vendredi, 01 mai 2026
L’Etat de droit: menacé ou menaçant?

L’Etat de droit: menacé ou menaçant?
Jean-Louis Feuerbach
Quand moi j’emploie un mot, il veut dire exactement ce qu’il me plait qu’il veuille…, ni plus, ni moins (Lewis Carroll).
Patrice Spinosi était de passage à Strasbourg pour faire la promotion de son livre: Menace sur l’Etat de droit.
Qui parle ? Un avocat d’importance aux Conseils et devant les cours suprêmes (Cour de cassation, Conseil d’État, Conseil constitutionnel).
De quoi parle-t-il ?
Le conférencier ne dira rien de ce qu’est l’État de droit.
Façon pour lui d’inviter à le lire dans son ouvrage ? Que nenni.
L’auteur est emprunté. Au début de son livre, il avoue ne pouvoir fixer la notion que négativement.
Embêtant.


Une notion sans définition se voue à l’incantation, au slogan publicitaire, au prophétisme. Ce n’est pas science mais croyance. À usage de groupies.
Ainsi le concept reste-t-il posé et opposé à « son contraire ».
Quel est alors ce contraire ? « L’Etat de non-droit ».
L’avocat ne plaide plus. Sa toge vire dans la procure.
En 234 pages, il développe un ouvrage très polémique en trois parties:
- « Les assauts contre l’État de droit »;
- « Les conséquences d’une prise de pouvoir d’un parti populiste en France»;
- « Si tu veux la paix, prépare la guerre » !
Nous sortons du prétoire et de son théâtre de légitimation par la procédure (Niklas Luhmann) pour entrer en militance.
L’Etat de droit serait menacé
De qui ? De quoi ? Pour quoi ?
Cette fois il va nous le dire et l’écrire.
Spinosi de cingler qui « l’exception », qui « les populismes », qui la « tyrannie des majorités ». Tel est son programme insurrectionnel.
Il métamorphose et mute l’activité dite de « justice « en démonstration de ce qu’auctoritas facit veritas, la force s’érige en Maître et fait du droit la « machine à réembrayer » (Bruno Latour) au travail du « théologiquement correct » (Alexandre Kojève).
L’état de droit devient « système-fétiche » (Robert Kurz) ; mieux : faitiche (Bruno Latour). Parce que cache-sexe d’autre chose en son autre dimension. Diantre !

L’Etat de droit menaçant
D’abord, « l’Etat de Droit » vit de l’exploitation de la désignation par lui de l’ennemi. Il s’entretient comme « gardien », arbitre des discours, pensées et gestes de quiconque et mobilise les vigies sourcilleuses contre « les menaces sur l’Etat de droit ».
L’inconvénient de la posture tient en ce qu’elle se retourne. Qui désigne l’ennemi, se désigne lui-même comme ennemi.
D’expression de la positivité historique, le droit devient négatif. Il usurpe le pouvoir souverain qui relève du peuple. Français, Polonais, Hongrois, Américains, Vénézuéliens, Italiens, Russes,…. ( ce sont les cibles flinguées dans l’ouvrage), gare à vous.
De là, l’invention du concept criminalisatoire de « populisme ».
Qu’est-ce à dire ?
Il ne saurait y avoir de légitimité valable par les urnes contre la super-légalité par l’élection dans le sillage du «Livre».
Que nul ne s’avise de se prévaloir d’avoir été élu pour oser heurter les canons de l’État de droit. Qui blasphémise s’abîme dans « l’illibéralisme » (car libéral tient du livre, au sens latin de liber, libris, le code des lois et commandements édités sous le titre de Bible, Thora, Testaments).
Ensuite, Spinosi nous apprend que la forme État de droit fonctionne depuis «3000 ans». Bigre. Soit avant 1958, avant 1948, avant 1789, avant Clovis. Donc depuis moins 500. Ainsi entendue, située et datée, la chose "État de droit" estampille «l’âge axial» (Karl Jaspers), c’est-à-dire la modernité.
Nous entrons dans le sillage de la révolution platonico-socratiste. De par cette révolution théologique, les peuples sont précipités à la domination du droit noachide (David Nowak). C’est la raison du droit du plus fort qui proclame que son droit est le plus fort et que c’est du droit.

Ce qui jure avec la praxis de Maître Spinosi. Il se fait fort de sa clientèle d’associations engagées, de victimes opprimées, de champions des « droits humains ». Il combat donc pour des minorités et leur vocation performative à la répression des peuples. Il ne précise pas être de gauche ou de droite mais dit "fréquenter des magistrats de droite qui répriment". Ce faisant, il nous précipite dans la méta-théologie, là où gauche et droite ne sont pas ce que l’on est prié de croire. Et il ouvre la voie à la loi du plus fort-faible, ce nouvel avatar de la loi de Fechner du grand passage de l’eau en vin, de la quantité à la qualité, du faible au fort!
Ainsi l’état de droit de devenir croyance en la garantie immortelle des positions juridiques acquises des minorités et des individus, pérégrins en-tête, en leurs prétentions contre. … Ce qui passe par la « fondamentalisation » des normes qui fondent les droits des humains.
Y ajoutant, l’entreprise de se révulser contre la « tyrannie des majorités électorales ». Horresco referens, les élections sont suspectes ; doivent être cadenassées ; ne valent qu’autant que les minorités consentent aux résultats du vote. Révocabilité ad nutum !
Si la minorité sanctifiée en ses minorités reçoit titre de créance et capacité à harceler, agresser voire criminaliser les peuples dans leur majorité n’y a-t-il pas là ouverture à bagarre des souverainetés ? Le privilège à l’exaltation des luttes minoritaires n’est-il pas armement de croisade ? Ne fait-il pas le lit des gradations dans la mise en ignominie ?
Cela ne contrevient-il pas à la lecture classique de ce qu’il est convenu d’appeler « démocratie » soit pouvoir du peuple en ses majorités ?
Enfin, la doctrine de Spinosi fait assaut contre « l’exception », le « droit de l’exception », et assiège par l’état d’exception. Foin de dérogation, d’évitement, d’exception à sa loi de fer.
L’état d’exception ne se ramène-t-il pas alors à dispositif d’exception qui prohibe toute autre exception qui risquerait de vexer ses paroissiens ? Aussi instille-t-on et instaure-t-on une « sanctuarisation « d’une normalité d’exception normée à ses normes « essentialisées » de « droits essentiels » et motorise-t-on l’appareil d’État contre le « non- droit », l’illibéralisme, l’impiété.
Le suprémacisme de l’état du droit n’est-il pas gros enfin d’une mise en illégalité de ce qui disconvient à d’aucuns et ne va-t-il jusqu’à illégitimiser toute légalité en procédant ?
À ce compte, le plus grand juriste de tous les temps devient Gyorgy Lukacs, et tant pis s’il fut hongrois.

Hétérotélie
Il doit être objecté à l’entreprise théorique et pratique proposée par Patrice Spinosi que souverain n’est pas qui crée, exploite ou surfe sur l’état d’exception, mais celui qui y met fin.
Nous en sommes loin.
Qui se fait conservateur de l’exception, la met en état et en fait la source du droit devient exception lui-même. Exception au principiel. Secondarité. Réactionnarité.
Il est toutefois au mérite de Maître Spinosi que de visibiliser ce que les plus fins juristes qualifient de « constitution invisible » (Hugues Rabault, Martin Loughlin, Laurence T. Tribe). Il fait la lumière, ouvre à la transparence et situe les soviets à l’œuvre. En ce qu’ils savent ce qu’ils font.
Il dévoile s’inscrire au plan axial, indicie à ses tenants et aboutissants, éclaire le pourquoi de la rigueur par la "société des anges" (Emanuele Coccia).
Grâce à l’auteur, nous pouvons mieux comprendre que « l’État de droit » n’est autre que l’état pentateutique du droit. Synonymie de théocratie. Pas de république. Pas de démocratie. Pas de laïcité.
Dictature de l’angélinat !
Qu’on se le lise.
Parere legem quam ipse fecisti ! Subis les conséquences de ta propre loi.
Jean-Louis Feuerbach
Patrice Spinosi, Menace sur l’Etat de Droit, 2025, Allary Editions.
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Jacqueline de Roux est-elle une fée?

Jacqueline de Roux est-elle une fée?
par Frédéric Andreu
Appel à témoin
Mes entretiens téléphoniques échangés avec Jacqueline de Roux viennent de se terminer. Ils ont permis la rédaction d’un livret contenant les anecdotes entourant une vie entière consacrée à l’édition et à la littérature.
À peine refermé ce petit ouvrage, il est déjà rempli de cette insatisfaction que connaissent bien les écrivains. Suis-je parvenu à retranscrire, en fidèle sismographe, les lignes directrices de la vie de Jacqueline ? Rien n’est moins certain. Mon sentiment est d’avoir si peu goûté au sel d’une existence. Au fond de ma mémoire, cependant, s’agite le chiffon rouge d’un souvenir particulier. Ce chiffon, c’est le mot d’Aurore, l’arrière-petite-fille de Jacqueline:

« Mamy est une fée ! »
Quatre mots prononcés par une enfant : 1 : Mamy / 2 : est / 3 : une / 4 : fée. Quatre mots comme les quatre points cardinaux, comme les quatre âges d’une vie: enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse. Comme le nombre de témoignages indispensables pour instruire un procès en « authenticité de fée».
À ce jour, le dossier « Jacqueline de Roux est-elle une fée ? » compte trois témoignages. Il en manque donc un pour lancer la procédure — l’administration du merveilleux, comme chacun sait, ne tolère aucune approximation.
Au témoignage de la petite Aurore s’ajoute celui de Rémi Soulié. À celui de Rémi s’ajoute le mien. Je peux en effet témoigner sur l’honneur que les coups de téléphone de Jacqueline sont presque tous tombés en parfaite synchronie avec des moments très particuliers de mon existence.
Je traversais une période de doute, de lassitude, et le téléphone se mit à sonner ! À l’instant même où j’ouvrais la porte pour me rendre à la pharmacie acheter des antidépresseurs: « Dring ! Dring !… Bonjour, c’est Jacqueline !..»
En termes savants, cela s’appelle une « synchronicité ». Un appel, passe encore — le hasard a bon dos — mais trois, quatre, cinq, six appels « synchrones »… cela relève du surnaturel !
À cette heure où druides et autres bardes ont disparu de notre univers — et où ceux qui persistent ne le sont que dans des replis purement folkloriques —, qui pourrait aujourd’hui faire autorité en matière de fées ? Les rabbins, les prêtres, les imams ? Ce n’est pas gagné. Les Historiens ? Ils s’intéressent aux faits plus qu’aux fées. Les anciens grimoires écrits en latin ? Ils sont si rares ! Ceux qui évoquent les fées sont cependant formels sur un point: quatre témoignages d’apparitions ou de phénomènes inexpliqués sont requis pour instruire un procès en authenticité. Ni deux, ni trois, mais quatre. Moins de quatre, et les termes du procès restent en suspension. Quel dommage ! A ce jour, il manque un témoignage !
Fée du logis ? Fée Gribouille ? Fée marraine de Cendrillon ? Fée bleue de Pinocchio ? Mais qui est donc Jacqueline de Roux ?

En évoquant le cas « Jacqueline » entre écrivains et éditeurs, je n’ai essuyé que réponses vagues, suspicions, voire des moqueries. Les « fées » n’existeraient donc plus dans la société contemporaine ? Voilà qui est rassurant. Nous pouvons donc continuer à croire aux graphiques, aux algorithmes et aux notifications, sans être dérangés par le moindre battement d’aile.
Tout compte « fait », mieux vaut ne pas évoquer les « fées », même lorsque certains « faits » troublants (les appels téléphoniques) sont, disons, obstinément têtus !
Qu’il me soit ici donné l’occasion de citer François Mauriac : « sous la couche épaisse de nos actes, notre âme d’enfant demeure ». Certains ouvrages ont le pouvoir de rajeunir l’âme. Ils agissent comme le font certaines rencontres marquantes. Il arrive qu’une heure passée entre les pages d’un ouvrage de Louis-Ferdinand Céline ou de Dominique de Roux puisse avoir l’effet d’un décapant. Nos voiles intérieurs dissous, le monde qui nous entoure nous apparaît dans une fraîcheur nouvelle. Telle une légende.
Si je ne croyais pas que le livre puisse décaper nos embourgeoisements d’âme, briser nos vraies chaînes et nos fausses fenêtres, je n’écrirais pas. Ce texte que vous lisez en ce moment n’existerait donc pas.

Oui, mais voilà : je crois que, « derrière la couche épaisse de nos actes », pour reprendre le mot de Mauriac, la trame de notre vie — transfigurée, arc-en-cielisée, légendaire — reste intacte. La guerre à livrer est tout à la fois extérieure et intérieure. En chacun de nous, l’aristocrate lutte contre le bourgeois ; le poète contre le poseur ; la lumière contre les ténèbres. Ce combat-là, personne ne peut le livrer à notre place.
Certes, le bourgeois méprisant domine le monde d’aujourd’hui. Et il en fait un usage particulièrement laid. Lorsqu’en plus il est investi d’une autorité, celle du scientifique, les choses ne s’arrangent pas. Il regarde et ne voit pas, entend et n’écoute pas. Et bien sûr, il ne croit pas aux fées. Pourtant, sa théorie des infrarouges et des ultraviolets n’affirme pas autre chose. Simplement, le scientifique s’exprime avec d’autres mots, ceux qui appartiennent au langage des titans — ennemis déclarés de la poésie, et probablement allergiques à toute forme d’enchantement.
Bref, la question demeure : Jacqueline de Roux est-elle une fée ? À chacun de lire Il était une fois Jacqueline de Roux pour se faire une opinion. Ce modeste livret commence par une série de témoignages ; il se termine par un appel à témoin.
Frédéric Andreu
Le 28 avril 2026
contact : fredericandreu@yahoo.fr
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Les origines de la fête du 1er mai

La déesse Maia
Les origines de la fête du 1er mai
La déesse Maia
Le mois de mai était consacré à Maia et sa fête, célébrée le 1er mai, s'appelait « Maiae ».
On lui attribue la racine «Ma» comme «Mère», mais aussi comme «Maius», c'est-à-dire «plus grand» et «abondant», et l'abondance signifiait des récoltes copieuses et des animaux bien nourris qui assuraient la survie.
Chaque 1er mai, le dieu Vulcain, c'est-à-dire ses prêtres, lui offraient en sacrifice une truie gestante, afin que la terre soit elle aussi gestante de fruits. Ce qui fait penser à une déesse mère qui gouverne les volcans, donc déesse du feu.

La Madonna dell'Avella (avec son fils et la conque de Vénus)
En effet, le nom «maiale» (cochon) dérive d'elle, du latin «sus maialis». Ses origines sont grecques, de la déesse Maia qui signifie «nourricière». En effet, la Terre nourrit toutes ses créatures.
À Rome, cette nymphe fut identifiée à une déesse italique préexistante, Maiesta (d'où le mot «majesté») ou Maia. Elle était donc invoquée, en particulier au cours du mois qui lui était dédié, et surtout au début du mois, c'est-à-dire le 1er mai, également en tant que garante des contrats agricoles ou du bétail.
Si un mois lui a été dédié, celui de mai, on comprend à quel point cette divinité était importante à l’époque archaïque.
Octave, pour ne pas être en reste, s’est fait dédier un mois rien que pour lui, à savoir août, et a dédié le mois de juillet, Iulius, à son père adoptif.
Mais il n'osa pas retirer la dédicace du mois de mai à la déesse vierge Maia, qui était, en plus de tout, la mère d'un dieu aussi important, à savoir l'infatigable travailleur Mercure, qui servait de messager entre les dieux et les hommes, était le patron des commerçants, des voyageurs et des voleurs, et accompagnait enfin les âmes des défunts dans l'au-delà.
La déesse Maia était si importante que l'Église dut s'employer activement à effacer son souvenir, très vivant et vénéré par la population, en le dédiant à une autre Vierge, à Marie, c'est-à-dire à la Vierge Marie; en effet, le mois de mai lui est désormais dédié.
En effet, Maïa était, elle aussi, vierge, mais malgré cela, comme toutes les Grandes Mères, elle avait des relations sexuelles et avait même des enfants; en effet, Mercure est né d’elle. Autrefois, la virginité ne désignait pas un état physique mais un état mental. La Vierge était celle qui n’avait pas de mari et était donc libre d’aller avec qui elle voulait, à tel point que la vierge au sens physique était appelée la «Virgo intacta».
Comme attributs, la déesse avait le cytise, la torche enflammée, la corne d'abondance, les volcans.
Les noms de Maia
- Mara
- Maiesta
- Mammona (devenue un démon dans le catholicisme).
- Mamma Mammosa - la nature visible
- Cinorhodon
- Mamma Mammona - la nature invisible, c'est-à-dire l'énergie divine qui la gouverne.
À Florence, via Strozzi, on a trouvé une épigraphe fragmentaire dédiée au dieu Mercure et à sa mère Maia; il y avait probablement un temple qui leur était dédié.
Ce n'est pas un hasard si Mercure est également un psychopompe, c'est-à-dire un passeur d'âmes vers l'au-delà. Le fils accomplissait une tâche qui appartenait à la mère. En tant que déesse mère, Maia était en effet une déesse triple, régnant dans le ciel (en tant que lune), sur la terre (à travers la production des plantes et des champs cultivés) et dans les Enfers (en tant que déesse des morts).

De Maia à la Madonne
«Le mois de mai des roses et de la Madone trouve son origine au Moyen Âge, lorsque, dans le but de christianiser les fêtes païennes en l’honneur de la nature et de la déesse Maia, on pensa que l’on pouvait associer à la Madone, la créature la plus élevée, les thèmes de la nature et de la Sainte Vierge. Selon l’historien médiéviste Cardini, la pratique des premières dévotions remonte «au 16ème siècle, lorsque l’on commença à réagir contre l’esprit de la Renaissance jugé trop païen: c’est ainsi que le mois de mai prit également un caractère réparateur».
Ce qui confirme que, dans les campagnes, jusqu’au 16ème siècle, on adorait encore les anciens dieux selon les anciens rituels; ce n’est pas un hasard si l’Église a brûlé sur le bûcher un nombre disproportionné de sorcières, car le paganisme était considéré comme de la sorcellerie ou de la diablerie. À Rome, le mois de mai était dédié à la déesse Maia, et les roses lui étaient également consacrées. Le mois de mai vient donc de Maia, ancienne déesse italique préromaine puis romaine.
La Maiella
Le mont Maiella, dans les Abruzzes, tire son nom de la déesse et a vu naître la légende des gigantesques «maiellane», ces femmes guerrières mythiques ornées de grandes boucles d’oreilles en anneaux et de colliers voyants qui, dans des temps très reculés, luttaient avec acharnement pour défendre leur indépendance.

La déesse du Mont Maiella
La légende remonte à des époques très anciennes où les femmes luttaient et combattaient, si nécessaire, comme les hommes. Il suffit de se rappeler les Amazones qui dominaient l'Europe orientale et une partie de l'Asie.
Ce n’est pas un hasard si, sur une crête de la Maiella, fut érigée l’abbaye de Santa Maria dell’Avella, construite avant le 10ème siècle, où un autel était certainement autrefois dédié à la déesse.

De plus, le 1er mai, on célèbre dans les Abruzzes la « Madonna della Mazza » (la Madonne à la massue) et les habitants de Pretoro montent en pèlerinage sur la Maiella pour aller chercher la statue au sanctuaire et la transférer à la paroisse de Pretoro, où elle reste pour y être solennellement vénérée jusqu'à la fin du mois de juin.
Cela fait penser à une ancienne fête de Maia, dont le sanctuaire devait s'élever sur la montagne, où se déroulaient des processions et des rituels, surtout pendant les Maiaie.
Par ailleurs, toujours dans les Abruzzes, il existe la légende de la nymphe Maia, fille d'Atlas, qui s'enfuit sur la montagne pour sauver son fils blessé, lequel mourut néanmoins et y fut enterré, au grand chagrin de sa mère. On reconnaît clairement ici la réinterprétation du mythe du fils-végétation qui meurt chaque année pour renaître l'année suivante. Mythe repris ensuite par l'Église catholique avec le Christ mort et ressuscité.

La Bona Dea
La fête de Maia - Les Maiae
"Kalendae Maiae sunt antiquae hemisphaerii septentrionalis feriae vernae die 1 Maii habitae, usitate feriae publicae, et in multis culturis translaticiae veris feriae. Cum Internationali Operariorum Die congruit. In multis linguis tantum Dies Maii appellari potest; Anglice (lingua anglicana) autem in Havaiis (lingua Hawaiana)". (« Les Kalendae Maiae sont d'anciennes fêtes hivernales de l'hémisphère nord célébrées le 1er mai, autrefois fêtes publiques, et dans de nombreuses cultures, véritables fêtes populaires. Elles coïncident avec la Journée internationale des travailleurs. Dans de nombreuses langues, on peut simplement l'appeler Dies Maii; en anglais (langue anglo-saxonne) et à Hawaï (langue hawaïenne)»).
Il s’agissait avant tout d’une fête des champs, au cours de laquelle on célébrait les pousses de la prochaine récolte et le vin de l’année écoulée. Dans les temps anciens, on offrait les prémices à la déesse ; par la suite, le rituel devint sanglant et on sacrifiait la truie gestante, symbole du printemps et de tout ce qui fleurit et produit, ce qui devint pour les femmes un augure de fertilité.
Le sacrifice de la truie était une particularité des sacrifices dédiés à la Terre Mère, ce qui fait que la déesse Maia était nécessairement une Terre Mère et une Grande Mère, très puissante et très vénérée dans les temps anciens. Après avoir sacrifié l'animal, celui-ci était cuit et mangé, un rituel très important dans les campagnes, où le porc salé et aromatisé pouvait constituer une nourriture de réserve pour toute l'année.
À cette occasion, on offrait des morceaux des porcs sacrifiés à ceux qui avaient connu diverses épreuves ou une récolte moins fructueuse, ce qui renforçait considérablement les liens entre les villages de la campagne.
Bien sûr, ce rituel était beaucoup plus répandu à la campagne qu'en ville, mais il était également d'usage que les nobles romains possédant des villas rustiques en dehors de la ville se rendent précisément dans ces villas, tant pour contrôler les esclaves qui y travaillaient que pour célébrer dignement les Maiae.
S'agissant d'un rituel ancien, il se prolongeait jusque tard dans la nuit, favorisant les unions amoureuses et autres. Les femmes, tout comme les tables dressées, étaient ornées de rameaux de cytise. Le fait que la déesse eût pour attribut la torche faisait que le rituel se prolongeait jusqu'à la nuit, grâce aux feux allumés pour l'occasion dans les campagnes.
Ici, les femmes mariées qui souhaitaient avoir des enfants se préparaient une sorte de lit fait de branches d’aulne et orné de guirlandes de cytise, puis elles avaient des rapports sexuels avec leurs maris après avoir récité les prières appropriées. Cependant, la fête avait un caractère très licencieux et il arrivait même que les couples mariés aiment changer de partenaire et s’accorder quelques escapades avec la bénédiction de la déesse.
La fête était préparée plusieurs jours à l'avance, avec des chants, des danses, des banquets et de la musique, où les esclaves mais aussi les poètes locaux étaient invités à s'exprimer pour honorer la déesse qui assistait aux festivités sous la forme d'une statue, parfois en bois, en tant que divinité très ancienne.
Les Maiae aujourd'hui
Plusieurs coutumes festives issues de cette tradition ont survécu jusqu'à aujourd'hui. En Italie, on l'appelle souvent Calendimaggio (les Calendes de mai qui tombaient ce jour-là ou étaient fixées le 1er mai) ou Cantar Maggio, une fête saisonnière célébrant l'arrivée du printemps.

Ontano
La fonction magico-propitiatoire de ce rite s’exerce souvent lors d’une quête au cours de laquelle, en échange de dons (traditionnellement des œufs, du vin, de la nourriture ou des friandises), les maggianti (ou maggerini) chantent des strophes de bon augure aux habitants des maisons qu’ils visitent.
Il s'agit manifestement d'un vestige des dons offerts aux plus pauvres, mais aussi aux esclaves qui, en échange de ces dons, proposaient divers petits spectacles, chants, danses et musique, participant eux aussi à la fête d'une certaine manière.

La partie centrale des rituels consiste aujourd’hui en l’exécution de chants de quête et souvent, les chants de Pâques/calendimaggio se retrouvent dans le nord de l’Italie, comme par exemple dans les collines piémontaises, dont le modèle de «quête des œufs» correspond exactement à ce que l’on appelle dans l’Oltrepò pavese «la galina grisa» (photo).
Ancienne déesse italique
Il y a ensuite le chant du Carlin de mai (déformation de « calendes »), issu du courant «lyrique magique profane» qui, depuis les lacs Cusio, Verbano et Ceresio s'étend tout le long de l'Apennin septentrional jusqu'à rencontrer les autres types de chants de mai (dramatiques, lyriques sacrés) des montagnes toscanes et émiliennes, pour reprendre ensuite sa présence dans l'Apennin central.
Souvent, une très grosse branche d'aulne est transportée par les «Maggerini» (les chanteurs du mois de mai) et on y suspend les dons offerts dans les maisons, donnant ainsi naissance à l'arbre de la Cuccagna (de la Cocagne).
Cet arbre folklorique trouve ses racines dans des traditions très anciennes, car il symbolisait le réveil de l'Arbre de Vie, cet arbre cosmique qui, en se réveillant après l'obscurité hivernale, offrait ses fruits aux hommes et aux animaux, permettant ainsi la perpétuation de la vie.
Les aulnes et les cytises, qui accompagnent les « maggerini » et les fleurs (violettes et roses) mentionnées dans les couplets des chants et dont les participants se parent, sont les symboles de la renaissance printanière. En particulier, l’aulne, qui pousse le long des cours d’eau, est considéré comme le symbole de la vie, c’est pourquoi il est souvent présent dans le rituel.
Il s'agit d'une célébration qui remonte aux peuples de l'Antiquité, très en phase avec les rythmes de la nature, comme on l'a constaté chez les Celtes, les Étrusques, les Bruzi, les Samnites et les Ligures. Mais elle s'étendait certainement à l'ensemble du territoire italique, romain et préromain.

La fête des travailleurs
Aujourd'hui, la fête du 1er mai commémore les révoltes aux États-Unis visant à réduire le temps de travail des ouvriers, qui ont été réprimées dans le sang. Pendant les vingt années du fascisme, à partir de 1924, la célébration a été avancée au 21 avril, pour coïncider avec la fête de la fondation de Rome, devenant pour la première fois un jour férié sous le nom de «Fête de la fondation de Rome – Fête du travail». Elle fut ensuite reportée au 1er mai après la fin de la guerre mondiale, en 1945, tout en conservant son statut de jour férié. Elle reste toutefois une fête d’abord romaine, puis fasciste, transformée en fête communiste.
Le 1er mai 1955, le pape Pie XII institua la fête de saint Joseph travailleur, afin que cette date devienne une fête catholique plutôt que laïque comme elle l’était à l’origine. On oublia pour cette fête celle de Maia, remplacée par celle de Marie et, elle aussi, oubliée.
Depuis 1990, les confédérations syndicales CGIL, CISL et UIL, en collaboration avec la municipalité de Rome, organisent un grand concert pour célébrer le 1er mai sur la place San Giovanni, de l’après-midi jusqu’à la nuit, avec la participation de nombreux groupes musicaux et chanteurs, retransmis en direct à la télévision par la Rai.
BIBLIOGRAPHIE
- Hésiode - Théogonie -
- Walter Burkert - Greek Religion - 1985 - section III -
- Michael Ventris et John Chadwick - Documents in Mycenaean Greek (Documents en grec mycénien) - Cambridge UP - 1956 -
- Caius Plinius Secundus - Historia naturalis -
- John A. - Religion romaine - Oxford - Oxford University Press pour la Classical Association - 2000 -
- AA.VV, - Le 1er mai dans l'histoire de la classe ouvrière - Milan - Lotta Comunista - 2005 -
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