Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 30 septembre 2026

La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

Pier-Paolo-Pasolini-ed-Ezra-Pound-Vittorugo-Contino-1967.-Collezione-privata.jpg

La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

Par Giovanni Sessa

Source: https://www.barbadillo.it/133742-lincontro-tra-pound-e-pa...

Les vies et la vision du monde des deux protagonistes de l’ouvrage: «Elles se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité».

Cop_Gallesi_Pound-e-o-Pasolini-400x654.jpgLuca Gallesi, essayiste et journaliste de premier plan, est un spécialiste reconnu d’Ezra Pound. Il a consacré un nombre considérable de publications au poète américain. Son dernier travail sur le sujet est un livre véritablement important. Nous faisons référence à Pound et/ou Pasolini, paru aux éditions Ares. Ses pages permettent de faire la lumière sur deux auteurs anticonformistes, critiques de la société consumériste et capitaliste qui, bien qu’ils aient suivi des voies politiques différentes, au cours d’un cheminement de recherche marqué par des passions et des souffrances personnelles, furent en réalité, à y regarder de près, des intellectuels en quelque sorte complémentaires. L’ouvrage est enrichi d’une introduction de Giuseppe Garrera qui en restitue le contexte. Les vies et les visions du monde des deux protagonistes du livre «se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité» (p. 13).

À la fin des années 1960, Pound et Pasolini semblent appartenir à deux mondes inconciliables. Ils appartiennent à des générations différentes. Pasolini «est bien intégré […] à l’establishment culturel, tandis que le vieux poète s’est presque retiré de la scène» (p. 13); il a laissé derrière lui le tempus dicendi et est entré dans le tempus tacendi.

Les lettres de l’intellectuel frioulan à Scheiwiller, l’éditeur italien de Pound, témoignent clairement d’un pathos hostile, dicté par des préjugés politiques, à l’égard de l’auteur des Cantos, qui fut interné pendant de longues années dans un hôpital psychiatrique judiciaire en raison de son adhésion au fascisme. Gallesi rappelle également qu’en 1965, Pasolini porta un jugement dévastateur sur le Dante de Pound, jugement fondé sur une évidente incompréhension idéologique. Pound était un critique acerbe du mode de vie américain, tandis que Pasolini était fortement attiré par la culture du Nouveau Monde. Pourtant, les deux hommes avaient en commun, sur le plan existentiel, leurs origines paysannes et la conviction que la poésie constituait l’unique paideia possible dans un monde désormais désacralisé, capable de mettre en accusation la dévastation de la nature et de la psyché humaine produite par la démesure usuraire du néocapitalisme.

À l’instar de l’Italien, Pound confie au cours d’un entretien qu’il «lutte pour résister à l’idée que l’Europe et la civilisation sont en train d’aller en enfer» (p. 17). Comme le remarque Gallesi, l’engagement des deux intellectuels ne fut pas sic et simpliciter politique, mais revêtit un caractère éminemment éthique et social. Chez l’Américain, cet engagement fut suscité par son adhésion à l’éthique confucéenne. À la lumière de la bibliographie critique la plus reconnue, l’auteur de Pound et/ou Pasolini retrace les vies tourmentées des deux intellectuels et expose avec force de conviction leur vision complexe du monde, en s’attardant notamment sur le retour de Pound en Italie.

ginsberg.jpg

Il présente également la rencontre entre le poète américain et l’un des plus grands représentants de la Beat Generation, Allen Ginsberg (photo): «Pound […] est intrigué par ce jeune homme aux cheveux longs» (p. 38), qui admire sa poésie, mais qui «partage aussi ses idées économiques, qu’il considère comme actuelles» (p. 39), en particulier sur la question de la guerre, brutalement revenue au centre du débat public avec l’embrasement du conflit vietnamien.

À la même époque, Pasolini rencontra lui aussi Ginsberg: «Le poète beat appartient à la nouvelle gauche américaine, que Pasolini considère comme l’un des ferments culturels les plus importants de son époque» (p. 40). Ginsberg fut un homme courageux : il eut l’audace de défendre Pound contre les attaques de critiques littéraires liés à la CIA.

Ezra_Pound_cc_img.jpg

Certes, Pound fut, à sa manière, «fasciste», tandis qu’après la Seconde Guerre mondiale Pasolini se rangea parmi les «antifascistes» alors que l’heure de cette confrontation était déjà largement passée. À ce propos, Gallesi remarque opportunément que Pier Paolo, en homme libre, écrivit également dans Il Reporter, financé par Arturo Michelini, et qu’il fut introduit au Corriere della Sera par Gaspare Barbiellini Amidei, un homme qui n’appartenait certainement pas à la gauche.

ipppmages.jpg

Les trajectoires existentielles et intellectuelles de Pound et de Pasolini se rencontrèrent lors de l’entretien télévisé déjà mentionné, tourné en octobre 1967 et diffusé le 7 juin de cette même année: «Le mérite de cette rencontre mémorable revient entièrement à un jeune reporter de la Rai de l’époque […] Vanni Ronsisvalle» (p. 54). Celui-ci était à la fois un ami de Pasolini et un admirateur de la poésie de l’Américain. Grâce à lui, les réticences initiales d’Olga Rudge, préoccupée par les répercussions politiques que l’entretien aurait pu provoquer, furent surmontées. L’entretien figure dans le documentaire Une heure avec Ezra Pound, produit par la Rai pour l’émission «Incontri», dirigée par Gastone Favero. La voix off qui ouvre le programme et intervient entre les échanges des deux intellectuels est celle d’Arnoldo Foà. Les Cantos, quant à eux, sont commentés par Carlo Izzo, Eugenio Montale et Sergio Pautasso.

L’entretien, dont Gallesi reconstitue et analyse de manière critique les passages les plus importants, révèle tout l’univers intellectuel et poétique de Pound, y compris ses idées d’économiste hérétique. Il s’agit d’une lecture décisive pour l’exégèse de l’apport intellectuel poundien, qui permet également, grâce à la fluidité de la prose de l’auteur, de saisir le caractère extraordinaire de ce document télévisé. Les «antimodernes» Pound et Pasolini se rencontrèrent grâce au média télévisuel, dont ils avaient tous deux dénoncé le caractère «diaboliquement» problématique.

Les échanges entre les deux hommes au sujet de Joyce, Eliot et Brâncuşi nous paraissent particulièrement significatifs. En outre, à propos des Cantos, l’auteur observe: «Il importe de souligner que Pound n’accepte nullement le jugement expéditif de ceux qui affirment le caractère fortuit des citations […], lesquelles sont au contraire […] des parties d’un thème principal qui est repris et répété, comme dans une partition musicale» (p. 84).

9788899196080-us.jpg

Au cours de l’entretien, Pier Paolo abandonne ses préjugés politiques à l’égard du poète et, dès lors, «Pound est de plus en plus présent dans l’œuvre de Pasolini» (p. 112). Dans le film Salò ou les 120 Journées de Sodome, consacré au thème de «l’anarchie du pouvoir», après les tortures infernales infligées à certains des protagonistes, on entend à la radio la voix de Pound lisant le chant XCIX, dans lequel est reproduit l’Édit sacré, recueil de préceptes éthiques confucéens. Les violences du film constituent la négation des vers de Pound et des valeurs fondamentales pour lesquelles le grand poète s’est battu. Ces vers représentent un contre-chant salvateur face à la démesure du temps présent.

Luca Gallesi, Pound e/o Pasolini, introduction de G. Garrera, Éditions Ares, 136 pages, 14 euros.

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

mv-wahlsystem-aufmacher.jpg

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Alexandre Douguine

Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?

Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.

Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.

Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.

Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.

csd.jpg

nsb-slado-aktion-zur-bundestagswahl-waehl-liebe_-34.jpg

Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.

Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.

L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

landtagswahl-thueringen-2024-symbolfoto-100-1920x1080.jpg

Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

alexandre douguine,entretien,actualité,allemagne,afd,europe,affaires européennes

Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.

Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».

61+d1SR7OFL._UF1000,1000_QL80_AIweblab1381794,T1_.jpgVous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.

Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.

Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».

Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.

Perte de la raison pure

8be1211100bd9d5d3f385785e3327e43.jpg

Perte de la raison pure

Par le Dr. Hans Hofmann-Reinecke

Source: https://pi-news.net/2026/09/verlust-der-reinen-vernunft/

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel.

La raison est la faculté de reconnaître les liens entre les choses et d’agir sur la base des connaissances ainsi acquises. À cette aune, aucune des décisions politiques stratégiques prises au cours des quinze dernières années n’a été raisonnable. Aujourd’hui, la réalité rattrape nos gouvernants, qui tentent par tous les moyens de se maintenir au pouvoir contre la volonté de la population. Mais comment a-t-on seulement pu en arriver là?

Supposons tout d’abord que les gouvernants s’efforcent de consacrer toutes leurs forces au bien-être du peuple, d’accroître sa prospérité et de le préserver de tout préjudice. On sait certes que Mobutu, Mugabe et leurs semblables sont devenus milliardaires grâce à la corruption et aux dépens des peuples qui leur avaient été confiés, mais cela, c’est l’Afrique. En Europe, voire au sein de l’Union européenne, de tels manquements de la part de nos dignitaires seraient tout de même inconcevables.

Comment a-t-il alors été possible que notre pays soit si impitoyablement ruiné sous les yeux d’une population éclairée et démocratique?

Depuis Emmanuel Kant, nous savons que la raison pure ne saurait être l’unique source de nos décisions. Les réactions vitales sont déclenchées par des émotions profondément programmées dans notre système d’exploitation. Lorsque la main est posée sur une plaque de cuisson brûlante, il n’est pas temps d’analyser les causes ni de comparer les différentes possibilités d’action.

Nous sommes donc dotés de deux systèmes de navigation indépendants, qui se contredisent parfois: la raison et le sentiment. Selon la situation, l’un est plus utile que l’autre. Et suivre la mauvaise boussole peut coûter très cher. D’incommensurables souffrances humaines naissent du fait que des questions auxquelles seul le cœur peut répondre sont tranchées par l’intellect; et, inversement, du fait que les émotions dominent lorsque l’intellect serait en mesure d’apporter la solution.

81JOhhmlxiL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Greta et les ours en peluche

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel, et ce n’est pas une bonne chose. Une telle politique des cœurs devient encore plus dangereuse lorsque se forment des groupes dans lesquels tous les cœurs battent au même rythme. Au sein de telles masses, la raison est mise hors circuit et l’on savoure un agréable «sentiment d’appartenance collective». On succombe à la magie de la simplification, qui élimine toute contradiction logique.

Vous souvenez-vous de Greta Thunberg ou de la culture de l’accueil avec ses ours en peluche? Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’embarrassant, mais à l’époque, c’était comme une révélation à laquelle le pape lui-même rendait hommage. Et bientôt, la «neutralité climatique» et la «sortie du nucléaire», aujourd’hui considérées comme si sacrées, ne seront plus, elles aussi, que des épisodes embarrassants — bien que très coûteux.

La politique s’est féminisée. Serait-ce donc aux femmes que nous devons l’abandon de la raison? Depuis que l’humanité existe, il est manifeste que les femmes suivent davantage leurs sentiments et les hommes leur intellect. Ce n’est qu’ainsi que l’humanité a survécu. Mais qu’en est-il en politique?

Mais alors, qu’en est-il d’Alice Weidel, qui, avec sa logique acérée comme une lame, fait paraître bien dépassé plus d’un homme agressif? Ou de Giorgia Meloni? Et de la légendaire Margaret Thatcher? Angela Merkel, elle aussi, était une logicienne impitoyable, dotée d’un quotient intellectuel terriblement élevé, qui avait toujours trois coups d’avance sur ses adversaires. Elle ne sortait le registre émotionnel qu’à des fins de propagande.

On ne peut néanmoins nier que la politique allemande s’est féminisée. Et l’on ne peut pas davantage nier que la politique ruineuse menée de 2010 à 2025 n’est en rien comparable aux réalisations des responsables politiques allemands de 1949 à 1964. Mais cela tenait-il aux responsables politiques — ou peut-être aux électeurs?

14891d8ba2c22e43bc6346c887b03c69.jpg

La Terre est une sphère

Le personnel politique n’est pas le seul à s’être féminisé; une telle transformation s’est également produite dans l’enseignement. Au cours de mes treize années de scolarité, j’ai eu d’innombrables enseignants, mais une seule enseignante, très exactement. Aujourd’hui, le personnel éducatif est presque exclusivement féminin. Cela façonne les élèves. Leur aspiration à analyser systématiquement les liens entre les choses et à agir sur la base des connaissances ainsi acquises est négligée. Non seulement les générations concernées obtiennent des résultats de plus en plus mauvais aux tests PISA dans les comparaisons internationales, mais leur capacité à évaluer de manière critique les programmes politiques en a, elle aussi, nécessairement pâti.

Qu’il soit féminin ou masculin, le niveau de formation ainsi que l’éducation à la discipline intellectuelle doivent être à nouveau relevés si l’Allemagne ne veut pas sombrer complètement dans le tiers-monde. Il nous faut de nouveau des ministres des Affaires étrangères qui sachent que la Terre est une sphère, et des ministres des Finances qui s’intéressent aux chiffres. Nous n’avons pas besoin d’une politique woke. Le wokisme n’est qu’une astuce destinée à masquer sa propre incapacité en la faisant passer pour une vertu. Nous avons besoin de responsables politiques pour lesquels la compétence, le devoir et la responsabilité ne sont pas des mots inconnus, ainsi que d’électeurs capables d’identifier eux-mêmes de tels candidats, au lieu de laisser le Tagesschau et consorts leur dicter dans quelle case ils doivent mettre leur croix.

* * *

Le best-seller de l’auteur, Grün und Dumm (« Vert et stupide »), ainsi que ses autres ouvrages, sont disponibles sur Amazon. D’autres articles et les coordonnées de l’auteur sont disponibles sur www.think-again.org.

Une approche zen du Système

82b37720b00843fab37d95eff4914dca.jpg

Une approche zen du Système

Troy Southgate

Source: https://troysouthgate.substack.com/p/a-zen-approach-to-th...

yasutani.jpgBEAUCOUP trop de personnes se plaignent du Système tout en semblant parfaitement disposées à coopérer avec lui. Aucun de nous n’est parfait, et nous avons tous nos petites incohérences et contradictions, mais le plus grand danger que présente le fait de rester attaché au Système ne réside pas simplement dans la trahison de ses propres principes: il tient aussi au fait que l’on contribue à perpétuer le Système lui-même. Je vais tenter d’illustrer cela à l’aide d’un exemple emprunté à l’un des célèbres maîtres zen, Hakuun Yasutani (1885-1973) (photo).

Lors d’une séance avec l’un de ses élèves occidentaux, qui se plaignait de ne pas parvenir à accepter l’argument non dualiste selon lequel un arbre ou une pierre faisait partie de lui-même, Yasutani lui répondit ce qui suit:

« Prenez un cercle doté d’un noyau. Sans le noyau, il n’y a pas de cercle ; sans le cercle, il n’y a pas de noyau. Vous êtes le noyau, le cercle est l’univers. Si vous existez, l’univers existe, et si vous disparaissez, l’univers disparaît lui aussi. Tout est lié et interdépendant. Cette boîte posée sur la table n’a pas d’existence indépendante. Elle existe par rapport à mes yeux, qui la voient différemment des vôtres et encore différemment de ceux d’une autre personne. Par conséquent, si j’étais aveugle, la boîte cesserait d’exister pour moi. »

Bien que l’explication de Yasutani ait été conçue pour conduire ses élèves vers l’éveil bouddhique, elle est également essentielle pour ceux d’entre nous qui souhaitent mettre fin au Système. Il serait très imprudent de notre part d’affronter directement la puissance de l’Establishment mondialiste, du moins en Europe et en Amérique du Nord, mais nous pouvons néanmoins contribuer à le détruire en nous libérant de nos derniers attachements. Il peut sembler difficile de croire que le fait de tourner le dos au Système entraînera son effondrement à terme, mais c’est exactement ce qui se produira. Songez à ce que disait Yasutani: lorsqu’un individu disparaît, l’univers disparaît lui aussi. Nous débrancher du Système — ou de ce que certains appellent la Matrice — est précisément ce que nos maîtres capitalistes redoutent le plus. Si vous n’achetez pas leurs produits, ne regardez pas leurs émissions de télévision, n’envoyez pas vos enfants dans leurs écoles et ne participez pas à leur économie, vous «disparaissez» en substance de la manière décrite par Yasutani.

De même, lorsque vous aurez abandonné les derniers vestiges de la modernité, le Système «disparaîtra» également pour vous, tout comme la boîte de Yasutani ne peut plus être vue par un homme ayant perdu la vue des deux yeux. En définitive, lorsque suffisamment de personnes décideront qu’elles ne souhaitent plus renforcer le Système en prenant part à son fonctionnement, le Système lui-même dépérira et mourra. C’est précisément pour cette raison que les mondialistes recourent à des formes répressives, tirées de la technologie, afin d’étendre leur pouvoir dans le monde entier. Nous leur sommes bien trop précieux et, sans travailleurs, contribuables ni consommateurs, nous «disparaissons» définitivement des radars internationalistes.

En revanche, si vous continuez à discuter de Trump, de Poutine ou de tout autre responsable politique, vous légitimez le feuilleton grotesque qu’est la démocratie libérale; si vous regardez la propagande hollywoodienne sur Netflix, vous permettez à leur révisionnisme népotique de demeurer incontesté; si vous lisez leurs journaux, ils façonneront votre point de vue; et si vous laissez le système éducatif endoctriner vos enfants, ceux-ci grandiront en adoptant les valeurs de nos ennemis. Voilà pourquoi personne ne devrait jamais se sentir impuissant: le pouvoir est entre vos propres mains. Il est possible, assurément au cœur même de la bête, de mener la guerre contre le Système simplement en l’ignorant autant que nous le pouvons. Ceux qui, en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, sont actuellement assassinés ou réduits à mourir de faim trouveraient sans aucun doute impossible d’ignorer le Système; mais pour ceux qui vivent en Occident et dans la vie quotidienne desquels le Système continue d’occuper une place injustifiable, il est peut-être temps de commencer à le faire «disparaître».

13:07 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, système, zen | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook