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samedi, 21 janvier 2023

Téhéran à la lecture de Brasilia ou le contraire?

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Téhéran à la lecture de Brasilia ou le contraire?

par Georges FELTIN-TRACOL

Deux ans et deux jours après l’assaut magnifique du Capitole à Washington, les partisans de l’ancien président Jair Bolsonaro occupent, le 8 janvier 2023, pendant une demi-journée la place des Trois-Pouvoirs en plein cœur de la capitale brésilienne et investissent les sièges de la présidence de la République fédérative, du Congrès et du Tribunal suprême fédéral. Le même jour, des centaines d’exilés manifestent dans les rues des grandes villes françaises dont Paris et Lyon pour mieux attirer l’attention en faveur de l’actuelle déstabilisation en Iran et inciter l’opinion publique à pousser le gouvernement français dans un soutien plus explicite à la subversion.

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Le hasard veut que deux événements aux formes assez semblables se percutent sur le devant de l’actualité. Il est intéressant de constater que l’interprétation politico-médiatique qui en est tirée diverge complètement. Si ce qui vient de se passer au Brésil s’était produit à Téhéran, les « merdiats » auraient exulté. Ce n’est pas une nouveauté: les « Gilets Jaunes » français, les festivaliers impromptus du 6 janvier 2021, les « camionneurs de la Liberté » au Canada qui organisaient des pique-niques bon enfant n’ont jamais bénéficié de la bienveillance du Système occidental d’occupation mentale.

À peine investi, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, parle de «vandales fascistes» et réclame une répression impitoyable envers les responsables directs et indirects de cette journée d’agitation qui confirme la profonde division de ce pays. La presse aux ordres s’indigne que des œuvres d’art moderne et contemporain auraient été dégradées, saccagées ou pillées. Elle éprouvait au contraire une sollicitude quasi-pathologique envers quelques esprits détraqués qui souillaient d’aliments les fleurons picturaux de la civilisation européenne au nom de la très sainte foi climatiste.

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Les régimes en place du BOA (Bloc occidental atlantiste) s’offusquent des pendaisons d’Iraniens fauteurs de troubles. Ils semblent ignorer que ces malfaiteurs ont tué des forces de l’ordre, envahi et dévasté des bâtiments administratifs et brûlé les locaux d’un grand quotidien. L’Iran est la proie d’une révolution de couleur préparée par quarante ans d’embargo économique, d’accès sans aucun filtrage aux réseaux sociaux informatiques de l’Occident décadent et d’une perte d’esprit de mobilisation populaire collective.

La sortie, le 4 janvier dernier, d’un numéro spécial de Charlie Hebdo comporte de nombreux dessins répugnants appelés pour la circonstance «caricatures». Cette publication veut soutenir la contestation. Sa parution a choqué les autorités iraniennes. Or les mêmes qui applaudissent ces illustrations ordurières dénonçaient un banal dessin dans un numéro de Valeurs actuelles en août 2020 mettant en scène dans une fiction l’élue parisienne de La France Insoumise Danièle Obono sans jamais atteindre la bassesse et l’abjection de Charlie Porno...

Les belles âmes du BOA dénoncent la soi-disant répression organisée par Téhéran. Elles se taisent sur le sort judiciaire de Julian Assange et de Vincent Reynouard. Elles ne s’inquiètent pas de la détention des camionneurs canadiens persécutés, ni des quelque cinq cents Étatsuniens déjà condamnés par une justice folle et expéditive pour avoir participé à la démonstration festive et transgressive du 6 janvier 2021.

Face à la vive réaction de l’Iran qui condamne cette agression visuelle, le Quai d’Orsay a répliqué par un communiqué qu’en France existe la liberté de la presse. Vraiment ? Le ministère hexagonal des Affaires étrangères ne sait peut-être pas que l’hebdomadaire Rivarol a perdu sa commission paritaire et qu’on a retiré à France Soir son agrément de service de presse en ligne. Contrairement aux « médiats de grand chemin » hyper-subventionnés qui ne se préoccupent pas du sort des Français, ces deux titres expriment une réelle hostilité à la clique dirigeante en place.

Malgré leur indéniable vandalisme progressiste, les émeutiers iraniens sont du côté du « Bien occidental ». En revanche, les protestataires brésiliens appartiennent aux « forces du Ma-a-a-l ». Ces derniers n’ont pas non plus accepté qu’un membre influent du Tribunal suprême fédéral et président du Tribunal supérieur électoral, Alexandre de Moraes, ait prononcé, fin novembre, une amende d'environ 4,2 millions de dollars au Parti libéral du président vaincu parce qu’il émettait de sérieux doutes sur la régularité et la sincérité du scrutin électronique. Dans le même temps, ces deux instances judiciaires ont régulièrement suspendu les comptes Telegram, WhatsApp, TikTok et YouTube des nombreux dubitatifs électoraux brésiliens. Bolsonaro est battu, mais ses partisans remportent de nombreux sièges parmi les gouverneurs des États fédérés et au Congrès. N’y a-t-il pas là un choix contradictoire qui interroge ?

Ainsi existeraient-ils des « bons » soulèvements et d’autres « mauvais ». Pour l’hyper-classe mondialiste, les révoltes populaires chez ses ennemis relèvent de l’action positive alors que l’expression puissante d’un mécontentement populaire légitime dans une cellule du grand bagne occidental planétaire constitue une inacceptable sédition et témoigne sûrement d’un dérangement psychiatrique.

Il est bon de garder à l’esprit ce manichéisme médiatique riche en désinformation officielle. Il revient aux éléments les plus avancés de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne d’accélérer et de structurer les vecteurs de ré-information. Le combat (méta)politique passe aussi par des batailles narratives.

GF-T

« Vigie d’un monde en ébullition », n° 57, mise en ligne le 18 janvier 2023 sur Radio Méridien Zéro.

 

Quelques mots sur "Les Choses", exposition du Louvre consacrée aux natures mortes

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Quelques mots sur "Les Choses", exposition du Louvre consacrée aux natures mortes

Par Frédéric Andreu

Nous savons que les mots et les choses entretiennent un rapport de clé à serrure toujours à ajuster, surtout en cette heure incertaine où triomphe le matérialisme pratique. Voyons si cette exposition du Louvre sobrement intitulée "les choses" (et sous-titrée : "une histoire de la nature morte") est de nature à (r)établir la sacralité de l'Homme avec les Choses?

Ce qui frappe à première vue en visitant cette riche exposition temporaire, c'est la volonté de dialogue qu'à l'évidence elle manifeste. Il faut dire que l'exposition en impose ! Elle en impose tout d'abord par la pompe de son décorum, par les signatures des artistes exposés (Van Gogh, Gauguin, etc) et par la pluralité des supports, toiles, objets, extraits vidéos. Les moyens techniques font pléthores. Elle en impose aussi et surtout par son ambition historique : elle expose les natures mortes "depuis la Préhistoire".

Une ambition qui se place dans le sillage des encyclopédistes du 18ème siècle comme Diderot et d'Alembert. "Ici, nous sommes au Louvre, fleuron de la culture française, et non dans un quelconque musée de province" semble murmurer cette exposition haute en couleurs. Mais Louvre ou pas Louvre, Paris ou pas Paris, l'"exposition" des œuvres implique de créer les conditions nécessaires au "dialogue" entre nous et les œuvres. Sans ce rapport essentiellement "symbolique", c'est-à-dire visant à (r)établir la plénitude du sacré, une exposition im-pose, en im-pose ou s'im-pose plus qu'elle "ex-pose".

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"Dialogisme" ! Je campe ici un terme qui mérite quelques éclaircissements ! Relevons le défi à définir, en quelques mots, ce que nous entendons par "dialogisme" ! Pour se faire, le mieux est encore de le définir par son symétrique contraire: le "monologisme". Est "monologique" une œuvre, un roman, un tableau, une exposition, voire une personne, cette œuvre, ce roman, ce tableau, cette exposition... qui ne semble renvoyer qu'à elle-même. Un monde clôt qui n'impacte pas ou peu l'imaginaire symbolique, personnel et collectif.

Quant une œuvre mobilise l'imaginaire, elle devient alors dialogique, voire polyphonique ; elle fait entendre une voix qui peut devenir une voie. Cette exposition, au demeurant de bonne facture, n'est assurément pas "monologique" au sens péjoratif du terme, mais disons qu'elle nous laisse sur notre faim. Où sont en elle les conditions d'un répons ? Non pas que les cartouches explicatifs ou les citations d'auteurs y seraient insuffisants - elles font au contraire pléthore d'un bout à l'autre de l'exposition - mais que le sentiment qui domine est moins celui d’une expérience muséale que du catalogue exposé.

Nous savons désormais que l’art contemporain, son marché, sa mythologie, est le produit d’un contre-sens sémantique. Ce contre-sens est que le non-dit de l'art dit «contemporain» n’est pas esthétique mais conceptuel. Ironie du langage, les deux lettres  acronymiques "A" et "C" désignant l’Art Contemporain, désigne aussi l’Art Conceptuel avec lequel il se confond. Cela est entendu, mais a-t-on pris conscience que le même subterfuge sémantique touche aussi toute la galaxie muséale ? Est qualifiée d’«exposition» ce qui relève bien souvent de l’«imposition», imposition idéologique, historique, esthétique. Disposition imposée des œuvres entre elles, du public ensuite, à qui l'on im-pose un parti pris idéologique : à l'heure où l'art conceptuel est devenu la "norme" esthétique, "exposition muséale" devrait plutôt se dire: "imposition idéologique".

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La raison profonde de notre désarroi n'est donc pas le manque d'explication ou de signalétique. Elle est ailleurs. Elle tient à la définition même du terme «exposition» dont il faut rappeler que le préfixe, « ex- », est aussi celui du mot «ex-périence». L'exposition des Choses «nature morte» est univoque, donc peu dialogique. Les concepteurs l’ont d’ailleurs explicitement mise en équation avec l’histoire de la nature morte «depuis la préhistoire» (sic). Certes, l'intention des concepteurs est de briser le cou à ce terme péjoratif de "nature morte", employé pour désigner un "art mineur". Le Louvre cherche ici à montrer, comme un pied de nez à cet art dit "mineur" que les choses ne sont pas si mortes que cela. Elles sont bien vivantes ces pommes et ces oranges dans le tableau éponyme de Paul Cézanne ! Cela tout être sensible en convient !

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Cependant, l’exposition «Les Choses» atteint-elle son but ? Rien n'est moins sûr. Pour rendre vie aux objets, fussent-ils « morts», il faut plus que des mots ou des signaux, il convient aussi que l’âme des choses se laissent toucher. L’âme des choses, impalpable, ineffable, que le double regard platonicien, qui est à l'origine de l'expérience esthétique, peut, seul, apercevoir. Regard grec perpétué à l’ère chrétienne notamment dans ces églises où alternent une voix ou un chœur. La nature morte, peinte par un Van Gogh ou un peintre moins connu, peut surprendre le visiteur, entamer un dialogue avec lui, à condition de prendre en compte la dimension de «symbole» qui est au cœur même de l'expérience esthétique. La condition est de prendre en compte la chose présente devant le visiteur, mais aussi son au-delà transcendant, absent et présent à fois, celui des fins dernières. Cela, seuls les grands peintres y parviennent, fussent-ils inconnus.

"Symbole", encore un mot à ne pas prendre à la légère ! Rappelons qu’en Grèce Ancienne, le symbole est un objet séparé en deux parties ("-bole") que l'on peut assembler ("sym-") comme deux pièces d'un puzzle. N'est-ce pas ce rapport symbolique que le musée, "temple des muses", est sensé (r)établir ?

Oui, mais voilà, à l'heure où la spéculation financière dirige l'économie et que l’économie dirige la politique, à l'heure où l’Economie est devenue notre destin, comment la galaxie muséale pourrait-elle nous faire voyager au-delà du travail de sape de la pensée ? Il manque à cette expo un accueil à la transcendance, cet au-delà de l'objet sans lequel la possibilité du double regard platonicien devient caduque. Sans espace acoustique, dialogique par essence, l'expérience du visiteur se limite au mode "mono", celui des idées, des idéologies de toutes sortes, des jugements de valeurs plus que celui de l’expérience sensible.

Comment ne pas échapper, dès lors, à cette fatalité "monologique" fustigée notamment par Michaël Bakhtine ? Certes, c'est le roman qui est visé par Bakhtine et non les Arts Plastiques ; certes, Bakhtine était contemporain de l'ère soviétique et non de la nôtre. Et alors ? Ne pensez-vous pas que le turbo-capitalisme de notre temps ne secrète pas, lui aussi, son lot de pathologie esthétisante ? La spéculation financière dérégulée sur lequel il fonctionne engendre ces cancers conceptuels que l'on peut appeler art «contemporain» ou «conceptuel» et que j’appelle «symptômes». Réplique au sens sismique du terme de cette spéculation dérégulée, la galaxie muséale, ne peut que refléter l’art que de manière symptomatique. Nous ne tenterons pas d'enfoncer le clou et d'expliquer pourquoi objets, toiles, vidéos et photos, ayant partie liée avec cette exposition, ne prêtent guère au dialogisme. Nous ne le ferons pas pour une raison simple : comme le dit l’adage, la critique est facile et l'art est difficile.

Nous mesurons bien la somme des compromis, non-dits, censures et (auto)censures qu’on du subir les concepteurs pour faire entrer leur exposition dans le format idéologique de notre temps. Paris vaut bien une messe. Une expo au Louvre vaut bien un poulet de l’industrie alimentaire accroché au plafond.

À défaut de critique négatives, avançons quelques propositions positives. Nous avons imaginés quelques "absides" situées le long du parcours muséal afin que ceux qui le souhaitent, puissent prendre le temps d'entrer en dialogue avec ces natures mortes pas si mortes que cela. En entrant dans l’abside, une sonate de Mozart attend le visiteur. Il est saisi lorsque les pommes et les oranges de Paul Cézanne se dévoilent devant lui. L'idée ne vous enchante-t-elle pas ? Au lieu de cela, le visiteur de l'expo "Les Choses" tombe - dès l'entrée dans l'espace muséal - nez à nez avec une enseigne inscrite en lettres capitales :

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Après ce titre qui sonne comme un avertissement solennel, il emprunte un parcours qui n’est pas sans rappeler un déambulatoire d'église. Il en ressort un moment plus tard avec un catalogue d'images syncopées au fond de ses rétines. Tout autant de pièces de puzzle éparpillées qu'il cherche à assembler en vain. En fait, les oeuvres exposées sont si nombreuses et les supports (poteries, toiles, écrans de vidéos) si différents que le visiteur n'a pas le temps d'entrer en dialogue avec eux dans le temps court d’une visite. Et c'est sans compter sur le bruit infernal du couloir. En d'autres temps, plus musicaux que les nôtres, on aurait pu imaginer une mise en répons entre, par exemple, "les choses et la littérature" ; "les choses et les odeurs" ; "les choses et la musique" ; que sais-je encore ?

Tout au long de ce parcours muséal pléthorique, le visiteur rencontre des oeuvres plus ou moins connues du grand public. La plus connue d'entre elles est sans doute ce célèbre tableau dans lequel Vincent Van Gogh a peint la chambre qu'il occupa pendant son exil à Arles. Les œuvres y sont regroupées par thèmes, là où - répétons-le - on aurait aimé plus de mises en dialogue et de répons. Pis, les provocations idéologiques, en dépit de leurs grosses ficelles, ne sont pas absentes, bien au contraire: là, une jambe humaine posée à même le sol et surmontée par une bougie ; ici, un poulet géant pendu au plafond par un crochet de boucher :

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En observateur attentif, j'ai tenté d’apprécier la réaction des visiteurs "surpris" par ce poulet en matière plastique. Les visages oscillaient entre amusement, gêne ou écœurement. À l'heure où les scandaleuses "femen" ne font plus guère recette, cette surenchère à la provocation ne sonne-t-elle pas comme le plus éculé des conformismes ?

L'originalité de cette exposition - parce qu’il y en a une - n'est donc pas dans la scénographie visant à réhabiliter un art injustement jugé mineur. Il n’est pas non plus dans la provocation, aujourd’hui éculée. L'intérêt des «Choses» réside ailleurs. Il réside dans la rupture avec la linéarité historique. À l'évidence, les œuvres qui jalonnent le parcours ne respectent pas la carcan de la chronologie linéaire, de la plus ancienne à la plus récente. Et c'est là un fait tout-à-fait remarquable. Cependant, là encore, rien de nouveau sous le soleil ; je connais un musée où ce choix de rupture a été fait de longue date. Il s'agit du "Kolumba Museum". Il faut avoir visité une fois dans sa vie cet étonnant musée situé à Cologne pour comprendre ce que "dialogisme" et "polyphonie" veulent dire.

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contact : fredericandreu@yahoo.fr

19:34 Publié dans Evénement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musée, peinture, natures mortes, exposition, louvre, paris | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La démondialisation avec la bipolarité géo-financière: un système basé sur le dollar et un autre sur le yuan

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La démondialisation avec la bipolarité géo-financière: un système basé sur le dollar et un autre sur le yuan

L'ère du post-néolibéralisme : la démondialisation avec le régionalisme

Par Alfredo Jalife Rahme

Source: https://noticiasholisticas.com.ar/desglobalizacion-con-bi...

Dans l'Olympe de l'Anglosphère, ils commencent à digérer l'inévitable démondialisation et ses régionalismes (https://bit.ly/3QukIqA). Dans cette veine, la lucide Rana Foroohar, chroniqueuse au Financial Times, étaye avec réalisme le panorama "post-néolibéral" lorsque "toutes les économies sont locales", dans son essai pour l'influente revue Foreign Affairs (https://fam.ag/3CCNyiO), qui constitue la synthèse de son récent livre Homecoming : The Path to Prosperity in a Post-Global World (https://amzn.to/3vQXW2I).

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La partie la plus frappante de son essai est sa prédiction d'une bipolarité géo-financière: "un système basé sur le dollar américain et un autre sur le yuan". Ce n'est pas une mince affaire, étant donné la disparition du système de Bretton Woods de 1944, qui imposait un dollaro-centrisme hégémonique, dans lequel le véritable vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS, a négligé cet important domaine, ce qui a conduit au règne financiariste de l'Anglosphère pendant 79 ans.

Foroohar suggère que "l'invasion de l'Ukraine par la Russie aura des conséquences durables sur les devises et les marchés des capitaux". Elle cite l'essai de Nicholas Mulder intitulé The Collateral Damage of a Long Economic War (https://fam.ag/3GTUZ7J).

Elle commente que "la Chine et les États-Unis vont se faire de plus en plus concurrence dans le domaine de la finance, en utilisant les devises, les flux de capitaux et le commerce comme des armes l'un contre l'autre", alors que les décideurs américains "devraient sérieusement envisager les implications de cette concurrence étendue", qui "affectera la valeur des actifs, les retraites et les politiques".

Sous la rubrique "marchés des capitaux", de "nouvelles alliances" et de "nouvelles stratégies de croissance" seront "créées" car "les marchés deviennent plus sensibles à la géopolitique". Dans sa rubrique "monde post-néolibéral", elle affirme que "la démondialisation s'accompagnera d'un certain nombre de tendances inflationnistes (même si la technologie continuera à être déflationniste)". Pour l'instant, le gaz russe bon marché s'est épuisé alors que les récentes politiques de la Réserve fédérale américaine "mettent un frein à l'argent facile, faisant augmenter les prix des biens et des services".

Elle formule une critique sarcastique du néolibéralisme: "Il était naïf de s'attendre à ce que des pays aux économies politiques très différentes respectent un régime commercial unique" alors que les "Américains ont utilisé des modèles économiques dépassés pour tenter de donner un sens à leur monde en mutation rapide", ce qui n'a même pas fonctionné au "sommet de la manie néolibérale dans les années 1990". Beaucoup moins aujourd'hui, dans le nouvel écosystème géopolitique !

Elle fustige la "pensée économique conventionnelle", car "la déréglementation, la financiarisation et l'hypermondialisation" ne sont pas "inévitables". Il faut maintenant "embrasser l'avènement de la régionalisation et de la localisation et travailler à créer des opportunités économiques productives pour tous les segments de la main-d'œuvre" qui "mettent l'accent sur la production et l'investissement plutôt que sur la finance basée sur la dette". Elle ajoute que "les personnes doivent être considérées comme des actifs, et non comme des passifs sur les feuilles comptables". La pensée du Français Thomas Piketty résonne, tirée de son livre phare Le capital au XXIe siècle (https://amzn.to/3Qrx6rz).

En effet, Foroohar démontre que "les politiques néolibérales ont créé d'immenses inégalités au sein des pays et ont parfois conduit à des flux de capitaux déstabilisants entre eux", faisant en sorte que "l'économie mondiale se détache dangereusement des politiques nationales".

Elle célèbre ensuite l'historien économique austro-hongrois Karl Polanyi, qui dès 1944 - la même année que Bretton Woods - "soutenait que le marché libre était un mythe totalement utopique". Aujourd'hui, il y a "un consensus parmi les chercheurs sur le fait que des facteurs géographiquement spécifiques tels que la qualité de la santé publique, de l'éducation et de l'eau propre ont des implications économiques importantes". Aujourd'hui, la "politique" est de retour, ce qui est intrinsèquement local et aura un fort impact sur l'économie.

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