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dimanche, 05 mai 2024

La propagande, la science du mensonge

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La propagande, la science du mensonge

par Roberto Pecchioli               

Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/propaganda-la-scienza-della-menzogna

Être perché du mauvais côté de la barrière permet de dire des choses inconfortables, désagréables, qui ne seront pas entendues parce qu'elles sont le fruit de l'esprit de ceux qui sont mal à l'aise dans l'époque en laquelle ils doivent vivre. Peu d'aspects de la société contemporaine sont aussi insupportables que la publicité, son intrusion, son infiltration partout, son occupation de l'imaginaire, sa modification non seulement des habitudes commerciales, mais aussi du langage, des comportements, des préférences, des modes de vie. Nous détestons son faux optimisme d'aboyeur, ses techniques très raffinées, sa capacité à utiliser - selon les produits, les services, les idées qu'elle sert - le registre mélioratif, quasi hypnotique, la gaieté forcée du consommateur satisfait, la fausse neutralité "scientifique" lorsqu'elle vante des produits de santé ou d'hygiène, sa capacité à pénétrer et à coloniser l'imaginaire collectif. Aujourd'hui, elle a acquis la capacité de devenir personnalisée, sur mesure, grâce au profilage du net et du smartphone, à l'habitude inconsidérée de dévoiler sur les réseaux sociaux ses habitudes, ses déplacements, ses préférences et ses manies.

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Personne ne peut demander à la publicité de dire la vérité: ce n'est pas son but. Elle doit affirmer et vendre des comportements, déterminer des choix - et pas seulement des achats -, diffuser, créer ou normaliser des conduites, des idées. C'est-à-dire qu'elle doit "propager" quelque chose, en premier lieu la forme-marchandise et son fétichisme (Marx), mais aussi des visions, des propensions, l'acceptation ou le rejet d'idées ou de modes de vie. Sur le moteur de recherche le plus important au monde, Google, nous avons trouvé, à la question de la différence entre propagande et publicité, une réponse - la première, celle que des millions de personnes accepteront comme vraie - effrayante par la charge de mensonges qu'elle affirme. "La propagande communique des vérités, des certitudes et des valeurs dans le but de les faire passer dans le sens commun, tandis que la publicité informe sur un produit qui résout un problème quotidien".

Une telle définition - fruit des ateliers sous-culturels du système - est une propagande flagrante, un mensonge élevé au rang de système, et en même temps une publicité pour le système de consommation. Chaque mot de la prose du géant des géants, maître de nos vies, peut être facilement déconstruit. Propagande est le gérondif pluriel latin du verbe propagare ("les choses à répandre") et la définition correcte est "l'action tendant à influencer l'opinion publique, à l'orienter vers certains comportements collectifs, et l'ensemble des moyens par lesquels elle est mise en œuvre". "En ce qui concerne les produits et services commerciaux, on utilise le terme de publicité, l'ensemble des moyens de diffusion de la connaissance et de la vente de biens et de services. Cependant, les deux concepts tendent à coïncider, puisque tout - dans la marchandisation intégrale de la vie - est produit. La propagande et la publicité sont de plus en plus difficiles à distinguer de la vérité.

Aucune activité n'échappe à la griffe de la communication intéressée à faire connaître une marque, un nom, une marchandise. Pas moins de cinq stades d'équipes de football de la Serie A portent le nom - provisoire et payant - de sociétés commerciales. Pratiquement aucune initiative publique - culturelle, civique, caritative, etc. - ne peut avoir lieu sans qu'au moins un sponsor - groom, encore un mot latin ! - pour la financer en échange de visibilité et de publicité, directe et indirecte. La publicité occupe non seulement notre imagination, mais aussi notre temps et nos sens. Quiconque écoute la radio, regarde une émission de télévision ou consulte des contenus sur le net est bombardé de publicités, d'annonces à caractère publicitaire et/ou propagandiste. Il existe même un indice de "crowding" que les radiodiffuseurs sont censés respecter, mais qu'ils contournent par divers artifices qui font de la programmation "normale" un intermède entre d'interminables blocs publicitaires. En outre, d'autres publicités ou propagandes subliminales (les sensations qui se produisent sous le niveau de la conscience, trop faibles pour être ressenties, mais capables d'influencer l'inconscient et de conditionner le comportement) sont insérées dans les grilles.

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Il y a de nombreuses années, au début de l'explosion publicitaire produite par la télévision commerciale, un couple d'amis nous a parlé avec inquiétude des pleurs de leur petit garçon qui n'acceptait pas la fin des publicités et la reprise des programmes. La publicité et la propagande agissent sur chacun d'entre nous, mais deviennent dévastatrices pour les plus jeunes, dont elles créent le comportement et la vision du monde. Le premier est le désir de consommer des produits, de porter des vêtements et de posséder des objets "signés" (et non fabriqués !) par telle ou telle entreprise. La marque (brand) prime sur le produit. Karl Marx serait fou de voir comment sa distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange a pris fin. Le concept de biens "durables" disparaît également: on produit pour consommer, indépendamment de l'utilité, en programmant l'obsolescence pour induire une nouvelle consommation que l'appareil publicitaire se charge de propager en créant le besoin. L'un des mensonges les plus singuliers de la communication publicitaire est l'insistance sur le bonheur artificiel du consommateur. Satisfaction éphémère, aussitôt contrariée par le désir compulsif d'autres biens, d'autres marques, d'autres modes de vie à l'imitation de ceux de la publicité.

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Aucun aspect de la vie n'échappe à la propagande : la politique, le sport, la culture (l'industrie culturelle, comme l'entendaient Adorno et Horkheimer), les idées, les principes fondateurs de la société. Une marque d'eau minérale propage son produit comme la boisson d'une famille homo et transgenre heureuse. En revanche, aucune campagne publicitaire ne met en garde contre l'usage et les effets des drogues, alors qu'une machine multimédia efficace diffuse des valeurs qui conduisent à l'usage de certaines substances. Médicalisation de la vie, diffusion de modèles de compétition permanente pour lesquels il faut être "performant", ce qui passe par l'utilisation de médicaments ou, pire, de drogues. De combien diminuerait la consommation de stupéfiants, de pilules, de cocktails de substances diverses, si un État réellement soucieux du bien commun ou un véritable philanthrope - pas Soros, Gates, Rockefeller - investissait des sommes importantes pour diffuser des modes de vie sans rapport avec les drogues et autres addictions ? Impossible : le système est basé sur la consommation, l'usage de drogues génère des revenus, le mensonge est donc indispensable. La publicité et la propagande sont la science du mensonge.

 Ce n'est pas nous qui le disons, nous qui avons l'habitude de nous tromper, mais les inventeurs des appareils de manipulation, d'endoctrinement et d'inculcation auxquels nous sommes soumis.

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Dans le domaine de la communication politique et des valeurs, le livre de Marcello Foa, Gli stregoni della notizia, est fondamental. Les sorciers (stregoni) sont ceux qui maîtrisent la communication "comme un ensemble de techniques unilatérales d'endoctrinement du public". Ce sont des manipulateurs professionnels, des menteurs en permanence. Leur arme principale est le "cadre", le cadre qui délimite ce qui peut être vu. Foa fait la comparaison avec un tableau représentant une ville en flammes, avec à côté une forêt envahie par des oiseaux fuyant les flammes. Si l'on découpe la forêt et qu'on l'encadre, on obtient un tableau représentant une magnifique forêt peuplée d'oiseaux joyeux. C'est ainsi que fonctionne notre esprit: au-delà de la réalité objective, nous percevons le monde à travers ce qui entre dans notre cadre, via les "lunettes cognitives" (Wittgenstein) avec lesquelles nous observons le monde. La magie des sorciers réside dans leur capacité à créer le cadre de référence.

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"La manipulation consciente et intelligente des opinions et des habitudes des masses joue un rôle important dans une société démocratique ; ceux qui maîtrisent ce dispositif social constituent un pouvoir invisible qui dirige véritablement le pays".

C'est ainsi que s'ouvre le livre intitulé Propaganda d'Edward Bernays, père des relations publiques et de la publicité. Neveu de Freud installé en Amérique, il débute sa carrière au sein de la commission gouvernementale chargée de convaincre les Américains de participer à la Première Guerre mondiale. C'est ainsi qu'est née la célèbre affiche représentant l'Oncle Sam, le doigt pointé et les mots "I want you for U.S. Army" (Je vous veux dans l'armée américaine). Bernays, payée confidentiellement par les multinationales du tabac, convainc les femmes de fumer dans une campagne d'émancipation féminine où chaque femme "de carrière" est invariablement représentée avec une cigarette à la main ou à la bouche. En 1954, elle a mené une campagne contre le président du Guatemala qui envisageait de nationaliser les terres de la United Fruit Company, ce qui a conduit à son éviction, qui a satisfait les intérêts américains.

Il semble que son livre, publié en 1928, ait été inspiré par Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du Troisième Reich. Un passage significatif révèle la réalité dans laquelle nous sommes plongés: "la manipulation secrète est nécessaire à la démocratie. Nous sommes dans une large mesure gouvernés par des hommes dont nous ne savons rien, mais qui sont capables de modeler notre mentalité, d'orienter nos goûts, de nous suggérer ce qu'il faut penser. Un gouvernement invisible façonne nos esprits". Et encore: "Nous avons volontairement laissé à un gouvernement invisible le soin de trier les informations, d'identifier le problème principal et de le ramener à des proportions réalistes. Nous acceptons que nos dirigeants et les organes de presse qu'ils utilisent nous signalent les questions qu'ils jugent d'intérêt général. Nous acceptons qu'un guide moral, un pasteur, un savant ou simplement une opinion populaire nous prescrive un code normalisé de comportement social auquel nous nous conformons la plupart du temps". Les persuadeurs ne sont nullement cachés.

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L'important, révèle Bernays, est de nous donner l'illusion que nous agissons selon notre volonté : "On peut critiquer certains phénomènes, notamment la manipulation de l'information, l'exaltation de l'individualisme et tout le battage publicitaire autour de personnalités politiques, de produits commerciaux ou d'idées sociales. Mais ces activités sont nécessaires à une vie bien ordonnée. Les techniques d'encadrement de l'opinion publique ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la société se complexifiait et que le besoin d'un gouvernement invisible devenait de plus en plus nécessaire". Ainsi, sans manipulation secrète, la démocratie ne serait pas possible. "La machine à vapeur, l'imprimerie et l'alphabétisation des masses ont arraché le pouvoir aux souverains et l'ont remis au peuple qui l'a reçu en héritage. Le suffrage universel et la généralisation de l'éducation ont renforcé ce processus. Aujourd'hui, cependant, une réaction se profile, la minorité a découvert qu'elle pouvait influencer la majorité en fonction de ses intérêts ; il est désormais possible de modeler l'opinion des masses afin de les convaincre d'orienter leur pouvoir nouvellement acquis dans la direction souhaitée. Un processus inévitable, compte tenu de la structure actuelle de la société".

Les techniques de propagande et de manipulation peuvent être utilisées pour exploiter les impulsions, les instincts, les pulsions et inculquer de nouvelles croyances. "La propagande est l'organe exécutif du gouvernement invisible. La publicité et la propagande font partie des techniques les plus sophistiquées du soft power, une expression inventée par Joseph Nye - professeur à Harvard et conseiller du gouvernement américain - pour désigner la capacité à influencer les comportements par la persuasion plutôt que par la coercition. Actualités télévisées, films, publicités, séries télévisées, jeux vidéo, émissions sportives, programmes scolaires, éducation. La société postmoderne se reproduit, construit un consensus par le biais d'une propagande totale 24 heures sur 24, du berceau à la tombe. Le martelage incessant a remplacé les moyens violents des anciens totalitarismes sans en changer la substance. Notre société est fondée sur la propagande, le facteur le plus important pour façonner et contrôler les comportements. Un véritable goulag mental, le dispositif qui nous asservit à une liberté artificielle et contrôlée, en nous convainquant de la liberté de nos choix. Le miracle de la manipulation.

mardi, 17 octobre 2023

Les mécanismes du déploiement propagandiste et les ultrabellicistes

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Les mécanismes du déploiement propagandiste et les ultrabellicistes

par Andrea Zhok*

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/26539-andrea-zhok-i-meccanismi-di-schieramento-e-gli-ultra-della-guerra.html

En un clin d'œil, toute la rhétorique sur la guerre en Ukraine s'est éteinte et s'est tout de go reportée sur le conflit israélo-palestinien. Mais choisir de ne pas analyser, embrasser les mécanismes de déploiement des diverses propagandes, c'est une bête façon d'avoir une opinion sans avoir à se donner la peine de penser.

Les mécanismes de sélection habituel, avec le schéma gauche-droite, sont depuis longtemps une forme de pathologie politique et sociale.

Ils sont le succédané de la capacité de réflexion. Ils permettent d'avoir une opinion sans se donner la peine de réfléchir.

Et donc, comme c'est toujours le cas pour la bêtise, elles sont plus nocives encore que la nébulosité: la seule chose qui est plus nocive socialement et politiquement que la méchanceté, c'est l'abrutissement.

La réalité et l'histoire sont toujours traversées par des raisons multiples, par des lignes de motivation plurielles.

Il n'y a que dans les films qu'il y a un bien et un mal absolus. Et reconnaître ce fait ne signifie pas ne pas assumer la responsabilité de jugements même tranchés, mais cela signifie comprendre que, pour chaque position que les humains prennent collectivement, aussi déplorable soit-elle, il y a des raisons, et que ce n'est qu'en évaluant ces raisons que l'on peut tenter de trouver une solution.

Couvrir les panneaux d'affichage et les journaux de drapeaux, de banderoles et de slogans est le symptôme d'une faiblesse d'analyse et contribue toujours à la non-résolution des problèmes.

Dans l'histoire, il n'y a pas de bons et de mauvais supporters.

Il peut y avoir des luttes pratiques où l'on est forcé de prendre parti dans l'action réelle.

Mais même dans ce cas, il ne faut pas confondre l'acuité des choix pratiques avec l'encouragement ou la diabolisation du camp adverse.

D'autant plus que pour ceux qui ne sont pas directement impliqués, pour ceux qui ne sont pas obligés par les circonstances de prendre parti sur un plan pratique, l'encouragement idéologique et la diabolisation d'un camp ou d'un autre constituent un péché mortel, ils contribuent à l'imbécillité publique, à l'exacerbation des conflits, à l'incompréhension, à la destruction.

* Compte rendu d'Andrea Zhok, philosophe et universitaire italien, professeur d'anthropologie philosophique et de philosophie morale à l'université de Milan.

mardi, 03 octobre 2023

Nous serons manipulés pour accepter une guerre contre la Chine

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Nous serons manipulés pour accepter une guerre contre la Chine

Par Terje Alnes

Source: https://steigan.no/2023/09/vi-skal-manipuleres-til-a-akseptere-en-krig-mot-kina/

Une campagne médiatique occidentale est menée en permanence pour vous faire croire qu'une guerre avec la Chine est inévitable. Les médias norvégiens s'alignent, et le Forum norvégien de la défense est en première ligne.

Vous souvenez-vous de l'histoire, en février dernier, du "ballon espion" chinois qui a survolé le Canada et les États-Unis ? Tous les médias occidentaux, y compris les médias norvégiens, en ont parlé. "Il est clair que le but de ce ballon est de faire de la surveillance, et sa direction actuelle l'amène au-dessus de zones sensibles", pouvait-on lire dans VG, par exemple, qui citait "une source anonyme au Pentagone".

Aujourd'hui, le Pentagone admet que la Chine a dit la vérité et que le ballon n'a pas recueilli d'informations relevant du renseignement. Il s'agissait d'un ballon météorologique qui avait dévié de sa trajectoire, comme le disaient les Chinois. Mais maintenant que le démenti a été publié, pratiquement personne dans le monde occidental ne comprendra. La source anonyme (un euphémisme pour les services de renseignement américains) a été autorisée à diffuser son message conspirationniste pendant plusieurs semaines, et l'opinion publique a été manipulée pour faire croire qu'il s'agissait d'activités d'espionnage chinoises. Toute cette histoire servait un objectif de propagande: attiser l'hystérie anti-chinoise.

C'est ainsi que l'opinion publique doit être façonnée et manipulée pour qu'elle considère la Chine comme une puissance dangereuse qui menace nos "valeurs" et nos démocraties occidentales.

La propagande anti-chinoise fait partie de la stratégie américaine de lutte contre l'influence croissante de la Chine dans le monde. Pour diffuser cette propagande, le Sénat américain a mis de côté 325 millions de dollars par an jusqu'en 2027 dans ce qui est appelé le "Countering Chinese Influence Fund" (Fonds de lutte contre l'influence chinoise). L'objectif est de contrer "l'influence néfaste" du parti communiste chinois dans le monde. Il est notamment important de discréditer l'initiative "la Ceinture et la Route" (BRI), qui regroupe aujourd'hui 150 nations et organisations.

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En 2020, l'un des pires faucons de guerre du Sénat américain - Marco Rubio (photo) - a pris l'initiative de créer "l'Alliance interparlementaire sur la Chine". L'organisation se compose de parlementaires favorables aux États-Unis de nombreux pays et est l'expression de la tentative fébrile des États-Unis d'assurer leur ancienne hégémonie afin de pouvoir continuer à dicter l'"ordre mondial". La présidente du parti libéral norvégien, Guri Melby (photo), siège au conseil d'administration.

D'abord l'Ukraine, puis Taïwan

En sa qualité de secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg s'est adressé cette semaine au Council on Foreign Relations à Washington. Depuis 100 ans, ce groupe de réflexion privé joue un rôle de premier plan dans l'élaboration de la stratégie de puissance mondiale des États-Unis. Stoltenberg a assuré l'auditoire qu'il reconnaissait lui aussi la nécessité de "traiter avec la Chine".

    "Si les États-Unis s'inquiètent de la Chine et veulent pivoter vers l'Asie, ils doivent s'assurer que Poutine ne gagne pas en Ukraine. Car si l'Ukraine gagne, vous aurez la deuxième plus grande armée d'Europe, l'armée ukrainienne, aguerrie à nos côtés, et nous aurons une armée russe affaiblie, et nous avons aussi maintenant une Europe qui augmente vraiment ses dépenses de défense. Il vous sera donc plus facile de vous concentrer sur la Chine et de ne pas vous préoccuper uniquement ou moins de la situation en Europe. Et vice versa si Poutine gagne. Il est donc dans l'intérêt de la sécurité des États-Unis d'assurer la victoire de l'Ukraine pour pouvoir traiter plus facilement avec la Chine".

Faire en sorte que l'Ukraine gagne la guerre affaiblira la Russie autant que possible. Les États-Unis pourront ainsi tourner leur attention et leurs ressources vers la Chine. Lors du sommet de l'OTAN à Madrid l'année dernière, au cours duquel l'alliance a adopté un nouveau concept stratégique, la Chine a été mentionnée pour la première fois comme un adversaire :

    "Les ambitions déclarées et les politiques coercitives de la République populaire de Chine (RPC) remettent en cause nos intérêts, notre sécurité et nos valeurs... Nous allons accroître notre prise de conscience collective, renforcer notre résilience et notre état de préparation, et nous protéger contre les tactiques coercitives de la Chine et ses efforts visant à diviser l'Alliance".

Certains vivent encore dans l'illusion que l'OTAN est une alliance de défense destinée à protéger les États membres contre les attaques militaires. C'était le cas il y a au moins trente ans (pour ne pas dire jamais). Aujourd'hui, l'OTAN est la puissance militaire la plus forte et la plus agressive du monde, utilisée exclusivement pour servir l'ambition des États-Unis de maintenir leur pouvoir hégémonique. Cette puissance est aujourd'hui pleinement remise en question par la Chine. En conséquence, la Chine se trouve dans la ligne de mire de l'OTAN, faisant l'objet de campagnes de dénigrement et de provocations militaires agressives.

L'agression des États-Unis en Asie de l'Est se traduit concrètement par les 313 bases militaires qu'ils y possèdent. Les États-Unis ont récemment signé un accord avec les Philippines qui ouvre la voie à l'établissement de neuf nouvelles bases militaires sur le sol philippin. Une carte du continent montre comment les États-Unis ont établi une ceinture de bases militaires allant du Japon, au nord, à la Malaisie et à l'Australie, au sud.

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Préparatifs de guerre autour de Taïwan

Depuis longtemps, une confrontation se prépare autour de Taïwan. Il est troublant de faire le parallèle avec la situation en Ukraine avant l'invasion russe du 24 février 2022. Les États-Unis ont-ils l'intention de provoquer ou de simuler une attaque chinoise sur l'île afin de déclencher une guerre avec la Chine ?

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Des groupes de réflexion à Washington ont planifié et simulé l'issue d'une telle guerre. Elbridge A. Colby, membre du Council on Foreign Relations, dans son livre Strategy of Denial : American Defence in an Age of Great Power Conflict (2021), Elbridge A. Colby préconise donc de lancer, si nécessaire, "une guerre limitée" contre la Chine, qui pourrait impliquer l'utilisation d'armes nucléaires. Les États-Unis vont-ils "donner une chance à la guerre" ?

Comment interpréter la série de reportages en cours "Taiwan Special 2023" dans le Forum norvégien de la défense ? S'agit-il d'autre chose que d'une campagne visant à préparer les Norvégiens à la guerre à venir ?

Il s'agit d'une entreprise journalistique somptueuse dans laquelle un reporter et un photojournaliste sont envoyés pour documenter l'accumulation de forces et la tension militaire autour de l'île. Avec des titres tels que "Voici comment se déroulera la guerre de Taïwan", le forum norvégien fait le jeu des faucons de guerre les plus agressifs des groupes de réflexion de Washington. Ce forum se réfère directement au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) qui, dans un rapport, décrit les résultats d'un jeu de guerre simulant une attaque chinoise contre Taïwan. Le scénario principal prévoit que les États-Unis participent à la guerre aux côtés de Taïwan.

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Taïwan fait partie de la Chine

Il est nécessaire de rappeler que Taïwan fait partie de la Chine. Seuls 13 des 193 États membres des Nations unies reconnaissent Taïwan comme un État indépendant, et la plupart d'entre eux sont des micro-pays tels que Belize, Nauru et l'État de la Cité du Vatican. Cela signifie que l'écrasante majorité des États du monde ne reconnaissent pas Taïwan, mais considèrent l'île comme une province de la Chine. Selon le droit international, Taïwan peut donc être considéré comme un gouvernement rebelle illégitime.

Ce n'est un secret pour personne que l'objectif de la Chine est de réunifier l'île avec le continent, mais il n'y a aucune raison de croire que la Chine envisage sérieusement une "solution" militaire pour y parvenir. Mais que peut faire d'autre la Chine que de s'armer militairement alors que les États-Unis s'engagent ouvertement et militairement dans ce qui est une province chinoise ?

Nous ne pouvons qu'imaginer la réaction des États-Unis si la Chine avait offert une assistance militaire à l'île caribéenne de Porto Rico, permettant aux Portoricains de se libérer de leur statut semi-colonial actuel de territoire non incorporé appartenant aux États-Unis. Comprenons-nous mieux aujourd'hui comment l'agression des États-Unis contre Taïwan contrevient au droit international ?

À quand remonte la dernière fois que vous avez entendu quelque chose de positif sur la Chine ?

L'histoire du ballon en introduction n'est qu'un exemple de la manière dont les médias occidentaux diffusent systématiquement des informations négatives sur la Chine. Nous devrions poser la question inverse: combien de fois avez-vous lu ou entendu quelque chose de positif sur la Chine dans les médias occidentaux ?

Nous parlons de l'État du monde qui, au cours des dernières décennies, peut se prévaloir de la meilleure évolution des conditions de vie humaines et qui a contribué le plus, et de loin, à la réalisation de l'objectif de développement durable numéro 1 des Nations unies, à savoir l'éradication de l'extrême pauvreté. 800 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté, ce qui équivaut à 10 % de l'humanité. N'est-ce pas louable en soi ? En 1949, lorsque le parti communiste chinois a pris le pouvoir, la Chine était l'un des pays les plus pauvres du monde. Aujourd'hui encore, la Chine est tout sauf un pays riche au regard des normes mondiales. Selon la Banque mondiale, le PIB nominal par habitant de la Chine en 2022 représentait environ un sixième de celui des États-Unis. Pourtant, les conditions de vie se sont considérablement améliorées.

Combien de fois entendons-nous parler des années terribles sous Mao Zedong ? La réalité est tout autre. Entre la révolution et la mort de Mao en 1976, l'espérance de vie en Chine a augmenté de 31 ans, soit la progression la plus rapide jamais enregistrée dans un grand pays. Au cours de la même période, le taux d'alphabétisation est passé de 20% à 93%. Après la révolution de 1949, l'espérance de vie est passée de 36 à 67 ans au cours des trois décennies suivantes, dépassant de loin l'augmentation mondiale. En Chine, l'espérance de vie est aujourd'hui de 78,2 ans et le taux d'alphabétisation de 97%. À titre de comparaison, les chiffres aux États-Unis sont respectivement de 76,4 et 79%. Depuis 2000, la Chine bénéficie d'une assurance maladie universelle, d'un minimum de 9 années d'enseignement obligatoire et gratuit, de pensions, de logements subventionnés et d'autres aides au revenu (voir les sources ici: https://socialistchina.org/2023/08/11/western-tales-about...).

Alors pourquoi l'Occident condamne-t-il presque unanimement la Chine ? Comment se fait-il qu'il faille chercher très loin, même dans la "gauche" occidentale, avant de trouver quelqu'un qui dise quelque chose de positif sur la Chine ?

Est-ce parce que la Chine est une "dictature" ? Selon une étude de la Kennedy School of Government de l'université de Harvard, 93% de la population chinoise est satisfaite de son gouvernement central. Vous ne trouverez probablement pas de gouvernement au monde qui bénéficie d'un plus grand soutien de la part de son propre peuple que la Chine.

Le succès de la Chine est reconnu dans une grande partie du monde, la sphère occidentale de l'OTAN étant l'exception. La Chine n'est donc pas seulement une menace économique pour l'hégémonie américaine, elle est tout autant une menace politique. Le capitalisme occidental aux conditions américaines n'a pas été la solution aux problèmes des pays sous-développés, bien au contraire. C'est pourquoi de plus en plus de pays se tournent vers la Chine et souhaitent coopérer avec elle et apprendre d'elle.

Qui menace la paix dans le monde ? La réponse est évidente. La Chine construit, tandis que les États-Unis et l'OTAN bombardent.

Cet article a été publié pour la première fois sur Spartakus.

lundi, 26 juin 2023

Qu'est-ce que la propagande? Réflexions sur un livre ancien de Jacques Ellul

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Qu'est-ce que la propagande? Réflexions sur un livre ancien de Jacques Ellul

par Pierluigi Fagan

Source : https://www.ariannaeditrice.it/articoli/propaganda

Ce livre de Jacques Ellul sur la propagande a été écrit en 1962, donc sans des phénomènes tels que l'Internet et les réseaux sociaux, la mondialisation, la télévision privée, les chaînes de télévision en ligne, la diffusion par satellite et par câble, la mobilité cellulaire, la segmentation statistique psychographique et le Big Data. Cependant, le livre d'Ellul reste un ouvrage de référence pour l'étude du phénomène 'propagande", tel qu'il est encore enseigné dans de nombreuses facultés (avec Bernays, Lasswell, Dobb jetant toujours un coup d'œil en privé sur Goebbels, un coup d'oeil grossier mais efficace). La première considération à faire est de savoir combien de penseurs, en Europe mais souvent aussi aux Etats-Unis, avaient dans les années 60 des idées très claires sur les contours fondamentaux de la société qui est encore la nôtre, une société devenue pire sous certains traits. Plutôt que de porter un jugement d'actualité, nous devrions nous demander pourquoi nous redécouvrons aujourd'hui mille et une fois une eau chaude qui avait déjà été chauffée pour de bon il y a soixante ans. Il est clair qu'un des problèmes majeurs qui se pose aux idées et aux systèmes mentaux critiques et donc non dominants est leur dispersion dans le temps, ils ne s'accumulent pas, ils ne font pas masse.

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L'auteur, Ellul, est un Français inclassable. Historien du droit, théologien protestant, critique de la société technique telle qu'abordée par Gunther Anders, de tendance anarcho-libertaire, marxologue non marxiste, il a anticipé les thèmes de la décroissance. Jacques Ellul est ici dans le rôle du sociologue, peut-être sa spécialité la plus complète et la plus pointue.

Compte tenu du sujet et de l'actualité récente, il convient de commencer par dire qu'"il y a propagandiste et propagandiste". Le premier est souvent un fonctionnaire du système qui doit fondre psychologiquement les individus en une masse pour qu'ils se conforment au système. Cela s'applique aussi bien aux dictatures qu'aux démocraties ou pseudo-démocraties. Selon Ellul, la propagande (qui coïncide avec la diffusion d'une image précise de l'homme et du monde qui lui donne raison et sens) est une nécessité pour les sociétés modernes et techniques, quel que soit le régime politique. Le propagandiste connaît la psychologie sociale, l'individu, la psychologie profonde, la sociologie, la mythologie, les formes religieuses, de sorte que, du haut de son pouvoir cognitif, il méprise le propagandisé, même s'il l'a bien étudié, ou peut-être à cause de cela.

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Elle implique le rationnel et l'irrationnel, le public et le privé, le conscient et l'inconscient, ainsi que tous les médias possibles et imaginables, ceux-ci étant toujours la propriété de l'État ou des capitalistes, comme en Occident. Mieux vaut un seul média, ou au moins quelques-uns et accordés entre eux.

Dans les sociétés "libérales", la liberté ,e peut se mouvoir que dans deux camps qui se détestent et sont incapables de dialoguer, d'où la mortification de la pâle prétention au pluralisme démocratique au profit d'un bipolarisme de fait. De toute façon, deux pôles font le milieu du jeu, et c'est donc finalement la structure de pouvoir qui gouverne de toute façon. Cela cristallise les images du monde à partir d'un puissant travail de simplification dont le propagandiste est l'artisan.

Que d'angoisses dues à l'impréparation et à la peur engendrées par la cascade de nouvelles incompréhensibles, inquiétantes et anxiogènes ! Puisque les pouvoirs ont toujours besoin d'une légitimité donnée par le peuple et qu'on voit mal comment des gens qui travaillent huit heures par jour, plus le temps passé dans les transports et le temps destiné aux soins personnels, peuvent savoir vaguement quoi que ce soit sur l'économie, la finance, la technologie, la géopolitique, la culture, la politique, la société, l'avenir, l'environnement, etc, Ce sont des mots à la mode, des mantras, des refrains pré-packagés, des slogans, des témoignages, des experts, des fragments de rationalité lubrifiés avec d'importantes doses d'émotivité pour des cerveaux faibles, distraits, sans mémoire, dépendants, déstabilisés et rendus incertains par une ignorance évidente, avides de Vérité et de bonnes choses à penser.

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Aujourd'hui, avec des problèmes de plus en plus complexes et globaux, la propagande devient de plus en plus exaspérante, pointilliste, des étincelles d'attention déconnectées du tout, des kaléidoscopes impressionnistes.  L'efficacité de la propagande est conditionnée par son immensité enveloppante, sa continuité, sa cohérence invisible, sa répétitivité et, de façon perverse, son utilité pour donner de la raison et du sens à ce qui n'en a pas. Plus il y a de "sens" moins il y aura de dissidence. 

La connaissance et l'exploitation scientifique des mécanismes de contagion et de synchronisation des masses, du fait que, comme le disait Durkheim, "le groupe pense et agit d'une manière complètement différente de celle dont ses membres individuels penseraient et agiraient s'ils étaient isolés", de l'isolement mutuel actuel entre des personnes qui ne transmettent pas réciproquement des informations et des connaissances (elles ne débattent pas) mais proposent des données et des interprétations provenant d'une source unique, le public qui se fait une opinion ou plutôt acquiert l'opinion qu'on lui donne puisqu'il n'a pas le temps ou les outils pour se faire sa propre opinion, créent la situation idéale.  La propagande, comme la publicité, n'invente presque rien, elle pêche parmi les préjugés, les stéréotypes, les catégorisations, les modèles, les traditions, les conformismes, les mythes profonds (il y a une faim primitive de mythe, surtout du côté masculin), qui existent déjà (la Nation, le travail, le Héros, le bonheur, la liberté).

Un mythe éternel est celui du Grand Homme que l'on adore tout en le manipulant et en l'entubant; un autre de ces grands hommes (Berlusconi) vient de mourir, un "grand homme" qui a recodé nos codes socioculturels, éthiques, moraux et politiques sous les applaudissements convaincus de ses adorateurs propagandistes. Je me suis mis en tête de faire la liste des orphelins éplorés à son enterrement, de Boldi à Razzi, un instantané sociologique du niveau de l'imaginaire national de ces trois dernières décennies, puis j'ai laissé tomber, c'est de toute façon inutile par les temps qui courent. Si l'imbécile était capable de se rendre compte qu'il en est un, il n'en serait pas un.

La taxonomie d'Ellul est élaborée. Il y a la propagande politique et sociologique, verticale et horizontale, l'agitation et l'intégration (modèle de lutte des partis, puis de gouvernement qui change radicalement d'arguments et de ton), le rationnel et l'irrationnel. En Occident, elle tend à s'adapter à une société de masse individualiste et abrutissante après la destruction ou l'affaiblissement de toute structure intermédiaire. Les allusions au prototype américain de son époque donnent l'idée d'un véritable "rayonnement social", ce sont les formes, les modes, les symboles mêmes de notre société environnante qui communiquent avant qu'on leur ordonne de parler.

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Un autre sociologue plus récent, George Ritzer (2005), a publié dix livres en anglais jusqu'à il y a deux ans, avec un livre sur la "forme McDonal"d de nombreuses structures sociales: efficacité, calculabilité, prévisibilité, uniformité dans un univers de McUniversité, McMedia, McChildren et, en fin de compte, une McConscience de soi. Tout cela rayonne avec cohérence directement de la société, le discours propagandiste ne devenant qu'un simple accompagnement. La nécessité de simplifier le discours correspond à la nécessité de simplifier la société. Ses effets ne sont pas superficiels et transitoires, ils façonnent l'esprit avant le contenu par les formes, par exemple en dichotomisant tout (bien-mal, juste-mal), en jugeant avant même d'analyser, en ordonnant la pensée dans les chemins déjà tracés (dont on sait déjà où ils aboutissent de toute façon), en étant obsédé névrotiquement par le présent pour que les causes s'échappent, en ne se demandant jamais "pourquoi"... en essayant bien sûr de dépasser les réponses de pacotille des historiettes qui nous sont assénées.

Dernièrement, pousser compulsivement des boutons sur un parallélépipède plat à tenir devant ses yeux. L'efficacité de la propagande a pour condition préalable l'immensité enveloppante, la continuité, la cohérence invisible, la répétitivité.

L'autre soir, je suis tombé sur une soirée Rampini sur la 7, avec pour thème les Etats-Unis d'Amérique (et dont le decorum reproduisait les couleurs et les formes du drapeau) suivie d'une autre sur la Chine. Selon Rampini, qui revendiquait fièrement sa nouvelle citoyenneté américaine, les Etats-Unis sont forts, inatteignables et gagnants dans tous les grands domaines de la puissance (armes, dollar, PIB, technologie, démographie) et le resteront, heureusement pour nous, encore longtemps. Le seul problème, c'est que ces derniers temps, ils semblent manquer de confiance en eux (zut !).

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J'ajouterai encore quelques remarques sur cette Nathalie Tocci, "experte" convoquée pour nous expliquer les choses. La dame semble diriger un think tank italien de politique internationale. Mais l'on découvre sur son site qu'il reçoit près de 50% de ses fonds d'"organismes et fondations étrangers" (pas de honte). La dame avait tendance, lorsqu'elle parlait des Etats-Unis, à hausser les pointes intérieures de ses sourcils puis à les abaisser, comme si elle parlait sous les traits d'un pauvre petit chaperon rouge en proie aux mille embûches de la forêt mondiale. Lorsqu'elle parlait de la Russie et de la Chine, elle faisait l'inverse, abaissant les pointes intérieures et relevant les pointes extérieures, comme si elle parlait du grand méchant loup qui s'apprêtait à dévorer la pauvre grand-mère. Après tout, il était tard dans la soirée et les histoires à dormir debout ont leur public. Je me suis senti nostalgique de Luttwak. 

Nous en sommes à la régression infantile des opinions publiques, qui va de pair avec un autre concept de la sociologie contemporaine, la "gamification", c'est-à-dire l'introduction de mécanismes de jeu dans des environnements non ludiques tels que l'internet, les systèmes sociaux, d'apprentissage ou d'entreprise, en sollicitant une participation active et "spontanée". Le récent déclin qualitatif des propagandistes correspond à celui des propagandistes et, plus généralement, à l'esprit du temps.

Je termine sur une note positive, que faire, quels antidotes, comment surmonter cette condition de servitude psycho-intellectuelle volontaire, propédeutique à la servitude volontaire de participation à la termitière sociale au rythme des tambours joués pour nous par les propagandistes du système ? Le temps. Passer du travail sur les choses au travail sur soi, gagner du temps à consacrer à l'auto-formation de sa mentalité. Une mentalité, formée a maintenir une distance critique par rapport à la propagande, brise la magie, l'enchantement, devient immunisée, regarde de haut le fatras propagandiste, rompant ainsi la servitude volontaire. Mais au milieu de plus de tradition, plus de travail, plus d'ordre, plus de justice, plus de liberté, plus d'innovation, plus de sécurité, plus d'opportunités, la propagande politique semble unanime à éviter de promettre le seul plus dont vous avez besoin pour décider pour vous-mêmes, juger par vous-mêmes, agir avec le plein sens de vous-mêmes: le plus de temps.

Moins de travail, plus de temps, moins de propagande. C'est l'utopie ultime et irréalisable.

mercredi, 05 avril 2023

La propagande dans la culture populaire

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La propagande dans la culture populaire

Source: https://www.bloccostudentesco.org/2023/02/21/bs-la-propaganda-nella-cultura-popolare/

par Saturno

Dans une société où presque tout le monde a accès à internet et à des produits de divertissement tels que les films, les livres, les jeux vidéo et les bandes dessinées, il était inévitable qu'une relation se crée entre la culture de masse, l'identité nationale, la politique et la géopolitique. Pour comprendre cela, je prendrai l'exemple du célèbre personnage de bande dessinée américain Captain America.

Le concept d'hégémonie culturelle théorisé par Antonio Gramsci, intellectuel marxiste, consiste à voir la société divisée en classes mais avec une seule d'entre elles (la bourgeoisie), placée au sommet, qui ne détient pas le pouvoir par la seule force, mais surtout par le consensus. Cela est possible, selon Gramsci, parce que la classe dirigeante contrôle totalement les moyens d'influencer la culture populaire (école, journaux, religion, etc.) et, par conséquent, la façon dont les gens pensent. Les détenteurs de l'hégémonie culturelle peuvent créer un récit et des sentiments partagés par l'ensemble de la société, en diffusant des valeurs qui font que la domination de la classe actuellement au sommet semble également favorable aux classes subordonnées.

Laissant de côté le discours sur la véracité de la rhétorique marxiste (surtout aujourd'hui) selon laquelle la société est rigidement divisée en classes en lutte, ce concept d'hégémonie culturelle peut être utilisé pour diffuser des sentiments et des modes de pensée qui n'ont rien à voir avec la "lutte des classes", par exemple pour construire artificiellement des récits visant à former des identités nationales grâce à l'influence exercée par des choses triviales telles que les produits de divertissement : films, romans, chansons et bandes dessinées (comme Captain America), qui semblent apolitiques mais contiennent en fait des messages politiques qui influencent la société.

Cela a été particulièrement commode pour les États-Unis, car ils n'ont pas, contrairement aux États européens, des millénaires de civilisation derrière eux pour diffuser une identité nationale qui agit comme un ciment entre des personnes extrêmement différentes (les États-Unis sont ethniquement très peu homogènes). La culture populaire est un outil parfait pour diffuser des sentiments communs, car elle est conçue pour les masses et non pour de petites élites.

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Captain America est un produit de divertissement apparemment apolitique, mais qui remplit néanmoins cette fonction. En tant que personnage de bande dessinée, il est destiné à un public très jeune. Il est présenté comme le héros typique que les enfants rêvent de devenir [1], et c'est précisément le fait qu'il soit destiné aux jeunes qui lui a permis d'influencer plus facilement la société, car les jeunes sont la partie de la population la plus influente sur le plan idéologique et culturel, qui, lorsqu'ils grandissent, apportent avec eux les valeurs, les concepts et la façon de penser qu'ils ont appris pendant l'enfance et l'adolescence.

Captain America n'est pas seulement présenté comme un banal "bon super-héros combattant les méchants", mais comme la personnification de la nation américaine. Le nom même du héros (Captain AMERICA) et sa tenue vestimentaire (son costume et son bouclier rappellent le style et les couleurs du drapeau américain) en témoignent [2].

Créée en 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale (mais avant l'entrée en guerre des États-Unis), la bande dessinée Captain America raconte à l'origine l'histoire d'une "Amérique pacifique" menacée par les "bellicistes sans scrupules d'Europe". De jeunes hommes sont appelés à prendre les armes pour défendre leur pays et l'un d'entre eux se voit injecter un sérum qui le transforme en un super-soldat doté d'une grande force, qui deviendra plus tard Captain America.

Par conséquent, ceux qui (surtout les jeunes) apprécient cette bande dessinée associent inconsciemment le concept de l'Amérique à celui d'un héros juste et courageux qui combat les méchants. Les personnes influencées par Captain America et d'autres produits de divertissement véhiculant des messages similaires finissent donc par voir le monde de la même manière que ces produits. La vision d'une Amérique bonne, prospère et libre, menacée par des ennemis extérieurs, au point de justifier une confrontation violente avec eux, est normalisée dans l'esprit des Américains. Mais cette vision des États-Unis dépasse également les frontières nationales, les États-Unis ayant fortement influencé la culture populaire dans tout l'Occident.

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La façon de voir le monde et ses espaces est donc déformée dans une fonction américano-centrée, il y a les États-Unis (les "bons" par excellence), les pays pro-américains ("bons" seulement en tant qu'amis des États-Unis) et les "mauvais" pays qui sont trop différents et hostiles (ou perçus comme tels) à l'Amérique, contre lesquels il est juste de mener des guerres.

En fait, cette rhétorique fortement américaniste de Captain America est très courante dans les produits de divertissement américains, par exemple dans les films hollywoodiens, les États-Unis sont souvent présentés comme les "bons" qui sauvent quelqu'un ou quelque chose (comme le monde entier), et ce n'est pas un hasard, puisque les films qui montrent une image positive des États-Unis sont souvent financés par le gouvernement américain lui-même. Pour ne citer qu'un exemple, le gouvernement américain a contribué au tournage de la série Transformers, un film racoleur mettant en scène des robots géants se battant les uns contre les autres, car il présentait l'armée américaine sous un jour favorable.

Les bandes dessinées, les jeux vidéo, les séries télévisées et les films anodins sont ainsi transformés en outils politiques et géopolitiques par les États-Unis, qui y insèrent les concepts de la dite "destinée manifeste" et de l'"exceptionnalisme américain" afin de les naturaliser et de les rendre "normaux" au sein de la culture populaire américaine et occidentale. C'est l'une des raisons pour lesquelles, par exemple, le fait que les États-Unis bombardent un endroit du monde en tuant des civils est un fait ignoré parce qu'il est perçu comme normal, alors que si d'autres États font la même chose, cela suscite l'indignation populaire.

En bref, ce sont ceux qui dirigent la culture qui gouvernent la société, car ce sont ceux qui tiennent les rênes de la culture qui peuvent propager dans le peuple la conviction de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, de ce qui est bien et de ce qui est mal.

Le fait que Captain America n'ait pas de super-pouvoirs étranges tels que des rayons laser tirés de ses yeux, mais une "simple" super force (due à la croissance de la masse musculaire) ainsi qu'un grand courage et un sens du devoir que toute personne peut aspirer à atteindre, contribue certainement à l'identification de l'enfant à la lecture de ces bandes dessinées [2].

Ce type de symbolisme américain incarné par quelqu'un est aujourd'hui courant dans la culture populaire américaine, non seulement grâce à Captain America, mais aussi à d'autres produits de divertissement tels que la lutte télévisée. La World Wrestling Federation (aujourd'hui W.W.E.), véritable phénomène de masse, a créé de nombreux personnages qui s'inspirent de ce symbolisme, dont les plus célèbres sont certainement Hulk Hogan et John Cena.

19:29 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : propagande, états-unis, métapolitique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 14 février 2023

Propagande et manipulation en Occident

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Propagande et manipulation en Occident

Source: https://katehon.com/ru/article/propaganda-i-manipulyacii-na-zapade

Récemment, Josep Borrell a annoncé un nouvel effort déployé pour combattre l'influence des médias russes en Europe dans ce qui ressemble à un mélange de censure et de propagande. Les techniques de traitement de l'opinion publique sont variées et doivent être explorées.

La manipulation des médias est une série de techniques connexes par lesquelles les gens créent une image ou un argument pour servir leurs intérêts. Ces tactiques peuvent inclure l'utilisation de sophismes logiques, la manipulation, la tromperie pure et simple (désinformation), les techniques de rhétorique et de propagande, la suppression d'autres points de vue en les écartant du programme d'information, en incitant les gens à ne plus écouter certains arguments ou simplement en détournant l'attention vers autre chose.

De nombreuses techniques modernes de manipulation des médias sont des variantes de la technique de "distraction" et reposent sur l'hypothèse que le public a une capacité d'attention limitée.

Techniques modernes de manipulation

La manipulation d'Internet implique l'utilisation de technologies numériques telles que les algorithmes de réseaux sociaux à des fins commerciales, sociales ou politiques. Elle peut être utilisée dans l'intention expresse de modifier l'opinion publique, de polariser les citoyens, de réduire au silence les dissidents politiques, de nuire aux entreprises ou aux opposants politiques, ou d'améliorer sa propre réputation ou son image de marque. Cela est généralement le fait de pirates informatiques ou d'autres professionnels engagés. Ils utilisent des logiciels spéciaux - généralement des bots Internet (bots sociaux, bots de vote et clickbots).

Le scandale de Facebook est un excellent exemple de cette manipulation. Les chercheurs ont vivement condamné une expérience menée par la société dans laquelle elle a manipulé les fils d'actualités de près de 700.000 utilisateurs pour voir si cela affecterait leurs émotions.

L'expérience a permis de cacher certains éléments du fil d'actualité de 689.003 personnes - environ 0,04 % des utilisateurs - pendant une semaine en 2012. Les développeurs de Facebook ont caché un "petit pourcentage" de mots émotionnels dans le fil d'actualité des gens pour tester l'effet que cela aurait sur les statuts ou les likes.

Les résultats ont montré que, contrairement aux attentes, les utilisateurs réagissaient activement à ce qu'ils voyaient - les chercheurs ont appelé cela la "contagion émotionnelle".

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Mais l'étude a fait l'objet de vives critiques car, contrairement aux publicités diffusées par Facebook, dont on peut dire qu'elles visent à modifier le comportement des gens et à les inciter à acheter des produits ou des services de certains annonceurs, les changements apportés aux fils d'actualité ont été effectués à l'insu des utilisateurs.

La manipulation d'Internet est également utilisée à des fins politiques dans le monde entier.

Par exemple, au Royaume-Uni. Les fichiers publiés par Edward Snowden ont révélé que le GCHQ (Government Communications Centre) avait développé des outils pour influencer les débats en ligne, les résultats des sondages, ainsi que pour "amplifier" les posts autorisés sur YouTube et envoyer de faux e-mails à partir de comptes enregistrés.

First Look Media, qui a publié la fuite, l'a décrite comme une arme des services secrets britanniques pour maîtriser l'Internet.

Les documents affirment que le personnel du GCHQ a été invité à "voir grand" sur ce qu'il pourrait créer pour faciliter la "manipulation en ligne".

Le GCHQ a déclaré que leurs programmes, portant des noms de code tels que Warpath, Silver Lord et Rolling Thunder, avaient été lancés "dans des cadres juridiques et politiques stricts" et étaient soumis à une "surveillance stricte".

La base de données contenant les programmes a été consultée plus de 20.000 fois, mais il n'y a aucune preuve qu'ils aient jamais été utilisés par quelqu'un d'autre que le personnel du GCHQ.

Internationalisation des pratiques

L'Ukraine utilise également la manipulation d'Internet comme tactique.

En décembre 2014, le ministère de l'Information a été créé pour contrer la propagande et a été rapidement surnommé le "ministère de la Vérité".

Quelques mois plus tard, le ministre de l'information Yuriy Stets a créé une "armée de l'information". Il a recruté des Ukrainiens pour se battre sur le front le plus important - le front de l'information. Dans une interview accordée à Radio Free Europe, M. Stets a déclaré que plus de 20.000 personnes avaient accepté de consacrer leur temps à la "lutte quotidienne".

La BBC a rapporté que l'une des premières tâches du projet, connu sous le nom de i-Army, consistait à créer des comptes de médias sociaux et à trouver des "amis" se faisant passer pour des résidents de l'est de l'Ukraine.

À l'approche des élections indiennes de 2014, le Bharatiya Janata Party (BJP) et le Parti du Congrès ont été accusés d'embaucher des "trolls politiques" qui les favorisaient sur les blogs et les médias sociaux.

Le Times of India a rapporté que les personnes ayant un bon "capital en ligne" ont été invitées à participer, y compris celles dont les opinions avaient déjà été publiées dans les médias sérieux. La presse indienne a également parlé d'un groupe de trolls sur Twitter défendant avec véhémence le leader du BJP et Premier ministre indien Narendra Modi.

On pense également que le gouvernement chinois dirige une armée d'utilisateurs pour renforcer une vision positive du Parti communiste chinois (PCC). L'organisation a été surnommée "l'armée des 50 centimes" en raison de la somme qu'ils seraient payés pour un commentaire publié.

L'organisation de défense des droits de l'homme Freedom House a décrit ces efforts comme "une politique globale du PCC, accompagnée d'un vaste système de formation et de récompenses".

Des courriels piratés de certains fonctionnaires chinois ont détaillé comment les commentateurs Internet de la petite ville de Ganzhou étaient chargés de diriger les conversations en ligne dans la "bonne direction".

En 2013, "analyste d'opinion sur Internet" est devenu une profession officiellement reconnue en Chine, et le Beijing Morning Post estime que 2 millions de personnes étaient employées pour surveiller et analyser l'opinion publique.

Il est difficile pour les analystes mondiaux de faire la distinction entre les personnes travaillant officiellement pour le gouvernement, les trolls payés et ceux qui participent activement aux discussions dans divers forums et qui ont sincèrement des opinions pro-chinoises.

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Distraction

À l'ère de la surcharge d'informations, il est bien plus facile et plus rentable de ne pas discuter d'un problème que de dépenser de l'argent en propagande et en relations publiques. De nombreux gouvernements pourraient trouver que la communication avec le public est mieux réalisée avec des armes de distraction massive.

Il ne fait aucun doute que tous les pays ont des priorités en matière d'information et que, dans de nombreux cas, le parti pris sera en faveur de l'administration actuellement au pouvoir.

Distraire les médias est relativement facile, grâce à certaines méthodes éprouvées. Par exemple, l'utilisation de ces techniques a contribué à maintenir le soutien de l'opinion publique aux États-Unis pour l'invasion de l'Irak.

Pendant la campagne présidentielle de 2008, Obama et son équipe ont été mis en garde contre le fait de se laisser trop emporter par les "objets brillants" qui occupaient la presse. Les patrons de presse exigent un flux constant de matériel, ce qui fait qu'une grande partie des reportages ne sont pas pris en compte. Les clients veulent de la rapidité - ou ils cliqueront ailleurs; les concurrents créent leurs propres nouvelles non vérifiées, et les campagnes ne sont que trop heureuses de les publier, sinon leurs adversaires le feront. Les "objets brillants" deviennent les outils de moindre résistance. Les sondages et les gaffes demandent moins de temps et d'effort mental pour comprendre la situation que les livres ou les articles analytiques.

Un autre cas d'espèce concerne Sarah Palin. Lors d'une apparition sur CNN, l'expert Paul Begala a déploré que les démocrates semblent être "tout simplement incapables de résister" en se concentrant sur un "sujet brillant" - Sarah Palin. Moins d'un an après le début de la campagne, Palin a démissionné de son poste de gouverneur et s'est lancée dans une carrière lucrative de troll des médias, d'experte, d'écrivain et de tête d'affiche de rallye, qui a reçu des sommes à huit chiffres depuis 2009.

L'ère des fake news

Les fausses nouvelles sont des informations fausses ou trompeuses présentées comme des nouvelles. Ces nouvelles sont souvent destinées à nuire à la réputation d'une personne ou d'une entité, ou à gagner de l'argent grâce aux recettes publicitaires. Bien que les fausses nouvelles aient été diffusées tout au long de l'histoire, le terme a été utilisé pour la première fois dans les années 1890, lorsque les reportages sensationnalistes dans les journaux étaient monnaie courante. Cependant, le terme n'a pas de définition fixe et est largement appliqué à tout type de fausse information.

En raison de la grande variété de types de fake news, les chercheurs commencent à préférer le terme "fouillis d'informations", plus neutre et plus informatif.

La propagation des fake news s'est accélérée avec l'essor des médias sociaux, notamment la croissance du fil d'actualité de Facebook, et la désinformation qui y est publiée s'infiltre lentement dans les médias traditionnels. Plusieurs facteurs contribuent à la propagation des fake news: la polarisation politique, la politique de la post-vérité, le raisonnement motivé, le biais de confirmation et les algorithmes des médias sociaux.

Le Washington Post a été accusé de publier des fake news. La publication a publié un rapport important alléguant que l'administration Trump a orchestré une campagne visant à refuser systématiquement les passeports aux Hispaniques nés à la frontière.

"L'administration Trump a accusé des centaines, et peut-être des milliers, de Latinos vivant à la frontière d'utiliser de faux certificats de naissance depuis leur enfance, et a entrepris une répression généralisée", écrit le journal.

Mais le Washington Post a retenu des données clés, déformé des informations et accusé le médecin décédé de fraude sans en parler à sa famille, qui s'est publiquement plainte des journalistes après la publication. Le matériel a été substantiellement modifié à trois reprises.

Même dans sa dernière version, le rapport du Washington Post reste trompeur. Il s'appuie sur des données non corroborées pour faire des affirmations explosives qui contredisent les chiffres officiels. Pour aggraver les choses, le journal a toujours refusé de corriger le compte rendu, à moins que d'autres journalistes n'y aient répondu.

"Le but était d'aider à illustrer la complexité et l'ampleur potentielle du problème", écrit le journal. - "Cela dit, nous aurions dû préciser que l'affidavit auquel nous faisions référence faisait partie d'une affaire survenue sous l'ère Obama."

18:34 Publié dans Actualité, Manipulations médiatiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manipulation, propagande | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 04 octobre 2022

Edward Bernays et Louis-Ferdinand Céline face au conditionnement moderne

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Edward Bernays et Louis-Ferdinand Céline face au conditionnement moderne

par Nicolas Bonnal

Avant d’étudier Bernays, on rappellera Céline. Apparemment, tout les oppose, mais sur l’essentiel ils sont d’accord : le monde moderne nous conditionne !

« Nous disions qu'au départ, tout article à "standardiser": vedette, écrivain, musicien, politicien, soutien-gorge, cosmétique, purgatif, doit être essentiellement, avant tout, typiquement médiocre. Condition absolue. Pour s'imposer au goût, à l'admiration des foules les plus abruties, des spectateurs, des électeurs les plus mélasseux, des plus stupides avaleurs de sornettes, des plus cons jobardeurs frénétiques du Progrès, l'article à lancer doit être encore plus con, plus méprisable qu'eux tous à la fois. »

Bernays… C’est un des personnages les plus importants de l’histoire moderne, et on ne lui a pas suffisamment rendu hommage ! Il est le premier à avoir théorisé l’ingénierie du consensus et la définition du despotisme éclairé. Reprenons Normand Baillargeon :

Edouard Bernays est un expert en contrôle mental et en conditionnement de masse. C’est un neveu viennois de Freud, et comme son oncle un lecteur de Gustave Le Bon. Il émigre aux États-Unis, sans se préoccuper de ce qui va se passer à Vienne... Journaliste (dont le seul vrai rôle est de créer une opinion, de l’in-former au sens littéral), il travaille avec le président Wilson au Committee on Public Information, au cours de la première Guerre Mondiale. Dans les années Vingt, il applique à la marchandise et à la politique les leçons de la guerre et du conditionnement de masse ; c’est l’époque du spectaculaire diffus, comme dit Debord. A la fin de cette fascinante et marrante décennie, qui voit se conforter la société de consommation, le KKK en Amérique, le fascisme et le bolchévisme en Europe, le surréalisme et le radicalisme en France, qui voit progresser la radio, la presse illustrée et le cinéma, Bernays publie un très bon livre intitulé Propagande (la première congrégation de propagande vient de l’Eglise catholique, créée par Grégoire XV en 1622) où le plus normalement et le plus cyniquement du monde il dévoile ce qu’est la démocratie américaine moderne : un simple système de contrôle des foules à l’aide de moyens perfectionnés et primaires à la fois ; et une oligarchie, une cryptocratie plutôt où le sort de beaucoup d’hommes, pour prendre une formule célèbre, dépend d’un tout petit nombre de technocrates et de faiseurs d’opinion. C’est Bernays qui a imposé la cigarette en public pour les femmes ou le bacon and eggsau petit déjeuner par exemple : dix ans plus tard les hygiénistes nazis, aussi forts que lui en propagande (et pour cause, ils le lisaient) interdisent aux femmes de fumer pour raisons de santé. Au cours de la seconde guerre mondiale il travaille avec une autre cheville ouvrière d’importance, Walter Lippmann. 

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Avec un certain culot Bernays dévoile les arcanes de notre société de consommation. Elle est conduite par une poignée de dominants, de gouvernants invisibles. Rétrospectivement on trouve cette confession un rien provocante et –surtout – imprudente. A moins qu’il ne s’agît à l’époque pour ce fournisseur de services d’épater son innocente clientèle américaine ?

“Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d'êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d'habiles personnages agissant en coulisse.”

Bernays reprend l’image fameuse de Disraeli dans Coningsby: l’homme-manipulateur derrière la scène. C’est l’image du parrain, en fait un politicien, l’homme tireur de ficelles dont l’expert russe Ostrogorski a donné les détails et les recettes dans son classique sur les partis politiques publié en 1898, et qui est pour nous supérieur aux Pareto-Roberto Michels. Nous sommes dans une société technique, dominés par la machine (Cochin a récupéré aussi l’expression d’Ostrogorski) et les tireurs de ficelles, ou wire-pullers (souvenez-vous de l’affiche du Parrain, avec son montreur de marionnettes) ; ces hommes sont plus malins que nous, Bernays en conclut qu’il faut accepter leur pouvoir. La société sera ainsi plus smooth. On traduit ?

Comme je l’ai dit, Bernays écrit simplement et cyniquement. On continue donc:

“Les techniques servant à enrégimenter l'opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

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La complexité suppose des élites techniques, les managers dont parle Burnham dans un autre classique célèbre (l’ère des managers, préfacé en France par Léon Blum en 1946). Il faut enrégimenter l’opinion, comme au cours de la première guerre mondiale, qui n’aura servi qu’à cela : devenir communiste, anticommuniste, nihiliste, consommateur ; comme on sait le nazisme sera autre chose, d’hypermoderne, subtil et fascinant, avec sa conquête spatiale et son techno-charisme – modèle du rock moderne (lisez ma damnation des stars). 

L’ère des masses est aussi très bien décrite – mais pas comprise – par Ortega Y Gasset (il résume tout dans sa phrase célèbre ; « les terrasses des cafés sont pleines de consommateurs »…). Et cette expression, ère des masses, traduit tristement une standardisation des hommes qui acceptent humblement de se soumettre et de devenir inertes (Tocqueville, Ostrogorski, Cochin aussi décrivaient ce phénomène).

“Nous acceptons que nos dirigeants et les organes de presse dont ils se servent pour toucher le grand public nous désignent les questions dites d'intérêt général ; nous acceptons qu'un guide moral, un pasteur, par exemple, ou un essayiste ou simplement une opinion répandue nous prescrivent un code de conduite social standardisé auquel, la plupart du temps, nous nous conformons.” 

Pour Bernays bien sûr on est inerte quand on résiste au système oppressant et progressiste (le social-corporatisme dénoncé dans les années 80 par Minc & co).

La standardisation décrite à cette époque par Sinclair Lewis dans son fameux Babbitt touche tous les détails de la vie quotidienne : Babbitt semble un robot humain plus qu’un chrétien (il fait son Church-shopping à l’américaine d’ailleurs), elle est remarquablement rendue dans le cinéma comique de l’époque, ou tout est mécanique, y compris les gags. Bergson a bien parlé de ce mécanisme plaqué sur du vivant. Il est favorisé par le progrès de la technique :

« Il y a cinquante ans, l'instrument par excellence de la propagande était le rassemblement public. À l'heure actuelle, il n'attire guère qu'une poignée de gens, à moins que le programme ne comporte des attractions extraordinaires. L'automobile incite nos compatriotes à sortir de chez eux, la radio les y retient, les deux ou trois éditions successives des quotidiens leur livrent les nouvelles au bureau, dans le métro, et surtout ils sont las des rassemblements bruyants. »

La capture de l’esprit humain est l’objectif du manipulateur d’opinion, du spécialiste en contrôle mental, cet héritier du magicien d’Oz.

“La société consent à ce que son choix se réduise aux idées et aux objets portés à son attention par la propagande de toute sorte. Un effort immense s'exerce donc en permanence pour capter les esprits en faveur d'une politique, d'un produit ou d'une idée.”

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Concernant la première guerre mondiale, Bernays “révise” simplement l’Histoire en confiant que la croisade des démocraties contre l’Allemagne s’est fondée sur d’habituels clichés et mensonges ! Il a d’autant moins de complexes que c’est lui qui a mis cette propagande au point…

“Parallèlement, les manipulateurs de l'esprit patriotique utilisaient les clichés mentaux et les ressorts classiques de l'émotion pour provoquer des réactions collectives contre les atrocités alléguées, dresser les masses contre la terreur et la tyrannie de l'ennemi. Il était donc tout naturel qu'une fois la guerre terminée, les gens intelligents s'interrogent sur la possibilité d'appliquer une technique similaire aux problèmes du temps de paix.”

On n'a jamais vu un cynisme pareil. Machiavel est un enfant de chœur. La standardisation s’applique bien sûr à la politique. Il ne faut pas là non plus trop compliquer les choses, écrit Bernays. On a trois poudres à lessive pour laver le linge, qui toutes appartiennent à Procter & Gamble (les producteurs de soap séries à la TV) ou à Unilever ; et bien on aura deux ou trois partis politiques, et deux ou trois programmes simplifiés !

Bernays reprend également l’expression demachinede Moïse Ostrogorski (voir notre étude sur ce chercheur russe, qui disséqua et désossa l'enfer politique américain), qui décrit l’impeccable appareil politique d’un gros boss. La machine existe déjà chez le baroque Gracian. Ce qui est intéressant c’est de constater que la mécanique politique – celle qui a intéressé Cochin - vient d’avant la révolution industrielle. Le mot industrie désigne alors l’art du chat botté de Perrault, celui de tromper, d’enchanter – et de tuer ; l’élite des chats bottés de la politique, de la finance et de l’opinion est une élite d’experts se connaissant, souvent cooptés et pratiquant le prosélytisme. Suivons le guide :

“Il n'en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l'intérêt égoïste avec l'intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l'énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer.”

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Comme je l’ai dit, cette élite n’a pas besoin de prendre de gants, pas plus qu’Edouard Bernays. Il célèbre d’ailleurs son joyeux exercice de style ainsi :

“Les techniques servant à enrégimenter l'opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

La démocratie a un gouvernement invisible qui nous impose malgré nous notre politique et nos choix. Si on avait su…

Après la Guerre, Bernays inspire le méphitique Tavistock Institute auquel Daniel Estulin a consacré un excellent et paranoïaque ouvrage récemment.

Mais en le relisant, car cet ouvrage est toujours à relire, je trouve ces lignes définitives sur l'organisation conspirative de la vie politique et de ses partis :

« Le gouvernement invisible a surgi presque du jour au lendemain, sous forme de partis politiques rudimentaires. Depuis, par esprit pratique et pour des raisons de simplicité, nous avons admis que les appareils des partis restreindraient le choix à deux candidats, trois ou quatre au maximum. »

Et cette conspiration était n'est-ce pas très logique, liée à l’esprit pratique et à la simplicité :

« Les électeurs américains se sont cependant vite aperçus que, faute d'organisation et de direction, la dispersion de leurs voix individuelles entre, pourquoi pas, des milliers de candidats ne pouvait que produire la confusion ». 

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Pour le grand Bernays il n'y a de conspiration que logique. La conspiration n'est pas conspirative, elle est indispensable. Sinon tout s'écroule. L'élite qu'il incarne, et qui œuvre d'ailleurs à l’époque de Jack London, ne peut pas ne pas être. Et elle est trop souple et trop liquide pour se culpabiliser. N'œuvre-t-elle pas à la réconciliation franco-allemande après chaque guerre qu'elle a contribué à déclencher, et que la Fed a contribué à financer au-delà des moyens de tous ?

Elle est aussi innocente que l'enfant qui vient de naître.

Un qui aura bien pourfendu Bernays sans le savoir dans ses pamphlets est Louis-Ferdinand Céline. Sur la standardisation par exemple, voici ce qu’il écrit :

« Standardisons! le monde entier! sous le signe du livre traduit! du livre à plat, bien insipide, objectif, descriptif, fièrement, pompeusement robot, radoteur, outrecuidant et nul. »

Et d’ajouter sur un ton incomparable et une méchanceté inégalable :

« le livre pour l'oubli, l'abrutissement, qui lui fait oublier tout ce qu'il est, sa vérité, sa race, ses émotions naturelles, qui lui apprend mieux encore le mépris, la honte de sa propre race, de son fond émotif, le livre pour la trahison, la destruction spirituelle de l'autochtone, l'achèvement en somme de l'œuvre bien amorcée par le film, la radio, les journaux et l'alcoolisme. »

La standardisation (j’écris satan-tardisation…) rime avec la mort (mais n’étions-nous pas morts avant, cher Ferdinand ? Vois Drumont, Toussenel même, ce bon Cochin, ce génial Villiers…). Le monde est mort, et on a pu ainsi le réifier et le commercialiser ;

« Puisque élevés dans les langues mortes ils vont naturellement au langage mort, aux histoires mortes, à plat, aux déroulages des bandelettes de momies, puisqu'ils ont perdu toute couleur, toute saveur, toute vacherie ou ton personnel, racial ou lyrique, aucun besoin de se gêner! Le public prend ce qu'on lui donne. Pourquoi ne pas submerger tout! simplement, dans un suprême effort, dans un coup de suprême culot, tout le marché français, sous un torrent de littérature étrangère? Parfaitement insipide?... »

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Divaguons sur ce thème de la civilisation mortelle – et sortons du Valéry pour une fois. A la même époque Drieu la Rochelle écrivait dans un beau libre préfacé par Halévy, Mesure de la France :

« Il n'y a plus de conservateurs, de libéraux, de radicaux, de socialistes. Il n'y a plus de conservateurs, parce qu'il n'y a plus rien à conserver. Religion, famille, aristocratie, toutes les anciennes incarnations du principe d'autorité, ce n'est que ruine et poudre. »

Puis Drieu enfonce plus durement le clou (avait-il déjà lu Guénon ?) :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider la vieille patrie prétentieuse :

« Il n'y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n'y aura plus de nations, plus rien qu'une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Drieu affirme il y a cent ans que le catholicisme romain est zombie :

« Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Enfin, vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique et l’industrie comme les vrais conspirateurs :

« Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l'aventure industrielle. »

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Revenons à Céline, qui avec ferveur et ire dépeint la faune nouvelle de l’art pour tous :

« Les grands lupanars d'arts modernes, les immenses clans hollywoodiens, toutes les sous-galères de l'art robot, ne manqueront jamais de ces saltimbanques dépravés... Le recrutement est infini. Le lecteur moyen, l'amateur rafignolesque, le snob cocktailien, le public enfin, la horde abjecte cinéphage, les abrutis-radios, les fanatiques envedettés, cet international prodigieux, glapissant, grouillement de jobards ivrognes et cocus, constitue la base piétinable à travers villes et continents, l'humus magnifique le terreau miraculeux, dans lequel les merdes publicitaires vont resplendir, séduire, ensorceler comme jamais. »

Et de conclure avec son habituelle outrance que l’époque de l’inquisition et des gladiateurs valait bien mieux :

« Jamais domestiques, jamais esclaves ne furent en vérité si totalement, intimement asservis, invertis corps et âmes, d'une façon si dévotieuse, si suppliante. Rome? En comparaison?... Mais un empire du petit bonheur! une Thélème philosophique! Le Moyen Age?... L'Inquisition?... Berquinades! Epoques libres! d'intense débraillé! d'effréné libre arbitre! le duc d'Albe? Pizarro? Cromwell? Des artistes! »

Dans son très bon livre sur Spartacus, l’écrivain juif communiste Howard Fast établit lui aussi un lien prégnant entre la décadence impériale et son Amérique ploutocratique. C’est que l’homme postmoderne et franchouillard a du souci à se faire (ce que Léon Bloy nommait sa capacité bourgeoise à avaler – surtout de la merde) :

« Plus c'est cul et creux, mieux ça porte. Le goût du commun est à ce prix. Le "bon sens" des foules c'est : toujours plus cons. L'esprit banquiste, il se finit à la puce savante, achèvement de l'art réaliste, surréaliste. Tous les partis politiques le savent bien. Ce sont tous des puciers savants. La boutonneuse Mélanie prend son coup de bite comme une reine, si 25.000 haut-parleurs hurlent à travers tous les échos, par-dessus tous les toits, soudain qu'elle est Mélanie l'incomparable... Un minimum d'originalité, mais énormément de réclame et de culot. L'être, l'étron, l'objet en cause de publicité sur lequel va se déverser la propagande massive, doit être avant tout au départ, aussi lisse, aussi insignifiant, aussi nul que possible. La peinture, le battage-publicitaire se répandra sur lui d'autant mieux qu'il sera plus soigneusement dépourvu d'aspérités, de toute originalité, que toutes ses surfaces seront absolument planes. Que rien en lui, au départ, ne peut susciter l'attention et surtout la controverse. » 

Et comme s’il avait lu et digéré Bernays Céline ajoute avec le génie qui caractérise ses incomparables pamphlets :

« La publicité pour bien donner tout son effet magique, ne doit être gênée, retenue, divertie par rien. Elle doit pouvoir affirmer, sacrer, vociférer, mégaphoniser les pires sottises, n'importe quelle himalayesque, décervelante, tonitruante fantasmagorie... à propos d'automobiles, de stars, de brosses à dents, d'écrivains, de chanteuses légères, de ceintures herniaires, sans que personne ne tique... ne s'élève au parterre, la plus minuscule naïve objection. Il faut que le parterre demeure en tout temps parfaitement hypnotisé de connerie. 

Le reste, tout ce qu'il ne peut absorber, pervertir, déglutir, saloper standardiser, doit disparaître. C'est le plus simple. Il le décrète. Les banques exécutent. Pour le monde robot qu'on nous prépare, il suffira de quelques articles, reproductions à l'infini, fades simulacres, cartonnages inoffensifs, romans, voitures, pommes, professeurs, généraux, vedettes, pissotières tendancieuses, le tout standard, avec énormément de tam-tam d'imposture et de snobisme La camelote universelle, en somme, bruyante, juive et infecte... »

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Et de poursuivre sa belle envolée sur la standardisation :

« Le Standard en toutes choses, c'est la panacée. Plus aucune révolte à redouter des individus pré-robotiques, que nous sommes, nos meubles, romans, films, voitures, langage, l'immense majorité des populations modernes sont déjà standardisés. La civilisation moderne c'est la standardisation totale, âmes et corps. »

La violence pour finir :

« Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l'or et devant la merde !... Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n'eut jamais dans toutes les pires antiquités... Du coup, on la gave, elle en crève... Et plus nulle, plus insignifiante est l'idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules... mieux la publicité s'accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l'idolâtrie... Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. »

Céline est incomparable quand il s’attaque à la foule, discutable quand il reprend le lemme du juif comme missionnaire du mal dans le monde moderne. Mais c’est cette folie narrative qui crée la tension géniale de son texte. De toute manière, ce n’est pas notre sujet. Et puis c’est Disraeli et c’est Bernays qui ont joué à l’homme invisible un peu trop visible. Comme dit Paul Johnson dans sa fameuse Histoire des Juifs (p. 329): “Thus Disraeli preached the innate superiority of certain races long before the social Darwinists made it fashionable, or Hitler notorious.”

Bibliographie:

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Dualpha, Amazon.fr)

Frédéric Bernays/Normand Baillargeon – Propagande

Céline – Bagatelles…

Drieu la Rochelle – Mesure de la France

Johnson (Paul) – A History of the Jews

 

mercredi, 14 septembre 2022

Top Gun - La propagande hollywoodienne pour l'armée américaine au cinéma

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Top Gun - La propagande hollywoodienne pour l'armée américaine au cinéma

Alexander Markovics

Les Etats-Unis au milieu des années 1980 : après la médiatisation des crimes de guerre commis par l'armée américaine au Vietnam, un important mouvement pacifiste dans les années 1960 et 1970 et une vague de films anti-guerre comme Apocalypse now et Ceux qui traversent l'enfer ont ruiné la réputation des forces armées américaines. Mais un film a largement contribué à changer la donne : Top Gun, de Jerry Bruckheimer, avec Tom Cruise dans le rôle principal. Doté d'un budget de 15 millions de dollars, le film a rapporté 356,8 millions. Le grand succès du film est sans aucun doute dû en partie à l'US Navy qui, par le biais du DOD Entertainment Office, met des porte-avions et des chasseurs à la disposition de la production. Ce bureau du ministère américain de la Défense existe curieusement depuis 100 ans et a coopéré pour la première fois avec des cinéastes en 1927 pour le film Wings, sur les pilotes de chasse pendant la Première Guerre mondiale. Et la marine en a également profité : après la sortie du film en 1986, on a assisté à une augmentation de 500% du nombre de jeunes pilotes dans la marine, notamment parce qu'il y avait en même temps des recruteurs militaires devant les salles de cinéma.

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Parallèlement, le ministère américain de la Défense contrôle ainsi les messages véhiculés par le film : l'ensemble du scénario doit être approuvé au préalable. Top Gun, avec ses scènes d'action rapides et ses manœuvres aériennes audacieuses, n'est donc pas seulement un bon film d'un point de vue technique, mais aussi un message publicitaire efficace en faveur de l'impérialisme américain. Il ne fait aucun doute que le film laisse un goût amer lorsque l'on sait que ce sont précisément les pilotes américains qui ont bombardé l'Irak, la Yougoslavie, la Libye et bien d'autres pays au cours des trente dernières années, causant la mort de millions de personnes. Trente-six ans plus tard, Tom Cruise et les forces armées américaines réitèrent cette manœuvre dans les salles de cinéma, cette fois avec le film Top Gun : Maverick. Cette fois encore, il s'agit essentiellement d'un film pornographique de guerre qui glorifie l'armée américaine de manière ridicule et dépeint une troupe qui place la camaraderie et l'abnégation au-dessus de tout. Si l'on considère le taux élevé de suicides dans les forces armées américaines, cela aussi se moque de la réalité.

Ce qui est intéressant dans ce film, c'est qu'il manque de contexte ou qu'il le laisse dans l'ombre : Top Gun Maverick ne prend même pas la peine de justifier la politique étrangère américaine. Un État voyou non identifié veut construire un réacteur nucléaire et l'escadron d'élite Top Gun doit le détruire lors d'une opération commando. Il n'y a pas de débat sur la motivation de l'État voyou à vouloir construire ce réacteur (peut-être pour pouvoir défendre sa souveraineté contre les États-Unis ou pour ne pas avoir à subir les sanctions énergétiques américaines?), et on ne montre pas non plus les protagonistes de l'État ennemi sans visage, qui ne servent que de chair à canon anonyme pour les as de l'aviation américaine. Du point de vue des Etats-Unis, de tels films peuvent être compréhensibles, mais seuls les maîtres du complexe de divertissement militaire d'Hollywood et de Washington savent pourquoi les spectateurs allemands et européens, qui ont également eu à souffrir des bombes américaines dans le passé, sont contraints de voir de tels films.

samedi, 28 mai 2022

Le Royaume-Uni utilise les tactiques de propagande noire de la Guerre froide contre la Russie

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Le Royaume-Uni utilise les tactiques de propagande noire de la Guerre froide contre la Russie

Lucas Leiroz

Source: https://novaresistencia.org/2022/05/20/reino-unido-usa-taticas-de-propaganda-negra-da-guerra-fria-contra-a-russia/

Une fois de plus, l'Occident semble fonctionner selon une vieille mentalité, celle de la guerre froide jadis menée contre la Russie. Des documents émanant du gouvernement britannique, récemment déclassifiés, révèlent à l'évidence une série de pratiques de sabotage utilisées par le Royaume-Uni pendant l'ère bipolaire et similaires à celles qui sont aujourd'hui appliquées aux relations actuelles entretenues avec la Russie contemporaine. En effet, le sabotage, l'art de fomenter de la haine, la diffusion de mensonges et d'autres tactiques courantes semblent faire partie intégrante de la politique étrangère britannique et l'actuelle opération spéciale russe en Ukraine n'est qu'un prétexte de plus.

Récemment, il a été révélé que le gouvernement britannique a mené une série de campagnes secrètes de "propagande noire" contre les pays ennemis pendant les décennies de la guerre froide. Non seulement l'Union soviétique et la Chine communiste ont été ciblées par les services de renseignements britanniques, mais également des pays d'Afrique, du Moyen-Orient et de certaines régions d'Asie. Les tactiques comprenaient diverses méthodes de sabotage, les arts de mener la guerre de l'information, la promotion des tensions raciales et terroristes, toujours dans le but de favoriser la déstabilisation des nations rivales.

9781838955618.jpgCommentant l'affaire, l'expert en renseignement Rory Cormac a déclaré au Guardian lors d'une interview : "Ces révélations sont parmi les plus importantes des deux dernières décennies ... Il est maintenant très clair que le Royaume-Uni s'est engagé dans bien plus de campagnes de propagande noire que les historiens ne l'ont supposé jusqu'ici et que ces efforts ont été plus systémiques, ambitieux et offensifs qu'on ne l'imaginait. Malgré les démentis officiels, [ces campagnes] allaient bien au-delà de la simple dénonciation de la désinformation soviétique (...) Le Royaume-Uni ne s'est pas contenté d'inventer du matériel (...), mais il avait certainement l'intention de tromper le public pour faire passer son message."

Un exemple de la manière dont la praxis britannique a fonctionné est l'action vaste et complexe menée pour favoriser les tensions entre l'Union soviétique et la communauté islamique. Dans la seconde moitié des années 1960, le Département de recherche et d'information (IRD) a falsifié au moins onze documents des médias d'État soviétiques exposant la prétendue "colère" du gouvernement face au "gaspillage" d'armes soviétiques par l'Égypte pendant la guerre des Six Jours de 1967. Plus tard, le même département a falsifié des documents censés provenir des Frères musulmans, accusant Moscou de saboter la campagne égyptienne, consistant à critiquer la qualité du matériel militaire soviétique et qualifiant les Russes d'"athées mal embouchés" qui considéraient les Égyptiens comme "des paysans qui ont vécu toute leur vie en nourrissant des superstitions islamiques réactionnaires".

L'année dernière, The Observer avait déjà révélé que l'IRD était directement responsable du massacre de centaines de personnes en Indonésie suite à la diffusion de mensonges dans une campagne de propagande noire en 1965. À l'époque, le ministère a financé la préparation de tracts censés appartenir au PKI, alors le plus grand parti communiste dans le monde non communiste, qui n'étaient en fait que des "faux drapeaux" forgés par les services britanniques. Cela a encouragé les milices anticommunistes à promouvoir un massacre sans précédent dans le pays, qui a entraîné la mort de centaines de militants communistes et de civils. Aujourd'hui, grâce aux documents récemment déclassifiés, il est possible de voir qu'il ne s'agissait pas d'un épisode isolé, mais d'une pratique régulière au sein des services de renseignement britanniques.

En effet, il semble impossible d'analyser cette affaire et de ne pas la mettre en rapport, d'une manière ou d'une autre, avec la campagne occidentale actuelle contre la Russie, dans laquelle le Royaume-Uni semble être très impliqué. D'une certaine manière, il semble que, malgré la fin de la guerre froide, la mentalité bipolaire n'a jamais cessé de fonctionner en Occident. En termes simples, ce qui était autrefois orienté vers l'Union soviétique est maintenant orienté vers la Russie.

C'est exactement ce que pense l'analyste politique Joe Quinn : "Le moment choisi pour cette déclassification des documents est intéressant dans la mesure où il peut servir, pour certains, à confirmer que la guerre géopolitique de l'Occident contre l'Union soviétique n'a jamais vraiment pris fin, elle s'est simplement poursuivie pour devenir une guerre contre la Fédération de Russie, mais sans la justification de la lutte contre le communisme."

Les médias britanniques ont été l'un des plus actifs dans la diffusion de récits anti-russes, de fake news et de propagande pro-Kiev. Bien que la plupart des travaux soient exploités par le secteur privé, il serait naïf de penser qu'il n'existe aucune incitation étatique à la propagande pro-OTAN. L'État britannique - tout comme les États-Unis et les nations alliées - a un intérêt très profond à créer un scénario de guerre psychologique. Il existe donc une sorte de coopération publique-privée clandestine entre les départements d'État et ces agences médiatiques afin que leur objectif commun soit atteint.

L'opération militaire spéciale en Ukraine est la principale raison pour laquelle la Russie est attaquée par la propagande occidentale aujourd'hui. Qu'il s'agisse d'accusations de crimes de guerre, de faux drapeaux (comme la tragédie de Bucha) ou d'"analyses" absolument irréalistes prétendant que l'Ukraine est en train de "gagner" le conflit, nous avons dans tous ces cas des exemples de la façon dont les médias britanniques agissent en collusion avec les intérêts de l'OTAN, en utilisant les vieilles tactiques de désinformation et de propagande noire contre les ennemis géopolitiques de Londres.

adkas.jpgÀ cet égard, Adriel Kasonta (photo), analyste des affaires étrangères basé à Londres et ancien président du comité des affaires internationales du groupe de réflexion Bow Group, estime qu'à l'heure actuelle, le principal intérêt des services de renseignement britanniques est de faire en sorte que l'opinion publique approuve l'envoi d'armes à l'Ukraine et croie que c'est stratégique, en falsifiant les données pour faire croire que Kiev est sur le point de "gagner".

"L'objectif est de tromper l'opinion publique nationale, en la convainquant que l''opération spéciale' ne se déroule pas comme prévu et en la persuadant que l'envoi d'armes létales par les alliés de l'OTAN contribue aux prétendues victoires et à la résistance réussie du côté ukrainien. Il s'agit d'un jeu psychologique, et rien ne convainc la population naturellement pacifique de soutenir une guerre dans un pays lointain [plus] que le supposé moral bas et les pertes militaires de l'adversaire", explique l'analyste.

Avec ceci, il semble clair qu'il y a effectivement une campagne anti-russe flagrante en cours dont le but est de nuire à Moscou en utilisant les tactiques anciennes et bien connues de la propagande noire et de la guerre de l'information. Il est essentiel que les documents récemment déclassifiés soient publiés afin que l'opinion publique occidentale soit consciente des armes utilisées par leurs gouvernements et leurs agences de presse contre les nations qui ne sont pas alignées sur les plans géopolitiques de l'OTAN.

Source : InfoBrics

samedi, 12 mars 2022

Idéologie, propagande et conflit

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Idéologie, propagande et conflit

Par Daniele Perra

Source: https://www.eurasia-rivista.com/ideologia-propaganda-e-conflitto/

"Par conséquent, c'est un précepte ou une règle générale de la raison que tout homme doit s'efforcer d'obtenir la paix, dans la mesure où il a l'espoir de l'obtenir, et lorsqu'il ne peut l'obtenir, rechercher et utiliser toutes les aides et tous les avantages de la guerre. La première partie de cette règle contient la première loi fondamentale de la nature, qui est de rechercher la paix et de l'obtenir. La seconde, la somme de la loi de la nature, qui consiste à se défendre par tous les moyens possibles."

(Thomas Hobbes, Léviathan)

Dans son interprétation personnelle de l'œuvre la plus célèbre de Thomas Hobbes, Carl Schmitt souligne combien la figure du Léviathan évoque avant tout "un symbole mythique plein de significations cachées" [1]. Ce mythe, selon le grand juriste allemand, doit être compris avant tout comme une lutte séculaire d'images. En effet, dans le livre de Job, à côté de la figure du Léviathan (l'animal marin le plus fort et le plus indomptable), un autre animal est dépeint avec autant d'importance et de richesse de détails : le Béhémoth terrestre.

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Après un rapide examen des interprétations chrétiennes de ce "mythe" (par exemple, selon l'Apocalypse de Jean, dans le célèbre Liber Floridus du 12e siècle, l'Antéchrist est représenté trônant sur Léviathan tandis qu'un démon chevauche Béhémoth), Schmitt se concentre sur l'exégèse juive, où les deux bêtes deviennent des symboles des puissances mondaines et païennes hostiles aux Juifs. "Le Léviathan", affirme Schmitt, "représente les bêtes sur mille montagnes (Psaumes 50:10), c'est-à-dire les peuples païens" [2]. Dans ce sens, l'histoire du monde est présentée comme une lutte des peuples païens les uns contre les autres. En particulier, la lutte se déroule entre le Léviathan - les puissances maritimes - et le Béhémoth - les puissances terrestres.

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Béhémoth essaie de déchirer le Léviathan avec ses cornes, tandis que le Léviathan bouche la gueule et les narines de Béhémoth avec ses nageoires, le tuant. Ceci, poursuit Schmitt, est "une belle image de l'étranglement d'une puissance terrestre par un blocus naval" [3] (la référence, bien sûr, est au blocus naval avec lequel les Britanniques ont étranglé l'économie allemande pendant la Première Guerre mondiale). Dans tout cela, les Juifs regardent les peuples de la terre s'entretuer: "pour eux, ces massacres et égorgements mutuels sont légaux et casher. C'est pourquoi ils mangent la chair des peuples tués et en tirent la vie" [4].

Si l'interprétation schmittienne de ce thème biblique est appliquée aux événements actuels, il n'est pas particulièrement difficile d'identifier la Russie et l'Europe respectivement comme le Béhémoth et le Léviathan, et les États-Unis comme ceux qui "se nourrissent de la chair des tués et en vivent".

Dans deux articles publiés sur le site Eurasia, intitulés "L'ennemi de l'Europe" et "Comparaison des modèles géopolitiques", on a tenté d'expliquer comment les Etats-Unis, à travers deux guerres mondiales en l'espace de trente ans (ce n'est pas une coïncidence si l'historien Eric Hobsbawm a parlé d'une "deuxième guerre de trente ans" et Ernst Nolte d'une "guerre civile européenne"), ont réussi à évincer la Grande-Bretagne de son rôle de puissance mondiale, l'épuisant dans une lutte sans merci avec l'Allemagne. La "Grande Guerre" se prête particulièrement bien à ce schéma d'interprétation, puisque les États-Unis ne sont intervenus qu'après s'être transformés de pays débiteur en pays créditeur et après s'être assurés que les concurrents européens sortiraient du conflit, quelle que soit l'issue, dans des conditions économiques désastreuses. Et il ne semble pas déplacé d'utiliser le même schéma d'interprétation pour la crise actuelle en Europe de l'Est, étant donné que, aujourd'hui comme en 1914, les États-Unis sont le plus grand pays débiteur du monde. 

Toutefois, une telle approche nécessite une réflexion approfondie. Nous avons choisi de commencer cette analyse par une citation de Thomas Hobbes pour la simple raison que le philosophe anglais reconnaît que l'État est avant tout un système de sécurité destiné à garantir la sécurité de son peuple et à éviter un retour à l'état de nature : la lutte de tous contre tous.

9782081395497.jpgHobbes déclare expressément qu'il est du devoir de tout homme de rechercher la paix. Mais lorsque cela ne peut être réalisé, il a le droit d'utiliser les avantages de la guerre. Le penseur de Malmesbury, à son crédit, dit aussi autre chose. Plus précisément, il affirme la nécessité du respect des pactes, car : "sans une telle garantie les pactes sont vains et ne sont que des paroles vides, et le droit de tous les hommes à toutes choses demeurant, on est toujours dans la condition de la guerre [...] Mais quand un pacte est fait, alors le rompre est injuste et la définition de l'injustice n'est rien d'autre que le non-respect du pacte" [5].

Et encore : "C'est pourquoi celui qui rompt l'alliance qu'il a contractée, et qui déclare par conséquent qu'il pense pouvoir le faire avec raison, ne peut être reçu dans une société qui se réunit pour la paix et la défense, si ce n'est par l'erreur de ceux qui le reçoivent, ni, une fois reçu, rester sans que ceux qui voient le danger de leur erreur" [6].

Quelle est l'utilité de ces citations face au conflit actuel en Ukraine ? Il est bon de procéder par ordre. En 1987, les États-Unis et l'Union soviétique ont signé le traité INF - Intermediate-range Nuclear Force Treaty, qui réglementait le placement de missiles balistiques à courte et moyenne portée sur le sol européen. À peu près au même moment, Washington a donné à Moscou des garanties que l'OTAN ne s'étendrait pas vers l'est.

En 2014, l'Ukraine était dirigée par Viktor Ianoukovitch, dont le principal défaut (plus que la corruption généralisée) était d'avoir opté pour une éventuelle entrée du pays dans l'Union économique eurasienne. En effet, dans sa vision, l'ex-république soviétique était censée être un pont entre l'est et l'ouest et non une rupture géographique entre la Russie et le reste de l'Europe. Dans une interview accordée à CNN quelques semaines après le coup d'État à Kiev, le spéculateur ("philanthrope") George Soros a ouvertement déclaré qu'il avait contribué à renverser le "régime pro-russe" afin de créer les conditions nécessaires au développement d'une démocratie de type occidental. Non seulement cela, mais le gouvernement ukrainien post-golpiste a été sélectionné selon une méthodologie d'entreprise. Plus précisément, la sélection a été effectuée par deux cabinets de "chasseurs de têtes", Pedersen & Partners et Korn Ferry, qui ont choisi 24 personnes sur une liste de 185 candidats parmi les étrangers vivant en Ukraine (sans surprise, le gouvernement post-golpiste comprenait un Américain, un Lituanien et un Géorgien) et les Ukrainiens vivant au Canada et aux États-Unis. L'ensemble du processus - et cela ne devrait pas être une surprise - a été financé par Soros lui-même par le biais de la fondation Renaissance et du réseau de conseil politique [7].

Non moins troublant a été le processus de sélection de l'actuel président ukrainien, que la propagande atlantiste, dans un élan d'humour et de blasphème, a comparé à Salvador Allende. Volodymir Zelens'kyi, acteur et comédien d'origine juive aux talents incontestables (étant donné sa capacité à hypnotiser un public occidental déjà enivré par deux années de rhétorique pandémique militariste), avant de se consacrer à la politique était sous contrat avec la télévision privée du puissant oligarque Igor Kolomoisky. Également d'origine juive, ancien président de la Communauté juive unie d'Ukraine et du Conseil européen des communautés juives, Kolomoisky est également connu pour avoir financé les groupes paramilitaires qui massacrent les civils dans le Donbass depuis huit ans et pour avoir placé des primes de 10.000 dollars sur les têtes des miliciens séparatistes (Il va sans dire que ce sont les mêmes groupes qui ont assassiné le journaliste italien Andy Rocchelli (photo, ci-dessous) dans le silence absolu de nos médias, bien plus intéressés à défendre les droits bafoués d'un étudiant égyptien en études de genre).

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Biographie: https://www.worldpressphoto.org/andy-rocchelli

Or, pour en revenir à l'affirmation hobbesienne selon laquelle "la définition de l'injustice n'est rien d'autre que le non-respect de l'alliance", on ne peut manquer de rappeler qu'en plus d'avoir accepté une large expansion de l'OTAN vers l'Est, les États-Unis ont opté en 2018 (sous l'administration Trump) pour un retrait unilatéral du FNI, sanctionnant de fait la possibilité d'amener leurs missiles aux frontières de la Russie. Comment la deuxième puissance militaire du monde aurait-elle dû réagir à un tel acte ? Il est bon de commencer par les aspects diplomatiques.

Le 17 décembre 2021, le ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie a publié le projet d'accord sur les garanties de sécurité soumis à l'OTAN et aux États-Unis. Il s'agissait notamment : a) d'exclure toute nouvelle expansion de l'OTAN vers l'est (y compris l'Ukraine) ; b) de ne pas déployer de troupes supplémentaires ; c) d'abandonner les activités militaires de l'OTAN en Ukraine, en Europe de l'Est, dans le Caucase et en Asie centrale ; d) de ne pas déployer de missiles à moyenne et courte portée dans des zones à partir desquelles d'autres territoires peuvent être touchés ; e) de s'engager à ne pas créer de conditions pouvant être perçues comme des menaces ; f) de créer une ligne directe pour les contacts d'urgence [8].

En outre, Moscou a expressément exigé le retrait de la déclaration de Bucarest dans laquelle l'OTAN a établi le principe de la "porte ouverte" en ce qui concerne l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'alliance. Naturellement, Washington et l'OTAN ont rejeté en bloc les demandes russes.

Il est essentiel de souligner ce fait, car la liberté invoquée aujourd'hui par le président ukrainien dans ses appels "sincères" n'est rien d'autre que la "liberté" de ses protecteurs de placer sur le sol ukrainien des missiles qui peuvent atteindre Moscou en quelques minutes, la détruisant avant même qu'elle ait une chance de réagir. Et la rhétorique belliqueuse utilisée par les gouvernements collaborationnistes européens (l'Italie en premier lieu) défend cette idée plutôt bizarre de liberté, sur la base de laquelle (nous le répétons) la deuxième puissance militaire du monde (ainsi que le principal fournisseur d'énergie de l'Europe) ne se voit pas garantir le droit à la sécurité.

Pour cette idée malsaine de la liberté (l'Italie est une fois de plus au premier rang, malgré la présence de plus de 70 têtes nucléaires américaines qui en font une cible directe en cas d'éventuelles représailles), il a été décidé d'envoyer des armes à Kiev (qui finiront dans les mains de groupes paramilitaires plus intéressés par la chasse à leurs concitoyens pro-russes que par la guerre contre les Russes) et de ne soumettre qu'un quart du système bancaire russe à des sanctions.

Au nom de cette idée de liberté, produit de la manipulation idéologico-géographique qui porte le nom d'Occident, le suicide économique et financier de l'Europe a été décidé (à la grande joie de Washington). Et toujours sur la base de cette idée dérangeante de la liberté, une "chasse aux sorcières" a été déclenchée, dans laquelle des artistes de renommée internationale sont priés d'abjurer leur patrie ; dans laquelle des cours sur Dostoïevski sont annulés, pour être ensuite rétablis lorsqu'un auteur ukrainien donne un avis "contradictoire" (comme si le par condicio pouvait s'appliquer à la littérature) ; dans laquelle toute voix en désaccord avec la vulgate officielle est réduite au silence et accusée de pro-poutinisme ; et dans laquelle les trente dernières années d'agression de l'OTAN (dont soixante-dix-huit jours de bombardement de la Serbie) et les huit années précédentes de guerre en Ukraine sont oubliées.

Il existe un terme pour tout cela : la guerre idéologique. La guerre idéologique est une guerre dans laquelle, pour reprendre la définition de Schmitt, l'ennemi est diabolisé et criminalisé. Par conséquent, elle devient digne d'être anéantie. La guerre idéologique ne connaît aucune limite et se fonde sur la subversion de la réalité. C'est la guerre imaginaire des pseudo-intellectuels, des journalistes et des analystes géopolitiques en proie à une surexcitation guerrière. C'est la guerre dans laquelle de faux mythes sont créés : la résistance héroïque des soldats ukrainiens sur l'île aux Serpents (qui se sont rendus sans tirer un coup de feu), le fantôme de Kiev abattant six avions de chasse russes (qui n'ont jamais existé), la résistance ukrainienne retournant les panneaux de signalisation pour confondre l'avancée russe (à l'ère de la guerre technologique). Cette guerre imaginaire est celle dans laquelle la Russie est décrite comme un pays isolé alors qu'en réalité elle renforce sa coopération avec la Chine et le Pakistan (deux puissances nucléaires) et dans laquelle l'UE et l'Anglosphère sont présentées comme le "monde entier". 

NOTES

[1] C. Schmitt, Sul Leviatano, Il Mulino, Bologna 2011, p. 39.

[2] Ibid, p. 45.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] T. Hobbes, Leviatano, BUR, Milan 2011, p. 149.

[6] Ibidem, p. 155.

[7] Se Soros e la finanza scelgono il governo dell’Ucraina, www.ilsole24ore.com.

[8] Russie : les garanties de sécurité demandées à l'OTAN sont révélées, www.sicurezzainternazionale.luiss.it.

lundi, 02 novembre 2020

Pourquoi les récits anti-russes et anti-chinois sont-ils tellement similaires?

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Pourquoi les récits anti-russes et anti-chinois sont-ils tellement similaires?

Par Moon of Alabama

Après plus de quatre ans de Russiagate, nous apprenons enfin (original payant) d’où proviennent les allégations du dossier Steele sur les relations néfastes entre Trump et la Russie :

Une enquête du Wall Street Journal fournit une réponse : Olga Galkina, 
responsable des relations publiques russe âgée de 40 ans, a transmis des
notes à un ami et ancien camarade de classe qui travaillait pour M. Steele.
Le journal s'est appuyé sur des entretiens, des dossiers des forces de l'ordre,
documents déclassifiés et identification de Mme Galkina par un ancien haut
responsable de la sécurité nationale américaine. En 2016, Mme Galkina travaillait à Chypre dans une filiale de XBT Holding SA,
une société de services Web surtout connue pour son unité d'hébergement
Internet Webzilla. XBT appartient à l'entrepreneur Internet russe Aleksej Gubarev. Cet été-là, elle a reçu une demande d'un employé de M. Steele pour l'aider à
déterrer des informations potentiellement compromettantes sur les liens du
candidat à la présidence de l'époque, Donald Trump, avec la Russie, selon
des personnes proches du dossier. Mme Galkina était amie avec l'employé,
Igor Danchenko, depuis leurs jours d'école à Perm, une ville de province
russe près des montagnes de l'Oural.

Mme Galkina venait souvent ivre au travail et a finalement été renvoyée par son entreprise. Elle s’est vengée en alléguant que l’entreprise et son propriétaire Gubarev étaient impliqués dans le piratage présumé du Comité national Démocrate. Un tas d’autres fausses allégations dans le dossier étaient également fondées sur les fantasmes de Mme Galkina.

Mark Ames @MarkAmesExiled - 18:39 UTC · 28 octobre 2020

Ainsi, le dossier Steele qui a lancé 4 ans d'hystérie au Russiagate parmi la classe 
dirigeante américaine a été concocté par deux alcooliques russes de Perm. Le terme
«Gogolesque» ne suffit pas à décrire la crédulité et la stupidité grotesques des
élites américaines.

Les contes du dossier étaient une véritable désinformation de la part de Russes, mais pas de la «désinformation russe» du type variante américaine de Novlangue.

Le FBI et d’autres personnes impliquées ont su très tôt que le dossier Steele était un tas de mensonges. Mais le sujet a été maintenue aux yeux du public par des fuites continues d’absurdités supplémentaires. Tout cela pour pousser Trump à prendre de plus en plus de mesures anti-russes, ce qu’il a fait avec une générosité sans précédent. Les accusations concernant une connexion Trump-Russie étaient le récit de la « mauvaise Russie » qui poussait et permettait à Trump de poursuivre la politique anti-russe de l’administration Obama / Biden.

Une série similaire de politiques, lors du «Pivot vers l’Asie» de l’administration Obama / Biden et tout au long des quatre années de Trump est la campagne anti-Chine.

Nous entendons maintenant beaucoup parler des accords de corruption de Hunter et Joe Biden avec des entités chinoises. Ces accusations viennent avec toujours plus de preuves et sont beaucoup plus plausibles que ne le prétend le stupide dossier Steele. Leur importance est à nouveau double. Elles seront utilisés pour faire pression sur le président potentiel Joe Biden pour qu’il agisse contre la Chine, mais elles seront principalement utilisés pour intensifier un discours public anti-Chine qui crée un soutien public pour de telles politiques.

Comme le souligne Caitlin Johnstone :

Je ne sais pas comment ni à quel niveau, mais nous sommes couillonnés. Un récit est 
agressivement enfoncé dans nos gorges sur la Chine exactement de la même manière
qu'il nous a été agressivement enfoncé dans la gorge il y a quatre ans ; deux nations
indociles que le gouvernement américain envisage depuis longtemps d'attaquer et de saper. Le Russiagate n'a jamais vraiment concerné Trump. Il n'a jamais non plus été question
de la réunion de son personnel de campagne avec les Russes, ni d'une vidéo pipi, ni
d'une enquête sur une quelconque forme de loyauté cachée envers le Kremlin. Russiagate
était un récit conduisant les États-Unis vers une nouvelle guerre froide avec la Russie,
la cible ultime étant son allié bien plus puissant, la Chine, et assurant que Trump
suive cet agenda. ... Si Biden arrive, nous pouvons nous attendre à la même chose : un président qui fait
monter la tension contre la Russie et la Chine tout en étant accusé par les partisans
de Trump d'être trop indulgents envers la Chine. Les deux partis politiques auront le
pied sur l'accélérateur pour entrer en collision avec une nation dotée de l’arme
nucléaire, sans que personne ne se trouve à proximité des freins.

Il est ainsi assuré que les attaques verbales contre la Chine, la recherche de nouveaux alliés anti-chinois comme l’Inde hindou-fasciste et la dangereuse militarisation de Taïwan se poursuivront sous une administration Biden.

Moon of Alabama

Note du Saker Francophone
En écho à cet article, on peut mettre quelques pincettes à l'article de hier sur Biden 
et le "dossier" autour de son fils et de la Chine même s'il a été poussé par Dmitry Orlov.
Il est probable que les faits soient véridiques mais il manque sans doute la vision
d'ensemble d'une relation américano-chinoise tissée depuis 30 ans.

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

samedi, 13 juin 2020

Propagande et coronavirus : rappel de la grande standardisation des modernes

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Propagande et coronavirus : rappel de la grande standardisation des modernes

Bernays et Céline et la standardisation moderne

par Nicolas Bonnal

Ex: https://voxnr.com

Avant d’étudier Bernays on rappellera Céline. Apparemment, tout les oppose, mais sur l’essentiel ils sont d’accord : le monde moderne nous conditionne…

« Nous disions qu’au départ, tout article à « standardiser »: vedette, écrivain, musicien, politicien, soutien-gorge, cosmétique, purgatif, doit être essentiellement, avant tout, typiquement médiocre. Condition absolue. Pour s’imposer au goût, à l’admiration des foules les plus abruties, des spectateurs, des électeurs les plus mélasseux, des plus stupides avaleurs de sornettes, des plus cons jobardeurs frénétiques du Progrès, l’article à lancer doit être encore plus con, plus méprisable qu’eux tous à la fois. »

Bernays… C’est un des personnages les plus importants de l’histoire moderne, et on ne lui a pas suffisamment rendu hommage ! Il est le premier à avoir théorisé l’ingénierie du consensus et la définition du despotisme éclairé.

Edouard Bernays est un expert en contrôle mental et en conditionnement de masse. C’est un neveu viennois de Freud, et comme son oncle un lecteur de Gustave Le Bon. Il émigre aux États-Unis, sans se préoccuper de ce qui va se passer à Vienne… Journaliste (dont le seul vrai rôle est de créer une opinion, de l’in-former au sens littéral), il travaille avec le président Wilson au Committee on Public Information, au cours de la première Guerre Mondiale. Dans les années Vingt, il applique à la marchandise et à la politique les leçons de la guerre et du conditionnement de masse ; c’est l’époque du spectaculaire diffus, comme dit Debord. A la fin de cette fascinante et marrante décennie, qui voit se conforter la société de consommation, le KKK en Amérique, le fascisme et le bolchévisme en Europe, le surréalisme et le radicalisme en France, qui voit progresser la radio, la presse illustrée et le cinéma, Bernays publie un très bon livre intitulé Propagande (la première congrégation de propagande vient de l’Eglise catholique, créée par Grégoire XV en 1622) où le plus normalement et le plus cyniquement du monde il dévoile ce qu’est la démocratie américaine moderne : un simple système de contrôle des foules à l’aide de moyens perfectionnés et primaires à la fois ; et une oligarchie, une cryptocratie plutôt où le sort de beaucoup d’hommes, pour prendre une formule célèbre, dépend d’un tout petit nombre de technocrates et de faiseurs d’opinion. C’est Bernays qui a imposé la cigarette en public pour les femmes ou le bacon and eggsau petit déjeuner par exemple : dix ans plus tard les hygiénistes nazis, aussi forts que lui en propagande (et pour cause, ils le lisaient) interdisent aux femmes de fumer pour raisons de santé. Au cours de la seconde guerre mondiale il travaille avec une autre cheville ouvrière d’importance, Walter Lippmann.

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Avec un certain culot (une certaine chutzpah ?), Bernays dévoile les arcanes de notre société de consommation. Elle est conduite par une poignée de dominants, de gouvernants invisibles. Rétrospectivement on trouve cette confession un rien provocante et –surtout – imprudente. A moins qu’il ne s’agît à l’époque pour ce fournisseur de services d’épater son innocente clientèle américaine ?

“Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d’êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d’habiles personnages agissant en coulisse.”

Bernays reprend l’image fameuse de Disraeli dans Coningsby: l’homme-manipulateur derrière la scène. C’est l’image du parrain, en fait un politicien, l’homme tireur de ficelles dont l’expert russe Ostrogorski a donné les détails et les recettes dans son classique sur les partis politiques publié en 1898, et qui est pour nous supérieur aux Pareto-Roberto Michels. Nous sommes dans une société technique, dominés par la machine (Cochin a récupéré aussi l’expression d’Ostrogorski) et les tireurs de ficelles, ou wire-pullers (souvenez-vous de l’affiche du Parrain, avec son montreur de marionnettes) ; ces hommes sont plus malins que nous, Bernays en conclut qu’il faut accepter leur pouvoir. La société sera ainsi plus smooth. On traduit ?

Comme je l’ai dit, Bernays écrit simplement et cyniquement. On continue donc:

“Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

61LEVXGDzkL.jpgLa complexité suppose des élites techniques, les managers dont parle Burnham dans un autre classique célèbre (l’ère des managers, préfacé en France par Léon Blum en 1946). Il faut enrégimenter l’opinion, comme au cours de la première guerre mondiale, qui n’aura servi qu’à cela : devenir communiste, anticommuniste, nihiliste, consommateur ; comme on sait le nazisme sera autre chose, d’hypermoderne, subtil et fascinant, avec sa conquête spatiale et son techno-charisme – modèle du rock moderne (lisez ma damnation des stars).

L’ère des masses est aussi très bien décrite – mais pas comprise – par Ortega Y Gasset (il résume tout dans sa phrase célèbre ; « les terrasses des cafés sont pleines de consommateurs »…). Et cette expression, ère des masses, traduit tristement une standardisation des hommes qui acceptent humblement de se soumettre et de devenir inertes (Tocqueville, Ostrogorski, Cochin aussi décrivaient ce phénomène).

“Nous acceptons que nos dirigeants et les organes de presse dont ils se servent pour toucher le grand public nous désignent les questions dites d’intérêt général ; nous acceptons qu’un guide moral, un pasteur, par exemple, ou un essayiste ou simplement une opinion répandue nous prescrivent un code de conduite social standardisé auquel, la plupart du temps, nous nous conformons.” 

Pour Bernays bien sûr on est inerte quand on résiste au système oppressant et progressiste (le social-corporatisme dénoncé dans les années 80 par Minc & co).

La standardisation décrite à cette époque par Sinclair Lewis dans son fameux Babbitt touche tous les détails de la vie quotidienne : Babbitt semble un robot humain plus qu’un chrétien (il fait son Church-shopping à l’américaine d’ailleurs), elle est remarquablement rendue dans le cinéma comique de l’époque, ou tout est mécanique, y compris les gags. Bergson a bien parlé de ce mécanisme plaqué sur du vivant. Il est favorisé par le progrès de la technique :

« Il y a cinquante ans, l’instrument par excellence de la propagande était le rassemblement public. À l’heure actuelle, il n’attire guère qu’une poignée de gens, à moins que le programme ne comporte des attractions extraordinaires. L’automobile incite nos compatriotes à sortir de chez eux, la radio les y retient, les deux ou trois éditions successives des quotidiens leur livrent les nouvelles au bureau, dans le métro, et surtout ils sont las des rassemblements bruyants. »

La capture de l’esprit humain est l’objectif du manipulateur d’opinion, du spécialiste en contrôle mental, cet héritier du magicien d’Oz.

“La société consent à ce que son choix se réduise aux idées et aux objets portés à son attention par la propagande de toute sorte. Un effort immense s’exerce donc en permanence pour capter les esprits en faveur d’une politique, d’un produit ou d’une idée.”

Concernant la première guerre mondiale, Bernays “révise” simplement l’Histoire en confiant que la croisade des démocraties contre l’Allemagne s’est fondée sur d’habituels clichés et mensonges ! Il a d’autant moins de complexes que c’est lui qui a mis cette propagande au point…

“Parallèlement, les manipulateurs de l’esprit patriotique utilisaient les clichés mentaux et les ressorts classiques de l’émotion pour provoquer des réactions collectives contre les atrocités alléguées, dresser les masses contre la terreur et la tyrannie de l’ennemi. Il était donc tout naturel qu’une fois la guerre terminée, les gens intelligents s’interrogent sur la possibilité d’appliquer une technique similaire aux problèmes du temps de paix.”

On n’a jamais vu un cynisme pareil. Machiavel est un enfant de chœur. La standardisation s’applique bien sûr à la politique. Il ne faut pas là non plus trop compliquer les choses, écrit Bernays. On a trois poudres à lessive pour laver le linge, qui toutes appartiennent à Procter & Gamble (les producteurs de soap séries à la TV) ou à Unilever ; et bien on aura deux ou trois partis politiques, et deux ou trois programmes simplifiés !

41WnYWE6saL.jpgBernays reprend également l’expression de machine de Moïse Ostrogorski (voir notre chapitre sur ce chercheur russe, qui disséqua et désossa l’enfer politique américain), qui décrit l’impeccable appareil politique d’un gros boss. La machine existe déjà chez le baroque Gracian. Ce qui est intéressant c’est de constater que la mécanique politique – celle qui a intéressé Cochin – vient d’avant la révolution industrielle. Le motindustriedésigne alors l’art du chat botté de Perrault, celui de tromper, d’enchanter – et de tuer ; l’élite des chats bottés de la politique, de la finance et de l’opinion est une élite d’experts se connaissant, souvent cooptés et pratiquant le prosélytisme. Suivons le guide en conspiration !

“Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer.”

Comme je l’ai dit, cette élite n’a pas besoin de prendre de gants, pas plus qu’Edouard Bernays. Il célèbre d’ailleurs son joyeux exercice de style ainsi :

Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente.”

La démocratie a un gouvernement invisible qui nous impose malgré nous notre politique et nos choix. Si on avait su…

Après la Guerre, Bernays inspire le méphitique Tavistock Institute auquel Daniel Estulin a consacré un excellent et paranoïaque ouvrage récemment.

Mais en le relisant, car cet ouvrage est toujours à relire, je trouve ces lignes définitives sur l’organisation conspirative de la vie politique et de ses partis :

« Le gouvernement invisible a surgi presque du jour au lendemain, sous forme de partis politiques rudimentaires. Depuis, par esprit pratique et pour des raisons de simplicité, nous avons admis que les appareils des partis restreindraient le choix à deux candidats, trois ou quatre au maximum. »

Et cette conspiration était n’est-ce pas très logique, liée à l’esprit pratique et à la simplicité :

« Les électeurs américains se sont cependant vite aperçus que, faute d’organisation et de direction, la dispersion de leurs voix individuelles entre, pourquoi pas, des milliers de candidats ne pouvait que produire la confusion ». 

Pour le grand Bernays il n’y a de conspiration que logique. La conspiration n’est pas conspirative, elle est indispensable. Sinon tout s’écroule. L’élite qu’il incarne, et qui œuvre d’ailleurs à l’époque de Jack London, ne peut pas ne pas être. Et elle est trop souple et trop liquide pour se culpabiliser. N’œuvre-t-elle pas à la réconciliation franco-allemande après chaque guerre qu’elle a contribué à déclencher, et que la Fed a contribué à financer au-delà des moyens de tous ?

Elle est aussi innocente que l’enfant qui vient de naître.

Un qui aura bien pourfendu Bernays sans le savoir dans ses pamphlets est Louis-Ferdinand Céline. Sur la standardisation par exemple, voici ce qu’il écrit :

lfc-bd.jpg« Standardisons! le monde entier! sous le signe du livre traduit! du livre à plat, bien insipide, objectif, descriptif, fièrement, pompeusement robot, radoteur, outrecuidant et nul. »

Et d’ajouter sur un ton incomparable et une méchanceté inégalable :

« le livre pour l’oubli, l’abrutissement, qui lui fait oublier tout ce qu’il est, sa vérité, sa race, ses émotions naturelles, qui lui apprend mieux encore le mépris, la honte de sa propre race, de son fond émotif, le livre pour la trahison, la destruction spirituelle de l’autochtone, l’achèvement en somme de l’œuvre bien amorcée par le film, la radio, les journaux et l’alcoolisme. »

La standardisation (j’écris satan-tardisation…) rime avec la mort (mais n’étions-nous pas morts avant, cher Ferdinand ? Vois Drumont, Toussenel même, ce bon Cochin, ce génial Villiers…). Le monde est mort, et on a pu ainsi le réifier et le commercialiser ;

« Puisque élevés dans les langues mortes ils vont naturellement au langage mort, aux histoires mortes, à plat, aux déroulages des bandelettes de momies, puisqu’ils ont perdu toute couleur, toute saveur, toute vacherie ou ton personnel, racial ou lyrique, aucun besoin de se gêner! Le public prend ce qu’on lui donne. Pourquoi ne pas submerger tout! simplement, dans un suprême effort, dans un coup de suprême culot, tout le marché français, sous un torrent de littérature étrangère? Parfaitement insipide?… »

Divaguons sur ce thème de la civilisation mortelle – et sortons du Valéry pour une fois. A la même époque Drieu la Rochelle écrivait dans un beau libre préfacé par Halévy, Mesure de la France :

« Il n’y a plus de conservateurs, de libéraux, de radicaux, de socialistes. Il n’y a plus de conservateurs, parce qu’il n’y a plus rien à conserver. Religion, famille, aristocratie, toutes les anciennes incarnations du principe d’autorité, ce n’est que ruine et poudre. »

Puis Drieu enfonce plus durement le clou (avait-il déjà lu Guénon ?) :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera. »

Le gros shopping planétaire est mis en place par la matrice américaine, qui va achever de liquider la vieille patrie prétentieuse :

« Il n’y a plus de partis dans les classes, plus de classes dans les nations, et demain il n’y aura plus de nations, plus rien qu’une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Livre-des-conspirations.jpgDrieu affirme il y a cent ans que le catholicisme romain est zombie :

« Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ? »

Enfin, vingt ans avant Heidegger ou Ellul, Drieu désigne la technique et l’industrie comme les vrais conspirateurs :

« Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l’aventure industrielle. »

Revenons à Céline, qui avec ferveur et ire dépeint la faune nouvelle de l’art pour tous :

« Les grands lupanars d’arts modernes, les immenses clans hollywoodiens, toutes les sous-galères de l’art robot, ne manqueront jamais de ces saltimbanques dépravés… Le recrutement est infini. Le lecteur moyen, l’amateur rafignolesque, le snob cocktailien, le public enfin, la horde abjecte cinéphage, les abrutis-radios, les fanatiques envedettés, cet international prodigieux, glapissant, grouillement de jobards ivrognes et cocus, constitue la base piétinable à travers villes et continents, l’humus magnifique le terreau miraculeux, dans lequel les merdes publicitaires vont resplendir, séduire, ensorceler comme jamais. »

Et de conclure avec son habituelle outrance que l’époque de l’inquisition et des gladiateurs valait bien mieux :

« Jamais domestiques, jamais esclaves ne furent en vérité si totalement, intimement asservis, invertis corps et âmes, d’une façon si dévotieuse, si suppliante.

Rome? En comparaison?… Mais un empire du petit bonheur! une Thélème philosophique! Le Moyen Age?… L’Inquisition?… Berquinades! Epoques libres! d’intense débraillé! d’effréné libre arbitre! le duc d’Albe? Pizarro? Cromwell? Des artistes! »

Dans son très bon livre sur Spartacus, l’écrivain juif communiste Howard Fast établit lui aussi un lien prégnant entre la décadence impériale et son Amérique ploutocratique. C’est que l’homme postmoderne et franchouillard a du souci à se faire (ce que Léon Bloy nommait sa capacité bourgeoise à avaler – surtout de la merde) :

« Plus c’est cul et creux, mieux ça porte. Le goût du commun est à ce prix. Le « bon sens » des foules c’est : toujours plus cons. L’esprit banquiste, il se finit à la puce savante, achèvement de l’art réaliste, surréaliste. Tous les partis politiques le savent bien. Ce sont tous des puciers savants. La boutonneuse Mélanie prend son coup de bite comme une reine, si 25.000 haut-parleurs hurlent à travers tous les échos, par-dessus tous les toits, soudain qu’elle est Mélanie l’incomparable… Un minimum d’originalité, mais énormément de réclame et de culot. L’être, l’étron, l’objet en cause de publicité sur lequel va se déverser la propagande massive, doit être avant tout au départ, aussi lisse, aussi insignifiant, aussi nul que possible. La peinture, le battage-publicitaire se répandra sur lui d’autant mieux qu’il sera plus soigneusement dépourvu d’aspérités, de toute originalité, que toutes ses surfaces seront absolument planes. Que rien en lui, au départ, ne peut susciter l’attention et surtout la controverse. » 

Et comme s’il avait lu et digéré Bernays Céline ajoute avec le génie qui caractérise ses incomparables pamphlets :

bf8f384fb468929d3ed15cae77796d75.jpg« La publicité pour bien donner tout son effet magique, ne doit être gênée, retenue, divertie par rien. Elle doit pouvoir affirmer, sacrer, vociférer, mégaphoniser les pires sottises, n’importe quelle himalayesque, décervelante, tonitruante fantasmagorie… à propos d’automobiles, de stars, de brosses à dents, d’écrivains, de chanteuses légères, de ceintures herniaires, sans que personne ne tique… ne s’élève au parterre, la plus minuscule naïve objection. Il faut que le parterre demeure en tout temps parfaitement hypnotisé de connerie. 

Le reste, tout ce qu’il ne peut absorber, pervertir, déglutir, saloper standardiser, doit disparaître. C’est le plus simple. Il le décrète. Les banques exécutent. Pour le monde robot qu’on nous prépare, il suffira de quelques articles, reproductions à l’infini, fades simulacres, cartonnages inoffensifs, romans, voitures, pommes, professeurs, généraux, vedettes, pissotières tendancieuses, le tout standard, avec énormément de tam-tam d’imposture et de snobisme La camelote universelle, en somme, bruyante, juive et infecte… »

Et de poursuivre sa belle envolée sur la standardisation :

« Le Standard en toutes choses, c’est la panacée. Plus aucune révolte à redouter des individus pré-robotiques, que nous sommes, nos meubles, romans, films, voitures, langage, l’immense majorité des populations modernes sont déjà standardisés. La civilisation moderne c’est la standardisation totale, âmes et corps. »

La violence pour finir :

« Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l’or et devant la merde !… Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n’eut jamais dans toutes les pires antiquités… Du coup, on la gave, elle en crève… Et plus nulle, plus insignifiante est l’idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules… mieux la publicité s’accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l’idolâtrie… Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. »

Céline est incomparable quand il s’attaque à la foule, lamentable quand il reprend le lemme du juif comme missionnaire du mal dans le monde moderne. Mais c’est cette folie narrative qui crée la tension géniale de son texte. De toute manière, ce n’est pas notre sujet. Et puis c’est Disraeli et c’est Bernays qui ont joué à l’homme invisible un peu trop visible. Comme dit Paul Johnson dans sa fameuse Histoire des Juifs (p. 329): “Thus Disraeli preached the innate superiority of certain races long before the social Darwinists made it fashionable, or Hitler notorious.”

Bibliographie:

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Dualpha, Amazon.fr)

Frédéric Bernays – Propagande

Céline – Bagatelles…

Drieu la Rochelle – Mesure de la France

Johnson (Paul) – A History of the Jews

mercredi, 29 avril 2020

Review: Agitprop in America

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Review: Agitprop in America

“Agitprop has been the method for destroying America’s culture and rebuilding it as Cultural Marxism.”
      John Harmon McElroy, Agitprop in America

agitprop-456x705.jpgAgitprop in America
John Harmon McElroy

Arktos, 2020 

“You can live with the loss of certainty, but not of belief.” So begins John Harmon McElroy’s recently-published Agitprop in America, an almost 400-page book on America’s increasing distance from former beliefs, wholesale adoption of new ones, and the methods by which this transformation was brought about. A cultural historian, McElroy is a professor emeritus of the University of Arizona and was a Fulbright scholar at universities in Spain and Brazil. I suspect Agitprop in America is an exercise in catharsis for the author. During the course of the volume McElroy is clearly, to borrow Melville’s famous words, “driving off the spleen,” by which I mean that he is dispensing with many years of excess feelings of irritation, built up over a career in decaying academia. In Agitprop in America, McElroy takes aim at a succession of modern academia’s sacred cows, with chapters covering Marxist history and propaganda techniques, “social justice” activism, mandatory diversity, political correctness, free speech, snowflake culture, government spending, and the dominance of Cultural Marxism in the American education system. One of the book’s more unique features is a 107-page lexicon of 234 terms (from Ableism to Xenophobia) explaining the invention and employment of language as a method of cultural transformation via agitprop. The book is written in a terse, urgent style reminiscent of Hillaire Belloc, and McElroy comes across confident, bullish, and confrontational, all of which contributes character to what is one of the more original and interesting books I’ve read thus far in 2020.

My first impression of Agitprop in America was that it was a kind of throwback to older anti-Communist texts. I mean this in neither a strictly positive nor strictly negative sense, but an understanding and appreciation of the overall intellectual trajectory of the book will demand that this is acknowledged. In the absence of biographical details, I would estimate McElroy to be in his 80s. He comes across as a thoroughly committed Christian and capitalist, and the book itself is dedicated to “Cuba’s Escambray guerrillas who died fighting Fidel Castro’s Marxist tyranny in the 1960s.” As such, the psychology of the book is underpinned by tensions and memories that are either unknown or significantly faded among younger generations, such as McCarthyism, the Bay of Pigs incident, and the Cuban Missile Crisis. That being said, the book is still incredibly contemporary and relevant. This is in large part due to McElroy’s keen ear for contemporary society and politics, as well as the evolving lexicon of Cultural Marxism, which enables him to discuss “woke” culture with the same accuracy and vigor as “class struggle.” I also think that, in an age where it’s becoming commonplace among Rightist millennials to dismiss “Boomers” and throw themselves headlong into a “NazBol” Third Positionism that in some respects rehabilitates or repurposes aspects of Marxism and even the Frankfurt School, it’s beneficial to listen to those with decades of experience in the culture wars. Although I don’t agree with everything McElroy has to say, he is one such individual and he has produced a very useful text.

9781583228982.jpgThe book opens with the contention that “since the 1960s Marxists and their sympathizers in America have been using agitprop (an integration of intense agitation and propaganda invented by Lenin) to destroy America’s culture and build Cultural Marxism. To do this, agitprop has changed American speech and manipulated cultural values and beliefs.”  American history has been rewritten “to make it into a Marxian tale of unmitigated oppression.” American contemporary society has been reinterpreted as the story of “one biologically defined ruling class (straight White males) “victimizing” all other biologically defined classes.” These Marxist dogmas “are causing the destruction of America’s exceptional culture.”

Part I of the book consists of a brief sketch of the historical context of agitprop in America. McElroy does a very capable job of following political correctness from its Soviet and Maoist origins, through the campus agitations of the 1960s, to the “woke” culture warriors of today. Early in the chapter he indulges in some of the “antifa are the real fascists” fluff that one unfortunately expects from older anti-Communists, and he makes one positive reference to the tainted writings of the Jewish neoconservative academic Richard Pipes. But these are brief divergences from an otherwise steady and interesting invective against the corruption of language and the introduction of politically correct culture in the United States. McElroy is at his best when he focuses on the methodology of Culture Marxism, writing:

Instead of overturning the U.S government by force and taking comprehensive control of the United States all at once, the Counter Culture/Political Correctness Movement has been engaged for the last fifty years in gradually but relentlessly transforming the United States from within little by little, by co-opting its institutions and destroying existing cultural beliefs slowly and methodically, and replacing them with the dogmas of Marxism. (8)

In our current age of declining optimism and rising nihilism, I found McElroy’s persistent belief in American exceptionalism to be somewhat heartening. Although the America of today has thickened and bubbled into a globalist empire, it was indeed founded, as McElroy reminds us “on belief in man’s unalienable birthright to life, liberty, the pursuit of happiness, and government by consent of the governed.” The author is both saddened and angered to see the promise of the “American Dream” come under sustained attack from both internal and external enemies, and while we can make the argument for a more critical or nuanced interrogation of such concepts as the “American Dream” (Tom Sunic’s excellent Homo Americanus is probably unsurpassed in this area), it’s difficult to argue that something special and precious hasn’t been lost in America since the 1950s. Where Sunic and McElroy might agree, with radically different implications, is in their assessment of the nature of American culture through history. Both assert the European origins of American culture, and both assert that it later became essentially non-European. For McElroy, this transition (c. 1800–1950) represents a triumph, with America defining itself against “the aristocratic cultures of Europe based on belief in ruling classes constituted by “noble” and “royal” blood.” For Sunic, the drift away from European culture resulted in hostility to European traditions, and an obsession with “rights” and individualistic consumerism, that has dogged America for over a century and has contributed heavily to its current cultural malaise. Both scholars would find agreement again in the fact America post-1950 has been in the throes of a cultural catastrophe in which Marxism has been pivotal.

The latter section of the first chapter concerns Marxist dogma from Soviet times to the present. McElroy is quite right to point out that historically Marxists argued that deviation from their worldview could represent a “symptom of mental derangement requiring treatment in a psychiatric clinic,” and he places this alongside commentary on how today’s dissidents are presented as “enemies of humanity.” In each case, agitprop develops an environment in which dissent is viewed and portrayed as “a kind of irrational, anti-science behavior.” The key to the success of Cultural Marxist agitprop is its “intrinsic deceptiveness.” McElroy writes,

Political correctness represents itself as a champion of fundamental American values. That brazen pretense, that Marxism is identical to American liberalism and progressivism, is why the Counter Culture/Political Correctness movement has had so much success in the United States. (22)

Drawing on Saul Alinsky’s infamous Rules for Radicals, McElroy explains how Cultural Marxists provoke their opponents into reacting (e.g. threatening to take down historical monuments, ordering “gay cakes”) and then denounce them as irrational “reactionaries.” Another tactic is to create problems, or interpret problems, in such a manner that permits the proposal of Marxist “solutions.” I thought that an analysis of Alinsky’s works might provoke a deeper reading from McElroy, who writes that Alinsky was “an atheist.” In fact, Alinsky was an agnostic who, when asked specifically about religion, would always reply that he was Jewish. This error is indicative of a broader blind spot in the text — the ethnic component of anti-American activism. This blind spot manifests more subtly throughout the lexicon of Cultural Marxist terms that comprises the middle of the book. Quite frankly, when one actually looks at the individuals who have coined or popularized many of these genuinely novel agitprop terms (e.g. ‘homophobia’ by George Weinberg, ‘deconstructionism’ by Jacques Derrida, ‘racism’ by Magnus Hirschfeld and Leon Trotsky, ‘transgender’ by Magnus Hirschfeld and later Harry Benjamin, ‘sex work” and ‘sex worker’ by Carol Leigh, ‘cultural pluralism’ by Horace Kallen), they emerge almost exclusively as Jews. It’s a simple and unavoidable fact that Jews have been at the forefront of changing “ways of seeing” by first changing “ways of describing.” I agree with McElroy that we shouldn’t call anti-American agitators “liberals,” and that “Leftists” also leaves a lot unsaid. McElroy, however, proposes “PC Marxists,” which I feel doesn’t get any closer to the mark.

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The question presenting itself is: Does this blind spot hinder the usefulness of the text? I don’t think so. Agitprop in America can be read by the well-informed, such as readers of this website, who can fill in certain blanks (as I have above) from their own extensive reading and derive a great deal of knowledge and pleasure from the book. McElroy opines that the two greatest identifying attitudinal markers of “PC Marxism” are hypocrisy and paranoia. He writes that they vigorously enforce “separation of church and state,” and fully embrace “crony capitalism.” Rather than being genuine Americans, they merely “go about in the guise” of the everyday man, while looking down on those who dissent from their thinking in the belief they’re “stupid.” They “relentlessly insist on social justice.” Who does this sound like? And, so you see, specifics of nomenclature aside, the book lends itself to an open and usable reading.

The second chapter of the book contains some interesting autobiographical material on McElroy’s early academic career. In 1966, the same year our own Kevin MacDonald graduated from the University of Wisconsin-Madison, McElroy, a newly minted PhD, arrived at the college. McElroy writes, “Without knowing it, I was going to one of the two epicenters of the Counter Culture movement in the Midwest, the other being the University of Michigan.” McElroy became especially fascinated with the chants of student protestors, seeing in their uniformity certain indications of “planning for a nationwide campaign of agitation and propaganda against U.S. military involvement in Vietnam and against America’s cultural beliefs.” The chapter proceeds with a discussion of the mindset and tactics of this early agitprop campaign, with McElroy commenting:

Normal minds of course find it difficult to believe in a “culture war” that has gone on for half a century and that aims to transform the world’s oldest, most successful republic into a center for Cultural Marxism. Because the project is so audacious, it has taken many middle-class Americans a long time to believe such a movement exists; and many middle-class Americans apparently still refuse to believe a systematic assault is underway on American culture and has been going on in America for fifty years. But whether you believe it or not, a culture war is in progress in America, as evidenced by the fact that many Americans now prefer the dogmas of Marxism to the beliefs of American culture.

The second part of the book consists of the above-mentioned 107-page lexicon of 234 terms explaining the invention and employment of language as a method of cultural transformation via agitprop. The lexicon itself is preceded by two brief explanatory chapters on “Politically Correct Language as a Means of Revolution,” and “Terms Related to and Used by the Counter Culture/Political Correctness Movement.” The first of these chapters is very heavily focused on McElroy’s belief that we should once more refer to Blacks as “Negroes” or “Negro Americans.” For McElroy, the term “African-American” is an “agitprop substitute” designed to make Whites and Blacks constantly aware “that most Negro Americans have remote ancestors brought to America from Africa in chains as slaves.” The author spends several pages thrashing out this issue, which left me quite unsure that this particular issue would be the metaphorical hill I’d personally choose to die on. McElroy comes from a generation in which the term “Negro” probably retained a semblance of tradition and even charm about it, whereas it’s now fallen so completely out of use that a resurrection of the term could only be perceived by all sides as something negative. Again, I actually do sympathize with the central thrust of McElroy’s meaning here. I’m just not convinced I’d base my war on agitprop so strongly in this particular issue.

My misgivings on this point carried through somewhat to the lexicon itself, which is overwhelmingly good but contains some dubious entries. McElroy must first be commended for compiling such an extension list of terms, which is, as far as I’m aware, the only ‘Rightist” lexicon of Cultural Marxist agitprop in existence. Each term comes with commentary, with some only a few sentences in length and others a few pages. A few examples should suffice in order to give a flavor of the style:

Ableism
A faux bias cooked up by PC agitprop, ableism is an alleged prejudice against a person with a disability as, for instance, refusing to hire someone with a stutter or substandard comprehension of spoken English as an office receptionist. Not hiring a person with a patently disqualifying deficiency constitutes the prejudice of “ableism,” according to PC Marxists. See entry on “Sizeism.”

Person of Size
Someone who is extremely obese is a “person of size” in PC talk. The euphemism was invented as part of agitprop’s insistence on the need for sensitive, inoffensive diction.

Relationship
The expression “having a relationship” means in PC parlance having sex with the same partner for a significant length of time without getting married. To a PC Marxist, “having a relationship” is preferable to having a marriage because it forestalls family formation.

Right-Wing Extremism
“Right-wing extremism” is one of the labels PC Marxists use to criticize their opponents, whom they regard as “extreme” because they put the interests of their nation above the revolutionary dogmas of global Marxism.

Sexual Orientation
This is the PC euphemism for homosexuality. The euphemism was coined to avoid the use of the words “homosexual” and “homosexuality.” The phrase “sexual orientation” allows persons who are politically correct to praise and promote homosexual behavior without having to use the terms “homosexual” or “homosexuality,” which are loaded with a historical burden of moral disapproval. The term “sexual orientation,” however, has a scientific ring to it implying that homosexuality is merely one of various “orientations” toward sexual activity, so that no one should object to it. Homosexual practices ought to be considered as any other erotic activity. This is the argument agitprop in America is making in its revolutionary assault.

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With over 230 terms covered, many of them very current in contemporary internet culture, McElroy is to be applauded for his effort in both compiling the list and keeping his finger on the agitprop pulse. The few dubious entries emerge from McElroy’s apparently fundamentalist Christian beliefs, which lead him to a few scathing remarks on evolution, the Big Bang theory, etc. This is McElroy’s book, and it’s his right to wax lyrical on some matters that are clearly close to his heart. I’m certainly not disparaging his approach, but I do think that this might alienate readers who are of a more scientific and less spiritual mindset. That being said, he has produced a great piece of work in this lexicon.

The third section of the book is probably my favorite, and McElroy demonstrates the best of his reading and understanding here. The section consists of commentaries/chapters covering “seven related revolutionary concepts that PC agitprop has imposed on America.” These are “Biological Class Consciousness,” “Social Justice,” “Mandatory Diversity,” a politics of double standards, mass indoctrination on “sensitivity,” censorship and the policing of speech, and the promotion of a sterile and self-obsessed atheism. Of these, the first is one of the best, with McElroy remarking:

Now, after five decades of relentless Marxist agitation and propaganda promoting biological class consciousness in America, courses on U.S. history and Western civilization have dwindled and all but disappeared at American colleges and universities while courses on biological class consciousness have proliferated. Everywhere today in U.S. institutions of higher education, one finds courses and degree programs in Women’s Studies, African-American Studies, Mexican-American Studies, and LGBT studies. And as college and university faculties have become more uniform in their Political Correctness, the courses on U.S. history and Western civilization which remain in the curriculum are almost invariably taught from the point of view of Marxian class struggle, which is to say from the standpoint that straight “Euro-American” males (SEAMs) comprise a ruling class which has “victimized” women, negro Americans, Hispanics, Asian-Americans, homosexuals, and other biologically defined classes. College students today are being taught to hate SEAMs as a class for the “victimisation” they have allegedly inflicted on all other biological classes in America.(180)

McElroy is equally on point when it comes to “social justice,” suggesting that the term really refers to “the idea of preferential treatment for members of allegedly oppressed classes. It is justice dispensed according to class history … “Social justice” is political justice. It expresses political favoritism that will advance the revolution.” The author is also good on the subject of “Mandatory Diversity,” pointing out just how incentivized this has become in our culture and economy:

A reputation for being “diverse” is something institutions throughout America today are eager to acquire. Being “diverse” has become a political, economic, and academic requirement, a much-coveted accolade, a shibboleth attesting to one’s Political Correctness. (220)

On “sensitivity” agitprop, McElroy observes that “the real purpose of the sensitivity game is intimidation.” Enforced “soft language” for protected groups creates an atmosphere in which deviation into normal speech can be chastized as hateful, unfair, and bigoted. The wider the sensitivity net (e.g. embracing the fat, the ugly, etc.) then the more successful will be the broader cultural strategy. It is an offensive built on “not offending.” The same themes are evident in censorship and the policing of speech.

ppquiet.jpgThe final section of the book consists of five short chapters on differing subjects. The first is a commentary on “The Failure of Marxism in the USSR and Successes of PC Marxism in America” which combines an interesting historical overview with a quite strident attack on the Obama years. The next chapter is a brief but lucid essay on how agitprop and PC Marxism has influenced U.S. government spending. The third, and shortest chapter in this section is an attempted rebuttal of the idea that America has become an imperialist nation. I tend to disagree with McElroy somewhat here, not because I believe America has an empire in the conventional sense, but because I believe it’s self-evident that elements of the U.S. government, most notably the neocons, have increasingly steered the country into a foreign interventionist position built around the idea of sustaining global finance capitalism and the state of Israel. Since McElroy’s musings on this topic are limited to a few pages, I was, however, spared any lasting distaste.

—The book then nears its end with a very good chapter on “PC Marxist Dominance in U.S. Public Schools,” before closing with a very pro-Trump chapter on “The Significance of the 2016 Presidential Election.” I was ambivalent about this last chapter because it lacks the nuanced and qualified approach to Trump’s 2016 win that is surely now, in light of a succession of policy failures and absences, much-deserved. Part of me wishes I could share McElroy’s optimism, and I laud any man of his advanced age for avoiding the temptation of observing it all with jaded distance. But I cannot, having considered all available evidence and precedence, share his persistent belief in the MAGA phenomenon.

Final Reflection on Agitprop in America

John Harmon McElroy’s work of catharsis is a worthy addition to the Arktos library, and offers an original and multifaceted new approach to the subject of America’s undeniable and ongoing decay. At almost 400 pages of commentaries on numerous subjects, including a large lexicon of Cultural Marxist terms, the book certainly represents value for money and will consume many hours of study. Of course, it doesn’t have “all the answers,” something it has in common with the vast majority of political texts on the market, but it does approach a normally pessimistic subject with intellectual vigor, aggression, confidence, and even optimism. It’s a book worthy of being “balanced out” by the later reading of another text like Sunic’s Homo Americanus, and I think readers can gain much from such an exercise. Readers could also benefit by conducting some of their own research into the origins of certain agitprop terms. McElroy includes several blank pages at the end of his book for “notes,” which could be put to use in this manner. As hinted at earlier in this review, I guarantee that readers will find some predictable but useful information in the process.

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mardi, 14 avril 2020

Saul Alinsky mentor luciférien de Hillary Clinton Barack Obama et tant d’autres

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Saul Alinsky mentor luciférien de Hillary Clinton Barack Obama et tant d’autres

par Michael C. Behrent (2008)

Ex: https://www.geopolintel.fr

L’article qui vous est proposé aujourd’hui est peut être le plus important qu’il nous soit possible de lire pour comprendre l’organisation stratégique de nos sociétés planétaires.
Les cycles de crises et les mouvements sociaux que nous observons depuis nos naissances nous plongent dans l’incompréhension des inversions de valeurs au travers des lois qui sont votées au parlement de chaque gouvernement dans le monde.


La pandémie de Coronavirus est à ce jour révélatrice de l’architecture de nos « démocraties ». Le professeur Raoult initiateur du traitement à la chloroquine a été conspué de tous bords, alors qu’il est peut être le sauveur attendu, celui qui s’oppose au "système. Il n’est pas rétribué par le lobbying des laboratoires et propose une vision de soin qui s’oppose à la méthode CRISPR Cas 9, le bistouri de l’adn, possible vecteur de création d’arme bactériologique dans les laboratoires P4 et par l’ancienne société Monsanto (associée à Bill GAtes), aujourd’hui Bayer, pour transformer le vivant et perpétuer cette chaine de la dette alimentaire en s’octroyant le monopole des semences.


Si l’on réfléchi, la pénurie de masques est tout aussi incompréhensible et rendu possible par le mensonge d’Etat. Ces masques ne sont pas indispensables pour notre système médical selon la porte parole de l’Elysée alors qu’ils furent la solution dans les pays comme Taiwan et la Corée du sud avec un nombre de morts infime. Tout est inversé il n’y a pas de logique sauf envers ce que l’on appelle le « système ».
Ce système est parfois exposé dans des informations qualifiées de « complotistes » ou de « Fake news » par le « système » médiatique, qui fabrique l’opinion publique.

 

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Le livre de chevet de nos dirigeants s’appelle « psychologie des foules » de Gustave Le Bon paru en 1895. Ce livre parle de L’homme et les sociétés, dans le domaine des sciences humaines et sociales. L’étude de l’homme passe de l’anthropologie a la psychologie et Le Bon fait ainsi paraître en un mouvement (presque) continu, Lois psychologiques de l’évolution des peuples (1894), Psychologie des foules (1895), Psychologie du socialisme (1898), Psychologie de l’éducation (1902), La psychologie politique et la défense sociale (1910), Les opinions et les croyances (1911) et La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912).


Quand à la domination que nous subissons et qui est exposée dans chaque gouvernement de ce monde à quelques exceptions, le mentor celui qui influence le gendarme de la planète c’est Saul Alinsky.


Personne n’a entendu parler de celui qui est le grand architecte de la révolution des valeurs inversées. Adorateur d’Al Capone et créateurs des Chicago Boys comme Clinton Obama et pour la France Dominique Strauss-Kahn.


C’est lui qui a crée le concept de la « gauche » américaine. A lui seul il explique pourquoi nous avons un système communiste pour le peuple et un système capitaliste pour l’élite. Et pour en revenir aux inversions de valeurs, le maître de Saul Alinsky s’appelle LUCIFER a qui il dédit son livre « Rules for Radicals. » qui démontre que pour intégrer les hautes sphères des dirigeants il faut en passer par l’initiation de sociétés secrètes qui ont été combattue par le président assassiné John Fitzgerald Kennedy.

« Et laissez-moi vous dire quelque chose sur Saul Alinsky », poursuit Carson. « Il a écrit un livre intitulé Rules for Radicals. Il reconnaît Lucifer, le radical originel qui a gagné son propre royaume. Pensez-y maintenant. »
Ben Carson

Alinsky a été interrogé sur la reconnaissance de Lucifer dans son interview de mars 1972 avec le magazine Playboy vers la fin de sa vie, un chant du cygne que tous les adorateurs d’Alinsky connaissent. Voici l’échange, qui a eu lieu à la toute fin de l’interview :
Playboy : Ayant accepté votre propre mortalité, croyez-vous en une vie après la mort ?
Saul Alinsky : Il me semble parfois que la question que les gens devraient se poser n’est pas « Y a-t-il une vie après la mort » mais "Y a-t-il une vie après la naissance ? Je ne sais pas s’il y a quelque chose après cela ou non. Je n’ai pas vu les preuves d’une manière ou d’une autre et je pense que personne d’autre ne l’a vu non plus. Mais je sais que l’obsession de l’homme pour la question vient de son refus obstiné de faire face à sa propre mortalité. Disons que s’il y a une vie après la mort, et que j’ai mon mot à dire à ce sujet, je choisirai sans réserve d’aller en enfer.

Playboy : Pourquoi ?

Alinsy : L’enfer serait le paradis pour moi. Toute ma vie, j’ai été avec les pauvres. Ici, si vous êtes un pauvre, vous êtes à court d’argent. Si vous êtes un pauvre en enfer, vous êtes à court de vertu. Une fois en enfer, je commencerai à organiser les démunis là-bas.

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Saul Alinsky, la campagne présidentielle et l’histoire de la gauche américaine

Situé au croisement de la tradition du « self-made man » et de l’autogestion à l’américaine, Saul Alinsky est la figure de proue d’un mouvement qui a profondément marqué l’histoire du progressisme aux États-Unis. Michael C. Behrent dresse ici le portrait du père fondateur du community organizing, dont l’histoire a inspiré aussi bien Hillary Clinton que Barack Obama.

Les primaires démocrates viennent de se terminer aux États-Unis. Elles ont permis à l’opinion publique de mesurer la distance qui sépare les deux candidats, distance qui a tant mobilisé – au risque de la diviser – la gauche américaine. Mais au moment où cet affrontement-là cède la place à celui qui opposera Obama à McCain, revenons sur un héritage intellectuel et politique que les deux candidats démocrates partagent : l’enseignement de Saul Alinsky.

Si Alinsky est quasiment inconnu en France, c’est parce qu’il fut un militant et un penseur résolument américain – dans ses croyances, ses références et ses méthodes. Aux États-Unis, il est généralement reconnu comme le père fondateur du community organizing, terme que l’on pourrait traduire de manière approximative par « animation de quartier », mais dont le sens est à la fois plus politique et plus radical : il se réfère aux activités par lesquelles un animateur aide les habitants d’un quartier défavorisé à faire valoir leurs droits, que ce soit en exigeant de l’administration des HLM de mettre les logements sociaux aux normes sanitaires en vigueur, ou en demandant aux banques implantées dans le quartier d’offrir des taux d’intérêts plus raisonnables.

Né lui-même dans un ghetto de Chicago en 1909, Alinsky est issu d’une famille juive originaire de la Russie. Après des études à l’université de Chicago, il s’intéresse à la criminologie et obtient une bourse lui permettant de suivre de près la vie des gangs urbains : il développera ainsi une grande estime pour celui d’Al Capone, qu’il considère comme un vaste service public informel. Mais surtout, à partir de 1938, il trouve sa vocation lorsqu’il décide d’« organiser » le quartier Back of the Yards, le fameux ghetto dont les conditions de vie atroces ont été portées au grand jour par le roman d’Upton Sinclair, La Jungle (1905). C’est là qu’Alinksy mettra pour la première fois en œuvre des méthodes dont il fera plus tard un système. Son idée fondamentale : pour s’attaquer aux problèmes sociaux, il faut bâtir des « organisations populaires » (« People’s Organizations ») permettant aux populations de se mobiliser. Ces méthodes s’avéreront fructueuses aussi lorsqu’il organisa - toujours à Chicago - aux débuts des années soixante « The Woodlawn Organization » (TWO), du nom d’un quartier noir menacé par les efforts dits de « rénovation urbaine » de l’université de Chicago. Il fonda aussi l’Industrial Areas Foundation (IAF), une association où de nombreux futurs organizers (« animateurs de quartier ») apprendront la « méthode Alinsky » pour l’appliquer un peu partout dans le pays.

La « méthode Alinsky »

Bien qu’il fût avant tout un homme d’action, Alinsky tenta, dans plusieurs textes, d’expliquer les principes qui guident sa démarche. Son radicalisme puise ses racines dans l’histoire américaine – une histoire traversée avant tout par l’idée de la démocratie, qui a animé les penseurs radicaux américains depuis toujours, des révolutionnaires de Boston en 1776 jusqu’aux fondateurs du mouvement syndical, en passant par les jeffersoniens et les militants œuvrant pour l’abolition de l’esclavage. Citons-en trois principes qui constituent, pour lui, autant de tabous à lever :

51C7fTNjkAL._AC_SY400_.jpg1) Le pouvoir. Alinsky est loin d’épouser une vision irénique de la démocratie. Le principe primordial de l’organizer est celui du pouvoir. Le pouvoir, soutient-il, est « l’essence même, la dynamo de la vie » (dans certains textes, il ira jusqu’à citer Nietzsche)
. « Aucun individu, aucune organisation ne peut négocier sans le pouvoir d’imposer la négociation ». Ou encore : « Vouloir agir sur la base de la bonne foi plutôt que du pouvoir, c’est de tenter quelque chose dont le monde n’a pas encore fait l’expérience—n’oubliez pas que pour être efficace, même la bonne foi doit être mobilisée en tant qu’élément de pouvoir ». Malheureusement, poursuit-il, la culture moderne tend à faire de « pouvoir » un gros mot ; dès qu’on l’évoque, « c’est comme si on ouvrait les portes de l’enfer. »

Surmontant ce moralisme gênant, l’organizer identifie le pouvoir dont une communauté dispose, pour ensuite lui montrer le plaisir à l’éprouver – pour ensuite, enfin, le manier à ses propres fins.

2) L’intérêt propre. Si le pouvoir est le but de l’organizer, son point d’appui est l’intérêt propre (self-interest), un autre terme considéré souvent comme tabou. Pour organiser une communauté, il doit faire appel à ses intérêts (et les convaincre qu’il n’y a pas de honte à agir sur cette base) tout en identifiant ceux des personnes qui y ont font obstacle. « Douter de la force de l’intérêt particulier, qui pénètre tous les domaines de la politique, insistera Alinsky, c’est refuser de voir l’homme tel qu’il est, de le voir seulement comme on souhaiterait qu’il soit ».

3) Le conflit. Mais puisque celui qui essaie de faire valoir son intérêt particulier se heurte souvent aux intérêts de quelqu’un d’autre, l’organizer doit accepter le conflit non seulement comme inéluctable, mais même comme désirable – car rien ne mobilise autant que l’antagonisme. Sa tâche doit être « de mettre du sel dans les plaies des gens de la communauté ; d’attiser les hostilités latentes de beaucoup, jusqu’au point où ils les expriment ouvertement ; de fournir un canal dans lequel ils puissent verser leurs frustrations passées… ».
Loin d’être un mal nécessaire, le conflit est « le noyau essentiel d’une société libre et ouverte ». Si la démocratie était un morceau de musique, selon Alinsky, « son thème majeur serait l’harmonie de la dissonance ».

Ces principes ne font que traduire, dans un langage théorique, les tactiques utilisées par Alinsky et ses disciples à Chicago et ailleurs. Puisque l’organizer cherche avant tout à faire prendre conscience aux laissés-pour-compte de leur propre pouvoir, sa première tâche, lorsqu’il arrive dans une communauté, est de repérer ceux qui sont susceptibles de la mobiliser, en faisant appel aux « leaders locaux ». Alinsky travaillait ainsi beaucoup aussi avec les églises, qui constituent souvent la colonne vertébrale des quartiers défavorisés aux Etats-Unis, et entretenait notamment d’excellentes relations avec l’Eglise catholique (dans une lettre à Jacques Maritain, Alinsky ira jusqu’à dire, avec son sens d’humour habituel, qu’il est le deuxième juif le plus influent dans l’histoire du christianisme...).

L’organizer doit, d’autre part, écouter patiemment les habitants pour pouvoir identifier leurs problèmes. Une fois une tâche identifiée, plusieurs méthodes peuvent s’imposer. Pour faire bouger une administration, les habitants peuvent rassembler des informations gênantes et menacer de les distribuer à la presse, ou inviter un responsable municipal à une réunion de quartier pour lui faire part de leur grief. Mais ils peuvent également opter pour des méthodes plus rudes. Pour dénoncer l’insuffisance de l’administration, par exemple, ils peuvent faire pression sur la municipalité en organisant une grève d’impôts, ou encore débarquer en masse dans les bureaux d’un fonctionnaire, refusant de partir avant que celui-ci ne leur accorde, sur-le-champ, la réunion tant de fois reportée (de préférence, sous le regard des caméras de télévision locale). Ou encore : faire un sit-in dans les locaux d’une banque fréquentée par un propriétaire malhonnête ou dans ceux d’une compagnie d’assurances qui pénalise les quartiers défavorisés ; déposer des sacs d’ordures devant une agence de santé dont on estime qu’elle ne remplit pas ses obligations ; manifester devant la maison du propriétaire des taudis de banlieue ; ou encore, se coucher devant les bulldozers lorsque la municipalité se lance dans la rénovation urbaine sans l’approbation des personnes concernées...

La « méthode Alinsky » exerça une influence considérable sur le militantisme et les formes de contestation sociale aux Etats-Unis, tant par son propre travail (notamment à travers l’Industrial Areas Foundation et la Woodlawn Organization) que par les « organizers » qu’il a formés et les associations qui ont suivi son exemple. Parmi ceux passés par son école figure en particulier César Chávez, le militant pour les droits civiques et le fondateur des United Farm Workers, le syndicat qui a organisé la célèbre « grève des raisins » en Californie en 1965.

Cependant, Alinsky a toujours été un personnage controversé dans l’histoire du mouvement social américain - réputation, d’ailleurs, qu’il entretenait lui-même avec enthousiasme. Certains le considéraient comme trop radical et trop diviseur, tandis que d’autres — surtout le mouvement étudiant des années soixante — étaient gênés par son réformisme et son apathie idéologique. De son côté, il ne cachait pas son mépris pour des organisations comme Students for a Democratic Society (SDS) ou le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) : de Jerry Rubin et Abbie Hoffman, les leaders des « Yippies » (Youth International Party). Il disait qu’ils n’étaient « pas fichus d’organiser un déjeuner, encore moins une révolution ».


Rules_for_Radicals.pngSurtout, Alinsky reconnaissait que les valeurs dénoncées par cette jeunesse en colère étaient justement celles auxquelles les pauvres pour lesquels il a milité aspiraient : en 1967, il remarquera : « Les gosses du SDS me disent : ‘Alinsky, tu sais ce que tu fais ? Tu organises les pauvres au nom de valeurs décadentes, ruinées, bourgeoises, et matérialistes.’ Et je me trouve en train de répondre : ‘Vous savez ce qu’ils veulent, les pauvres, dans ce pays ? Ils veulent une part plus grande dans ces valeurs décadentes, ruinées, bourgeoises ».

Les associations d’inspiration alinskienne travaillaient en collaboration avec les pouvoirs publics voire les chefs d’entreprise (Marshall Field III, le millionnaire de Chicago, siégea par exemple dans le conseil de direction de l’IAF) plutôt que s’engager dans une lutte « gauchiste ». Son héritage, partagé entre ses tactiques de dissident et des instincts foncièrement réformiste, est donc complexe.

Alinsky, Clinton et la critique du welfare

A l’automne 1968, alors que l’Amérique ne s’est pas encore remise des assassinats de Marin Luther King et de Robert Kennedy, et qu’elle a encore en tête les images des émeutes qui ont éclatées lors de la convention démocrate de Chicago, portant ainsi au grand jour l’opposition à la guerre au Vietnam, une étudiante de Wellesley College, âgée de vingt-deux ans, férue de politique et de justice sociale, décide de consacrer son mémoire de fin d’études à Saul Alinksy. Elle s’appelle encore Hillary Rodham. Dans son mémoire, qu’elle intitule (en citant T. S. Eliot) There is only the fight : an analysis of the Alinsky model, la future candidate à l’investiture démocrate médite la pensée et la carrière d’Alinsky – et, en passant, égrène quelques brins de sa propre vision politique, à l’époque encore en gestation. Au moins laisse-t-elle entrevoir ses préoccupations.

Alinsky la fascine autant par sa soif insatiable de la justice que par sa critique acerbe de la morale chrétienne version middle class, dans laquelle la jeune Hillary a baigné pendant son enfance et qui fait peu de place aux notions comme le pouvoir, le conflit et l’intérêt particulier. D’autre part, Alinsky est à la fois radical et réformiste. Elle remarque que ce qu’il professe « ne sonne pas très ‘radical.’ Ses paroles sont les mêmes que l’on entend dans nos écoles, chez nos parents et leurs amis, chez nos pairs ». Mais elle souligne : « La différence, c’est qu’Alinsky y croit vraiment ».


La possibilité de fonder une contestation sur des principes globalement reconnus est sans doute attirant pour une jeune femme tentée par les grandes luttes des sixties, mais qui choisit de rester dans le « système ». Enfin, Hillary porte un intérêt manifeste pour la place centrale qu’Alinsky accorde à la notion de « communauté ». Le problème qui hante sa pensée est celle « de la quête d’une communauté viable ».

En particulier, il nous oblige à penser ce que signifie une « communauté » à l’âge de l’industrialisation et de la société de masse – si, dans ce contexte, une communauté peut encore exister. Alinsky, qu’Hillary rencontre en complétant son mémoire, est impressionné par la jeune étudiante : il lui propose de venir travailler pour son association. Elle refusera, décidant plutôt de poursuivre des études de droit à Yale (où elle fera la connaissance d’un certain Bill Clinton…).

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Alinsky n’aura-t-il été qu’un intérêt passager d’une jeune étudiante passionnée par la politique ? Peut-être. On peut néanmoins considérer la carrière d’Hillary Clinton à la lumière de cet engouement estudiantin pour le community organizer. Son intérêt pour la notion de communauté et les valeurs de solidarité qu’elle véhicule se retrouveront, par exemple, dans son militantisme en faveur des droits de l’enfant et de l’assurance sociale. D’autre part, le pragmatisme d’Alinksy, ainsi que son allergie aux idéologies, rejoignent curieusement les valeurs de la « troisième voie » clintonienne. Clinton remarque ainsi dans son mémoire qu’Alinsky s’intéresse à l’idée d’appliquer ses méthodes à la classe moyenne américaine qui, elle aussi, éprouve un sentiment d’impuissance (powerlessness) devant « ces guerres que l’on suit sur les écrans de télévision ».

Mobilier la classe moyenne – n’est-ce pas ce que tentent les époux Clinton dans les années 1990, lorsqu’ils repartent à la conquête des couches sociales que leur parti semble avoir abandonné ? D’autre part, tout en militant pour les plus pauvres, Alinsky ne cache pas sa suspicion à l’égard de l’Etat-providence, surtout à l’égard de la « guerre contre la pauvreté » menée par le Président Lyndon Johnson dans les années 1960, qu’il qualifiera de « pornographie politique ». Alinsky se vantait de n’avoir jamais rien fait pour les pauvres, comme voulaient le faire les bureaucrates bien-pensants de Washington : il n’a fait que travailler avec eux, les aidant à chercher eux-mêmes des solutions à leurs problèmes.

C1 Alinsky.jpgSitué au croisement de la tradition du « self-made man » et d’une sorte d’autogestion à l’américaine, Alinsky insiste toujours sur la nécessité des pauvres de pourvoir à leurs intérêts, mêmes « bourgeois » et « décadents », et nourrit un profond mépris pour les « libéraux » (au sens américain du terme, donc la gauche) qui, en prétendant connaître les intérêts profonds des couches sociales démunies, ne font que les infantiliser. Mais de là à rejoindre les critiques libérales (au sens européen) de l’Etat-providence ? Rappelons qu’en 1996, le président Clinton, appuyé par les Républicains, adopta la loi sur la « responsabilité personnelle » (Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act, PRWORA), qui supprima de nombreuses allocations destinées aux plus démunis (en particulier celles destinées aux enfants), en les remplaçant, au niveau des Etats fédérés, par une politique dite de « workfare », qui lie le droit aux prestations sociales à l’obligation de travailler (même dans des conditions indignes). Clinton annonça à cette occasion que « l’ère du big government » est terminé aux Etats-Unis. En dépit de son engagement profond pour les pauvres, Alinsky et sa méthode ne constituent-ils pas, par le biais de leur critique des aides gouvernementales au nom du savoir-faire spontané de la communauté, la voie détournée vers le « workfare » ?

La principale leçon que les Clinton retiendront d’Alinsky est cependant sa vision du pouvoir. L’analyse qu’ils font de l’expérience des années 1960, de l’ère Nixon et du scandale de Watergate, mais aussi du déclin du Parti démocrate à l’époque de Reagan, est précisément celle d’Alinsky : la noblesse des principes ne vaut strictement rien sans le pouvoir. Alinsky s’en prend à ceux qu’il appelle les « liberals » (et qu’il oppose aux « radicals »), c’est-à-dire ceux pour qui tous les moyens ne peuvent pas être justifiés par la noblesse du but. Railleur, Alinsky cite La Rochefoucauld : « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui ».


Lorsque les Clinton se défendent contre ceux qui leur reprochent de vouloir accaparer le pouvoir à tout prix, on peut imaginer que ce proverbe est leur réplique secrète. Dans son mémoire, Hillary Clinton note avec intérêt que selon Alinsky, contrairement à l’idée reçue, rien n’est plus facile en politique que d’être moral : « Il y a deux voies qui mènent à tout : la voie basse et la voie haute. La voie haute est la plus facile. Il suffit à parler des principes et de se montrer angélique à l’égard des choses que l’on ne pratique point. La voie basse est plus la rude. C’est la tâche de faire ressortir une conduite morale de son intérêt personnel ».

Cela aurait pu être la devise de la campagne menée par Hillary Clinton contre Obama : il ne suffit pas d’inspirer les auditeurs par des belles phrases et par son éloquence ; la politique est l’art des résultats ; s’il faut être méchant et déshonnête pour faire un peu de bien, s’il faut être un peu démagogue pour mobiliser la rage des démunis, soit.

Alinsky dans le parcours d’Obama

Le paradoxe, pourtant, c’est que celui que Clinton accuse d’être trop idéaliste est passé par la même école qu’elle. En 1985, Barack Obama, ayant tout juste reçu son diplôme de Columbia, désirant participer au changement social dans le même esprit que les luttes pour les droits civiques des années 1960, mais ne sachant trop comment, répond à une publicité publiée dans le New York Times par le Calumet Community Religious Conference (CCRC). Cette association, qui cherche à faire des églises dans le South Side de Chicago, le célèbre ghetto noir, des forces militantes, est animée par plusieurs disciples d’Alinksy (Mike Kruglik, Gregory Galluzzo et Gerald Kellman) qui veulent recruter des jeunes noirs pour gagner la confiance d’une communauté qui les regarde (ils sont blancs et pour la plupart juifs) avec méfiance.

Agé tout juste de vingt-quatre ans, Obama arrive dans le South Side. Aussitôt, il reçoit son baptême du feu d’organizer, aidant une communauté à obtenir un bureau de placement pour les chômeurs, ou encore portant son soutien aux efforts des résidents d’un HLM pour obtenir le désamiantage de leurs logements.

Obama consacre presque deux cents pages à cet épisode dans ses mémoires, Dreams from my father. Certes, comme l’observe le journaliste Ryan Lizza, « il n’y aucune discussion de la théorie qui sous-tendait son travail et qui guida ses maîtres. Alinsky est la couche absente de ce récit ».


s-l300.jpgMais Obama évoque le pouvoir de séduction qu’exerça sur lui le langage alinskien au cours de sa formation comme organizer : « L’action, le pouvoir, l’intérêt particulier. J’aimais ces concepts. Ils témoignaient d’un certain réalisme, d’un refus temporel pour le sentiment ; la politique, et non la religion ».

A son tour, Obama enseignera à d’autres la méthode que la CCRC lui a apprise.

Toutefois, même si son nom n’est jamais mentionné, les mémoires d’Obama contiennent une critique implicite d’Alinsky – partielle, sans doute, et pourtant claire. D’abord, Obama, dans le South Side, suggère qu’il arrive parfois aux organizers de surestimer l’importance de l’intérêt particulier – ou, du moins, qu’ils le conçoivent de manière trop étroite. Les motivations des résidents du South Side qu’il mobilisa dépassaient le simple intérêt matériel ; ils étaient aussi animés par un intérêt spirituel, ou plutôt un désir de sens, une capacité d’offrir un récit significatif de leur identité. Il apprend que « l’intérêt particulier que j’étais sensé chercher s’étendait bien au-delà des problèmes immédiats, qu’au delà des banalités, des biographies sommaires, et des idées reçues, les gens portent dans leur for intérieur une explication essentielle d’eux-mêmes. Des histoires pleines de terreur et de merveilles, clouées d’événements qui les hantent ou les inspirent encore. Des histoires sacrées ».

Ce qui commence, pour Alinsky, en politique, finit chez Obama en mystique.

La méthode d’Alinsky est mise en question par Obama à un autre niveau encore. Alinsky, nous l’avons vu, assume sans regret le fait que la politique entraîne le conflit, et que la stigmatisation de l’autre peut être une puissante force de mobilisation. Mais quel sens cette idée peut-elle avoir pour une communauté qui vit quotidiennement la conséquence d’une telle stigmatisation - en l’occurrence, la communauté noire américaine ? Une réaction tout à fait logique, qu’Obama rencontre au South Side, est le nationalisme noir, qui assume la stigmatisation, mais en la projetant sur les blancs. Obama développera plus tard un certain respect pour cette attitude, surtout lorsqu’il se rendra compte à quel point les Noirs ont intégré le racisme dont ils sont victimes. La haine des Blancs constitue, pour les Noirs, un « contre-récit enfouit profondément à l’intérieur de chacun, au centre duquel se trouvent des Blancs : certains cruels, d’autres ignorants, parfois un seul visage, parfois l’image anonyme d’un système qui prétend contrôler nos vies. J’étais forcé de me demander si les liens de communauté pouvait être restauré sans un exorcisme collectif de la figure spectrale qui hantait les rêves noirs ».

Mais surtout, il finira par conclure que la haine, même justifiée, est sans issue. Il acceptera, en quelque sorte, la psychologie d’Alinsky, mais pas sa politique.

Ce qu’enseigne, en fin de compte, l’école d’Alinsky, est un mélange de romantisme et de rudesse, d’une soif pour la justice atteinte par des moyens impitoyables. Hillary Clinton semble y avoir puisé pour formuler sa vision non-idéologique du progrès social, tout en tenant fortement compte de sa leçon sur la centralité du pouvoir et de sa conquête, nécessaires à toute politique digne de son nom. Barack Obama, en appliquant la méthode d’Alinsky à Chicago, cherche à donner aux impuissants une preuve de leur propre puissance—tout en critiquant l’intérêt conçu en dehors de toute visée spirituelle, en même temps qu’il se méfie des conséquences de la stigmatisation d’autrui dans la poursuite du pouvoir.

Mais que se passe-t-il lorsque les enfants d’Alinsky passent à la politique politicienne ? Citons le maître : « Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu ».

Aux supporters d’Obama et d’Hillary de reconnaître leur candidat dans cette phrase…

Michael C. Behrent , le 10 juin 2008

vendredi, 17 janvier 2020

Psychologie et propagande : les origines - Conditionnement, inconscient et succès de la propagande

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Psychologie et propagande : les origines

Conditionnement, inconscient et succès de la propagande
 
par François-Bernard Huyghe
Ex: https://www.huyghe.fr


Il n'y a guère de stratégie d'influence qui ne se réclame d'une connaissance approfondie de l'inconscient humain ou ne prétendre à la maîtrise scientifique des mécanismes psychiques. On ne s'étonne plus de voir un pubeur citer Lacan pour présenter sa prochaine campagne, ni d'entendre parler de Programmation Neuro Linguistique dans un stage de vendeurs au porte à porte. L'idée qu'il existe des méthodes qui mettent le message, discours ou image, directement "en prise avec l'inconscient" nourrit la vieille crainte d'une manipulation absolue puisqu'agissant sur nos ressorts les plus secrets.

propaganda.jpgLa publicité est évidemment toujours sous le soupçon. Dans un livre qui avait fait du bruit à l'époque, "la persuasion cachée" de 1957, Vance Packard révélait les stratégies des compagnies publicitaires qui truffaient leurs annonces de textes et images supposés agir sur nos motivations cachées en échappant à la censure du Moi.
Et pour la propagande, on trouve dès 1918, dans le livre intitulé justement "Propaganda" d'Edward Bernays (accessoirement neveu de Freud et se vantant d'utiliser la psychanalyse) l'idée que les masses seraient dirigées par des élites capables d'utiliser toutes les techniques psychologiques.

Mais les grands théoriciens que disent ils de cette perspective effarante ?

Comme on peut s'y attendre, on trouve dès les premières décennies du XX° siècle outils théoriques chez les principaux courants, environnementaliste et psychanalytique.

Ainsi, s'il est un classique de la propagande, c'est bien "Le viol des foules par la propagande politique" de Serge Tchakhotine (1939), un gros pavé expliquant comment l'auteur, socialiste convaincu, avait combattu la propagande nazie par une méthode idéologiquement correcte puisqu'inspirée de Pavlov et surtout hyper efficace puisqu'elle reposait entièrement sur le conditionnement de la population à son insu et par l'exploitation de ses réflexes inconscients par des symboles efficaces. Donc Tchakhotine renvoie à Pavlov.

De Pavlov (1849-1936), tout le monde a retenu l’expérience du chien qui salive. Elle date de 1889 : l’animal est habitué à recevoir sa nourriture après avoir entendu un coup de cloche ; si, au bout d’un temps, la cloche retentit, sans que l’on nourrisse le chien, il continue à baver. Il est conditionné par répétition d’un stimulus (le bruit) associé à un excitant (la nourriture) en vue d’un certain comportement (saliver). Pavlov, réduit l’activité nerveuse supérieure à une suite d’excitation et d’inhibition de réflexes, compliquée par la possibilité d’associer des signaux (stimuli sonores, mais aussi visuels, olfactifs) à des réactions. Pour lui « La vie des êtres supérieurs est l'histoire de la production continuelle et de l'usage incessant de ces nouvelles combinaisons... ».

Pavlov qui reçoit le prix Nobel pour ses travaux en 1904 entend ainsi fonder une psychologie scientifique et certains de ses disciples en sautent facilement à l’idée que l’homme n’est que réflexes conditionnés, d'où le corollaire qu’il est possible de le conditionner scientifiquement.

Fils de pope, père d’un officier de l’armée blanche mort au combat, dénonciateur du régime soviétique dès les années 20, Ian Pétrovitch Pavlov n’avait pas vraiment un profil de parfait bolchevik. Pourtant, il a joui du statut de penseur officiel de la psychologie soviétique.

Il y avait à cela plusieurs raisons. Il était Russe et n’avait pas fui en 1917. Sa volonté de scientificité enracinée dans le physiologique permettait de l’opposer à la psychologie bourgeoise idéaliste. Enfin, en poussant un peu, l’argument du conditionnement pouvait jouer en faveur de l’acquis contre l’inné : les hommes sont foncièrement égaux dans la mesure où tout ce qu’ils deviennent est le résultat de l’influence monde extérieur. Donc, il sera demain possible de produire l’homme nouveau dans la patrie du socialisme. Donc le pavlovisme est conciliable avec le matérialisme historique dialectique et le camarade Staline a raison. C.q.f.d.

Pavlov a surtout, sinon un disciple, du moins un équivalent américain : John Broadus Watson (1878-1958), psychologue et neurologue, fondateur de l’école béhavioriste. Son manifeste « La psychologie telle qu’un behavioriste la voit » le dit sans ambages : la psychologie doit devenir la science qui étudie (certains ajouteront : produit) le comportement humain, hors de toute notion « mentaliste » et subjective telle que volonté, émotions, ego… Bref, foin de l’introspection : l’être humain est une boîte noire réagissant par des comportements à des stimuli. En utilisant et répétant les plus adaptés, on peut « contrôler et conditionner les émotions des sujets humains ». Watson s’efforça de le démontrer par une expérience sur « le petit Albert » : partant du principe que l’enfant n’était mu que par trois émotions basiques peur, rage et amour, il se faisait fort de les provoquer à volonté. Plus tard, il voulut mettre en œuvre sur les consommateurs au sein d’une agence de publicité J Walter Thompson Agency. En dépit de publications importantes (comme Behaviorism en 1924), la seconde partie de sa vie fut surtout consacrée au business.

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Le succès de ses idées est considérable : dès 1913, le béhaviourisme devient un des courants majeurs des sciences sociales américaines (en tout cas, le plus typiquement américain). Le couple stimulus-réponse devient un système explicatif applicable aussi bien à l’éducation des enfants qu’aux événements internationaux : il naît ainsi une théorie behaviouriste des guerres et des violences (elle se propose, bien entendu, d’y porter remède par le conditionnement adéquat dans un bon environnement « non-frustrant »).

Le béhaviourisme nourrit aussi les fantasmes d’une science appliquée à la toute jeune publicité ou dans le domaine de la communication de masse. Les premières études des médias sont imprégnées d’un schéma maintenant très critiqué « de la seringue hypodermique » : le message insufflé par les médias « passe » chez les récepteurs comme le liquide dans les veines du sujet et y produit automatiquement son effet. C’est un schéma « causaliste » : le contenu de la communication A produit un effet B, qui se traduit par un comportement : achat, vote…

Le béhaviorisme rencontre et parfois affronte un autre grand courant intellectuel : la psychanalyse. Avant la guerre, Freud (1856-1939) a déjà posé les fondements de la discipline, largement publié et constitué une première école avec de premières dissensions. Ce qu’il est convenu de nommer « la seconde topique » de la psychanalyse (la représentation des mécanismes psychiques comme interaction entre le ça, le Moi et le Surmoi remplaçant la hiérarchie inconscience, pré conscience, conscience) est en voie d’élaboration. Bref, le freudisme existe même s’il n’a pas l’influence qu’il acquerra quelques décennies plus tard et même si sa thématique n’est pas entrée dans la culture populaire. Pourtant, la terminologie freudienne se prête vite aux détournements et à un usage quasi publicitaire: en se vantant « d’agir directement sur l’inconscient » ou en parlant « d’images qui s’adressent aux couches profondes du psychisme », des professionnels de la « com » donnent vite des bases « scientifiques » de leur action. Tout cela va dans le même sens : l’idée que les masses sont par essence irrationnelles, suggestibles, prêtes à se soumettre à un chef ou à un démagogue.

41JZ1VACJ0L._SX314_BO1,204,203,200_.jpgMais que pensait vraiment Freud ?
Dans un texte de 1921, « Psychologie collective et analyse du moi », le père de la psychanalyse sans traiter à proprement parler de la propagande présente sa position par rapport aux penseurs de l’ère des foules. Il consacre un chapitre élogieux à Le Bon. Il veut fonder ses thèses foncièrement justes sur les bases plus scientifiques de la psychanalyse. Il indique quelques pistes : les foules, ou plutôt les communautés organisées comme dans l’armée ou l’Église ont tendance à s’identifier collectivement à un « idéal du Moi », qui facilite leur obéissance. Dans la foule, non seulement les participants sont dans un état proche de l’hypnose, mais chacun s’identifie à tous les autres et communie dans une même fascination de l’objet d’enthousiasme. Ce mécanisme constitue une régression par rapport au développement psychique de l’humanité, mais reste une possibilité toujours présente… Freud plutôt que de décrire des techniques de conditionnement, même pour les dénoncer, théorisé la disparition de l'individualité et la soumission au groupe comme menace.

De son œuvre, il serait difficile de retirer des recettes pour former une horde de fanatiques. Freud est un individualiste pessimiste, plein du mépris envers le grégaire et rempli de crainte devant les emportements de la masse. Nombre de suiveurs en déduiront qu’une manipulation par les symboles collectifs est scientifiquement programmable et la caution freudienne viendra longtemps renforcer cette vision des cerveaux absorbant la propagande comme l’éponge le liquide.

jeudi, 12 décembre 2019

« Propagande massive des médias en vue d’une confrontation occidentale avec la Chine »

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« Propagande massive des médias en vue d’une confrontation occidentale avec la Chine »

 
 
Auteur : Willy Wimmer
Ex: http://www.zejournal.mobi

« Les plans anglo-japonais visant à diviser la grande Chine unifiée en au moins huit nouveaux États sont connus depuis longtemps. Cela mettrait temporairement en suspens le facteur mondial croissant représenté par la Chine. Dans un avenir prévisible, nous verrons dans les fameux « hot spots » en Chine, où l’on joue encore avec le feu […] »

D’un point de vue global, un sentiment de déjà-vu émerge actuellement en observant la propagande massive des médias en vue d’une confrontation occidentale avec la Chine. On s’attaque délibérément aux anciennes lignes de conflits pour déstabiliser ce pays. Ce sont des signes inquiétants.

Dans le cadre de la guerre en Afghanistan et du déploiement de la Bundeswehr dans la région, un ancien ministre allemand de la Défense a péroré « qu’on défend l’Allemagne au Hindou Kouch » ; mais maintenant il s’agit de la Chine.

L’artillerie de la presse est disposée le long des lignes de conflit, selon la volonté du quartier général de Washington. La province chinoise du Xinjiang et les peuples turcs qui y vivent sont mis en position contre le gouvernement central de Pékin. La situation est parfaitement préparée pour un conflit majeur.

Un conflit d’ailleurs qui, dans sa structure de base, se développe depuis près de trente ans. Actuellement, on joue son rôle, car le mégaprojet chinois des « Nouvelles Routes de la soie » rapproche visiblement le continent euro-asiatique commun. Cela affaiblira de façon permanente la domination américaine des routes commerciales mondiales et des sanctions pour la destruction d’États en temps de paix. Les événements de Hong Kong montrent clairement qu’on s’attaque aux coins et aux aspérités de la Chine.

Les plans anglo-japonais visant à diviser la grande Chine unifiée en au moins huit nouveaux États sont connus depuis longtemps. Cela mettrait temporairement en suspens le facteur mondial croissant représenté par la Chine. Dans un avenir prévisible, nous verrons dans les fameux « hot spots » en Chine, où l’on joue encore avec le feu et où l’on organise la plus grande implication globale possible derrière des manœuvres transparentes de rivalité.

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Dans le Xinjiang, et en particulier en ce qui concerne les Ouïghours, le conflit mondial de base entre les États-Unis et le « reste du monde » se présente de manière exemplaire. Depuis les combats qui se sont déroulés il y a quelques décennies sur les rives du fleuve Ussuri entre les puissances communistes de l’époque, l’Union Soviétique et la République Populaire de Chine, le monde est conscient de la sensibilité de cette région. C’est pourquoi l’ancien président kazakh Noursoultan Nazarbaïev a fait un effort particulier pour développer un mécanisme de prévention des conflits entre les États concernés sur le modèle des Accords d’Helsinki (CSCE).

D’ailleurs, avec beaucoup de succès, comme le montre l’actuel « Organisation de coopération de Shanghai ». À l’est de Moscou, les États y participent parce qu’ils préfèrent le travail laborieux pour la paix au lieu de déclencher la guerre. Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, ces concepts ont fait l’objet de travaux, comme j’ai pu le constater personnellement en participant aux conférences préparatoires à Almaty. Il fallait éviter à tout prix que le processus de désintégration de l’Union Soviétique sur le territoire chinois ne se transforme en une énorme guerre. Les questions frontalières furent réglées et on créa de nouvelles règles d’autonomie pour prévenir la guerre dans une situation dramatiquement compliquée.

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Dès le premier jour, les États-Unis se sont massivement opposés à l’élaboration d’un mécanisme de résolution pacifique des conflits. Le projet de conférence de « l’Organisation de coopération de Shanghai » fut subverti autant que possible. Lorsque les États de la région se sont tout de même mis d’accord, les États-Unis ont quitté le projet de conférence.

Depuis lors, tous ceux qui le souhaitent peuvent observer comment les deux concepts rivaux s’affrontent. Depuis la construction du « barrage des Trois Gorges » sur le Yang Tsé, le gouvernement central chinois tente de modifier la structure démographique de base du Xinjiang en faveur de la population chinoise de souche.

Au cours de la dernière décennie, les magazines allemands ont à maintes reprises et docilement décrit les soulèvements dirigés par la CIA dans cette province. La manière dont le conflit mondial américano-chinois influence l’actualité est illustrée par les attaques des États-Unis contre les investissements chinois au Pakistan en lien avec la Route de la Soie.

Et qu’allons-nous faire en Allemagne ? L’Allemagne impériale, grâce à ses scientifiques et ses expéditions dans cette région, savait ce qui s’y passait. Déjà à l’époque, cela se faisait en rivalité avec d’autres puissances. De nos jours, la décision stratégique prévisible des États-Unis d’installer le siège mondial des Ouïghours à Munich lors de la préparation de « l’Organisation de coopération de Shanghai » était une décision stratégique prévisible. Les mécanismes pouvant en découler sont bien connus dans d’autres conflits : ils ont abouti à la guerre.

mardi, 19 novembre 2019

Propagande, le mot et la chose

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Propagande, le mot et la chose

par François-Bernard Hiuyghe

Ex: http://www.huyghe.fr

La propagande est une forme d'action sur le cerveau d'autrui définie et décryptée depuis longtemps, mais l'emploi du mot même se fait de plus en plus rare. Serait-elle remplacée par des méthodes plus subtiles ?

Originellement, le latin, propaganda signifie «devant être propagées» et se réfère à des vérités de la foi. Le mot se retrouve dans la langue médiévale. Au XII° siècle, le dominicain Humbert de Romans écrit un Manuel de propagande des croisades, méthode censée inciter le lecteur à aller guerroyer en Terre Sainte. La notion prend tout son poids lorsque le pape Grégoire XV institue une la Congregatio de Propaganda Fide le 22 Juin 1622. Elle répandra la religion dans les contrées mal évangélisées en usant des moyens rhétoriques ou psychologiques les plus propres à impressionner ceux qui n’ont pas encore reçu la bonne nouvelle évangélique.

PREMIERS DISPOSITIFS

Le premier appareil de propagande est donc une congrégation de cardinaux commandant des armées de missionnaires au service d’un message doctrinal, le tout formant un véritable dispositif : organisation, relais et arguments.

Dans les dictionnaires français, « propagande » apparaît vers 1790 avec des associations laïques cette fois, voire révolutionnaires qui se consacrent à la diffusion de certaines opinions. Puis le sens du mot glisse de l’acteur à l’action : la propagande, ce sera désormais l’ensemble des méthodes visant à répandre certaines idées auprès du peuple. Des bureaux de propagande se proposent de diffuser la Raison et la Liberté en lieu et place de la Foi et du Dogme.

Encore une étape et nous retrouvons le mot propagande dans le vocabulaire des partis ouvriers, : faire de la propagande, c’est faire partager l’idée socialiste aux masses, les éduquer à la lutte des classes. Par la parole, par l’écrit, par l’organisation, mais aussi ajoutent certains anarchistes, par l’action. « Propagande par l’action », ou encore « action directe » vont vite devenir synonymes de terrorisme, ou du moins d’une stratégie de rupture visant à exacerber les conflits sociaux

S’il fallait assigner une date de naissance à la propagande dans son sens moderne, - celui d’une forme de communication politique destinée à agir sur les masses- nous dirions qu’il est popularisé au début du XX° siècle dans un double contexte : partis de masse et massacres de masses (avec en arrière-plan des mass media pour faciliter les deux).

Pendant la première guerre mondiale, les belligérants pratiquent tous la propagande : ils créent même des bureaux pour cela. Ils sont chargés de censurer les mauvaises nouvelles et de présenter les bonnes, de convaincre le front, l’arrière, voire d’inciter l’opinion internationale à soutenir la juste guerre de la patrie.

L'entre-deux guerres voit éclore des ministères de la Propagande En URSS, l'existence d'un Département pour l'agitation et la propagande, organe des Comités centraux et régionaux du parti communiste soviétique (Dotdel agitatsii i propagandy) ne choque personne ; il est vrai qu’en russe, propagande signifierait simplement diffusion d’idées.

Mais propagande se veut aussi un concept scientifique : les laboratoires, surtout outre-Atlantique, étudient les méthodes de persuasion directe ou via les médias. Les uns pour en préserver les citoyens, les autres pour exploiter cette nouvelle rhétorique qui passe aussi par l’image, dans le cadre de la publicité ou pour améliorer les grandes campagnes d'opinion. Si les partis communistes, fascistes et nationaux-socialistes pratiquent ouvertement la propagande, le mot répugne aux libéraux.

ÉVITER LE MOT QUI CHAGRINE

Depuis au moins la chute du Mur, le mot est devenu quasiment tabou : il évoque une vision à la fois idéologisée et conflictuelle de la politique. Les politiciens modernes, surtout libéraux, se réfèrent plutôt à la communication, à la proximité, à la participation, à la transparence… La plupart du temps, le « communicant » se contente de dire qu’il informe ou qu’il pratique les relations publiques, simple mise en valeur d’un homme ou d’une cause.
 

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Le double impératif de la force des choses (les lois du marché, les contraintes de la modernisation, les impératifs d’une politique moderne, la fin des dogmes…) et de la « proximité » (être réactifs, proches des gens, à l’écoute…) incite à abandonner cette vieillerie que serait la propagande. En paroles au moins…

Car le terme est concurrencé à la fois par des concepts proches et par quelques périphrases un peu compliquées.

L’administration U.S. se montre particulièrement inventive pour désigner par euphémisme ce que les «good guys» devaient faire pour contrer la propagande des « bad guys ». Elle a baptisé les agences ou institutions vouées à la diffusion de la bonne parole de noms étranges, et les spécialistes du Pentagone remplissent des dictionnaires entiers d’acronymes.

Dans la pratique, on s’aperçoit vite que cette logomachie (Office of Strategic Influence, Psyop, Office of Global Communication, Under Secretary of State for Public Affairs and Public Diplomacy, Strategic Communications. Information Operation Task Force.) renvoie à des activités qui répondent bien à la définition officielle de la propagande par l’Otan : « Toutes les informations, idées, doctrines, appels, communiqués pour influencer l’opinion, les émotions, les attitudes ou le comportement de tout groupe particulier dans le but d’obtenir un bénéfice direct ou indirect. »
On retrouve notamment diverses combinaisons de termes suivants :

o psychologique (guerre psychologique ou opérations ou actions psychologiques, psychological warfare…) incluant des offensives destinées à affaiblir des groupes ennemis.
o déception : toutes les formes de tromperies réservées à l’adversaire
o influence (p.e . influence stratégique comme dans Office of Strategic Influence )
o perception (management de…, guerre de la…)
o diplomatie publique (qui contrairement à la diplomatie « classique » s’adresserait directement aux peuples)
o soft power (pouvoir « doux » d’attraction ou de séduction des valeurs américaines)

Cette phraséologie repose pourtant sur des notions simples :

o Il s’agit dans tous les cas de fournir, de diffuser, de sélectionner, des «informations» pour des publics (en anglais « audiences »)

o Ces informations, données ou indicateurs suscitent, ou renforcent des raisonnements, sentiments ou attitudes chez leurs destinataires

o Le but recherché est soit que ces publics soutiennent la réalisation de certains objectifs des USA, soit deviennent «favorables» aux intérêts américains (directement s’ils sympathisent, indirectement et a contrario s’il s’agit d’adversaires paralysés, démoralisés ou poussés à la faute). On notera que la jurisprudence US distingue bien le mensonge d’État condamnable s’il s’adresse à des citoyens américains des actions d’intoxication, leurre, déception, désinformation et autres, acceptables si elles s’adressent à des publics étrangers et même si elles supposent le recours au mensonge.
 

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Pour le dire autrement, cet ensemble englobe deux types d'action ; les premières ressortent à la bonne vieille guerre psychologique, telle que la pratiquait l'armée française dans les années 60, ordinateurs en moins : se concilier les populations, affaiblir ou diviser l'adversaire. Quant aux secondes, il s'agit de glorifier l'Amérique, ou du moins de «faire entendre sa voix» pour en exalter le modèle.

Tout cela fonctionne suivant un schéma simpliste stimulus réponse : de « bonnes » informations engendrent des bonnes pensées ou sentiments d’où de bons résultats. Surtout, elles peuvent couvrir à peu près n’importe quelle sorte de communication.

AUTOUR DE LA PROPAGANDE

Mais la question des mots laisse intacte celle de la chose.

Or le mot de propagande en évoque plusieurs autres, qui forment autant de domaines adjacents souvent évoqués sur ce site :

O La désinformation. Celle-ci porte par définition sur un fait faux, fabriqué, mis en scène ou du moins très déformé et se présente toujours comme neutre (passant souvent par l’intermédiaire d’un tiers, par exemple un média réputé objectif, pour que les destinataires ne puissent pas comprendre la finalité de la manœuvre). Autre caractère qui différence la désinformation : elle est presque toujours négative et vise à diaboliser ou décrédibiliser un adversaire. Faire une belle affiche, disant « votez pour moi », c’est de la propagande. Répandre dans les rédactions des rumeurs et calomnies sur l’intégrité ou le passé politique de son adversaire, c’est de la désinformation. Le Cuirassé Potemkine est un film de propagande soviétique, les mises en scène par lesquelles Staline a tenté d’accréditer l’idée que le massacre de Katyn en Pologne avait été perpétré par la Wehrmacht, non par l’Armée Rouge, offrent un parfait exemple de désinformation. Comme on s’en doute, cette distinction, claire sur le papier, l’est beaucoup moins dans la pratique. Car dans la vie quotidienne, nous sommes surtout confrontés à la mésinformation.

O La mésinformation. La mésinformation est en principe non délibérée. Vérités partielles, événements ou images présentés hors de leur contexte, faux effets de symétrie entre deux opinions, balance inégale entre deux courants ou deux types de faits comparables… Les procédés sont multiples qui s’interposent entre la réalité et son reflet médiatique. S’ils résultent d’une simple déformation, idéologique ou autre, mais involontaire par les médias, il faudrait en principe parler de mésinformation, pas de désinformation ou de propagande, qui sont de vraies stratégies. Reste à savoir ce qui est volontaire…


o L’influence. Si la propagande fait partie des procédés d’influence, elle n’en couvre pas tout le champ. La seconde comporte aussi une action par l’image que l’on émet, par l'intermédiaire de réseaux que l’on mobilise et par toutes sortes de stratégies indirectes… La propagande peut être considérée comme l’équivalent politique ou idéologique de la publicité : votez pour moi, soutenez mon pays, je suis le meilleur... C’est un message qui ne cache pas sa source ni ses objectifs et qui est censé persuader directement et positivement. Le domaine de l’influence, en tant que stratégie indirecte, est forcément plus vaste : le lobbying, la désinformation, le formatage des esprits, l’action sur l’opinion à travers des ONG ou des personnalités prestigieuses, l’art de trouver des alliés pour soutenir votre point de vue... Cela dit, il y a des moments où les deux méthodes se recoupent. Par exemple, si vous créez une radio arabophone comme al Sawa, destinée d’abord à la population de l’Irak et qui se présente comme un média de distraction et d’information, donnant une image favorable des USA, c’est censé être une action d’influence. Néanmoins, pour les auditeurs hostiles qui savent qui finance ce média, cela apparaît comme de la propagande grossière qui déforme la réalité. La propagande apparaît comme la forme la plus visible, la plus naïve et la moins sophistiquée de l’influence.


o La publicité. A priori la distinction semble évidente. La publicité vend des choses, pas des idées. Elle promet d’avoir et ne commande pas de devenir. Elle incite à consommer, pas à faire des choix politiques, encore moins à mourir ou à tuer. Son action est orientée vers un but unique et limité (achetez ce produit) non vers la transformation profonde du destinataire ou de sa vision du monde. La publicité, même comparative, dit du bien de la marchandise, elle ne diabolise pas des gens, des idées, des partis, des nations…. Pourtant la frontière peut être poreuse dans les deux sens. D’une part, nombre de procédés de marketing politique ou des relations publiques, qui sont une forme ou un avatar de la propagande de papa, consistent à « vendre » un homme politique « comme une savonnette », suivant la formule consacrée. D’autre part, la publicité dans son ensemble promeut globalement des valeurs. Ce peut être explicite, notamment lorsqu’une pub tente de nous persuader qu’en consommant X nous faisons acte de militantisme écologique et contribuons à sauver la planète. Ce peut-être implicite : la pub véhicule un idéal, une image du bonheur ou de l’individu épanoui qui n’est pas neutre idéologiquement.

o La distinction entre culture et propagande n’est pas si évidente qu’il semblerait a priori. D’une part, la propagande même sous sa forme la plus grossière, cherche à s’approprier des valeurs culturelles supérieures. Son esthétique souvent kitsch est un hommage indirect aux pouvoirs supposés de l’art, comme ses références fréquentes à un passé mythifié ou à des autorités intellectuelles constituent un tribut à la mémoire et à la pensée des peuples. Mobiliser le monde de la culture pour sa cause, par exemple en expliquant que l’on est dans le camp des valeurs universelles, de l’Art, de la Pensée, etc.. – tandis que l’autre est un affreux barbare ennemi de toute liberté de l’Esprit – est une des plus vieilles recettes de la propagande. Mais, si nous considérons la chose dans l’autre sens, toute institution vouée à la transmission des valeurs, que ce soit l’École, le Musée ou une Église est aussi une machine à faire croire, à valoriser certaines représentations de la réalité, des courants d’idées, des principes éthiques ou politiques. La différence serait-elle que la propagande s’adresse à des citoyens lambda inconscients de ses effets, voire qui n’ont pas demandé à y être soumis ? alors que celui qui s’est mis en situation d’apprendre ou d’imiter sait qu’il est là pour être transformé (et pense-t-il amélioré) à un degré ou à un autre ?

o Si toute propagande est aussi la propagation d’une idéologie (des explications du monde entraînant un jugement de valeur et visant à une transformation ou une justification de la réalité), l'inverse est-il vrai ? Peut-on propager une idéologie – dont la vocation est précisément de se répandre contre d'autres visions du monde – sans faire de la propagande ? Un théoricien qui a écrit un in-octavo bourré de notes sera choqué de se voir comparer à un distributeur de tracts. Il a le sentiment d’argumenter non de séduire ou d. Est-ce si certain ?

o Enfin la propagande suppose la persuasion : le but est que des gens soient convaincus que.. (par exemple que c’est l’ennemi qui a déclenché la guerre, ou que le plan quinquennal a été dépassé) voire persuadés de faire… (voter, s’engager…). Pour autant la persuasion n’est qu’un des aspects de la propagande qui suppose d’autres modes d’orchestration, de diffusion des messages et d'incitation à l'engagement. Et toute persuasion n’est pas de la propagande : la persuasion par démonstration scientifique, ou encore celle qui intervient dans les relations interpersonnelles. Persuader quelqu’un de vous épouser, ce n’est pas de la propagande.

prop6.jpgAu total les définitions de la propagande suggèrent pourtant des conditions minimales :

O une foi et une volonté de la faire partager, ou au moins des principes politiques généraux : pour faire de la propagande, il faut avoir une cause et des idées. Pas de propagandiste sans conviction, réelle ou feinte.
O le pouvoir politique, celui de l’État ou d’un parti qui cherche à assurer un consensus ou celui de la faction qui cherche le conquérir
O des spécialistes de la persuasion qui pratiquent cet art en toute conscience
O des idées qui cherchent repreneurs et relais contre des résistances: elles doivent multiplier leurs disciples en situation de concurrence
O des moyens matériels de diffusion : des médias et des relais humains pour les faire passer
O le caractère unilatéral de la propagande, relation asymétrique entre un émetteur et un récepteur passif qui ne peut qu’adhérer ou refuser
O l’idée enfin que la propagande sert les intérêts du propagandiste n serait-ce qu’en lui faisant gagner des partisans.

Il semble plutôt exister une fonction propagande (remplie par des moyens matériels, humains et symboliques au service d’une intentionnalité) plutôt qu'une entité propagande. Cette fonction n'est pas la même
- dans une situation de compétition (ou, comme pour la publicité, divers «produits» idéologiques cherchent à conquérir le public en respectant peu ou prou des règles), - dans une situation de domination où toutes les ressources de la propagande servent à maintenir un ordre déjà accepté,
- -ou encore dans une configuration où la propagande doit conquérir, qu'il s'agisse de gagner des âmes ou de faire une révolution.

Resterait par ailleurs à savoir si cette fonction est remplie de même façon suivant les époques. Les différences sont profondes entre les propagandes de type totalitaire et celle qui se pratique en situation de compétition pluraliste. Cette évolution ne tient pas seulement au contraste entre un discours unique, appuyé sur la censure et sur le monopole de la parole d’une part et d’autre part un langage « plus modéré » ou « moins délirant » tenu par celui qui sait qu’il risque d’être contredit. L’ancienne propagande évoquait slogans, foules alignées parfois en uniformes, d’affiches montrant des héros aux mâchoires d’acier, doctrine officielle, appels à la lutte… Mobilisation en somme. Ce qui en tient place aujourd’hui fonctionne au sondage, au message personnalisé, à la séduction douce, aux images de candidats en chemise entourés de leur famille et de leur chien, aux réunions qui rassemblent tous les people pour un show en prime time. Elle se réfère à l’intimité et à la proximité, se vante de son pragmatisme et de sa modestie…

L’ancienne propagande tonitruait, la nouvelle susurre. L’ancienne voulait créer un homme nouveau, la nouvelle satisfaire un consommateur. La première faisait descendre sa révélation sur les masses, la seconde est « à l’écoute des courants d’opinion ». La première est « hard », la seconde « soft ».… Nous reviendrons ailleurs ce qu’un tel changement, symbolisé par l’apothéose des « spin doctors » et autres conseillers en communication, doit à l'évolution de nos systèmes politiques et ce qu’il doit à l’ère de la télévision et maintenant d’Internet.

samedi, 14 septembre 2019

La propagande par ses critiques, ses théoriciens et ses praticiens

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La propagande par ses critiques, ses théoriciens et ses praticiens

Ex: http://www.huyghe.fr

• Arendt H. : « Puisque les mouvements totalitaires existent dans un monde qui n'est pas totalitaire, ils sont contraints de recourir à ce que nous considérons communément comme de la propagande. Mais cette propagande s'adresse toujours à l'extérieur, qu’il s'agisse de couches de la population nationale ou d'étrangers Ce domaine extérieur est très variable ; même après la prise de pouvoir, la propagande peut se tourner vers les fractions de sa propre population dont la mise au pas n'a pas été suivie par un endoctrinement suffisant… Autant que possible la distinction entre la doctrine idéologique à l'usage des initiés et la propagande intégrale à l'usage du monde extérieur est établie avant même que les mouvements ne prennent le pouvoir. Le rapport entre propagande et endoctrinement dépend de la dimension des mouvements et de la pression extérieure.» Hannah Arendt Le système totalitaire Seuil 1972

• Barnett J. « On pourrait s’attendre à ce qu’une « bataille des idées » soit gagnée par une superpuissance qui possède plus de conseillers en communication, de cadres de la pub, de spécialistes des médias et de la presse, de conseillers politiques, de professionnels des relations publiques et de psychologues que le nombre total (des ennemis)… » (écrit au moment de la guerre du Vietnam) Barnett Political Warfare and Psychological Operations p.213 - National Defense University Press 1989

• Bartlett « La propagande est une tentative d’influencer l’opinion et la conduite de la société de telle sorte que les personnes adoptent une opinion et une conduite déterminées » Political Propaganda
 

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• Baudrillard J.: « Les publicitaires, les propagandistes croient-ils à ce qu’ils disent? (Ils seraient à moitié pardonnés.) Les consommateurs, les électeurs ne croient-ils pas à ce qu’on leur dit? (Ils seraient à moitié sauvés.) Mais la question n’est pas là. On a pu dire (D. J. Boorstin, L’Image) que le génie de Barnum, ou de Hitler, fut de découvrir non pas combien il est facile d’abuser le public, mais combien le public aimait être trompé. Ou encore que les problèmes les plus sérieux que pose la publicité viennent moins du manque de scrupules de ceux qui nous trompent que de notre plaisir à être trompés: ils procèdent moins du désir de séduire que du désir d’être séduit. Hypothèse séduisante, mais qui ne va pas au fond: il n’y a pas, à ce niveau de langage, de manipulation du vrai et du faux, pour la raison qu’il efface, ou déplace radicalement, les conditions mêmes du vrai et du faux. » Article Propagande dans l’Encyclopedia Universalis

• Bernays E. : " Si nous comprenons les mécanismes et les mobiles propres au fonctionnement de l'esprit de groupe, il devient possible de contrôler et d'embrigader les masses selon notre volonté et sans qu'elles en prennent conscience. La manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions organisées des masses est un élément important dans une société démocratique. Ce mécanisme invisible de la société constitue un gouvernement invisible qui est le véritable pouvoir dirigeant de notre pays. Ce sont les minorités intelligentes qui se doivent de faire un usage systématique et continu de la propagande ". Edward Bernays, Propaganda, New York, 1928,

• Bertho-Lavenir C. : « La propagande a deux racines entièrement différentes. D’un côté, l’effort militant de mouvement ouvrier qui cherche à se faire entendre dans une société du XIXe siècle peu encline à lui octroyer le droit à la parole. De l’autre, la mobilisation des esprits opérée par les gouvernements pendant la première guerre mondiale. La première fige dans l’espace public des figures obligées : l’affiche, le tract, les défilés derrière des drapeaux, le discours de meeting ... La seconde sensibilise les contemporains aux dangers des manipulations insidieuses. Elle provoque, dès les années 1920, un effort de réflexion collectif sur les manipulations de l’information dans les sociétés urbaines et industrielles. » In Panoramiques n°52 L’information c’est la guerre, 2000

• Breton T. «La propagande, mais aussi de façon générale toute technique de manipulation psychologique peut donc être définie comme une méthode de présentation et de diffusion d’une opinion de telle manière que son récepteur croit être en accord avec elle et en même temps se trouve dans l’incapacité de faire un autre choix à son sujet. » La parole manipulée La Découverte 1998

• Cafiero « la Fédération italienne croit que le fait insurrectionnel, destiné à affirmer par des actes les principes socialistes, est le moyen de propagande le plus efficace » Lettre à Malatesta, 3 déc 1876
 

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• Chomsky N. : "[In] Democratic societies ... the state can't control behavior by force. It can to some extent, but it's much more limited in its capacity to control by force. Therefore, it has to control what you think. ... One of the ways you control what people think is by creating the illusion that there's a debate going on, but making sure that that debate stays within very narrow margins. Namely, you have to make sure that both sides in the debate accept certain assumptions, and those assumptions turn out to be the propaganda system. As long as everyone accepts the propaganda system, then you can have a debate." 9 • Congrés international anarchiste de Londres en Juillet 1881 (Charte de la propagande par le fait) : « L’heure est venue, de passer de la période d’affirmation à la période d’action, et de joindre à la propagande verbale et écrite dont l’inefficacité est démontrée, la propagande par le fait et l’action insurrectionnelle. » Noam Chomsky in Chronicles of Dissent , Propaganda in the US vs in the USSR, October 24, 1986

• Debord G. « Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. » La société du spectacle Lebovici 1968


• Department of Defense USA : "Any form of communication in support of national objectives designed to influence the opinions, emotions, attitudes, or behavior of any group in order to benefit the sponsor, either directly or indirectly. » DOD Dictionary of Military Terms; also US Army Field Manual 33-1 Psychological Operations


• Domenach J.M. « la propagande se rapproche de la publicité en ce qu'elle cherche à créer, transformer ou confirmer des opinions et qu'elle use en partie de moyens qu'elle lui a empruntés ; elle s'en distingue en ce qu'elle vise un but politique et non-commercial. Elle suggère ou impose des croyances et des réflexes qui modifient souvent le comportement, le psychisme et même les convictions religieuses ou philosophiques. » La propagande politique 1969

• Doob L.. : «Tentative de modifier les personnalités et de contrôler le comportement en fonction de fins considérées comme non scientifiques ou d'une valeur douteuse dans une société et un temps particulier.» Dobb Propagande : it Psychology and Technique 1935


• Dostoïevsky F. : Chigaliov à Piotr Stépanovitch « Le vaste réseau qui couvre la Russie entière et dont notre groupe forme l’une des mailles. Chacun de ces groupes, tout en faisant des prosélytes et en se ramifiant à l’infini, doit par une propagande systématique saper le pouvoir des autorités locales, répandre le trouble dans les campagnes, provoquer des scandales, pousser au cynisme et à l’incrédulité, susciter le désir d’un sort meilleur et, enfin avoir recours aux incendies comme à un moyen éminemment populaire pour plonger le moment venu le pays dans le désespoir. » Les Possédés


• Durandin G. «la propagande utilise des informations pour exercer une influence sur les attitudes. Ces informations visent à amener une modification du traitement de l'information chez l'individu afin de lui faire percevoir la réalité autrement … La propagande a pour but d'exercer une influence sur l'individu ou sur un groupe soit pour le faire agir dans un sens donné ou soit pour le rendre passif et le dissuader de s'opposer à certaines actions » Durandin L’information, la désinformation et la réalité PUF 1983


• Goebbels J. : « L’important n’est pas de trouver des gens qui soient d’accord avec moi sur le moindre point de doctrine. L’important est de trouver des gens prêts à combattre avec moi pour une vision du monde. Amener des gens à combattre pour ce que j’ai reconnu comme juste, voilà ce que je nomme propagande. Il y a d’abord la connaissance ; elle utilise la propagande pour trouver la force humaine qui transformera la connaissance en force politique. La propagande est la médiation entre l’idée et la vision du monde, entre la vision du monde et l’État, entre l’individu et le parti, entre le parti et la Nation. » Erkenntnis und Propaganda," Signal der neuen Zeit. 25 ausgewählte Reden von Dr. Joseph Goebbels (Munich: Zentralverlag der NSDAP., 1934)

• Gourevitch J.P. : «La publicité prescrit, la propagande proscrit. De l’usage des petites annonces au service des annonceurs, la publicité développe une éthique de l’annonciation qui se clôt sur la révélation du message, lequel renferme le grand secret. La propagande ignore le mystère et sacrifie plus volontiers à la dénonciation. » La propagande dans tous ses états, Flammarion 1981
 

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• Huxley A. « Dans leur propagande, les dictateurs contemporains s’enremettent le plus souvent à la répétition, à la suppression et à larationalisation : répétition de slogans qu’ils veulent faire accepter pourvrais, suppression de faits qu’ils veulent laisser ignorer, déchaînement etrationalisation de passions qui peuvent être utilisées dans l’intérêt duParti ou de l’Etat. L’art et la science de la manipulation en venant à êtremieux connus, les dictateurs de l’avenir apprendront sans aucun doute àcombiner ces procédés avec la distraction ininterrompue qui, en Occident, menace actuellement de submerger sous un océan d’inconséquence la propagande rationnelle indispensable au maintien dela liberté individuelle et à la survivance des institutions démocratiques » Brave New World Revisited NY 1958, réédition Vintage UK, 2004

• Institut pour l'analyse de la propagande (USA) : « C'est l'expression d'opinions ou l'actions effectuée délibérément par des individus ou des groupes en vue d'influencer l'opinion ou l'action d'autres individus ou groupes, avec référence à des fins prédéterminées et au moyen de manipulations psychologiques»

• Joly M « Le problème essentiel de notre gouvernement est celui-ci : comment affaiblir la pensée publique par la critique, comment lui faire perdre sa puissance de raisonnement, celle qui engendre l’opposition, et comment distraire l’esprit public par une phraséologie dépourvue de sens ? » Dialogue aux enfers de Machiavel et Montesquieu

• Jouvenel B. de : «On introduit dans le citoyen des images de comportement. Il faut user pour cela des méthodes grossières de la suggestion collective et de la propagande. Ce qui donne aussi des images grossières, et non pas nuancées selon les fonctions, comme celles qui résultent des influences morales et des exemples proches. On crée ainsi une cohérence sociale beaucoup plus fruste, plus primitive, que celle qu'on a laissé détruire » Du Pouvoir ,Histoire naturelle de sa croissance , Genève, Constant Bourquin,

• Koyré A. : « Il est certain que l'homme se définit par la parole, que celle- ci entraîne la possibilité du mensonge et que n'en déplaise à Porphyre - le mentir, beaucoup plus que le rire, est le propre de l'homme. Il est certain également que le mensonge politique est de tous temps, que les règles et la technique de ce que jadis on appelait "démagogie" et de nos jours "propagande" ont été systématisées et codifiées il y a des milliers d'années ; et que les produits de ces techniques, la propagande des empires oubliés et tombés en poussière nous parlent, aujourd'hui encore, du haut des murs de Karnak et des rochers d'Ankara. » Réflexions sur le mensonge, Allia 1996

• Laswell H.D. : « le contrôle de l’opinion par des symboles significatifs, ou pour parler plus généralement et plus concrètement, des histoires, des rapports, des images et les autres formes de communication sociale. Il faut un mot pour désigner la communication d’affirmation délibérément orientées à une audience de masse. Pour ce mot, prenons propagande » Propaganda Technique in th World War Alfred Knopf 1927

• Lawlord (Gen. Bruce) : « L’information est capable de rendre les soldats inutiles. Si, grâce à l’information nous pouvons amener un État à faire ce que nous voulons ou ne pas faire ce que nous ne voulons pas, nous n’avons plus besoin de forces armées, c’est vraiment révolutionnaire. » cité par Adams The nex world war

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• Lawrence (T.E.) « Nous étions physiquement si faibles que nous ne pouvions laisser rouiller l’arme métaphysique » Guérilla dans le désert Mille et Une nuits

• Lénine V. «Un propagandiste, s'il traite par exemple le problème du chômage, doit expliquer la nature capitaliste des crises, ce qui les rend inévitables dans la société moderne, montrer la nécessité de la transformation de cette société en société socialiste, etc. En un mot, il doit donner “beaucoup d'idées”, un si grand nombre d'idées que, du premier coup, toutes ces idées prises dans leur ensemble ne pourront être assimilées que par un nombre (relativement) restreint de personnes. Traitant la même question, l'agitateur, lui, prendra le fait le plus connu de ses auditeurs et le plus frappant, par exemple une famille sans-travail morte de faim, la mendicité croissante, etc., et, s'appuyant sur ce fait connu de tous, il fera tous ses efforts pour donner à la “masse” une seule idée : celle de la contradiction absurde entre l'accroissement de la richesse et l'accroissement de la misère; il s'efforcera de susciter le mécontentement, l'indignation de la masse contre cette injustice criante, laissant au propagandiste le soin de donner une explication complète de cette contradiction. C'est pourquoi le propagandiste agit principalement par l'écrit, l'agitateur de vive voix » Que faire ? 1902

• Le Bon G. : « Les convictions des foules revêtent ces caractères de soumission aveugle, d'intolérance farouche, de besoin de propagande violente qui sont inhérents au sentiment religieux ; et c'est pourquoi on peut dire que toutes leurs croyances ont une forme religieuse. Le héros que la foule acclame est véritablement un dieu pour elle. » La psychologie des foules 1895, édition Félix Alcan de 1905 téléchargeable sur http://www.uqac.uquebec.ca/

• Moscovici S. "La propagande (ou la communication) a une base irrationnelle : les croyances collectives, et un instrument : la suggestion de près ou à distance. La majorité de nos actions dérivent des croyances. L'intelligence critique, le manque de conviction et de passion, sont les deux obstacles à l'action. La suggestion peut les surmonter, c'est pouquoi la propagande qui s'adresse aux masses doit user d'un langage d'allégories, actif et imagé, de formules simples et impératives." L’âge des foules Fayard 1981

• Packard V. : «La psychanalyses des foules est devenue dans les campagnes de persuasion le fondement d’une industrie puissante. Les spécialistes de la persuasion s’en sont emparés pour mieux nous inciter à acheter leurs marchandises, qu’il s’agisse de produits, d’idées, d’opinions, de candidats, de buts, ou d’états d’esprit. » La persuasion clandestine Calmann Lévy, 1958.

• Politzer G. « La propagande marxiste n’a jamais reculé devant l’immensité de la tâche qui consiste à porter, non seulement l’économie politique marxiste, mais encore le matérialisme dialectique devant les ouvriers des villes, comme devant les paysans, devant le métallurgiste parisien, comme devant le coolie chinois. Car le but de la propagande marxiste est d’éclairer et d’élever les masses en vue de leur libération. » Révolution et contre-révolution au XX° siècle, 1941

• Ponsonby A. : « La falsification est une arme extrêmement utile en temps de guerre, et chaque pays l’utilise délibérément pour tromper son propre peuple, pour attirer les neutres et pour tromper l’ennemi. » Falshood in Wartime, 1928George Allen and Unwin. Republi par the Institute of Historical Review, 1991
.
• Reich W. « C'est la structure autoritaire, antilibérale et anxieuse des hommes qui a permis à sa propagande d'accrocher les masses. C'est la raison pour laquelle l'importance sociologique de Hitler ne réside pas dans sa personnalité, mais dans ce que les masses ont fait de lui. » La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, 1972

• Snow N. : « Three important characteristics of propaganda are that ( l ) it is intentional and purposeful, designed to incite a particular reaction or action in the target audience; (2) it is advantageous to the propagandist or sender which is why advertising, public relations, and political campaigns are considered forms of propaganda; and (3) it is usually oneway and informational (as in a mass media campaign), as opposed to two-way and interactive communication. » American Propaganda, Free Speech and Opinion Control since 9-11 , Nancy Snow, Seven Stories Press, 2003

• Tarde G. « Et qu'est-ce en grande partie que le fanatisme de l'Arabe, le prosélytisme chrétien, la propagande jacobine et révolutionnaire, si ce n'est de telles croissances prodigieuses de passions sur des illusions, d'illusions sur des passions, les unes nourrissant les autres ? » Les lois de l’imitation 1890, réédition Kimé 1993

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• Tchakhotine S. : «On peut faire de la propagande dynamique même violente sans violer les principes moraux, base de la collectivité humaine… Les grandes idées de la Liberté, de la Paix, de l'Amour, de tout ce qui est humainement sublime, doivent devenir des parties intégrantes de notre nature – des réflexes ancrés profondément dans chaque être humain. Comment y parvenir ? Après Pavlov, nous le savons maintenant : par une formation judicieuse des réflexes conditionnés appropriés par la propagande, soit, et surtout, par l'éducation.» Le viol des foules par la propagande politique, 1938

• Thesaurus : « Tentative délibérée d'influencer des attitudes et des croyances pour promouvoir sa cause ou porter dommage à la cause d'un adversaire. » Thesaurus 1991

• Volkoff V. « Pitman feignit d’hésiter. « Je ne vois pas d’inconvénient, après tout, à vous apprendre que nous distinguons cinq procédés permettant d’amener l’adversaire à agir comme nous le souhaitons. Premièrement la propagande blanche, qui se joue à deux, et qui consiste simplement à répéter « je suis meilleur que vous » des millions de fois. Deuxièmement la propagande noire, qui se joue à trois, on prête à l’adversaire des propos fictifs composés pour déplaire au tiers auquel on donne cette comédie. Puis il y a l’intoxication qui peut se jouer à deux ou à trois :là il s’agit de tromper, mais par des procédés plus subtils que le mensonge : par exemple, je ne vous donnerai pas de faux renseignements, mais je m’arrangerai pour que vous me les voliez. Ensuite, il y a la désinformation, mot que nous utilisons aussi pour désigner toutes ces méthodes. Au sens étroit, la désinformation est à l’intoxication ce que la stratégie est à la tactique » Pitman s’arrêta de parler, Il regardait la Seine, miroir perdant son tain. Un bateau-mouche bourré de touristes aux vêtements bigarrés allait croiser une péniche sur laquelle séchaient une kyrielle de chemises et une guirlande de caleçons. – Cinquièmement ? – Le poisson mordait. – La cinquième méthode est secrète. Alexandre Dimitrievitch. Nous sommes la seule puissance mondiale à avoir mis au point certains procédés... Si je vous les dévoilais, ce serait comme si je vous avais livré, il y a cinq ans, le secret de la bombe atomique. – Dans ce cas ne me dites rien, fit le jeune Aleksander, redevenant de glace. Pitman rectifia le tir. – Un mot seulement : ce cinquième procédé s’appelle l’influence et les quatre autres ne sont que jeu d’enfant par comparaison. » Le montage Julliard 1982

jeudi, 30 novembre 2017

Omar Sy et les Rohingyias

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Omar Sy et les Rohingyias

Gérard Brazon
Ancien Conseiller municipal et permanent syndical, souverainiste, responsable politique à Siel
Ex: http://www.lesobservateurs.ch
 

Omar Sy fait encore des siennes et  fonce tête baissée par solidarité religieuse, pour venir au secours des gentils Rohingyias. On remarquera son silence lors des massacres des Chrétiens d'Orient.

Des "gentils" qui tout de même, quand on regarde de plus près, sont des islamistes de fond et ont prouvé par leurs exactions, que ce ne sont pas des tendres. Entendons de que nous en dit le père Bernardo Cervellera, missionnaire, et directeur du site web AsiaNews.it : les Rohingyias arrivant au Bangladesh sont extrêmement violents avec les tribus en place et leur volent leurs terres. Nous savons et connaissons les méthodes tribales des "fous de dieu" ! Elles n'ont pas évolué depuis le 7 iém siècle.

Omar Sy se moque bien des réalités. Ce qu’il veut c’est se refaire une virginité après son épisode calamiteux face à Eric Zemmour. L’un hurlait, contestait, voulait interdire, et il s’est fait claquer le beignet d'un seul mot, par un homme qui n’a pas de leçons à recevoir. Devant l’hilarité générale, l’humoriste à deux balles a repris son avion pour Los Angeles, une ville dont on connait l’immense pauvreté, et faire la bise en passant à son grand ami Weinstein, le violeur de starlettes en devenir. Bref, plutôt que de se faire oublier, le voilà parti dans un combat contre la faim, la violence, la misère, etc. Il est à lui tout seul, le ridicule des « branquignoles » des "Restau du cœur" ! Il n’y a pas pire indécence que ces stars blindés de fric qui viennent racolés le populo pour lui soutirer trois francs six sous. Sans vergogne, ils viennent faire les fonds de poches de ceux qui sont racketté par l’état, jusqu’en juillet de chaque année, sans compter la TVA, tandis qu’eux, ont planqué leurs économies en Suisse ou dans des paradis fiscaux.

Omar Sy qui se croit protégé par le titre de « personnalité préférée » des Français compte faire un tabac. Il devrait se douter que ce titre est bidon, et qu’il est octroyé comme d’habitude, par une flopée de bobos gauchistes qui aiment dire que le talent est exotique ! Avant c'était Noah, aujourd'hui c'est Omar Sy, et demain  il y aura un Rachid quelque chose. Cette engeance qui ne vit pas dans les cités de Trappes et d’ailleurs, adore caresser ces petits "fauves" des cités. Rapidement mis en laisse par les producteurs, le fric et la popularité. Qu’ils se mettent à mordre la main de leur maître, et c’est le chenil direct, ou la poubelle des stars !

Qui sont les islamistes Rohingyias, ce sont des adorateurs d’Allah, détestant l’égalité des sexes, refusant d’octroyer aux femmes le droit de vivre libre et égale en droits ? Nous avons les mêmes à la maison France. D’après l’institut Montaigne, nous en aurions 28% qui refusent les lois de la République et veulent la Charia. C’est avec ces gens-là qu’il nous faudrait avoir de la compassion ? Désolé, mais je ne marche pas dans la combine des ONG pleureuses et avides de subventions, et encore moins dans le discours d’Omar Sy qui, par solidarité religieuse, en tant que musulman, seconde en quelque sorte le Pape François. Ce dernier, contrairement à Omar Sy, a sûrement oublié que son boulot était d’abord d’apporter la bonne parole et d’évangéliser les peuples, y compris de l'islam, plutôt que venir en aide à celui qui rêve d’occuper son siège à Rome.

D’autant plus que, à l’origine, le Pape souhaitait se rendre en Inde mais le Premier ministre du deuxième pays le plus peuplé de la planète n’a pas répondu à sa demande. Alors son choix s’est posé sur les pays voisins. Où comment ne pas passer pour un idiot. Les autorités Hindous n’en ont rien à faire de ses discours sur l’aide aux pauvres musulmans.

Une fois en Birmanie, il s’agira dit-on, de façon diplomatique, de faire un maximum pour que la loi birmane sur la laïcité soit respectée.  Ce qui doit faire grincer les dents de certains Catholiques en mémoire des exactions commises en 1905 par la République Française. De quoi se mêle ce Pape ?

Mais en arrière plan, les Rohingyias auraient du succès grâce au coup de pouce des USA avides de faire des affaires. Les USA sont de véritables prédateurs. Je ne vais pas me faire des amis, mais sincèrement, non seulement ils encerclent la Russie par des bases militaires, cherchent des noises à la Chine et maintenant interviennent sur des affaires intérieures qui ne les concernent pas. Que nous dit le père Bernardo Cervellera qui vit dans ces pays, et connaît bien les tenants et les aboutissants ! Il évoque une question géopolitique majeure entre la Chine et les États-Unis. En effet dans l’État d’Arakan (ouest du Myanmar), l’armée birmane et la Chine ont décidé la construction d’un port en eaux profondes et d’une autoroute allant vers Kunming en Chine, accompagnés d’un gazoduc et d’un oléoduc. Les États-Unis voient cela d’un très mauvais œil.

Voilà dans quoi ce sont fourrés les ONG et le pitoyable Omar Sy. Les unes pour se refaire une santé à travers les dons, et l’autre idiot utile d'humoriste, pour se refaire une virginité d’humaniste.

Gérard Brazon

samedi, 01 octobre 2016

Orwell on Politics & the English Language

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Orwell on Politics & the English Language

polorwell.jpgGeorge Orwell’s classic essay “Politics and the English Language [2]” ostensibly teaches us how to write well. More importantly, however, it teaches us how to think well before we write. According to Orwell, slovenly thought leads to slovenly writing as much as slovenly writing leads back to slovenly thought. In this essay, Orwell derides the politics of his day as being imbued with conformity of expression and the distancing of this expression from Truth. Nothing can achieve this more effectively than slovenly writing.

The essay, which is fairly short, can be found here [2]. One does not need to be a writer to appreciate it just as one does not need to be an athlete to appreciate a book on exercise. Clear and disciplined writing, according to Orwell, is the noontime sun to the night of obfuscation and equivocation. Imagine politics without these two things. It wouldn’t be hard to do if everyone abided by the lessons in “Politics and the English Language.”

I cannot surpass Orwell in this regard, but I will attempt to augment him. But first, a brief summation. Bad writing, according to Orwell, includes “staleness of imagery” and “lack of precision.” In the former case, writers won’t select words to convey meaning so much as string together ready-made phrases written by others. These phrases will invariably contain overused metaphors, unnecessary words, and pretentious diction. In the latter case, writers will eschew concrete detail and the active voice in order to make unpleasant realities appear less unpleasant. The result is both vague and dishonest.

To avoid bad writing, writers should follow these six rules:

  1. “Never use a metaphor, simile, or other figure of speech which you are used to seeing in print.”
  2. “Never use a long word where a short one will do.”
  3. “If it is possible to cut a word out, always cut it out.”
  4. “Never use the passive when you can use the active.”
  5. “Never use a foreign phrase, a scientific word or a jargon word if you can think of an everyday English equivalent.”
  6. “Break any of these rules sooner than say anything outright barbarous.”

I left much out of this synopsis, hoping that you will experience Orwell before getting around to me. Indeed, I try to read “Politics and the English Language” once every few months or so, just to keep it fresh in my mind.

My first addendum echoes Orwell’s disdain for pretentious and complicated diction. Here, euphemisms deflect attention away from horrific details, making them seem acceptable to the public. Orwell provides several examples, including the brutal dekulakization of the early Soviet period which claimed the lives of millions of Ukrainians. This atrocity is now blandly referred to as the “transfer of population.” This was a very real thing back then. In 1933, the pro-Soviet New York Times published the following about the Soviet-mandated famine:

The food shortage is the result of a nation-wide peasant strike precipitated by the rough-shod methods of the Soviet government in hacking through to its industrialization objectives.

In order to soften the subject matter, the Times re-branded deadly famines as mere “food shortages” and mass executions and deportations as ill-defined “rough-shod methods.” Note the stale imagery and lack of precision. Note also how the passive tense and the backwards composition of the passage seems almost to exonerate the killers. In the passage, the Times orders the events like so:

Food Shortage Peasant Strike Rough-shod Methods

But chronologically, what happened was:

Rough-shod Methods Peasant Strike Food Shortage

Truly “rough-shod methods” (whatever they may be) are to blame. But in order for a reader to figure that out, he would have to work through what was already an insipid and convoluted passage, and then reassemble it in the exact opposite way in which it originally appeared. This requires too much work for most readers, and so something that should appall will simply be skimmed and forgotten. Orwell dwells not just on the laziness of writing but also its dishonesty. The writer most likely had sympathy for the Soviet Union, and so obscured his criticism in abstruse language to deaden whatever reaction people might have upon reading it.

What Orwell doesn’t mention however is what I call the Intimidation Factor. When presented with a tangled web of language like the one above, which contains a five-syllable word (“precipitated”) and a seven-syllable word (“industrialization”), most readers in the general population will discover they lack the brainpower to parse such a sentence in real time. Such a sentence is intimidating. And since most readers will be loath to admit this, they will instead pretend to understand it, thus allowing any deceptions therein to go unchallenged. Even worse, such a reader may pass on the same poorly-constructed language to others so he, in turn, can have the pleasure of intimidating people. Rather than admit they didn’t follow such grotesque turns of phrase, his audience will simply nod along as if they agree with every word. And so the cycle of slovenly thought continues.

My second addendum involves a more immediate effect of badly-formed language: a waste of the reader’s time. Presumably, most readers value their time and read only during the moments when they are between things to do. I always imagine people reading me during their eight-minute subway ride to work. The last thing I want is for them to run out of time and then forget me. Avoiding the mistakes Orwell describes helps ensure that your ideas not only reach the reader but stay with him.

Malcolm Gladwell, in chapter two of his famous book Outliers, provides an excellent example:

For almost a generation, psychologists around the world have been engaged in a spirited debate over a question that most of us would consider to have been settled years ago. The question is this: is there such a thing as innate talent?

Gladwell’s wordiness seemingly attempts to build suspense before revealing the psychologists’ question. In this, Gladwell resembles a magician stalling for time before revealing the two of clubs up his sleeve. While children may appreciate such games, most adult readers, whose time is valuable, won’t. Gladwell used 42 words to express a rather pithy idea. Here it is, pared down to 18:

For almost a generation, psychologists have been debating something most people take for granted: whether innate talent exists.

I concede that this example, while direct, may lack the style or finesse to be fun to read. However, from this nucleus Gladwell could have added ten words of pure flourish and still have kept well below the published word count. He could have also have used these ten words to introduce new ideas or embellish existing ones. Such excess may seem innocuous at first. When spread out across an entire volume, however, we realize that it isn’t. 18 plus 10 is 28. 28 is two-thirds of 42. This means that a book of 100,000 words written in this manner will contain between 33,000 and 34,000 wasted words. This will only exasperate the reader and lessen the writer’s likelihood of propagating his ideas.

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My last addendum will be my briefest: Always assume a skeptical attitude on the part of the reader. Orwell touches on this idea, and I wish he had delved a bit deeper. All writers should assume reader skepticism because this will unleash in him the most powerful emotion: fear. Fear of being attacked and rebutted by unsympathetic readers is a marvelous motivation to root out the errors mentioned in Orwell’s rules above. Without fear, a writer can get complacent and lazy, which leads almost inevitably to slovenly language. When you assume that all readers are unsympathetic, however, self-editing becomes second nature, and, in my opinion, your writing greatly improves.

Of course, we on the Alt Right know this fear well. We know the hostility we face and we know the dire consequence of what we write. We’re trying to drastically change our world, and our enemies are not only formidable but everywhere. Perhaps this is one reason why I am drawn to the writing on the Alt Right. For the most part it is revolutionary yet measured, direct, and well-thought out. You will often get this from people beyond the edges of the Overton Window. They want in, but are not willing to sacrifice their integrity to get in. So, instead of crashing the window, they aim to pull it closer to where they already stand. The best way to do this is to communicate clearly and honestly in language which is concrete, active and original — all of which is prescribed in Orwell’s “Politics and the English Language.”

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

URL to article: http://www.counter-currents.com/2016/09/orwell-on-politics-and-the-english-language/

URLs in this post:

[1] Image: http://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2016/09/Orwell.jpg

[2] Politics and the English Language: http://www.orwell.ru/library/essays/politics/english/e_polit

vendredi, 23 septembre 2016

Bernays et les secrets de la propagande américaine

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Bernays et les secrets de la propagande américaine

par Nicolas Bonnal

Ex: http://www.dedefensa.org

Reparlons un peu des Femen. Pourtant si nous en sommes là, c’est un peu grâce à elles. Sous leur comportement abject et « provocant », elles ont amené une radicalisation de la situation en Ukraine, une radicalisation du fanatisme occidental en matière de tolérance et de sexualité, une radicalisation enfin du traitement médiatique de la cible russe – ou chrétienne, puisque c’est devenu la même chose. La stratégie de gradation a été remarquable depuis quatre ans, et  il était normal que ce qui n’était au départ qu’une simple provocation innocente débouchât sur la crise actuelle.

Le montage Femen peut être remonté à la source, et pour ce faire je remonterai à Frédéric Bernays à son fameux livre sur la Propagande.

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Bernays est le technicien du lavage de cerveau, du conditionnement, de la manipulation de l’esprit, ce qu’on voudra. Dans les années vingt, il crée le conditionnement populaire global, aidé en cela par les rapides progrès technologiques : radios, journaux, cinéma – car pour lui le cinéma peut tout permettre :

« Dans notre monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Il n'a pas son pareil pour propager idées et opinions. Le cinéma a le pouvoir d'uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. »

Hollywood imposé dans toutes les salles de pays mués en colonies culturelles donne ainsi un énorme avantage aux Américains.

Ce neveu de Freud, simple journaliste au départ (mais il n’y a pas de simple journaliste : voyez Clemenceau, Churchill, Lénine ou Goebbels), responsable la propagande du président Wilson, fabrique le « hun » allemand pour le public américain durant la Première Guerre mondiale, quand les milieux financiers internationaux parient pour les « démocraties » contre les empires centraux – et contre aussi la Russie tzariste pourtant alliée.  Bernays ensuite fait fortune dans le conseil aux entreprises américaines, en leur enseignant à vendre n’importe quoi au public riche et naïf de l’Amérique du Nord. Il publie à la fin des années 20 un excellent exposé de ses techniques et de ses idéaux, qui ne manqueront pas d’influencer Goebbels au pouvoir – ou dans l’opposition.

Certaines formules sont même stupéfiantes. Bernays affirme qu’un quotidien est d’abord et avant un instrument de propagande sous couvert d’information objective :

bernaysbook.jpg« Aujourd'hui, à l'heure où j'écris cette page, la une du New York Times contient huit informations importantes. Quatre d'entre elles, soit la moitié, sont de la propagande. Le lecteur naïf pensera sans doute qu'elles portent sur des faits d'actualité, et pourtant… »

Ensuite il se considère comme un général ou un clairon qui doit sonner le rassemblement des troupes. Le capitalisme moderne et massifié est d’essence militaire :

« Ce qu'il faut retenir, c'est d'abord que la propagande est universelle et permanente ; ensuite, qu'au bout du compte elle revient à enrégimenter l'opinion publique, exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats. »

Puis Bernays « lâche le morceau » : nous sommes dirigés déjà par une élite invisible de manipulateurs et de tireurs de ficelles.

« La manipulation des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. Ce sont eux qui tirent les ficelles. »

Et sur le président américain, voilà ce qu’il écrit :

« On reproche également à la propagande d'avoir fait du président des États-Unis un personnage à ce point considérable qu'il apparaît comme une vivante incarnation du héros, pour ne pas dire de la divinité, à qui l'on rend un culte. »

Et j’en reviens aux Femen.

On sait que le succès le plus retentissant de Bernays aura été d'amener les femmes américaines à fumer – et donc les femmes dans le monde à s’empoisonner.  En 1929,  George Washington Hill (1884-1946), président de l'American Tobacco Co., décide de s'attaquer au tabou qui interdit à une femme de fumer en public. Hill embauche Bernays, qui, de son côté, consulte le psychanalyste Abraham Arden Brill. Brill explique à Bernays que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle (!) : s'il est possible de lier la cigarette à une forme de « contestation » de ce pouvoir sexuel, alors les femmes fumeront.

S’ensuit une opération bien digne d’une révolution orange.

Lors d’une parade, un groupe de jeunes femmes avaient caché des cigarettes sous leurs vêtements et, à un signal donné, elles les sortirent et les allumèrent devant des journalistes et des photographes prévenus. Les jeunes femmes expliquèrent que ce qu'elles allumaient ainsi, c'était des « torches de la liberté ». Toujours la liberté…

On devine sans mal qui avait donné le signal de cet allumage collectif de cigarettes et qui avait inventé ce slogan ; comme on devine aussi qu'il s'était agi à chaque fois de la même personne et que c'est encore elle qui avait alerté les médias.

Fumer étant devenu socialement acceptable pour les femmes, les ventes de cigarettes à cette nouvelle clientèle allaient exploser. Et les cancers de la gorge ou du sein (un vrai bilan de guerre en l’occurrence).

Bernays n’a jamais été dépassé.

Et « on » a repris les mêmes méthodes avec les Femen. Un groupuscule d’excitées rétribuées et facilement médiatisées ; une condescendance pour le moins suspecte des médias dits occidentaux, toujours prêts à partir en croisade ; enfin une cible, la Russie, Vladimir Poutine (Merkel lui avait sèchement demandé de tolérer une naïve exhibition de nos provocatrices démocrates), le christianisme. Le tour est joué, et peu de temps après, on peut partir en guerre.

Quant à la cigarette, on l’interdit souvent férocement et intentionnellement ; et on risque aujourd’hui l’arrestation et la prison si on fume là où il ne faut pas. Quand on vous répète que la démocratie américaine est d’essence militaire…

Nicolas Bonnal

vendredi, 15 juillet 2016

Christian Harbulot : "Fabricants d'intox, la guerre mondialisée des propagandes"

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Christian Harbulot : "Fabricants d'intox, la guerre mondialisée des propagandes"

Le directeur de l’Ecole de guerre économique, Christian Harbulot, nous présente son ouvrage intitulé “Fabricants d’intox”. Dans un récit édifiant, l’auteur dévoile la manière dont les Etats, les militaires, la société civile et les acteurs économiques se servent de la propagande pour arriver à leurs fins.



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vendredi, 06 novembre 2015

Medienkrieg: Washington stockt Etat für Anti-Rußland-Propaganda auf

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Medienkrieg: Washington stockt Etat für Anti-Rußland-Propaganda auf

Ex: http://www.zuerst.de

Washington. In Syrien geben die USA zwar vor, gemeinsam mit Rußland die Terrormiiz “Islamischer Staat” (IS) bekämpfen zu wollen. Gleichzeitig unterläßt Washington aber nichts, um Rußland zu provozieren und unter Druck zu setzen, wie der anhaltende Konfrontationskurs der NATO in Europa zeigt.

Dazu paßt, daß Washington auch an der Medienfront aufrüstet. Jetzt hat der stellvertretende US-Beauftragte für Europa und Eurasien, Benjamin Ziff, in einer Sitzung des Senatsausschusses für auswärtige Angelegenheiten erklärt, daß die USA die Ausgaben für Informations- und Propagandaaktivitäten gegen Rußland auf 83 Millionen Dollar aufstocken werden. Natürlich geht es Ziff zufolge offiziell dabei nicht um “Propaganda”, sondern vielmehr um Gegenpropaganda.

Im neuen Finanzjahr 2016, das am 1. Oktober begonnen hat, werden die Ausgaben für “die Unterstützung der Zivilgesellschaft und der unabhängigen Medien in Eurasien und Süd-Ost-Europa” laut Ziff um 26 Prozent erhöht. Der neue Etat liegt dann bei stattlichen 83 Millionen US-Dollar. 2015 hatte Washington dafür noch 66 Millionen ausgegeben. Der Presse-Anteil lag dabei bei 16 Millionen Dollar, etwa vier Millionen Dollar waren für den Etat “Öffentliche Diplomatie” veranschlagt.

Ziff fügte bei seinem Bericht im Senatsausschuß ergänzend hinzu, daß mit den veranschlagten Geldern nicht nur im russischsprachigen “Informationsraum” gearbeitet wird, sondern zum Beispiel auch auf dem Westbalkan.

Erst kürzlich hatte die Bundesregierung in der Antwort auf eine Parlamentarische Anfrage der Bundestags-LINKEN Einzelheiten zur westlichen Medien- und Propaganda-Infrastruktur im osteuropäischen Aufmarschraum gegen Rußland bekanntgegeben. Demnach sei seit Anfang April eine “EU East Stratcom Task Force” aufgebaut worden, die aus Überlegungen “für ein spezielles Team für strategische Kommunikation in Richtung der Länder der Östlichen Partnerschaft und Rußland” hervorgegangen sei. Seit dem 1. September habe die Medien-“Task Force” ihre “volle Personalstärke erreicht und offiziell ihre Aufgaben übernommen”. Ihre Aufgabe sei es unter anderem, hatte die Bundesregierung in ihrer Antwort weiter erläutert, die “russischsprachigen Medien [zu] beobachten und zu analysieren, um ein besseres Bild von der Wahrnehmung der EU in der Östlichen Partnerschaft zu bekommen”.

Wie für den US-Diplomaten Benjamin Ziff steht auch bei diesem Projekt für die westliche Seite völlig außer Frage, daß die “Propaganda” aus Moskau kommt, während im Westen unabhängige, objektive Medien den Ton angeben. Die Informationen offizieller russischer Medien werden generell als “Desinformationsaktivitäten” und “Fehlinformationen” gewertet. (mü).

 

mardi, 03 novembre 2015

L'inventeur de la propagande moderne est Edward Bernays

L'inventeur de la propagande moderne est Edward Bernays

EDWARD BERNAYS - Propaganda 1/2 L'HISTOIRE DE LA PROPAGANDE (français)
http://www.youtube.com/watch?v=NF_WJ1...
EDWARD BERNAYS - Propaganda 2/2
http://www.youtube.com/watch?v=bPEoK6...

Edward Louis Bernays, né à Vienne en Autriche le 22 novembre 1891 et mort à Cambridge (Massachusetts) le 9 mars 1995 (à 103 ans), est considéré comme le père de la propagande politique institutionnelle et de l'industrie des relations publiques, dont il met au point les méthodes pour des firmes comme Lucky Strike. Son œuvre aborde des thèmes communs à celle de Walter Lippmann, notamment celui de la manipulation de l'opinion publique. Il fit à ce titre partie du Committee on Public Information créé par Woodrow Wilson pour gagner l'opinion publique américaine à l'entrée en guerre des États-Unis en 1917.

Il est le double neveu de Sigmund Freud (sa mère, Anna Freud, est l'une des sœurs (une autre Anna Freud est la fille de Sigmund Freud) du fondateur de la psychanalyse, et son père est le frère de Martha Bernays, la femme de Freud).

vendredi, 02 octobre 2015

The Power of False Narrative

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The Power of False Narrative

Exclusive: “Strategic communications” or Stratcom, a propaganda/psy-op technique that treats information as a “soft power” weapon to wield against adversaries, is a new catch phrase in an Official Washington obsessed with the clout that comes from spinning false narratives, reports Robert Parry.

By Robert Parry

In this age of pervasive media, the primary method of social control is through the creation of narratives delivered to the public through newspapers, TV, radio, computers, cell phones and any other gadget that can convey information. This reality has given rise to an obsession among the power elite to control as much of this messaging as possible.

So, regarding U.S. relations toward the world, we see the State Department, the White House, Pentagon, NATO and other agencies pushing various narratives to sell the American people and other populations on how they should view U.S. policies, rivals and allies. The current hot phrase for this practice is “strategic communications” or Stratcom, which blends psychological operations, propaganda and P.R. into one mind-bending smoothie.

I have been following this process since the early 1980s when the Reagan administration sought to override “the Vietnam Syndrome,” a public aversion to foreign military interventions that followed the Vietnam War. To get Americans to “kick” this syndrome, Reagan’s team developed “themes” about overseas events that would push American “hot buttons.”

Tapping into the Central Intelligence Agency’s experience in psy-ops targeted at foreign audiences, President Ronald Reagan and CIA Director William J. Casey assembled a skilled team inside the White House led by CIA propaganda specialist Walter Raymond Jr.

From his new perch on the National Security Council staff, Raymond oversaw inter-agency task forces to sell interventionist policies in Central America and other trouble spots. The game, as Raymond explained it in numerous memos to his underlings, was to glue black hats on adversaries and white hats on allies, whatever the truth really was.

The fact that many of the U.S.-backed forces – from the Nicaraguan Contras to the Guatemalan military – were little more than corrupt death squads couldn’t be true, at least according to psy-ops doctrine. They had to be presented to the American public as wearing white hats. Thus, the Contras became the “moral equals of our Founding Fathers” and Guatemala’s murderous leader Efrain Rios Montt was getting a “bum rap” on human rights, according to the words scripted for President Reagan.

The scheme also required that anyone – say, a journalist, a human rights activist or a congressional investigator – who contradicted this white-hat mandate must be discredited, marginalized or destroyed, a routine of killing any honest messenger.

But it turned out that the most effective part of this propaganda strategy was to glue black hats on adversaries. Since nearly all foreign leaders have serious flaws, it proved much easier to demonize them – and work the American people into war frenzies – than it was to persuade the public that Washington’s favored foreign leaders were actually paragons of virtue.

An Unflattering Hat

Once the black hat was jammed on a foreign leader’s head, you could say whatever you wanted about him and disparage any American who questioned the extreme depiction as a “fill-in-the-blank apologist” or a “stooge” or some other ugly identifier that would either silence the dissenter or place him or her outside the bounds of acceptable debate.

Given the careerist conformity of Washington, nearly everyone fell into line, including news outlets and human rights groups. If you wanted to retain your “respectability” and “influence,” you agreed with the conventional wisdom. So, with every foreign controversy, we got a new “group think” about the new “enemy.” The permissible boundary of each debate was set mostly by the neoconservatives and their “liberal interventionist” sidekicks.

That this conformity has not served American national interests is obvious. Take, for example, the disastrous Iraq War, which has cost the U.S. taxpayers an estimated $1 trillion, led to the deaths of some 4,500 American soldiers, killed hundreds of thousands of Iraqis, and unleashed chaos across the strategic Middle East and now into Europe.

Most Americans now agree that the Iraq War “wasn’t worth it.” But it turns out that Official Washington’s catastrophic “group thinks” don’t just die well-deserved deaths. Like a mutating virus, they alter shape as the outside conditions change and survive in a new form.

So, when the public caught on to the Iraq War deceptions, the neocon/liberal-hawk pundits just came up with a new theme to justify their catastrophic Iraq strategy, i.e., “the successful surge,” the dispatch of 30,000 more U.S. troops to the war zone. This theme was as bogus as the WMD lies but the upbeat storyline was embraced as the new “group think” in 2007-2008.

The “successful surge” was a myth, in part, because many of its alleged “accomplishments” actually predated the “surge.” The program to pay off Sunnis to stop shooting at Americans and the killing of “Al Qaeda in Iraq” leader Abu Musab al-Zarqawi both occurred in 2006, before the surge even began. And its principal goal of resolving sectarian grievances between Sunni and Shiite was never accomplished.

But Official Washington wrapped the “surge” in the bloody flag of “honoring the troops,” who were credited with eventually reducing the level of Iraqi violence by carrying out the “heroic” surge strategy as ordered by President Bush and devised by the neocons. Anyone who noted the holes in this story was dismissed as disrespecting “the troops.”

The cruel irony was that the neocon pundits, who had promoted the Iraq War and then covered their failure by hailing the “surge,” had little or no regard for “the troops” who mostly came for lower socio-economic classes and were largely abstractions to the well-dressed, well-schooled and well-paid talking heads who populate the think tanks and op-ed pages.

Safely ensconced behind the “successful surge” myth, the Iraq War devotees largely escaped any accountability for the chaos and bloodshed they helped cause. Thus, the same “smart people” were in place for the Obama presidency and just as ready to buy into new interventionist “group thinks” – gluing black hats on old and new adversaries, such as Libya’s Muammar Gaddafi, Syria’s Bashar al-Assad and, most significantly, Russia’s Vladimir Putin.

Causing Chaos

In 2011, led this time by the liberal interventionists – the likes of Secretary of State Hillary Clinton and White House aide Samantha Power – the U.S. military and some NATO allies took aim at Libya, scoffing at Gaddafi’s claim that his country was threatened by Islamic terrorists. It was not until Gaddafi’s military was destroyed by Western airstrikes (and he was tortured and murdered) that it became clear that he wasn’t entirely wrong about the Islamic extremists.

The jihadists seized large swaths of Libyan territory, killed the U.S. ambassador and three other diplomatic personnel in Benghazi, and forced the closing of U.S. and other Western embassies in Tripoli. For good measure, Islamic State terrorists forced captured Coptic Christians to kneel on a Libyan beach before beheading them.

Amid this state of anarchy, Libya has been the source of hundreds of thousands of migrants trying to reach Europe by boat. Thousands have drowned in the Mediterranean. But, again, the leading U.S. interventionists faced no accountability. Clinton is the frontrunner for the Democratic presidential nomination, and Power is now U.S. Ambassador to the United Nations.

Also, in 2011, a similar uprising occurred in Syria against the secular regime headed by President Assad, with nearly identical one-sided reporting about the “white-hatted” opposition and the “black-hatted” government. Though many protesters indeed appear to have been well-meaning opponents of Assad, Sunni terrorists penetrated the opposition from the beginning.

This gray reality was almost completely ignored in the Western press, which almost universally denounced the government when it retaliated against opposition forces for killing police and soldiers. The West depicted the government response as unprovoked attacks on “peaceful protesters.” [See Consortiumnews.com’s “Hidden Origins of Syria’s Civil War.”]

This one-sided narrative nearly brought the U.S. military to the point of another intervention after Aug. 21, 2013, when a mysterious sarin gas attack killed hundreds in a suburb of Damascus. Official Washington’s neocons and the pro-interventionists in the State Department immediately blamed Assad’s forces for the atrocity and demanded a bombing campaign.

But some U.S. intelligence analysts suspected a “false-flag” provocation by Islamic terrorists seeking to get the U.S. air force to destroy Assad’s army for them. At the last minute, President Obama steered away from that cliff and – with the help of President Putin – got Assad to surrender Syria’s chemical arsenal, while Assad continued to deny a role in the sarin attack. [See Consortiumnews.com’s “The Collapsing Syria-Sarin Case.”]

 

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Upset over Iran

Putin also assisted Obama on another front with another demonized “enemy,” Iran. In late 2013, the two leaders collaborated in getting Iran to make significant concessions on its nuclear program, clearing the way for negotiations that eventually led to stringent international controls.

These two diplomatic initiatives alarmed the neocons and their right-wing Israeli friends. Since the mid-1990s, the neocons had worked closely with Prime Minister Benjamin Netanyahu in plotting a “regime change” strategy for countries that were viewed as troublesome to Israel, with Iraq, Syria and Iran topping the list.

Putin’s interference with that agenda – by preventing U.S. bombing campaigns against Syria and Iran – was viewed as a threat to this longstanding Israeli/neocon strategy. There was also fear that the Obama-Putin teamwork could lead to renewed pressure on Israel to recognize a Palestinian state. So, that relationship had to be blown up.

The detonation occurred in early 2014 when a neocon-orchestrated coup overthrew elected Ukrainian President Viktor Yanukovych and replaced him with a fiercely anti-Russian regime which included neo-Nazi and other ultra-nationalist elements as well as free-market extremists.

Ukraine had been on the neocon radar at least since September 2013, just after Putin undercut plans for bombing Syria. Neocon Carl Gershman, president of the U.S.-government-funded National Endowment for Democracy, wrote a Washington Post op-ed deeming Ukraine “the biggest prize” and a key steppingstone toward another regime change in Moscow, removing the troublesome Putin.

Gershman’s op-ed was followed by prominent neocons, such as Sen. John McCain and Assistant Secretary of State for European Affairs Victoria Nuland, urging on violent protests that involved firebombing the police. But the State Department and the mainstream media glued white hats on the Maidan protesters and black hats on the police and the government.

Then, on Feb. 20, 2014, a mysterious sniper attack killed both police and demonstrators, leading to more clashes and the deaths of scores of people. The U.S. government and press corps blamed Yanukovych and – despite his signing an agreement for early elections on Feb. 21 – the Maidan “self-defense forces,” spearheaded by neo-Nazi goons, overran government buildings on Feb. 22 and installed a coup regime, quickly recognized by the State Department as “legitimate.”

Though the fault for the Feb. 20 sniper attack was never resolved – the new Ukrainian regime showed little interest in getting to the bottom of it – other independent investigations pointed toward a provocation by right-wing gunmen who targeted police and protesters with the goal of deepening the crisis and blaming Yanukovych, which is exactly what happened.

These field reports, including one from the BBC, indicated that the snipers likely were associated with the Maidan uprising, not the Yanukovych government. [Another worthwhile documentary on this mystery is “Maidan Massacre.”]

One-Sided Reporting

Yet, during the Ukrainian coup, The New York Times and most other mainstream media outlets played a role similar to what they had done prior to the Iraq War when they hyped false and misleading stories about WMD. By 2014, the U.S. press corps no longer seemed to even pause before undertaking its expected propaganda role.

So, after Yanukovych’s ouster, when ethnic Russians in Crimea and eastern Ukraine rose up against the new anti-Russian order in Kiev, the only acceptable frame for the U.S. media was to blame the resistance on Putin. It must be “Russian aggression” or a “Russian invasion.”

When a referendum in Crimea overwhelmingly favored secession from Ukraine and rejoining Russia, the U.S. media denounced the 96 percent vote as a “sham” imposed by Russian guns. Similarly, resistance in eastern Ukraine could not have reflected popular sentiment unless it came from mass delusions induced by “Russian propaganda.”

Meanwhile, evidence of a U.S.-backed coup, such as the intercepted phone call of a pre-coup discussion between Assistant Secretary Nuland and U.S. Ambassador Geoffrey Pyatt on how “to midwife this thing” and who to install in the new government (“Yats is the guy”), disappeared into the memory hole, not helpful for the desired narrative. [See Consortiumnews.com’s “NYT Still Pretends No Coup in Ukraine.”]

When Malaysia Airlines Flight 17 was shot down over eastern Ukraine on July 17, 2014, the blame machine immediately roared into gear again, accusing Putin and the ethnic Russian rebels. But some U.S. intelligence analysts reportedly saw the evidence going in a different direction, implicating a rogue element of the Ukrainian regime.

Again, the mainstream media showed little skepticism toward the official story blaming Putin, even though the U.S. government and other Western nations refused to make public any hard evidence supporting the Putin-did-it case, even now more than a year later. [See Consortiumnews.com’s “MH-17 Mystery: A New Tonkin Gulf Case.”]

The pattern that we have seen over and over is that once a propaganda point is scored against one of the neocon/liberal-hawk “enemies,” the failure to actually prove the allegation is not seen as suspicious, at least not inside the mainstream media, which usually just repeats the old narrative again and again, whether its casting blame on Putin for MH-17, or on Yanukovych for the sniper attack, or on Assad for the sarin gas attack.

Instead of skepticism, it’s always the same sort of “group think,” with nothing learned from the disaster of the Iraq War because there was virtually no accountability for those responsible.

Obama’s Repression

Yet, while the U.S. press corps deserves a great deal of blame for this failure to investigate important controversies independently, President Obama and his administration have been the driving force in this manipulation of public opinion over the past six-plus years. Instead of the transparent government that Obama promised, he has run one of the most opaque, if not the most secretive, administrations in American history.

430190069_obama_lies_answer_1_xlarge.jpegBesides refusing to release the U.S. government’s evidence on pivotal events in these international crises, Obama has prosecuted more national security whistleblowers than all past presidents combined.

That repression, including a 35-year prison term for Pvt. Bradley/Chelsea Manning and the forced exile of indicted National Security Agency contractor Edward Snowden, has intimidated current intelligence analysts who know about the manipulation of public opinion but don’t dare tell the truth to reporters for fear of imprisonment.

Most of the “leaked” information that you still see in the mainstream media is what’s approved by Obama or his top aides to serve their interests. In other words, the “leaks” are part of the propaganda, made to seem more trustworthy because they’re coming from an unidentified “source” rather than a named government spokesman.

At this late stage in Obama’s presidency, his administration seems drunk on the power of “perception management” with the new hot phrase, “strategic communications” which boils psychological operations, propaganda and P.R. into one intoxicating brew.

From NATO’s Gen. Philip Breedlove to the State Department’s Under Secretary for Public Diplomacy Richard Stengel, the manipulation of information is viewed as a potent “soft power” weapon. It’s a way to isolate and damage an “enemy,” especially Russia and Putin.

This demonization of Putin makes cooperation between him and Obama difficult, such as Russia’s recent military buildup in Syria as part of a commitment to prevent a victory by the Islamic State and Al Qaeda. Though one might think that Russian help in fighting terrorism would be welcomed, Nuland’s State Department office responded with a bizarre and futile attempt to build an aerial blockade of Russian aid flying to Syria across eastern Europe.

Nuland and other neocons apparently would prefer having the black flag of Sunni terrorism flying over Damascus than to work with Putin to block such a catastrophe. The hysteria over Russia’s assistance in Syria is a textbook example of how people can begin believing their own propaganda and letting it dictate misguided actions.

On Thursday, Obama’s White House sank to a new low by having Press Secretary Josh Earnest depict Putin as “desperate” to land a meeting with Obama. Earnest then demeaned Putin’s appearance during an earlier sit-down session with Netanyahu in Moscow. “President Putin was striking a now-familiar pose of less-than-perfect posture and unbuttoned jacket and, you know, knees spread far apart to convey a particular image,’ Earnest said.

But the meeting photos actually showed both men with their suit coats open and both sitting with their legs apart at least for part of the time. Responding to Earnest’s insults, the Russians denied that Putin was “desperate” for a meeting with Obama and added that the Obama administration had proposed the meeting to coincide with Putin’s appearance at the United Nations General Assembly in New York on Monday.

“We do not refuse contacts that are proposed,” said Yuri Ushakov, a top foreign policy adviser to Putin. “We support maintaining constant dialogue at the highest level.” The Kremlin also included no insults about Obama’s appearance in the statement.

However, inside Official Washington, there appears to be little thought that the endless spinning, lying and ridiculing might dangerously corrode American democracy and erode any remaining trust the world’s public has in the word of the U.S. government. Instead, there seems to be great confidence that skilled propagandists can discredit anyone who dares note that the naked empire has wrapped itself in the sheerest of see-through deceptions.

Investigative reporter Robert Parry broke many of the Iran-Contra stories for The Associated Press and Newsweek in the 1980s. You can buy his latest book, America’s Stolen Narrative, either in print here or as an e-book (from Amazon and barnesandnoble.com). You also can order Robert Parry’s trilogy on the Bush Family and its connections to various right-wing operatives for only $34. The trilogy includes America’s Stolen Narrative. For details on this offer, click here.