jeudi, 30 janvier 2025
L’extrême-droite en Europe: tout va changer pour que rien ne change
L’extrême-droite en Europe: tout va changer pour que rien ne change
Pierre-Emile Blairon
Toujours en retard d’une guerre ou, en l’occurrence, d’un changement de pouvoir aux Etats-Unis, l’extrême-droite française tente de sauver la face en vantant les mesures radicales prises par la nouvelle administration Trump ; c’est le choix fait in extremis par Marion Maréchal en étant présente à l’investiture du nouveau Président américain ; elle tente de sauver les meubles face au Président du RN, Jordan Bardella, qui a stupidement moqué les figures politiques françaises qui ont fait le voyage à Washington.
Las, cette « extrême-droite » n’est plus crédible : en voulant se « dédiaboliser », c’est-à-dire en renonçant à ses fondamentaux et à ses convictions, elle a donné trop de gages à l’idéologie « woke » qui régissait l’ancienne administration américaine qui n’a plus sa place aux Etats-Unis. Mais qui sévit toujours en France et en Europe (celle de Bruxelles) pour le plus grand bonheur de Trump qui verrait d’un mauvais œil une nouvelle Europe se réveiller et redevenir une concurrente pour l’Amérique qu’il espère great again.
Ce n’est donc pas L’Amérique américaine de Trump qui servira de modèle à une éventuelle Europe dont Trump ne veut pas mais, comme si l’ancien deepstate de Biden avait choisi de se réfugier en Europe, c’est sur les bases décadentes de ce dernier que va se restructurer la nouvelle élite européenne où l’extrême-droite prendra vraisemblablement une position dominante.
L’Europe identitaire des peuples, des menhirs et des cathédrales, de l’honneur et des combats, c’était celle d’hier et ce n’est pas encore celle de demain.
Chauve qui peut !
« Je suis revenu d’entre les chauves » a récemment déclaré au Parisien l’ancien Premier ministre Edouard Philippe qui, souffrant d’alopécie, a vu soudain, ô miracle, ses cheveux repousser.
Il est surtout revenu d’entre les morts… politiques grâce à Marion Maréchal qui a ressuscité l’un des personnages les plus falots de la vie politique française.
Elle a en effet émis l’hypothèse que, dans une (très) large coalition de la « droite », il serait envisageable « qu’on puisse un jour travailler avec des gens comme Edouard Philippe ou une partie des macronistes de centre-droit[1] » (RMC les Grandes Gueules, 23 janvier 2025)
Il faut dire que « l’Etat profond » français n’a pas cessé de soutenir le Young world leader Edouard Philippe (promotion 2011) après son départ de Matignon le 3 juillet 2020.
Il va alors créer en 2021 un parti nommé Horizons qui se situera à « droite » de la majorité présidentielle pour annoncer, en 2024, qu’il sera candidat à la Présidence en 2027.
Ce que j’appelle « l’Etat profond » français est essentiellement constitué par les classes politique, médiatique et oligarchique (la dernière, représentée par la petite caste des milliardaires français, possédant la deuxième qui, elle-même, influence la première).
Cette expression, « Etat profond », en traduction française mot à mot, a une signification plutôt approximative.
En anglais, ou plutôt en américain, « deep state », elle désigne habituellement les forces occultes (qui me paraît une traduction plus judicieuse), qui gouvernaient l’Amérique avant la prise de pouvoir de Trump et qui sont en passe d’être éradiquées tout au moins aux Etats-Unis.
Quelle mouche a piqué Marion Maréchal ?
Les observateurs, comme on dit, ne s’attendaient pas à une telle prise de position de la belle et fringante députée européenne, surtout quelques jours après le décès de son mythique grand-père qui voit, une fois de plus et, cette fois post-mortem, son combat trahi au sein de sa propre famille. On appréciera à sa juste valeur la remarque ironique -mais cinglante - de Campagnol tvl : « La petite fille de l'éborgné fricote avec l'éborgneur », l’éborgneur désignant Edouard Philippe dans sa gestion féroce de la révolte des Gilets jaunes.
Car, dans l’exercice que s’est imposé Marion Maréchal, il faut maîtriser l’art du grand écart, ou celui de la schizophrénie (dans ce dernier cas, il ne s’agit pas d’une maladie psychiatrique, mais de la faculté de se dédoubler avec élégance, en n’y laissant rien paraître) pour, en même temps, comme dirait l’autre, pratiquer le discours souverainiste, si ce n’est nationaliste, constitué de l’annonce de mesures fermes et de bon sens qu’attendent les Français qui ont apporté leurs voix à « l’extrême-droite » et, d’un autre côté, prôner un rapprochement avec des politicards de métier (la « droite ») dont elle sait pertinemment qu’ils n’ont pas la moindre conviction, sinon celle de leur durée pantouflarde et rémunératrice au sein du Système et qu’ils se contentent de gesticulations verbales pour faire croire qu’ils vont prendre, enfin !, des décisions.
L’affaire Retailleau-Némésis
La récente affaire Retailleau-Némésis est symptomatique, voire caricaturale, de ce comportement.
Selon Sud-Ouest-AFP du 24 janvier 2025, « mardi, lors d’une conférence sur la sécurité intérieure, Bruno Retailleau a voulu « féliciter » Alice Cordier, présidente et fondatrice du collectif Némésis présente dans la salle, qui lui avait demandé la dissolution de La Jeune Garde antifasciste, un mouvement d’extrême gauche. « Bravo pour votre combat. Vous savez que j’en suis très proche », a déclaré le ministre… »
Mais le ministre de l’Intérieur a rapidement fait marche arrière en répondant à la journaliste Sonia Mabrouk : « J’ai vu, après, que c’était une association qui avait des positions très radicales, qui avait très brutalement d’ailleurs, par exemple, attaqué Valérie Pécresse, et je ne me sens pas du tout proche de cette association en tant que telle. »
Marion Maréchal a accordé à Benjamin Duhamel un entretien sur BFMTV le 23 janvier 2025 [1].
Le journaliste lui demandait, après avoir souligné que la députée RN Laure Lavalette avait dit de Bruno Retailleau qu’il « pourrait être le porte-parole du RN », ce qu’elle pensait du ministre de l’Intérieur qui félicitait la présidente du groupe Némésis, en précisant toutefois que ses proches avaient souligné que Retailleau « ne semblait pas tout à fait savoir ce qu’était le collectif Némésis ».
Marion Maréchal, qui avait anticipé, en toute connaissance de cause, ce qui allait se passer avait répondu qu’elle approuvait totalement les paroles de Retailleau sur Némésis avec, toutefois, un bémol « Je ne suis pas dans la tête de Bruno Retailleau, j’espère qu’il n’y aura pas de rétropédalage » prouvant ainsi qu’elle n’était pas dupe du comportement de cette droite dont elle souhaite rassembler les diverses composantes.
Le refus d’être soi-même et de défendre ses convictions
C’est l’art du mensonge et de l’illusion, une attitude qui peut payer à court terme, qui peut donner le change, artificiellement et superficiellement, mais qui ne tient pas sur la longue durée, ni confrontée à la vérité et aux exigences morales et spirituelles qui se font jour à nouveau contre le délitement de notre cadre de vie et la décadence de nos élites.
Le double discours, mais surtout la double attitude de Marion Maréchal, comme celle de sa tante Marine Le Pen ou du président du RN, Jordan Bardella, n’a pas de quoi nous surprendre ; c’est une constante depuis l’éviction de Jean-Marie Le Pen de son propre parti, le Front national, par sa fille en manque de respectabilité « républicaine » et, surtout, depuis le premier débat présidentiel Marine Le Pen-Emmanuel Macron où l’on a vu Marine le Pen refuser de donner ses propres arguments pour contrer les attaques de Macron, et bis repetitam avec le deuxième débat des présidentielles pour la deuxième investiture de Macron à la présidentielle. Nous avons régulièrement traité de ces curieux comportements qui s’apparentent à de véritables forfaitures dans nos colonnes depuis de nombreuses années.
Ce double discours a cependant permis au RN de rassembler les voix de près de 11 millions de Français ainsi grugés, et souvent contents de l’être, et ces voix constituent désormais un réservoir à disposition de qui saura habilement les utiliser puisqu’il semble que le légitime détenteur de ce pactole, le RN, ne sait pas quoi en faire et, en tout cas, n’en fait rien, sauf à profiter pour ses députés des ors de la République car il y a longtemps que Macron aurait pu être dégagé par une motion de censure.
Rappelons enfin que le discours de l’actuelle « extrême-droite » essentiellement représentée par le RN et, à un degré moindre, par Reconquête, s’appuie presque exclusivement sur la dénonciation de l’immigration incontrôlée et de l’insécurité qui en découle, et il ne s’agit plus alors que de vœux pieux ou, encore une fois, de gesticulation verbale car les Etats européens n’ont aucune possibilité d’agir dans ce domaine en restant affiliés à l’Union européenne qui dicte avec de plus en plus d’intransigeance ses lois à l’ensemble des pays adhérents et, particulièrement en ce qui concerne la gestion idéologique de l’immigration qui va à l’encontre des intérêts des pays membres à qui l’Union européenne impose des frontières-passoires et l’impossibilité juridique d’expulser ses clandestins.
Pour toutes les autres questions de société, « l’extrême-droite » ne se distingue en rien de la droite molle, voire de la gauche, sur des sujets aussi importants et scandaleux que la pseudo pandémie, les pseudo vaccins dont on commence à constater les effets létaux, la guerre de l’OTAN contre la Russie sous faux drapeau ukrainien, les énormes sommes d’argent supposées alimenter cette guerre grâce à nos impôts mais dépensées en pure perte puisque destinées à un gouvernement ukrainien corrompu qui les détourne, la blague du réchauffement climatique et toutes les contraintes absurdes qui en découlent comme la discrimination sociale par la vignette crit’air, (qui en parle ? qui la dénonce ?), la désindustrialisation de la France par la mise en place d’une dictature pseudo écologiste (nos fabricants automobiles acculés à la faillite, les ventes à l’encan de nos perles technologiques…), l’avortement constitutionnel, l’extension des théories du genre dans nos écoles primaires… et il y aurait des dizaines d’autres récriminations à formuler si « l’extrême-droite » française avait encore la moindre conscience politique et la moindre attention pour le peuple dont elle a su s’attirer les voix.
Tous ces importants problèmes qui nous pourrissent quotidiennement la vie sont justement ceux que l’administration Trump a pris en compte dès le premier jour de son arrivée aux affaires par la signature de centaines de décrets qui vont abolir toutes ces incongruités que le deep state américain avait mis en place sous la présidence de la marionnette sénile, Joe Biden.
Marion Maréchal n’a que peu de légitimité à invoquer les mesures radicales effectivement prises par le président Trump alors que la plupart de ces mêmes scandales n’ont pas été dénoncés, ne serait-ce qu’en paroles, ni par elle ni par sa tante lorsqu’il en était temps, alors que certaines questions de société ou de politique prônées par le macronisme, la gauche et l’U.E. ont même été appuyées par l’une et l’autre, et aussi par le président du RN Bardella, tout simplement pour faire plaisir au Système et à la bien-pensance en vertu de la fameuse « dédiabolisation », et pour donner des gages de soumission sans même qu’on le leur demande.
Les Young leaders
Revenons à notre mouton, Edouard Philippe, dont les sondages truqués annoncent régulièrement la victoire aux lointaines élections de 2027 alors que le personnage est totalement ignoré et oublié par l’ensemble des Français, mais c’est un Young leader, et c’est pour cette raison qu’il est poussé dans cette voie par ses mandants oligarques.
Qui sont ces Young leaders ? Il s’agit des alumni, mot latin qui signifie élèves, issus d’un programme mis en place par une école créée en 1981, un organisme privé d’obédience américaine, la French-American Foundation.
Cette école est le lien qui existe entre des personnages aussi disparates que François Hollande, Leonardo Di Caprio, Elon Musk, Nicolas Dupont-Aignan, Thomas Pesquet, Hillary Clinton, Valérie Pécresse, Charlize Théron, Emmanuel Macron, Marlène Schiappa, Christine Ockrent…
Difficile de leur trouver des points communs et de déterminer une méthode de sélection ; le fait est que beaucoup d’entre eux se sont bien intégrés dans le Système jusqu’à en devenir des piliers et d’autres s’en sont éloignés et ont réussi différemment.
Le Monde diplomatique de novembre 2016, sous la signature de Jean-Michel Quatrepoint, nous indique le but de cette entreprise : « Depuis 1981, cette fondation privée organise des séminaires de deux ans où une douzaine de jeunes Français côtoient les élites américaines de la même classe d’âge. Officiellement, l’objectif est de favoriser le dialogue franco-américain. En réalité, il s’agit de bien faire comprendre aux futurs décideurs français — entrepreneurs, responsables politiques, journalistes — les bienfaits de la mondialisation à l’anglo-saxonne. Certes, on constatera ultérieurement que, ici ou là, l’opération de séduction a échoué (avec M. Nicolas Dupont-Aignan, par exemple). Mais, dans l’ensemble, ces jeunes gens effectueront une brillante carrière au sein des structures de pouvoir et dans les affaires. Des personnalités qui ne feront pas dans l’antiaméricanisme…
Ce programme est révélateur de la stratégie d’influence des États-Unis. Celle-ci s’exerce de manière encore plus spectaculaire à travers le pantouflage des élites, notamment européennes, dans de grandes entreprises américaines. »
Est-ce une structure qui va perdurer avec l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump ?
Voilà qui me paraît fort vraisemblable parce que cela ne peut que faire perdurer l’influence américaine en Europe ou, pour être plus précis, la soumission de cette dernière aux diktats américains.
L’extrême-droite européenne : une cible idéale pour Trump et Musk
La doctrine de Trump et de Musk consiste à protéger l’Amérique et les Américains des dérives décadentes qui ont empoisonné son pays à l’intérieur et, à l’extérieur, de maintenir coûte que coûte la prépondérance du dollar et l’hégémonie financière, industrielle et économique des USA, l’une et l’autre mises en danger par la création des Brics.
Dans un article fort intéressant paru dans Euro-synergies intitulé « Cher Monsieur Musk, nous n'avons pas besoin que vous nous disiez comment rendre l'Europe formidable [2] », l’auteur, Lorenzo Maria Pacini, démonte l’entreprise de séduction menée par Elon Musk afin de rallier à la cause américaine les extrêmes-droites européennes qui sont l’élément faible de la classe politique européenne, puisqu’elles sont novices en politique, pour la plupart sincères dans leur démarche, quelque peu naïves donc, puisque leurs idées n’ont jamais réussi à les porter au pouvoir jusqu’à une période très récente ; elles sont, d’autre part, prêtes à composer avec toutes les forces qui leur permettront d’accéder à ce pouvoir qu’elles briguent depuis tant d’années.
C’est donc principalement dans cette frange de l’offre politique que les Américains vont tenter de raffermir leur contrôle sur cette Union européenne qu’ils ont créée, ne l’oublions pas, après-guerre le 9 mai 1950, tel que nous l’annoncions dans notre article du 4 mars 2023 : L’Ukraine, berceau et tombeau des Européens [3] ? : « Cette Amérique sera tout aussi présente après la guerre pour créer un organisme à sa botte qui s’appellera l’Union Européenne. L’un des fondateurs de cette structure sera Jean Monnet, agent de la CIA selon Marie-France Garaud, Philippe de Villiers, François Asselineau et bien d’autres, tandis que d’autres fondateurs de cette institution comme Robert Schuman et le belge Paul-Henri Spaak tiendront le rôle de simples exécutants au service des États-Unis. »
C’est donc dans cette même perspective que Lorenzo Maria Pacini écrit pertinemment :
« La campagne de restructuration de l'élite politique européenne a littéralement commencé, avec le même spoil system qui est déjà utilisé depuis un certain temps aux États-Unis et qui se poursuivra bientôt, avec Trump au pouvoir à toutes fins utiles, à un rythme soutenu.
Comme l'a noté l'analyste italien Matt Martini, le soutien à l'AfD, à Meloni, à Le Pen, voire à Farage, visera probablement à renforcer le bloc militaire euro-atlantique et israélien, mais sans aucune possibilité de croissance pour l'Europe, qui devra être définitivement désindustrialisée en faveur de la réindustrialisation des États-Unis, selon toute vraisemblance.
L'idée serait de consolider un bloc euro-atlantique, au moins temporairement, avec des Etats-Unis renforcés et dotés d'une plus grande profondeur stratégique (idéalement après l'annexion du Canada et du Groenland s'ils y parviennent), avec une Europe, réduite à un tampon militaire et économique pour contenir la Russie. La même chose sera recherchée dans le Pacifique en direction de la Chine.
Incapables d'éviter l'urgence multipolaire, les États-Unis chercheront à ériger de hautes clôtures en se retranchant dans leurs propres zones d'influence ».
C’est donc en toute logique que Marion Maréchal suggère un rapprochement avec Edouard Philippe que les Américains du deepstate de l’époque Biden avaient choisi pour succéder à Macron.
C’est aussi en toute logique que Marion Maréchal prend pour modèle Giorgia Meloni qui s’insère elle aussi dans cette restructuration de l’élite européenne soumise à l’Amérique, d’une part parce que le mari de la députée française est, lui aussi, député européen dans le groupe de Giorgia Meloni, Frères d’Italie, et, d’autre part, parce que cette dernière est pleinement en accord avec les options pro-européennes et pro-guerre de Marion Maréchal, ou vice-versa, et aussi parce qu’elle proche d’Elon Musk et d’Ursula von der Leyen.
Dans France-Soir, Xavier Azalbert, dans un article titré : Giorgia Meloni : un peuple averti en vaut deux, daté du 11 août 2023, écrit ceci qui va dans le sens du présent article et de ses références :
« Allons droit au but. Giorgia Meloni est un cheval de Troie. Volontairement ou involontairement, peu importe, elle permet la continuité d’une politique par d'autres moyens que la conviction et le respect de la parole électorale donnée. (…) Présentée comme une féroce adversaire à l'Union européenne, présentée à tort ou à raison comme responsable de tous les maux de l'Italie, la voilà désormais dans ses déclarations pro-UE, pro-Euro et pro-Otan. Un virage à 180°, à la vitesse d'une Maserati, qui a déjà été pris lors de plusieurs déplacements et rencontres internationales.
(…) Hé oui ! Cela se vérifie à chaque fois : l’engouement unanime des médias mainstream pour un ou une candidat(e) qui semble sortir des clous ou être le garant d'un renouveau se révèle systématiquement être le Cheval de Troie d'une politique pro-européenne et atlantiste. Les promesses n'engagent évidemment que ceux qui y croient mais, diable ! Jusqu'à quand?
Mais quid aujourd'hui des millions d'Italiens qui, eux, n'ont pas vu venir l'affaire et n'ont pas su reconnaître un authentique produit du système ? Que vont devenir leurs espoirs déçus devant tant d'hypocrisie ? »
Nous pouvons en dire autant des personnalités de l’extrême-droite française, hélas, et nous l’avons dit, qui vont nous concocter, avec leur homologues européens, une Europe au rabais sous la férule américaine.
Pierre-Emile Blairon
Notes:
[1] A partir de 20’ : https://www.bfmtv.com/replay-emissions/tout-le-monde-veut-savoir/marion-marechal-invitee-de-bfmtv-23-01_VN-202501230933.html
[2] http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/01/25/cher-monsieur-musk-nous-n-avons-pas-besoin-que-vous-nous-dis-6532532.html
[3] https://nice-provence.info/2023/03/04/ukraine-berceau-tombeau-europeens/
19:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : actualité, affaires européennes, europe, extrême-droite, politique, france | |
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Le rapprochement surprise du Danemark avec Gazprom à propos de Nord Stream
Le rapprochement surprise du Danemark avec Gazprom à propos de Nord Stream
Source: https://report24.news/daenemarks-ueberraschender-schulter...
Le Danemark a donné son feu vert au géant énergétique russe Gazprom pour entreprendre des travaux sur le gazoduc endommagé Nord Stream 2. Une décision qui fait sensation en pleine période de sanctions occidentales contre la Russie. Cela pourrait également être lié aux ambitions de Trump concernant le Groenland.
L’Agence danoise de l’énergie a accordé à Nord Stream 2 AG, une filiale de Gazprom, l’autorisation d’effectuer des "travaux de maintenance" en mer Baltique. Officiellement, selon un rapport récent, il s’agit d’installer des obturateurs spéciaux aux extrémités ouvertes des tuyaux afin d’empêcher toute nouvelle fuite de gaz. Un argument environnemental tout à fait compréhensible – si ce n’était les implications politiques. Il y a encore quelques mois, Copenhague figurait parmi les plus virulents accusateurs de Moscou concernant les explosions qui avaient détruit le gazoduc en septembre 2022. Ce revirement intervient à un moment particulièrement sensible: le Danemark est actuellement en plein bras de fer diplomatique avec l’administration Trump au sujet de la souveraineté sur le Groenland.
L’Agence danoise de l’énergie estime que la quantité de gaz restante dans le gazoduc endommagé est d’environ 9 à 10 millions de mètres cubes. « Les travaux visent à éviter d’autres dommages environnementaux », indique le communiqué officiel. Ce rapprochement avec Moscou intervient à un moment remarquable. Alors que la Première ministre danoise Mette Frederiksen parcourt les capitales européennes pour obtenir du soutien contre les ambitions de Trump sur le Groenland, son pays ouvre la porte au conglomérat d’État russe, lequel est sous sanctions.
Pendant ce temps, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a confirmé des discussions sur un possible envoi de troupes au Groenland – une proposition que le Danemark rejette jusqu’à présent. Après tout, le Groenland ne fait pas partie de l’Union européenne, et le déploiement de troupes de l’UE sans l’accord du gouvernement autonome de la plus grande île du monde s’apparenterait de facto à une occupation.
Dès le départ, le gazoduc, d’un coût de 11 milliards de dollars, a été une pomme de discorde entre Washington et Berlin. Alors que les États-Unis ont toujours considéré le projet comme un instrument géopolitique de la Russie, l’Allemagne y voyait une infrastructure clé pour son approvisionnement énergétique. Une question se pose alors: la coopération surprise du Danemark avec Gazprom est-elle un coup tactique dans le jeu géopolitique complexe autour du Groenland ? Ou bien est-ce le signe d’une approche européenne plus pragmatique vis-à-vis de la Russie ? Après tout, la crise énergétique est loin d’être terminée – et le gaz russe pourrait apporter un certain répit.
Jusqu’à présent, le gouvernement américain ne s’est pas exprimé sur la décision danoise. Mais étant donné les efforts de Trump pour ramener Moscou à la table des négociations, la réaction de Washington pourrait bien être mesurée.
18:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : danemark, groenland, nord stream, mer baltique | |
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Le Royaume-Uni est la véritable menace pour la paix en Ukraine
Le Royaume-Uni est la véritable menace pour la paix en Ukraine
M. K. Bhadrakumar (*)
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/44000/politica/la-verdad...
La capacité du MI6 à influencer le régime de Kiev ne doit pas être sous-estimée.
Article publié le 8 janvier, la veille de la réunion du format Ramstein. Néanmoins, l'analyse reste valable car elle donne un aperçu du contexte régional européen.
L'administration Biden n'a pas renoncé à la guerre en Ukraine. Une réunion du format Ramstein, présidée par le secrétaire américain à la défense sortant, Lloyd Austin, doit se tenir en Allemagne jeudi afin d'examiner les besoins de l'Ukraine en matière de défense, qui seront également abordés par le président ukrainien, V. Zelensky.
Entre-temps, Kiev a lancé une attaque dans la région de Koursk à la veille de l'événement de Ramstein, le qualifiant de « début de l'événement ». L'opération, bien que soulignée par la presse britannique, n'est menée que par deux chars et quinze véhicules blindés et sera sans aucun doute écrasée par les drones russes et leurs hélicoptères de combat Ka hautement létaux, capables d'opérer de jour comme de nuit, dotés d'une grande capacité de survie et d'une puissance de feu élevée.
Pour l'essentiel, Zelensky ne renonce jamais à faire étalage de sa puissance devant un public occidental. Jeudi, il espère montrer qu'il reste encore un peu de courage dans les forces armées ukrainiennes. Malheureusement, il sacrifie quelques dizaines de soldats ukrainiens dans ce mélodrame qui risque de détourner l'attention de la ligne de front, alors que les forces russes sont entrées dans Chasiv Yar et ont atteint les faubourgs de Pokrovsk dans le cadre d'une opération d'encerclement de cette ville.
Avec la chute de Chasiv Yar et de Pokorovsk, la bataille pour le Donbass approche de sa dernière ligne droite et ouvre la voie à une avancée massive de la Russie vers le fleuve Dniepr si le Kremlin n'a d'autre choix que de mettre fin à la guerre selon ses propres termes (voir un article récent sur la future carte de l'Ukraine par le principal analyste stratégique de Moscou, Dmitry Trenin, intitulé "À quoi devrait ressembler l'Ukraine après la victoire de la Russie").
En effet, les espoirs de voir Donald Trump mettre fin à la guerre le 20 janvier, premier jour de sa présidence, se sont évanouis. La réunion de Ramstein est un acte de défi de la part de Zelensky et de ses partenaires européens, car Trump doit bientôt rencontrer le président russe Vladimir Poutine.
Le 18 décembre, Zelensky a rencontré à Bruxelles le chef de l'OTAN, Mark Rutte, et plusieurs dirigeants européens pour discuter de la stratégie de guerre. Ses interlocuteurs européens tentent également d'élaborer leurs propres plans si M. Trump, qui s'est engagé à mettre fin rapidement à la guerre, débranche le régime de Kiev ou l'oblige à faire des concessions.
Le thème principal de la réunion de Bruxelles était les garanties de sécurité, a rapporté le bureau présidentiel. Zelensky a souligné sa « discussion détaillée en tête-à-tête » avec le président français Emmanuel Macron, qui s'est concentrée sur les priorités pour renforcer davantage la position de l'Ukraine « en ce qui concerne la présence de forces en Ukraine qui pourraient contribuer à stabiliser le chemin vers la paix ».
Avant la réunion à Bruxelles, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré aux journalistes que la priorité était de garantir la « souveraineté de l'Ukraine et qu'elle ne sera pas forcée de se soumettre à une paix imposée », mais il a averti que toute discussion sur le déploiement de troupes sur le terrain serait prématurée.
Rutte lui-même a conseillé aux alliés de Kiev de se concentrer sur l'augmentation des livraisons d'armes afin de garantir que l'Ukraine soit en position de force. M. Rutte a estimé que l'Ukraine avait besoin de 19 systèmes de défense aérienne supplémentaires pour protéger l'infrastructure énergétique du pays.
Il est intéressant de noter que Rutte a annoncé que le nouveau commandement de l'OTAN dans la ville allemande de Wiesbaden était désormais « opérationnel » et qu'il coordonnerait l'assistance militaire occidentale à l'Ukraine et assurerait la formation de l'armée ukrainienne. Il est peu probable que Trump s'en tienne au format Ramstein.
En bref, l'Europe, y compris le Royaume-Uni, n'a pas la capacité de remplacer l'assistance militaire américaine à l'Ukraine. Pour que l'UE puisse remplacer les États-Unis, elle devrait doubler son aide militaire à l'Ukraine. Mais la situation politique actuelle en Europe, associée aux capacités militaires réelles des différents pays européens, rend cet objectif impossible à atteindre (voir l'analyse de Samantha de Bendern à Chatham House).
L'Allemagne, principal donateur militaire de l'Europe à l'Ukraine, a plongé dans le chaos politique avec l'effondrement de la coalition dirigée par Scholz. Macron, un fervent partisan de l'Ukraine, a perdu le contrôle de la politique intérieure française depuis les élections législatives de juin, au cours desquelles il a perdu sa majorité. Ailleurs en Europe, les partis politiques d'extrême droite et d'extrême gauche ayant des sympathies pro-russes se multiplient.
Les Européens courent comme des poulets sans tête. La visite surprise du Premier ministre italien Giorgia Meloni en Floride pour rencontrer Trump et regarder un film avec lui à ce moment critique de la guerre en Ukraine montre que le Premier ministre italien n'a pas confiance en des personnalités comme Macron.
Mme Meloni entretient des relations cordiales avec Elon Musk, un proche de Trump, et tente de renforcer les liens commerciaux avec les États-Unis. « C'est très excitant. Je suis ici avec une femme fantastique, le Premier ministre italien », a déclaré Trump à la foule réunie à Mar-a-Lago, ajoutant de manière expansive: "Elle a vraiment pris l'Europe d'assaut".
L'Italie, grande puissance de l'OTAN donnant sur la Méditerranée, est un fervent défenseur du transatlantisme et mène une politique nuancée sur la guerre en Ukraine qui pourrait être utile à Trump pour jeter des ponts avec l'Europe. Meloni prend position.
L'Italie a fermement condamné l'annexion de la Crimée par la Russie et l'intervention subséquente de Moscou dans l'est de l'Ukraine, et s'est jointe aux sanctions de l'UE contre la Russie. Elle a démontré son soutien militaire à l'Ukraine en lui accordant une aide militaire substantielle dans le cadre d'un accord de coopération en matière de sécurité (sous le précédent gouvernement dirigé par le Premier ministre Mario Draghi).
Cela dit, Rome a souvent cherché à équilibrer les réponses de l'UE avec ses intérêts nationaux vis-à-vis de la Russie. Ainsi, le ministre des affaires étrangères de Meloni a récemment réaffirmé, alors même que Biden autorisait l'Ukraine à déployer des missiles américains à longue portée contre des cibles militaires en Russie, que « notre position sur l'utilisation d'armes (italiennes) par l'Ukraine n'a pas changé. Elles ne peuvent être utilisées que sur le territoire ukrainien ».
En fin de compte, c'est le cours de la guerre qui décidera des conditions de la paix en Ukraine. L'évolution de l'Europe vers des gouvernements de droite (l'Autriche en est le dernier exemple) pourrait aider la Russie. Cependant, le nœud du problème est que tant que les agences d'espionnage britannique et américaine travailleront ensemble pour manipuler les gouvernements au pouvoir à White Hall (travaillistes et conservateurs), l'administration Trump aura un sérieux problème sur les bras.
Bien sûr, Trump est parfaitement conscient du rôle central joué par le Royaume-Uni dans le complot contre la Russie, qui a affecté sa présidence. La réduction du rôle de la Grande-Bretagne pourrait être un facteur décisif pour la paix en Ukraine.
Mais la capacité du MI6 à influencer le régime de Kiev ne doit pas être sous-estimée. L'ancien premier ministre britannique Boris Johnson a joué un rôle clé dans le torpillage de l'accord Russie-Ukraine négocié lors des pourparlers de paix organisés par la Turquie en mars-avril 2022, quelques semaines seulement après le début du conflit. Même si Trump conclut un accord avec Poutine, ce qui est en soi très problématique dans l'état actuel des choses, Londres ne manquera pas de le saper d'une manière ou d'une autre à la première occasion qui se présentera, étant donné son obsession russophobe d'infliger une défaite stratégique à la Russie.
Trump savoure peut-être l'attaque incessante d'Elon Musk contre le gouvernement britannique. « L'Amérique devrait libérer le peuple britannique de son gouvernement tyrannique », a écrit Musk sur X. Mais les politiciens britanniques ont la peau d'un rhinocéros. Sir Keir Starmer donne le meilleur de lui-même. Le défi de Trump consiste à mettre fin à la relation spéciale avec le Royaume-Uni.
(*) MK Bhadrakumar, ancien diplomate indien.
18:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : royaume-uni, ukraine, europe, affaire européennes | |
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Vers un cinéma civilisationnel russe
Vers un cinéma civilisationnel russe
par Alexandre Douguine
Alexandre Douguine affirme que la Russie doit surmonter la dictature de la médiocrité dans sa sphère culturelle pour établir un cinéma civilisationnel distinct et récupérer son identité culturelle unique dans un monde multipolaire.
Si nous, Russes, avons l'intention de construire un monde multipolaire, alors chaque civilisation doit avoir sa propre sorte d'Oscar, un prix pour les meilleures performances, le meilleur scénario, la meilleure musique et les meilleurs costumes.
Nombreux sont ceux qui savent que l'Inde possède ce qu'on appelle Bollywood, sa propre industrie cinématographique. Elle a ses propres prix et ses propres héros, qui peuvent être totalement inconnus en Occident ou même dans la Chine voisine. Mais pour leur civilisation (et l'Inde est pratiquement un continent entier), ces films et leurs Oscars sont d'une importance énorme.
Il en va de même pour la Chine. Il y a des films et des acteurs chinois qui sont totalement inconnus dans d'autres pays, mais qui sont immensément populaires en Chine. Cela s'explique par le fait que la Chine et l'Inde sont des civilisations indépendantes, avec leurs propres traditions cinématographiques. Aujourd'hui, le développement d'un cinéma propre est devenu un facteur de civilisation.
Nous, les Russes, devons également créer notre propre prix eurasien. Mais pour ce faire, nous devons développer notre propre cinéma, distinct et original. Et pour cela, des individus brillants et talentueux sur le plan culturel doivent prendre la tête des processus culturels de la Russie. Des Russes, bien sûr, au sens culturel du terme.
Valery Abisalovich Gergiev (photo) est un merveilleux exemple de talent extraordinaire, reconnu et apprécié pour ce qu'il est (1). D'origine ossète, il connaît et ressent la culture, l'art et l'esprit russes mieux que beaucoup d'autres en Russie - peut-être mieux que quiconque.
On dit du maestro Valery Gergiev qu'il est un génie doté d'une baguette magique.
Pour organiser un Oscar russe digne de ce nom, nous avons besoin de talents du même calibre dans notre industrie cinématographique. Oui, nous avons des acteurs talentueux, et même quelques réalisateurs remarquables, mais il nous manque une industrie cinématographique russe complète et distincte.
Par exemple, de nombreux pays dans le monde ont des philosophes locaux mais n'ont pas de tradition philosophique unique. De même, certains pays produisent des films et ont donc des acteurs et des réalisateurs, mais n'ont pas de tradition cinématographique distincte.
Cela est dû au fait que le code culturel n'est pas conceptualisé ou compris. Et parce qu'il n'y a pas une concentration suffisante d'individus passionnés et de génies qui pourraient former un cercle créatif, comme cela s'est produit au 19ème siècle lorsque la musique classique russe a émergé autour de la « Mighty Handful » (2) ou lorsque la culture de l'âge d'argent russe (3) a vu le jour.
Aujourd'hui, en revanche, tout est fragmenté. Même lorsque Valery Gergiev monte une nouvelle production, celle-ci ne fait l'objet que de critiques formelles. Le sens profond de ce que le maestro essaie de transmettre n'est presque jamais discuté - ni dans les médias fédéraux, ni dans les canaux Telegram, où les gens se disputent sans fin sur des sujets triviaux, souvent vulgaires.
Ainsi, pour que nous devenions un pays doté d'un cinéma civilisationnel à part entière, nous devons d'abord apprendre à rechercher et à soutenir les vrais génies. Nous devons les rassembler dans une sorte de club, un cercle de génies, aussi petit soit-il, où ils auront toutes les chances de s'épanouir. Un lieu où les vrais philosophes interprètent les œuvres des vrais artistes et où les vrais acteurs suivent les conseils des vrais maîtres.
Actuellement, cependant, notre sphère créative est encombrée de couches de déchets accumulés au cours des périodes libérales soviétique et post-soviétique. En conséquence, notre intelligentsia créative est largement médiocre, à de rares exceptions près, comme Gergiev, Bashmet et quelques autres.
Nous ne devrions pas aspirer à avoir notre propre Oscar comme référence - nous devons créer notre propre art civilisationnel.
Ce n'est qu'en nous concentrant sur cet objectif que nous pourrons développer une forme d'art propre à la civilisation, y compris le cinéma. Pour l'instant, je le répète, nous avons des génies individuels, mais nous manquons d'art. Ainsi, au lieu de célébrer la nomination aux Oscars de tel ou tel acteur talentueux, en particulier ceux qui travaillent en Occident, nous devrions nous concentrer sur ce point.
À propos, outre Bollywood, il y a maintenant Nollywood, l'industrie cinématographique nigériane. Nous la regardons avec horreur et nous nous demandons ce que c'est, mais beaucoup de gens l'apprécient. En fait, dans certains pays africains, même les conflits militaires ont été interrompus pour la sortie d'une nouvelle série de films nigérians sur des événements et des dynamiques tribales qui nous semblent totalement incompréhensibles. Le cinéma philippin est un autre exemple - unique et original.
Il est essentiel pour nous d'entretenir la diversité de notre monde multipolaire. Nous ne devrions pas viser les Oscars, mais plutôt créer des concours de films civilisationnels distincts afin de priver l'Occident collectif de son monopole sur le cinéma mondial. Et si nous reconnaissons enfin les fondements uniques et profonds de l'esthétique russe, nous évaluerons nos acteurs, nos musiciens, nos artistes et nos poètes en fonction de leur alignement ou non sur notre code culturel.
L'écume pseudo-culturelle qui domine actuellement notre scène culturelle ne correspond manifestement à aucun code culturel. Elle n'est que la périphérie de l'Occident, et c'est la raison pour laquelle nous cherchons à tout prix à être reconnus en Occident, en tant qu'imitateurs serviles de nos maîtres. À de rares exceptions près, il ne s'agit pas d'art, mais d'une forme de mimétisme obséquieux.
C'est pourquoi je pense que la participation aux Oscars - dominés par l'agenda libéral occidental - n'aurait de sens que si Trump sécurise son emprise sur le pouvoir et que les valeurs traditionnelles dominent les festivals occidentaux. Si nous développons notre propre cinéma, nous pourrons alors rivaliser sur la base de valeurs traditionnelles partagées.
Vivrons-nous assez longtemps pour voir le jour où les valeurs traditionnelles domineront les festivals de cinéma occidentaux ?
Mais pour l'instant, nous n'avons pas de cinéma qui reflète nos valeurs traditionnelles. Cela est dû au fait que certaines personnes, qui ont pris le contrôle de la sphère culturelle, agissent comme des caillots dans un vaisseau sanguin, bloquant le flux d'un véritable développement culturel en Russie. Elles tentent de censurer et de diriger la production créative, mais elles sont tellement mesquines, insignifiantes et incompétentes que le résultat est une image pathétique et peu attrayante - surtout lorsque la médiocrité tente de censurer le talent.
Dans l'Empire russe, en revanche, les censeurs étaient des philosophes, des penseurs et des publicistes remarquables, comme Konstantin Leontiev. La censure est une question très délicate. Il faut savoir reconnaître le génie, même lorsqu'il ne s'inscrit pas dans des cadres rigides. En même temps, il faut aussi identifier et supprimer les tendances néfastes, qui ne sont pas toujours évidentes au premier abord.
La censure est un grand art. En bref, ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui, c'est de mettre un terme à la dictature de la médiocrité qui s'est installée en Russie au cours des dernières décennies.
Notes:
(1) Valery Gergiev, né à Moscou en 1953 de parents ossètes, est un chef d'orchestre et directeur d'opéra réputé. En décembre 2023, il a été nommé directeur artistique du théâtre Bolchoï, devenant ainsi la première personne à diriger simultanément les théâtres Mariinsky et Bolchoï. Le lien de Gergiev avec la culture russe est profond. Il a contribué à promouvoir la musique et les artistes russes sur la scène internationale, à défendre de jeunes talents comme la soprano Anna Netrebko et à faire revivre des opéras russes moins connus comme La ville invisible de Kitège de Rimski-Korsakov et Les fiançailles dans un monastère de Prokofiev.
(2) La « Puissante poignée », également connue sous le nom des « Cinq », était un groupe de compositeurs russes du XIXe siècle - Mily Balakirev, César Cui, Modest Moussorgski, Nikolaï Rimski-Korsakov et Alexandre Borodine - qui se sont unis dans les années 1860 pour développer un style national distinct de musique classique, libre des influences de l'Europe de l'Ouest.
(3) L'âge d'argent russe désigne une période culturelle dynamique qui s'étend de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, soit approximativement de 1890 à 1917. Cette époque a connu un essor exceptionnel de la poésie, de la littérature et des arts russes, marqué par l'émergence de divers mouvements artistiques, dont le symbolisme, l'acméisme et le futurisme. Parmi les figures marquantes de cette époque figurent des poètes tels qu'Alexandre Blok, Anna Akhmatova, Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva. L'âge d'argent est souvent considéré comme une renaissance de la vie culturelle russe, comparable à l'âge d'or du début du XIXe siècle. Cependant, cette explosion créative a été freinée par la révolution russe de 1917 et les changements politiques qui ont suivi, qui ont conduit à un renforcement de la censure et de la répression, mettant fin à cette période remarquable de l'histoire culturelle russe.
17:03 Publié dans art, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : alexandre douguine, cinéma, russie | |
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Est-ce la fin du néolibéralisme progressiste?
Est-ce la fin du néolibéralisme progressiste?
par Alessandro Volpi
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/29723-ales...
Nous devons rester fermes, debout dans le train de l'histoire, parce que les sièges de la raison et de l'erreur sont tous occupés. Nous pourrions résumer ainsi la position que nous, en tant que Slingshot, devrions à nouveau adopter, mais en général, nous, en tant qu'ensemble de citoyens luttant pour une démocratie sociale accomplie, concrète.
Rester ferme ne signifie pas ne pas vouloir voir les transformations en cours et la reconfiguration politique qui, d'une manière ou d'une autre, met un terme à la dernière décennie populiste, nous ne savons pas quelle durée elle aura, mais pour la première fois, nous sommes face à un projet sans précédent. Nous ne pouvons pas ne pas voir comment il y a, dans la nouvelle alliance entre les pouvoirs économiques et politiques de ce nouveau gouvernement Trump, un saut quantique par rapport à celui de 2016.
L'alliance avec Musk et les élites économiques des secteurs les plus avancés du capitalisme américain et l'objectif désormais atteignable d'occuper les appareils militaires et bureaucratiques marque une différence avant tout en termes de capacité à produire une transformation concrète : non plus, comme en 2016, un populisme de droite "au pouvoir", mais une nouvelle idée concrète qui devient "le pouvoir". Cela ne signifie pas que des résistances ne subsistent pas dans divers secteurs de l'appareil militaire, bureaucratique et économico-financier, mais on peut dire - du moins nous semble-t-il à ce jour - que Trump a la possibilité de produire un réarrangement hégémonique intégral.
Ensuite, et c'est le complément nécessaire des aspects plus « structurels », Trump, tout en maintenant des éléments génériquement attribuables à une idéologie de droite conservatrice avec des traits populistes, a en fait réussi, avec cette alliance, à créer un nouveau discours, non plus projeté seulement vers un retour au passé glorieux, mais avec une idée du futur: la colonisation de Mars représente ce désir renouvelé de pouvoir, médiatisé par l'imagination des milliardaires. Ce qui rend cette nouvelle articulation hégémonique inédite, c'est précisément qu'elle a perfectionné ce dispositif du désir: il ne s'agit pas seulement d'une nostalgie, d'une passion ambiguë, mais aussi d'un puissant désir de jouissance projeté vers un avenir glorieux. En ce sens, Musk était ce dont Trump avait besoin pour faire le saut. Cela ne signifie pas - il faut le préciser à nouveau - que cette expérience est nécessairement destinée à réussir, mais qu'il a fait un saut quantique qui lui permet de la faire.
Il semble donc que les jours de ce que nous avons combattu pendant des années sous le nom de néolibéralisme progressiste soient révolus. Et cela implique, en termes stratégiques, une réflexion. Oui, parce qu'en fait, ce qui a vaincu le néolibéralisme progressiste, ce n'est pas une option émancipatrice, populaire et sociale de quelque nature que ce soit, mais une droite qui semble vouloir aller au-delà des deux termes, mais réaffirmer ensemble une nouvelle domination du capitalisme financier sur une base nationale, le contrôle impérial américain, bien que redéfini sur d'autres objectifs que celui, propre à une époque, du bellicisme démocratique, le tout dans une perspective culturellement conservatrice et politiquement autoritaire. Ceux qui aujourd'hui se réjouissent en quelque sorte de la fin de l'ère du néolibéralisme progressiste avec toutes ses dérives culturelles échangent une défaite contre une victoire, à moins que l'objectif ait été, comme c'était légitimement le cas pour une partie de la droite, de gouverner cette transition hégémonique dans un sens régressif.
Pour ceux, en revanche, qui se reconnaissent dans une vision politique radicalement démocratique, populaire et sociale, cette transformation ne peut en aucun cas être considérée comme leur propre victoire, ni comme un processus pouvant tactiquement bénéficier à cette perspective. A moins de considérer la fin attendue du wokisme et la transformation culturelle qui en découle comme sa propre grande victoire, dans l'illusion que le nexus néolibéralisme/progressisme était un nexus structurel, que l'élimination de l'un permettrait d'éliminer l'autre. Ce fantasme qui a conquis une partie de la gauche s'est enivré d'un essentialisme égal et opposé à celui de ceux qui, à gauche, n'ont pas su reconnaître le néolibéralisme progressif parce qu'ils pensaient encore en termes de lien nécessaire entre le conservatisme culturel et le capitalisme, ne comprenant pas ce qu'a été et est l'engouement néolibéral.
En outre, ce type de discours réapparaît largement au sein de la gauche. Il est facile aujourd'hui de montrer comment le capitalisme financier et un conservatisme particulier (en fait celui qui présente des traits futuristes) ont recomposé un nouveau dispositif pour gouverner sous des formes de plus en plus autoritaires la crise galopante de l'Occident.
Mais il est tout aussi facile - et c'est un risque que nous ne pouvons pas nous permettre - de finir par penser qu'autour de ce même bloc politique qui a ouvert la voie à ce changement de paradigme, laissant définitivement les masses populaires aux mains des droitiers, peut renaître aujourd'hui une gauche fadement plus sociale qui défend la démocratie contre les risques autoritaires du trumpisme. Cette volonté de recomposer un front antifasciste faussement social-démocrate est déjà une réalité et constitue la tentative désespérée de certains secteurs des élites politiques et culturelles du néolibéralisme progressiste de continuer à flotter sur la marée noire qui les a submergés. Pour donner un exemple, et pour reprendre un aspect que nous avons évoqué, de même qu'une certaine tendance réactionnaire confond la fin du wokisme avec la fin du néolibéralisme, d'un autre côté, il y a ceux qui pensent qu'une nouvelle gauche peut être relancée sur la justification du wokisme en crise, en partant du fait que la critique du wokisme de droite, qui a triomphé, a jeté le bébé (l'émancipation au sens large) avec l'eau du bain (dérive linguistique, sectarisme, moralisme, etc.). Comme si le wokisme n'avait été que le rideau idéologique du néolibéralisme qui a desservi les combats qu'il était censé défendre.
Dans cette reconfiguration des deux camps, notre tâche, comme toujours, est celle de l'autonomie par rapport aux deux dérives : nous n'avons pas gagné avec Trump comme nous n'aurions pas gagné avec Harris, nous n'avons pas gagné en Italie avec Meloni comme nous ne gagnerons pas avec Schlein. Une fois de plus, le camp du bien et le camp du mal sont occupés et nous ne pouvons que continuer à nous tenir fermement à nos raisons, à nos analyses, en essayant de comprendre les temps à venir.
13:44 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : néolibéralime, actualité, néolibéralisme progressiste, elon musk, donald trump | |
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