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lundi, 29 septembre 2014

La National Security Agency dans la guerre

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La National Security Agency dans la guerre

par Jean-Paul Baquiast
 
Le pivot stratégique de Obama vers le Proche et Moyen Orient permettra au complexe militaro-industriel (CMI) américain de capter à son profit des milliards de dollars de budgets de défense. Faut-il s'en plaindre?
 

Dans une brève d'actualité précédente (Un virage à 180° dans la « crise ukrainienne »? ) nous avions indiqué que les Etats-Unis allaient probablement relâcher leur pression diplomatique et militaire sur la Russie, à travers la « crise ukrainienne » qu'ils avaient suscitée, pour se consacrer pleinement à la guerre contre l'Etat islamique (Isis). Cette guerre a été déclarée le 15 septembre par Obama. Il essaye d'entrainer avec lui une trentaine voir une cinquantaine de pays, mais les candidats ne semblent pas enthousiastes. Or, pour mener cette guerre, les USA doivent mobiliser leurs ressources, et ne pas les disperser sur plusieurs fronts. Kiev attendra un peu.

Est-ce uniquement le besoin d'anéantir Isis, compte tenu des exactions diverses et menaces sur des intérêts stratégiques au Proche et Moyen Orient, qui pousse Obama? N'a-t-il pas des raisons disons plus immédiates? La réponse est fournie par un document très intéressant fourni par le site américain d'investigation Salon.com. Celui-ci n'a d'ailleurs pas eu de mal à trouver des informations, elles sont disponibles très libéralement sur les sites de la National Security Agency (NSA) et du département de la défense. Encore fallait-il que Salon les collationne et nous aide à les interpréter.

En fait, le pivot stratégique de Obama vers le Proche et Moyen Orient permettra au complexe militaro-industriel (CMI) américain de capter à son profit des milliards de dollars de budgets de défense. Ceci est d'autant plus intéressant que par ailleurs les budgets de défense étant par ailleurs  menacés de sévères restrictions. Isis devient ainsi un centre de profits, alors que l'Ukraine et la Russie était devenues des centres de coûts.

On apprend ainsi qu'un contrat pour le recueil du renseignement militaire vient d'être signé au profit de la NSA et d'une « armée » de contractants privés (dont Booz Allen Hamilton, BAE Systems, Lockheed Martin et Northrop Grumman) afin de documenter et conduire la guerre aérienne engagée par Obama. « No boots on the ground » certes mais beaucoup d'intelligence. L'objectif sera d'informer la flotte de chasseurs, bombardiers, drones et missiles Tomahawk qui ont commencé à intervenir massivement en Irak et en Syrie. Où et comment frapper? La NSA le dira.

Ce contrat de 7,2 milliards de dollars au profit de la NSA et de ses sous-traitants a été conclu sous l'égide d'un commandement nommé INSCOM (U.S. Army Intelligence and Security Command ) . Le contrat dit « global intelligence support » charge la NSA et ses correspondants de rassembler les informations permettant de localiser les cibles et les individus à combattre. La NSA utilisera pour cela tous les moyens d'écoute électronique qu'elle connait bien, y ayant recouru depuis des années contre le monde entier. On suppose qu'elle mettra sans doute aussi des espions sur le terrain.

Des milliers d'agents seront regroupés au centre d'écoute de la NSA à Fort Gordon. Ils seront en liaison avec d'autres centres d'écoute, à Fort Bragg, au Moyen Orient, à Hawai, en Allemagne (sic) et en Corée du sud. Des milliers (ou millions) d'information, relevant de ce que le département de la défense nomme ISR (intelligence, surveillance and reconnaissance) seront envoyés en permanence à tous ceux qui opèrent sur le champ de bataille, qu'il s'agisse de pilotes d'avions de combat, de drones ou de forces spéciales.

Que peut-on en penser en France?

C'est aux services spécialisés français d'apprécier. Ils feront certainement valoir, et ils auront raison, que les moyens dont ils disposent en propre sont ridiculement insuffisants. Disons seulement, en tant que simple citoyen, que la France étant engagée elle-aussi dans ce qui devrait être une guerre totale contre Isis, toutes les forces que déploie l'Amérique pour son compte devraient être les bienvenues, même s'il est peu probable que s'établissent des échanges intéressants d'informations entre les différentes partenaires, l'Amérique gardant pour elle le maximum de données intéressantes. Par ailleurs, les milliards de dollars engagés par le contrat donneront lieu, comme il est usuel en ce cas, à un grand gaspillage, vu que le CMI n'oublie pas jamais ses intérêts immédiats. Mais il en restera bien quelque chose pour la lutte se disant commune.

Au delà de cela cependant, plusieurs questions doivent être posées. La première consiste à se demander si le CMI américain n'a pas organisé ou du moins incité les récents attentats et décapitation pour justifier la réentrée en guerre massive des USA. Beaucoup le disent sur les réseaux sociaux et blogs alternatifs. Tout est possible et nous ne préjugerons pas faute de preuves. Disons seulement que le mal est fait et que désormais des tueurs psychopathes sont dans la nature. Il n'est pas possible de les laisser contaminer le monde sans réagir.

Mais précisément, pour réagir, il ne suffit pas, comme la France et la Grande Bretagne, d'envoyer quelques Rafales et Tornados pour montrer une autonomie au regard des Etats-Unis. Il faut s'assurer que l'on ne continue pas à encourager les terroristes. Or il est évident qu'aucune des mesures de fond dont nous avions fait la liste dans notre éditorial de cette semaine ne découleront de cette avalanche de moyens américains. Notamment les centaines de millions ou milliards de dollars versés à Isis et ses homologues par les Etats pétroliers du Golfe et le Koweit, maîtres es-double jeu, continueront à affluer. L'absence de troupes au sol, sous pavillon de l'ONU, ne permettra pas d'éliminer les djihadistes qui ne manquent pas d'abris, dans les montagnes ou la population, pour échapper aux frappes aériennes. Aucune négociation diplomatique, associant l'Iran et la Russie, ne sera entreprise avec l'ensemble des Etats de la région, et au delà....

Par ailleurs, la NSA, déjà omnipotente, comme nous l'avons souvent montré, se trouvera encore renforcée. Or pour la NSA, il n'y a pas d'amis ou d'ennemis, tous doivent être espionnés. Que l'on se le dise en Europe.

Sources:

* Salon.com; Who profits from our new war? Inside NSA and private contractors' secret plans

http://www.salon.com/2014/09/24/heres_who_profits_from_our_new_war_inside_nsa_and_an_army_of_private_contractors_plans/

*INSCOM Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/United_States_Army_Intelligence_and_Security_Command

* Documents contractuels (accès difficile) https://www.inscom.army.mil/Contracting/254/254_TO_0001_Alpha.pdf

 

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