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mercredi, 14 février 2018

Perspectives pour une Corée réunifiée

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Perspectives pour une Corée réunifiée

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Beaucoup d'attention a été non sans raison apportée aux contacts lors des Jeux olympiques de PyeongChang entre les deux présidents, Moon de la Corée du Sud et Kim Jung-un de la Corée du Nord. Il apparaît que Moon a été invité à  Pyongyang,  capitale de Corée du Nord, par son homologue. Il aurait accepté de s'y rendre.

CR-1.pngCeci bien évidemment s'est fait sans demander l'accord des Etats-Unis qui expriment actuellement leur fort mécontentement. Nul ne sait si les deux pays réussiront à s'entendre, ni sur quelles bases ceci se ferait. Mais beaucoup d'hypothèses très positives circulent en ce moment.

L'histoire et la logique font qu'une réunification des deux Corées, même si c'est sous la formule d'un Etat fédéral, se produira inévitablement dans les prochaines années. Manifestement la Chine et la Russie, très influentes de part et d'autre, y poussent. Mais sur quelles bases celle-ci pourrait-elle se faire?

Excluons dans cette question l'examen du fait que les Etats-Unis ont transformé la Corée du Sud en plateforme avancée des forces militaires considérables qu'ils déploient en mer du Japon et dans le Pacifique sud. Si en effet Séoul ne voulait plus de leur présence, ils seraient bien obligés d'en tenir compte, sauf à agiter des menaces militaires contre le pays ainsi colonisé qui voudrait s'en libérer.

Ceci étant, en dehors des différences démographiques, les deux pays ont un profil très différent. La Corée du Sud est connue dans le monde entier par la compétitivité des entreprises qu'elle y héberge, notamment dans le secteur des technologies numériques. Elle a lié tant aux Etats-Unis qu'en Europe des relations avec les entreprises correspondantes de ces pays qui la rendent en pratique inséparable sur de nombreux plans des économies américaines et européennes. Ces relations ne devraient pas être remises en cause pour des motifs purement politiques.

La Corée du Nord, comme nul n'en ignore aujourd'hui, a réussi à se donner des compétences de premier rang dans le domaine des missiles et de l'arme nucléaire qui la mettront vite au niveau d'autres pays du club des grandes puissances militaires. La Corée du Sud, privée pratiquement de tout moyen de défense en propre du fait des Etats-Unis, devrait être heureuse de partager les ressources militaires du Nord.

Au plan politique, la Corée du Sud peut prétendre être une démocratie. Elle a de bonnes relations avec tous les pays de ce type, notamment en Europe. La Corée du Nord, sans être à proprement parler une dictature, est incontestablement un régime autoritaire. A cet égard elle est proche de la Russie et de la Chine. Mais il y a tout lieu de penser que la pratique démocratique du Sud contaminerait rapidement le Nord. Ceci d'autant plus que si les deux Corées décidaient de s'unir afin de reformer une Corée unique, les populations, d'abord très hésitantes, particulièrement au sud, verraient ceci d'un bon oeil car le sentiment national « coréen » paraît encore vif, ou tout prêt à renaitre.

CR-2.pngComplémentarité

Dans ce cas, la complémentarité des deux économies et de leurs investissement respectifs s'adapterait à merveille. La nouvelle Corée deviendrait une véritable grande puissance mondiale, dans tous les domaines.

Si cette nouvelle Corée entretenait de bonnes relations avec la Chine et la Russie, elle pourrait y conquérir de nouveaux marchés, notamment au plan économique. D'ores et déjà la Chine a proposé d'étendre aux deux Corées une branche de l'OBOR ou Nouvelle Route de la Soie qui les mettrait en relation plus facilement que par la mer avec les pays traversés par cette nouvelle voie, comme avec l'Europe. Le coût pourrait en être partagé.

Le rôle nécessairement très important que jouera l'actuelle Corée du Sud dans la future Corée unifiée devrait rassurer tous les pays asiatiques, notamment ceux de l'Organisation de Coopération de Shanghai. Il n'est pas exclu que le Japon, actuellement très hostile, notamment sous l'influence de son allié américain, se rapproche pragmatiquement de ce nouvel ensemble.

Ce sont ces perspectives, que nous ne développerons pas davantage ici, qui déplaisent fortement à Donald Trump, lequel avait promis plusieurs fois de réduire Pyongyang en cendres, sort auquel d'ailleurs ne pourrait pas échapper Séoul, du fait de sa proximité. Ce sont les mêmes raisons qui ont justifié le visage furieux du vice président américain Mike Pence lors de la séance inaugurale des Jeux puis son départ précipité. Personne apparemment parmi les organisateurs sud-coréens n'a cherché à le retenir. Chacun sait désormais que du fait de sa perte d'influence en Asie, l'Amérique n'aura aucun moyen d'empêcher une future réunification.

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