jeudi, 05 mars 2026
Universalisme et bellicisme

Universalisme et bellicisme
par Alberto Giovanni Biuso
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32385-albe...
« Le berger a fait craindre le loup au mouton toute sa vie, mais à la fin c’est le berger qui le mange. » (Proverbe géorgien)
L’Europe possède dans le monde une spécificité qui plonge ses racines dans les anciennes cultures méditerranéennes, caractérisées par l’identité d’un espace — celui de la Méditerranée — et par la différence autant dans les modes de vie que dans les relations avec la plus grande puissance, partiellement méditerranéenne : l’Empire perse.
Les racines de l’Europe sont donc polythéistes et païennes; l’élément judéo-chrétien s’est diffusé très tard par rapport à ces structures, même s’il est ensuite devenu dominant. L’histoire politique, sociale et culturelle de cet espace maritime et continental a été très variée et complexe, et il apparaît aujourd’hui que cette histoire semble toucher à sa fin. Le suicide, à la fois traumatique et lent, commencé avec la guerre civile européenne (1914-1945), se déroule dans des formes de plus en plus tragiques, essentiellement, mais de façon presque burlesque. Au 21ème siècle, et en particulier dans les années 2010 et 2020, l’Europe est effectivement gouvernée par des oligarques sans culture, sans liberté, sans dignité ; elle est dirigée par de véritables « ectoplasmes ou somnambules convertis au bellicisme » (Alian de Benosit, dans Diorama Letterario, n° 389, janvier-février 2026, p. 9).
Des ectoplasmes dont le bellicisme constitue justement une des ultimes conséquences du lent suicide européen, attestée aussi et surtout par le fait que, bien qu’endettée et privant de plus en plus ses citoyens des services essentiels à la vie, l’Europe a déjà octroyé plus de 200 milliards d’euros d’aide à l’Ukraine, une aide qui ne sert qu’à poursuivre le massacre, à continuer un conflit qui est en même temps une guerre de sécession des régions russophones contre une entité étatique artificielle (créée par Lénine, qui n’existait pas encore en tant qu'État) comme l’Ukraine; une guerre de défense de la Fédération de Russie contre l’expansion de l’OTAN à ses frontières; une guerre civile entre peuples slaves liés entre eux par une histoire séculaire; une guerre par procuration des États-Unis d’Amérique contre la Russie, perçue comme le deuxième concurrent le plus dangereux dans la domination mondiale, après la Chine.
Le politologue Alessandro Colombo affirme à juste titre (dans Il suicidio della pace, Raffaello Cortina, 2025) qu’une des expressions de l’échelon le plus bas des décideurs politiques en Europe occidentale consiste à ne pas réaliser (ou à refuser pathologiquement) le déclin du «cosmopolitisme libéral fondé sur une démocratie formelle, une ouverture indéfinie des marchés et l’hégémonie absolue de l’Occident à forte traction américaine» (Roberto Zavaglia, dans Diorama Letterario, op. cit., p. 33).
Et pourtant, comme toujours dans les phénomènes politiques et sociaux, il y a une méthode dans toute cette folie. C’est la méthode qui a été couronnée de succès lors de la pandémie de Cov id19: susciter et rendre omniprésente la peur.
Car si les peuples et les individus sombrent dans la crainte d’un danger imminent et grave, ils sont ensuite prêts à accepter n’importe quel ordre qui leur est imposé. Avec la terreur, l’inacceptable devient indispensable.
Après cette expérience réussie, il était donc nécessaire qu’un nouveau danger se profile à l’horizon. Nouveau, mais traditionnel: la russophobie, le préjugé contre un peuple et une nation qui sont certes européens, mais aussi asiatiques, qui partagent langues, art, religion, littérature, architecture et philosophies de l’Europe occidentale, mais qu’ils déclinent toujours de manière originale. Une entité donc assez proche et suffisamment différente pour susciter une crainte plausible. Et pourtant, l’aveuglement des groupes oligarchiques européens oublie que chaque fois que la partie occidentale de notre continent a attaqué la Russie, elle en est sortie détruite. Les cas les plus récents sont la France napoléonienne et l’Allemagne national-socialiste. Il est pratiquement inévitable qu’un troisième cas se produise — probablement le plus désastreux, étant donné que la Russie est devenue une puissance nucléaire.
Le vrai danger réside donc dans le fait que l’Occident anglo-saxon a dévoré l’Europe. Les décideurs politiques français, italiens, allemands et d’autres pays croient encore être les maîtres, mais ils ont été déclassés au rang de serviteurs des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël, qui constituent la réelle menace pour toute la planète.
L’Occident anglo-saxon est encore profondément imprégné d’éléments coloniaux, racistes, bellicistes. Le mondialisme financier n’est que l’expression contemporaine de l'unilatéralisme politique et de l’universalisme éthique/religieux qui ont fait des continents entiers des dépôts de matières premières et d’esclaves à exploiter pour leur propre gloire. Chantal Delsol souligne à juste titre que l’universalisme occidental «est la cause principale de sa volonté de convertir le reste du monde, autrefois à sa religion, puis à ses intérêts politiques (le colonialisme), aujourd’hui à son modèle économique et social ou à ses principes moraux (les droits de l’homme). […] L’universalisme assimilateur n’est rien d’autre que la projection et le masque d’un ethnocentrisme étendu aux dimensions de toute la planète, et l’uniformité tend irrésistiblement à dévaluer les différences » (Eduardo Zarelli, in Diorama Letterario, cit., p. 21). Une fois de plus, l’outil conceptuel de l’identité et de la différence montre sa fécondité aussi pour comprendre les événements historiques, et pas seulement les questions logiques ou métaphysiques.
L’aspiration universaliste de l’Occident anglo-saxon montre aujourd’hui son vrai visage: celui d’un génocide. Gaza et la Palestine, le peuple palestinien qui est effacé de la surface de la Terre (de sa terre), représentent la preuve définitive de la réelle substance de l’universalisme qui déteste la différence. Après Gaza — le plus grand génocide et crime de l’histoire contemporaine — toutes les thèses juridiques de l’Occident anglo-saxon et toutes ses prétentions à la supériorité morale apparaissent simplement tragiques et grotesques. Le capitalisme sans sol, la finance sans terre, privent un peuple qui y vit depuis des siècles de leur sol et de leur territoire, avec l’intention explicite de transformer ces terres en centres commerciaux et hôtels de luxe où les Occidentaux pourront passer leurs vacances et leurs vieux jours dorés.
Tout cela n’est pas le folklore d’un président américain, mais la dissolution que le règne de la crématistique (comme Aristote appelait la finance) entraîne toujours avec lui.
18:29 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : universalisme, bellicisme, occident, définition |
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