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lundi, 26 juillet 2021

Dégel des relations entre l'Égypte et la Turquie

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Dégel des relations entre l'Égypte et la Turquie

Hürkan Asli Aksoy & Stephan Roll


La politique étrangère et les faiblesses économiques rapprochent les régimes du Caire et d'Ankara

La visite d'une délégation turque de haut rang au Caire, début mai 2021, marque un tournant dans les relations entre la Turquie et l'Égypte. Depuis le coup d'État militaire de 2013 en Égypte, les dirigeants des deux pays méditerranéens avaient été extrêmement hostiles l'un envers l'autre. Le rapprochement actuel, qui pourrait au mieux conduire à une reprise des relations diplomatiques, a surpris. Mais sa portée est limitée.

Les principaux obstacles à un partenariat plus étroit entre Recep Tayyip Erdoğan et Abdul Fattah al-Sisi sont les différences entre les fondements idéologiques de leurs régimes. Pour les deux présidents, l'objectif du changement actuel de politique étrangère est d'élargir leurs marges de manœuvre. Leurs régimes sont sous pression en raison des développements régionaux, internationaux et nationaux.

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L'Allemagne et l'UE devraient soutenir ces tentatives de normalisation car elles peuvent contribuer à la désescalade dans la région. La faiblesse actuelle des deux régimes en matière de politique étrangère et d'économie offre l'occasion d'appeler à un changement politique dans d'autres domaines.

En juillet 2013, les militaires ont renversé l'ancien président égyptien et membre des Frères musulmans Mohamed Morsi. Depuis lors, les gouvernements d'Ankara et du Caire n'ont pas manqué une occasion de se condamner mutuellement. Le président turc Erdogan, dont le Parti de la justice et du développement (AKP) a été étroitement allié aux Frères musulmans en Égypte, a accusé le président Al-Sisi de s'être emparé illégalement du pouvoir et d'avoir créé un régime totalitaire. À leur tour, les dirigeants égyptiens ont accusé la Turquie de promouvoir le terrorisme dans la région, de soutenir les Frères musulmans et de s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pays.

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À l'été 2020, il semblait que la guerre froide entre Le Caire et Ankara pouvait effectivement dégénérer en un affrontement armé. L'intervention militaire de la Turquie dans la guerre civile libyenne et la menace du Caire d'intervenir avec des troupes si des unités du gouvernement reconnu internationalement à l'époque et soutenu par Ankara continuaient à avancer, ont augmenté le risque d'une confrontation militaire. Lorsque de nouvelles réserves de gaz ont été découvertes en Méditerranée orientale, une controverse a éclaté au sujet de la taille de la "zone économique exclusive" (ZEE). Les manœuvres des marines des deux pays ont encore accru les tensions.

Pourtant, à la surprise de nombreux observateurs, on a assisté à une convergence progressive des gouvernements à la fin de l'année. Des contacts plus intensifs entre leurs services secrets ont contribué à la détente dans le conflit libyen, lorsque les deux pays ont soutenu les pourparlers de l'ONU lancés fin 2020 sur la formation d'un nouveau gouvernement unifié. À la mi-mars 2021, les dirigeants turcs ont fait une concession claire : les chaînes de télévision de l'opposition égyptienne en exil, dont le siège est à Istanbul, ont reçu l'ordre de modérer leurs critiques à l'égard du régime Al-Sisi. Cela a ouvert la voie à une réunion de deux jours des vice-ministres des affaires étrangères des deux pays au Caire, début mai.

Erdogan dans l'embarras

Erdogan a annoncé avec enthousiasme, à l'issue de la rencontre, que son pays souhaitait restaurer son "amitié historique" avec l'Égypte et prolonger le dialogue, qui a été renoué. Cependant, ce changement de politique étrangère n'est en aucun cas volontaire. La politique étrangère conflictuelle de la Turquie au cours de la dernière décennie, où elle a utilisé des moyens militaires pour défendre ses intérêts, a atteint ses limites.

Le pays est de plus en plus isolé dans son environnement régional. Les relations avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) sont extrêmement tendues, notamment en raison du blocus du Qatar. Avec le soutien de l'Égypte, les deux pays du Golfe ont imposé un blocus partiel au Qatar, le plus proche allié d'Ankara dans la région, de juin 2017 à janvier 2021. Depuis que la Turquie est venue en aide au Qatar, les relations se sont nettement détériorées.

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Plus récemment, l'Arabie saoudite a imposé un boycott informel des produits turcs et a annoncé fin avril qu'elle fermerait huit écoles turques. Si Ankara a réussi à améliorer quelque peu ses relations avec Riyad au cours des derniers mois, en ce qui concerne les EAU, les signes indiquent toujours une confrontation. Un chef de la mafia turque qui a divulgué des informations sur les liens présumés entre la politique et le crime organisé aurait trouvé refuge à Dubaï précisément.

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En Méditerranée orientale, Ankara est confrontée à une alliance énergétique formée par l'Égypte, la Grèce, la République de Chypre et Israël, qui a créé le Forum du gaz de la Méditerranée orientale avec le soutien d'autres États riverains. Cela signifie qu'Ankara est désormais également désavantagé en raison de son conflit de longue date avec Athènes et Nicosie au sujet des frontières maritimes. En échange de cette faveur, la Turquie a signé un accord avec le gouvernement libyen basé à Tripoli en novembre 2019, en vertu duquel les frontières maritimes des deux pays ont été ajustées selon leurs propres termes.

Toutefois, d'autres États de la région ne reconnaissent pas cet accord. Et l'alliance de la Turquie avec Tripoli n'est pas une garantie de sécurité. Bien qu'Ankara ait pu enregistrer quelques succès grâce à son intervention militaire en Libye, il est peu probable que les moyens militaires seuls suffisent à garantir ses intérêts à long terme dans un pays en proie à la guerre civile.

Erdogan est également sous pression sur la scène internationale. Aucun ajustement fondamental des relations américano-turques n'est attendu dans le cadre du changement de gouvernement à Washington. Le président américain Joe Biden a clairement indiqué qu'il n'hésiterait pas à entrer en conflit avec Ankara. Ce changement de politique se reflète également dans le fait que Biden a officiellement reconnu le génocide arménien dans l'Empire ottoman en tant que tel, un geste que ses prédécesseurs avaient évité pour ne pas risquer de tendre les relations avec la Turquie. Les autorités judiciaires américaines enquêtent également sur la banque d'État turque Halkbank, qui est accusée d'avoir violé le régime de sanctions contre l'Iran.

Ces défis de politique étrangère ont d'autant plus de poids pour le gouvernement turc que la situation économique du pays est précaire. La pandémie de coronavirus a exacerbé les problèmes structurels de l'économie turque et entraîné une nouvelle baisse de l'approbation de l'AKP au pouvoir. Erdogan espère donc que le rapprochement avec l'Égypte lui donnera une certaine marge de manœuvre en matière de politique étrangère et lui permettra de gagner des points sur le plan intérieur.

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Cette démarche lui permet de se présenter à la nouvelle administration américaine comme un leader orienté vers la réconciliation. Cette décision pourrait également affaiblir l'alliance entre l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte. En Méditerranée orientale, un rapprochement avec Le Caire permettrait à la fois de renforcer la position d'Ankara dans son conflit de frontière maritime et de garantir les intérêts à long terme de la Turquie en Libye.

Al-Sisi a-t-il un avantage ?

Le Caire cherche le rapprochement avec moins de zèle qu'Ankara. Les responsables du gouvernement égyptien insistent sur le fait que la Turquie doit d'abord faire des concessions pour normaliser les relations. Toutefois, cette rhétorique ne doit pas masquer le fait que la direction politique du président Al-Sisi souhaite également améliorer ses relations bilatérales avec la Turquie.

Comme Erdogan, al-Sisi est soumis à une pression intense. Ses bonnes relations avec les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, qui avait qualifié le président égyptien de "dictateur préféré", sont désormais un lourd fardeau pour le nouvel engagement préconisé par le président Biden. La médiation réussie d'Al-Sisi dans le conflit entre Israël et le Hamas, qui s'est récemment intensifié, a en fait amélioré sa réputation à Washington et mis de côté les critiques américaines sur la situation des droits de l'homme.

Néanmoins, les États-Unis ne sont en aucun cas un partenaire fiable pour l'Égypte, notamment lorsqu'il s'agit de relever les défis régionaux auxquels le régime égyptien est confronté. Cela est particulièrement évident dans le conflit autour du Nil, qui constitue actuellement le plus grand défi du Caire en matière de politique étrangère.

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Dans le différend qui l'oppose à l'Éthiopie au sujet de la répartition de l'eau, l'Égypte adopte clairement une position défensive, compte tenu des progrès accomplis dans la construction du barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Contrairement à son prédécesseur, le président Biden ne soutient pas la position de l'Égypte de manière unilatérale, mais maintient une politique équilibrée.

Le conflit sur le Nil signale également une nouvelle faiblesse de la politique étrangère, qui pourrait être tout aussi dangereuse pour Le Caire que la réorientation de la politique américaine à l'égard de l'Égypte : le refroidissement de ses relations avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les deux pays du Golfe ont adopté une position neutre dans le conflit autour du Nil, alors qu'ils étaient auparavant considérés comme les principaux alliés du régime Al-Sisi. Cependant, depuis le début de l'échec du blocus du Qatar, la triple alliance est devenue de plus en plus faible.

Il n'y a eu pratiquement aucune coordination sur les crises politiques régionales, telles que la guerre civile en Syrie ou le conflit au Yémen. En outre, le Caire est très sceptique quant à la normalisation des relations des EAU avec Israël. Une telle approche pourrait entraîner non seulement la perte d'importance du rôle traditionnel de médiation de l'Égypte dans le conflit du Moyen-Orient, mais aussi la construction de nouveaux pipelines et de nouvelles voies de transport qui pourraient réduire le transport par le canal de Suez, qui est une source importante de revenus pour le gouvernement égyptien.

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Riyad et Abu Dhabi ont contribué de moins en moins ces dernières années au financement du grave déficit budgétaire de l'Égypte, qui se chiffre en milliards de dollars. La situation économique est le talon d'Achille du régime Al-Sisi. En raison notamment de l'impact de la pandémie de coronavirus, l'Égypte devra continuer à compter sur une aide financière extérieure substantielle dans les années à venir, ne serait-ce que pour assurer l'alimentation de base de sa population croissante.

Cette situation critique, combinée à l'absence d'aide financière de la part des monarchies du Golfe, a probablement incité Al-Sisi à "redresser le front" de la politique étrangère égyptienne afin d'avoir plus de poids dans les futures négociations avec ces deux importants sponsors. La Turquie est également un important marché d'exportation pour l'Égypte.

Al-Sisi dépend notamment d'un accord avec Ankara dans le conflit libyen. Malgré ses menaces, il n'a aucun intérêt à envoyer des troupes terrestres dans la Libye voisine - contrairement à la Turquie. Une telle intervention aurait des conséquences inattendues pour les forces armées égyptiennes. Si les forces armées à l'intérieur du pays sont plus fortes que jamais, il est difficile d'évaluer leur véritable capacité militaire. Par exemple, ils n'ont pas réussi jusqu'à présent à réprimer les violents soulèvements dans le Sinaï.

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Les limites de la convergence

Bien que les deux parties aient de bonnes raisons de se rapprocher et de rouvrir des relations diplomatiques, on ne peut pas encore s'attendre à une normalisation complète des relations turco-égyptiennes. En ce qui concerne la Libye, par exemple, les deux parties semblent être intéressées par un accord. Mais on ne sait pas exactement à quoi cela pourrait ressembler dans la réalité. Il est difficile d'imaginer une grande négociation. L'Égypte aurait du mal à accepter une présence militaire turque à long terme en Libye.

À l'inverse, un retrait total des unités turques serait une option peu probable pour le président Erdogan. Il est également irréaliste d'attendre du Caire qu'il modifie fondamentalement sa politique d'alliance en Méditerranée orientale en faveur d'Ankara. La Grèce, Chypre et l'Égypte continueront sans aucun doute à développer leurs relations.

Toutefois, le principal obstacle à la normalisation complète des relations est constitué par les différences idéologiques entre les régimes. Alors que le président Erdoğan suit le modèle d'une "nation religieuse turco-musulmane", le pouvoir du président As-Sisi est entièrement orienté vers l'armée.

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L'arrivée au pouvoir de l'armée égyptienne en 2013 s'est explicitement opposée aux tentatives de consacrer les normes religieuses au niveau de l'État. Étant donné que les deux dirigeants promeuvent activement leurs idéologies respectives dans la région - à travers le soutien de la Turquie aux groupes d'opposition islamistes et le soutien de l'Égypte au général Haftar en Libye et au régime d'Assad en Syrie - le rapprochement entre leurs pays a des limites strictes. Il ne faut pas non plus s'attendre à ce que la Turquie, sous la direction du président Erdogan, cesse d'être un centre de soutien pour l'opposition égyptienne en exil - plusieurs de ses dirigeants ont même reçu des passeports turcs.

Opportunités pour les politiciens en Allemagne et en Europe

Malgré des limites évidentes, un rapprochement entre l'Égypte et la Turquie offre également des opportunités, non seulement pour les deux régimes, mais aussi pour l'Allemagne et ses partenaires européens. Une telle évolution pourrait, par exemple, contribuer à une désescalade de la situation tendue en Méditerranée orientale. L'objectif ici devrait être de profiter de l'occasion pour intégrer la Turquie dans les alliances régionales. Il serait ainsi plus facile de conclure des accords, y compris sur les questions frontalières litigieuses. Une première mesure concrète pourrait consister à accorder à la Turquie le statut d'observateur au sein du Forum du gaz de la Méditerranée orientale.

En Libye, les deux parties sont nécessaires pour maintenir le délicat équilibre des forces. Les Européens devraient encourager l'Égypte et la Turquie à limiter progressivement leurs activités dans le pays sans rompre cet équilibre. Il ne faut pas non plus encourager chaque pays à utiliser les changements potentiels dans l'équilibre des forces lors des élections prévues en décembre 2021 pour pousser l'autre partie hors de Libye.

Enfin, Ankara et Le Caire peuvent jouer un rôle dans l'affaiblissement de l'influence d'autres acteurs extérieurs, tels que la Russie et les Émirats arabes unis.

Avant tout, les Européens doivent comprendre que derrière la convergence des deux régimes se cache une crainte fondamentale de voir leur marge de manœuvre en politique étrangère réduite, voire complètement perdue. En raison de facteurs externes et économiques, Erdoğan et As-Sisi dépendent tout autant des ajustements des relations bilatérales, qui étaient auparavant fondées sur la confrontation. Le moment est donc opportun pour encourager les deux parties à réévaluer politiquement d'autres domaines, comme la situation problématique des droits de l'homme en Égypte et en Turquie.

Source : https://katehon.com/ru/article/ottepel-v-otnosheniyah-mezhdu-egiptom-i-turciey

lundi, 14 juin 2021

Le canal de Suez et ses alternatives

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Le canal de Suez et ses alternatives

Ex: https://katehon.com/ru/article/sueckiy-kanal-i-ego-alternativy

Dans les conditions actuelles de coopération étroite entre les pays et de mondialisation de l'économie, le problème des corridors de transport internationaux (ITC) requiert une attention particulière dans les politiques nationales et internationales. L'organisation des corridors de transport est basée sur la concentration des flux de marchandises, de transport et de passagers dans une seule direction, ce qui implique des infrastructures développées et de grande capacité.

Les canaux construits par l'homme dans différentes parties du monde ont modifié le transport international, en réduisant les itinéraires de livraison et les coûts d'exploitation. Actuellement, les principaux canaux construits par l'homme dans le monde, tels que le canal de Panama, le canal Volga-Don, le canal de Corinthe, le Grand Canal et le canal de Suez, offrent des voies de transport alternatives à travers les principaux réseaux maritimes du monde, facilitant ainsi un transport efficace.

Le canal de Suez, long de 193,30 kilomètres (120 miles), est une voie d'eau artificielle au niveau de la mer située en Égypte qui relie la mer Méditerranée au golfe de Suez, la branche nord de la mer Rouge. Officiellement ouvert en novembre 1869, le canal de Suez est l'une des voies maritimes les plus utilisées au monde, avec des milliers de navires qui y passent chaque année. Séparant l'Asie du continent africain, le canal offre la voie maritime la plus courte entre l'Europe et les régions qui bordent l'océan Indien et le Pacifique occidental.

Le canal de Suez relie Port Saïd, sur la mer Méditerranée, et Suez, sur la mer Rouge. Le transport de marchandises par le canal reste l'un des moyens les moins chers et les plus sûrs de transporter des marchandises entre l'Europe et l'Asie par la mer.

Ouvert à la navigation en 1869, le canal a longtemps été géré par les Français et les Britanniques. Le 26 juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser annonce sa nationalisation.

L'exploitation de ce corridor fluvial est l'une des principales sources de recettes en devises pour le trésor égyptien, avec les exportations d'hydrocarbures, le secteur du tourisme et les envois de fonds des Égyptiens travaillant dans d'autres pays.

Aujourd'hui, plus de 30.000 navires battant pavillon de plus de 100 pays du monde passent par le canal chaque année. Au total, ils transportent environ 300 millions de tonnes de marchandises diverses. 14% du total du commerce mondial, la plupart des expéditions de pétrole de la région du Golfe Persique vers l'Europe et l'Amérique passent par le canal.

Au cours de l'exercice 2007-2008, le canal de Suez a réalisé des recettes record de 5 milliards 113 millions de dollars, soit près d'un milliard de plus que les années précédentes.

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Dans la matinée du 23 mars 2021 (7 h 40 heure locale), l'Ever Given, l'un des plus grands porte-conteneurs du monde (avec 18.000 conteneurs à bord), en provenance de Malaisie et à destination des Pays-Bas, traverse le canal de Suez. Il traverse le canal et s'échoue, sa proue et sa poupe restant coincées dans le rivage. À la suite de l'accident, la circulation dans le canal a été interrompue.

Le navire a été partiellement échoué avec succès le 29 mars à 04:30 heure locale (05:30 MSK). Vers 15h00 (16h00 MSC) le même jour, le navire a été complètement retiré du haut-fond et remorqué, après que 27 000 mètres cubes de sable aient été excavés sous l'étrave du navire. Cependant, le trafic dans le canal n'a pas été repris.

De tels incidents, bien que rares, se produisaient encore dans le canal de Suez. Cela a nécessité la sélection de voies de transport alternatives. Il a également été suggéré que les armateurs pourraient être intéressés par l'utilisation de la route maritime du Nord, qui est une alternative aux routes des canaux de Suez et de Panama, mais cela retarderait les délais de livraison, augmenterait les coûts de transport et entraînerait une pénurie de conteneurs et de porte-conteneurs disponibles.

"La route maritime du Nord" dessert les ports de l'Arctique et les principaux fleuves sibériens (importations de carburant, d'équipements, de nourriture ; exportations de bois, de ressources naturelles). Alors que la distance parcourue par les navires entre le port de Mourmansk et le port de Yokohama (Japon) par le canal de Suez est de 12840 miles nautiques, la route maritime du Nord ne prend que 5770 miles nautiques.

 Une autre contrepartie au canal de Suez est le projet de corridor de transport international (ITC) nord-sud (NS). Le corridor de transport est conçu pour fournir une liaison de transport entre les États baltes et l'Inde via l'Iran.

Les principaux avantages du corridor de transport nord-sud par rapport à d'autres itinéraires (en particulier, par rapport à la route maritime passant par le canal de Suez) sont une réduction de moitié ou plus de la distance de transport, ainsi que des coûts de transport par conteneur inférieurs à ceux du transport maritime. La longueur de ce corridor de transport international sera de 7,2 mille kilomètres [1].

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L'incroyable coïncidence de la signature de l'accord de partenariat stratégique entre l'Iran et la Chine et des événements avec Ever Given dans le canal de Suez conduira inévitablement à un regain d'intérêt pour l'initiative "One Belt, One Road" (OBOR) (PPI) et tous les corridors interconnectés de l'intégration eurasienne.

Une autre partie du puzzle est la manière dont le corridor de transport international (ITC) nord-sud sera relié au PPI et à l'EAEU. L'Iran, la Russie et l'Inde discutent depuis 2002 des complexités de la construction de ce corridor commercial maritime/ferroviaire/routier de 7.200 km. L'ITC part de Mumbai et traverse l'océan Indien jusqu'en Iran, la mer Caspienne, puis Moscou. En termes d'attractivité, le projet concerne l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Belarus, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan, l'Ukraine, Oman et la Syrie.

Le MCT réduit le délai de livraison de l'Inde occidentale à la Russie européenne de 40 à 20 jours, tout en réduisant les coûts de 60 %. Elle est déjà opérationnelle, mais pas encore en tant que route maritime et ferroviaire continue.

En avril 2021, les autorités turques ont annoncé le début imminent de la construction du canal d'Istanbul, une nouvelle voie navigable de 51 kilomètres de long, qui doublera le détroit du Bosphore. Le début de la construction est déjà prévu pour la fin juin 2021.

Selon les plans du gouvernement, le canal, qui reliera la mer de Marmara et la mer Noire, se tiendra à 100 kilomètres à l'ouest d'Istanbul et transformera en fait la partie européenne de la ville en une île.

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Grâce à ce nouveau canal, les autorités turques espèrent décongestionner le Bosphore, l'une des voies de navigation les plus fréquentées au monde, par laquelle transitent chaque année 53 000 navires. Elle devrait également protéger l'architecture et les monuments d'Istanbul contre des incidents tels que celui qui s'est produit récemment dans le canal de Suez. Contrairement au Bosphore, créé par la nature, qui est assez sinueux et difficile à traverser, le canal d'Istanbul sera constitué de deux sections presque droites, ce qui facilitera et accélérera le passage des navires.

"Le canal d'Istanbul sera une route maritime internationale qui améliorera les capacités logistiques et les infrastructures de la Turquie", a déclaré le ministre des infrastructures et des transports, Adil Karaismailoglu [2].

Le coût du projet, selon diverses sources, est estimé à 15-20 milliards de dollars. Le détroit artificiel devrait avoir une longueur de 45 à 50 kilomètres, une profondeur de 25 mètres et une largeur moyenne de 150 mètres. De telles dimensions permettront aux grands paquebots, aux pétroliers et même aux sous-marins de le traverser. À titre de comparaison, le canal de Suez a aujourd'hui une profondeur d'environ 20 mètres et une largeur pouvant atteindre 350 mètres. Des résidences et des maisons privées seront construites le long des rives du canal d'Istanbul.

Cette référence historique est nécessaire pour passer en revue le sujet qui nous préoccupe : la présence ou l'absence d'une raison de construire un canal navigable en Israël.

L'administration du canal a créé un fonds, dans lequel 25 % de toutes les recettes brutes sont déposées pour financer les travaux d'équipement et l'approfondissement continu du canal.

Mais malgré cette somme considérable, le canal, qui avait été enfoncé jusqu'à 20 mètres de profondeur, devient à nouveau peu profond. Aujourd'hui, les autorités du canal garantissent officiellement aux marins une profondeur de 13 mètres, soit le maximum autorisé pour la navigation de la flotte de gros tonnage. Chaque année, les avis émis par l'Organisation maritime internationale (OMI) font état de dizaines de navires échoués alors qu'ils suivent le canal de Suez [3].

Quels sont les avantages du projet israélien ? Le canal doit relier la mer Méditerranée (Ashkelon) et la mer Rouge (Eilat), en passant par le désert du Néguev. La situation géographique d'Israël et, par conséquent, de son canal navigable, ainsi que du canal de Suez, se situe dans la zone de l'isthme entre la mer Méditerranée et la mer Rouge, ce qui constitue un facteur décisif réduisant la route la plus courte pour les navires voyageant de l'Asie vers l'Europe et l'Amérique, raccourcissant la distance de 5 à 9 mille miles par rapport à la route contournant l'Afrique. Les nombreuses années de fonctionnement du canal de Suez, aussi critiques que nous puissions être à l'égard de son fonctionnement, ont atteint leur objectif premier : il a attiré le trafic de marchandises du monde entier.

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Les arguments de la partie israélienne sont les suivants :

1) "Il nous suffit de construire notre propre canal, bien meilleur en tous points techniques et de navigation que le canal de Suez. Contrairement au canal de Suez, le canal de navigation israélien est posé sur un sol sec, souvent rocheux.

Cela présente un avantage majeur par rapport au canal de Suez, car nous évitons les énormes dépenses liées au déblaiement d'un canal posé dans un terrain marécageux. Coupant le plateau du Néguev à son point le plus bas (600 m au-dessus du niveau de la mer), exactement du nord-nord-ouest au sud-sud-est, puis profitant du creux naturel de la mer Morte, et, coupé de l'entrée dans la mer Morte par un barrage, le canal tourne le long du creux au sud-sud-ouest, vers Eilat.

Le principal facteur de réussite du fonctionnement du canal israélien est sa taille. La taille du canal, sa largeur et la profondeur de son chenal déterminent sa capacité de transport. Le calcul lors de la construction de tels ouvrages hydrauliques doit tenir compte du fait que leur exploitation est prévue pour l'éternité, il est donc nécessaire de prendre en compte le développement de la flotte mondiale de grande capacité.

2) "Contrairement à l'Égypte, nous ne pouvons pas autoriser le passage de navires dont le port en lourd (deadweight) est de 300.000 tonnes et plus. En raison de l'impossibilité de passer le canal de Suez, ils suivent le cap de Bonne-Espérance (autour de l'Afrique). Les dimensions de notre canal devraient garantir un passage libre et sûr pour la flotte de grande capacité.

Si tous les types de navires peuvent naviguer à plein régime dans le canal israélien et ne sont pas gênés par la largeur et le tirant d'eau du canal, ce sera la clé du succès.

Les dimensions proposées pour le canal maritime israélien permettraient aux navires de tous types de naviguer sans escale à l'approche du canal, ne ralentissant que pour accueillir les pilotes et les représentants des autorités frontalières et douanières.

La taille du canal de navigation maritime israélien permettra aux navires non seulement de traverser le canal à plein régime, mais aussi, si nécessaire, de le doubler sans craindre de quitter le chenal.

En résumé, il est évident que la fermeture du canal de Suez donnera un nouvel élan au développement de routes commerciales alternatives. Actuellement, nous pouvons déjà constater que la Russie travaille plus activement à la mise en œuvre du projet de "route maritime du Nord" et que certaines décisions sont prises en matière de soutien hydrographique à la navigation dans l'Arctique. Il est probable que la Chine oriente ses forces vers l'intensification des travaux relatifs à l'initiative "Une ceinture, une route". Le fait que le canal de Suez soit utilisé pour une part importante du commerce entre l'Europe et l'Asie du Sud, ainsi que le coût et la rapidité de la livraison suggèrent que cette option restera une priorité dans un avenir proche. En outre, l'évaluation de la perspective à moyen terme prouve qu'à l'heure actuelle, rien ne peut remplacer le canal de Suez.

Comme indiqué ci-dessus, les problèmes liés au blocage du trafic sur le canal de Suez se sont produits assez rarement dans l'histoire, et des mesures peuvent être prises pour éviter de tels incidents à l'avenir. Par exemple, les autorités égyptiennes peuvent continuer à approfondir et à élargir le canal, comme elles l'ont fait il y a quelques années avec le projet du nouveau canal de Suez. Ce sera probablement la mesure la plus efficace pour réduire les risques de tels accidents à l'avenir.

Notes:

1] La Russie, l'Inde et l'Iran vont créer une alternative au canal de Suez.

[2] https://tass.ru/mezhdunarodnaya-panorama/11079293

[3] http://isracanal.com/index/ehkonomika/0-8

[4] http://isracanal.com/

samedi, 24 avril 2021

La géopolitique du gaz naturel méditerranéen

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La géopolitique du gaz naturel méditerranéen

Joseph W. Micallef

Ex : https://katehon.com/ru/

Au cours des deux dernières décennies, une série de découvertes majeures de gaz naturel en Méditerranée orientale a eu un impact profond sur les relations internationales dans la région. Plus important encore, les preuves géologiques suggèrent que ces découvertes ne représentent qu'une petite partie de la richesse en hydrocarbures de la Méditerranée, ce qui pourrait modifier considérablement la géopolitique de la région.

La mer Méditerranée s'est formée il y a environ 30 millions d'années lorsque la plaque continentale africaine est entrée en collision avec la plaque eurasienne. Les deux plaques entrent toujours en collision, ce qui explique pourquoi la région est si sujette à l'activité sismique et volcanique.

Techniquement, la mer Méditerranée est un golfe de l'océan Atlantique. Le détroit de Gibraltar, large de huit miles, relie la mer Méditerranée à l'océan Atlantique. En plus d'être une voie navigable, le détroit a une autre fonction importante : il permet l'entrée des eaux de l'Atlantique dans la mer Méditerranée.

L'évaporation entraîne une perte d'environ six pieds (2 m) d'eau par an dans la mer Méditerranée. Les apports de la mer Noire et des rivières entourant la Méditerranée, ainsi que les précipitations, représentent environ deux pieds (70 cm) de cette perte. Le déficit restant est comblé par les apports d'eaux atlantiques. Sans cet apport, la Méditerranée serait en grande partie asséchée en moins d'un millénaire - une longue période selon les normes de l'histoire humaine, mais pas même un instant d'un point de vue géologique.

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La collision permanente entre les plaques africaine et eurasienne a parfois bloqué le détroit de Gibraltar, entraînant un cycle de vidange et de remplissage. On pense que la Méditerranée s'est asséchée des dizaines de fois au cours de son histoire, pour se remplir à nouveau lorsque les eaux de l'Atlantique revenaient. La Méditerranée s'est remplie pour la dernière fois il y a environ cinq millions d'années.

Le résultat de ces forces tectoniques est une géologie complexe de huit sous-bassins différents avec des roches sédimentaires métamorphosées de grès, de calcaire et de schiste, des carbonates marins et des couches denses d'évaporite. L'ensemble de ces éléments crée des conditions idéales pour l'émergence de gisements de pétrole et de gaz.

Hydrocarbures dans la mer Méditerranée

Bien que tous les pays d'Afrique du Nord qui entourent la rive sud de la mer Méditerranée soient des producteurs d'hydrocarbures, la région méditerranéenne est très peu explorée. Les estimations du potentiel en hydrocarbures de la région vont de réserves de la taille de la mer du Nord - pouvant contenir jusqu'à 50 milliards de barils de pétrole, ou PB, et jusqu'à 500 trillions de pieds-cubes, ou TCF, de gaz naturel. Ce dernier chiffre est à peu près comparable aux réserves continentales américaines.

À ce jour, des découvertes majeures ont été faites dans le delta du Nil et le bassin levantin. Ce dernier couvre une vaste zone au nord et à l'est du delta du Nil - jusqu'au sud de Chypre - et s'étend jusqu'à la côte orientale de la mer Méditerranée. Selon l'U.S. Geological Survey, ces deux régions possèdent à elles seules des réserves de gaz naturel estimées à 345 TCF pieds-cubes et plus de deux milliards de barils de pétrole.

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La découverte du champ de Noa (1999) et du champ de Marie B (2000), tous deux de taille relativement modeste, a marqué le début d'une série de découvertes majeures de gaz: "Tamar" et "Tamar SW" (Israël/2009/11 TCF), "Leviathan" (Israël/2010/21,5 TCF), "Aphrodite" (Chypre/2011/4,5 TCF), "Zohr" (Égypte/2015/30 TCF), "Calypso" (Chypre/2018/6-8 TCF) et "Glaucus" (Chypre/2019/5- 8 TCF). Ensemble, ces six champs contiennent plus de 80 pieds/cubes de gaz naturel. Étant donné que le bassin levantin n'a pas été entièrement exploré, et qu'il existe sept autres bassins sédimentaires dans la mer Méditerranée qui sont encore moins explorés, une estimation de 500 pieds cubes de gaz peut être trop conservatrice.

Les découvertes israéliennes et chypriotes ont été faites dans l'un des dépôts de grès que l'on trouve largement dans toute la Méditerranée. La découverte égyptienne a été faite dans des carbonates similaires aux structures récifales carbonatées qui abritent de nombreux champs pétroliers terrestres de la Libye. Les dépôts de calcaire et de schiste denses, tels que la roche mère pétrolière exploitée économiquement par les producteurs de pétrole américains, sont également largement présents en Méditerranée et peuvent représenter une autre réserve potentielle d'hydrocarbures.

De plus, au moins dans le bassin levantin, l'analyse chimique du gaz naturel découvert suggère qu'il pourrait même y avoir des dépôts plus profonds de gaz biogène et abiogène. Il n'y a pratiquement pas eu de forage offshore ultra-profond dans la région méditerranéenne. En bref, le potentiel en hydrocarbures de la Méditerranée pourrait être de plusieurs ordres de grandeur supérieur à ce que les estimations les plus optimistes suggèrent.

Géopolitique méditerranéenne et gaz naturel

La découverte d'importants gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale a déjà eu des répercussions géopolitiques de grande ampleur. Si ces découvertes se poursuivent et que le potentiel en hydrocarbures de la région se confirme, les conséquences seront encore plus dramatiques.

Les découvertes de Leviathan et de Tamir ont fait passer Israël d'un statut d'importateur net d'hydrocarbures à celui d'exportateur net. De même, le champ de Zohr, lorsqu'il sera pleinement développé, fera de l'Égypte un exportateur net de gaz. La découverte du gaz levantin a également conduit à une relation de travail étroite et à un réchauffement marqué des relations d'Israël avec la Grèce et Chypre. Historiquement, ces deux pays ont été du côté des autorités palestiniennes et ont souvent eu des frictions avec le gouvernement israélien.

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Pour Jérusalem, l'exportation du gaz israélien vers ses voisins et la possibilité de s'engager dans l'exploration gazière dans d'autres parties de la Méditerranée pourraient lui donner un poids diplomatique important et conduire à une amélioration des relations avec nombre de ses voisins méditerranéens ainsi qu'à un accès à l'exportation vers les marchés de la région MENA.

Les découvertes majeures de gaz dans les parties concernées du bassin du Levant pourraient également revitaliser des États en faillite comme le Liban et la Syrie. D'autre part, la perspective d'un afflux massif d'hydrocarbures pourrait également être un catalyseur de la violence sectaire.

L'Égypte dispose d'une certaine capacité d'exportation de gaz naturel liquéfié, ou GNL, et Chypre est en train de construire une capacité d'exportation de GNL supplémentaire. Mais les gazoducs sont le moyen le plus économique et le meilleur pour se connecter à l'infrastructure gazière existante de l'Europe. L'Union européenne consomme environ 16,6 trillions de pieds cubes de gaz par an ; elle est le débouché logique des exportations de gaz naturel de la région. Actuellement, l'UE reçoit 40 % de son gaz de Russie, 30 % de sources nationales et 25 % de Norvège/mer du Nord. Le reste provient d'importations de GNL en provenance de gisements nord-africains. La production de gaz de la mer du Nord et la production nationale de gaz diminuant rapidement, la Russie est sur le point d'augmenter considérablement sa part des importations de gaz en Europe.

En 2019, Chypre, l'Égypte, la France, la Grèce, Israël, l'Italie, la Jordanie et l'Autorité palestinienne ont organisé le Forum du gaz de la Méditerranée orientale, ou FGME. La FEM est une organisation intergouvernementale basée au Caire chargée d'accroître les exportations de gaz naturel de la région. L'organisation joue également un rôle de premier plan dans la recherche d'un consensus sur les pipelines vers l'Europe qui répondront le mieux à ses besoins. Les États-Unis et l'UE ont un statut d'observateur au sein du FME.

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L'Italie a joué un rôle important, mais généralement peu visible, dans le développement des réserves de gaz de la mer Méditerranée. ENI, l'entreprise publique italienne du secteur de l'énergie, est l'opérateur du champ gazier de Zohr en Égypte. Il est probable que la plupart des exportations de gaz méditerranéen passeront par l'Italie pour se connecter au reste du réseau gazier européen. L'Italie s'est également fortement impliquée dans la prospection d'hydrocarbures en Afrique du Nord, notamment au large de la Libye, une région qu'ENI connaît bien et dont le potentiel en hydrocarbures est pratiquement inexploité.

Il manque clairement à EMGF deux pays qui pourraient être affectés de manière significative par le développement du gaz naturel méditerranéen: la Turquie et la Russie.

La consommation de gaz en Turquie a triplé au cours des deux dernières décennies et continue de croître rapidement. Toutefois, le pays ne peut satisfaire qu'environ 1 % de ses besoins à partir de sources nationales. Environ la moitié du gaz turc provient de Russie, 18% d'Iran, 11% d'Azerbaïdjan et le reste de diverses sources.

Il est relativement facile d'augmenter les importations de gaz russe d'Ankara, mais cette dernière craint également une dépendance excessive vis-à-vis de Moscou pour ses besoins énergétiques. L'Asie centrale, l'Iran et l'Irak disposent d'importantes réserves de gaz naturel, mais des pipelines supplémentaires seraient probablement nécessaires pour les exploiter. La route Mer Caspienne-Azerbaïdjan-Géorgie est la plus fiable politiquement, mais elle nécessite de franchir un terrain extrêmement accidenté.

En outre, la Turquie pense qu'elle peut obtenir un effet de levier diplomatique et économique important en se positionnant comme une plaque tournante énergétique entre l'Europe, la Russie et l'Asie centrale. Il existe plus d'une demi-douzaine de gazoducs qui acheminent le gaz de la Russie et de l'Asie centrale vers la Turquie et, de là, vers l'Europe.

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Ankara a proposé un gazoduc israélo-turc pour transporter le gaz du bassin du Levant vers la Turquie. Compte tenu de la demande croissante d'énergie et de la proximité, la Turquie est le marché logique pour le gaz de la Méditerranée orientale. Toutefois, ni Israël, ni l'Égypte, ni Chypre - trois pays avec lesquels Ankara entretient des relations diplomatiques particulièrement difficiles - n'ont soutenu cette idée. Au lieu de cela, ils ont proposé le gazoduc Est-Med pour acheminer le gaz vers la Grèce et le connecter ensuite à l'Italie et au reste du réseau gazier européen via le gazoduc transadriatique.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'est dit préoccupé par le fait que le rôle de la Turquie en tant que plaque tournante énergétique pourrait être compromis si des volumes importants de gaz méditerranéen étaient acheminés vers l'Europe. C'est pourquoi il insiste sur le fait qu'il sera impossible d'exploiter pleinement les réserves de gaz de la Méditerranée orientale sans la participation de la Turquie.

La Turquie n'est pas signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer ou UNCLOS. Par conséquent, elle ne reconnaît pas les zones économiques exclusives stipulées par l'UNCLOS pour les pays maritimes. En outre, Ankara ne reconnaît pas la légitimité de la République de Chypre et sa revendication des eaux territoriales qui l'entourent. En outre, le gouvernement turc estime que les îles, telles que les îles grecques de la mer Égée, ne devraient pas avoir droit à des zones économiques exclusives et que les revendications des grands États maritimes devraient primer sur celles des petites îles.

En outre, Ankara n'a cessé de promouvoir le concept de "patrie bleue" (Mavi Vatan) ces dernières années. Ce terme est un acronyme désignant la revendication d'Ankara selon laquelle le traité de Sèvres de 1920, qui a mis fin aux hostilités entre l'Empire ottoman et les puissances alliées, a injustement privé la Turquie d'un grand nombre de ses îles historiques et de ses possessions maritimes en mer Égée et en Méditerranée orientale. Le rétablissement de ces possessions permettrait à la Turquie de prendre le contrôle de 178 000 miles carrés supplémentaires de la mer Méditerranée.

La Turquie mène une politique étrangère de plus en plus agressive en Méditerranée orientale. Elle a envoyé des navires de forage escortés par des navires de la marine turque dans les eaux revendiquées par Chypre et, dans un cas, pour forer des champs qui ont déjà été loués par le gouvernement chypriote à des compagnies pétrolières étrangères.

En novembre 2019, la Turquie a conclu un accord avec le gouvernement d'entente nationale (GNA) de Tripoli en vertu duquel elle fournirait des troupes et des armes au GNA en échange de possibilités d'investir dans le secteur pétrolier libyen. Dans le cadre de cet accord, Ankara et la PNC ont convenu de délimiter les eaux territoriales entre les deux pays le long d'une diagonale allant de Derna à la frontière égyptienne dans l'est de la Libye, et traversant l'angle sud-ouest de l'Anatolie, de Marmaris à Antalya, entre la Libye et la Turquie. La région traverse la zone économique exclusive de la Grèce, comme le stipule l'UNCLOS.

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L'accord a été condamné par de nombreux pays méditerranéens ainsi que par les États-Unis et l'Union européenne. Le parlement libyen de Tripoli a refusé de le ratifier. Le 27 janvier 2021, le mémorandum turc-GNA sur les zones maritimes a été annulé par la cour d'appel d'Al Bayda en Libye. Néanmoins, le gouvernement turc continue d'insister sur le fait que l'accord représente une démarcation valide des eaux contrôlées par la Turquie.

L'agressivité de la Turquie à l'égard de ses voisins méditerranéens a entraîné une détérioration de ses relations avec l'UE, en particulier avec la France, et pourrait conduire à un nouvel isolement diplomatique pour Ankara.

Il ne fait aucun doute que le développement des champs gaziers du Levant sera plus facile avec la coopération turque. Cependant, Israël, Chypre et l'Égypte ont résisté aux tentatives de la Turquie de s'engager dans le développement de ces champs gaziers. La Turquie a laissé entendre qu'elle bloquerait la pose de l'oléoduc Est-Med et qu'elle pourrait envoyer des forces militaires à cet effet. Un tel comportement ne fera qu'isoler la Turquie et risque de provoquer une confrontation avec l'UE et peut-être même avec les États-Unis.

Jusqu'à présent, la Russie a joué un rôle mineur dans le développement des champs de gaz dans le bassin du Levant. Les entreprises publiques russes du secteur de l'énergie ont proposé de contribuer au financement du développement des gisements de gaz chypriotes, mais n'ont pas été impliquées dans ce dossier.

Malgré l'importance des découvertes de gaz en Méditerranée, elles font pâle figure par rapport à la consommation de gaz de l'UE et aux exportations russes. L'UE consomme environ 16 pieds cubes de gaz naturel par an, dont environ 40 % proviennent de Russie. Les champs gaziers du bassin du Levant représentent un approvisionnement de cinq ans pour l'UE et de douze ans pour les importations russes.

La Russie s'attend à ce que ses importations de gaz vers l'UE augmentent à mesure que la production de gaz à terre de la mer du Nord et des champs européens diminue. Le principal défi pour les plans russes est soit une augmentation des exportations de GNL vers l'Europe depuis les États-Unis ou le golfe Persique, soit une augmentation significative des approvisionnements en gaz depuis le bassin méditerranéen. Si d'autres bassins sédimentaires méditerranéens présentent la même géologie que le bassin du Levant, la région pourrait être à l'aube d'une augmentation prolongée de la production de gaz naturel.

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Dans le cadre de sa politique de "sécurité de l'approvisionnement énergétique", l'UE s'est inquiétée de la diversification de ses sources d'énergie pour éviter de devenir dépendante du gaz russe. Cette politique limitera la croissance des exportations de gaz russe et est également susceptible de faire baisser les prix, quelle que soit l'évolution de l'exploitation des gisements de gaz en mer Méditerranée.

Il existe des problèmes politiques qu'il faudra surmonter. Une grande partie de la rive sud de la Méditerranée est politiquement instable. La Libye est toujours en état de guerre civile. La Tunisie et l'Algérie pourraient bien s'unir aussi. De nombreuses frontières maritimes n'ont pas été entièrement délimitées, notamment les eaux autour de la Libye et certaines parties de la côte balkanique de l'Adriatique. La France et l'Espagne appliquent actuellement un moratoire sur l'exploitation des hydrocarbures offshore en Méditerranée, mais la perspective de découvertes majeures de gaz pourrait bien entraîner un changement. La politique étrangère et énergétique de la Turquie en Méditerranée orientale déstabilise potentiellement la région et pourrait provoquer une confrontation avec un ou plusieurs de ses voisins maritimes.

Deux autres acteurs majeurs possibles dans la région sont les États-Unis et la Chine. Jusqu'à présent, tous deux ont joué un rôle secondaire. Sous l'administration Trump, les États-Unis ont poussé l'UE à utiliser le GNL américain plutôt que le gaz russe. Compte tenu de sa politique climatique, il est peu probable que l'administration Biden fasse une promotion agressive des exportations de GNL. Les États-Unis soutiennent le développement des ressources en hydrocarbures dans l'est de la Méditerranée, car ils y voient un moyen de renforcer économiquement Israël et l'Égypte - deux alliés importants des États-Unis dans la région - même si le gaz méditerranéen entre en concurrence avec les exportations américaines de GNL.

La Chine n'a pas été directement impliquée dans le développement des ressources gazières méditerranéennes. Les réserves de gaz en Asie centrale et au Moyen-Orient sont plus proches de la Chine et plus faciles à obtenir et à transporter. Dans le cadre de l'initiative "Une ceinture, une route", les entreprises publiques chinoises ont investi massivement dans des projets d'infrastructure dans la région méditerranéenne. Ces projets comprennent un large éventail d'investissements dans des installations portuaires et des projets industriels dans toute la Méditerranée.

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Plus précisément, le Shanghai International Port Group a obtenu un contrat de gestion de 25 ans pour le port de Haïfa, tandis que China Harbour Engineering construit un nouveau terminal portuaire à Ashdod, en Israël. Le conglomérat maritime chinois COSCO a acquis une participation de 51 % dans Noatum Port Holdings, qui possède à son tour des terminaux à conteneurs à Bilbao et Valence, en Espagne, entre autres. Elle a également acquis une participation de 67 % dans le port grec du Pirée et, avec Qingdao Port International, a investi dans le terminal à conteneurs de Vado Ligure en Italie. Euro-Asia Oceangate a acquis une participation de 64,5 % dans le terminal Kumport à Ambarli, à l'embouchure du détroit du Bosphore sur la mer Noire. Ensemble, ces investissements s'élèvent à environ trois milliards d'euros.

Le gaz méditerranéen atteindra probablement les marchés européens par le biais de gazoducs, mais l'exploitation des ressources gazières de la région à l'échelle de la mer Méditerranée entraînera une augmentation spectaculaire de la capacité portuaire et des installations industrielles. L'exploitation des six principaux champs gaziers du bassin du Levant coûtera entre 20 et 25 milliards de dollars. Un boom gazier à travers la Méditerranée pourrait entraîner plus de 100 milliards de dollars de nouveaux investissements énergétiques dans la région.

Le boom du gaz naturel en Méditerranée est réel. Reste à savoir si les autres bassins sédimentaires de la région seront tout aussi prolifiques. Si tel est le cas, la Méditerranée pourrait bien devenir un important fournisseur de gaz naturel pour l'Europe, au détriment des exportations de gaz de la Russie et, dans une moindre mesure, des projets d'exportation de GNL des États-Unis.

Une telle évolution ferait s'effondrer les flux d'hydrocarbures géants vers des pays méditerranéens plus petits comme Chypre, Malte, l'Albanie ou la Croatie. Elle pourrait également contribuer à la reconstruction d'États en déliquescence tels que le Liban et la Syrie. Cela conduirait à de nouveaux alignements et coalitions, mais risquerait aussi de provoquer des conflits entre les pays assez chanceux pour boire à la corne d'abondance - et ceux qui n'ont pas de grands gisements de gaz naturel.

La richesse en hydrocarbures est une arme à double tranchant qui peut provoquer une augmentation des conflits sociaux dans les États à faible gouvernance, notamment ceux de la côte nord-africaine.

La Turquie présente un défi particulier. Dans le cas d'Ankara, la découverte de gaz naturel a stimulé une politique étrangère déjà de plus en plus revancharde et pourrait conduire à une attitude plus conflictuelle entre la Turquie et ses voisins maritimes.

En clair, le boom gazier en Méditerranée créera de nombreuses opportunités économiques, mais aussi de nouveaux risques pour la stabilité de la région.

vendredi, 16 avril 2021

Guerre pour les eaux du Nil

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Guerre pour les eaux du Nil

Elshakasha Mahmoud Abdalkawi

Ex : https://www.geopolitica.ru/

En 2011, l'Éthiopie a annoncé son intention de construire un barrage sur les rives du Nil bleu, appelé barrage Heidasi, à 20-40 km de la frontière soudanaise, d'une capacité d'environ 16,5 milliards de mètres cubes. Il a été confié à l'entreprise italienne Salini par une commande directe, et a été nommé Projet X, mais le nom a rapidement été changé en ‘’Grand barrage du millénaire’’. La pose de la première pierre a eu lieu le 2 avril 2011, puis le nom a été changé pour la troisième fois le même mois pour devenir le barrage ‘’Great Ethiopian Renaissance Dam’’.

Le principal objectif du barrage est de produire de l'électricité pour compenser la grave pénurie d'énergie en Éthiopie, ainsi que d'exporter de l'électricité vers les pays voisins. Le barrage devrait être la plus grande centrale hydroélectrique d'Afrique et la septième au monde, avec une capacité prévue de 6,45 GW.

Le remplissage du réservoir a commencé en juillet 2020 et sa réalisation devrait prendre entre 5 et 15 ans, en fonction des conditions hydrologiques pendant la période de remplissage et également en fonction des accords qui seront signés entre l'Égypte, l'Éthiopie et le Soudan.

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Historiquement, les pays du bassin du Nil étaient autrefois des colonies de pays étrangers, puis ils ont acquis leur indépendance, et les premiers accords sur le partage des eaux du Nil ont été conclus en 1902 à Addis-Abeba entre la Grande-Bretagne en tant que représentant de l'Égypte et du Soudan, d’une part, et l'Éthiopie, d’autre part ; ils stipulaient qu'aucun projet ne devait être établi sur le Nil Bleu ou le lac Tana et la rivière Sobat.

Puis, en 1929, un autre accord a vu le jour, qui prévoyait la reconnaissance par les pays du bassin égyptien de leur part acquise des eaux du Nil, et que l'Égypte avait le droit de s'opposer aux entreprises éventuellement envisagées si ces pays lançaient de nouveaux projets sur le fleuve et ses affluents. Cet accord a été conclu entre l'Égypte et le Royaume-Uni, qui représentait le Kenya, la Tanzanie, le Soudan et l'Ouganda, pour réglementer le bénéfice que l'Égypte tire du lac Victoria. 7,7% des entrées sont allées au Soudan et 92,3% à l'Egypte.

Sous le règne de l'empereur éthiopien Hailé Sélassié, l'American Bureau of Reclamation a déterminé l'emplacement définitif du barrage de la Renaissance éthiopienne sur les rives du Nil Bleu de 1956 à 1964, mais en raison d'un coup d'État militaire en 1974, le projet a été arrêté.

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Le projet a été officiellement annoncé le 31 mars 2011, et le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a posé la première pierre du projet le 2 avril 2011.

L'Égypte, située à plus de 2 500 km du barrage, s'est opposée à sa construction car elle estime qu'il réduira sa part des eaux du Nil.

Le barrage est préjudiciable au Soudan et à l'Égypte. L'Égypte craint l'épuisement de l'eau compte tenu de la période de remplissage du réservoir et du processus d'évaporation de l'eau.

La taille du réservoir est équivalente au débit annuel du Nil à la frontière entre le Soudan et l'Égypte (65,5 milliards de mètres cubes). Cette perte risque de s'étendre aux pays en aval d'ici quelques années. Selon les rapports, entre 11 et 19 milliards de mètres cubes d'eau pourraient être perdus chaque année lorsque le réservoir sera rempli, ce qui entraînerait une perte de revenus pour deux millions d'agriculteurs pendant le remplissage du réservoir. Il affecterait également l'approvisionnement en électricité de l'Égypte de 25 à 40 % pendant la construction du barrage.

Le barrage de la Grande Renaissance éthiopienne pourrait également provoquer une baisse irréversible du niveau d'eau du lac Nasser si les flux étaient déplacées vers l'Éthiopie. Cela permettrait de réduire l'évaporation actuelle de plus de 10 milliards de mètres cubes par an. Elle réduirait également la capacité du barrage d'Assouan à produire de l'énergie hydroélectrique à hauteur de 100 mégawatts perdus en raison d'une baisse de trois mètres du niveau d'eau dans le barrage. Le barrage permettrait de conserver le limon qui alimente les sols agricoles de la vallée du Nil en Égypte et au Soudan.

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Mais d'un autre côté, pour l'Éthiopie, comme le Nil Bleu est un fleuve saisonnier, le barrage réduira les flux, y compris sur 40 km à l'intérieur de l'Éthiopie. D'une part, le barrage réduira les flux et est bénéfique dans la mesure où il protège les établissements humains des dommages qu’ils pourraient provoquer. Le barrage peut également servir de pont sur le Nil Bleu.

Le 23 mars 2015, lors d'un sommet trilatéral des présidents égyptien, éthiopien et soudanais à Khartoum, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi, son homologue soudanais Omar el-Béchir et le Premier ministre éthiopien Haile Desaleny ont signé un document déclarant les principes de la construction du barrage Renaissance.

L'accord comprenait un document contenant dix principes à adopter par les trois pays pour le barrage Renaissance.

Ces dix principes comprennent la coopération, le développement et l'intégration économiques, l'engagement à ne pas causer de dommages significatifs à un pays, l'utilisation équitable et juste de l'eau, la coopération pour le premier remplissage du réservoir du barrage et son exploitation annuelle, le principe de la confiance, le principe du partage des informations et des données, le principe de la sécurité du barrage, le principe du respect, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'État, le principe du règlement pacifique des différends et la mise en place d'un mécanisme de coordination permanent.

Le projet de barrage est une source de tension entre les trois pays depuis la pose de la première pierre en avril 2011. Il a été construit sur les rives du Nil dans le nord-ouest de l'Éthiopie, près de la frontière avec le Soudan. Il pourrait devenir la plus grande centrale hydroélectrique d'Afrique, avec une capacité de production d'environ 6 500 mégawatts.

L'Éthiopie fait pression pour poursuivre son projet de remplissage du barrage l'été prochain, malgré les protestations de l'Égypte et du Soudan. Le Caire et Khartoum exigent en effet la signature préalable d'un accord qui protégerait leurs ressources en eau. Addis-Abeba a annoncé en juillet 2020 qu'elle avait achevé la première phase de son projet de 4,9 milliards de mètres cubes, permettant ainsi de tester les deux premières pompes du barrage.

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L'Éthiopie estime que l'énergie hydroélectrique produite par le barrage sera vitale pour répondre aux besoins énergétiques de ses 110 millions d'habitants. Le président du pays, Ahmed Abi, espère que le projet permettra une percée en matière de développement et nie que son intention soit de nuire à l'Égypte. Il explique : "Je veux que nos frères égyptiens et soudanais comprennent que nous ne faisons pas cela...". Nous avons besoin d'une lampe. La lumière ne leur fera pas de mal, mais elle se répandra sur eux."

Quant à l'Égypte, elle considère le projet de barrage comme une menace, car elle dépend depuis toujours du Nil, qui lui fournit environ 97 % de son eau d'irrigation et de son eau potable. Le Soudan, quant à lui, craint que ses propres barrages ne soient endommagés si l'Éthiopie remplit complètement le barrage.

Bien sûr, l'Égypte et le Soudan voient l'affaire d'une manière qui contredit l'approche éthiopienne, à commencer par le cadre général dans lequel les trois pays négocient. L'Égypte et le Soudan demandent l'inclusion des États-Unis et de l'Union européenne ainsi que des Nations unies dans l'Union africaine qui parraine les négociations, ce qu'Addis-Abeba rejette.

L'Éthiopie estime que "les problèmes africains peuvent être résolus par les Africains eux-mêmes". Nous respectons la sagesse africaine et les négociations en cours sous les auspices de l'Union africaine aboutiront", a déclaré une porte-parole du ministère des affaires étrangères d'Addis-Abeba. De son côté, le ministère égyptien des affaires étrangères a estimé qu'"une telle position montre une fois de plus le manque de volonté politique de l'Éthiopie de négocier de bonne foi."

Sur la chaîne égyptienne Echo Al Balad, le journaliste Ahmed Moussa a vivement critiqué le blocage des négociations et a estimé que l'Égypte payait le prix de "ce qui s'est passé en 2011" en raison de la situation du pays à l'époque, notant qu'Addis-Abeba avait profité de la situation de l'époque pour lancer la construction d'un barrage. Moussa estime que l'Éthiopie a "choisi le moment" aujourd'hui pour faire avancer son projet car l'Égypte est "préoccupée par ses problèmes internes".

La poursuite de cette crise menace la stabilité de la région, surtout avec la rhétorique croissante que l'Égypte et le Soudan ont commencé à tenir en raison de leur frustration face à l'"intransigeance" de l'Éthiopie. Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi s'est montré sévère dans ses commentaires, mardi, sur l'évolution du dossier.

Al-Sisi a dit : "Nous ne menaçons personne, mais personne ne peut prendre une goutte d'eau de l'Égypte [...]. Sinon, la région connaîtra un état d'instabilité que personne ne peut imaginer." "Violer l’état de choses actuel consiste à franchir une ligne rouge, et notre réponse aura une incidence sur la stabilité de toute la région".

Mais il a souligné que "les négociations sont le choix par lequel nous avons commencé, et toute action militaire serait inappropriée et aurait des conséquences qui s'étendraient sur de nombreuses années, car les gens n'oublient pas cela. Le Soudan, qui est également en conflit frontalier avec l'Éthiopie, a accueilli les Égyptiens pour un exercice conjoint des forces aériennes qui s'est terminé samedi ».

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Les inquiétudes concernant les relations égypto-éthiopiennes ont été exacerbées par la tentative d'assassinat du défunt président égyptien Mohamed Hosni Moubarak dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba, alors qu'il s'apprêtait à assister au sommet africain de 1995.

Malgré cela, l'Égypte tient à se coordonner avec les pays du bassin du Nil sur les projets qu'ils mettront en place, car ces projets pourraient affecter la part d'eau de l'Égypte. L'Égypte cherche à sécuriser les sources d'énergie sur le Nil (Haut barrage) pour assurer son développement industriel, agricole et autre. Le Nil est l'une des sources les plus importantes de développement en Égypte, et la stabilité du Nil signifie la stabilité et la sécurité de l'Égypte, car l'eau est une ressource stratégique pour l'Égypte. Le prochain conflit sera celui de l'eau.

Cependant, compte tenu de la situation actuelle dans la Corne de l'Afrique, qui est actuellement secouée de conflits et de tensions, il ne semble pas que le monde puisse actuellement tolérer l'éclatement d'un conflit armé dans la région, ce qui peut augmenter les chances des négociations malgré sa volatilité.

Les trois pays, l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie, ont négocié âprement pendant dix ans sans parvenir à un accord sur le remplissage et l'exploitation du barrage. Alors que l'Éthiopie estime que le barrage est essentiel à son développement économique, l'Égypte et le Soudan le considèrent comme une menace vitale, car la première tire 90 % de son eau d'irrigation et de son eau potable du Nil.

Cette crise pourrait "s'éterniser", car il n'y a pas de sortie possible dans l'immédiat. Les trois pays devraient se tourner vers les intérêts futurs de leurs peuples pour réussir les négociations.

lundi, 29 mars 2021

Le canal, l'Égypte et l'Italie - Le plan (réel) d’Enrico Mattei

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Le canal, l'Égypte et l'Italie

Le plan (réel) d’Enrico Mattei

Par Marco Valle

Nous publions, avec l'aimable autorisation de l'éditeur, un extrait du livre de Marco Valle, Suez. Le canal, l'Egypte et l'Italie (Historica)

51Kavy22snL.jpgÀ partir de 1954, grâce aux bons offices du colonel Younes, le groupe Eni  -avec Agip Mineraria, Snam et Nuovo Pignone-  s'engage dans une série d'opérations importantes : la recherche de pétrole, le forage, la distribution de pétrole et de GPL et les projets autour du barrage d'Assouan. Une collaboration fructueuse à laquelle s'ajoutent la construction d'un oléoduc entre Suez et la capitale égyptienne ainsi que la mise en oeuvre d'une raffinerie. C'est lors de l'inauguration de l'usine, qui a lieu le 24 juillet 1956 en présence d'Enrico Mattei, que Nasser communique à Younes sa décision de nationaliser le Canal trois jours plus tard. Bien que les archives de l'Eni relatives à cet événement soient étrangement (ou délibérément ?) incomplètes, il est difficile d'imaginer que Mattei, invité d'honneur ce jour-là, n'avait aucune idée de la crise qui s’annonçait, imminente ; plus que probablement, il n'avait pas été averti de manière confidentielle. Ce brillant entrepreneur de la région des Marches n'avait certainement aucun doute sur l’issue des événements. Lorsque la crise éclate, il tente de convaincre Gronchi et le Premier ministre Segni de promouvoir une médiation italienne entre les parties, tandis qu'Il Giorno, le quotidien de l'Eni, rassure l'opinion publique et les milieux économiques sur les intentions des Égyptiens. Non content de cela, l'homme de Matelica s'est immédiatement mobilisé pour venir en aide à son précieux ami Younes qui avait été catapulté par Nasser à la direction de la toute nouvelle Autorité du Canal de Suez. Mattei savait que le principal problème des Égyptiens était d'assurer la navigation le long de la voie d'eau, une tâche techniquement exigeante qui, jusqu'alors, était assurée par les pilotes de la Compagnie. Selon les calculs d'Eden et de Mollet, sans la contribution des 323 techniciens étrangers, le trafic aurait été réduit de moitié, provoquant des embouteillages, des retards et, finalement, le chaos. Une excellente excuse pour intervenir et reprendre le contrôle de la voie navigable.

marco-valle-resize.jpgAfin d'accélérer la paralysie, les gouvernements de Londres et de Paris ordonnent à la Compagnie de rappeler tout le personnel non égyptien encore présent sur l'Isthme avant le 15 septembre. Mais en ce jour fatidique: "Les autorités égyptiennes ont réussi à faire face au départ de 212 opérateurs, dont 90 pilotes, sans affecter le trafic maritime. Vingt-cinq pilotes étrangers qui avaient répondu à la campagne de recrutement lancée par les autorités égyptiennes ont contribué à ce premier succès: quinze Russes, quatre Yougoslaves, trois Italiens et trois Allemands de l'Ouest se sont joints aux quarante pilotes grecs qui n'avaient pas accepté l'invitation de la compagnie à quitter leurs postes. À la recherche de personnel spécialisé capable d'opérer à bord des navires en transit, les Égyptiens avaient pu compter sur une formidable agence de recrutement: depuis la fin du mois de juillet, Enrico Mattei et ses collaborateurs s'étaient affairés dans les ports italiens, offrant des engagements somptueux, pour trouver des spécialistes disposés à poursuivre leur expérience professionnelle à Suez. En outre, le président de l'ENI était retourné au Caire dans les journées du 15 au 17 septembre, au moment même où le retrait redouté des pilotes étrangers avait lieu" (10). Inévitablement, la crise égyptienne a eu des répercussions sur la scène politique italienne, radicalisant l'affrontement entre les "néo-atlantistes" Gronchi, Fanfani, Taviani et Tambroni et les atlantistes "orthodoxes" comme Segni, Pacciardi, le vice-président du Conseil des ministres, Saragat et le ministre des Affaires étrangères, Gaetano Martino. Face à l'activisme du président de l'ENI et de ses amis, le Conseil des ministres opte d'abord pour une solidarité totale avec les Anglo-Français, mais l'intervention directe du Quirinal impose un changement de cap drastique et Segni, avec de nombreuses incertitudes, opte pour une attitude de "compréhension" et de modération envers l'Egypte, et les raisons qu’elle invoquait, dans l'espoir d'une solution internationale qui garantirait la liberté de navigation.

lundi, 15 mars 2021

Le patriarche Joseph et l’expert médical comme arme de destruction massive

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Le patriarche Joseph et l’expert médical comme arme de destruction massive

par Nicolas Bonnal

Nous vivons aux siècles des experts, dont le patriarche Joseph, le conseiller de Pharaon, est le fondateur (voyez Genèse, 41 à 48). Aujourd’hui nous avons Ferguson, Fauci, Lacombe, Hill, experts tous plus indispensables les uns que les autres, à l’heure du vaccin obligatoire et du pass sanitaire – et du grand reset.

Les lignes qui vont suivre ont été écrites en 2013 pour le patriotique journal russe pravda.ru. Ma femme avait aussi interviewé pour eux Marion Le Pen, qui s’en était très bien sortie. C’est d’ailleurs la seule avec Florian Philippot à défendre en ce moment le peu de libertés qui nous restent (on a donc raison de parler de péril fasciste…).

Mon texte traitait de la « prolifération cancéreuse (Debord) » des experts qui occupent aujourd’hui les télévisions en infectant le cerveau des politiciens  et des téléphages à l’heure des décisions criminelles et imbéciles. Le virus a révélé l’importance de cette secte de sots savants, comme dirait Molière (il n’a jamais été si actuel, c’est pourquoi ils vont anéantir tous ses textes), à qui nous devons misère, camp de concentration électronique, extension du domaine du crétinisme. Or le pédant, écrit Henri Bergson, dans le Rire, c’est celui qui veut en remontrer à la nature. Nous y sommes, alors on relit :

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« Le domaine par excellence de l’expertise est celui de la science économique : ce n’est pas pour rien que, dans Le Monde, les économistes comme Piketty avaient décrété que le programme de Hollande était le meilleur pour sortir de la crise. Mais dans un petit film intitulé “Pourquoi les experts se trompent”, le documentariste John Freed a relevé les inepties de tous les caïds concernés.

expertys.jpgPourquoi un tel recours au sot savant de Molière ? C’est le nombre de chaînes de télé qui devient prodigieux, confirmant que l’humanité ne fait plus rien : on regarde 6.000 chaînes de télé et on a besoin d’experts sur tous les sujets pour savoir quoi penser en matière de vaccins, de nourriture, de sexe, d’atomisme nord-coréen ou de gamins transgenre.

Et qu’est-ce qu’un expert ? C’est un agent qui dispose d’un jargon (philo, éco, psycho, médical, techno-quelque chose) et surtout d’un réseau média qui le réinvite jusqu’à la nausée. C’est qu’un expert, pour devenir médiatique, doit se régler en conséquence. Il est là pour produire une technicité du discours politiquement correct, justifier la chute d’un avion, la diabolisation des uns et le bombardement des autres.

Le film de Freed commence par le vin, sujet a priori œcuménique. Il nous apprend que l’on a organisé un concours qui engageait la science de 54 sommeliers ou œnologues… Tout le monde a jargonné : « Il est lourd, sa robe est souple, il sent la cerise, il y a du cuivre – surtout au Chili ! – et du camphre », etc. Mais il n’y a pas eu de vainqueur car personne ne n’est rendu compte qu’il n’y avait pas… de vin rouge ! Il y avait un vin blanc qui avait été maquillé pour paraître rouge. Personne ne l’a su, sauf l’ingénieur moléculaire farceur qui avait organisé le show. Un bon viticulteur bourguignon confirma, guilleret, les escroqueries de ce milieu huppé et explique qu’aucun vin, même un montrachet ou un Romanée-Conti, ne devrait coûter plus de quinze euros. Le reste est une simple affaire de réclame. Pardon : de prestige.

expert-5253.jpg.pngLe film continue sur sa lancée : l’art moderne avec ses copies indécelables et ses toiles blanches ; la météo avec son réchauffement climatique ; la bourse, bien sûr, avec la fameuse parabole du singe qui ne se trompe pas plus qu’un analyste payé des fortunes.

Puis il s’arrête. Nous continuons.

L’affaire devient plus grave, en effet, quand il s’agit d’experts “néo-cons” en terrorisme, en islamisme, en néo-soviétisme, en n’importe quel “isme”. Mais quand il s’agit de faire la guerre à l’Irak ou à la Russie et de détruire l’Europe, pourquoi ne pas se tromper ?

Vivement un comité d’experts faisant la chasse aux experts, car l’expert est devenu une âme de destruction massive. »

Reprenons. Dans la Bible, Pharaon a recours à Joseph pour interpréter ses rêves. Il ne peut plus s’en passer. Joseph réorganise et affame le pays, le réduisant en esclavage avec le coup des sept années de vaches maigres. Joseph invite ses frères « à manger la graisse » du pays (Genèse, 45, 18). Et ensuite cela donne sur un ton moins bucolique :

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« Quant aux gens, il les réduisit en servage, d’un bout à l’autre du territoire égyptien. » (Genèse, 47, 21)

Joseph et l’Etat confisquent tout : « Et le pays devint la propriété de Pharaon. » C’est le premier grand reset en fait.

Qui a dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ? Le roi Salomon (Ecclésiaste, 1, 9)…

Sources :

Bible de Jérusalem, Genèse (45-47)

https://english.pravda.ru/opinion/124677-western_experts/

https://english.pravda.ru/opinion/125235-marion_le_pen_in...

 

 

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lundi, 01 février 2021

Le Grand Jeu en Méditerranée orientale

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Giusepppe Gagliano:

Le Grand Jeu en Méditerranée orientale

Ex : https://moderndiplomacy.eu

Comme nous l'avons souligné à plusieurs reprises, la découverte de grands gisements de gaz au large des côtes d'Israël, de Chypre, d'Égypte et du Liban, a fait que la Méditerranée orientale joue désormais un rôle beaucoup plus important dans la géopolitique de l'énergie. Dans les eaux de l’offshore profond, elle n'est rentable qu'à long terme et présente des défis techniques et économiques importants. De plus, le pouvoir politique qui régit cette zone de la Méditerranée orientale repose sur trois autorités avec lesquelles il est nécessaire de traiter, dont les intérêts économiques peuvent diverger dans le temps. Cette réalité pèse sur les perspectives d'avenir de cette zone, du moins jusqu'à ce que la dimension politique soit résolue de manière sûre.

D'importants gisements de gaz naturel ont été découverts dans les ZEE de l'Égypte, d'Israël et de Chypre. Les ZEE plus petites de la Syrie et du Liban doivent encore être explorées ou confirmées. Ces découvertes en Méditerranée orientale seraient constituées de réserves potentielles de l'ordre de 3,5 milliards de mètres cubes de gaz, dont la moitié environ sont des réserves prouvées équivalentes à celles encore disponibles pour la Norvège après trente ans d'approvisionnement par l'Union européenne. En particulier, presque à la même distance des côtes de leur pays, se trouvent les trois gisements de Zohr (Egypte), Leviathan (Israël) et Aphrodite (Chypre) avec respectivement des réserves prouvées de 850, 450 et 140, pour un total de 1.440 milliards. de mètres cubes. Les dirigeants de ces trois pays se sont réunis pour envisager une solution commune afin de commercialiser ce gaz pour l'exportation. Il a été question de la construction d'un gazoduc sous-marin vers la Grèce et l'Italie, qui serait un concurrent direct du gaz azerbaïdjanais qui traverse la Turquie.

Dans le même temps, les gouvernements de Turquie et de Libye ont délimité les frontières de leurs ZEE, envahissant les ZEE des pays cités ci-dessus, créant ainsi des sources supplémentaires d'incertitude et de complications juridiques. Enfin, la démonstration de force de la Turquie en envoyant des navires sismiques en préparation des opérations d'exploration dans la ZEE grecque n'a fait qu'ajouter à un climat géopolitique déjà tendu. Tous ces facteurs d'incertitude et de conflits potentiels ne sont pas propices au développement de la production de gaz dans cette zone de la Méditerranée orientale. Cette situation n'empêche pas l'Égypte et Israël de produire, de consommer et d'exporter du gaz provenant de gisements proches de leurs côtes, dont la propriété n'est pas remise en question.

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Nous en venons maintenant à la Turquie. Il faut souligner qu'il existe un malentendu géographique : la grande découverte annoncée le 21 août 2020 par le président Erdogan ne se situe pas en Méditerranée, mais en mer Noire. Il s'agit du champ de Sakarya, situé à environ 170 kilomètres au nord de la côte turque. Il a une profondeur d'eau de 2 110 mètres et une profondeur totale de 4 775 mètres. Selon les informations publiques, il a été découvert en forant un seul puits, le Tuna-1, réalisé par le navire d'exploration Fatih ("le conquérant", en turc). Les réserves, initialement annoncées à 800 milliards de mètres cubes, ont été réévaluées par l'opérateur TPAO (Turkish Petroleum Corporation) à 320 puis à 405 milliards de mètres cubes le 17 octobre 2020. Un second forage de Turkali 1 est prévu en novembre. Un deuxième navire d'exploration, le Kanuni ("le législateur" en turc) est sur le point d'atteindre la mer Noire.

Le Sakarya a l'avantage d'être proche du marché turc. S'il est produit, son gaz approvisionnera le marché turc, renforcera la sécurité d'approvisionnement du pays et améliorera sa balance commerciale.

Cependant, la mise en production de Sakarya en 2023 est un objectif qui ne tient pas compte du calendrier de l'industrie gazière. Cette constatation devra être confirmée avant de passer à la conception et à la construction des installations de la phase de production du projet.

N'oublions pas que les ambitions de la Turquie sont multidimensionnelles et à multiples facettes. Elles ont un impact direct sur l'Europe, de l'Atlantique au Caucase en passant par la Méditerranée et le Moyen-Orient. Il est évident que les dimensions géopolitiques et religieuses priment sur les autres et il n'est pas clair si elles ont leur propre dimension stratégique ou si elles sont simplement tactiques. Cela dit, les ambitions énergétiques sont très légitimes pour tout pays, surtout lorsqu'il s'agit de la sécurité de l'approvisionnement en gaz.

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L'approvisionnement en gaz de la Turquie se situe entre 45 et 50 milliards de mètres cubes par an ; il est bien diversifié. Le gaz arrive à l'ouest par le Turk Stream, qui remplacera progressivement l'itinéraire historique à travers l'Ukraine, la Roumanie et la Bulgarie, au nord par le Blue Stream à travers la mer Noire à une profondeur de 2 000 mètres, à l'est par la frontière avec l'Iran et au nord-est par la frontière avec la Géorgie pour le gaz azerbaïdjanais. En outre, deux terminaux GNL terrestres (Izmir Aliaga, Marmara Ereglesi) et deux terminaux GNL flottants (Etki et Dörtyol) ont une capacité de réception totale d'environ 25 milliards de mètres cubes, dont la moitié seulement est utilisée, ce qui laisse une grande flexibilité ; ils reçoivent du gaz naturel liquéfié (GNL) d'Algérie, du Nigeria, du Qatar et d'autres sources, en dernier lieu du gaz de schiste des États-Unis.

Quant au TANAP (Trans Anatolian Pipeline) récemment mis en service, 6 milliards de mètres cubes par an de gaz azerbaïdjanais transiteront dans une première phase vers la Grèce, ce qui représente un peu plus de 1% des besoins de l'Union européenne. C'est ce qui reste du projet "Corridor Sud", autrefois étudié sous le nom de "Nabucco", promu par l'Union européenne pour réduire l'influence russe dans l'approvisionnement en gaz.

En bref, ces découvertes de grands gisements de gaz naturel ont déterminé un conflit évident, exacerbant les problèmes géopolitiques déjà existants dans une région qui n'est certainement pas simple d'un point de vue géopolitique.

Nous pensons au fait qu'Israël est en guerre avec le Liban et que les deux pays ne s'accordent pas sur le tracé de leurs zones économiques exclusives (ZEE) respectives ; la Syrie est en ruine, le conflit israélo-palestinien se poursuit et la question d'une éventuelle ZEE pour Gaza demeure ; la Turquie occupe toujours la partie nord de Chypre, refuse à l'île le droit d'avoir une ZEE et remet en cause le traité de Lausanne qui a établi, en 1923, les frontières gréco-turques et enfin, la Libye est déstabilisée et en guerre civile, avec des interventions étrangères qui compliquent encore la stabilité de la région.

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Ces découvertes modifient considérablement le destin énergétique des Etats riverains du bassin du Levant. Israël devient une puissance exportatrice de gaz naturel, l'Égypte répond dans un premier temps à ses besoins et envisage de devenir un pôle énergétique régional, Chypre s'appuie sur ses ressources naturelles pour réaliser la réunification de l'île. De même, le Liban et la Syrie pourraient envisager d'exploiter leurs ressources respectives ; le Liban a accordé les premières licences de recherche/exploitation et la Syrie a fait de même au profit, sans surprise, des entreprises russes. Et une fois de plus, la Turquie joue un rôle décisif dans ce jeu.

Mais pour revenir à la Turquie, l'occupation de la partie nord de Chypre (depuis 1974) est l'une des composantes de la question. La nouveauté vient de la réaction de la Turquie face à la possibilité pour Chypre d'exploiter les ressources naturelles situées dans sa ZEE. Rappelons que Chypre a délimité sa ZEE avec l'Égypte et Israël, a signé un traité avec le Liban et était en pourparlers avec la Syrie (avant le conflit) sur la base de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982). L'île a ensuite accordé des accords de recherche/exploitation à diverses entreprises. La société américaine Noble Energy, le consortium italo-coréen ENI-Kogas, le français Total, seul ou en joint-venture avec ENI, et l'américain ExxonMobil allié de Qatar Petroleum ont obtenu les licences.

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La Turquie, pour sa part, affirme que Chypre, comme toutes les îles de la Méditerranée, n'a pas de ZEE. Ankara, qui ne reconnaît pas la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, a une position arbitraire sur le sujet, une position qui lui est propre : elle estime que les îles n'ont pas de ZEE dans les mers fermées ou semi-fermées. .

Malgré les menaces turques à l'encontre des compagnies pétrolières travaillant avec Chypre, de nombreux forages exploratoires ont été réalisés dans la ZEE du pays et d'importantes découvertes de gaz naturel en quantités exploitables ont été faites : Noble Energy (découverte d'un champ contenant 100 à 170 milliards de mètres cubes de gaz naturel dans le bloc 12), ExxonMobil avec Qatar Petroleum (de 170 à 230 milliards de mètres cubes dans le bloc 10) et ENI avec Total (grand champ non encore quantifié dans le bloc 6).

Face à ces constats, la Turquie est devenue encore plus agressive, envoyant des navires d'exploration et de forage dans les eaux chypriotes, accompagnés de navires de guerre. La Turquie a effectué huit sondages illégaux dans la ZEE de Chypre. Appliquer la tactique d'encerclement à Chypre en maintenant constamment la pression sur cet Etat insulaire, avec, en fin de compte, le contrôle total de l'île. Sa dernière provocation, outre l'invasion quasi constante de sa ZEE, a été l'ouverture à l'exploitation et enfin la colonisation, le 8 octobre, du quartier fermé de Famagouste, ville portuaire vidée de sa population en 1974 et laissée auparavant pour une ville fantôme.

Parallèlement à la menace qui pèse sur Chypre, une menace croissante pèse sur la Grèce. Depuis le 10 août 2020, la Turquie a déployé son navire sismique Oruç Reis, accompagné de forces militaires navales, dans l'espace maritime grec, jusqu'aux côtes de Crète, obligeant la Grèce à faire de même. La Grèce, la France, l'Italie et Chypre ont mené un exercice militaire conjoint en Méditerranée orientale du 26 au 28 août, envoyant ainsi un message clair sur la volonté de ces pays de faire respecter le droit international.

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Selon une déclaration du ministère français des forces armées, "Chypre, la Grèce, la France et l'Italie ont décidé de déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l'initiative de coopération quadripartite". La ministre française des forces armées, Florence Parly, a en outre précisé que la Méditerranée "ne doit pas être un terrain de jeu pour les ambitions de certains, c'est un bien commun".

Le président turc a précisé de sa part : "Nous ne ferons absolument aucune concession sur ce qui nous appartient. Nous invitons nos homologues à [...] se méfier de toute erreur qui pourrait ouvrir la voie à leur perte. Il a ensuite ajouté : "La Turquie prendra ce qui lui revient de droit dans la mer Noire, la mer Égée et la Méditerranée [...]. Pour cela, nous sommes déterminés à faire tout ce qui est nécessaire politiquement, économiquement et militairement". Le discours a été prononcé lors d'une cérémonie commémorant la bataille de Manzikert en 1071, qui marque l'entrée des Turcs en Anatolie, suite à la victoire du sultan seldjoukide Alp Arslan sur les Byzantins. Les marines des deux pays sont sur le point de s'affronter. Août : un navire grec entre en collision avec un navire turc.

A la situation déjà compliquée, la Turquie a ajouté un nouvel élément lié au conflit libyen. Depuis la chute du colonel Kadhafi, la Libye est entrée dans une zone d'instabilité dans laquelle de nombreux acteurs aux intérêts divergents se sont immergés. L'Egypte, soutenue par les Emirats et l'Arabie Saoudite, soutient le maréchal Haftar, qui contrôle la Cyrénaïque. La Russie est également présente dans cette région. Au contraire, la Turquie, soutenue par le Qatar, soutient le gouvernement de Sarraj, qui contrôle la région de Tripoli. Profitant de ce soutien, la Turquie a signé deux accords (le 27 novembre 2019) avec le maître de Tripoli. L'un militaire, l'autre maritime. L'accord de délimitation du plateau continental maritime entre les deux pays ignore complètement l'existence de Chypre, de la Crète et d'autres îles grecques de la mer Égée. De plus, la volonté d'Erdogan de prendre pied sur le continent africain et de changer la situation géopolitique dans cette région bouleverse de nombreux autres acteurs internationaux. La Libye est pour la Turquie, une des "entrées" de cet espace, d'où son désir d'établir des bases permanentes dans ce pays.

Cette situation géopolitique explosive montre la nécessité de développer la coopération dans cette région troublée. La coopération entre Chypre, la Grèce et Israël a rapidement pris forme. D'autres ont suivi, impliquant l'Égypte et la Jordanie, toujours avec la participation de Chypre et de la Grèce. L'Italie et la France sont également très présentes pour l'implication de l'ENI et de Total, mais aussi pour protéger cet espace vital commun qu'est la Méditerranée.

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La signature, début janvier 2020, d'un accord interétatique entre Israël, Chypre et la Grèce, pour la construction du pipeline sous-marin EastMed, est l'un des projets ambitieux de cette coopération. D'un coût d'environ 7 milliards d'euros, ce gazoduc permettrait d'acheminer le gaz chypriote et israélien vers la Grèce continentale, via la Crète, et au-delà vers l'Italie et l'Europe occidentale (entre 9 et 11 milliards de mètres cubes/an, ce qui correspond à environ 15 % de la consommation européenne de gaz naturel). Bien que ce projet soit coûteux sur le plan économique, il est de la plus haute importance sur le plan géopolitique pour la construction de l'indépendance énergétique de l'Europe. Il convient également de noter qu'en janvier 2019, les pays de la région ont créé le Forum du gaz de la Méditerranée orientale, qui vise à gérer le futur marché du gaz - une coalition qui comprend Chypre, la Grèce, Israël, l'Égypte, l'Italie, la Jordanie et la Palestine. La Turquie dénonce le fait que cela pourrait menacer ses intérêts. Toutefois, trois autres développements positifs sont intervenus au cours de l'été 2020 : La Grèce a procédé à la délimitation de sa ZEE avec l'Italie et l'Égypte et cette délimitation, basée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, reconnaît évidemment une ZEE pour les îles.

Enfin, le Conseil européen réaffirme dans ses conclusions du 2 octobre 2020 sa solidarité avec Chypre et la Grèce, en précisant que des sanctions seraient adoptées contre la Turquie si cette dernière continuait à violer les ZEE des deux pays membres de l'UE ; Ankara a immédiatement rejeté cette décision, déclarant que son programme de recherche en Méditerranée orientale se poursuivrait. D'autant plus que l'Oruç Reis est toujours dans les eaux chypriotes et que la Turquie a décidé d'ouvrir le district fermé de Famagouste à l'exploitation, certainement dans le but d'une colonisation imminente, et ce en violation de toutes les résolutions des organisations internationales. Non seulement la pression continue de la Turquie sur Chypre s'intensifie dangereusement, mais la Turquie s'engage dans une projection politique lucide de la puissance maritime.

dimanche, 06 septembre 2020

Le Pharaon contre le Sultan: une nouvelle guerre en perspective en Libye?

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Le Pharaon contre le Sultan: une nouvelle guerre en perspective en Libye?

par Alexander Markovics

Si l’on prend la peine de jeter un regard rétrospectif sur l’histoire de l’Afrique du Nord, on tirera aisément la conclusion que la Libye, depuis l‘ „intervention humanitaire“ de l’Occident en 2011, suivie de l’assassinat de Mouamar Khadafi, a connu le sort le plus tragique subi par un Etat depuis la fin de la guerre froide.

Si l’on dresse un parallèle avec la Syrie, le véritable visage des „printemps arabes“ apparaît sans détours. Ce mouvement en apparence démocratique s’est très vite révélé pour ce qu’il était: un cocktail d’intérêts tribaux, appuyé par des mercenaires occidentaux, des islamistes radicaux et des éléments criminels, chargés par l’Occident de faire le sale boulot de déstabiliser et de détruire un Etat jadis prospère mais rétif à exécuter les politiques dictées par les Etats-Unis.

La destruction d’une des puissances les plus emblématiques de l’Afrique, appuyée par l’intello français Bernard-Henri Lévy, n’a pas apporté là-bas la „démocratie“ à l’occidentale mais, au contraire, y a rétabli l’esclavage et déclenché une guerre civile qui dure depuis 2014 et provoque des migrations transméditerranéennes de masse, au détriment de l’Europe.

D’un côté, nous avons le gouvernement d’unité nationale, reconnu par les Etats-Unis et par de nombreux pays occidentaux et influencé par les frères musulmans et, d’autre part,  le Général Chalifa Haftar. Les deux camps s’affrontent pour arriver au pouvoir dans le cadre de cette guerre civile. Mais quand Haftar, après avoir éliminé les forces de l’Etat islamique en Libye, a déployé ses troupes pour entamer la bataille de Tripoli afin de mettre un terme au conflit interne, un retournement s’est subitement opéré: le Président turc Erdogan est intervenu et est parvenu à mettre en fuite les soldats du général est-libyen. Pour Erdogan, il ne s’agit pas seulement d’étendre sa propre zone d’influence mais surtout de créer à terme la „patrie bleue“, soit la portion de la Méditerranée que réclame pour elle la Turquie. Le gouvernement de Tripoli soutient dans cette optique les revendications d’Ankara.

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La contre-offensive, lancée par le gouvernement de Tripoli et les Turcs, inquiète les Egyptiens: le Président al-Sissi a bien fait comprendre, en date du 20 juillet dernier, que l’armée égyptienne entrerait en Libye, si les troupes du gouvernement d’unité nationale prenaient Syrte, ville importante pour le transit du pétrole dans l’Est du pays. Pourquoi l’Egypte s’inquiète-t-elle tant de l’avance des troupes tripolitaines? Le Président al-Sissi est arrivé au pouvoir en 2013, après avoir réussi un putsch contre Mohammed Mursi, membre des Frères musulmans. Al-Sissi se présente comme un pieux musulman mais s’inscrit toutefois dans la tradition nationaliste arabe de Nasser: il ne s’embarrassa pas de scrupules quand il s’est agi de réprimer durement les frères musulmans et les salafistes égyptiens. Depuis, l’Egypte doit faire face à un problème de terrorisme, qui frappe principalement les Coptes.

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Al-Sissi veut aussi intervenir en Libye car il veut éviter que les frères musulmans, ses ennemis, ne puissent agir en Egype en bénéficiant d’un poumon extérieur libyen. Les bruits de sabre en Afrique du Nord doivent dès lors nous préoccuper: car tant pour Erdogan, qui veut du pétrole et ressusciter certaines spleneurs de l’Empire ottoman, que pour Al-Sissi, qui entend protéger la paix intérieure en Egype, les enjeux sont très importants.

Alexander Markovics.

 

 

samedi, 11 janvier 2020

Tensions en Méditerranée : le retour de la Turquie ?...

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Tensions en Méditerranée : le retour de la Turquie ?...

par Bernard Lugan
Ex: http://euro-synergies.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Bernard Lugan, cueilli sur son blog et consacré à l'annonce de l'engagement l'armée turque en Libye. Historien et africaniste, Bernard Lugan a publié de nombreux ouvrages, dont  Histoire de l'Afrique du Nord (Rocher, 2016), Algérie - L'histoire à l'endroit (L'Afrique réelle, 2017), Atlas historique de l'Afrique (Rocher, 2018) et Les guerres du Sahel (L'Afrique réelle, 2019).

Et si son intervention militaire en Libye était d’abord pour la Turquie un moyen de pression pour obtenir la révision du Traité de Lausanne qui fixa ses frontières maritimes en 1923 ?

Trois événements de grande importance rebattent le jeu géopolitique méditerranéen :

1) Le 7 novembre 2019, afin de contrôler le tracé du gazoduc EastMed par lequel se feront les futures exportations de gaz du gigantesque gisement de la Méditerranée orientale vers l’Italie et l’UE, la Turquie a signé avec le GUN (Gouvernement d’Union nationale libyen), l’un des deux gouvernements libyens, un accord redéfinissant les zones économiques exclusives (ZEE) des deux pays. Conclu en violation du droit maritime international et aux dépens de la Grèce et de Chypre, cet accord trace aussi artificiellement qu’illégalement, une frontière maritime turco-libyenne au milieu de la Méditerranée.

2) La sauvegarde de cet accord passant par la survie militaire du GUN, le 2 janvier 2020, le Parlement turc a voté l’envoi de forces combattantes en Libye afin d’empêcher le général Haftar, chef de l’autre gouvernement libyen, de prendre Tripoli.

3) En réaction, toujours le 2 janvier, la Grèce, Chypre et Israël ont signé un accord concernant le tracé du futur gazoduc EastMed dont une partie du tracé a été placée unilatéralement en zone maritime turque par l’accord Turquie-GUN du 7 novembre 2019.

Ces évènements méritent des explications:

AVT_Bernard-Lugan_2614.jpgPourquoi la Turquie a-t-elle décidé d’intervenir en Libye ?

La Libye fut une possession ottomane de 1551 à 1912, date à laquelle, acculée militairement, la Turquie signa le Traité de Lausanne-Ouchy par lequel elle cédait la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Dodécanèse à l’Italie (voir à ce sujet mes deux livres Histoire de la Libye  et Histoire de l’Afrique du Nord des origines à nos jours).

Depuis la fin du régime Kadhafi, la Turquie mène un très active politique dans son ancienne possession en s’appuyant sur la ville de Misrata. A partir de cette dernière, elle alimente les groupes armés terroristes sahéliens afin d’exercer un chantage sur la France : « Vous aidez les Kurdes, alors nous soutenons les jihadistes que vous combattez  »…

A Tripoli, acculé militairement par les forces du général Haftar, le GUN a demandé à la Turquie d’intervenir pour le sauver. Le président Erdogan a accepté en échange de la signature de l’accord maritime du 7 novembre 2019 qui lui permet, en augmentant la superficie de sa zone de souveraineté, de couper la zone maritime économique exclusive (ZEE) de la Grèce entre la Crête et Chypre, là où doit passer le futur gazoduc EastMed.

En quoi la question du gaz de la Méditerranée orientale et celle de l’intervention militaire turque en Libye sont-elles liées ?

En Méditerranée orientale, dans les eaux territoriales de l’Egypte, de Gaza, d’Israël, du Liban, de la Syrie et de Chypre, dort un colossal gisement gazier de 50 billions de m3 pour des réserves mondiales de 200 billions de m3 estimées. Plus des réserves pétrolières estimées à 1,7 milliards de barils de pétrole.

En dehors du fait qu’elle occupe illégalement une partie de l’île de Chypre, la Turquie n’a aucun droit territorial sur ce gaz, mais l’accord qu’elle a signé avec le GUN lui permet de couper l’axe du gazoduc EastMed venu de Chypre à destination de l’Italie puisqu’il passera par des eaux devenues unilatéralement turques… Le président Erdogan a été clair à ce sujet en déclarant que tout futur pipeline ou gazoduc nécessitera un accord turc !!! Se comportant en « Etat pirate », la Turquie est désormais condamnée à s’engager militairement aux côtés du GUN car, si les forces du maréchal Haftar prenaient Tripoli, cet accord serait de fait caduc.

Comment réagissent les Etats spoliés par la décision turque ?

Face à cette agression, laquelle, en d’autres temps, aurait immanquablement débouché sur un conflit armé, le 2 janvier, la Grèce, Chypre et Israël ont signé à Athènes un accord sur le futur gazoduc EastMed, maillon important de l’approvisionnement énergétique de l’Europe. L’Italie, point d’aboutissement du gazoduc devrait se joindre à cet accord.

De son côté, le maréchal Sissi a déclaré le 17 décembre 2019 que la crise libyenne relevait de « la sécurité nationale de l’Egypte » et, le 2 janvier, il a réuni le Conseil de sécurité nationale. Pour l’Egypte, une intervention militaire turque qui donnerait la victoire au GUN sur le général Haftar représenterait en effet un danger politique mortel car les « Frères musulmans », ses implacables ennemis, seraient alors sur ses frontières. De plus, étant économiquement dans une situation désastreuse, l’Egypte, qui compte sur la mise en chantier du gazoduc à destination de l’Europe ne peut tolérer que ce projet, vital pour elle, soit remis en question par l’annexion maritime turque.

Quelle est l’attitude de la Russie ?

La Russie soutient certes le général Haftar, mais jusqu’à quel point ? Quatre grandes questions se posent en effet quant aux priorités géopolitiques russes :

1) La Russie a-t-elle intérêt à se brouiller avec la Turquie en s’opposant à son intervention en Libye au moment où Ankara s’éloigne encore un peu plus de l’OTAN ?

2) A-t-elle intérêt à voir la mise en service du gazoduc EastMed qui va fortement concurrencer ses propres ventes de gaz à l’Europe ?

3) Son intérêt n’est-il pas que la revendication turque gèle la réalisation de ce gazoduc, et cela, pour des années, voire des décennies, compte tenu des délais impartis aux cours internationales de justice ?

4) A-t-elle intérêt à affaiblir le partenariat qu’elle a établi avec la Turquie à travers le gazoduc Turkstream qui, via la mer Noire, contourne l’Ukraine et qui va prochainement être mis en service. ? D’autant plus que 60% des besoins en gaz de la Turquie étant fournis par le gaz russe, si Ankara pouvait, d’une manière ou d’une autre profiter de celui de la Méditerranée orientale, cela lui permettrait d’être moins dépendante de la Russie…ce qui ne ferait guère les affaires de cette dernière…

Et si, finalement, tout n’était que gesticulation  de la part du président Erdogan afin d’imposer une renégociation du Traité de Lausanne de 1923 ?

La Turquie sait très bien que l’accord maritime passé avec le GUN est illégal au point de vue du droit maritime international car il viole la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) que la Turquie n’a pas signée. Cet accord est également illégal au regard des Accords de Skrirat du mois de décembre 2015 signés sous les auspices des Nations Unies et qui constituèrent le GUN car ils ne donnent pas mandat à son chef, Fayez el-Sarraj, de conclure un tel arrangement frontalier. De plus, n’ayant que le Qatar pour allié, la Turquie se trouve totalement isolée diplomatiquement.

Conscient de ces réalités, et misant à la fois sur l’habituelle lâcheté des Européens et sur l’inconsistance de l’OTAN effectivement en état de « mort cérébrale », le président Erdogan est soit un inconscient jouant avec des bâtons de dynamite soit, tout au contraire, un calculateur habile avançant ses pions sur le fil du rasoir.

Si la seconde hypothèse était la bonne, le but de la Turquie serait donc de faire monter la pression afin de faire comprendre aux pays qui attendent avec impatience les retombées économiques de la mise en service du futur gazoduc EastMed, qu’elle peut bloquer le projet. A moins que l’espace maritime turc soit étendu afin de lui permettre d’être partie prenante à l’exploitation des richesses du sous-sol maritime de la Méditerranée orientale. Or, pour cela, il conviendrait de réviser certains articles du Traité de Lausanne de 1923, politique qui a déjà connu un début de réalisation en 1974 avec l’occupation militaire, elle aussi illégale, mais effective, de la partie nord de l’île de Chypre.

Le pari est risqué car la Grèce, membre de l’OTAN et de l’UE et Chypre, membre de l’UE, ne semblent pas disposées à céder au chantage turc. Quant à l’UE, en dépit de sa congénitale indécision, il est douteux qu’elle acceptera de laisser à la Turquie le contrôle de deux des principaux robinets de son approvisionnement en gaz, à savoir l’EastMed et le Turkstream.

Bernard Lugan (Blog de Bernard Lugan, 5 janvier 2020)

samedi, 10 novembre 2018

La guerre des Six Jours : un tournant militaire, politique et sémantique

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La guerre des Six Jours : un tournant militaire, politique et sémantique

Article publié le 5 juin 2017, à l’occasion des cinquante ans du conflit, sur le site Philitt.

C’était il y a cinquante ans. Le lundi 5 juin 1967, Israël lançait une gigantesque offensive militaire contre trois armées arabes : l’Égypte de Nasser, la Syrie du parti Baath (dirigée alors par Noureddine al-Atassi) et la Jordanie du roi hachémite Hussein. Ce troisième conflit israélo-arabe, court et intense, constitue un tournant certain pour le monde arabe et, à certains égards, dans les relations internationales.

Après la Nakba (le désastre) de 1948, soit l’exode de plus de 700 000 Palestiniens après la première guerre, et la campagne de Suez en 1956 contre l’Égypte de Nasser, menée par la France, le Royaume-Uni et Israël, la guerre des Six Jours est le troisième conflit israélo-arabe en moins de vingt ans. Et il y en aura bien d’autres. Chacun de ces conflits peut être considéré comme un tournant : celui de 1948  installe Israël dans la région et provoque des départs palestiniens massifs (notamment dans les pays arabes voisins) et celui de 1956 fait du zaïm égyptien Nasser une figure tutélaire du nationalisme arabe, un véritable héros. La guerre de 1967, notamment à cause de l’occupation et de l’annexion de territoires arabes qui s’ensuivent, contribue à plonger le monde arabe dans des impasses politiques et intellectuelles.

Inutile de revenir sur les détails militaires du conflit. Si l’enchaînement des événements est connu et admis, leur interprétation est loin de faire l’unanimité. Le conflit a commencé par une attaque de l’aviation israélienne, tandis que les aviations arabes étaient encore au sol. Les Mirage III français achetés par Israël ont pu ainsi prouver leur efficacité. Le casus belli fut le blocus du détroit de Tiran imposé par l’Égypte aux navires israéliens dès le 23 mai, action qui s’ajoute au départ des troupes onusiennes exigé par Nasser. Seulement, il est difficile de considérer honnêtement qu’il s’agissait d’une réponse israélienne à des velléités belliqueuses de la part de l’Egypte : la guerre des Six Jours s’apparente davantage à une agression israélienne préméditée, dont les motivations dépassent largement les actes et les discours du mois précédant le conflit.

Cette guerre est souvent décrite comme la première guerre de l’eau. De ce point de vue, c’est davantage le front syrien que le front égyptien qu’il convient d’observer. Dans ses mémoires, l’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon (qui commandait une division au moment des faits) le reconnaît volontiers : deux ans et demi avant le début du conflit, Israël avait déjà prévu d’intervenir en réponse au projet syrien de détournement des eaux du Jourdain dans le Golan. Ce détournement faisait lui-même suite à la construction d’un canal israélien destiné à détourner ces eaux depuis le lac Tibériade. L’occupation du Golan à l’issue du conflit apparaît ainsi comme un but de guerre et non comme un butin accidentel.

La guerre des Six Jours constitue une rupture militaire, politique et sémantique à trois niveaux. A l’échelle mondiale, notamment dans le cadre de la guerre froide et de la politique étrangère de la France dans la région ; à l’échelle du monde arabe, y compris d’un point de vue idéologique ; enfin, à l’échelle de la question palestinienne.

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Un tournant politique et militaire

En 1967, les relations américano-soviétiques se caractérisent par une relative « détente » et les États-Unis du président Lyndon Johnson commencent à afficher une véritable proximité avec Israël, certes encore éloignée du soutien inconditionnel que nous connaîtrons plus tard, mais contrastant avec les pressions américano-soviétiques contre l’expédition de Suez en 1956. La position américaine est alors délicate : le soutien apporté à Israël est atténué par la crainte d’une déstabilisation du régime jordanien et d’une défaite arabe telle qu’elle rendrait l’intervention militaire des Soviétiques possible. Pour ce qui est de ces derniers, leur véritable rôle n’est pas tout à fait clair. Ont-ils encouragé les armées arabes à provoquer un conflit et à se préparer à celui-ci ? Ou ont-ils plutôt voulu l’éviter ? Des archives polonaises portant sur la session plénière du Comité central du Parti communiste du 20 juin 1967 semblent révéler que Léonid Brejnev n’avait aucune intention de déclencher ce conflit et que son influence sur les armées arabes (syrienne et égyptienne) était limitée.

Ces mêmes archives révèlent que Moscou avait prévenu Nasser des intentions israéliennes d’attaquer la Syrie dès avril-mai 1967 afin qu’il mobilise ses troupes pour aider ses alliés syriens, pensant qu’Israël ne pouvait tenir sur deux fronts[1]. Une erreur de calcul manifeste. Notons que l’historiographie soviétique associe, de son côté, cette défaite arabe au manque de préparation des militaires arabes, à une manipulation américaine des moyens de liaison ou à des manipulations internes à l’appareil militaire égyptien : des généraux égyptiens formés en « Occident » auraient voulu faire échouer Nasser afin de susciter un rapprochement avec les États-Unis. L’ironie voudra que ce rapprochement (et incidemment l’éloignement égypto-soviétique) se fasse après le relatif succès du conflit suivant en 1973 (toujours avec des armes soviétiques).

En France, cette guerre révèle une autre rupture vis-à-vis d’Israël. La France, sous le général de Gaulle, n’est plus ce fidèle allié qu’elle a été depuis 1945 (y compris pour les groupes armés précédant l’État, décrits comme terroristes par les forces britanniques). Avec l’indépendance de l’Algérie en 1962 et la volonté de mener une politique étrangère indépendante et équilibrée, il n’est plus question de poursuivre le soutien inconditionnel offert par la IVe  République. Dès 1958, le général de Gaulle remet en cause la coopération nucléaire entre les deux pays. En novembre 1967, dans une conférence de presse restée célèbre (pour de mauvaises raisons), il fait du conflit un diagnostic implacable et sans concession : « […] A la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir […] C’est pourquoi, d’ailleurs, la Ve République s’était dégagée vis-à-vis d’Israël des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noués avec cet État […] Hélas, le drame est venu. Il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie et aussi des menaces de destruction prodiguées contre Israël […] Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier l’action des armes […] On sait que la voix de la France n’a pas été entendue. Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combats des objectifs qu’il voulait atteindre, maintenant, il organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression et expulsions. Et il s’y manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme […] » Ces mots forts, prononcés par un homme qui en connaît la teneur mieux que quiconque, révèlent une lucidité et une clairvoyance aussi inaudibles en 1967 qu’elles peuvent encore l’être aujourd’hui. Un discours singulier, bien différent des douces mélodies pro-israéliennes de Serge Gainsbourg (Le sable et le soldat) et d’Adamo (Inch’Allah).

images.jpgDans le monde arabe, à la défaite militaire s’ajoute la défaite symbolique. Il y a bien évidemment l’humiliation de l’occupation : le Sinaï égyptien (qui sera récupéré par le président Sadate), le Golan syrien (annexé en 1981), les fermes libanaises de Chebaa et les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie (dont Jérusalem-Est), administrés auparavant par l’Égypte et la Jordanie. Il y a aussi la spoliation du peuple palestinien, qui se retrouve occupé et malmené pendant des décennies par une puissance étrangère. Mais il y a aussi l’échec du nationalisme arabe qui en annoncera bien d’autres. Cet échec de trois grandes armées arabes encouragera le réveil de la résistance palestinienne. Dans les années 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) jouera un rôle analogue à celui de Nasser, décédé en 1970. En Jordanie comme au Liban, Yasser Arafat apparaîtra comme une figure tutélaire à son tour, stimulé par quelques succès militaires dont les grandes armées arabes ont été incapables. On retrouvera ce phénomène avec le Hezbollah libanais. Un peu plus de dix ans après cette guerre, à la cause arabe contre Israël se substituera une cause nouvelle, nourrie par la montée du wahhabisme à la faveur des pétrodollars, celle de la guerre d’Afghanistan (1979). Tandis que l’Égypte vient de signer un traité de paix avec Israël (ce que la Jordanie fera en 1994), des milliers de combattants venus du monde arabe se retrouveront ainsi plongés dans un conflit lointain au nom d’une appartenance religieuse, encouragés par les Américains et contre l’ennemi « impie » tout désigné : l’Union soviétique.

Un tournant sémantique

La guerre des mots se joue d’abord aux Nations unies. Quelle résolution adopter au Conseil de sécurité des Nations unies ? Moscou, qui condamne « l’agression israélienne », souhaite un « retrait de tous les territoires occupés ». La France du général de Gaulle va dans le même sens en se montrant plus modérée : il faut condamner Israël pour avoir déclenché les hostilités, lui demander d’évacuer les territoires occupés et demander aux États arabes de reconnaître à Israël le droit d’exister. Sur la question de l’occupation, Moscou et Paris se heurtent à Washington. Les Américains rejettent la formulation toute simple « retrait des territoires occupés ». Les Britanniques réussissent alors à imposer une version consensuelle : « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ». La résolution 242 est adoptée par le Conseil de sécurité le 22 novembre 1967, quelques jours avant la fameuse conférence de presse du général de Gaulle. Une résolution jamais appliquée qui fera couler beaucoup d’encre. Entre autres raisons, parce que la version anglaise est moins précise que la version française. La version anglaise évoque un retrait « from territories occupied in the recent conflict » (l’absence d’article permettant de traduire par « de certains territoires »), tandis que la version française, plus précise, évoque le retrait « des territoires occupés » (donc de la totalité d’entre eux).

Un texte peut-il décemment exiger le retrait de certains territoires tout en laissant l’occupant décider desquels ? Ce flou voulu par Israël et installé par les grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, sera sans cesse alimenté. C’est ce même flou qui avait caractérisé le début du conflit, lorsque l’agression était présentée comme une guerre défensive. En France, une bonne partie de l’intelligentsia de l’époque veut croire à l’histoire de David contre Goliath – David n’étant pourtant pas connu pour ses « attaques préventives ». Car c’est de cela qu’il s’agit : une agression présentée comme une « attaque préventive », qui conduira à l’occupation, annonçant elle-même l’annexion et la colonisation. Les territoires occupés seront, quant à eux, des territoires « disputés », pour reprendre le discours officiel israélien. Les exemples ne manquent pas de ces audaces sémantiques annoncées par la guerre de 1967 : le nom biblique de Judée-Samarie plutôt que la profane Cisjordanie, la formule générique d’ « Arabes de Palestine » plutôt que l’admission de l’existence d’un « peuple palestinien », etc.

L’agression israélienne de 1967 était la première étape d’une stratégie bien préparée. D’abord, s’étendre et contrôler les ressources hydrauliques. Puis, faire la paix avec les États arabes voisins affaiblis séparément. Notons que si cela a fonctionné avec l’Égypte et la Jordanie, les tentatives avec la Syrie et le Liban ont échoué. Enfin, isoler les Palestiniens et noyer leur cause. De perversion sémantique en perversion juridique, jamais la situation n’aura été aussi déséquilibrée… et jamais les discours n’auront autant feint l’équilibre. Le langage de vérité du général de Gaulle en 1967 apparaîtrait aujourd’hui comme une intolérable provocation. Telle est pourtant la nécessité qu’impose la compréhension des faits : se réapproprier les mots justes.

Adlene Mohammedi

Note : 

[1] Uri Bar-Noi, “The Soviet Union And The Six-Day War: Revelations From The Polish Archives”, Cold War International History Project, Wilson Center, 7 juillet 2011. URL : https://www.wilsoncenter.org/publication/the-soviet-union....

dimanche, 22 avril 2018

Geopolitics of water

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Geopolitics of water

 
https://www.geopolitica.ru
 
At the center of the earthly paradise is the Tree of Life. From its roots are born four rivers whose branches, according to St. John Damascene, are to be identified respectively with the rivers Nile (Gihon), Tigris (Hiddekel), Euphrates (Prath) and Ganges (Pison). No coincidence that the four lines along which some of the most important civilizations of antiquity evolved. The water of these rivers has a sacred value that exceeds the function of source and sustenance of life of which they are carriers. From the floods of the Nile, to which a divine character was attributed, depended on the prosperity or otherwise of the ancient Egyptian dynasties. And on an island of Lake Tana, at the source of the Blue Nile, it is said that it was kept, before its transfer to Axum (ancient spiritual center long disputed between Fascist Italy and Britain in the previous century), the Ark of the Covenant, given, according to the Ethiopian national poem The glory of Kings, from King Salomon to Menelik I, the son he had with the Queen of Sheba. And again in 2009, the then patriarch of the Ethiopian Orthodox Church of Coptic Rite, Abuna Paulos, said: Ethiopia is the throne of the Ark of the Covenant.
 
For those familiar with sacred geography, it will not be surprising to see the presence of profound archetypal reminiscences of the aforementioned subject in today's geopolitical dispute around the waters of the Nile. This river, which has a course of over 6000 km, with its tributaries, is a vital and cultural resource for at least 160 million people divided over ten different nations. International jurisprudence regarding the use of this resource is surprisingly limited. In 1929 a Treaty about the waters of the Nile was signed between the Kingdom of Egypt (formally independent) and Great Britain which recognized the country of the Pharaohs the exclusive right to exploit the resource with a small share to be allocated to Sudan. The 1959 Treaty between Egypt and Sudan touched this quota in favor of Khartoum (75% of the water to Egypt and 25% to Sudan) but continued to exclude the eight upstream countries from which the water comes. Nearly 85% of the Nile's waters come from Ethiopia.

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Precisely Ethiopia was the main architect of the Cooperation Framework Agreement of 2010: an agreement made by the Nile Basin Initiative which, without the consent of Egypt and Sudan, has called into question the 1959 Treaty and the volume of water intended for Egypt. The renewed regional ambitions of Ethiopia do not derive exclusively from its proud nationalism or its imperial heritage. These are also born from the observation that the ever increasing rates of economic and demographic growth (the country, with a rate of 8.7%, ranked second in the world as economic growth in 2015) will require an ever-increasing need for water and energy at low cost to support industrial and agricultural development.

The Grand Ethiopian Renaissance Dam

Already in the thirteenth and in the fourteenth century the Ethiopian emperors threatened to intervene to block the course of the Nile. Today, this perspective, long been feared by an Egypt that for centuries has considered the river as an exclusive and intractable property (just think that Mubarak during the entire course of his long presidency has never visited a country in sub-Saharan Africa ), is becoming a reality with the project of the Grand Ethiopian Renaissance Dam: a project capable of annihilating the famous Aswan dam of Nasserian memory in importance and scope and which is leading the region to the brink of the umpteenth armed conflict inherent the rights of exploitation of natural resources. The dam, whose construction site was inaugurated in 2013 (during the Morsi presidency in Egypt) and whose construction is protected by a no-fly zone over the surrounding area, was founded on the basis of a substantial Chinese funding associated with the Italian project by Salini-Impregilo. 1.8 km long and 155 m high, the dam will be the largest structure of its kind in Africa and will support what will be the largest power plant on the continent with a capacity of 6000 megawatts.

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The project, despite the Ethiopian assurances, has naturally upset the Egyptian plans that continue, threatening also the military intervention, to consider inalienable their right to 55.5 billion cubic meters of water on the 88.8 that the river produces every year. For al-Sisi, water is a matter of national security. And Egypt, as he said, is able to protect his national security. A statement that sounds at least paradoxical if one considers that the Arab state, despite the proclamations and the grandiose projects of economic development (doubling of the Suez Canal and exploitation of the Zohr gas field), continues to remain a sort of Saudi economic protectorate: it’s enought think of the transfer of sovereignty to the Saudis, obviously approved by Israel, of the islands of Tiran and Sanafir located at the entrance to the Gulf of Aqaba.
 
The arrogance with which Egypt seeks to prevent a real emancipation or the development of neighboring countries reminds us the Zionist geostrategy all directed to the exclusive possession of natural resources and the maintenance of neighbors in an eternal state of necessity and under the constant threat of retaliation. Consider the fact that recently, in defiance of any rule of international law and in total antithesis with what is the classic deterrence (threat to a potential enemy not to harm you on "your" territory), Israel has managed to threaten the Lebanon of attack in case it builds military infrastructures on its territory or if it exploits the resources of its territorial waters. In fact, even before it was born, the Zionist geopolitical strategy was based on the possession and control of the water resources of the region. It is not simply by religious feeling that the living space for the Jewish state designed by Theodor Herzl recalled the biblical verse:
 
from the river of Egypt (the Nile) to the great river (the Euphrates)
 
The exclusive possession of water is the foundation of Israel's very existence. On it the Zionist entity was able to found the myth, however wholly questionable, of the desert transformed into a garden.
 

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Thus, in the instant after the creation of the state, the first objective was the deviation of the river Jordan. Today, Jordan can only take 30% of this river's waters. And then, with the wars of aggression of 1967 and 1982 (Operation Peace in Galilee in southern Lebanon), Israel managed to seize all the major water resources of historic Palestine, including a good part of the Yarmouk River on Syrian heights of the Golan and part of the Litani River in southern Lebanon. At the same time, Zionist settlers from the West Bank, despite repeated UN convictions and failing to comply with the same conventions Israel is signatory to (above all the IV Geneva Convention of 1949 prohibiting the destruction of property in the occupied territories or the transfer of these to the occupying authorities), exploit water resources and prevent access to the Palestinians. Not to mention that the Israeli national water companies, Mekorot and Tahal, continue to extract water from the Palestinian wells and then resell it at increased price to the Palestinians, while the bills of the Zionist settlers remain at the expense of the World Zionist Organization.
 
Now, returning to the Nile game, it is important to underline that Sudan, so unpopular with the West, is playing a decisive role in it. After its exit from the coalition that attacks Yemen since 2015 and after renewing the diplomatic and commercial ties with Turkey (Egypt's sworn enemy), through the sale of the former Ottoman port of Suakim (an island close to Port Sudan and port with an ancient reputation as a crossroads between Asia and Africa), Sudan began to be represented in the Egyptian media as a nation that is conspiring against Egypt under the shadow of Turkey and, not to mention, of the Iran. In fact, the Sudan of Omar al-Bashir, thanks to the secession of the South imposed by the invading hand of the International Community, despite the parties in conflict had reached a historic agreement in Nairobi shortly before, has lost 50% of its oil resources and was forced to implement programs of profound economic diversification that, once again, affected the problem of exploitation of the waters of the Nile. And this time he could not help but align himself with the Ethiopian claims and firmly oppose the project of division into five parts of the country desired by the United States whose realization would be entrusted, according to al-Bashir, to Eritrea: a nation that has supported not a few terrorist groups in the region and in which Egypt and United Arab Emirates have deployed their troops.

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The situation is deeply unstable and the recent meeting between al-Bashir and al-Sisi does not seem to have mitigated the tension despite the promise of new future meetings. Undoubtedly,  United States can not allow nations like Ethiopia and Sudan to become new pivots of multipolar order. The request to Russia to protect against North American aggression, accompanied by the offer of a military base on the Red Sea and a preferential channel for trade relations, sounds like a further threat to the thalassocratic control over the Eurasian rimland after the weary and unpopular role that the US is playing in the unsuccessful aggression of their Wahhabi allies in Yemen.
 
A country rich in natural resources, Sudan is a crucial junction between North Africa and sub-Saharan Africa. Two arrest warrants of the International Criminal Court are already hanging on the head of its president, unpopular to the West for its unprecedented union between nationalism and Islam. An institution to which 120 countries in the world belong but from which, not accidentally, USA and Israel look good from adhering to: two nations, war criminals in effect, who are in the front row in demanding the capture of al -Bashir. China, in spite of Western sanctions, has sensed the enormous potential of the country and has started the project for the construction of a railway that connects Port Sudan to the capital of Chad, N'Dajamena: a sort of African silk road that in the future could connect the west coast of the continent with the east coast.
 
The repositioning of Ethiopia in a perspective of opposition to the North American hegemonic design (already during the previous US administration prominent exponents of the Church had indicated in Barack Obama the incarnation of the Black Antichrist, sign of the times in the Ethiopian Coptic tradition) and the Sudan's approach to Russia and China are news in the geopolitical dynamics within the macro-region that includes the western shore of the Arabian peninsula, the Red Sea with the basic passages of Suez and Bab el-Mandeb and the northeastern band of Africa . In this context, the match of the Nile can mark a further turning towards the establishment of a real multipolar order.
 
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Original article by Daniele Perra:
 
Translation by Costantino Ceoldo – Pravda freelance
 

samedi, 03 mars 2018

Les Etats-Unis bloquent la vente de Rafales à l’Egypte

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Les Etats-Unis bloquent la vente de Rafales à l’Egypte

 
Auteur : Avic 
Ex: http://zejournal.mobi 
 
On se souvient des deux Mistral construits par la France pour la Russie et de la pression énorme que les Etats-Unis avaient exercée sur François Hollande pour annuler leur livraison. Cette annulation avait eu de lourdes conséquences sur les autres grands contrats français, notamment celui de la vente des avions Rafales à l’Inde, et la réputation de la France (ce qu’il en restait) avait été réduite en lambeaux. Il n’y a plus guère que les pays du Golfe qui osent nous acheter des avions, et encore, avec la permission des Etats-Unis.

Grâce à la norme ITAR (International Traffic in Arms Regulation), qui leur permet de contrôler une bonne partie de la vente d’armes dans le monde, les Américains viennent de bloquer une autre vente de Rafales à l’Egypte. Le mécanisme pour cela est simple : il suffit que le produit contienne un seul composant fabriqué aux Etats-Unis pour qu’ils aient le droit de mettre leur véto à la transaction. Et malheureusement pour le fleuron de l’industrie aéronautique française, l’Egypte compte équiper les Rafales en question avec des missiles Scalp fabriqués en France, mais contenant des composants américains.

Espérons qu’après ce énième coup de Jarnac, la France et les autres pays européens auront compris la nécessité d’une indépendance totale vis-à-vis des Etats-Unis, qui se comporte comme un voyou quand ses intérêts sont en jeu. Ce n’est en tout cas pas ce que l’on peut appeler un allié, encore moins un ami.

mercredi, 29 mars 2017

Egypte: liquidation de la révolution de 2011?

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Bob Woodward

Ex: http://www.decryptnewsonline.com 

Avec la libération de l'ex-président égyptien Hosni Moubarak vendredi, et alors que plusieurs figures du Printemps arabe se trouvent encore en prison, c'est la révolution de 2011 qui vient d'être liquidée symboliquement dans l'Égypte de Sissi. C'est son avocat Farid al-Deeb qui a annoncé vendredi le départ d'Hosni Moubarak de l'hôpital militaire du Caire dans lequel il a passé l'essentiel de ses six années de détention. La libération d'Hosni Moubarak qui avait régné sans partage sur le pays pendant 30 ans vient briser définitivement les aspirations nées d'une révolution qui avait porté l'espoir d'un régime plus démocratique. Outre Moubarak, son ex-ministre de l’Intérieur, Habib al-Adly, qui symbolise la torture et les abus du régime, a aussi été acquitté pour les meurtres de manifestants pendant la révolte. En revanche, Alaa Abdel Fattah et Ahmed Douma, deux des plus importants meneurs de la révolution, sont toujours en prison.

Depuis que l’actuel président Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l’armée, a destitué son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi en 2013, il dirige à son tour le pays d’une main de fer, éliminant toute forme d’opposition. Six ans après la révolution, les détracteurs de Mohamed Sissi l’accusent d’avoir refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de janvier-février 2011.

Outre Hosni Moubarak, son ex-ministre de l'Intérieur, Habib al-Adly, qui symbolise la torture et les abus du régime, a aussi été acquitté pour les meurtres de manifestants pendant la révolte. En revanche, Alaa Abdel Fattah et Ahmed Douma, deux des plus importants meneurs de la révolution, sont toujours en prison. Depuis que l'actuel président Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l'armée, a destitué son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi en 2013, il dirige à son tour le pays d'une main de fer, éliminant toute forme d'opposition. Six ans après la révolution, les détracteurs d'Abdel Fattah al-Sissi l'accusent d'avoir refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de janvier-février 2011. Pour sa part, Hosni Moubarak a été jugé dans deux grandes affaires depuis son départ du pouvoir. Il a notamment été accusé d'avoir incité au meurtre de manifestants pendant la révolte, au cours de laquelle quelque 850 personnes ont été tuées lors d'affrontements avec la police. Condamné à la prison à vie en 2012, il a été blanchi en 2014. Et le 2 mars dernier, la Cour de cassation a confirmé cet acquittement.

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Pour Adel Ramadan, avocat pour l'organisation de défense des droits de l'homme Egyptian Initiative for Personal Rights, Hosni Moubarak a bénéficié d'un traitement spécial lors de son procès. « Il y a une différence entre la façon humaine dont M. Moubarak et les symboles de son régime ont été traités et celle dont ont été traités les militants de janvier 2011 », a-t-il dit à l'Agence France-Presse. Si des militants ont été remis en liberté, certains sont astreints à un contrôle judiciaire strict. Ahmed Maher, fondateur et porte-parole du Mouvement du 6 avril, un groupe très actif en 2011, a été libéré en janvier. Pendant trois ans, il devra se rendre chaque soir au commissariat de son quartier et y passer la nuit.

Toutefois, jeudi, la justice a ordonné la réouverture d'une enquête pour corruption contre l'ex-président, liée à des cadeaux pour lui et sa famille de la part du quotidien gouvernemental Al-Ahram, d'une valeur d'environ un million de dollars. Et la semaine dernière, les autorités ont gracié 203 détenus dans des procédures liées à l'interdiction de manifester. Mais aucun militant réputé n'est sorti de prison. Après la destitution de Mohamed Morsi, l'opposition islamiste a aussi été laminée. En août 2013, l'assaut est donné au Caire contre des milliers de pro-Morsi. Environ 700 d'entre eux sont tués.

Aujourd'hui, l'Égypte du président Sissi est confrontée aux mêmes inégalités, qui ont mené à la révolution de 2011. Le pays connaît de nouveau un régime autoritaire, et traverse une grave crise économique. En novembre dernier, le gouvernement a décidé de laisser flotter sa devise pour obtenir un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international. Résultat : l'inflation a explosé et la situation économique est devenue la préoccupation majeure des Égyptiens. « Les conditions qui ont mené à la révolution de janvier sont toujours présentes, bien que j'exclurais qu'une autre révolution puisse avoir lieu », explique Mostafa Kamel el-Sayed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme accusent les autorités d'orchestrer disparitions forcées, arrestations arbitraires et autres détentions illégales. En septembre, la justice a gelé les avoirs d'organisations de défense des droits de l'homme soupçonnées de perception illégale de fonds étrangers.


La première et la principale leçon est que la croisée entre démocratie occidentale et démocratie islamique a commencé. Personne n’a la solution pacifique parce que de chaque côté l’on se croit dans la justesse et dans la suprématie de sa cause.

Aucun pays occidental n’avait vu la montée fulgurante de l’EI après l’élimination de Ben Laden. Quand Ben Ali a trinqué en premier, parce que la Tunisie était devenue un pays touristique de prédilection, peu d’analystes occidentaux avaient fait le rapprochement avec Bali, en Indonésie. Le tourisme est, par essence et par excellence, un vecteur d’échanges de cultures. Les Islamistes en sont allergiques à mourir ? Boko Haram ne le cache à personne.

Le verrou qui empêchait les islamistes de s’épanouir vers le sud du Sahara était Kadhafi et la Libye. Créer une insurrection occasionnerait une répression sanglante de Kadhafi qui mécontenterait les Occidentaux. Les rebelles de Misrata ont fait le jeu et la France de Nicolas Sarkozy y a été entraînée sur avis d’un « philosophe » qui se prenait dur comme pierre pour un philanthrope. Et comme le leadership international manquait à l’époque, Obama et Cameroon ont suivi.

L’impardonnable a été que la résolution 1973 (zone d’exclusion de vol » a été utilisée pour bombarder et pas pour réduire Kadhafi mais pour éliminer le verrou contre les islamistes.

Les « Frères musulmans » d’Egypte furent aussi matés dans le sang par Moubarak, les occidentaux  ont crié au scandale pour lui retenir la main. Il sera renversé par une marée humaine. Mais les réformes étaient contraires à la vision de la démocratie occidentale, la démocratie islamique fut renversée.

Après 6 ans, Moubarak, qui avait été condamné à la peine de mort par les Frères musulmans pour le grand massacre de la place Tahrir vient d’être libéré, Ben Ali n’a pas bénéficier des mêmes considérations.

En Syrie, les choses ont été autres. N’eût été le refus des Russes et Chinois, Bachar Al-Assad aurait été renversé et toute la sous-région se trouverait actuellement sous commandement de l’EI.

La libération de Hosni Moubarak signifie que ce que l’on a qualifié de «Printemps arabe» n‘était autre chose qu’une flambée islamiste que les pays cherchent à tous prix à juguler. Mais le ver est déjà dans le fruit et la condition sociale et juridique favorable à son expansion est, ironie de l’histoire, la démocratie, elle-même. Aucun pays n’est épargné. 

En Afrique subsaharienne, il faut craindre que des petits machiavels jouent avec le feu et s’en servent pour garder ou pour prendre le pouvoir…

vendredi, 13 janvier 2017

Sayyid Qutb: terrorism and the origins of militant Islam

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Sayyid Qutb: terrorism and the origins of militant Islam

Sayyid Qutb (1906-1966) is widely accepted, not only as one of "the spiritual leaders of radical Islamism",(1) but as "the architect of worldwide jihad".(2) Qutb´s influence has been profound. His thinking has provided the motivation and legitimizing ideology behind 9/11 and other recent terrorist attacks on the west. François Burgat, in his book Face to Face with Political Islam (2003) reminds us how Qutb´s "single shadow covers every wing [as well as the Jam´iyyat al-Ikhwan al-Mulimin, the Muslin Brotherhood] of the Islamic movement".(3) Lawrence Wright, in The Looming Tower (2006) suggested that Al-Qaeda would not have come into existence without the influence of Sayyid Qutb.(4) With these points in mind it would be fair to say that a full understanding of Qutb and his ideology is necessary if we are ever to overcome the threat of militant Islam.

Who was Sayyid Qutb?

Sayyid Qutb (1906-66), was born in Egypt in 1906. He first become prominent as a poet and literary critic. However, with growing criticism of the Islamic world and the alleged immorality of the west, Qutb early developed militant views. By the late nineteen-twenties Qutb had become an active member of the Wafdist nationalist party which called for complete independence from Britain, even legitimizing the use of force to achieve this goal.

In 1933, having gained a degree in Arabic language and literature, Qutb worked as a school teacher teaching Arabic. From 1940 Qutb worked in the ministry of education first as supervisor of education, then as an inspector, and later in 1945 becoming the directorate general of Culture.

In 1948-1950 Qutb spent time in America, mainly at Greeley, Colorado State Teachers College, now the University of Northern Colorado where he studied for a Masters degree in Education. Qutb condemned the USA as immoral and materialistic. Being coloured himself he was understandably annoyed at the racism he experienced. As an Arab, he was also angered with American support for the newly formed state of Israel in 1948.(5) While in America Qutb criticized dances held at Church halls where "the atmosphere was full of desire" and the dance floor "replete with enticing legs, arms wrapped around waists, lips pressed to lips, and chests pressed to chests". He was offended by the features of the "American girl", the "round breasts, the full buttocks, shapely thighs, sleek legs". In America Qutb observed what he called jumu´ rakidah (harried crowds of people) and qati´ ha´ij (excited herds) characterized by da´arah (immorality) and mujun (shamelessness). In Qutb´s opinion such people were "drowning in dirt and mud".(6) According to the popular media myth Qutb was something of a freak, sexually repressed and over-sensitive. This is a caricature of the man and his thought. The views expressed by Qutb in this instance reflect the views of any "moderate" orthodox Muslim man, or woman, trying to live according to the dictates of Shariah Law.

shadeofquran2.jpgLawrence Wright presents the idea that Qutb underwent a spiritual crisis whilst in America, tempted to succumb to the temptations of the American way of life. Such a view is, with respect, pure unfounded speculation which sells books but does little to present the truth. The fact remains that, pace Lawrence and others, Qutb was an ardent dedicated Muslim long before he went to America. His American experience confirmed, rather than gave rise to, his anti-Western views.

Following his return from the United States to Egypt in 1950 Qutb joined the Jam´iyyat al-Ikhwan al-Mulimin {Muslim Brotherhood] becoming a leading spokesman. From 1954, due to his criticisms of the Nasser regime, he spent large parts of the rest of his life in prison, except for aBRIEF period in 1964-5. During these periods of incarceration he was allowed to write producing his classical work Milestones and other polemic works extolling Islam and condemning the western world. Accused of being involved in a failed assassination attempt on President Nasser, Qutb was arrested again in 1965 and executed in the following year.(7)

Qutb´s literary works:

Qutb´ is best known for his work on what he believed to be the social and political role of Islam, particularly in his books Social Justice and Ma'alim fi-l-Tariq (Milestones). Qutb´s Ma'alim fi'l-tareeq, translated as 'Sign-posts on the Road', or Milestones (1964), influenced a generation of activists, particularly in Egypt. Musallam (2005) is justified in claiming that Milestones, after being translated into many different languages" became "a basic reference for radical vanguard jihadist Islamic groups in the Arab and Muslim worlds in the last forty years".(8) His extensive Quranic commentary Fi Zilal al-Qur'an (In the shade of the Qur'an) has contributed significantly to modern perceptions of Islamic concepts such as jihad, jahiliyyah, and ummah. The religion of Islam, 1962; Islam the religion of the future, 1965; and Characteristics of the Islamic Conception, 1962.

What did Qutb teach?

Qutb´s doctrine of jihad is firmly based on an all pervading critique of western culture. Western society, according to Qutb, was paralyzed by al-fisam al-nakid, "the hideous schizophrenia", the separation of religion from the rest of life. Qutb criticized what he called "the rubbish heap of the West".(9) For Qutb American society, if not western society generally, was characterized by jahiliyyah, "the ignorant ways of thinking which prevail in our world".(10) He defined jahiliyyah as "a psychological state which rejects the guidance of God".(11) "Humanity is today", declared Qutb, "living in a large brothel!". "one has only to take a glance at its [western] press, films, fashion shows, beauty contests, ballrooms, wine bars, and broadcasting stations!", declared Qutb, " Or observe its mad lust for naked flesh, provocative postures, and sick suggestive statements in literature, the arts and the mass media! And add to all this the system of usury which fuels men´s voracity for money and engenders vile methods for its accumulation and investment, in addition to fraud, trickery and blackmailDRESSED up in the garb of law".(12)

The whole world is jahili: barbaric, ignorant, corrupt

"The whole world", proclaimed Qutb, "is steeped in jahiliyyah", a "jahiliyyah . . . based on rebellion against God´s hakimiyyah [sovereignty] on earth".(13) All societies, including those claiming to be Muslim, were regarded by Qutb as mujtama´at jahiliyyah (pagan societies). In Milestones (1964), and elsewhere, he argued that this global jahiliyyah "denotes rejection of the divinity of God and the adulation of mortals". Qutb emphasized the concept of ´ubudiyyah, the divinity of Allah and the servitude of mankind to Him. However modern society, he reasoned, "transfers to man one of the greatest attributes of God, namely hakimiyyah and makes some men lords over others".(14)

Sovereignty belongs to God alone, not man

"All sovereignty belongs to God alone", declares Qutb, "there is no law other than God´s law; all authority belongs to God".(15) "Islam", he maintained, "cannot accept any compromise with jahiliyyah, either in its concept or in its modes of living derived from this concept". As such "either Islam will remain, or jahiliyyah; Islam cannot accept or agree to a situation which is half-Islam and half-jahiliyyah. In this respect", continues Qutb, "Islam´s stand is very clear. It says that truth is one and cannot be divided; if it is not the truth, than it must be falsehood. The Sharia´h of Allah will prevail, or else people´s desires".(16) As such argues Qutb, "man is at the crossroads and that is the choice: Islam or jahiliyyah".(17) For Allah to take his rightful place as hakim in society, and for Sharia´h to be implemented, there is therefore, according to Qutb, the need to remove all "jahili influences". According to Qutb Islam is being undermined by "Zionist and Christian neo-crusader trickery"(18), in which western states "establish systems and regimes which give themselves a superficial Islamic colour and which pay lip-service to Islam".(19)

The superiority; all-suffiency and ultimate victory of Islam

milestones.jpgQutb has influenced the Islamist worldview in many ways, particularly in the idea of cosmic dualism, the inexorable fight between truth and untruth, the ideological struggle between the Muslim world and the world of unbelief. For Qutb the outcome of this struggle was inevitable: the triumph of Islam and the establishment of a Sharia´h based society where Allah was sovereign. This eschatological tension provides the backCLOTH for the ideology of jihad.

In his commentary on the Quran, Qutb stated that "the whole world in the eyes of Islam is divided into two, the first is darul-Islam, and the second is darul-harb".(20) This, as one recent writer remarked, "is the prism through which Qutb viewed the political systems of the world, dividing them into Islam and jahiliyyah".(21) Darul-Islam is where Sharia´h law prevails. Darul-harb is "any land where the Kufr law is dominant even if everybody in the land is Muslim".(22) In contrast to darul-harb, (depraved societies usurping the sovereignty of God), Qutb concluded that a true Islamic society is "a superior haven of moral values and clean, healthy relationships".(23) Islam therefore is regarded as the ultimate panacea for all social, economic and political problems.(24)

Jihad can be waged against Muslim rulers

Qutb, in Milestones, taught that Muslims and Muslim rulers who fail to implement God´s laws are takfir [apostate], they live in a state of jahiliyya [ignorance] and must be opposed. In regarding such rulers as takfiri Qutb revived and popularized the thought of the Medieval jurist Ibn Taymiyya. This idea has influenced the rise of contemporary takfiri militants who use this doctrine to legitimize the killing of Muslim by Muslim for alleged apostasy.(25) In contrast to Abul Ala Mawdudi [1903-1979], who advocated the establishment of "Allah´s law in Allah´s land" by a gradualist methodology of infiltration into both secular and nominal Muslim lands, Qutb declared direct, immediate action against jahili and takfiri states.

Traditionally it was argued from the Quran and hadith that for a Muslim to call another Muslim takfiri, was an un-Islamic act. Qutb, however, regarding modern secular Muslim rulers as "pedlars of modernity" accused them of being guilty of ridda, apostasy, and therefore, in his opinion they were takfir (excommunicated) and could be justifiably opposed. In making this claim Qutb influenced the emergence of contemporary militant Islam and gave such jihadis legitimization for the killing of Muslim by Muslim for alleged apostasy.

"Setting up the kingdom of God on earth", suggests Qutb, "and eliminating the kingdom of man, means taking power from the hands of its human usurpers andRESTORING it to God alone . . . . and creating the supremacy of the Sharia´h alone and the repeal of all man-made laws". Qutb insisted that such "liberation" would occur in "stages" until all of society had submitted to the hakimiyyah of Allah. This would involve struggling to assert the tawhid [righteousness] of God and the implementation of a process of Islamization involving inter alia the defense of Muslims to "freely practice Islamic beliefs" even if it entails the use of arms. Each believer, argues Qutb, must realize the manhaj Allah, [the way of Allah] in all areas of life and al-Manhaj al-Ilahi, the Divine plan. There must be mujahadah, a struggle by believers, to establish the truth of Islam. Qutb argued that Muslims must "deliver blows at the political forces [Muslim or kufr] that make men the slaves of something that is not Allah". He exhorts Muslims to "kill every leader who looks for fame, wealth, power and social station". He demands that Muslims must get "rid of the yoke of the jahili ways current in our time, which dominate our minds".

What is jihad?

Qutb, rejecting the notion of jihad merely as a defensive mechanism and the idea of jihad as merely an inner struggle for self righteouseness as argued by many Muslim scholars, affirmed the developmental idea of jihad in the Quran, the idea put forward by Ibn Ishaq, that Muhammad received revelations on jihad in three stages: tolerance, defensive and aggressive. Offensive warfare was now the divine fiat so as to establish the hegemony of Sharia´h law. Qutb argued that such jihad is mandatory on all Muslims. According to the Qutbian system Jihad (either violent or non-violent) is the means by which "´all Satanic forces´ are abolished and God´s hakimiyyah is established on earth".(26).As jahili societies will always be in opposition to Islam Jihad for Qutb has two primary functions: the defense of the right of Muslims to believe and live by principles of Islam and also the struggle to establish Allah´s sovereignty worldwide. In Qutb´s opinion, to reduce jihad to self-defence is to ´diminish the greatness of the Islamic way of life´ and leaves open the possibility that mankind will be left "on the whole earth in evil, in chaos and in servitude to lords other than God".

What Quranic support did Qutb have for his views?

Qutb, like other Islamic militants, found considerable support in the Quran to support his jihadi views. Apparently ignoring the context and exegesis of the passage, frequent reference is made by Qutb to the sword verse of surah nine and the command for Muslims to "fight and slay the pagans wherever you find them, beleaguer them, and lie in wait for them in every stratagem of war".(27) Adopting a similar hermeneutical approach to the Quranic text, using texts from surah three, Qutb argued that kufr could not be trusted as they are "ignorant pagans" who "tell a lie against Allah".(28) Quoting from surah eight Qutb states that Muslims are under a duty to warn kufr to "desist (from unbelief)", but if they persist the believer should "fight them on until there is no more tumult or oppression and there prevails justice and faith in Allah altogether and everywhere". The merits of personal sacrifice were, in Qutb´s opinion, enjoined by the words of surah 9:111 which states how "Allah hath brought from the believers their lives and their wealth because the Garden will be theirs: they shall fight in the way of Allah and shall slay and be slain". He encourages his co-religionists by reminding them "be sure that Allah is your protector. He is best to protect and the best to help".(29) Regarding such Quranic texts as a "clear" mandate for jihad, Qutb maintains that "´taking the initiative" in such matters is of the "veryNATURE of Islam".(30)

The seditious remnant working within society to undermine it

In order to start the task of reviving Islam Qutb advocated the idea of the tali´a, or vanguard. "We are the ummah of the believers, living within a jahili society", announced Qutb. "Nothing relates us to state or society and we owe no allegiance to either. As a community of believers we should see ourselves in a state of war with the state and the society. The territory we dwell in is darul-harb". Qutb, influenced by the Marxist concept of the vanguard preparing for the revolution when the proletariat would rise up against the bourgeoisie, put forward the idea of the tali´a or ´usbah, the faithful remnant which would work within society to establish the divine hakimiyyah.

Qutb stressed theIMPORTANCE of the ´usba mu´mina, (a body of believers), the al-safwa al-mukhtara (the chosen elite), a vanguard of "true" Muslims, dedicated to Allah and the establishment of Sharia´h world-wide.(31) Despite the corrupting influence of jahili, Qutb believed that "a minority of people in the vast area of the Muslim world, remain undeluded [by secularism] and cannot be brought round to accept unfaith as an image of Islam".(32) These "young men", argues Qutb, "who believed in their Lord" are entrusted with the task of removing jahiliyyah society and establishing Sharia´h and the hakimiyyah of God. Qutb maintained that manhaj, the Muslim plan, necessitates the tali´a practicing mufassala or al-Uzlah al-Shu´uriyyah (separation from the host secular society)) and hijra (migration). By this he meant spiritual separation whilst stilling living in western communities rather than physical separation. Having performed da´wa, this leads inexorably to jihad, the "struggle" to implement God´s new society on earth.

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Ideas for discussion:

The idea that everything changed with Qutb on his visit to the US in 1948, and that Qutb the mainstream Muslim became Qutb the fanatic, is a myth perpetuated by writers keen to sell books rather than present the truth. Qutb showed militant tendencies before he went to the States. His visit to America, rather than turn him into a militant fanatic confirmed his abhorance of western lifestyle and culture. He wrote his first Islamist book, Social Justice in Islam (1949) work of which had been researched before he left Egypt in 1948. Much of Qutb´s social theorizing can be seen in the twelve issues of al-Fikr al-Jadid (The New thought) published between Jamuary and March 1948; and later in Social Justice in Islam, completed before he departed for America in 1948. As early as 1938, in one of his poems called "on the Palestinian Arabs during the Palestine Arab revolt" (1936-39) Qutb called on his fellow Muslims to continue on the path of bloody struggle as the only way to achieve independence. Before his visit to America Qutb was quoted as criticizing the scantilyDRESSED sunbathers who visited the Egyptian beaches.

Qutb is often portrayed as a crank, a misfit, crippled by sexual repression. This is a caricature of the man. The description he gave of American culture in The America I have seen is merely the description which any orthodox Muslim would give of a society which does not live up to Shariah law.

Ayaan Hirsi Ali has argued that the militancy behind 9/11 was not confined to jihadists but is at the very core of Islam itself. Similarly she argues that "Sayyid Qutb didn´t invent anything, he just quoted the sayings of Mohammed." This raises the question Is there a difference between Islam and Islamism or is Islamism just Islam in its most pure form?

Is Qutb´s teaching on jihad, and the connected notion of the "government of God", a distortion of Islam, a mis-representation of Islamic belief, or a picture of true Islam?

Dr Simon Ross Valentine is currently undertaking research at the University of Bradford, UK, on the contribution of Qutb, Mawdudi and Azzam to contemporary jihadist ideology. He is available for consultancy or conference work and can be contacted on archegos@btinternet.com

References

(1) F. Burgat, (2003) Face to face with political Islam: I. B. Taurus, London, p. 54.
(2) J. Raban, (2001) "Truly, Madly, Deeply devout", article first appeared in the New Yorker, republished in The Guardian, Saturday Review, 2 March 2002.
(3) Burgat, op.cit., p. 55.
(4) L. Wright (2006) The Looming Tower: Al-Qaeda´s road to 9/11, London, Penguin, p. 332.
(5) See Qutb´s Letters from America in al-Risala, Journal of Middle Eastern Studies, Nov/December 1971.
(6) A quote taken from Milestones which clearly refers to his experience in America.
(7) For information on Qutb see E. Van Donzel, B. Lewis & C. Pellat (1978) eds. Encyclopeadia of Islam, Leiden: E. J. Brill, vol. VI, sv "Qutb". For in-depth biographical details of Qutb see the objective account provided by A. A. Musallam, (2005) From secularism to Jihad: Sayyid Qutb and the foundations of Radical Islamism, Westport, Connecticut, Praeger; and the more hagiographical study by S. B. Hassan, (1980) Sayed Qutb Shaheed, n.p., Karachi. An account of Qutb´s childhood is found in his autobiographical piece (1946), translated by J. Calvert & W. Shepherd, (2004) A Child from the village, by Sayyid Qutb, New York, Syracuse University.
(8) A. Musallam, (2005) From secularism to Jihad:op.cit., p. 156.
(9) See Milestones, op.cit., p 139.
(10) Qutb, Fi Zilal al Quran, In the shade of the Quran, rev ed. 6 vols., Dar-ul Sharuq, Beirut and Cairo, 1981, vol. 1.,op.cit., pp. 510-11.
(11) Qutb, Milestones, op.cit., p. 11.
(12) Qutb, ibid., pp. 510-11.
(13) Ibid., pp. 510-11.
(14) Ibid., p. 511.
(15) Milestones, ibid., p. 14.
(16) Milestones, op.cit., pp. 101-102, 112.
(17) Qutb, In the shade of the Quran, see comment on sura 5:44-48.
(18) See In the Shade of the Quran, ibid., 37-8, Al-Anam.
(19) Qutb ibid., 37-8, Al-Anam.
(20) Qutb, In the Shade of the Qur´an, op.cit vol. 2 p. 874.
(21) S. Khatab, "Hakimiyyah and Jahiliyyah in the thought of Sayyid Qutb", op.cit., p. 147.
(22) Qutb, In the Shade of the Quran, op.cit vol. 2 p. 875.
(23) Qutb cited by Choueiri, Islamic Fundamentalism, op.cit., p. 127.
(24) See Al-´Adalah al-Ijtima´iyyah fi al-Islam (Social justice in Islam); Ma´arakat al-Islam wa-l- Ra´smaliyyah ("The struggle between Islam and Capitalism" 1951) and Al-salam al-´ASlami wa –l Islam (World peace and Islam, 1951) passim.
(25) Milestones, op.cit. For a concise evaluation of Qutb´s political views see C. Tripp, ´Sayyid Qutb: the political vision´, chapter seven in A. Rahnema, Pioneers in Islamic Revival, Studies in Islamic society, London: Zed Books, 2005, pp. 154-83.
(26) Milestones, ibid.
(27) Quran 9:5. Milestones, ibid., pp. 125-27.
(28) Quran 3:74-6, ibid., 126.
(29) Quran 8:38-40.
(30) Milestones, op.,cit., p. 133.
(31) In (1955) Islam and the problems of civilization, np; also see In the shade of the Quran, op.cit., vol., 4., pp 114f.
(32) Milestones, op.cit., p. 39.

http://www.americanchronicle.com/articles/84614

lundi, 26 décembre 2016

WORSHIPPER AND POLITICIAN: THE RELATION BETWEEN SUFI ORDERS AND THE REGIME IN EGYPT

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WORSHIPPER AND POLITICIAN: THE RELATION BETWEEN SUFI ORDERS AND THE REGIME IN EGYPT

Ex: http://www.katehon.com 

If you want to exclude certain categories from society, in particular these categories of significance, you have to search for a substitute to fill the gaps. By the exclusion of political Islamic groups, especially the Muslim Brotherhood, the Egyptian Scene drives the regime towards searching for a substitute. So, has the El-Sisi regime managed tousing the orders of Sufism in filling the social gap resulting from expatriating the Islamic groups? And what are the consequences?

What are Sufis?

As it is in general tradition, Sufism is considered a doctrine, yet the person who engages in Sufism has never tended to classify it as a "doctrine", but rather a path to reach a pillar of religion, which is "Benevolence", through being devoted in worship and exerting effort in performing it, in addition to purifying the spirit and heart from resentment. If we want to learn about the origin of Sufism, we encounter a lack of information, as there is no a confirmed narration about the inception of Sufism internationally.

On the other hand, much literature states that the date of Sufism's origin and its entry to Egypt is the Fatimid Era; due to the Fatimid Dynasty`s interest in the life history of the Prophet as well as the people of his house (Ahl Al-Bayt), therefore they undertook building shrines to protectors and pious people. Then, the Abbasid Era started where the Sufis` movements increased against the prevalence of deterioration. In order to face such deterioration and corruption, they used what is called a "spiritual exercise" which includes holding circles for remembrance of Allah - chants (Dhikr) after the Night Prayer (Salat Al-Isha) in the mosques of Egypt. However, the actual legalization of Sufist orders in Egypt was made by "Mohammed Ali Pasha" in 1812 by issuing a decree, placing the Sufist orders under the banner of "Sultan Sheikh Al-Sejadah AL-Bakriah (Abu Bakr Family Tree)"; which is considered the first time these orders had submission to a central authority.

Now, there are between 74 to 77 Sufist orders, which are branched from six main orders: the Desouki order, the Shadthili order, the Rifa`i order, the Bedouin order, the Azmiyah order, and the Qadiri order.

These orders are organized under the banner of three corporations: the Supreme Council of Sufi Orders, the World Association for the Assembly of Ahl Al-Bayt, the Descendants of Prophet Union. According to the Secretary General of the Association of Sufi Forces and Ahl Al-Bayt Assembly, Abdullah Al-Nasser Helmi, half of the Egyptian population is Sufi, yet this information is not confirmed, as there are no accurate statistics. However, the main reason behind such saying is that the attendants of Sufist sessions in Egypt are a lot and their rituals are considered semi–public in the country; that creates confusion between the real Sufi person and the one who just attends their rituals.

Political role of Sufism

A cursory reading in Sufist orders argues that they are totally away from politics, yet the reality proves the contrary. This matter can be addressed on two levels:

First: Pre – January stage

Much literature indicates that Sufist orders have a political role in Egypt. For example, in modern times, the Sufis played a role in the 1919 Revolution, through their attempt to collect signatures supporting the existence of English occupation in Egypt, with the help of "Mohammed Ibrahim Al-Gamal" the Sheikh of "Assadah Assimaniyah" at that time.

Since the emergence of the Egyptian Republic, Sufism was brought to the scene in an attempt to fill the gap resulted from the actions taken against other Islamic organizations. For example, in the era of the late President Gamal Abdel Nasser and amidst the confrontations between him and the Islamic movements, a decision was issued to appoint Sheikh Mohammed Mahmoud Elwan as a sheikh of the Sufist orders. This is considered the first of its kind, to elect a head sheikh of Sufist orders through appointment, with a little objection from the Sufist orders. Moreover, Sufism then was a shelter for any who one wanted to deny the accusation of belonging to the Muslim Brotherhood, and at the same time it (Sufism) expresses the existence of religious support to the regime at that time.

The Era of Sadat was not greatly different as he made the Sufist orders yield to Law No (118) of the year 1976, which has regulated more accurately the status of Sufist orders and created a kind of strategic alliance between them and the regime.

For example, the Sheikhs of Sufist orders slipped into the Egyptian army and were allowed to make an endeavor to rehabilitate the army and boost their morale after the defeat of 1967. The Muhammadiyah Shadthili order had a significant role in this regard, which drove President Sadat to honor Sheikh "Zaki Ibrahim" the head of Muhammadiyah Shadthili order and granted him the Golden Excellence award.

The beginning of the Mubarak era was not greatly different from that of Sadat in relation to dealing with the Sufis and utilizing them as a religious cover for the regime. However, a few month before the beginning of January Revolution, a clash happened between the Mubarak Regime and the Sufis due to the appointment of Sheikh Abdel Hady Al-Qasabi, by Mubarak, as a head of the Supreme Council of Sufi Orders since he was a member in the National Party; the matter which provoked anger to the Sheikhs of Sufist orders and was considered to be a flagrant interference and violation of the Sufi customs and traditions. They expressed their anger by the threat made by Sheikh Abu El-A`aziem to run against Ahmed Fathi Sorour the Speaker of the People`s Assembly in the 2010 election in the district of El-Saiydah Zienab.

Second: Sufism towards greater political role following the January Revolution

If we want to know the nature of the relationship between the current regime and Sufism, we have to get back to the political attitudes of Sufist orders since the 25 January Revolution, until El-Sisi has held the presidency of Egypt.

The Sufist initiation during the Revolution of January was justifiably soundless according to the statement of Mohammed El-Shahawi the Sheikh of El-Shahawiyah order based on the principle "Obey Allah, and obey the Messenger and those of you in authority"; yet this attitude has not lasted for a long time, once the signs of the January Revolution success have appeared, the Sufist orders took a serious step towards declared political activity.

The Sufist orders have tended to establish political parties, a head of which is the Al-Tahrir Party. Despite the religious trend which appears in Sufist orders, they were the most hostile group against the Muslim Brotherhood and Salafism, to the extent that they have allied with the liberals against them.

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Once President Abdel Fattah El-Sisi had appeared in the scene and announced his nomination to the republican presidential election, the Sufis turned to advocate him under a proclaimed motive that he is "Sufi" as per the statement of "Zein El-Abedin Fahmi Salama", the head of Caliphs of Al-Refaiyah order –El-Minya, who specifically said "El-Sisi loves the Sufist orders because he is originally a Sufi".

After El-Sisi came to power, the Sufists pursued their approach of supporting him to the utmost, where some of them say that "Mohammad, the Prophet of Islam, (Peace be upon him) is satisfied with El-Sisi" as quoted from Sheikh "Alaa Abu El-A`azeim", head of the World Federation of Sufi Orders.

The matter was not limited to statements only, but also the Sufi orders have organized, in cooperation with the Ministry of Awqaf, launching a forum of "Sufism against Extremism" in June 2015, after the call of President El -Sisi for renewing religious speech.

Why do regimes resort to Sufi orders?

The answer to this question is simply summarized in the attitude of Sufi order towards other Islamic movements, which expresses clearly hostility against both the Muslim Brotherhood as well as the Salafism. Many statements were said by the Sheikhs of orders indicating such fact. For example, " Alaa Abu El-A`azeim" has said that "the endeavors of the Muslim Brotherhood and the Salafi movement to involve in official political activity threaten religious tolerance", in addition to what was said by one of the Sufist orders Sheiks, Ismail Tawfik, that "the Sufi votes in the Parliamentary election will not be for any candidate belonging to the Muslim Brotherhood, the Salafi movement, or the Islamic groups".

The possibility of the Sufism conversion against the regime

According to what is above mentioned, the relationship between the Sufi orders and regimes is a changing one, in which the interests in favor of the regimes are weighted. The reason behind this may be the weakness of the Sufi orders; so, is it possible for the Sufi orders, once they become strong, to convert against the regime.

Whether we like it or not, the Sufi orders are an inclusive organization that is not different from other Islamic organizations. In the relationship between the inclusive organizations among each other, there is a prevalent principle indicating that "Inclusiveness is absolute and absoluteness does not accept a partner, but it rather temporarily uses other similar organizations, and once having the ability to get rid of them, it immediately does".

In case of the availability of the components which strengthen the Sufi orders, whether such components are represented in financial support or assistance from internal or external forces that grant them more interests against the conversion against El-Sisi regime, they will actually do, in particular since the Sufi orders have international organizations and branches that are beyond a specific country.

References:

  1. Jonathan Brown, Salafis and Sufis in Egypt, The Carnegie Papers, Middle East, December 2011, URL:

http://carnegieendowment.org/files/salafis_sufis.pdf

  1. Al-SayyedHusein, Sufi orders and their origins, Ahram Online,  24 Sep 2012, URL:

http://english.ahram.org.eg/NewsContent/32/99/53675/Folk/...

  1. Ahmed Fouad,Sufis look for a political role in Egypt, al-monitor, November 20, 2014, URL:

http://www.al-monitor.com/pulse/en/originals/2014/11/sufi...

  1. Ammarali Hassan, political role of sufi orders in Egypt after the January 25 revolution, studies aljazeera, august 13,2011, URL:

http://studies.aljazeera.net/mritems/Documents/2011/8/23/...

  1. IyadJaber, political role of sufi orders in Egypt, albayan, September 18, 2016, URL:

http://www.albayan.co.uk/print.aspx?id=5317

  1. ZakariaSulaimanBayoumi, Sufi and the game of politics, masress, august 16,2011, URL:

http://www.masress.com/almesryoon/73748

 

lundi, 26 septembre 2016

Geopolítica del Nilo: la guerra por el trono del faraón

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Geopolítica del Nilo: la guerra por el trono del faraón

Desde hace milenios, las más grandes civilizaciones se han originado alrededor de grandes ríos. El Yangtsé, el Ganges, el Indo, el Tigris y el Éufrates… Todos ellos han sido testigos del auge y caída de poderosos pueblos. Asimismo, en todos los rincones del planeta, el control de los ríos ha constituido causa constante de guerras y conflictos. Los ríos otorgan poder; el poder de saciar la sed y paliar el hambre. También el poder de transportar mercancías y personas de manera sencilla y veloz. Y en muchos casos, de todo ese poder depende la supervivencia misma de una nación. Por todo ello, por ese poder, la humanidad no ha cesado de empuñar las armas, ni de alzar y destruir imperios y civilizaciones alrededor de sus aguas. Y si antes se empuñaban espadas, ahora son los tanques y los fusiles los que aparecen tras los tambores de guerra. Las aguas del Nilo, desde tiempos de los faraones hasta la actualidad, han sido testigos de ello.

El Nilo se extiende a lo largo de unos 6700 kilómetros y, aunque no se ha establecido con total exactitud dónde se sitúa su origen, pueden identificarse dos ramales. Por un lado el denominado Nilo Blanco, que nace en Burundi y fluye la zona de los Grandes Lagos de África oriental. De aquí provienen el 14% de las aguas que recorren la cuenca del Nilo hasta el Mediterráneo. Paralela a esta rama del río corre el Nilo Azul, que nace en las tierras altas de Etiopía y que, junto al río etíope de Atbara, aporta el 86% de los recursos hídricos con los que los egipcios riegan sus campos.

Desde sus fuentes hasta el Mediterráneo el Nilo atraviesa once países africanos (Rwanda, Burundi, República Democrática del Congo, Tanzania, Kenia, Uganda, Eritrea, Etiopía, Sudán del Sur, Sudán y Egipto), a los cuales proporciona agua dulce y fértiles márgenes idóneos para la agricultura. Sin él, países como Egipto o Sudán no podrían sobrevivir, pues es el río el que hace posible la vida en el seno mismo de las ardientes arenas del desierto del Sáhara. De hecho, de los más de 450 millones de personas que habitan estos países –más de un tercio de la población total de África–, al menos la mitad depende de las aguas del río Nilo. Es la única fuente de agua potable en la que se puede confiar a largo plazo y una pieza imprescindible para asegurar la seguridad alimentaria en una zona caracterizada por un crecimiento exponencial e incesante de la población –se calcula que en los próximos 25 años dicha región doblará su población– y marcados contrastes entre sequías e inundaciones –que además están siendo intensificados por el cambio climático. Prueba de ello es que el 99% de la población egipcia habita en los márgenes del Nilo, concentrándose más del 80% de los más de 84 millones de habitantes egipcios en el triángulo que conforma su delta a orillas del Mediterráneo. En definitiva, la importancia del Nilo lo convierte en un factor determinante para la estabilidad de toda la zona.

carte_nil_png.jpgEl Nilo para Egipto

La historia de Egipto a lo largo de los últimos 6000 años ha estado marcada por el Nilo. Sin él las pirámides jamás habrían sido construidas ni tampoco habría sido tan ardiente el deseo de los pueblos sucesivos, desde los griegos hasta los mamelucos, de controlar su territorio. Herodoto lo formuló así: “Egipto es un regalo del Nilo”.

No obstante, el gran poder del Nilo necesita de las decisiones políticas adecuadas para poder ser aprovechado. Por un lado, se calcula que, al ritmo de crecimiento actual, la población egipcia podría pasar de los 85 millones de habitantes de ahora a 120 millones en 2025. Por otra parte, en un contexto climático marcado por ciclos de sequías e inundaciones, con una agricultura que absorbe el 80% de las reservas nacionales de agua y un sector industrial en expansión, la buena utilización del Nilo es vital para la supervivencia de la nación árabe. Especialmente teniendo en cuenta que actualmente la mitad de las necesidades de grano y cereales de los egipcios son suplidas por medio de importaciones, haciéndoles muy vulnerables a los cambios mundiales en el precio de los alimentos.

Más allá de la dependencia física de Egipto para con las aguas del Nilo, la historia colonial grabó a fuego en el imaginario de sus habitantes la concepción del rio como un derecho de nacimiento, como una propiedad nacional legítima. Así, con la configuración del Estado egipcio moderno ya en el siglo XIX, éste quedaría íntimamente vinculado a la idea de un país cuya revolución agrícola e industrial devendría del control total de El Cairo sobre las aguas del Nilo por medio de sistemas de regadío, canales y presas. Éstos convertirían a Egipto en un gran exportador de algodón y otros productos agrícolas al mercado mundial. Todo ello se consolidaría a raíz de una serie de tratados entre las potencias coloniales y los distintos territorios bajo su control que, siguiendo intereses principalmente británicos, negarían a Etiopía o Sudán la posibilidad de construir presas u otras obras de ingeniería que alteraran el curso o produjeran cambios en el caudal del Nilo.

De esta forma Egipto quedaría como el único actor capaz de modificar y manejar las dinámicas del río en función de sus necesidades hídricas, sin necesidad de consentimiento previo por parte del resto de naciones de la cuenca del Nilo, reservándose para él un uso anual de 48 billones de metros cúbicos de agua –4 billones serían posteriormente concedidos a Sudán– y pudiendo vetar construcciones que quisieran llevar a cabo dichos estados y que afectaran directa o indirectamente al curso del río. En un posterior tratado de 1959 las cantidades anuales de agua a las que tenían derecho Egipto y Sudán se ampliarían a 55 y 18 billones de metros cúbicos respectivamente, lo que suponía el 99% del agua que fluía cada año por el Nilo. Asimismo se establecía que, en el caso de que Egipto y Sudán aceptaran que un tercer país llevara a cabo un proyecto en el Nilo, ambos países establecerían una comisión permanente para monitorear la construcción. Además a Sudán se le permitiría construir dos presas, la de Roseires y la de Khashm al-Girba. Por otra parte, territorios de estados todavía no existentes como Rwanda, Burundi, Kenia o Tanzania, por los que fluye el Nilo, quedaron fuera de toda posibilidad de decisión sobre sus aguas.

Nuevos Faraones

Tras la crisis de Suez, los egipcios vendrían a ser los amos absolutos del río. Así, de la misma forma que los antiguos egipcios consideraban a sus faraones como los dioses terrenales que preservaban el Nilo y sus ciclos de sequías e inundaciones, el ejecutivo del Egipto contemporáneo controlaría a voluntad de qué formas podrían ser utilizadas las aguas fluviales, tanto dentro de sus fronteras estatales como fuera de ellas.

No obstante, el trono del faraón forjado en los tratados coloniales y embellecido después por Egipto y Sudán vendría a ser contestado por otros aspirantes. Y es que no sólo al ejecutivo cairota le preocupa aprovechar al máximo los recursos que el Nilo ofrece. Río arriba, problemas como el crecimiento poblacional acelerado, las hambrunas derivadas de sequías y la necesidad de suplir de energía eléctrica a los sectores económicos en crecimiento en los que depende el desarrollo económico, son también preocupaciones plasmadas en las agendas políticas de los distintos gobiernos.

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Por ello, los proyectos de presas o de sistemas de irrigación se suceden sin cesar. Ya en 1970 El Cairo amenazó con iniciar hostilidades contra Etiopía si no detenía su proyecto de la presa de Fincha y se aludió al tratado de 1902 entre Etiopía y Gran Bretaña para frenar el proyecto. En 2004 Tanzania sería también amenazada por Egipto por su propósito de construir un gasoducto en el Lago Victoria, haciéndose de nuevo referencia a los tratados coloniales de principios del siglo XX.

A pesar de todo, la presión conjunta de los países ribereños de las orillas altas del Nilo ha llevado a reducir progresivamente la hidro-hegemonía egipcia en los últimos 15 años. Asimismo, el desinterés de la administración de Hosni Mubarak por la política africana ha disminuido notablemente la influencia cairota sobre la cuenca del Nilo, especialmente en un momento en el que los países africanos están llevando a cabo grandes esfuerzos por consolidar unas relaciones exteriores, tanto a nivel regional como internacional, de alto nivel.

Por otra parte, no se debe infravalorar la entrada del poder financiero chino en la región, el cual ha abierto la posibilidad de llevar a cabo proyectos hasta ahora totalmente inasequibles. Así, los banqueros y las grandes empresas de construcción e ingeniería chinas, a quienes no amedrentan las amenazas de inestabilidad tradicionalmente utilizadas por los egipcios, no han cesado de financiar los ambiciosos proyectos de ingeniería hidroeléctrica de Sudán o Etiopía, que suman ya más de 25, siguiendo una tendencia que se reproduce en toda África.

El rival etíope

Entre los más fervientes pretendientes a participar en el gobierno del Nilo está Etiopía. Ya en 1964 realizarían un detallado informe en el que se estudiaban las posibilidades de construir presas para la obtención de energía a lo largo de toda la cuenca del Nilo Azul. Desde entonces los esfuerzos por desarrollar infraestructuras para la obtención de energía hidroeléctrica conjuntamente con los países vecinos no han cesado. Las sequías de los años 80, y las terribles hambrunas que generaron, que afectaron tanto a Egipto como a Etiopía, no hicieron sino elevar las tensiones respecto al codiciado río.

Y es que, frente a la insaciable sed de Egipto, Etiopía muestra un descomunal hambre de desarrollo. Todo ello ha llevado al gobierno de Addis Abeba a construir multitud de presas en los últimos 40 años, tomando en desconsideración las protestas que llegaban desde El Cairo. No obstante, dichas obras quedarían reducidas a la nada en comparación con el proyecto que se iniciaría en 2011: la presa conocida como “Grand Ethiopian Reinassance Dam” (GERD). Esta obra ha necesitado de una inversión total de 4.800 millones de dólares y cuando sea terminada, aproximadamente en 2017, se convertirá en la presa más grande de toda África, con una capacidad de almacenamiento de agua de hasta 74 billones de metros cúbicos y con una producción energética al máximo rendimiento de 6000 megavatios anuales, lo que supondría triplicar la actual capacidad etíope. Además, una vez finalizada no sólo permitirá abastecer de electricidad a Etiopía sino también a los países vecinos tales como Uganda, Djibuti, Kenia, Somalia y Sudán, e incluso a Egipto.

VÍDEO: Video de Stratfor explicando el impacto geopolítico del Nilo

Niloazul_m.jpgCon todo ello, Etiopía pasaría de ser un país donde tan sólo un tercio de la población tiene acceso a energía eléctrica a ser el mayor exportador de energía de África oriental. Al mismo tiempo, los problemas derivados de la sequía se verían enormemente reducidos y se experimentaría un notable estímulo del desarrollo económico. O desde luego así lo creen las autoridades etíopes, que consideran que un fracaso en la construcción de la presa constituiría un fracaso de Etiopía en su totalidad. Tal es la importancia de la GERD para ellos que han financiado las obras con recursos públicos propios.

A pesar de todo, el tradicional amo del Nilo no tardaría en responder ante semejante desafío arquitectónico. Así, las autoridades cairotas no tardarían en concebir la GERD como una amenaza para su seguridad nacional ante la posibilidad de que la presa reduzca el flujo de agua que llega hasta las orillas egipcias del Nilo. Sin duda alguna el ejemplo etíope se reproducirá en el resto de países ribereños en cuanto gocen de los recursos necesarios, con lo que la hegemonía hídrica de Egipto se hará añicos.

No obstante, Egipto no cesaría en sus esfuerzos por impedir que el proyecto se llevase a cabo. En 2010, en un correo filtrado por Wikileaks, aparecían declaraciones de altos cargos egipcios que, en colaboración con Sudán, planeaban un ataque militar sobre la presa en construcción. Posteriormente, ya con Morsi en el poder tras la primavera egipcia, el elevado tono de las discusiones tampoco desaparecería. En una conversación televisada por error, varios políticos egipcios proponían alimentar la inestabilidad interna en Etiopía mediante la financiación de grupos armados dentro de sus fronteras y el propio presidente llegó a asegurar que si la cantidad de agua que corría por la cuenca egipcia del Nilo se reducía una sola gota ésta sería sustituida con sangre egipcia.

Sin embargo, y aunque no debemos olvidar que Egipto consta con uno de los ejércitos más poderosos de África, la inestabilidad económica y política que impera en el país desde la caída de Mubarak –incluyendo focos de insurgencia islamista en el Sinaí–, junto con la pérdida de influencia por el aumento de fuerza geopolítica del resto de países ribereños subsaharianos –Rwanda, Tanzania, Uganda, Kenia Burundi y Sudán del Sur han dado ya su apoyo al proyecto–, y la distancia de más de 1000 kilómetros que separan la frontera sur de Egipto del enclave de la presa, hacen totalmente inviable una intervención armada, pues su precio económico, militar y político sería demasiado elevado.

Debemos considerar por otra parte la enorme influencia de Etiopía en el mantenimiento de la estabilidad regional. Es un aliado clave de Estados Unidos en su lucha contra el terrorismo islamista tanto en el Cuerno de África como en la península arábiga y fueron los esfuerzos diplomáticos etíopes los que evitaron que la independencia de Sudán del Sur en 2011 no derivara en una escalada de agresiones con el norte. Por otra parte, es algo notable que Etiopía se haya mostrado dispuesta a la participación de Egipto y Sudán en el proyecto, demostrando con ello el deseo de hacer de la operación un juego beneficioso para todos los implicados.

La Iniciativa de la Cuenca del Nilo

La pérdida de peso geopolítico de Egipto proviene, entre otras causas, por el mayor empuje ejercido por los países ribereños situados al sur del Sáhara. Frente a la influencia y poder del gigante egipcio, estos estados han llevado a cabo una estrategia clara de “la unión hace la fuerza”. El reflejo institucional de esta perturbación en el centro de gravedad en la región se ha materializado en la Iniciativa de la Cuenca del Nilo (NBI por sus siglas en inglés).

Se trata de una asociación regional intergubernamental que busca promover la integración regional y el desarrollo económico cooperativo, equitativo y sostenible del río Nilo, de tal forma que todos los participantes puedan compartir los beneficios socio-económicos de sus aguas, a la vez que se mantiene la paz, la estabilidad y la seguridad de la región. En definitiva, se trata de aunar las agendas políticas regionales acerca del Nilo en un proyecto común, cumpliendo así con los principios de la Convención de Naciones Unidas sobre los Cursos Fluviales.

Aunque la idea original surgió en 1997 no se hizo realidad hasta el 22 de febrero de 1999. En dicha fecha los ministros encargados del manejo de los recursos hídricos de Burundi, República democrática del Congo, Egipto, Etiopia, Kenia, Rwanda, Sudan del Sur, Sudan, Tanzania y Uganda –y Eritrea como Estado observador– se reunieron en Dar es-Salaam (Tanzania). En dicho encuentro se acordó que la NBI no buscaría otra cosa sino el desarrollo económico y social sostenible de la región de la cuenca del Nilo, a través de la utilización compartida de sus recursos, en base a los principios de equidad, sostenibilidad y buena voluntad, y gozó con el apoyo de instituciones y donantes como el Banco Mundial.

La iniciativa fue concebida como una institución transitoria hasta que fueran completadas las negociaciones acerca del Acuerdo sobre el Marco Cooperativo (Cooperative Framework Agreement o CFA), cuando la NBI se tornó, al fin, permanente en marzo de 2011, tras la firma del acuerdo de Entebe. Dicho acuerdo permite a todos los países ribereños construir presas y llevar a cabo proyectos en común. El acuerdo, catalogado como “una solución africana para un problema africano”, ha sido ya ratificado por Etiopía, Rwanda, Uganda, Kenia, Tanzania y Burundi, y parece que Sudán del Sur y la República Democrática del Congo serán los siguientes. Egipto y Sudán, en cambio, se han negado a firmarlo, alegando que uno de sus artículos vulnera los derechos de uso preexistentes. Si bien, tras su partición en 2011 y la crisis interna resultante –incluida la derivada de la necesidad de relocalizar sus recursos hídricos–, y tras varios informes que han demostrado que la construcción de presas en Etiopía no afectarían significativamente a sus reservas de agua, Sudán está comenzando a inclinarse hacia el bloque sur, una decisión que le reportaría un gran número de beneficios.

nil-g_8zORnwUc.jpgAsí, la NBI ha logrado que el eje gravitacional de la región se haya desplazado al sur. Con ello Egipto, a pesar de sus esfuerzos de mantener el statu quo con su participación de la iniciativa, tendrá que cambiar su estrategia, y aceptar la necesidad de tejer alianzas con las naciones meridionales de la cuenca; será ésta la única vía por la que podrá capear su inminente crisis hídrica sin provocar una escalada de tensiones armadas en la región, a la vez que se beneficia del desarrollo económico de la zona.

El futuro: la cooperación o la guerra

En definitiva, la urgencia que requieren los problemas hídricos regionales para ser resueltos va poco a poco forzando a los Estados a ceder en sus posturas hacia una posición de consenso y cooperación. Y es que retos como la reducción de la pobreza, frenar la degradación del medio ambiente o la generalización de los servicios públicos, son comunes a todos los Estados de la cuenca, algunos de ellos entre los más pobres del mundo, y su resolución depende en gran medida del buen uso y del aprovechamiento de los recursos que contiene el Nilo en sus meandros. Además, los cambios deberán realizarse tanto a nivel de las políticas públicas internas de cada Estado como en materia de cooperación internacional.

En el ámbito de las relaciones internacionales el cambio de rumbo ya está en marcha, aunque sin duda queda mucho camino por delante. El 23 de marzo de 2015 el presidente egipcio Abdel Fattah Al-Sisi, el primer ministro etíope Hailemariam Desalegn y el presidente sudanés Omar al-Bashir, firmarían un acuerdo en base a la buena voluntad, para que el proyecto de la GERD en Etiopía siga adelante sin que se produzcan más comportamientos hostiles. Además el ejecutivo de El Cairo ha procedido a estrechar sus relaciones con el resto de países africanos participantes de la NBI, poniendo fin, al menos de momento, a su postura defensiva para con los privilegios de la era colonial.

Por otra parte, será necesario evaluar de qué manera pueden desarrollarse los grandes proyectos arquitectónicos que demandan las distintas economías de la región sin que supongan un perjuicio para las poblaciones locales. Situaciones como la acaecida en 2009 en Sudán, cuando 15.000 familias fueron desplazadas hacia zonas desérticas tras la construcción de la presa de Morowe y la consiguiente inundación de sus tierras, no deberían volver a repetirse. Si se busca realmente la integración y el desarrollo económico de todos los pueblos de la región, las poblaciones más vulnerables deberán ser protegidas, promoviéndose la defensa de los derechos humanos. Asimismo, los gobiernos regionales tendrán que empezar a contar con la participación de los actores no estatales, ya sean ONGs o asociaciones de granjeros o pescadores. Esto permitirá, por un lado, que las demandas y necesidades de dichos grupos sean incluidas en la agenda, abordando las crisis y los conflictos de manera cooperativa y multidimensional, a la vez que se aprovechan sus conocimientos y experiencia sobre el terreno, algo de gran utilidad cuando los recursos logísticos y humanos son muy limitados.

En resumen, si se quiere evitar la conflictividad de la región, el Nilo deberá ser gestionado por medio de la cooperación entre todos los actores implicados, promoviendo la confianza entre los gobiernos, la transparencia en materia de política energética, agrícola y de gestión del agua, así como el desarrollo de proyectos e inversiones comunes que supongan beneficios colectivos.

mardi, 21 juin 2016

« Histoire de l’Afrique du Nord » de Bernard Lugan

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« Histoire de l’Afrique du Nord » de Bernard Lugan

Recension

par Camille Galic, journaliste, essayiste

Ex: http://www.polemia.com

Depuis les prétendus printemps arabes et la paupérisation provoquée par la chute du prix des hydrocarbures en Algérie, déjà fragilisée par la succession de l’égrotant Bouteflika, le Machrek et le Maghreb connaissent également une extrême tension, qui provoque un exode massif vers nos pays.

C’est dire si Histoire de l’Afrique du Nord (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc) des origines à nos jours, de Bernard Lugan, vient à point.


Histoire de l'Afrique du Nord 1.jpgPour son dernier et très ambitieux ouvrage, l’historien africanologue, auquel on doit déjà une Histoire de l’Egypte (1) et une autre du Maroc (2), a étudié son et plutôt ses sujets non pas géographiquement, mais chronologiquement, comme l’avait fait il y a trente ans Jean Duché pour sa passionnante Histoire du Monde (3). Choix judicieux car les destins des contrées concernées, et qui, depuis l’Antiquité ont durablement été soumises aux mêmes maîtres, l’Empire romain puis l’Empire ottoman s’interpénètrent. Avec la lecture « horizontale » adoptée par Bernard Lugan, on discerne mieux les interactions, les similitudes mais aussi les contradictions entre les cinq composantes de la rive sud de la Méditerranée, avec une inexorable constante : le facteur ethnique.

Toute l’Afrique du Nord était en effet peuplée jadis de Berbères (selon l’égyptologue Christiane Desroches-Nobecourt qui ausculta sa momie, l’illustre Ramsès II aurait été un « grand rouquin »). Si, en Egypte, les clans nilotiques furent tôt unifiés par les pharaons, au contraire de ceux du désert libyque, redoutables prédateurs, ce sont les luttes tribales qui, de la Cyrénaïque à l’Atlantique, entraînèrent d’épouvantables carnages et favorisèrent tour à tour les successives occupations étrangères — romaine, vandale, byzantine, arabe, normande, ottomane et enfin française ou italienne —, les chefs locaux s’appuyant sur les nouveaux venus pour neutraliser et/ou massacrer leurs rivaux et les peuples d’iceux. Ces confrontations furent particulièrement sanglantes en Algérie et au Maroc où les différentes tribus ont longtemps joué le Portugal ou l’Espagne pour venir à bout des autres. Et n’est-ce pas la Communauté internationale qui s’est immiscée dans les rivalités tribales du cru pour éliminer le régime de Kadhafi avec ce résultat que la Libye a sombré à nouveau dans les haines ancestrales entre tribus de la Cyrénaïque et celles de la Tripolitaine, sans parler du Fezzan ?

Et quand le soutien étranger ne suffit pas, c’est le respect ou plutôt le non-respect de la religion qui légitime les carnages. Ainsi les Almohades misèrent-ils sur le fanatisme pour renverser la dynastie almoravide considérée comme corrompue par les plaisirs d’Al-Andalus (création berbère, et non arabe, insiste Lugan) puisque les femmes n’y étaient pas voilées et qu’on y écoutait de la musique.

L’arabisation, funeste révolution

Ce sont aussi les Almorades qui unifièrent tout le Maghreb sous la férule marocaine mais, auparavant, ces purs Berbères de l’Anti-Atlas avaient changé la physionomie de la région en ouvrant la voie aux Arabes, comme le rappelle notre auteur : « Sous le règne de Jacoub al Mansour (1184-1199), les tribus arabes Rijah, Jochem, Athbej, Sofyan, Khlot, Attej et Zoghba reçurent l’autorisation de s’installer dans les riches plaines atlantiques, alors peuplées par plusieurs tribus masmouda aujourd’hui disparues ». Ne restait plus aux Berbères restés sur place qu’à fuir vers les montagnes, pour y fomenter de nouvelles séditions, ou à s’assimiler « peu à peu aux Arabes, à telle enseigne qu’aujourd’hui, la plupart des habitants des Doukhala sont persuadés qu’ils sont d’origine arabe ».

Cette révolution, qui irradia dans tout le Maghreb, eut des répercussions aussi durables que funestes : l’agriculture, jusque-là pratiquée par les sédentaires et qui avait fait de la Numidie le « grenier à blé » de Rome, dut céder aux pratiques des nomades, ce qui entraîna des disettes endémiques car, de l’aveu même d’Ibn Khaldoun, « semblables à une nuée de sauterelles, ils détruisaient tout sur leur passage ». Des gigantesques étendues d’alfa qui remplacèrent les champs de blé, on peut tirer du papier ou des paillasses, mais pas du pain. Et le drame de l’Algérie contemporaine est qu’après l’indépendance, comme le rappelle Bernard Lugan, le FLN influencé par Nasser et le jacobinisme français se livra à une arabisation forcenée de ce qui était encore kabyle (« Nous sommes des Arabes, des Arabes, des Arabes », proclamaient dans les rues d’Alger d’immenses inscriptions après l’indépendance). Avec ce résultat que la Mitidja, cet immense verger naguère si prospère grâce à la colonisation et à l’assèchement des marais, si coûteux en vies humaines, s’est désertifiée et qu’Alger doit importer à grands frais l’essentiel des denrées alimentaires. C’est la « crise du pain » qui favorisa la montée du Front islamique du Salut et provoqua la meurtrière guerre civile qui ravagea le pays après l’annulation des législatives de juin 1990 gagnées par le FIS.

Mais comment les Berbères, par nature insoumis sinon libertaires, et où la christianisation avait été « intense » (600 évêchés identifiés en Afrique du Nord), avaient-ils pu accueillir si rapidement une religion aussi globalisante et dogmatique que l’islam qui, en 714, soit moins d’un siècle après l’Hégire, avait déjà soumis toute l’Afrique du Nord à la loi du prophète ? Du point de vue théologique et sociologique, l’islam est certes « confortable », qui après une profession de foi minimale, la chahada, n’exige l’adhésion qu’aux quatre « piliers », dont seul le ramadan est contraignant, et assure à ses fidèles un statut social et financier privilégié par rapport aux dhimmis. Mais s’y ajoutèrent des motifs économiques et politiques. Ainsi les chrétiens coptes d’Egypte, furieux de voir le concile de Chalcédoine consacrer la prééminence du patriarcat de Byzance sur celui d’Alexandrie avec pour conséquence la primauté de la Nouvelle Rome sur le grand port égyptien comme grande place économique de la Méditerranée orientale, versèrent-ils dans la dissidence, ce qui entraîna une reprise en main musclée sous Justinien et donc une grande rancœur chez les coptes se considérant comme occupés. « Ces luttes internes au christianisme préparèrent donc le terrain aux conquérants arabo-musulmans ».

Cette Histoire de l’Afrique du Nord apprendra – ou rappellera aux plus érudits – quantité d’événements marquants ou de faits moins importants mais révélateurs. Sait-on que l’armée fatimide chiite qui, en 969, marcha sur l’Egypte avant de s’emparer de Damas était « essentiellement composée de contingents berbères » partis de l’Ifrikiya-Tunisie ? Que les Mameluks, cette aristocratie d’« esclaves exclusivement blancs », Slaves, Albanais ou Caucasiens, qui régna plus de trois siècles sur l’Egypte, « méprisaient l’usage des armes à feu » qui « devint même le monopole exclusif des esclaves noirs », considérés comme « une horde méprisable » ? Alors que, comme l’a reconnu le ministre de la Défense Le Drian, « plus de 800.000 Africains attendent en Libye de franchir la Méditerranée » grâce à des passeurs qui leur font miroiter l’Eldorado contre des milliers de dollars, sait-on enfin que, depuis la conquête arabe, ce pays fut la plaque tournante de la traite négrière entre l’Afrique subsaharienne et la Méditerranée, par où transitèrent, selon certains auteurs, plus de cinq millions d’esclaves noirs, razziés par « des esclaves, qui n’étaient pas les moins sanguinaires, opérant au nom de l’islam » ? Une tradition multiséculaire, revivifiée par le catastrophique printemps libyen, auquel, pour notre plus grande honte, la France de Sarkozy cornaqué par Bernard-Henri Lévy apporta aide, subsides et armements.

Eclairé de très nombreux encadrés explicitant les points les plus divers (origine ethnique des anciens Egyptiens, piraterie contre lesquelles les puissances européennes multiplièrent les interventions armées, rôle des gouverneurs ottomans, drame des disparus d’Algérie, etc.) et d’un copieux cahier de 72 pages d’illustrations et surtout de cartes extrêmement bien faites sur l’Afrique du Nord depuis les Romains, les migrations, la progression de l’islam, des invasions et occupations, cette Histoire de l’Afrique du Nord est un indispensable livre de référence. En outre, ce qui ne gâte rien, ce gros livre se lit avec autant d’agrément que d’intérêt.

Camille Galic
15/06/2016

Bernard Lugan, Histoire de l’Afrique du Nord, éd. du Rocher 2016. 732 pages grand format avec index, bibliographie (des noms propres mais non des lieux) et cahier illustré couleur.

Notes :

  • 1/Editions du Rocher, 2001
  • 2/Critérion, 1992.
  • 3/Histoire du Monde, en cinq tomes publiés de 1960 à 1966 par Flammarion.

dimanche, 10 mai 2015

Egipto, Grecia y Chipre crean un frente unido contra la Turquía de Erdogan

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Por segunda vez en seis meses los líderes de Egipto, Grecia y Chipre (la parte greco-chipriota) se han reunido la pasada semana en Nicosia, la capital chipriota, con el fin de crear una coalición antiturca en Oriente Medio y el Este del Mediterráneo. Ellos también discutieron la situación en Palestina, la explotación de las reservas de gas y la lucha contra el terrorismo.

La cumbre tripartita -a la que acudió el presidente egipcio, Abdel Fattah al Sisi, el de Chipre, Nicos Anastasiades, y el primer ministro griego, Alexis Tsipras- discutió temas de tipo económico, político y de seguridad y tuvo lugar dentro del marco dirigido a crear un frente unido contra Turquía en un momento en el que este último país hace gala de una actitud expansionista y de agresión contra sus vecinos.

En relación al terrorismo la cumbre discutió los asuntos regionales, en especial el crecimiento del EI y sus actividades en la región del Mediterráneo, desde el Norte del Sinaí hasta las costas de Libia. Sisi dijo que el EI supone una amenaza directa a Egipto, y Grecia y Chipre mostraron también su preocupación por las actividades del grupo terrorista en el Mediterráneo. Grecia señaló que Turquía permite al EI cruzar su territorio, sin ningún obstáculo, para dirigirse a Siria e Iraq.

En el tema de Palestina, los participantes llamaron a una reanudación de las negociaciones de paz con vistas al establecimiento de un estado palestino con su capital en Jerusalén Este. La declaración final de la cumbre también subrayó que “Egipto hará esfuerzos para lograr un acuerdo de cese el fuego a largo plazo en la Franja de Gaza”.

Cooperación contra Turquía

Por su parte, los tres líderes han acordado ejercer un contrapeso al impacto negativo de las políticas turcas en la región y, sobre todo, su apoyo al terrorismo. Ellos mostraron la necesidad de colaborar en este sentido para alcanzar la estabilidad en la región a la vez que promueven los intereses económicos de los tres países.

Existe también una disputa histórica en lo que respecta a la ocupación del Norte de Chipre por Turquía desde hace 40 años. Grecia está preocupada por las aspiraciones expansionistas del presidente turco, Recep Tayyip Erdogan, y su respaldo a las organizaciones terroristas. Egipto, por su parte, ve a Turquía como una amenaza a la estabilidad por su apoyo al grupo de los Hermanos Musulmanes.

Grecia y Chipre están considerados como los mayores apoyos de Sisi en la Unión Europea y han trabajado para impedir la imposición de sanciones contra el Egipto de Sisi tras el derrocamiento de Mohammed Mursi y de los Hermanos Musulmanes.

lundi, 23 mars 2015

Les secrets de l'avalanche de milliards de dollars sur l'Égypte

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Les secrets de l'avalanche de milliards de dollars sur l'Égypte

Auteur : Nasser Kandil
Ex: http://zejournal.mobi

Du 13 au 15 mars courant s'est tenue à Charm el-Cheikh « la Conférence sur l'avenir de l'Égypte ». Quatre pays du Golfe ont promis des investissements et une aide de 12,5 milliards de dollars, et le Caire aurait signé des contrats d'investissements directs d'un montant de 36,2 milliards. Plusieurs ministres occidentaux ont fait le déplacement, dont le chef de la diplomatie américaine John Kerry.

Certains analystes se sont demandé quel était le but de ce soutien financier, éminemment politique, des Pays du Golfe et de l'Occident, notamment des États-Unis. Éviter le rapprochement entre l'Égypte et la Syrie dans leur lutte commune contre le terrorisme et les Frères Musulmans ? Éloigner l'Égypte de la Russie ? Empêcher l'Égypte de jouer son rôle historique dans la région du Moyen-Orient et le Monde arabe ?

Pour M. Nasser Kandil, sans nier toutes ces hypothèses qui pourraient paraître contradictoires, ce qui s'est passé en Égypte est en relation directe avec ce qui se passe actuellement au Yémen [NdT].

Comprendre les raisons de l'avalanche de ces milliards de dollars sur l'Égypte exige que nous envisagions les deux dimensions de cet événement :

- La relation de cette manne consentie à l'Égypte par les Pays du Golfe avec les problèmes auxquels ils font face au Yémen [depuis la prise de Sanaa par la rébellion houthiste le 21 septembre 2014, NdT].
- Le pourquoi du soutien occidental sans lequel les Pays du Golfe n'auraient pas pu placer leur argent pour redresser la situation politique et financière de l'Égypte.

En réalité, nous sommes devant une équation bi-factorielle égypto-yéménite, à la fois, géographique, démographique et économique. Car, si le Yémen est au cœur des pays arabes du Golfe, l'Égypte est au cœur des pays arabes d'Afrique, avec entre les deux la Mer rouge.

Par conséquent, lorsque nous parlons des Pays du Golfe, nous ne pouvons que tenir compte du Yémen. La preuve en est que l'Arabie saoudite, qui ne semblait se préoccuper que de la Syrie et du Liban, n'a plus d'yeux que pour ce qui se passe au Yémen. Les Saoudiens se sont battus avec tous leurs moyens financiers et relationnels pour que leur capitale, Riyad, soit le siège du dialogue entre les yéménites. Ils ont échoué.

Dès lors, comment faire alors qu'ils ne disposent pas de la force militaire nécessaire pour imposer leurs exigences comme, par exemple, la reconnaissance de Mansour al-Hadi [Le président yéménite démissionnaire qui a subordonné la poursuite des négociations nationales inter-yéménites au transfert du siège des pourparlers de Sanaa vers le Conseil de Coopération du Golfe Persique à Riyad, NdT] ou la qualification d'Aden en tant que capitale yéménite ? Comment faire face aux forces des Houtis rendues à leur frontière avec des incursions au-delà?

D'où le pari sur l'Égypte. Le président égyptien, Mohammad al-Sissi, n'a-t-il pas déclaré, au quotidien Al-chark, que la sécurité du Golfe faisait partie de la sécurité de l'Égypte ? Alors, payons ce qu'il faudra pour que les Égyptiens dépêchent leurs forces au Yémen et nous aident à imposer notre domination.

Mais voilà que les Égyptiens se comportent comme les Turcs. Les Saoudiens ont bien tenté de les réconcilier dans l'espoir de les pousser à coopérer au Yémen. Mais la réponse évidente du Turc fut : « Quand nous serons prêts à intervenir militairement quelque part, nous irons en Syrie ». Et la réponse, tout aussi évidente, de l'Égyptien fut : « Quand nous serons prêts à intervenir militairement quelque part, nous irons en Libye ».

Ne restait plus qu'à leur proposer d'assurer une sorte de « siège maritime » du Yémen par une alliance « locale » turco-égypto-saoudienne. Pourquoi ? Parce qu'il faut absolument étrangler Sanaa et empêcher les Houtis d'en faire la capitale du Yémen, alors que l'Arabie saoudite en a décidé autrement et a invité les États à transférer leurs ambassades à Aden. Une telle pression sur les régions acquises aux révolutionnaires est censée les amener à négocier une solution à Riyad et non entre yéménites, ce qui lui permettrait de les empêcher de consolider leur relation avec l'Iran.

C'était sans compter sur la colère du peuple égyptien suite à l'exécution de vingt-et-un de leurs compatriotes par Daech [EIIL, ISIS ou État islamique], en Libye ; colère qui a imposé aux autorités égyptiennes d'envisager une riposte militaire [5] et de pousser le Conseil de sécurité à mandater une intervention internationale spéciale contre le terrorisme en Libye, appuyées en cela par la France [6], l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ceci, alors que l'Égypte avait refusé d'intégrer la Coalition internationale décidée par les États-Unis suite à l'invasion de Mossoul, faute d'avoir obtenu que la guerre contre le terrorisme inclut la lutte contre les Frères Musulmans.

Mais quelle ne fut la surprise du ministre égyptien des Affaires étrangères, une fois rendu à l'ONU [Conseil de sécutité du 18 février 2015, NdT], de constater que le Qatar s'opposait à qualifier la demande égyptienne de « demande formulée par les États arabes » et que, vérification faite, l'Arabie saoudite soutenait le Qatar !

Ici, la décision a été dictée par l'administration américaine, et cette décision est liée au Yémen : « Laissez agir les Frères Musulmans. Qui d'autres vous restent-ils pour défendre vos intérêts au Yémen ? ». Par conséquent, l'Arabie saoudite mise devant le fait de choisir entre la volonté de l'Égypte et les Frères Musulmans, qui l'aideraient à rétablir l'équilibre des forces escompté au Yémen, a choisi ces derniers.

D'où la déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Faisal, se résumant à dire : « Nous n'avons aucun litige avec les Frères Musulmans ». D'où le rétablissement des relations entre l'Arabie saoudite et le Qatar. D'où la volte-face des Saoudiens contre l'Égypte et en faveur du Qatar.

Ainsi, et nous devons l'admettre, l'Égypte a été maîtrisée par le refus de sa demande d'une intervention internationale spéciale en Libye, l'administration US lui ayant fait savoir que la solution devra être politique. Laquelle solution passe par les Frères Musulmans et la recherche d'un accord entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar.

Le régime égyptien s'est donc incliné en dépit du soutien de la Russie prête à coopérer, la coalition contre le terrorisme en Libye n'a pas eu lieu, mais instruction a été donnée aux Pays du Golfe d'ouvrir les tiroirs-caisses pour distraire le peuple égyptien par la manne financière à venir. Et les voilà tous rendus à Charm el-Cheikh pour claironner des chiffres de 10, 18, puis 30 milliards de dollars, qui pourraient atteindre les 100 milliards si l'année prochaine il s'avérait que les investissements étaient profitables.

Alors qu'en réalité, il s'agit essentiellement de projets et de prêts dont les intérêts iront aux nantis, et de placements bancaires destinés à éviter l'écroulement de la monnaie égyptienne ; ce qui ne modifiera pas grand-chose du revenu réel des citoyens égyptiens écrasés par la pauvreté.

Partant de là, nous pouvons donc répondre aux questions suivantes :

- L'équation yéménite penchera-t-elle en faveur de l'Arabie saoudite ? NON.
- L'équation libyenne penchera-t-elle en faveur de l'Égypte ? NON.
- L'Égypte, acceptera-t-elle de s'aventurer dans une guerre contre le Yémen ? NON.
- La Turquie, acceptera-t-elle de s'aventurer dans une guerre contre le Yémen ? NON.
- L'Arabie saoudite, se trouvera-t-elle obligée d'accepter de revenir au dialogue inter-yéménite qui devrait déboucher sur un Conseil présidentiel, avec les Houtis comme interlocuteurs de poids ? OUI.
- Le gouvernement égyptien se trouvera-t-il obligé à une confrontation, car si les Frères Musulmans arrivaient au pouvoir en Libye, même au sein d'un gouvernement d'union nationale [actuellement, deux gouvernements et deux assemblées législatives, NdT], ils se renforceront en Égypte ? OUI.

Autrement dit, la situation évolue dans un sens qui ne sert pas les intérêts de ceux qui se sont embarqués dans le sillage des USA, que ce soit du côté saoudien ou du côté égyptien.

Ceci, alors que le destin de l'Égypte est de s'associer avec la Syrie dans la guerre contre Daech, Jabhat al-Nosra et les Frères Musulmans, et que le destin de l'Arabie saoudite est de reconnaître humblement que les Houtis sont désormais un facteur obligatoirement déterminant dans les négociations, ainsi que dans le dialogue inter-yéménite, et que leur relation avec l'Iran, au cas où elle se concrétise, ne peut les affecter en tant que force patriote yéménite capable d'apaiser les tensions, non l'inverse.

Note : Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député, Directeur de TopNews-nasser-kandil, et Rédacteur en chef du quotidien libanais Al-Binaa.


- Source : Nasser Kandil

mardi, 17 mars 2015

Une Alliance stratégique Iran/Russie/Egypte est-elle possible?

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Une Alliance stratégique Iran/Russie/Egypte est-elle possible?

Ex: http://nationalemancipe.blogspot.com
 
Les crises régionales ont élargi la convergence politique Téhéran-Moscou, ce qui a amené un pays, comme l'Egypte, à être convergent avec l'Iran et la Russie, au sujet des dossiers régionaux. Le ministre russe de la Défense s'est rendu, du 19 au 21 janvier, à Téhéran, où il a rencontré ses pairs iraniens, et signé avec eux un accord, qui prévoit d'accroître la coopération militaire et défensive entre l'Iran et la Russie.
 
Dans un article, le Centre des études arabes et des recherches politiques a procédé à un décryptage de cette visite, première du genre, depuis 2002. Dans son analyse, ce Centre évoque la signature de cet accord de coopération entre l'Iran et la Russie, dans les domaines de la formation, de l'exécution des manœuvres, et écrit : les médias iraniens et russes ont qualifié cette visite de très importante, dans leurs estimations, et ont souligné que cette visite sera un point de départ, pour la constitution d'une alliance stratégique entre l'Iran et la Russie. Ces médias ont indiqué que Moscou avait signé avec l'Iran le contrat de la vente à Téhéran des missiles S-300, d'avions de combat de type "Soukhoï", "Mig-30", "Soukhoï 24", ainsi que des pièces détachées nécessaires. La récente visite, en Iran, du ministre russe de la Défense semble être considérée comme stratégique, car elle sert les intérêts des deux parties, les deux pays étant exposés aux pressions de l'Occident, l'Iran, pour son programme nucléaire, et la Russie, en raison de la crise d'Ukraine.

 Cependant, certains analystes ne sont pas aussi optimistes, quant à ces accords, et disent qu'ils ne sont pas le signe d'un changement stratégique, dans les relations Téhéran-Moscou, car la Russie n'a rien fait, pour empêcher l'adoption, par l'Occident, des sanctions contre l'Iran, et a, d'ailleurs voté, toutes les résolutions anti-iraniennes, adoptées par le Conseil de Sécurité de l'ONU. La Russie a exprimé son mécontentement des pourparlers Iran/Etats-Unis, à Oman, sans l'invitation faite à ce pays d'y assister. En plus, en 2010, la Russie a refusé d'honorer ses engagements, pour vendre le système de défense anti-aérienne S-300, dans le cadre d'un contrat, signé avec l'Iran, d'un montant de 800 millions de dollars. 
 
La Russie a achevé la centrale atomique de Boushehr, avec un retard de dix ans. De plus, les Russes ne voient pas d'un bon œil le programme nucléaire iranien, et c'est pour cela qu'ils se sont rapprochés, à cet égard, des Occidentaux. A cela, s'ajoute le fait que les Russes sont inquiets de l'accès à un accord entre l'Iran et l'Occident, car un tel accord permettra à l'Occident de s'approvisionner en énergie, auprès de l'Iran, et mettre, ainsi, fin à sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. 
 

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Cela étant dit, il y a de nombreux intérêts communs entre les deux pays, surtout, en ce qui concerne les dossiers régionaux, des intérêts communs, qui l'emportent sur les hésitations, les doutes et les divergences. A ce propos, le Directeur du Centre d'études et d'analyses stratégiques de Russie dit : «A l'instar de la Russie, l'Iran est opposé à la croissance et à la montée en puissance des groupes takfiris extrémistes, au Moyen-Orient. Affectés par la baisse du prix du pétrole, les deux pays réclament la hausse du prix du pétrole. 
En outre, les deux pays se trouvent, dans des positions similaires, dues aux sanctions, appliquées à leur encontre, par l'Occident. L'Iran et la Russie s'accordent, unanimement, à soutenir le gouvernement de Bachar al-Assad, en Syrie, et à freiner la montée en puissance et la croissance des groupes terroristes takfiris et extrémistes, comme «Daesh». Les deux pays sont d'avis que la montée en puissance d'un tel groupe et des groupes similaires, représente un défi important, pour leur politique régionale et internationale, ainsi que pour leurs intérêts nationaux.
 
 Mais cela ne s'arrête pas là. Les deux pays sont parvenus, récemment, à une autre convergence, sur le plan régional, qui est celle liée au dossier du Yémen, à telle enseigne, que Moscou, comme Téhéran, ont annoncé leur soutien au mouvement d'Ansarallah. Moscou est persuadée que le soutien au Mouvement d'Ansarallah fournira à ce pays la possibilité de reprendre ses chaleureuses et amicales relations avec le Yémen, qui marquaient les années de la guerre froide. Mais la raison la plus importante, qui conduit à cette convergence Téhéran/ Moscou, c'est leur position unie, face à l'Arabie Saoudite. Ils veulent mettre sous pression l'Arabie Saoudite, sur le plan régional, notamment, au Yémen. Depuis novembre, l'Arabie a abaissé le prix du pétrole, pour s'aligner sur les Etats-Unis, en vue d'exercer des pressions sur l'Iran et la Russie. En guise de réaction, la Russie a soutenu le Mouvement d'Ansarallah, qui fait partie de l'axe chiite, dans la région. Cet axe est considéré, actuellement, comme le plus important allié de Moscou, dans la région, pour faire face aux pays, tels que l'Arabie saoudite et aux groupes terroristes, comme «Al-Qaïda», en général, dans la région, et, en particulier, au Yémen.
 
 La Russie a tout fait, au Conseil de sécurité de l'ONU, pour l'empêcher de déclarer, comme étant illégaux, les développements, survenus au Yémen, pour justifier, ainsi, le recours à la force, afin de réprimer les révolutionnaires. Parallèlement à l'accroissement de la coordination et de la convergence politique entre l'Iran et la Russie envers des dossiers régionaux, dont le Yémen et la Syrie, le changement de position de l'Egypte envers la crise syrienne a suscité l'étonnement de beaucoup de gens. Cela a montré que le Caire s'inquiète, grandement, de la croissance et de la montée en puissance des groupes et courants salafistes et takfiris extrémistes. D'où sa position convergente avec celle de l'Iran et de la Russie sur la Syrie. Cette convergence politique du Caire avec Téhéran et Moscou ne se borne pas au dossier syrien, car elle s'est élargie aux évolutions yéménites, car l'Egypte ne voit pas dans la montée en puissance d'Ansarallah, au Yémen, une menace contre sa sécurité nationale.

mardi, 03 mars 2015

La difícil aventura egipcia en Libia

Por Abdel Rahman Nassar

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No hay orgullo en la respuesta de Egipto al destino de sus rehenes. El país puede estar encaminándose a una batalla sin fin contra el grupo terrorista EI en Libia, una organización que se expande en un fragmentado país. Por otro lado, el gobierno egipcio está buscando lanzar esta guerra en el país vecino aprovechando para ello el asesinato de 21 coptos egipcios el día 15 de febrero como una oportunidad que le permita recabar apoyo popular para la misma.

De este modo, Egipto ha decidido librar una guerra sin fin aparente contra el terrorismo. Anteriormente, el país consideraba que su implicación en la lucha contra este fenómeno en el Sinaí era suficiente y mostró su rechazo a participar en ataques aéreos de la coalición en Siria o Iraq contra el EI, ofreciendo sólo apoyo logístico y de inteligencia. Ahora, sin embargo, busca convertirse en la punta de lanza de una campaña aérea en Libia.

Esto llevará a que Egipto opere más allá de sus fronteras por primera vez y, al menos públicamente, sin un marco temporal específico. En segundo lugar, hay desafíos relativos a la propia Libia, ya sea en términos de su topografía y su composición tribal, que podrían complicar la misión.

Una fuente diplomática egipcia ha revelado que su país está tratando de formar una alianza para llevar ataques en Libia que comprendería a Francia, Italia, Arabia Saudí, Kuwait y los EAU. La fuente indicó que existen conversaciones entre Egipto y Rusia para asegurar el apoyo ruso a las operaciones del Ejército egipcio en Libia, según la agencia de noticias Anadolu.

Sin embargo, lo que El Cairo ha decidido hacer equivale a una aventura o juego con resultados no calculados. Ciertamente la realidad de la presencia del EI en Libia difiere de su presencia en Iraq, Siria e incluso en el este de Egipto. Existe un mosaico de grupos armados en Bengasi, Misrata y Trípoli, incluyendo la Wilaya Barqa (Cirenaica), un grupo que se vinculó al EI hace varios meses. Sin embargo, muchos de estos grupos tienen también vínculos tribales entre sí.

Incluso la presencia de un aliado como el general Jalifa Haftar y sus fuerzas no garantiza que los ataques aéreos de Egipto consigan resultados. La Operación Dignidad, que Haftar ha lanzado desde hace hace más de un año, no ha logrado ningún resultado apreciable sobre el terreno.

Egipto asume que los bombardeos degradarán al EI, pero en realidad ellos no han impedido al grupo continuar sus ataques contra intereses de Egipto e incluso en suelo egipcio. Libia es hogar de más de medio millón de egipcios y tiene una frontera común de casi 1.150 kms de largo así como intereses comunes y mezclados con Egipto. La región fronteriza ha sido una puerta por la que se encaminaban armas y yihadistas hacia Siria e Iraq.

El EI puede incrementar también sus ataques en el este de Egipto a través de su afiliado Wilaya Sinai. Por su parte, Wilaya Barqa ha amenazado con atacar y secuestrar a egipcios en Libia y llevar ataques contra Egipto a través de Barqa y Fezzan.

Para complicar las cosas, no todas las fuerzas políticas de Libia apoyan los ataques egipcios. Algunos partidos prominentes como el Congreso Nacional Libio ven estos ataques como una violación de la soberanía libia, en contraste con su actitud en el pasado cuando no calificaron los ataques internacionales contra el régimen de Gadafi en tales términos.

Los Consejos de la Shura de los Muyahidines en las ciudades expresaron las mismas objeciones y acusaron al Ejército egipcio de colaborar con Haftar y de matar a civiles.

Por último, la actuación del Ejército egipcio en Libia significaría la apertura de dos frentes, Libia y el Sinaí, en los que haría frente a una dilatada guerra de guerrillas.

Tampoco existe una unanimidad en Egipto a favor de la implicación del país en un conflicto en Libia. Algunos partidos creen que Egipto está luchando la “guerra de otros” a pesar de su condena a los asesinatos de los coptos.

Por otro lado, no es un secreto que todos estos acontecimientos tienen lugar en un momento en el que el nuevo régimen egipcio trata de consolidar su poder a través de elecciones parlamentarias y logros económicos. Este nuevo conflicto podría llevar, sin embargo, a generar un rechazo popular al gobierno de Sisi.

Libia acusa a Turquía de apoyar el terrorismo en su territorio

Turquía ha advertido al primer ministro reconocido internacionalmente de Libia, Abdulá al Zinni, que evite realizar declaraciones “irresponsables” y “hostiles” después de que él acusara a Ankara de interferirse en los asuntos internos de Libia y apoyar el terrorismo.

“Esperamos que los responsables del gobierno interino de Libia revisen su actitud irresponsable hacia nuestro país y eviten declaraciones hostiles y sin fundamento”, dijo una declaración oficial del Ministerio de Exteriores turco el jueves.

Este choque diplomático se produjo después de que el primer ministro libio acusara a Turquía injerencia en los asuntos internos y de apoyo al terrorismo el miércoles durante una entrevista con el periódico Asharq al Ausat.

Al ser preguntado sobre el apoyo de grupos extranjeros a los terroristas en Libia, Zinni apuntó al papel de Turquía en este hecho y dijo: “Lo que proviene de Turquía tiene un impacto negativo en la seguridad y estabilidad de Libia”.

Durante su entrevista, Zinni también afirmó que el gobierno libio podría expulsar a las compañías turcas del país norteafricano si Ankara no detiene sus injerencias.

La declaración del Ministerio de Exteriores turco advierte, por su parte, al gobierno libio que Ankara se verá obligada a tomar “las medidas apropiadas” si tales declaraciones continúan.

Turquía aconsejó en enero a todos sus ciudadanos en Libia que abandonen el país debido a la deteriorada situación de la seguridad en él.

Libia tiene dos gobiernos rivales que luchan por el control del país. Una facción islamista controla la capital, Trípoli, mientras que el gobierno reconocido internacionalmente está situado en la ciudad de Tobruk.

El gobierno y el parlamento electo se vieron obligados a trasladarse a Tobruk después de que un grupo armado basado en la ciudad de Misrata, al noroeste del país, tomara Trípoli y la mayoría de instituciones gubernamentales en agosto de 2014.

Libia, Siria e Iraq han acusado al gobierno turco del presidente Recep Tayyip Erdogan de apoyar el terrorismo, incluyendo los grupos más extremistas como el EI y el Frente al Nusra, este último vinculado a Al Qaida.

vendredi, 27 février 2015

L'Egypte, face à Daech, joue sa survie

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L’ÉGYPTE, FACE A DAECH, JOUE SA SURVIE

Il faut mettre les pays du golfe au pied du mur

Jean Bonnevey
Ex: http://metamag.fr

Le maréchal Sissi hésite a intervenir militairement au sol en Libye contre la secte musulmane «  état islamique ». Il sait qu’il aura du mal à organiser une coalition même si certains en Italie sont tentés d’agir avant que le «  califat » ne débarque en Sicile.


L’Egypte a tout à craindre d’être prise en étau entre deux branches de l'EI qui pourraient radicaliser encore plus l’opposition, parfois déjà terroriste, des frères musulmans. Le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, s'est placé en première ligne de la lutte contre le terrorisme. Après avoir frappé l'Etat islamique en Libye, le raïs a demandé une résolution du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies pour une intervention militaire d'une coalition en Libye. « Il n'y a pas d'autre choix », a-t-il affirmé, sinon ce pays va se transformer en « terreau  » du terrorisme et menacer, outre son pays, « le bassin méditerranéen et l'Europe ».


A la question de savoir si l'armée égyptienne allait de nouveau bombarder les positions des djihadistes en Libye, il a répondu : « Nous avons besoin de refaire une telle réponse mais ensemble, pour arrêter le terrorisme. » D'autant que l'intervention ouvre un nouveau front pour l'armée égyptienne, qui peine déjà à contrer sur son territoire des djihadistes affiliés à l'EI.


Le Caire, en tout cas, veut mettre ses alliés occidentaux face à la réalité du jeu Qatari. «Le Qatar n’approuve pas les raids aériens égyptiens en Libye, rappelant son ambassadeur au Caire pour consultations», a rapporté, mercredi soir, l’agence de presse qatarie QNA. Doha a en effet exprimé ses réserves au sujet de la décision unilatérale de l’Egypte de mener des raids en Libye sans consulter les autres pays arabes. Au lendemain du massacre de 21 Egyptiens coptes par des combattants de l’Etat islamique, la réponse du Caire ne s’est pas faite attendre. L’armée de l’air égyptienne a bombardé, lundi matin, des positions du groupe Etat islamique en Libye, après la diffusion de la vidéo montrant la décapitation des Egyptiens. 


Ces dernières années, les relations entre l’Egypte et le Qatar n’ont jamais été au beau fixe et se sont même détériorées. En janvier 2014, le ministère égyptien des Affaires étrangères avait même convoqué l’ambassadeur du Qatar pour protester contre les critiques de Doha concernant la répression des Frères musulmans depuis la destitution par l’armée du Président Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013. Or, le Caire a banni la confrérie des Frères musulmans considérée désormais comme une "organisation terroriste". Il lui est d’ailleurs interdit de manifester au risque de sévères représailles. L’Egypte accuse en outre le Qatar de soutenir les Frères musulmans. D’ailleurs, le Qatar a beaucoup surpris en décembre 2014 lorsqu’il a décidé de soutenir la politique du Président Abdel Fattah al-Sissi, se rangeant du côté des autres pays arabes, au sommet des six pays du Golfe. Après moult tergiversations, Doha s’est incliné pour soutenir le Président égyptien, alors qu’il avait fait de son appui aux Frères musulmans l’axe central de sa stratégie.


Le Qatar n’ en finit pas de jouer double ou triple jeu, un peu selon le modèle pakistanais mais avec des moyens financiers incomparables. Quand aux autres monarchies du golfe elles ne savent plus que faire. Après les déclarations du délégué égyptien qui accusait Doha de soutenir le terrorisme, le Conseil de coopération du Golfe a, dans un premier temps, défendu le Qatar, avant de réaffirmer son appui à la lutte menée par Le Caire contre le terrorisme.


Les monarchies du Golfe ont apporté, jeudi 19 février, leur soutien au Qatar dans son différend avec l'Égypte, qui a accusé Doha de "soutenir le terrorisme" lors d'une réunion arabe sur les raids aériens égyptiens contre des positions de l’organisation de l’État islamique (EI) en Libye. Quelques heures plus tard, elles nuançaient leur position en appuyant l'Égypte dans ses actions militaires. C’est l’Egypte qu’il faut donc appuyer militairement et politiquement et tant pis pour les droits de l’islamiste.

 

dimanche, 22 février 2015

OPPOSÉ AUX FRAPPES CONTRE L’ÉTAT ISLAMIQUE EN LYBIE, LE QATAR RAPPELLE SON AMBASSADEUR EN EGYPTE !

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OPPOSÉ AUX FRAPPES CONTRE L’ÉTAT ISLAMIQUE EN LYBIE, LE QATAR RAPPELLE SON AMBASSADEUR EN EGYPTE !

Source: www.noterror.fr 

Le Qatar a rappelé jeudi 19 février son ambassadeur en Égypte à la suite d’un différend survenu lors d’une réunion de la Ligue arabe sur les raids aériens égyptiens contre des positions du groupe Etat islamique (EI) en Libye, a annoncé l’agence de presse officielle QNA.

Selon un responsable du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Doha a décidé de rappeler pour consultations son ambassadeur au Caire en raison d’une déclaration du délégué égyptien à la Ligue arabe, a indiqué QNA.

L’ÉGYPTE ACCUSE LE QATAR DE SOUTENIR LE TERRORISME

L’agence qatarienne n’a pas donné de précisions sur la teneur de la déclaration du délégué égyptien. Mais la chaîne de télévision qatarienne Al-Jazeera a affirmé que les Égyptiens avaient accusé le Qatar de soutenir le terrorisme.

Des médias égyptiens ont eux aussi rapporté que le délégué égyptien à la Ligue arabe, Tariq Adel, avait accusé le Qatar de soutenir de terrorisme, au motif que le délégué qatarien avait exprimé des réserves sur une clause approuvant les raids aériens égyptiens contre les djihadistes.

Le ministère qatarien des Affaires étrangères a confirmé dans un communiqué que le Qatar avait émis dans le cadre de la Ligue arabe des réserves sur une approbation des raids égyptiens en Libye, soulignant la nécessité de « consultations avant toute action militaire unilatérale contre un autre État membre » de l’organisation panarabe.

Des appareils F-16 de l’armée de l’air égyptienne ont bombardé mardi des bases djihadistes à Derna, dans l’est de la Libye, à la suite de la publication par l’EI d’une vidéo montrant la décapitation de 21 coptes égyptiens qui se trouvaient en Libye à la recherche de travail et avaient été capturés par le groupe.

jeudi, 19 février 2015

Egypte: pourquoi tant d'hostilité de la part des droits de l'hommistes en France?

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Egypte: pourquoi tant d'hostilité de la part des droits de l'hommistes en France?

par Jean-Paul Baquiast
Ex: http://www.europesolidaire.eu
 
Deux évènements simultanés se recouvrent ce lundi. Le premier est le fait que des avions de combat égyptiens ont bombardé des positions de l'organisation Etat islamique en Libye, après que cette organisation y eut revendiqué la décapitation de 21 chrétiens coptes égyptiens dans une vidéo. Le président Abdel Fattah al-Sissi avait convoqué d'urgence dimanche soir le Conseil national de défense et juré de punir les "assassins" de la manière "adéquate".
Il faut féliciter l'Egypte d'intervenir en Libye, devenu foyer incontrôlable de djihadismes, alors que les Etats voisins, y compris les Etats européens, laissent faire. Ces mêmes Etats qui sur le papier se disent protecteurs des Chrétiens d'Orient persécutés par les islamistes partout où ceux-ci le peuvent, c'est-à-dire partout au Moyen Orient sauf en Egypte et dans la Syrie de Bashar al Assad. 

Le second événement est que le ministre français de la défense doit signer ce même lundi au Caire un contrat très attendu pour la vente à l'armée égyptienne de 24 Rafales, d'une frégate et de divers autres matériels. Or diverses protestations ont été formulées en France concernant ce contrat. Ainsi, peu avant la mise au point finale du contrat, Amnesty International France, rejoint par Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale du parti écologiste EELV, avait ainsi appelé le gouvernement à "suspendre tous les transferts d'armes" à l'Égypte en raison de la "répression, sans précédent depuis 30 ans" dans le pays.

Mais pourquoi tant d'hostilité à l'égard de l'Egypte? On peut penser qu'elle n'est pas spontanée, mais fortement téléguidée par des mouvements sous influence de Washington, et trouvant en France le relais des intérêts atlantistes. Amnesty a depuis longtemps montré que ses jeux n'étaient pas toujours clairs. Concernant le Rafale, cette vente est considérée par le lobby militaro-industriel américain comme une atteinte grave au monopole que celui-ci depuis des années s'efforce de se donner dans le domaine des avions de combat, en imposant aux « alliés » de l'Otan l'achat de F 35 Lockheed Martin qui se révèlent en fait une catastrophe industrielle (mais pas une catastrophe financière pour le lobby qui a encaissé près de mille milliards de commandes fédérales).

Concernant l'Egypte proprement dite, Washington ne lui pardonnera certainement pas un possible rapprochement avec la Russie, qui devrait faire suite à la visite récente au Caire du président Poutine (Voir notre article du 10 février, dont il est inutile de reprendre les arguments ici http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1657&r_id= )

Il est bon que le président Hollande affiche vis-à-vis des Etats-Unis une volonté d'indépendance dans ses relations avec le gouvernement égyptien actuel. Il faudrait même que des accords diplomatiques et militaires plus précis s'en suivent. Quand à l'Europe, qui se borne à déléguer à Obama le soin de la protéger de l'Etat islamique, avec les succès que l'on sait, elle devrait d'urgence, dans un premier temps, aider l'Egypte à surmonter ses difficultés économiques. Celles-ci facilitent les recrutements islamistes  dans les campagnes.

PS à 12h ce jour. Dernière nouvelle: l'Italie semblerait décider à intervenir avec des troupes au sol en Libye. Quid de l'Espagne, de l'Allemagne et autres grands vertueux?

Jean Paul Baquiast

dimanche, 15 février 2015

Si, si, l’Égypte achète bien des Rafale!

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Si, si, l’Égypte achète bien des Rafale!
 
Le contrat d’armement avec l’Égypte est confirmé ce jeudi et doit être paraphé lundi prochain par les chefs d’État respectifs.
 
Ancien pilote de chasse
Ex: http://www.bvoltaire.fr
 

Donc, le contrat d’armement avec l’Égypte est confirmé ce jeudi et doit être paraphé lundi prochain par les chefs d’État respectifs. La rapidité de la conclusion – moins de 6 mois depuis les premiers contacts – et la signature au niveau étatique suggère une double signification.

C’est le « client » qui semble être venu solliciter l’acquisition des matériels. Procédé qui bouscule les longues manœuvres de promotion et transactions commerciales habituellement nécessaires en cas de besoin annoncé et qui se conjuguent avec de redoutables défis face à la concurrence internationale.

Soit l’Égypte a choisi la France pour des raisons politiques et/ou financières, soit les performances des systèmes répondent au mieux aux menaces et objectifs présents, voire nouveaux, retenus par l’état-major égyptien.

Dans les déclarations officielles et dans les médias, on parle toujours et seulement des avions et bateaux, c’est-à-dire des « porteurs », ceux qui font de belles photos et vidéos de démonstration publique ou de revue navale. Mais ce qui en fait l’efficacité offensive réelle, les systèmes d’armes, n’est que peu révélé. C’est pourtant ce critère qui détermine une sélection judicieuse quand les pressions politiques n’y font pas obstacle.

Les missiles de MBDA et EADS qui arment chasseurs et frégates associés aux électroniques Thales ou autres sont les vrais outils d’efficacité et de supériorité. L’avenir dira, peut-être, si ce sont ces qualités opérationnelles qui ont précipité les Égyptiens sur le marché français.