie, et elle vend encore cette situation comme un succès diplomatique.

2. La protection militaire comme arme – La menace du parapluie
Les États-Unis assurent la défense militaire de l'Europe, notamment nucléaire, ce qui constituait un consensus tacite depuis des décennies. Mais Trump a brisé ce consensus publiquement. Déjà en 2020, il mettait en doute l'OTAN, et en 2024, il exigeait que «les pays qui ne paient pas se débrouillent eux-mêmes». Aujourd'hui, il exige clairement: l'Europe doit payer, sinon le parapluie sera replié.
Que cela signifie-t-il?
- L'accès aux armes nucléaires américaines reste entièrement sous contrôle de Washington.
- Les garanties en matière de cybersécurité sont également politiquement conditionnées.
- La logistique militaire, les satellites, les systèmes d'alerte précoce, sans accès américain, sont pratiquement inaccessibles.
L'Europe dépend, sur le plan militaire, d'une pompe à essence. Et cette pompe est maintenant utilisée pour forcer une soumission politique et économique. Et cela va encore s'aggraver, car avec ces nouveaux accords d'armement, on deviendra encore plus dépendant des États-Unis. On se demande vraiment dans quelles têtes de telles affaires peuvent avoir un sens. Des logiciels américains contrôlent tout, et le grand frère est dans chaque PC, chaque caméra ou autre système en Europe. Ce que cela signifie, nous en avons un aperçu avec Trump. Mais tout cela semble sans effet, non, cela ne fait que rapprocher encore plus l'Europe du grand frère. L'Europe attend apparemment d'être punie par Trump par le biais de nouvelles escapades.
3. La séparation prévue : comment les États-Unis ont détaché l'Europe de la Russie
Ceux qui pensent que la guerre en Ukraine est une escalade accidentelle se méprennent sur les intérêts stratégiques de Washington. Depuis 2014, la politique étrangère américaine a travaillé à couper la Russie de l'Europe, en déployant des efforts colossaux.
- Après Maidan, plus de 5 milliards de dollars ont été investis dans la «promotion de la démocratie» en Ukraine (Victoria Nuland, 2014).
- Les États-Unis ont fourni des armes, formé l'armée ukrainienne selon des tactiques occidentales, et ancré la doctrine de l'OTAN dans le dispositif de sécurité du pays.
- De nombreuses ONG, think tanks et conseillers proches des États-Unis ont été systématiquement installés à Kiev. Le pays a été politiquement, économiquement et médiatiquement intégré à l'Occident, sans adhésion à l'OTAN, mais avec une orientation claire.
- Depuis 2016, des centaines de millions de dollars d'aide militaire ont été versés chaque année. Avec la guerre de 2022, cette aide a atteint des montants à deux chiffres en milliards, incluant des bombes à dispersion, des systèmes Patriot, des entraînements Black Hawk.
La Russie a été isolée, Nord Stream a été saboté, les canaux diplomatiques coupés, l'objectif étant de séparer durablement l'UE de Moscou. Gagnants: les États-Unis. Perdants: l'Europe, qui, depuis lors, achète du gaz de schiste américain à des prix exorbitants et perd sa base industrielle.

4. La classe politique : gestion d'une impuissance
Que font les principaux politiciens européens? Ils gèrent, dissimulent, masquent, mais ne contestent pas. Ursula von der Leyen, qui est très bien connectée transatlantiquement, agit comme une ambassadrice de Washington. Friedrich Merz, ancien de BlackRock, aujourd'hui chancelier, défend les tarifs de Trump comme une «impulsion de modernisation». Emmanuel Macron critique prudemment, mais reste finalement muet. Critique de l'OTAN, des sanctions américaines ou de la désindustrialisation par les prix de l'énergie? Nada.
Les élites européennes font ce qu'elles ont perfectionné depuis des années: afficher une posture, sans agir. Elles emploient un vocabulaire bienveillant, qui se brise face à la réalité. Et elles confondent loyauté transatlantique avec irresponsabilité envers leur propre population.
5. Dépendance totale dans tous les secteurs
- L'Europe utilise quasi systématiquement l'infrastructure logicielle américaine : Microsoft, Amazon Web Services, Palantir.
- Défense : F-35, systèmes de défense antimissile, avions de transport, tout est américain.
- Énergie : le gaz liquéfié américain domine les projets de construction à Wilhelmshaven, Brunsbüttel, et ailleurs.
- Finances : le dollar reste la monnaie de référence, tandis que SWIFT et les sanctions américaines dictent ce que les banques européennes peuvent faire.
Chacun de ces secteurs est une arme potentielle, et Trump le sait. Il ne menace même pas subtilement. Il le dit ouvertement. Et l'Europe? Elle reste silencieuse.
6. Et si tout s'arrêtait vraiment demain ?
Imaginons que Trump exige: «Deux mille milliards d'euros par an, sinon il n'y aura pas de protection». Pas d'accès à l'infrastructure militaire. Pas de dissuasion nucléaire. Pas de bouclier cybernétique. Pas de satellites. Pas d'accès aux plateformes économiques américaines. Pas de coopération avec les services de renseignement militaires.
Que reste-t-il à l'Europe? La dépendance pure et simple. Pas de plan B, pas d'autonomie stratégique, pas d'alliance en dehors du périmètre américain. La France? Seule. L'Allemagne? Désarmée sur le plan militaire. L'OTAN? Un corps creux sans noyau américain.

7. L'Europe doit agir maintenant – ou sombrer
Le temps de l'hésitation est terminé. Soit l'Europe comprend enfin qu'elle ne survivra qu'en tant qu'acteur indépendant, soit elle restera un protectorat. Les mesures :
- Construire une structure de défense souveraine avec la France, l'Italie, la Scandinavie.
- Créer un commandement européen cybernétique sans technologie américaine.
- Autonomie énergétique grâce à des partenariats stratégiques avec l'Afrique, l'Asie, l'Amérique latine.
- Souveraineté numérique avec ses propres clouds, puces, standards.
- Névrose diplomatique : rétablir des canaux diplomatiques avec la Russie, sans œillères idéologiques.
Conclusion : Trump n'est pas le problème. Il est le miroir. Le reflet d'une Europe qui a oublié comment fonctionne l'indépendance. Nous nous sommes dégradés en partenaire junior, par peur, par confort, par inertie idéologique. Il est désormais trop tard pour la politesse.
L'Europe doit sortir de sa dépendance, sinon elle deviendra une coquille vide sur le plan géopolitique. L'Europe ne doit rien à personne, sauf à ses citoyens.
Sources :
Victoria Nuland, 2014: https://2009-2017.state.gov/p/eur/rls/rm/2014/mar/222718....
RAND Corporation, 2019: „Extending Russia“ https://www.rand.org/pubs/research_reports/RR3063.html
AP News, Juli 2025: https://apnews.com/article/cb323423c4317c89410c0dee3d389753
FT zu US-Zollpolitik: https://www.ft.com/content/11aa3964-5460-405f-981b-9d284f...
The Guardian, 28.07.2025: https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/jul/28/eu-...
Günther Burbach, né en 1963, est informaticien, journaliste et auteur. Après avoir tenu sa propre chronique dans un hebdomadaire, il a travaillé à la rédaction du groupe Funke Mediengruppe. Il a publié quatre livres consacrés principalement à l'intelligence artificielle et à la politique intérieure et étrangère allemande. Dans ses textes, il allie une compréhension technique à une vision sociopolitique, toujours dans le but de susciter des débats et d'aiguiser le regard sur l'essentiel.
11:13 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes |
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