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vendredi, 10 avril 2026

« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc

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« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc

Le portrait d’Oliver Cromwell: «Une étude psychologique et de caractère conçue pour cerner l’homme et présenter […] en quelques traits, le mortel qu’il fut».

par Giovanni Sessa

Source: https://www.barbadillo.it/129481-il-dittatore-puritano-ra...

Oliver Cromwell. Le dictateur puritain

9791280611888-us.jpgUn ouvrage d’Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Le dictateur puritain (pour les commandes : associazione.iduna@gmail.com), vient de paraître aux éditions Iduna. Le texte est enrichi d’une préface contextualisante de Maurizio Pasquero, qui initie utilement le lecteur aux événements qui ont vu s’impliquer cet homme politique anglais de formation puritaine. Cet ouvrage, dont la première édition est parue en 1927 en Grande-Bretagne, préfigure la monumentale biographie intellectuelle de Cromwell publiée par Belloc en 1934, qui, encore aujourd’hui, constitue une référence incontournable dans la bibliographie sur le sujet.

Le livre que nous analysons brièvement ici, écrit l’auteur de la préface, est centré sur «une enquête psychologique et caractérielle conçue “pour atteindre l’homme et présenter […] dans une esquisse, le mortel qu’il fut» (p. I). Les cinq chapitres denses qui composent l’ouvrage se lisent avec grand plaisir, dans la lignée du genre "biographie" de la tradition anglo-saxonne.

On y analyse la formation sociale et religieuse de Cromwell, ainsi que son parcours militaire et politique. Le texte a pour toile de fond les événements tragiques qui, en Angleterre, ont conduit à l’opposition entre le Parlement, dominé par les puritains, et le roi, Charles Ier Stuart. Ce conflit a dégénéré, entre 1642 et 1649, en une guerre civile ouverte, dont l’issue fut la décapitation du souverain suivie de la proclamation de la « république ».

L’état d’esprit du protagoniste Cromwell

41+4CQ9frQL._SY445_SX342_ML2_-564370762.jpgLes pages du livre révèlent non seulement l’état d’esprit du protagoniste, mais aussi le sens profond de la révolte puritaine que, et ce n’est pas un hasard, le philosophe austro-allemand Eric Voegelin, dans son essai Politique puritaine, a interprétée comme le début de la modernité néo-gnostique.

Il s’agissait en fait de la première tentative de réaliser « le royaume de Dieu sur terre ». Belloc (1870-1953), Français de naissance mais Anglais d’adoption, fut l’un des plus brillants auteurs catholiques de la période historique dans laquelle il vécut. Critique convaincu de la modernité, il fut le compagnon de route de G. K. Chesterton dans l’élaboration de la théorie économique connue sous le nom de « distributisme », antithétique à la pratique politico-sociale du libéralisme.

standard_hilaire-pierre-belloc-3285764105.jpgDans ces conditions, le jugement de Belloc (photo) sur Cromwell ne pouvait certainement pas être généreux. L’écrivain « ne partage rien des idéaux et de la pratique politique » (p. IV) de Cromwell, mais, en tout état de cause, il reconnaît à l’homme « une grande habileté et une vigueur de caractère » (p. IV).

Les ancêtres du futur dictateur s’étaient battus pour éradiquer les idéaux catholiques du territoire anglais, afin de poursuivre leurs propres intérêts marchands, et cet héritage a profondément influencé la formation du jeune Oliver. Celui-ci passa sa jeunesse dans l’aisance de la demeure paternelle, Hinchinbrooke House, qui accueillit Élisabeth la Grande et Jacques Ier. C’est probablement dans cette même demeure que Charles Ier fut également retenu, en tant que prisonnier en transit.  Cromwell, dans cette première phase de son existence, avait une conscience claire de sa position sociale et s’imposa dans la société des nouveaux riches.

L’antipapisme

Le mythe, pour lui tout à fait négatif, de l’Invincible Armada espagnole de Philippe II, prête à envahir l’Angleterre, a joué un rôle prépondérant dans sa vie. Cela l’a poussé vers un anti-papisme radical. Il a lu la Bible de la Genève calviniste, qui a connu 150 rééditions, même si, pour son style captivant, il appréciait davantage la version anglicane du texte: «Jusqu’à l’âge de quarante ans, le futur Lord Protecteur apparaît aux yeux de l’auteur comme un homme politique […] «très ordinaire»» (p. VI).

Les succès militaires, peu après, lui conférèrent l’aura d’« élu », à laquelle il aspirait de toutes ses forces. Dans les défaites, il voyait simplement des «avertissements» que le Seigneur lui aurait envoyés en personne. L’exécution de Charles Ier fut la plus « machiavélique de ses intrigues: «visant à renforcer son pouvoir personnel» qui, selon Belloc, resta toujours dépourvu de véritable projet politique.

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Cromwell s’opposa à l’Église d’État: « au-dessus de toute maison […] il insistait sur la liberté de culte (accordée aux juifs, mais pas aux catholiques!) et l’autonomie des différents groupes évangéliques» (p. VIII). C’est parmi eux qu’il recruta les hommes, motivés par la religion, de la New Model Army, bras armé de l’entreprise néo-gnostique. Il se montra tolérant même envers les levellers et les diggers, qui s’opposaient aux enclosures.

Impitoyable envers les Irlandais

Animé par le rêve de réaliser la «Jérusalem céleste» sur le sol anglais: «vingt ans plus tard, on le retrouve couvert de sang» (p. IX). Il fut impitoyable envers les Irlandais et mit en œuvre de véritables déportations de masse.

C'est pour cette raison qu'il fut l'Anglais le plus détesté dans l'Île d'Émeraude, mais, pour les mêmes raisons, il fut également détesté par les Écossais. Contesté par le Parlement en 1653, il se débarrassa de cette institution. Il instaura aussitôt après un véritable régime autoritaire, qui visait à contrôler jusqu’à la moralité de ses nouveaux sujets, et aurait même voulu aller jusqu’à contrôler la «conscience» des hommes. Incapable de voir au-delà de ses propres «particularités», «il échoua lamentablement même dans le choix de son successeur» (p. XI).

Richard-Cromwell-3842421460.jpgRichard, son fils aîné, se montra totalement incapable d’assumer les tâches qui lui avaient été confiées. Il mourut peu avant d’atteindre l’âge de soixante ans, vivant constamment dans la terreur d’être assassiné, malgré son «élection» divine.

La vision néo-gnostique n’est pas morte avec Cromwell, mais s’est manifestée de manière dramatique dans l’histoire des siècles suivants, jusqu’au carnage des événements du 20ème siècle. C’est pourquoi le livre Oliver Cromwell. Le dictateur puritain revêt une actualité brûlante. Il enseigne, à tout le moins, à se méfier des « oints » du Seigneur et de ceux qui soutiennent que le monde doit être réformé au nom de Dieu, d’une classe ou d’une race.

Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Il dittatore puritano, prefazione di Maurizio Pasquero, Iduna, pp. 110, euro 12,00.

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