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mardi, 17 février 2026

La Chine à Munich: les règles de la politique de grande puissance mises en pratique

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La Chine à Munich: les règles de la politique de grande puissance mises en pratique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

L'agitation autour des déclarations de Wang Yi lors de la Conférence de Munich sur la sécurité méconnaît l'essentiel. La Chine n’a pas changé de camp à Munich. La Chine a défini son rôle. Ceux qui veulent comprendre ce qui s’est passé doivent abandonner l'idée fixe que les grandes puissances s’engagent durablement.

Ce que Pékin a pratiqué à Munich, c’est de la politique de grande puissance classique. Il ne s’agissait ni de la Russie, ni de l’Europe, ni de l’Ukraine — il s’agissait de se positionner dans l’échiquier mondial du pouvoir.

Premièrement, la Chine a démontré son autonomie stratégique. Wang Yi a consciemment envoyé trois messages simultanément: partenariat avec l’Europe, dialogue avec les États-Unis, et poursuite de la coopération avec la Russie. Cette démarche multipolaire n’est pas le fruit du hasard, mais une méthode. Elle indique que la Chine ne fait pas partie d’un bloc, mais constitue un pôle indépendant.

Deuxièmement, la Chine a déplacé le cadre des négociations. Le soutien à un rôle accru de l’Europe n’est pas une concession à Bruxelles. Il sert à relativiser la puissance monopolistique de Washington. Lorsque l’Europe est à la table, une structure multipolaire se met en place automatiquement. En même temps, la Russie sort de l’isolement, sans que la Chine ait à prendre ouvertement parti. Pékin étend ainsi sa zone d’influence dans l’espace diplomatique.

Troisièmement, la Chine s’est posée en médiateur incontournable. La combinaison de rhétorique du dialogue politique, d’aide humanitaire et de l’accent sur l’intégrité territoriale crée une légitimité. La Chine devient ainsi un acteur auquel aucun futur format de négociation ne pourra échapper. En même temps, elle ne prend aucune responsabilité quant au résultat. C’est une stratégie optimale: influence sans risque.

Quatrièmement, la Chine a gagné du temps. La stabilité en Europe est nécessaire économiquement pour Pékin. Toute escalade mobilise des ressources, augmente l’incertitude et met en danger les relations commerciales. Par une rhétorique modératrice, la Chine crée de l’espace pour sa propre ascension économique et technologique.

Cinquièmement, la Chine a montré à tous que les partenariats sont relatifs. Les déclarations sur d’éventuelles perspectives positives dans les relations avec les États-Unis ne sont pas en contradiction avec la coopération avec la Russie. Elles montrent plutôt que la Chine maintient des options ouvertes et n’accepte aucune dépendance stratégique.

La leçon essentielle pour l’Allemagne et l’Europe est évidente. Dans un monde multipolaire, ce n’est pas la rhétorique morale qui prime, mais la pertinence structurelle. Ceux qui restent indispensables économiquement et technologiquement seront intégrés. Ceux qui peuvent être remplacés seront évités.

Munich n’était donc pas un lieu de changement de cap pour la Chine. C’était la démonstration d'une logique de puissance. Alors que l’Europe pense encore en termes de loyauté et de communauté de valeurs, d’autres acteurs agissent selon des intérêts à long terme. Ceux qui ne comprennent pas ces règles du jeu ne façonnent pas, ils réagissent.

20:56 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, conférence de munich, diplomatie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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