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vendredi, 06 novembre 2026

Et maintenant, Vance?

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Et maintenant, Vance?

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/e-ora-vance/

Parmi les décombres du Grand Old Party, après les désastreuses élections de mi-mandat, une interrogation de plus en plus lourde de sens commence à se faire jour.

Vance, le vice-président, va-t-il se décider à agir?

Car un fait est désormais évident. La très lourde défaite électorale a ouvert la voie à la succession de Trump.

Et les différentes personnalités, ainsi que les composantes très éloignées les unes des autres qui ont constitué jusqu’à présent la mosaïque de l’administration républicaine, commencent à se repositionner.

La course à la succession, en vue de la prochaine élection présidentielle, a, de fait, déjà commencé. Et elle sera, comme on pouvait s’y attendre, féroce. Tous les coups seront permis, même au-dessous de la ceinture.

Trump avait réussi à rassembler, et surtout à maintenir ensemble, des représentants d’univers extrêmement éloignés les uns des autres. Des républicains, certes, mais des républicains profondément différents par leurs choix et leurs orientations fondamentales.

La personnalité débordante et envahissante du magnat les a maintenus ensemble. Et a fait d’eux une force dominante.

Mais Trump apparaît désormais résolument sur le déclin.

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Et la dispersion des rangs est inévitable.

Le moment est donc probablement venu pour Vance, lui aussi, le second par excellence, de se décider à agir. Et de parler clairement, en nous faisant comprendre ce qu’il veut faire quand il sera grand.

Autrement dit, sans la pesante tutelle de « The Donald ».

Car Vance présente des caractéristiques qui le distinguent nettement du magnat. Et qui, surtout, le placent à une distance considérable des autres prétendants républicains à la succession, quand elles ne l’opposent pas à eux.

En particulier, pour parler franchement, de Rubio. Celui-ci est né et a grandi, politiquement, sous l’aile protectrice de la famille Bush.

Avant de se repositionner stratégiquement aux côtés de Trump, lorsque l’astre de George W. et de sa famille semblait s’être éclipsé.

Il a toutefois conservé les positions de fond qui caractérisent les républicains impérialistes. Interventionniste au Moyen-Orient. Et aussi en Europe, contre les Russes, dès qu’une situation favorable se présenterait.

Vance, c’est tout autre chose. Il représente une Amérique de l’intérieur. Fort peu encline aux aventures loin de ses propres côtes.

Non qu’il soit pacifiste, loin de là.

Il semble plutôt voir ressurgir en lui de vieilles aspirations isolationnistes et, surtout, une conception de l’Amérique comme éloignée et profondément différente de la vieille Europe et de ses querelles.

De plus, Vance est croyant. Ce qui, là-bas, aux États-Unis, a un poids politique considérable.

Il est croyant. Et sa foi l’a conduit, au terme d’un parcours long et assez tourmenté, à se convertir au catholicisme.

Une foi, il faut le souligner, très éloignée de celle des protestants pro-sionistes. À tel point qu’Israël, et les lobbies sionistes américains eux-mêmes, l’ont toujours considéré avec une certaine suspicion.

Tout cela sans prétendre dresser une biographie du personnage. Simplement pour tenter de mieux cerner le vice-président.

Et d’expliquer la question initiale.

Que fera Vance, maintenant ?

Une décision fondamentale pour cet homme de quarante-cinq ans originaire de l’Ohio.

Se dissiper dans le brouillard dont il a émergé à grand-peine.

Ou entrer résolument dans l’arène. Pour rassembler et représenter cette Amérique qui, après l’échec et la trahison partielle de Trump, se retrouve aujourd’hui désorientée et dispersée.

Une décision qui doit être prise rapidement.

19:55 Publié dans Actualité, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j. d. vance, actualité, états-unis, midterms 2026 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Entretien de Dragana Trifković au journal turc Aydınlık: les changements politiques en Serbie et les perspectives du nouveau pouvoir

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Entretien de Dragana Trifković au journal turc Aydınlık: les changements politiques en Serbie et les perspectives du nouveau pouvoir

Publié par : Centre d’études géostratégiques

Source: https://geostrategy.rs/dragana-trifkovic-za-turski-ajdinl...

L’hebdomadaire turc Aydınlık Avrupa, dans son numéro 291 du 1er novembre 2026, a annoncé en une un entretien avec Dragana Trifković, directrice du Centre d’études géostratégiques et présidente du Forum eurasiatique des médias. L’entretien a été publié en page sept de l’édition imprimée, ainsi que sur le site Internet du journal.

Sous le titre «Les clés d’une nouvelle ère en Serbie» (Sırbistan’da Yeni Dönemin Şifreleri), la rédaction a analysé les changements politiques survenus en Serbie après les élections législatives, en recueillant les appréciations de plusieurs interlocuteurs.

Lors de son entretien avec le journaliste Yasin Okyay, Dragana Trifković a évoqué les causes de la défaite électorale d’Aleksandar Vučić, le rôle du mouvement étudiant dans les changements politiques, l’organisation et la composition idéologique de la Liste étudiante, ainsi que les défis qui attendent le nouveau pouvoir.

Une attention particulière a été accordée à la nécessité de rétablir les institutions de l’État, d’instaurer l’État de droit, de lutter contre la corruption et de définir la politique future de la Serbie.

Nous reproduisons ci-dessous la version intégrale de l’entretien.

* * *

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Pourquoi Vučić a-t-il perdu? C’est lui qui avait convoqué les élections. Qu’est-ce qui a mal tourné?

Les élections législatives ordinaires en Serbie auraient dû se tenir au plus tard au début de 2028. Cependant, Aleksandar Vučić a choisi de convoquer des élections anticipées, cherchant à assurer la continuité de son pouvoir politique et à passer de la fonction de président de la République à celle de Premier ministre. Son deuxième mandat présidentiel devait expirer en mai 2027, et la Constitution serbe n’autorise pas une même personne à être élue une troisième fois à la présidence.

À mon avis, Vučić a mal évalué la situation politique. Il pensait que la durée des manifestations avait épuisé l’énergie des citoyens et que les mécanismes de contrôle politique qui lui avaient permis de se maintenir au pouvoir pendant des années lui assureraient une nouvelle victoire électorale.

Son pouvoir reposait sur la domination de l’espace médiatique, l’ingénierie politique, le contrôle partisan des institutions et des mécanismes clientélistes, tandis que les observateurs nationaux et internationaux signalaient depuis des années des irrégularités électorales. Cependant, les manifestations ont eu des conséquences bien plus profondes que ne le supposait le régime. Elles ont soulevé les questions de la corruption systémique, des liens entre les structures politiques et criminelles, de l’instrumentalisation des institutions et de la responsabilité du pouvoir, tout en libérant les citoyens de la conviction qu’un changement politique était impossible.

Le soutien réel dont Vučić bénéficiait dans la société était nettement plus limité que ne le laissaient entendre ses pourcentages électoraux, car le soutien des électeurs ayant voté ne signifie pas le soutien de la majorité de l’ensemble du corps électoral.

J’estime que deux facteurs ont été décisifs lors de ces élections: la mobilisation massive des citoyens qui souhaitaient un changement et une surveillance bien plus efficace du vote et du processus électoral, qui a réduit les possibilités de manipulation.

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Vučić a perdu parce qu’il a sous-estimé la profondeur des changements au sein de la société serbe et surestimé l’efficacité des mécanismes de contrôle politique sur lesquels son pouvoir reposait depuis des années.

Comment faut-il interpréter les résultats électoraux? Que pensez-vous de la Liste étudiante? En quoi la politique du gouvernement formé par la Liste étudiante différera-t-elle de celle menée sous le pouvoir de Vučić? Est-il encore trop tôt pour en parler?

Les résultats électoraux confirment le degré élevé de mobilisation des citoyens qui souhaitaient un changement politique. À travers les manifestations, le mouvement étudiant a gagné la confiance d’une partie importante de l’opinion publique et réussi à mobiliser politiquement de nombreux citoyens qui s’abstenaient de voter depuis des années.

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Parallèlement, les partis d’opposition traditionnels, tant de gauche que de droite, ont connu une profonde crise de confiance. Une partie importante de l’opinion publique ne les considérait plus comme une véritable alternative au pouvoir, mais comme une composante du système politique existant. Cela a créé les conditions d’une recomposition en profondeur de la scène politique serbe.

Je considère comme particulièrement important le fait qu’une grande partie des candidats de la Liste étudiante soient issus de la communauté scientifique et universitaire. Selon les données présentées, on compte parmi eux pas moins de 160 titulaires d’un doctorat. Cela représente un changement qualitatif potentiellement important par rapport à la politique de recrutement et de nomination pratiquée jusqu’ici, marquée par des scandales liés à des diplômes douteux, aux recrutements partisans et à la primauté de la loyauté politique sur la compétence.

Toutefois, la différence fondamentale ne réside pas seulement dans le niveau de formation des candidats, mais dans la conception même du pouvoir. Je m’attends à ce que le nouveau gouvernement cherche à établir le principe selon lequel les institutions de l’État servent les citoyens, et non les intérêts de la structure politique au pouvoir. Cela implique l’État de droit, la lutte contre la corruption, la professionnalisation de l’administration publique et l’obligation de répondre des décisions prises.

Bien entendu, il est encore trop tôt pour parler de toutes les mesures politiques concrètes, notamment dans les domaines de l’économie et de la politique étrangère. Le nouveau gouvernement devra définir des priorités claires et montrer qu’il est capable de transformer un large soutien populaire en un système de gouvernement fonctionnel.

Le changement le plus important que j’attends n’est pas simplement le remplacement de personnalités politiques, mais le passage d’un pouvoir personnalisé et contrôlé par un parti à un système institutionnel fondé sur la compétence, la responsabilité et l’État de droit.

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Comment la Liste étudiante a-t-elle été constituée ? Quelles forces sociales ou quels partis politiques ont participé à sa formation? Puisqu’il s’agit d’un mouvement sans dirigeant clairement défini, qui sera Premier ministre ?

La Liste étudiante a été constituée au moyen d’un processus de décision au sein des assemblées plénières étudiantes, ce qui représente une forme de démocratie directe. Comme l’académicien Radomir Saičić l’a expliqué publiquement, les candidats ont été choisis par un vote des étudiants, sans hiérarchie partisane classique ni rôle décisif d’un dirigeant unique.

Bien entendu, un mouvement ayant acquis un soutien aussi large dans la société a fait l’objet de tentatives d’influence de la part de diverses structures politiques et institutionnelles. Les partis politiques avaient leurs intérêts, le régime cherchait à exercer une influence par l’intermédiaire de ses hommes, et des acteurs politiques étrangers manifestaient également leur intérêt. Il importe toutefois de distinguer les tentatives d’influence du contrôle réel du processus décisionnel. Il n’existe pas d’éléments suffisants pour conclure que de telles influences ont déterminé de manière décisive la composition de la liste.

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En ce qui concerne le futur Premier ministre, la décision définitive n’a pas encore été annoncée. Plusieurs personnalités se distinguent dans le débat public, parmi lesquelles la tête de liste, le professeur Ilija Srđanović (photo), l’académicien Radomir Saičić et le professeur d’économie Dejan Šoškić, ancien gouverneur de la Banque nationale de Serbie.

J’estime que le choix du Premier ministre doit être envisagé avant tout à la lumière des défis auxquels la Serbie est confrontée. Le nouveau gouvernement héritera d’une profonde crise des institutions, de problèmes de fonctionnement de l’administration publique et de graves difficultés économiques. Il faudra donc une personnalité capable de diriger un appareil d’État complexe, de réunir une équipe compétente et de mener des réformes institutionnelles.

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Dans ce contexte, l’expérience du professeur Šoškić (photo) à la tête de la Banque nationale de Serbie est particulièrement pertinente pour les questions de stabilisation économique et de rétablissement de la confiance dans les institutions. Srđanović joue un rôle important en tant que tête de liste, tandis que Saičić est issu du milieu universitaire et souligne la nécessité d’instaurer l’État de droit et de protéger les intérêts de l’État et de la nation.

Les critères déterminants pour le choix du Premier ministre doivent être la compétence, l’intégrité, les capacités de gestion et la volonté d’assumer la responsabilité de changements systémiques. La Serbie n’a pas besoin de remplacer un dirigeant incontesté par un autre, mais de construire un système dans lequel les institutions fonctionnent indépendamment des personnalités qui les dirigent.

Il est dit que la Liste étudiante présente une «structure hétérogène». Quels sont les principaux courants politiques et idéologiques représentés en son sein?

La Liste étudiante est idéologiquement hétérogène, ce qui est compréhensible puisqu’elle est issue d’un vaste mouvement social, et non d’un parti politique doté d’une idéologie prédéfinie. Elle rassemble des personnes de différentes sensibilités politiques, des milieux de gauche et attachés aux questions sociales aux représentants conservateurs, nationaux et traditionalistes, en passant par les courants libéraux et citoyens.

Ce qui les unit n’est pas une unité idéologique, mais un accord sur la nécessité de changer le système politique existant, de rétablir les institutions et l’État de droit, et de lutter contre la corruption. Ce sont précisément ces objectifs qui ont permis la coopération entre des personnes qui, dans des circonstances politiques ordinaires, se situeraient à différents endroits du spectre politique.

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Cependant, les divergences se manifesteront inévitablement sur les questions de politique étrangère, de relations avec l’Union européenne, la Russie et l’OTAN, ainsi que sur le modèle de développement économique de la Serbie. Parmi les candidats figurent des partisans de l’intégration européenne, mais aussi des personnes qui accordent davantage d’importance à la préservation de la souveraineté, à la neutralité militaire et au développement de la coopération avec la Russie et d’autres États extérieurs au bloc politique occidental.

Pour l’instant, la plateforme commune de la Liste étudiante est plus clairement définie dans le domaine des réformes intérieures que sur les questions de relations internationales. Toutefois, la Serbie se trouve dans une situation géopolitique complexe, et le futur gouvernement devra élaborer une stratégie globale de politique étrangère fondée sur des intérêts nationaux clairement définis.

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Une question particulièrement importante sera celle du Kosovo-et-Métochie. La préservation de l’intégrité territoriale de la Serbie et le respect de la Constitution constituent le point de départ, mais la politique concrète à l’égard de Pristina et des acteurs internationaux exigera des décisions claires et un accord politique.

Je ne considère pas que la diversité idéologique constitue en soi une faiblesse. Elle peut permettre un débat argumenté et la recherche de solutions plus largement acceptables, mais une gestion efficace de l’État nécessitera un accord sur les grandes priorités stratégiques.

La question fondamentale n’est pas de savoir si la Liste étudiante est idéologiquement hétérogène, mais si elle parviendra à transformer cette diversité en un modèle fonctionnel de prise de décision politique et en une stratégie de développement à long terme pour la Serbie.

Comment la Liste étudiante est-elle organisée? Qui a choisi les 250 candidats, et de quelle manière?

La Liste étudiante est née d’un processus de démocratie directe dans lequel les assemblées plénières étudiantes ont joué un rôle essentiel. Les candidats n’ont pas été désignés par des dirigeants de partis: ce sont les étudiants qui les ont choisis au moyen d’une procédure de proposition, de débat, de vérification et de vote.

Ce processus prévoyait également la possibilité de contester les candidatures proposées, ce qui a permis de constituer la liste au fil de plusieurs cycles de concertation. La répartition des places tenait aussi compte de la représentation des différents centres universitaires.

Il importe de souligner que les 250 candidats ne sont pas tous issus de la communauté universitaire, même si les chercheurs et les professeurs d’université en constituent une part importante. La liste comprend également des représentants d’autres professions et domaines de la société.

Les étudiants ont ainsi cherché à transposer dans la lutte politique institutionnelle les principes de décision collective sur lesquels reposait leur mouvement de protestation.

Source : Sırbistan’ın yeni yol haritası ne olacak? — « Quelle sera la nouvelle feuille de route de la Serbie ? »

Les cinq raisons pour lesquelles la Chine fonctionne

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Les cinq raisons pour lesquelles la Chine fonctionne

Zhang Weiwei 

Source: https://www.estica.ro/news/cele-cinci-motive-pentru-care-...

Le professeur Zhang Weiwei est directeur du Centre de recherche sur le modèle de développement de la Chine à l’université Fudan et directeur de l’Institut d’études chinoises de l’Académie des sciences sociales de Shanghai. Parmi ses publications récentes figure un ouvrage devenu un best-seller en Chine, La Vague chinoise : l’essor d’un État civilisationnel.

61QO4cZQvRL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgSHANGHAI – L’ascension extraordinaire de la Chine constitue-t-elle un modèle de réforme économique sans réforme politique? Le système politique chinois est-il le talon d’Achille du pays? Le régime de parti unique chinois est-il condamné face aux défis croissants engendrés par une économie plus diversifiée et une société de plus en plus exigeante?

Telles sont les questions que se posent de nombreux Occidentaux chaque fois qu’il est question de la Chine. Mais les prémisses sur lesquelles reposent ces interrogations pourraient être erronées, car notre compréhension de la Chine pourrait être tout autre si nous adoptions une perspective chinoise. Le système de gouvernance politique chinois, qui s’adapte constamment aux nouveaux défis par de nombreuses réformes de petite ampleur, s’est révélé essentiel à la réussite économique du pays. Les cinq aspects suivants de la gouvernance politique chinoise méritent une attention particulière:

Premièrement, le régime de parti unique

En réalité, le régime de parti unique n’a rien de nouveau en Chine: pendant la majeure partie des deux derniers millénaires, depuis la première unification du pays en 221 avant notre ère, la Chine a presque toujours pratiqué une forme de direction par un parti unique ou de gouvernement exercé par une élite confucéenne unifiée, sélectionnée par des concours publics (keju), qui prétendait représenter — ou représentait réellement — la majorité, voire la totalité de la population de l’empire.

Qui plus est, on peut soutenir que, pendant la majeure partie de ces périodes de gouvernement à parti unique, la Chine était mieux administrée et son économie plus prospère que celles de l’Europe à la même époque. La Chine n’a commencé à prendre du retard sur l’Europe que lorsqu’elle a fermé ses portes au monde extérieur et manqué la révolution industrielle du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, cependant, le pays rattrape rapidement son retard.

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Le Parti communiste chinois (PCC) s’est largement inscrit dans cette tradition et a mis en place un système impressionnant de sélection des dirigeants fondé sur le mérite et les résultats. Par exemple, parmi les principaux décideurs du parti, six des sept membres du Comité permanent du Bureau politique ont auparavant exercé, à au moins deux reprises, les fonctions de secrétaire du parti ou de gouverneur à l’échelon provincial. Cela signifie qu’avant d’être promus aux fonctions qu’ils occupent actuellement à Pékin, ils ont administré, en moyenne, des territoires comptant environ 100 millions d’habitants.

Le PCC d’aujourd’hui, à l’instar de ses prédécesseurs dans la longue histoire de la Chine, prétend représenter la nation tout entière, mais il a pour mission de rendre au pays son statut de première puissance mondiale. De grandes enquêtes indépendantes, notamment celles menées par le Pew Research Center et l’Asian Barometer au cours de la dernière décennie, font apparaître une constante: les autorités centrales chinoises jouissent d’un niveau élevé de respect et de soutien dans le pays, supérieur à 75%. La présentation du système politique chinois comme étant au bord de l’effondrement dans la presse occidentale est, comme souvent, bien éloignée de la réalité chinoise.

Dans ce contexte, le terme « parti » pourrait être impropre pour désigner le PCC, tant celui-ci diffère d’organisations politiques comme le Parti républicain ou le Parti démocrate aux États-Unis, qui représentent ouvertement les intérêts de certains groupes de la société et se font concurrence. Conformément à la tradition politique propre à la Chine, le PCC s’est efforcé de représenter les intérêts de l’écrasante majorité de la population, laquelle semble accepter ce rôle, du moins jusqu’à présent. Cela tient largement au fait que la plupart des gens ont constaté une amélioration considérable de leur niveau de vie au cours des trois dernières décennies.

De ce point de vue, le PCC devrait plutôt être considéré comme un parti-État ou, dans un contexte américain hypothétique, comme une fusion du Parti républicain et du Parti démocrate, au sein de laquelle la concurrence des idées et des compétences serait la norme, tandis que le consensus et le pragmatisme axé sur les résultats seraient valorisés.

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La Chine n’est pas une Allemagne de l’Est à l’échelle d’un pays immense, attendant une révolution de couleur, comme l’imaginent de nombreux Occidentaux. Elle est, au contraire, un État civilisationnel, associant la civilisation ininterrompue la plus ancienne du monde à un grand État moderne, lui-même issu de l’unification de centaines d’États au cours de sa longue histoire. Elle ressemble peut-être à un Empire romain qui aurait perduré jusqu’à nos jours, réunissant toutes ses différences régionales et culturelles au sein d’une économie moderne et sous un gouvernement centralisé, avec une population parlant la même langue, comme c’était le cas avec le latin.

Un tel État pourrait effectivement devenir ingouvernable et se désintégrer s’il adoptait le modèle occidental de confrontation politique, comme ce fut le cas de l’Union soviétique — une leçon que les dirigeants chinois semblent avoir parfaitement comprise. Le système méritocratique chinois, conforme à sa propre tradition et à ses diverses adaptations, comme le système de gouvernance largement appliqué reposant sur le principe « sélection plus élections », semble plutôt bien fonctionner pour ce pays. Bien qu’imparfait, ce système peut rivaliser avec d’autres modèles politiques dans le monde.

Deuxièmement, le centralisme démocratique de type nouveau

La réussite de la Chine est indissociable de son processus décisionnel, profondément réformé, que l’on peut qualifier de centralisme démocratique de type nouveau ou de forme moderne de centralisme démocratique.

L’ancien processus décisionnel de type soviétique était effectivement davantage axé sur le centralisme que sur la démocratie. Mais la Chine l’a amélioré et a institutionnalisé, au sein de son propre système de centralisme démocratique, un mécanisme procédural de reddition de comptes.

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Dans un tel système, une grande décision typique, comme le plan quinquennal de développement national, suppose plus d’un an de consultations approfondies et interactives, menées à différents niveaux de l’État et de la société chinoise, au fil de plusieurs cycles de consultation fondés sur le principe « du peuple vers le peuple, puis de nouveau vers le peuple ».

Ce processus décisionnel bénéficie des contributions de milliers de centres de recherche et de réflexion, d’organismes gouvernementaux, d’universités, de chercheurs de renom et de spécialistes. Les débats animés sur les réseaux sociaux et sur la plateforme de microblogage Weibo n’ont rien d’inhabituel non plus.

La décision récemment adoptée lors de la troisième session plénière concernant l’approfondissement des réformes en constitue un bon exemple. Le groupe de rédaction, présidé par le président Xi Jinping lui-même, a sollicité l’avis de plus de 100 institutions à travers le pays et reçu 2500 propositions en six mois. Environ 50% d’entre elles ont été retenues. Au cours de ce processus, les sept plus hauts dirigeants se sont rendus dans différentes régions de Chine pour recueillir des informations et mener des enquêtes en vue de préparer les débats sur cette décision.

La décision finale reflète donc un large consensus de la société chinoise sur de nombreuses questions, telles que la réforme du système de santé publique, l’ajustement de la politique de l’enfant unique, le recul de l’âge de départ à la retraite, la réforme du secteur bancaire, la réforme de l’éducation et la suppression du système de « rééducation par le travail ». De nombreuses décisions sont prises à partir des résultats de projets pilotes.

Grâce à la plus grande légitimité du processus décisionnel, l’État n’a généralement pas besoin de « vendre » ses décisions au public, comme cela se fait aux États-Unis. Une fois adoptées à Pékin à l’issue d’un tel processus, les décisions sont généralement prêtes à être «étudiées et mises en œuvre» ou à faire l’objet de nouvelles expérimentations dans le cadre de divers projets pilotes.

Troisièmement, la création de la demande

Les cycles de consultations institutionnalisées et les débats sur les politiques publiques qui accompagnent les grands processus décisionnels tendent à susciter, à intervalles réguliers, de nombreuses attentes au sein du public concernant le développement économique, le plus souvent positives et plus rarement négatives.

Ces attentes génèrent à leur tour de nouvelles formes de demande, souvent à moyen et à long terme. Un plan quinquennal chinois typique retient l’attention d’une grande partie de la société chinoise, des entreprises privées et publiques jusqu’aux actionnaires individuels.

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Le fait que la Chine ait réussi à maintenir un taux de croissance annuel du PIB supérieur à 9% pendant plus de trois décennies est indissociable de ces cycles réguliers et prévisibles de formation des attentes et de création de la demande.

Quatrièmement, l’administration axée sur le développement

Il n’est nullement erroné d’affirmer que la Chine a créé son propre modèle de développement, dont une caractéristique importante pourrait être qualifiée d’«administration axée sur le développement», par opposition à l’administration publique traditionnelle.

Les plans quinquennaux nationaux de la Chine et la conférence économique annuelle du PCC font incontestablement partie de cette administration axée sur le développement. Il en va de même des nombreuses stratégies et des nombreux plans de développement locaux.

Les universités chinoises pourraient finir par proposer des cours, voire des diplômes, en administration axée sur le développement, tout comme les cursus d’administration publique sont déjà répandus partout.

Le cas chinois pourrait cependant être unique, car, dans le cadre de l’«économie socialiste de marché», l’État chinois dispose non seulement d’instruments keynésiens, tels que les politiques budgétaire et monétaire, mais aussi d’autres leviers qui ne sont pas nécessairement disponibles dans d’autres pays. Parmi ceux-ci figurent la propriété publique des terres et des ressources stratégiques, ainsi qu’un secteur public qui fonctionne, dans une large mesure, efficacement. Ces instruments confèrent à l’État chinois une plus grande capacité d’intervention et d’influence sur l’économie.

Cinquièmement, minyi et minxin

À la base de tout ce qui précède se trouve la philosophie chinoise de la gouvernance, qui comprend notamment deux concepts distincts : minyi et minxin. Le premier renvoie à l’« opinion publique », tandis que le second désigne « les cœurs et la conscience du peuple » — traduction approximative. Ce dernier concept a été formulé pour la première fois par Mencius (372–289 avant notre ère) (illustration).

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Le minyi, ou opinion publique, peut être éphémère et changer d’un jour à l’autre, tandis que le minxin, c’est-à-dire «les cœurs et la conscience du peuple», tend à être stable et durable, reflétant les intérêts généraux et à long terme d’une nation.

Au cours des trois dernières décennies, même sous la pression parfois populiste du minyi, l’État chinois a généralement pratiqué une gouvernance fondée sur le principe du minxin. Cela permet à la Chine de planifier à moyen et à long terme, voire pour la génération suivante, au lieu de limiter son horizon de planification aux cent prochains jours ou aux prochaines élections, comme c’est le cas dans de nombreux pays occidentaux.

La Chine reste confrontée à de nombreux défis difficiles, de la corruption aux disparités régionales de revenus en passant par la dégradation de l’environnement. Elle se trouve néanmoins dans une situation meilleure qu’à tout autre moment de son histoire moderne.

Aujourd’hui, le pays constitue le plus grand laboratoire du monde pour l’expérimentation économique, sociale et politique. Tout porte à croire que la Chine, dotée d’un système politique capable de s’adapter en permanence, atteindra son objectif de devenir la première économie mondiale dans une dizaine d’années, avec toutes les implications que cela aura tant pour elle-même que pour le monde entier.

Source initiale: 

https://www.huffpost.com/entry/the-five-reasons-china-wor...

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Préface à "Contre l’économisme" de Guillaume Faye

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Préface à Contre l’économisme de Guillaume Faye

Stefano Vaj 

Guillaume Faye, Contre l’économisme: Principes d'économie politique, @MoiraEdizioni, Milan, 2026.

1791637558256.jpgContre l’économisme. Principes d’économie politique, de Guillaume Faye, paru en français au début des années quatre-vingt aux éditions du Labyrinthe, demeure l’une des critiques les plus incisives et les plus prophétiques de l’idéologie dominante de l’Occident moderne en matière économique.

Dans cet ouvrage puissant, Guillaume Faye, qui fut une figure de premier plan du GRECE et l’un des agitateurs métapolitiques les plus originaux du XXe siècle, lance une double offensive: contre le règne tyrannique de l’économie sur toutes les autres dimensions de la vie humaine et contre la primauté théorique qui lui est accordée — ce que l’on désigne le plus souvent en italien par le terme «economicismo» —; et contre l’échec pratique des doctrines économiques tant libérales que sociales-démocrates, un échec qui, une fois dissipée l’euphorie passagère de l’après-Seconde Guerre mondiale, commençait alors à apparaître comme un problème structurel, et non comme une simple question de mise en œuvre défectueuse.

Loin d’être une étude technique ou un simple pamphlet, ce bref essai constitue ainsi une méditation à la fois philosophique et très concrète sur la place que l’économie doit occuper dans une civilisation pleine de vitalité. Faye y rejoint ceux qui réclament le rétablissement de la souveraineté politique sur les mécanismes économiques et la subordination des préoccupations matérielles à des impératifs culturels, nationaux et communautaires supérieurs.

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Certes, le livre est paru à une époque où les promesses de la mondialisation et de la croissance infinie qui lui était associée étaient encore célébrées avec une ferveur quasi religieuse et influençaient même des familles de pensée qui auraient dû y réfléchir à deux fois avant de leur emboîter le pas.

Pour beaucoup, sa lecture a été comme une douche froide de réalisme — dérangeante, mais profondément libératrice. Il montrait que ce que l’on nous avait appris à considérer comme une «science économique» neutre était en réalité une vision du monde totalisante, qui avait silencieusement détrôné la politique, la culture et l’identité. Et il contribuait à diffuser une prise de conscience essentielle à cet égard.

Le mot « économie » en français — comme les termes correspondants en italien, en espagnol et dans d’autres langues romanes — possède trois sens distincts mais interconnectés, particulièrement pertinents pour la critique de l’«economicismo» occidental développée dans ce livre, terme auquel nous avons préféré, dans le titre et la traduction italienne, le calque moins cacophonique «economismo».

Le premier est celui que Guillaume Faye mentionne explicitement: «la gestion des ressources rares et la production matérielle de biens et de services», qui fait écho à l’étymologie du grec οἰκονομία — l’organisation de sa maison ou de ses affaires. Le deuxième renvoie à l’économie en tant que discipline, descriptive et prescriptive. Le troisième désigne le fait d’«épargner» ou d’«économiser» — la «vertu» de la frugalité aussi bien que les vices de l’avarice et de la mesquinerie.

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Dans le premier sens, l’économie, au sein du système occidental, a cessé d’être seulement une priorité pour devenir une préoccupation exclusive, presque idolâtre. Pourtant, cette obsession n’a pas empêché le déclin économique, ni arrêté l’appauvrissement relatif de la majorité de ses citoyens. Les choses ont changé — le plus souvent en mal — depuis la parution de l’essai de Faye, mais ses observations caustiques sur ce point sont aujourd’hui plus pertinentes que jamais.

Dans le chapitre d’ouverture, intitulé «L’économisme», Faye retrace le développement de cette tendance jusqu’à ses racines philosophiques et sociales. La civilisation marchande, soutient l’auteur, est avant tout un état d’esprit. Le libéralisme et le socialisme occidental ont tous deux élaboré un projet d’organisation du monde exclusivement centré sur l’économique.

Dans cette perspective, les civilisations n’ont plus pour finalité l’histoire, la culture, l’esthétique ou la gloire guerrière; toutes ces choses sont subordonnées à un projet strictement matériel et quantitatif. Les relations entre individus sont remplacées par des relations entre les individus et les biens. Le marché — ou son équivalent keynésien — devient la norme universelle de comportement.

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Faye démontre, avec une lucidité impressionnante, que cet économisme est essentiellement oppressif. Il répand les valeurs marchandes dans toutes les fonctions sociales, détruit les hiérarchies organiques au nom de l’égalitarisme formel et ne laisse subsister comme seules inégalités visibles que les inégalités économiques — qui suscitent, par conséquent, un ressentiment d’autant plus amer. Ce qui frappe à la lecture de ces pages, c’est la précision avec laquelle Faye décrit le vide spirituel que nous observons autour de nous: l’uniformisation des mentalités, la montée du narcissisme social, le déracinement des traditions et le déclin démographique qu’aucune croissance du PIB ne semble pouvoir inverser.

L’esprit marchand, avertit-il, n’est pas fondamentalement productif. Il favorise la spéculation au détriment de l’investissement, l’hédonisme au détriment de l’esprit d’entreprise, et la psychologie de la rente au détriment de celle de la création et du défi. Cette intuition résonne encore douloureusement aujourd’hui.

Pour sa part, la théorie économique classique, en tant qu’élément essentiel de l’arsenal culturel et managérial de l’Occident, porte en elle ses propres problèmes profonds.

Le postulat central selon lequel le comportement des acteurs individuels est déterminé par la recherche rationnelle d’un intérêt personnel strictement monétaire est manifestement faux. Les personnes adoptent fréquemment des comportements désintéressés, capricieux, voire autodestructeurs. Même au sens le plus banal, un Occidental appartenant à la classe moyenne inférieure consacrera une part significative des ressources dont il dispose à des vacances qui ne produisent aucun rendement «économique».

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Certes, ce postulat peut être interprété dans un sens plus large, et il peut alors probablement être considéré comme correct: mais la théorie devient dès lors non falsifiable au sens poppérien et largement impuissante comme instrument prédictif. En effet, envisagé de cette manière, l’intérêt économique de n’importe quel acteur consiste simplement, dans l’objectif ou les objectifs qu’il a choisi de poursuivre, pour quelque raison que ce soit, selon les stratégies typiques décrites par la théorie des jeux. Après tout, toute action est, par définition, motivée par l’attente d’un bénéfice net qui, pour l’acteur, vaut davantage que les autres possibilités disponibles.

Ainsi, l’infaillibilité cybernétique et l’optimalité de la «main invisible» passent par la fenêtre. Et même l’éventuelle supériorité des mécanismes de marché sur la planification économique est, en réalité, purement circonstancielle. Elle dépend simplement de l’échelle, du contexte, de la bande passante disponible, de la latence et de la puissance de calcul des outils dont on dispose. Les économies familiales, par exemple, tendent à fonctionner selon des principes communistes — «de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins» — même lorsque leur gestion est concentrée entre les mains d’une seule personne, généralement sans inconvénients catastrophiques.

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De même, les économies internes des grandes entreprises capitalistes sont régies par la planification des ressources de l’entreprise plutôt que par un marché interne et par la formation de « prix » régulant les échanges entre départements. Une autre question est celle du fait que, lorsque les capacités organisationnelles et technologiques disponibles sont dépassées, la planification tend à s’effondrer — comme cela s’est produit, selon un parallèle que nous avons déjà étudié ailleurs, chez IBM en Occident et en Union soviétique à l’Est.

Dans ce dernier cas, une fois le PIB multiplié par dix par rapport à l’époque de la révolution, et les fameux plans quinquennaux passés de la gestion de quelques centaines d’actifs à celle de dizaines de millions de produits et d’objectifs différents, l’effort nécessaire pour continuer à gérer l’ensemble au moyen de messages télex, de calculatrices électromécaniques, de cartes perforées et de rapports dactylographiés était devenu impossible à soutenir et prohibitif. Pourtant, le marché lui-même souffre de ses propres aberrations, imperfections et inefficacités, ainsi que de la concurrence, particulièrement aujourd’hui, de systèmes artificiels caractérisés, quant à eux, par une latence plus faible et une bande passante plus élevée.

Les tentatives visant à l’imposer de force dans des contextes inadaptés, comme cela s’est produit dans les deux cas décrits face aux difficultés de la planification, ont d’ailleurs produit le pire des deux mondes plutôt que la solution miraculeuse naïvement attendue.

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Sur l’ensemble de ces questions, voir, pour IBM à l’époque d’Akers, Paul Carroll, Big Blues: The Unmaking of IBM, et Robert X. Cringely, The Decline and Fall of IBM ; pour l’Union soviétique à l’époque de Gorbatchev, Roger Keeran et Thomas Kenny, Socialism Betrayed. Behind the Collapse of the Soviet Union. 

Le deuxième chapitre, intitulé «L’échec des managers», examine l’anémie croissante de l’appareil productif européen, qui a fini par conduire au désastre actuel. Faye considère les faiblesses internes — le pari sur une mondialisation radicale, le capitalisme bureaucratique et les distorsions de l’État-providence — comme plus décisives que les chocs extérieurs. Il critique le dogme du libre-échange, qui pénalise les économies européennes dans une concurrence asymétrique, ainsi qu’une économie publique subventionnée et parasitaire, qui remplace les dirigeants privés par des dirigeants publics tout aussi peu enclins à l’innovation.

Les nationalisations à l’occidentale, montre-t-il, ont souvent conduit au corporatisme et à la colonisation de l’État par des intérêts sectoriels plutôt qu’à une véritable direction stratégique. Ainsi, ni la gestion libérale ni la gestion sociale-démocrate n’ont anticipé ou maîtrisé les grands défis de notre temps.

Face à ces réalités, le discours occidental contemporain tend de plus en plus à promouvoir le néo-paupérisme, la «durabilité», la «décroissance heureuse», l’antiproductivisme, les illusions d’un État-providence postindustriel généralisé, les actifs immatériels et «qualitatifs», les politiques budgétaires restrictives, le démantèlement des services sociaux et le désinvestissement dans les projets de civilisation à long terme, sans parler des diverses nuances de néo-luddisme et, bien entendu, des Droits de l’Homme — à la sauce libertarienne ou woke, peu importe — comme idéal de substitution à la prospérité partagée.

Des politiques imposées aux États « souverains » par les banques centrales, la BCE, le FMI et les institutions analogues, jusqu’à l’effort culturel visant à donner une nouvelle image à la « nouvelle pauvreté » de couches croissantes de la population, en la présentant comme vertueuse et dans l’air du temps, le modèle est clair. Là encore, Faye a été véritablement visionnaire. Dans NSC. La nouvelle société de consommation, il avait déjà montré combien le consumérisme est parfaitement compatible avec une raréfaction croissante des biens consommables, et peut même s’en trouver intensifié; il décrit ici le fonctionnement économique du phénomène.

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Dans la section qui constitue le point culminant de l’ouvrage, «Principes d’économie politique», Faye passe de la critique à la reconstruction. Il préconise une conception organique de la société et de l’économie. Dans cette vision, les sociétés sont des systèmes vivants de fonctions en interaction, et non des agrégats mécanistes.

L’économie doit être dirigée politiquement plutôt qu’administrée bureaucratiquement ou abandonnée à la main invisible. L’État devrait fixer des objectifs stratégiques conformes au destin national, en décentralisant leur mise en œuvre lorsque cela est opportun. Des concepts comme le «surplus global» — qui tient compte des coûts sociaux, culturels et géopolitiques à long terme — et les «espaces économiques autocentrés» sont absolument essentiels dans cette perspective. Ces derniers ne constituent pas un appel à l’isolationnisme, mais à une protection attentive et souple des secteurs vitaux, à la priorité accordée à la demande intérieure et à la promotion d’une véritable efficacité productive.

Faye insiste sur le fait que le profit demeure une incitation légitime s’il est dûment subordonné, mais qu’il ne doit jamais dicter le destin d’un peuple. La véritable justice sociale, selon lui, repose sur la méritocratie et l’égalité des chances plutôt que sur une redistribution égalitaire qui engendre si souvent de nouveaux privilèges et décourage le dynamisme et l’ambition. L’économie qu’il préconise devrait, au contraire, servir une «société de producteurs» orientée vers la création, la puissance et la grandeur de la civilisation, plutôt que vers le confort passif des masses, la spéculation et la promotion, surtout aux extrêmes de l’échelle sociale, d’une mentalité parasitaire.

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En effet, si la poursuite d’objectifs purement économiques nuit à la survie et à la réussite de toute communauté — même en termes strictement économiques —, aucun objectif politique, culturel ou civilisationnel, ni même la simple survie, ne peut être atteint si la croissance, la prospérité, la prééminence technologique, l’autarcie là où elle est nécessaire, ainsi que l’exploitation intelligente, la protection et la valorisation des ressources disponibles, ne sont pas activement entretenues et renforcées. Faye l’affirme avec une clarté sans équivoque. À une époque qui insiste sur la décroissance et sur le déclin administré, son message est à la fois sobre et revigorant.

Il est difficile de surestimer la pertinence contemporaine de ces idées. En 2026, nous affrontons précisément l’enchevêtrement des crises que Faye avait prévues: désindustrialisation, dépendance énergétique, effondrement démographique, fragilité financière et dissolution culturelle sous les pressions du consumérisme mondial. Et, face à tout cela, Faye ne se réfugie certainement pas dans un rejet de la modernité ou de la technologie. Au contraire, il célèbre l’esprit faustien de la civilisation européenne et son audace à repousser les frontières du possible. Simplement, l’économie et la technologie peuvent devenir des instruments transhumanistes propres à «réenchanter le monde» si — et seulement si — elles sont placées sous le commandement d’une vision politique renouvelée.

Contre l’économisme n’est donc pas un appel au repli économique, mais à une réorientation civilisationnelle. Il exige que nous abandonnions le faux choix entre l’étatisme de l’État-providence et le fondamentalisme du marché, et que nous retrouvions la primauté du politique. Seul un ordre politique souverain, conscient de son identité, de son destin et de ses intérêts vitaux, peut orienter les formidables forces productives de la modernité vers de grandes fins — le renouveau démographique, la domination technologique du monde, l’épanouissement culturel et la transmission des gènes, des identités et des traditions européennes à travers les générations.

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Cette édition italienne, comme la traduction anglaise publiée presque simultanément, paraît à un moment historique décisif. Les illusions de l’ère qui a suivi la guerre froide, celle de la mondialisation et du monde unipolaire, se sont effondrées. L’interdépendance économique se révèle chaque jour être un risque stratégique. Les peuples et les nations prennent à nouveau conscience de la nécessité de la puissance, de l’autonomie et de la réflexion à long terme. Guillaume Faye ne fournit ni recettes dogmatiques ni consolations nostalgiques. Il offre une architecture théorique cohérente et un ensemble de principes directeurs pour une époque post-économiste. Ce faisant, il nous rappelle que ce ne sont pas les économies qui commandent l’histoire, mais les peuples conscients et les volontés politiques déterminées.

La lutte contre l’économisme est, au sens le plus profond, la lutte pour l’âme et l’avenir de l’Europe et de ses peuples. Ce livre aide à se confronter sérieusement aux idées exigeantes mais nécessaires qu’il propose et diffuse. Elles méritent d’être débattues, mises à l’épreuve et — une fois qu’elles se révèlent capables de produire des résultats — mises en pratique. Après une révolution politique, ou même avant.

Stefano Vaj