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lundi, 12 février 2007

Theatrum Belli: sur J. Mabire

JEAN MABIRE par ERIC LEFEVRE

medium_Jean_mabire.2.jpgEric Lefèvre fut le documentaliste de Jean Mabire.

Il nous raconte leur association et l’amitié qui les lia.

 

« La grande force de Jean,

c’était sa puissance de travail. »

 

http://theatrumbelli.hautetfort.com/entretiens/...

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Interlude girardien

Interlude girardien 

Je retombe sur un passage extrait de Je vois Satan tomber comme l'éclair (Grasset, 1999, je cite d'après l'édition de Poche, pp. 206-208), qui me frappe d'autant plus que René Girard n'a rien d'un tiers-mondiste exalté.

Je rappelle le cadre théorique : les sociétés traditionnelles se seraient construites autour d'une victime émissaire sacrifiée à l'union de la collectivité. A cause de la révélation chrétienne d'après Girard, plus probablement, si l'on accepte le cadre girardien, à la suite d'une évolution où les Grecs et les deux Testaments jouèrent un rôle effectivement central, ce mécanisme a perdu de son efficacité (on peut d'ailleurs interpréter dans cette optique la honte et la gêne évidentes de ceux qui se débarrassèrent de Saddam Hussein) - d'où justement la naissance du concept de bouc émissaire, qui prouve que l'on est devenu plus conscient de l'existence de tels processus. Girard en vient donc au monde moderne :

"Entre les phénomènes d'expulsion atténuée que nous observons tous les jours dans notre monde et le rite antique du bouc émissaire aussi bien que mille autres rites du même genre, les analogies sont trop parfaites pour ne pas être réelles.

Lorsque nous soupçonnons nos voisins de céder à la tentation du bouc émissaire, nous les dénonçons avec indignation. Nous stigmatisons férocement les phénomènes de bouc émissaire dont nos voisins se rendent coupable, sans parvenir à nous passer nous-mêmes de victimes de rechange. Nous essayons tous de croire que nous n'avons que des rancunes légitimes et des haines justifiées mais nos certitudes en ce domaine sont plus fragiles que celles de nos ancêtres.

Nous pourrions utiliser avec délicatesse la perspicacité dont nous faisons preuve à l'égard de nos voisins, sans trop humilier ceux que nous prenons en flagrant délit de chasse au bouc émissaire mais, le plus souvent, nous faisons de notre savoir une arme, un moyen non seulement de perpétuer les vieux conflits mais de les élever au niveau supérieur de subtilité exigé par l'existence même de ce savoir, et par sa diffusion dans toute la société. Nous intégrons à nos système de défense, en somme, la problématique judéo-chrétienne. Au lieu de nous critiquer nous-mêmes, nous faisons un mauvais usage de notre savoir, nous le retournons contre autrui et nous pratiquons une chasse du bouc émissaire au second degré, une chasse aux chasseurs de bouc émissaire. La compassion obligatoire dans notre société autorise de nouvelles formes de cruauté. (...)

La perspicacité au sujet des boucs émissaires est une vraie supériorité de notre société sur toutes les sociétés antérieures, mais, comme tous les progrès du savoir, c'est aussi une occasion de mal aggravé. Moi qui dénonce les boucs émissaires de mes voisins avec une satisfaction mauvaise, je continue à tenir les miens pour objectivement coupables. Mes voisins, bien entendu, ne se font pas faute de dénoncer chez moi la perspicacité sélective que je dénonce chez eux.

Les phénomènes de bouc émissaire ne peuvent survivre dans bien des cas qu'en se faisant plus subtils, en égarant dans des méandres toujours plus complexes la réflexion morale qui les suit comme leur ombre. Nous ne pourrions plus recourir à un malheureux bouc pour nous débarrasser de nos ressentiments, nous avons besoin de procédures moins comiquement évidentes.

C'est la privation des mécanismes victimaires et à ses conséquences terribles que Jésus fait allusion, je pense, quand il présente l'avenir du monde christianisé en termes de conflits entre les êtres les plus proches.

N'allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre. Je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et à la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemi les gens de sa famille. (Mt 10, 34-36)

Dans un univers privé de protections sacrificielles, les rivalités mimétiques se font souvent moins violentes mais s'insinuent jusque dans les rapports les plus intimes. C'est ce qui explique le détail du texte que je viens de citer ; le fils en guerre contre son père, la fille contre sa mère, etc. Les rapports les plus intimes se transforment en oppositions symétriques, en rapport de doubles, de jumeaux ennemis. Ce texte nous permet de repérer la vraie genèse de ce qu'on appelle la psychologie moderne."


Parmi mes nombreux projets on trouve une étude de l'influence de Girard sur Muray, une confrontation systématique de Girard et de Dumont, une synthèse critique sur les thèses de Girard. Anticipons sur celle-ci en relevant dès aujourd'hui ce paradoxe d'une théorie dont les fondements (le mimétisme notamment) sont discutables - et discutés - mais dont la valeur explicative semble difficilement contestable : relier ainsi, en quelques paragraphes, les problèmes de mondialisation et d'impérialisme, les processus victimaires dans les sociétés occidentales, et les névroses familiales, n'est pas une fin en soi, n'est en rien une garantie de véracité, mais stimule me semble-t-il la réflexion.

Sans ordre, quelques évocations précédentes de René Girard :

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les libéraux-libertaires ;

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une pierre dans le jardin de Marcel Gauchet ;

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René Girard et les associations gay ;

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distinguo Girard-Redeker - je découvre d'ailleurs des commentaires que je n'avais jamais lus, pardon de n'y avoir pas répondus (un petit mail peut être utile lorsqu'on laisse un commentaire tardif par rapport à la rédaction du texte).

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1683: Bataille de Vienne

Renato CIRELLI :

12  septembre 1683 :
Bataille et libération de Vienne

 

Ci-dessous le texte d’inspiration catholique et impériale de Renato Cirelli, paru en version espagnole dans la revue “Arbil”. Le 12 septembre doit devenir une “date-culte” dans le mouvement identitaire européen, tout comme le 7 octobre, date de la Bataille de Lépante. Un conseil, ces jours-là, pavoisez ! Sortez les bannières de vos régions, mais évitez les tissus tricolores républicains en France ou belgicains en Belgique, où l’on serait mieux inspiré de réhabiliter l’aigle impérial, présent dans de nombreux blasons communaux (Anvers, Malines, Saint-Trond, etc.) ou les Croix de Bourgogne, présentes dans la procession du Gouden Boom à Bruges ou de l’Ommegang à Bruxelles. Notre histoire glorieuse date d’avant 1792. Après cette date funeste, c’est le règne des braillards et des histrions. Oublions-les, eux et leurs symboles médiocres. Notons également qu’il y avait avant Vatican II des papes guerriers qui ravivaient des stratégies romaines et non chrétiennes. Il est vrai que Vatican II voulait expressément mettre un terme au “triomphalisme constantinien”, donc aux racines impériales romaines de l’Europe. C’est une trahison, non pas au message chrétien, éthéré et abstrait, dont nous n’avons cure, mais à l’histoire européenne, réalité concrète, tangible, vivante.

 

La civilisation européenne, combattante, se sauve du péril ottoman

L’union des princes européens a sauvé notre civilisation du danger mortel que constituait l’Empire ottoman en reprenant Vienne, encerclée par les troupes innombrables de Kara Moustapha.  Un siècle et demi auparavant, Vienne avait été assiégée une première fois. Le Roi d’Espagne s’était rangé du côté des Autrichiens. De même à l’époque de la Bataille navale de Lépante, l’Espagne et le Saint-Empire avaient fait cause commune contre l’invasion barbare des Ottomans.

Le scénario politico-militaire de la seconde moitié du 17ième siècle était inquiétant, les guerres se succédaient et aucune paix ne semblait se dessiner à l’horizon; ce fut un siècle terrible, un siècle de malheurs, qui a marqué l’Europe à jamais. La Guerre de Trente Ans (1618-1648) avait commencé comme une guerre de religions mais s’était poursuivie par un conflit entre la maison royale de France, les Bourbons, et les Habsbourgs. Ces derniers finiront pas conserver leur hégémonie sur l’Allemagne, centre de l’Europe, et par assumer l’autorité impériale romaine-germanique, seule légitime. Pour contester l’hégémonie habsbourgeoise sur le Saint-empire, le ministre français Armand du Plessis, Cardinal-Duc de Richelieu (1585-1642), inaugure une politique de rébellion ouverte contre la légitimité impériale en forgeant des principes d’action politique axés sur les seuls intérêts nationaux français au détriment des intérêts de l’Europe catholique. Richelieu s’allie ainsi avec les princes rebelles protestants.

Les Traités de Westphalie de 1648 sanctionnent l’affaiblissement définitif du Saint Empire Romain en Allemagne, territorialement mutilé et divisé entre catholiques et protestants, fractionné politiquement; en Europe, le Roi de France Louis XIV (1638-1715) détient une hégémonie de fait. Le rôle prépondérant qu’il joue sur le continent induit le “Roi-Soleil” à briguer la couronne impériale et, dans cette perspective, il n’hésite pas à s’allier avec les Ottomans, se montrant totalement indifférent à tout idéal européen et catholique. Le résultat de cette alliance calamiteuse et de cette trahison sans vergogne a provoqué la ruine de l’Europe, a perpétué des divisions religieuses inutiles, a affaibli l’ensemble civilisationnel européen par des luttes dynastiques tout aussi inutiles, le tout sur fond d’une crise économique et d’un déclin démographique, conséquences de la guerre. L’Europe était donc particulièrement vulnérable au lendemain de la Guerre de Trente Ans.

L’offensive turque

L’Empire ottoman, qui avait déjà conquis les pays balkaniques et s’était installé dans la plaine hongroise, avait été toutefois contenu dans ses tentatives d’expansion, le 1 août 1664, par les armées impériales commandées par le Lombard Raimundo Montecuccoli (1609-1680) à la Bataille de Saint-Gotthard en Hongrie.

Mais rapidement, les Ottomans se remettent de cette défaite, sous l’énergique impulsion du Grand Vizir Kara Moustapha (1634-1683) et reprennent leurs offensives, encouragés inconsciemment pas la politique de Louis XIV, résolument anti-habsbourgeoise, et par la faiblesse du Saint-Empire et de l’Europe toute entière.

Seule la République de Venise combattait efficacement les Ottomans à l’époque, le long des côtes de l’Egée, en Grèce et en Dalmatie. Ce fut un combat impavide et glorieux, la dernière guerre que la Sérénissime République mènera en tant qu’Etat indépendant. Cette guerre s’achèvera par la chute de Candia en 1669, défendue héroïquement par Francisco Morosini, dit du Péloponnèse (1618-1694).

Après la Crète, la Podolie, partie de l’actuelle Ukraine, est arrachée en 1672 à la Pologne et, en janvier 1683, à Istanbul, les étendanrds de guerre sont tournés vers la Hongrie. Une immense armée se met en marche en direction du coeur de l’Europe, sous le commandement de Kara Moustapha et du Sultan Mehmet IV (1642-1693), dont les intentions étaient claires  : créer une “grande Turquie européenne et musulmane” dont la capitale  serait Vienne.

Les forces impériales, peu nombreuses et appuyées seulement par les milices urbaines et rurales hongroises, commandées par le Duc Charles V de Lorraine (1643-1690), tentèrent de résister mais en vain. Le grand chef de guerre lorrain, au service des Habsbourg, a accepté cette mission difficile, malgré qu’il était convalescent et sortait à peine d’une grave maladie qui l’avait quasiment amené au seuil de la mort, dont, dit-on, l’avait sauvé les prières d’un capucin, le vénérable Marco d’Aviano (1631-1699). Ce prêtre italien, envoyé par le Saint Père auprès de l’Empereur, était un prédicateur infatigable, qui ne cessait de prêcher la croisade contre les Turcs,  conseilla aux militaires impériaux de placer l’image de la Mère de Dieu sur les insignes des armées du Saint Empire. C’est pourquoi les bannières militaires autrichiennes ont porté toutes l’effigie de la Vierge pendant plus de deux siècles et demi, jusqu’au jour où Adolphe Hitler (1889-1945) les a fait retirer.

Les cloches sonnent pour avertir l’Europe du danger turc

Le 8 juillet 1683, l’armée ottomane quitte la Hongrie et s’avance en direction de Vienne, installe son campement autour de la ville le 13 et commence le siège. Pendant la progression de cette armée, les régions traversées sont dévastées, les villes et les fermes sont mises à sac, les églises et les monastères détruits, les populations autochtones de confession chrétienne sont soit massacrées soit réduites à l’esclavage.  

L’Empereur Léopold I (1640-1705), après avoir confié le commandement militaire de la place de Vienne au Comte Ernst Rüdgier von Starhemberg (1638-1701), quitte la ville et s’installe à Linz pour organiser de là la résistance des peuples germaniques au péril mortel qui fond sur elles.

Dans tout l’Empire, les cloches sonnent à toute volée pour signaler l’arrivée des Turcs, comme en 1664 et un siècle auparavant. Alors commence la mobilisation de toutes les ressources du Saint Empire, tandis que l’Empereur négocie fébrilement pour faire convoquer tous les Princes, catholiques comme protestants. Cette initiative est lâchement torpillée par Louis XIV et par Frédéric Guillaume de Brandebourg (1620-1688). Il sollicite l’intervention immédiate de l’armée polonaise, invoquant la nécessité suprême de sauver l’Europe (chrétienne).

Le Pape Innocent XI

A ce moment dramatique de l’histoire européenne, la politique continentale et orientale préconisée depuis plusieurs années par le Saint Siège, surtout grâce au Cardinal Benedetto Odescalchi (1611-1689), élu Pape sous le nom d’Innocent XI en 1676 et béatifié en 1956 par le Pape Pie XII (qui occupa le Saint Siège de 1939 à 1958).

Se posant comme le gardien du grand esprit des croisades, le Pontife énergique, qui fut auparavant Cardinal-Gouverneur de Ferrara et avait gagné le titre de “Père des pauvres”, avait amorcé une politique prospective, visant à créer un système d’équilibres entre les princes chrétiens pour permettre à sa politique extérieure, hostile à l’Empire ottoman, de se consolider. Pour y parvenir, il s’est servi d’hommes habiles, capables de décision, comme les nonces Obizzo Pallavicini (1632-1700) et Francisco Buonvisi (1626-1700), du Vénérable Marco d’Aviano et d’autres. La diplomatie pontificale s’était posée en médiatrice conciliante entre les antagonismes européens, amenant la paix entre la Pologne et l’Autriche, favorisant tous les rapprochements possibles avec le Brandebourg protestant et la Russie orthodoxe, allant jusqu’à défendre les intérêts des protestants hongrois face à l’épiscopat local, car, à ses yeux, toutes les divisions qui traversaient l’Europe chrétienne devaient s’estomper et disparaître au profit d’une unité combatttante face au péril islamique. Malgré les échecs, les querelles et les incompréhensions, en 1683, année dite “des Turcs”, le Pape avait réussi à devenir l’âme de la grande coalition chrétienne, donnant de l’argent à toute l’Europe pour financer les troupes des grands  et des petits princes, payant personnellement un détachement de cosaques pour l’armée polonaise.

Le siège de Vienne

Pendant ce temps, à Vienne, submergée par les réfugiés, commence le “chemin de croix” que constitue le siège. La ville tiendra, héroïquement. Six mille soldats et cinq mille miliciens urbains, isolés du reste du monde, vont s’opposer à une immense armée ottomane, soutenue par 300 canons. Toutes les cloches de la ville sont réduites au silence, sauf celles de la Cathédrale Saint Etienne, que l’on appelle l’Angstern, l’”angoisse”, qui, de ses battements incessants, convie les défenseurs à exécuter leurs tâches. Les assauts contre les murailles de la ville, les batailles au corps à corps se succèdent jour après jour et chaque jour semble être le dernier... mais les secours sont en route. Avec la bénédiction du Pape et sous la direction de l’Empereur, qui prend la tête de ses armées, les troupes impériales avancent à marches forcées vers la ville assiégée. Le Roi de Pologne Jean III Sobieski (1624-1696) se joint à elles, car, par deux fois déjà, il a sauvé la Pologne des Turcs. Finalement, le 31 août il opère sa jonction avec les troupes du Duc Charles de Lorraine, qui exerce le commandement suprême. Quand Impériaux et Polonais ont conjugué leurs forces, l’armée chrétienne-européenne marche enfin sur Vienne, où la situation est vraiment dramatique. Les Turcs ont ouvert des brèches dans les murailles et les défenseurs survivants, après avoir repoussé dix-huit attaques et effectué vingt-quatre sorties, sont totalement épuisés. Les janissaires ne cessent d’attaquer, exaltés par les imams. Les cavaliers tatars ravagent l’Autriche et la Moravie. Le 11 septembre, Vienne vit dans l’angoisse : elle a l’impression qu’elle vit ses dernières heures de liberté. Le Comte Starhemberg envoie à Charles de Lorraine un ultime message désespéré : “Ne perdez pas de temps, mon très clément Seigneur!”.

La bataille

Le matin du 12 septembre 1683, le Vénérable Marco d’Aviano célèbre la messe et le Roi de Pologne y fait fonction d’acolyte. Il  bénit ensuite l’armée massée à Kahlenberg près de Vienne : 65.000 soldats européens-chrétiens vont affronter sur un champ de bataille 200.000 Ottomans.

Les princes de Bade et de Saxe, les Wittelsbach de Bavière, les seigneurs de Thuringe et du Holstein sont présent à la tête de leurs troupes; viennent ensuite les Polonais et les Hongrois, le Général Comte italien Enea Silvio Caprara (1631-1701) ainsi que le jeune Prince Eugène de Savoie (1663-1736) qui va connaître son baptême du feu.

La bataille va durer toute la journée et se terminer par une terrible charge à l’arme blanche, conduite par Jean Sobieski en personne; elle met les Ottomans en fuite et donne la victoire à l’armée européenne. Celle-ci ne perd que deux mille combattants, tandis que les Ottomans doivent en déplorer 20.000. L’armée du Sultan prend la fuite en désordre, abandonnant son butin et son artillerie, après avoir massacré les prisonniers et esclaves chrétiens. Le Roi de Pologne envoie au Pape les bannières capturées, en les accompagnant de  ces paroles : “Veni, vidi, Deux vincit” (“Je suis venu, j’ai vu et Dieu a vaincu”). Par décision du Pape Innocent XI, le 12 septembre est dédié au “Plus saint Nom de Marie”, en souvenir et en remerciement de la victoire.

Le jour suivant, l’Empereur entre dans Vienne, joyeuse et libérée, à la tête des princes du Saint Empire et des troupes confédérées. Il assiste au Te Deum d’action de grâces en la Cathédrale Saint Etienne, où officie l’évêque de Vienne-Neustadt, qui fait fonction de Cardinal, le Comte Léopold-Charles Kollonic (1631-1707), âme spirituelle de la résistance.

Le ressac de l’Islam

La victoire de Kahlenberg  et la libération de Vienne sont le point de départ de la contre-offensive des Habsbourg contre les Ottomans dans l’Europe danubienne, ce qui conduira, au cours des années suivantes, à la libération de la Hongrie, de la Transylvanie et de la Croatie, permettant à la Dalmatie de se joindre à Venise. C’est le moment historique où se manifeste  de la manière la plus éclatante la vocation et la mission de la Maison d’Autriche, qui consistaient à libérer et à défendre l’Europe dans le Sud-est du continent. Pour réaliser cette mission, elle a mobilisé sous la bannière impériale romaine-germanique des Allemands, des Hongrois, des Tchèques, des Croates, des Moraves, des Slovaques, des Italiens, des Roumains, des Lorrains, des Savoisiens, des Franc-Comtois, des Flamands, des Wallons, des Luxembourgeois, des volontaires irlandais et arméniens, alliés aux Polonais et aux Vénitiens. La Maison d’Autriche a pu, ainsi, créer cet Empire multi-ethnique, multi-confessionnel mais entièrement européen qui donnera à l’Europe centrale et orientale la stabilité et la sécurité jusqu’en 1918.

La Grande Alliance a donné vie aux projets du Pape Innocent XI, qui entendait s’inscrire dans la tradition d’un énergique prédécesseur, Saint Pie V (1504-1572), artisan de la  victoire navale des Européens à Lépante, le 7 octobre 1571. La Bataille de Vienne constitue un tournant majeur dans l’histoire européenne, si bien qu’on peut parfaitement la comparer à la fameuse Bataille de Poitiersde 732, emportée par le chef austrasien Charles Martel (688-741), qui a arrêté l’avance des Arabes vers le Nord. Rappelons également que l’alliance reconduite en 1684, ratifiée sous le nom de Sainte Ligue, a sanctionné une alliance unique entre Allemands et Polonais, a redoré le blason de l’Empire exsangue après la Guerre de Trente Ans, a rapproché Protestants et Catholiques grâce à la clairvoyance et à la  diplomatie d’un grand Pape, bien décidé à réaliser l’objectif qu’il s’était donné : libérer l’Europe des Turcs.

En cette année s’est forgée une fraternité d’armes entre tous les peuples de l’Europe christianisée, ce qui a permis une grande croisade victorieuse, qui a éliminé définitivement le danger mortel de l’ottomanisme. Force est de constater tout de même que ce danger millénaire, une fois écarté, a été vite oublié. Mais le siège de Vienne doit nous rappeler que, toujours dans nos mémoires, les cloches qui sonnent pour mobiliser l’Europe contre le péril turc et islamique ne doivent jamais cesser de sonner.

Renato CIRELLI.
[VERSION ESPAGNOLE, TRADUCTION D’Angel ESPOSITO : http://www.iespana.es/revista-arbil/(56)vien.htm ]


 

 

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Ian Kershaw über Lord Londonderry

Ian Kershaw über Lord Londonderry und andere Befürworter Hitlers :

http://www.webarchiv-server.de/pin/archiv06/0320060121paz48.htm

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Erziehungsdebakel und Systemfrage

Götz KUBITSCHEK :

Erziehungsdebakel und Systemfrage

http://www.sezession.de/pdf/sezession15_kubitschek_bueb.pdf

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Remarques impertinentes sur Léopold III

Robert Steuckers:

Remarques impertinentes sur Léopold III

Le 3 novembre 1901,le futur roi Léopold III de Saxe-Cobourg-Gotha naît à Bruxelles. Fils d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha et d’Elizabeth von Wittelsbach, princesse bavaroise, le destin de ce royal garçon est évidemment marqué par la première guerre mondiale, qui ne lui donne pas l’occasion de suivre une formation intellectuelle classique, mais, en revanche, le met en contact avec les grands de ce monde, dans la tourmente effroyable du conflit. Réfugié dans une villa à La Panne avec ses parents, villa qui leur tenait lieu de résidence de guerre, c’est là, à quelques kilomètres du front, qu’il passe son adolescence, de treize à dix-sept ans, années cruciales pour tout homme.

Bon cavalier et bel homme, il épouse, immédiatement après l’espoir de paix qu’éveille le Traité de Locarno, en 1926, la princesse suédoise Astrid, descendante de Bernadotte, épouse séduisante qu’il perdra en 1935, dans un accident d’automobile à Küssnacht en Suisse. Ce mariage s’inscrit dans la volonté de ses parents d’unir diplomatiquement, et par liens dynastiques, les petites puissances européennes, notamment les pays du Benelux et les royaumes scandinaves, la Suisse et l’Autriche.

Cette volonté culminera dans les fameux accords d’Oslo de 1931. Le but de ces convergences et accords était de maintenir la paix en Europe et de la soustraire au bellicisme français, qui ne désarmait pas. Après la mort, demeurée mystérieuse et non élucidée, de son père, au pied du rocher de Marche-les-Dames, en bord de Meuse, le 17 février 1934, il monte sur le trône et travaille immédiatement, avec l’aide précieuse d’un Conseil de la Couronne, à redonner à la Belgique son statut de neutralité. En octobre 1936, il proclame officiellement ce statut de neutralité, ce qui lui vaut, dès le lendemain, un déchaînement de haine inouï dans la presse parisienne.

C’est le début de ses ennuis : en 1940, quand les troupes françaises abandonnent à la mitraille de l’infanterie, des blindés et des Stukas allemands, leurs auxiliaires marocains à Gembloux, parce que leur arrière-garde s’est occupée à piller les caves à vin de Charleroi, à mettre à sac des maisons civiles, à souiller la literie des foyers où elle séjournait, le front allié s’effondre, le coup de faux de Sedan achève d’en disloquer la cohésion et l’armée française reflue, battue, vers Paris et vers la Loire. Paul Reynaud, politicien histrionique de la Troisième République, dégoise un flot d’insultes sur le Roi et sur la Belgique, amenant la population française à maltraiter les femmes et les enfants de notre pays, réfugiés dans l’hexagone qui s’écroulait comme un château de cartes. Le souvenir de cette bestialité gauloise, sadique et mesquine, est encore très vivace dans l’esprit de ceux qui ont vécu cette époque. Léopold III décide alors de rester en Belgique, avec le statut de prisonnier de guerre.

On lui reproche de se marier en 1941, avec son amie, Liliane Baels, future Princesse de Réthy. Après la guerre, les socialistes et les communistes, mais aussi les libéraux laïcards et anti-monarchistes, mèneront une campagne sordide -où la malheureuse Liliane Baels était traitée par ces « défenseurs du peuple » de « Princesse Rollmops » et de « Poissonnière de Laeken », sous prétexte que ses grands-parents étaient issus d’une lignée de pêcheurs et de poissonniers d’Ostende- pour chasser du trône un monarque, qui entendait garder la barre sur les affaires du royaume. Cette présence royale, cette vigueur régalienne, devait faire place aux accommodements et aux arrangements, aux corruptions et aux vilenies de la partitocratie.

Pendant cinq ans, en l’absence du Roi et de sa famille exilés en Suisse, le pays a vécu une sorte de guerre civile, où, finalement, après des provocations communistes dans la région de Liège, quelques gendarmes affolés tirent sur une foule et tuent cinq manifestants. Le sang a coulé. Le Roi abdique en faveur de son fils, malgré qu’il ait été plébiscité en Flandre (72% de « oui »).

Après de multiples tiraillements, en butte à la haine inextinguible des socialistes, des francophiles et des anglophiles, Léopold III se retirera des affaires du royaume et entamera une magnifique carrière d’explorateur, notamment en Amazonie. Sa fille Esmeralda, issue de son deuxième mariage, qui fut journaliste au « Figaro Magazine » du temps de Louis Pauwels, publiera un bel ouvrage sur cette facette de la vie du Roi, peu connue du grand public. Il se trouve en ce royaume quelques esprits chagrins, républicains mais c’est leur droit le plus strict et on ne le leur reprochera pas vu l’effondrement de la monarchie justement après l’abdication de Léopold III, pour aller reprocher au père de Baudouin I et d’Albert II, d’avoir partiellement mené ces explorations scientifiques en Amazonie, en s’aidant du savoir-faire du célèbre Ernst Schäfer, qui avait mené une expédition scientifique allemande au Tibet en 1938-39. On prétend que ce Prof. Schäfer a appartenu à la SS. Aucun procès après-guerre n’a évidemment condamné cet explorateur audacieux et sympathique, qui avait mené, dans l’Himalaya, toutes ses expéditions avec la bénédiction des autorités britanniques !

Qui plus est, cette expédition himalayenne, même à notre époque d’hypertrophie, de démesure et de folie en matière de « correction politique », a été à la base d’un très beau film contemporain, de Jean-Jacques Annaud, intitulé « Sept ans au Tibet », où le rôle principal est joué par l’acteur américain Brad Pitt. Ni Annaud ni les lobbies du cinéma n’ont trouvé à redire quoi que ce soit. Il a donc fallu l’intervention d’un petit publiciste, soi-disant « conservateur », américanophile, anglomane et ridicule pour ressortir cette histoire, en imaginant qu’elle allait provoquer un scandale, une émotion et la chute d’une monarchie, qui, de surcroît, est déjà bel et bien tombée en 1951, et dans la pire des gadoues, celle de la partitocratie. Léopold III meurt en 1983, peu après un autre grand Belge, Georges Rémy, dit Hergé, qu’une quantité de sots a également cherché à incriminer.

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