vendredi, 10 avril 2026
Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés

Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés
Dr. Firoz Osman (*)
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46045/geoestrategia/guer...
La guerre contemporaine ne se limite pas à un seul champ de bataille. Elle se déploie simultanément sur de multiples fronts dans le monde musulman élargi — Palestine, Liban, Syrie, Soudan, et désormais Iran.
Il ne s’agit pas de confrontations isolées, mais de théâtres interconnectés dans le cadre d’une lutte géopolitique plus vaste pour le pouvoir, les ressources et l’hégémonie idéologique.
Pour comprendre l’escalade actuelle qui se déploie désormais contre la République islamique d’Iran, il est essentiel de la situer dans un contexte historique plus large, défini par l’intervention, la résistance et la lutte pour la souveraineté dans le monde musulman.
1979 : le tournant décisif
La phase moderne de confrontation avec l’Iran débute avec la Révolution islamique de 1979.

La révolution populaire renversa le Shah, un monarque dont le pouvoir avait été consolidé par une intervention étrangère. En 1953, un coup d’État orchestré par la Central Intelligence Agency (CIA) renversa le Premier ministre démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, après la nationalisation de l’industrie pétrolière, jusqu’alors dominée par des intérêts britanniques.
Le Shah, remis au pouvoir, gouverna par la répression, menée par la SAVAK, une police secrète redoutée connue pour l’usage systématique de la torture et de la brutalité.
La résistance à ce régime soutenu par l’Occident grandit de façon soutenue jusqu’à aboutir à une insurrection populaire qui donna lieu à la révolution. Le 11 février 1979, la République islamique fut officiellement instaurée, modifiant radicalement l’équilibre des pouvoirs dans la région.
Iran et Palestine : idéologie et alignement
La Révolution islamique de 1979 marqua immédiatement un tournant dans les priorités de la politique étrangère iranienne.
En quelques jours, l’Iran transféra l’ambassade israélienne de Téhéran à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Yasser Arafat devint le premier leader étranger à visiter l’Iran après la révolution, symbolisant une nouvelle orientation stratégique.
La même année, le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, proclama la Journée d’Al-Qods, une mobilisation mondiale annuelle célébrée le dernier vendredi du Ramadan et consacrée à la libération de Jérusalem.

La Journée mondiale d’Al-Qods dépasse la simple symbolique: elle constitue un instrument de mobilisation politique, de réaffirmation idéologique et d’expression mondiale de solidarité. Elle relie les luttes locales à une vision plus large d’unité au sein de l'Oumma musulmane.
Le soutien ferme et inébranlable de l’Iran à la Palestine n’est pas considéré comme une option diplomatique, mais comme une obligation religieuse et idéologique fondée sur la défense des opprimés à l’échelle mondiale.
Pourquoi la révolution de 1979 a-t-elle inquiété l’Occident ?
La Révolution islamique menée par l’imam Khomeini représentait bien plus qu’un changement de régime: elle a bouleversé l’architecture de l’influence occidentale dans la région.
Le Shah avait été un allié clé, garantissant l’accès occidental aux ressources énergétiques, une dynamique régionale favorable à ses intérêts, et une alignement stratégique avec Israël.
Sa chute fit perdre aux États-Unis, au Royaume-Uni et à Israël l’un des piliers centraux de leur ordre régional.
Deux impératifs stratégiques — le contrôle des ressources énergétiques et la protection d’Israël — ont historiquement façonné la politique occidentale en Asie occidentale. L’émergence d’une République islamique indépendante et défiante a remis en question ces deux éléments.
Containment: sanctions et isolement
En réponse, l’Iran a été soumis à une pression économique et politique soutenue par les puissances occidentales, dirigées par les États-Unis et leurs alliés.
Pendant des décennies, les sanctions ont été utilisées comme outil pour affaiblir la République islamique, limiter son influence et éroder le soutien interne à son modèle révolutionnaire.
Ce schéma dépasse le cas iranien: tout État qui défie les structures dominantes de l’ordre mondial s’expose à l’étouffement économique ou à la confrontation militaire.

Palestine: siège et résistance
Alors que l’Iran faisait face à des sanctions, la Palestine souffrait d’un régime d’apartheid et se trouvait en permanence en état de siège.
Pendant près de deux décennies, Gaza est restée bloquée: sa population confinée, surveillée et soumise à une suffocation économique systématique.
Malgré cela, les mouvements de résistance palestiniens ont développé de vastes réseaux clandestins leur permettant de s’organiser, de s’entraîner et de soutenir leur lutte pour la libération des territoires occupés.
Le soutien de l’Iran, conjointement à la coordination avec des groupes comme le Mouvement de Résistance Islamique du Liban (Hezbollah), a contribué à la consolidation de cette infrastructure de résistance.
Normalisation arabe et trahison stratégique
Parallèlement à la souffrance palestinienne, plusieurs États arabes se sont progressivement avancés vers une normalisation avec le régime israélien, au détriment de la cause palestinienne.
Des pays comme l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ont établi ou renforcé leurs liens avec Israël, en privilégiant la stabilité de leurs régimes, la coopération économique et les garanties de sécurité.
Ce tournant reflète un calcul plus large: la survie des élites dirigeantes avant la solidarité avec la Palestine. La dépendance à la protection militaire occidentale, notamment par le biais de bases américaines dans le Golfe Persique, a consolidé cette orientation.
7 octobre: choc stratégique
Le 7 octobre 2023, le Mouvement de Résistance Islamique Palestinien (Hamas) a lancé une opération à grande échelle dans les territoires occupés, baptisée « Tempête d’Al-Aqsa ».
Cette opération a bouleversé des suppositions profondément ancrées sur l’invulnérabilité militaire israélienne et a déclenché une escalade régionale.
Elle a aussi réactivé un réseau de groupes alliés, parmi lesquels le Hezbollah au Liban, le mouvement populaire yéménite Ansar Allah et diverses factions armées en Irak.

Ce conglomérat, souvent décrit comme « l’Axe de la Résistance », a montré une pression coordonnée et multi-front contre Israël et ses alliés régionaux et extrarégionaux.
Pourquoi l’Iran soutient-il la Palestine ?
Bien que la Palestine n’apparaisse pas explicitement dans la Constitution iranienne, la direction du pays fonde son soutien sur des principes plus fondamentaux: la défense des opprimés, l’opposition à l’injustice et l’engagement en faveur de l’unité musulmane.
L’article 152 de la Constitution iranienne encadre la politique extérieure autour de ces principes, constituant la base de sa position constante en faveur de la Palestine.
La narration de la résistance se voit renforcée par des figures considérées comme des martyrs, parmi lesquelles Ahmed Yassine, Abdel Aziz al-Rantissi, Ismaïl Haniyeh, Yahya Sinwar, Seyed Hasan Nasrallah, Qasem Soleimani et Abu Mahdi al-Muhandis, entre autres.
Ces figures sont perçues non seulement comme des leaders révolutionnaires, mais aussi comme des symboles de résistance.

Les récits de sacrifice — comme ceux décrivant Sinwar (photo) combattant jusqu’à ses derniers instants ou l’ayatollah Khamenei refusant de se cacher malgré les menaces contre sa vie — renforcent le moral et légitiment la poursuite de la lutte contre ce qui apparaît comme une coalition israélo-américaine.
Leadership et autorité morale
Les narrations attribuées à des figures telles que l’ayatollah Khamenei soulignent un modèle de leadership basé sur le risque partagé et la cohérence morale.
La prémisse est claire: un leader ne peut pas exiger des sacrifices sans les assumer lui-même.
Cette approche puise profondément dans la mémoire historique islamique, notamment dans l’héritage de l’Imam Husein ibn Ali (P), où la fermeté face à l’adversité extrême est considérée comme l’expression ultime de l’intégrité.
Guerre, pouvoir et avenir
La guerre actuelle contre la République islamique d’Iran — largement considérée comme illégale et injustifiée — ne peut pas être réduite à un seul facteur.
Elle reflète des tensions structurelles plus profondes: entre indépendance et contrôle extérieur, entre résistance et normalisation, entre engagement idéologique et pragmatisme politique.
Ce qui apparaît évident, c’est que les guerres en Palestine, en Iran et dans l’ensemble de la région ne sont pas des phénomènes isolés. Elles constituent des manifestations interconnectées d’une lutte plus vaste qui continuera à façonner le paysage politique et moral du monde musulman.
* * *
(*) Le Dr. Firoz Osman est un auteur et analyste basé en Afrique du Sud, auteur de Shattering Zionist Myths et co-auteur de Why Israel?
18:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, moyen-orient, proche-orient |
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