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samedi, 11 avril 2026

Un modèle cognitif indo-européen : voir, penser, dire, faire

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Un modèle cognitif indo-européen: voir, penser, dire, faire

par Ivan Allaerts

Les langues indo-européennes offrent un terrain exceptionnel pour observer non seulement des correspondances phonétiques, mais aussi une véritable architecture ancienne de la pensée. À travers quelques racines très anciennes, on peut reconstituer ce qui ressemble moins à un lexique qu’à un modèle implicite de la cognition humaine.

Quatre racines proto-indo-européennes jouent ici un rôle central:

*weid- : voir, percevoir, savoir

*men- : penser, se souvenir

*wekw- : dire, appeler, parler

*werg- : faire, produire, agir

Ces quatre axes ne sont pas seulement linguistiques. Ils dessinent une structure conceptuelle cohérente, qui relie perception, intériorité, langage et action.

1. Voir : du monde perçu au monde connu (*weid-)

La racine *weid- exprime le passage de la perception visuelle à la connaissance. Voir, dans ce système ancien, n’est pas un simple phénomène sensoriel : c’est déjà une forme d’intellection.

On en retrouve les traces dans de nombreuses langues :

grec ancien : οἶδα (oida), “je sais”, issu d’une forme ancienne *woida

latin : videre, “voir”

sanskrit : veda, “savoir”

germanique : wise, wissen, weten “savoir”

Le grec ἰδέα (idéa), “forme vue”, appartient également à cette famille. Le passage de “voir” à “idée” illustre une évolution fondamentale: la perception devient abstraction.

Ainsi, dans ce premier axe, le monde extérieur est capté et transformé en connaissance.

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2. Penser : organiser le monde intérieur (*men-)

La deuxième racine, *men-, renvoie à l’activité mentale intérieure : penser, se souvenir, maintenir quelque chose dans l’esprit.

Elle est à l’origine de:

latin mens (esprit), memoria (mémoire)

grec mnēmē (mémoire)

sanskrit manas (esprit), mantra (formule mentale)

anglais mind, allemand Meinung

Ici, la cognition n’est plus tournée vers l’extérieur, mais vers la stabilisation interne de l’expérience. La mémoire devient le support de l’identité et de la continuité mentale.

Ce second axe transforme la perception en structure intérieure durable.

3. Dire: rendre le monde social (*wekw-)

La troisième racine, *wekw-, concerne la parole. Mais dans les sociétés indo-européennes anciennes, parler n’est pas seulement produire des sons: c’est agir sur les autres et sur le monde social.

On la retrouve dans:

latin vox (voix), vocare (appeler)

grec ἔπος (epos), parole, récit

sanskrit vāc, parole sacrée

Dire, c’est appeler, nommer, convoquer. Le langage est donc une forme d’action institutionnelle: il crée du lien, de l’ordre et du sens partagé.

La parole devient ainsi le passage entre pensée individuelle et réalité collective.

4. Faire : transformer le monde (*werg-)

Enfin, la racine *werg- exprime l’action productive: faire, produire, mettre en œuvre.

Elle donne :

grec ἔργον (ergon), œuvre

anglais work, néerlandais werk, allemand Werk

allemand wirken, “produire un effet”

français savant : énergie, ergonomie

Cette racine décrit la transformation effective du monde. Elle relie l’activité humaine à ses résultats concrets, mais aussi à l’idée d’efficacité.

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5. Un système cohérent de la cognition humaine

Pris ensemble, ces quatre axes forment un système étonnamment cohérent :

- percevoir le monde (weid-);

- le structurer intérieurement (men-);

- le partager socialement (wekw-);

- le transformer matériellement (werg-);

Ce modèle peut être représenté ainsi :

perception → pensée → parole → action

weid-               men-         wekw-      werg-

6. Une anthropologie implicite

Ce qui frappe dans cette reconstruction, ce n’est pas seulement la régularité linguistique, mais la cohérence anthropologique qu’elle suggère.

Dans cette vision ancienne:

- voir, c’est déjà savoir;

- penser, c’est organiser la mémoire du monde;

- parler, c’est agir socialement;

- faire, c’est inscrire la pensée dans la réalité.

Autrement dit, ces langues anciennes semblent structurer l’expérience humaine en quatre dimensions fondamentales, allant du monde perçu jusqu’au monde transformé.

Conclusion

À travers ces racines, les langues indo-européennes ne livrent pas seulement leur histoire phonétique. Elles révèlent une manière ancienne de découper le réel, où cognition et action forment un continuum.

Ce modèle n’est évidemment pas un système philosophique explicite transmis par une civilisation disparue. Mais il fonctionne comme une structure latente, reconstruite par la linguistique comparative, et qui éclaire d’un jour nouveau la cohérence profonde entre voir, penser, dire et faire.

Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis

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Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis

Par Alexander Douguine

Le couple politique formé par Donald et Melania ressemble de plus en plus à l’intrigue de « House of Cards ». Y compris le fait que Melania préside une séance du Conseil de sécurité de l’ONU, comme cela était prévu dans « House of Cards ». Il y a de nombreuses raisons de remplacer le vieux fou fatigué par une femme belle et sensée. Et de publier les fameux fichiers...

Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, constituent le noyau de MAGA. Leur rupture avec Trump (et vice versa) n’est ni circonstancielle ni pragmatique, elle est idéologique. Ils incarnent l’essence même de pourquoi Trump a été élu. Ils ont été le quartier général.

Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, sont le véritable « America First ». En plus de Rand Paul. Ils sont devenus le véritable pouvoir. Ils représentent tout ce que le peuple aimait chez Trump. C’est Trump qui a trahi le peuple. Désormais, il ne compte plus que sur le soutien des sionistes.

Les sionistes (chrétiens ou antichristiques) faisaient partie de MAGA, ils étaient donateurs, sympathisants, spéculateurs, mais ils ne constituaient pas la base. Pas du tout. Aujourd’hui, ils gouvernent les États-Unis. Une minorité puissante qui affiche une audace sans limite. Mais la base n’est plus là. La base s’est éloignée de Trump de façon irréversible.

Si MAGA est mort, il devrait y avoir quelque chose de nouveau. Les pessimistes sont les sionistes sans avenir. L’avenir appartient à d’autres. Et nous voyons maintenant ces autres avec beaucoup plus de clarté.

Une nouvelle administration américaine est en train de se former. Autour du noyau ex-MAGA trahi par Trump. Plus tôt le peuple abandonnera ce vieil homme qui sombre et qui est totalement engagé, plus il aura de chances d’obtenir le billet pour l’avenir. C’est cela la vraie Révolution Conservatrice. Trump n’était qu’une première étape de celle-ci.

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Le point essentiel : la déception totale face à Trump et au sionisme déchaîné qui a détruit toute sa crédibilité n’est pas une raison suffisante pour embrasser les libéraux, les démocrates et les mondialistes. Il faut former une nouvelle coalition maintenant, sinon il sera trop tard.

La politique ne peut pas se réduire à un simple spectacle. Il y a une stratégie idéologique et géopolitique derrière. Le spectacle n’est qu’un outil pour promouvoir un certain agenda. Il ne peut pas remplacer la signification. La signification est toujours là. Le sionisme EST une signification. Il faut la nier. Voilà qui est génial. Qui est très bien. Mais, alors, propose la tienne.

Le sionisme aux États-Unis repose sur deux théologies politiques entrelacées :

- La vision suprémaciste du Grand Israël, du Troisième Temple, du Messie volontaire.

- La vision dispensationaliste de l’histoire, de la politique, des États et de l’échiquier de la fin des temps.

Ensemble, ces deux théologies forment un réseau puissant.

Le mondialisme libéral est une autre théologie politique: il prône l'individualisme radical, le fatras « woke », la fin de l’histoire, le Gouvernement Mondial, l'internationalisme, le postmodernisme, l'extermination des vestiges de la société traditionnelle (religion, famille, genre), la migration incontrôlée, le posthumanisme.

La théologie politique libérale et la théologie politique sioniste forment ensemble les deux piliers de l’État Profond ou de l’État Plus Profond (si l’on considère l’État Profond uniquement comme la théologie politique libérale). Le noyau initial de MAGA, rejeté par Trump, représente l’espace pour faire advenir UNE AUTRE THÉOLOGIE POLITIQUE.

Quelle pourrait être cette alternative à la théologie politique de l’État Profond ? Souveraineté, peuple, tradition, normalité, identité, continuer à être humain en opposition totale à ce que promeuvent les libéraux ou les sionistes. Russell Kirk, Paul Gottfried, Pat Buchanan, Samuel Francis, Richard Weaver, Ron Paul.

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Jünger et l'Homme de la machine

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Jünger et l'Homme de la machine

Claude Bourrinet

Der Arbeiter paraît en 1932. L'Arbeiter n'est pas à proprement parler Le «Travailleur», ou, pire, l'«Ouvrier», car il ne s'agit pas, dans l'acception que donne Jünger de cette Figure nouvelle, née avec le Soldat, d'une classe sociale, ni de l'acteur exclusif d'un processus de transformation de la matière, ni du technicien, encore que ces trois catégories, sociale, économique et «administrative», en soient des aspects, mais d'un nouvel homme, viril, actif, enthousiaste, héroïque et guerrier, généré par la Mobilisation totale, porteur de la volonté de puissance qui est le sceau de l'avenir (l'âge des Titans), et doté d'une disposition (Bereitschaft) à accomplir ce que les temps exigent, qui transcende les vieilleries politiques.

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Julien Hervier (photo), en germaniste, a exprimé des réserves au sujet de la traduction usitée en français du terme: «Si je n'ai pas voulu pendant si longtemps que l'on traduise Der Arbeiter, Le Travailleur, c'est d'abord à cause d'un problème de pure étymologie. Arbeiter vient d'arbeo, un mot gothique, «l'héritage»; travailleur, cela vient de tripalium, un «instrument de torture»».

En effet, le mot est à mettre avec le grec orphanos et le latin orbus, «privé de»; l'héritage est d'abord le bien de l'enfant orphelin, privé de la protection de ses parents. Le terme allemand Arbeit, « travail », provenant donc vraisemblablement d'un verbe de même racine signifiant «être orphelin», par un glissement de sens, évoque «un enfant soumis à une dure activité physique».

1972310-2099371358.jpgJünger pense que cet avènement de l'Arbeiter est inévitable, et qu'il s'étend à l'ensemble de la planète, modifiant en profondeur la relation à la matière et à la société, et anéantissant l'ordre bourgeois. Quand, à Montmirail, en juin 1940, il répond aux officiers français prisonniers, à qui il a apporté son aide, que la cause de la défaite de l'armée française est le «Travailleur», il ne rencontre qu'incompréhension totale.

C'est à partir de ce début de guerre que son interprétation de la technique va, avec l'expérience, changer. Il a eu alors à débattre la question avec son frère, Friedrich Georg, qui a écrit un essai à ce sujet, La Perfection de la Technique, dénonçant les ravages qu'occasionne l'envahissement dans tous les domaines de moyens de destruction inédits dans l'histoire de l'humanité, annihilation qui ne concerne pas que les domaines naturel et sociaux, mais aussi le rapport à l'art, au passé, aux relations les plus modestes de la vie quotidienne etc. Il a une image saisissante, en ramenant la figure de la technique au mythe: «Les illusions de la technique. Il rappela la claudication de Vulcain et de Wieland comme un défaut caractéristique».

6855082-462567384.jpgL'essai de Jünger, qui ne recevra aucune audience ailleurs que dans un cercle limité, et qui sera critiqué par les nazis déplorant l'absence de référence à la race, fera l'objet, après la guerre, d'échanges denses avec Heidegger, pour qui la technique est l'instrument désastreux de l'arraisonnement de l'être (le Gestell). Ce même Heidegger avait salué l'Arbeiter comme une contribution à la connaissance de la Technique. Ses cours avaient été interdits de publication par les nazis. De 1936 à 1938, de plus en plus éloigné et opposé au nihilisme hitlérien, il connut ce qu'on appelle son «tournant». Il regroupera ses cours sous le titre de Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis), volume publié après la chute du mur de Berlin. Il y interroge le nihilisme dont la déclinaison contemporaine est la technique, mode contemporain de l'oubli de l'être, et oppose Hölderlin à Nietzsche, dont la Volonté vers la puissance est, pour lui, la dernière phase de la métaphysique, source du nihilisme.

Un exemple de Gestell est donné, le 31 mai 1945, et illustre parfaitement ce que Heidegger dénonce dans la technique: «La tourbière est l'une des grandes archives du monde. Sa richesse ressemble à celle des tombeaux de rois, c'est la raison pour laquelle elle est en péril, dans une ère d'effritement. Elle est prise dans le tourbillon de l'usure, de la pure et simple accélération des échanges, que la pensée limitée au jour qui passe s'imagine être richesse. Déjà, des machines la menacent, excavatrices et trains de wagonnets».

L'expérience vécue rend parfois lucide, invite à voir la réalité, les faits, à identifier ses propres déterminations, pour peu que l'on soit préparé intérieurement à l'écoute du monde. Car la réalité se heurte presque toujours à la peau épaisse et animale – celle du rhinocéros d'Ionesco – de l'idéologie, des discours prémâchés, du prêt-à-penser totalitaire.

WWI-Artist-Soldiers-Photo-614x800-831499178.jpgEn vérité, si les peuples ont subi dans leurs corps martyrisés les morsures sauvages de la guerre moderne, ils n'avaient pas les moyens conceptuels d'en connaître les causes. Une mise à distance, une conscience méthodiquement orientée vers les oscillations du monde, sont nécessaires. L'honnêteté intellectuelle fait le reste. Il se peut aussi que les lectures erratiques de l'enfance et de l'adolescence, en autodidacte, hors du système scolaire, prédisposent à l'exercice, sinon de la liberté, du moins à l'esprit critique.

Il faut en effet une force certaine de l'âme pour échapper à la doxa dominante. Le 21 juillet 1942, Jünger livre ses impressions sur Préface à un livre futur, de Lautréamont: «On trouve anticipée dans cette préface une forme d'optimisme moderne, même sans Dieu, tout comme l'optimisme du progrès, mais différente de celui-ci par la conscience de la perfection qui commande son expression, supprimant ainsi la perspective utopique. Cela confère à l'exposé une sorte de métallisme, de splendeur et de sûreté techniques. Il y règne un style sans trace de sensibilité, comme sur quelque beau navire, rapide et net de toute présence humaine, où l'impulsion motrice viendrait non de l'électricité, mais de la conscience. Le doute est éliminé, comme la résistance de l'air – dans les matériaux mêmes résident le vrai et le bon, qui seront visibles ensuite dans la construction».

lautreamont-1922-preface-a-un-livre-futur-1220847317.jpgOn sait que, pour Lautréamont, seul le langage mathématique était crédible: «O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir religieusement les degrés qui mènent à votre autel, et vous avez chassé ce voile obscur, comme le vent chasse le damier. Vous avez mis, à la place, une froideur excessive, une prudence consommée et une logique implacable».

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Et Jünger ajoute, après avoir comparé les «dispositions» de Lautréamont à l'univers pictural de «Chirico, où les villes sont mortes et les hommes forgés tout entiers de pièces d'armures»: «C'est là l'optimisme que la technique mécanique apporte avec soi, ou plutôt il l'accompagne, et elle ne peut se passer de lui. Il faut qu'il résonne jusque dans la voix de celui qui parle à la Radio pour annoncer qu'une capitale n'est plus que ruines et cendres».

L’œil structure la vision du monde en fonction de cette désincarnation généralisée: il devient un spectacle abstrait de mécanismes. Par exemple, à Kirchhorst, le 11 avril 1945, à l'arrivée des troupes américaines, il constate: «Je suis à la fenêtre et j'observe la chaussée, par-dessus les cimes encore nues du jardin. Le grondement assourdissant se rapproche. Puis glisse lentement sur la route, comme un mirage, un tank gris, dont l'étoile blanche luit. Puis le suivent en ordre serré des blindés sans nombre, qui mettent des heures et des heures à passer. De petits avions les survolent. Ce spectacle donne une impression d'automatisme extrême, par la manière dont il joint l'uniformité militaire à l'uniformité mécanique – comme si c'était une parade de poupées qui se déroulait, un cortège de jouets dangereux. De temps à autre, un arrêt se communique à toute la colonne. On voit alors les marionnettes, comme au bout d'un fil, piquer du nez, tandis que le départ les rejette de nouveau en arrière. Et puisque notre regard s'accroche toujours à certains détails, je suis particulièrement frappé par les longues antennes de radio qui se balancent au-dessus des tanks et des voitures d'escorte ; il se forme en moi l'image d'une partie de pêche magique, peut-être la pêche au Léviathan».

 

Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

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Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/trumpin-nato-kritiikki...

Le président américain Donald Trump participait à une réunion bilatérale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), le 21 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette réunion annuelle des dirigeants politiques et économiques intervenait dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur toute une série de questions, notamment la promesse de Trump d'acquérir le Groenland, un territoire danois semi-autonome. 

Le second mandat du président Donald Trump a porté les tensions internes au sein de l'OTAN à un niveau sans précédent. Même si l'attitude critique de Trump envers l'alliance militaire n'est pas nouvelle, ses récentes déclarations indiquent un changement de nature: il ne s'agit plus seulement de se plaindre du déséquilibre des contributions financières, mais de remettre fondamentalement en question l'alliance dans son ensemble.

Selon Risto E. J. Penttilä, spécialiste en politique internationale, l'OTAN se trouve à nouveau en pleine crise suite aux dernières déclarations de la Maison Blanche. La nouveauté réside dans le fait que tant le président Trump que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio parlent ouvertement d’une réorganisation des relations internationales dans le chef des Etats-Unis. Il ne s’agit pas de diplomatie habituelle envers les "alliés", mais, selon la description de Penttilä, d’une « crise conjugale dans les relations transatlantiques ».

Au cœur des dernières critiques de Trump à l'égard de l'OTAN se trouve l'attitude réticente des pays européens face à l'appel des États-Unis à participer à l'ouverture du détroit d'Ormuz pendant la guerre avec l'Iran. Trump estime avoir aidé l'Europe en Ukraine, et pense donc qu'il était désormais au tour de l'Europe de soutenir les États-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l’attitude des Européens de « test qu’ils ont échoué ». Dans la vision cynique du monde de Trump, un tel comportement ne sera ni oublié ni pardonné.

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Les alliés européens des États-Unis n’ont pas condamné l’attaque américaine contre l’Iran, pas plus qu’ils n’ont condamné l’attaque russe contre l’Ukraine – alors qu’en Europe, celle-ci a été considérée comme une guerre d’agression illégale. Les alliés de l’OTAN n’ont même pas été informés à l’avance de la planification opérationnelle. Si l’OTAN est une alliance de défense, pourquoi ses membres devraient-ils soutenir les États-Unis dans une opération bafouant le droit international, dans laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a entraîné Trump ? Pourquoi les règles applicables à la Russie ne s’appliquent-elles pas à tous les pays ?

Dans les cercles euro-atlantiques, l'idée se renforce que les États-Unis ne sont plus aussi déterminés à défendre l'Europe – et en particulier les pays limitrophes de la Russie. L'article 5 de l'OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, est la pierre angulaire de l'alliance depuis la guerre froide.

Si la fiabilité de ce mécanisme automatique venait à s’effriter, l’OTAN se transformerait essentiellement en une plateforme de coordination où la coopération européenne serait mise en avant et où la puissance militaire américaine ne servirait plus que de moyen de dissuasion potentiel – et non plus de garant de sécurité certain.

Une théorie marginale mais politiquement intéressante s'inscrit dans ce contexte: Trump souhaiterait retirer les États-Unis de l'OTAN, car après la guerre avec l'Iran, la prochaine cible potentielle d'Israël pourrait être la Turquie – un pays membre de l'alliance militaire. Dans ce cas, l'article 5 de l'OTAN serait considéré comme un obstacle stratégique à toute attaque israélienne.

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Pour l’administration Trump, Israël est un partenaire nettement plus important que la Turquie, et dans un contexte plus large, le rêve sioniste d’un « Grand Israël », auquel s’ajouteraient des territoires de Syrie, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, d’Irak, d’Arabie saoudite et de Turquie, refait surface.

Les tensions entre Israël et la Turquie se sont considérablement intensifiées ces dernières années. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié le président turc Recep Tayyip Erdoğan de « fondamentaliste islamiste » et a décrit la Turquie comme un « nouvel Iran ».

Une rhétorique similaire a également été renforcée dans une récente analyse du Jerusalem Post, qui considère la Turquie comme une menace croissante pour l’Occident et Israël – une sorte de successeur de l’Iran en tant que perturbateur régional, soutenant le Hamas et remettant en cause l’unité de l’OTAN.

Erdoğan a quant à lui qualifié les actions d’Israël à Gaza de génocide et a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre Netanyahou. Israël a renforcé sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, rivaux traditionnels de la Turquie.

Derrière les menaces publiques d’Israël pourrait également se cacher une volonté stratégique de renforcer la position politique intérieure d’Erdoğan. Au sein du Parlement turc, le président a été critiqué pour avoir maintenu une coopération pratique avec Israël, contrairement à sa rhétorique publique.

Les dernières données du Bureau central des statistiques israélien montrent que la Turquie a exporté vers Israël pour plus de 924 millions de dollars de marchandises en 2025. Les échanges commerciaux se sont poursuivis – en partie via des pays tiers et grâce à des pratiques statistiques contestables. Ce décalage entre les discours et les actes rend improbable une rupture totale.

Une théorie spéculative concernant une éventuelle attaque d'Israël contre la Turquie – soutenue par les États-Unis en dehors du cadre de l'OTAN – illustre toutefois une dynamique plus large: l'administration Trump ne considère pas l'OTAN comme une alliance de défense sacrée, mais comme un outil dont on peut se passer si nécessaire, s'il ne sert plus les intérêts de sécurité des États-Unis ou de leurs alliés proches.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a déjà surnommé Trump « papa », a qualifié sa rencontre à la Maison Blanche de « franche et ouverte ». Cette formulation diplomatique adoucit probablement le ton irrité du président. Rutte a déclaré comprendre la déception de Trump, mais a souligné que de nombreux pays européens avaient aidé les États-Unis contre l’Iran – par exemple en mettant leurs aéroports à la disposition des bombardiers.

Les États-Unis ne se retireront sans doute pas complètement de l’OTAN – Trump ne pourrait d’ailleurs pas prendre une telle décision seul –, mais la question du redéploiement des troupes a déjà été évoquée lors des discussions : des soldats pourraient être transférés d’Allemagne vers la Roumanie, par exemple, et vers d’autres pays, ceux qui se sont montrés les plus fidèles à Trump.

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Bien que l’OTAN ait été confrontée à des tempêtes répétées au cours du second mandat de Trump – les menaces d’annexion du Groenland en étant l’exemple le plus grave –, les acteurs euro-atlantiques espèrent que l’alliance s’en sortira, même si ce n’est plus sous sa forme actuelle. Certains s’attendent à ce que la situation se normalise sous le mandat du prochain président américain.

Une architecture de sécurité à bâtir entre la Russie et l’Europe étant, dans la situation actuelle, une option totalement exclue, l’OTAN de demain pourrait être plus européenne et moins dépendante des garanties de sécurité américaines. Le poids symbolique et opérationnel de l’article 5 s’affaiblit, laissant place à une coopération plus ponctuelle et fondée sur les intérêts. Ce changement pourrait s’avérer l’héritage transatlantique le plus marquant du second mandat de Trump.