mardi, 27 octobre 2026
Sept organisations, un réseau: les liens avec Open Society autour des manifestations en France

Sept organisations, un réseau: les liens avec Open Society autour des manifestations en France
Source: https://uncutnews.ch/sieben-organisationen-ein-netzwerk-d...
Alors que la France est secouée depuis des semaines par des manifestations étudiantes, des émeutes, des incendies et des pillages, l’attention se porte sur un réseau d’organisations qui soutiennent les manifestations, les accompagnent ou critiquent vivement l’action de la police.
Les recherches du journal espagnol La Gaceta montrent qu’au moins sept de ces organisations entretiennent des liens financiers ou institutionnels avérés avec les Open Society Foundations, fondées par George Soros. Cela ne prouve pas que les troubles actuels sont financés par celles-ci, mais montre à quel point des ONG influentes, des mouvements de protestation et des réseaux internationaux de financement sont étroitement imbriqués.
Le point de départ de cette enquête est un article de La Gaceta du 21 octobre. Le journal a examiné des organisations qui avaient appelé à manifester, soutenu les revendications des étudiants ou publiquement pris position contre l’action de la police française. Il a ainsi identifié sept organisations entretenant différents liens avec les Open Society Foundations.
Ces liens vont des financements directs aux dons importants sur plusieurs années, en passant par le financement de projets particuliers. Un point est essentiel: un financement antérieur par Open Society ne prouve pas automatiquement que Soros ou sa fondation financent ou dirigent les manifestations actuelles. À ce jour, aucun élément probant ne permet précisément de l’établir. Mais les indices parlent d’eux-mêmes.

Ligue des droits de l’Homme : un financement direct documenté
L’un des liens les plus clairement établis concerne la Ligue française des droits de l’Homme (LDH).
La Cour des comptes française avait confirmé dès 2021 que la LDH avait reçu un soutien financier d’Open Society en 2017. La LDH elle-même avait également indiqué dans son rapport annuel que plusieurs projets avaient été rendus possibles grâce à Open Society.
Le lien avec les manifestations actuelles est lui aussi clairement documenté. Le 16 octobre, la section nantaise de la LDH a expressément appelé à rejoindre le mouvement étudiant et lycéen le lendemain. Le lieu et l’heure du rendez-vous étaient même précisés: 14 heures, place Foch.

Human Rights Watch: 100 millions de dollars d’Open Society
Dans le cas de Human Rights Watch, le lien financier est encore plus important.
En 2010, les Open Society Foundations ont annoncé un financement de 100 millions de dollars sur dix ans — ce qui constituait alors le don individuel le plus important jamais reçu par Human Rights Watch. Cet argent devait expressément servir à développer la présence mondiale et l’influence politique de l’organisation. Open Society comme Human Rights Watch ont publiquement fait état de cet accord.
Le 14 octobre, Human Rights Watch a publié un rapport sur les manifestations lycéennes en France et accusé la police de violences disproportionnées contre des mineurs. HRW a écrit que, malgré quelques incidents violents, les manifestations avaient été majoritairement pacifiques et a demandé une meilleure protection des jeunes manifestants.
Human Rights Watch n’est donc pas présentée comme organisatrice des manifestations, mais contribue clairement à leur interprétation dans le débat public et politique.

FIDH et OMCT: Open Society figure officiellement sur la liste des bailleurs de fonds
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) mentionne elle aussi expressément les Open Society Foundations parmi ses bailleurs de fonds privés.
L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) présente également Open Society comme un bailleur de fonds. Son rapport financier audité pour 2024 fait état d’environ 509.700 francs suisses provenant des Open Society Foundations; l’année précédente, ce montant dépassait même 1,2 million de francs.
Le 9 octobre, les deux organisations ont publié avec la LDH une déclaration sur les manifestations en France, accusant les autorités de réprimer violemment le mouvement lycéen. La FIDH a parlé de «violente répression» et demandé une enquête sur l’intervention policière.

Amnesty International: une subvention d’Open Society dans les comptes annuels
Dans le cas d’Amnesty International, le lien est également documenté.
Les comptes annuels de 2024 indiquent expressément que l’augmentation des financements reçus était principalement due à une subvention des Open Society Foundations.
Pendant les manifestations étudiantes en France, Amnesty a également défendu publiquement le droit de manifester et critiqué la police. Le 5 octobre, l’organisation a demandé aux autorités françaises de désamorcer la situation et de protéger le droit de réunion pacifique. Amnesty a dénoncé un recours disproportionné à la force policière contre des mineurs.
350.org: Open Society mentionnée parmi les soutiens financiers
Dans son rapport annuel de 2021, l’organisation internationale de défense du climat 350.org mentionnait expressément les Open Society Foundations parmi les fondations qui la soutenaient. Au total, 44% de ses recettes provenaient alors de fondations et d’organismes de financement.
L’existence d’un lien financier antérieur est donc, là aussi, clairement établie.
L’intérêt de ce constat ne réside pas tant dans la possibilité d’en déduire un financement direct des manifestations françaises actuelles. L’essentiel est plutôt que les mêmes ONG, reliées entre elles à l’échelle internationale, interviennent régulièrement ensemble au sein de mouvements sociaux, climatiques et sociopolitiques.

Attac: un appel à manifester — un lien par l’intermédiaire d’un projet financé par Open Society
Attac France est allée encore plus loin dans le cadre des manifestations actuelles, en appelant expressément à la mobilisation le 17 octobre. L’organisation a dénoncé une injustice sociale, fiscale et écologique de plus en plus insupportable et appelé à une large participation.
Le lien avec Open Society est toutefois plus ténu ici que pour la LDH, HRW, la FIDH ou l’OMCT.
Est notamment documentée la participation d’Attac à un rapport européen de 2017 sur la politique gazière et énergétique, dont le cadre de réalisation aurait été partiellement financé par l’Open Society Initiative for Europe, selon l’enquête initiale. Cela ne permet toutefois pas de conclure à un financement général d’Attac par Open Society, et encore moins à un financement des manifestations actuelles.
Un réseau est documenté — pas le financement des émeutes
L’enquête met donc en évidence une configuration bien réelle.
Plusieurs organisations qui soutiennent le mouvement de protestation, appellent à manifester ou critiquent l’action de la police entretiennent des relations financières avec les Open Society Foundations ou ont bénéficié de leur soutien par le passé. Cela est documenté.
En revanche, rien ne démontre que George Soros ou les Open Society Foundations financent les émeutes, les incendies ou les pillages actuels.
Cette distinction est essentielle.
La question politique n’en reste pas moins pertinente: lorsque de grandes fondations internationales financent pendant des années des organisations qui jouent ensuite, dans des conflits sociaux, un rôle important en matière de mobilisation, de soutien juridique, de communication médiatique et de formation de l’opinion publique, ce financement fait partie intégrante du récit.
Les ONG, en particulier, se présentent souvent comme des autorités morales indépendantes. Le public devrait donc pouvoir savoir qui finance ces organisations, à quelle hauteur et pour quels projets.
Le véritable lien avec Soros dans les manifestations françaises ne consiste donc pas en un transfert d’argent avéré à des émeutiers. Il réside dans un réseau d’organisations soutenues financièrement, constitué au fil des années, dont plusieurs interviennent aujourd’hui activement dans la confrontation politique et sociale autour des manifestations en France.
18:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ong, actualité, france, europe, affaires européennes, mouvements sociaux |
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La Russie commence à envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion: la CASA

La Russie commence à envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion: la CASA
Andrew Korybko
Source: https://korybko.substack.com/p/russia-is-beginning-to-con...
La menace que fait peser l’État islamique au Khorassan (EI-K) sur l’Afghanistan — dont de hauts responsables russes ont laissé entendre qu’elle était liée au Pakistan —, la guerre afghano-pakistanaise et le conflit du Cachemire sont les trois obstacles au plan Kossyguine du XXIe siècle que la Russie entend déployer dans la CASA en s’appuyant sur le PAKAFUZ.
L’ambassadeur de Russie au Pakistan, Albert Khorev, a confirmé : « Pendant que le ministre russe de l’Intérieur se rendait à Islamabad, le chef du renseignement russe était à Kaboul et le secrétaire adjoint de notre Conseil de sécurité se trouvait à New Delhi. Tous ont également discuté [de la guerre afghano-pakistanaise]. La Russie tente donc actuellement de contribuer au règlement de ce problème par ces démarches. » Tout cela s’est déroulé parallèlement à la dernière conférence de l’OTSC, de la CEI et de l’OCS sur la sécurité en Asie centrale et en Afghanistan, organisée à Moscou.
Le sérieux avec lequel la Russie tente de résoudre la guerre afghano-pakistanaise, à travers ses récents échanges de haut niveau sur les questions de sécurité avec ces deux pays et avec l’Inde, son alliée depuis des décennies, laisse fortement penser que le Kremlin commence à considérer la sécurité de l’Asie centrale et celle de l’Asie du Sud comme interdépendantes. Comme expliqué ici, Moscou envisage également de relier à l’Inde le projet de voie ferrée Pakistan-Afghanistan-Ouzbékistan (PAKAFUZ), donnant ainsi à toutes les parties un intérêt économique commun à la sécurité de l’ensemble de la région.

Le PAKAFUZ représente le moyen par lequel la Russie entend remettre au goût du jour, dans les circonstances actuelles, le « plan Kossyguine » de l’époque soviétique. Ce plan avait été proposé en 1969 par le chef du gouvernement soviétique dont il porte le nom, dans l’intention évoquée précédemment : envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion aux intérêts sécuritaires et économiques interdépendants, d’où la proposition de relier tous ces pays par un corridor commercial régional. Par commodité, cette macrorégion peut être appelée CASA.
La menace que fait peser l’EI-K sur l’Afghanistan — dont de hauts responsables russes ont laissé entendre qu’elle était liée au Pakistan, comme cela a été documenté ici —, la guerre afghano-pakistanaise et le conflit du Cachemire sont les trois obstacles au plan Kossyguine du XXIe siècle que la Russie entend déployer dans la CASA en s’appuyant sur le PAKAFUZ. Pour faire face au premier, la Russie pourrait armer les talibans contre l’EI-K, tout en renforçant sa coopération sécuritaire avec les républiques d’Asie centrale : ces deux démarches constituent respectivement une stratégie offensive indirecte et une stratégie défensive.
Concernant le deuxième obstacle, la Russie a proposé sa médiation, mais le Pakistan a récemment exclu des pourparlers sans conditions préalables avec l’Afghanistan. Néanmoins, comme le laissait entrevoir le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en imputant le conflit à l’État islamique, un accord de désescalade conclu sous médiation russe pourrait voir le Pakistan présenter les « talibans pakistanais », supposément soutenus par l’Afghanistan, comme relevant de l’État islamique, renforcer sa clôture frontalière et mettre fin aux hostilités afin de reprendre le travail conjoint sur le PAKAFUZ. Même si celui-ci n’atteignait jamais l’Inde, il renforcerait tout de même l’intégration globale de la majeure partie de la CASA.

Enfin, la Russie a également proposé sa médiation dans le conflit du Cachemire, dont elle pourrait envisager le règlement par un compromis entre les deux parties : la ligne de contrôle deviendrait la frontière internationale, afin de normaliser les relations, d’apaiser les tensions régionales et de prolonger le PAKAFUZ jusqu’en Inde. Les efforts russes pour lever ces trois obstacles à son plan Kossyguine du XXIe siècle permettent de comprendre l’intense activité diplomatique régionale de Moscou ces dernières semaines, caractérisée par des échanges de haut niveau axés sur la sécurité avec l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde.
La Russie comprend les complexités du conflit du Cachemire, tout en soutenant pleinement l’Inde dans ce dossier ; elle n’impute donc à aucune des deux parties la responsabilité de la persistance de l’impasse. En revanche, le rôle du Pakistan, fortement suggéré, dans le problème que représente l’EI-K pour l’Afghanistan, ainsi que la guerre qu’il poursuit contre ce pays, pourraient être perçus négativement par certains. Si la Russie en venait ainsi à considérer le Pakistan comme le principal obstacle à la mise en œuvre, au moins partielle, de son plan Kossyguine du XXIe siècle dans la CASA, fondé sur le PAKAFUZ, les relations pourraient bientôt se refroidir.
18:11 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, pakafuz, pakistan, afghanistan, russie, asie, asie centrale, affaires asiatiques |
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La guerre des centres de données

La guerre des centres de données
Leonid Savin
Les attaques du régime de Kiev contre les centres de données de Yandex dans plusieurs villes russes ont porté la confrontation militaire à un nouveau niveau. Auparavant, des frappes similaires avaient été menées par l’armée russe dans le cadre d’une opération militaire spéciale sur le territoire ukrainien contrôlé par le régime de Kiev. Il s’est ainsi produit un effet mimétique, ou d’imitation, tel que l’a décrit le philosophe français René Girard dans son ouvrage La Violence et le Sacré. Dans un conflit, un camp modifiera toujours son comportement en s’adaptant à l’autre pour éviter la défaite ou, du moins, survivre.
Si l’on tient compte des principes de la guerre asymétrique, dans laquelle des acteurs moins puissants cherchent de nouveaux moyens de vaincre un adversaire plus fort, il convient d’envisager les évolutions possibles de cette situation — qui fait déjà l’objet de discussions au ministère du Développement numérique de la Fédération de Russie, avec une proposition visant à déplacer la construction de nouveaux centres de données vers l’Oural, la Sibérie et l’Extrême-Orient —, mais aussi de prendre en considération d’autres infrastructures que l’ennemi pourrait considérer comme les prochains points de vulnérabilité.
Pourquoi la liste des cibles s’est-elle élargie des deux côtés ? Quelle est l’importance des centres de données ?
Les centres de données sont des installations spécialisées conçues pour héberger des serveurs et des équipements réseau utilisés par les entreprises et les organismes publics pour gérer leurs opérations numériques. En règle générale, ils disposent également de groupes électrogènes de secours afin d’assurer une alimentation électrique ininterrompue des équipements. Les serveurs en nuage, utilisés pour les calculs faisant appel à l’intelligence artificielle, ont récemment acquis une grande importance. Dans les conditions actuelles des opérations militaires, les centres de données servent à analyser une masse considérable d’informations, notamment de renseignement. En Occident, des méthodes de guerre algorithmique sont mises en œuvre, ce qui exige d’immenses capacités de calcul. Bien que tous les centres de données ne puissent pas servir aux besoins de la guerre, ils peuvent constituer des cibles attrayantes pour paralyser le fonctionnement des structures qui utilisent leurs services et affaiblir l’économie dans son ensemble.

Plus de dix mille centres de données sont actuellement en activité dans le monde, et leur nombre devrait augmenter considérablement dans les années à venir. La Russie ne fait pas exception. Toutefois, le précédent ayant suscité cet intérêt accru pour les centres de données dans le contexte de la guerre n’a pas été constitué par les frappes russes ou ukrainiennes, mais par la riposte iranienne aux attaques des États-Unis et d’Israël en février 2026. À l’époque, l’attention se concentrait principalement sur les attaques contre les bases militaires ainsi que sur les perturbations de la production et de l’approvisionnement en ressources énergétiques. Cependant, des missiles et des drones iraniens ont également été dirigés contre trois centres de données d’Amazon Web Services (AWS) aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, entraînant des perturbations des services numériques de banques, de plateformes de paiement et d’autres organisations. Un mois plus tard, une autre attaque a endommagé le centre de données d’Oracle à Dubaï. L’Iran a ensuite déclaré que dix-huit grandes entreprises technologiques constituaient des cibles militaires légitimes. Cette liste comprend nombre des plus grands propriétaires de centres de données au monde, notamment AWS, Microsoft, Meta, Google et Oracle.
Pour l’Iran, les attaques contre les centres de données poursuivaient plusieurs objectifs stratégiques. Elles permettaient de sanctionner des entreprises américaines importantes sur le plan économique, ainsi que les organisations régionales sur les serveurs desquelles sont stockées les données de ces entreprises. Elles constituaient également une menace sans équivoque : si les exigences iraniennes n’étaient pas satisfaites, de nouvelles attaques contre les infrastructures numériques suivraient.

En réalité, ces frappes indiquaient qu’un changement stratégique plus large dans la manière de concevoir les objectifs et les méthodes des opérations militaires avait déjà commencé. C’est ainsi qu’est apparue une nouvelle expression, data center warfare — la guerre des centres de données —, employée en juin 2026 dans un article conjoint de deux professeurs de l’Institut de cybersécurité et de politique de l’innovation du Naval War College américain, Jason Vogt et Nina A. Kollars, cette dernière étant également chercheuse au Commandement des opérations de guerre spéciale. Ils soulignent que « l’expansion rapide des centres de données dédiés à l’IA entraîne des modifications durables de la répartition géographique des infrastructures critiques qui constituent la toile de fond de la compétition mondiale et des guerres futures. Cela comprend la construction de mégacampus numériques, qui deviendront des cibles stratégiques de grande valeur, ainsi que la multiplication de nouveaux pôles de centres de données, susceptible de modifier les scénarios de planification de la défense, particulièrement dans l’Indo-Pacifique».
Il est significatif que, contrairement à d’autres cibles à double usage ou à des infrastructures critiques comme les terminaux pétroliers ou les raffineries, cette nouvelle expression soit spécifiquement associée aux centres de données. Le carburant constitue pourtant un élément économiquement important pour toute guerre, sans parler des besoins civils de l’économie de n’importe quel pays. Cette mise en avant aux États-Unis indique qu’ils accordent une importance particulière aux centres de données, devenus des cibles attrayantes du point de vue politico-militaire. Plus généralement, ces grandes installations fixes, dont la construction est relativement coûteuse et qui dépendent des infrastructures locales pour l’électricité, l’approvisionnement en eau et la transmission des données, peuvent aussi devenir les cibles d’acteurs malveillants de toutes sortes : pirates informatiques ou groupes criminels locaux.
Une attaque contre un centre de données porte préjudice non seulement à son exploitant, mais aussi à toutes les organisations qui l’utilisent pour le stockage de données, les communications en réseau ou les traitements faisant appel à l’intelligence artificielle. Il en résulte un effet cumulatif : plusieurs organisations sont touchées par une seule action. Dans le cadre des intérêts économiques des États-Unis, le fonctionnement ininterrompu des centres de données de certaines entreprises implantés à travers le monde est, bien entendu, dans l’intérêt de Washington, comme le mentionnent les décrets et documents correspondants.

Mais il existe aussi une nuance d’ordre militaro-stratégique. Les entreprises mentionnées — AWS, Microsoft, Meta, Google, Oracle, ainsi qu’un certain nombre d’autres — travaillent au service des intérêts de la CIA, du Pentagone et du complexe militaro-industriel américain. À leurs côtés figurent des prestataires clés comme Palantir. Ensemble, ils peuvent être considérés comme un écosystème hybride au sein duquel la recherche et le traitement des données — notamment par le biais du renseignement — sont effectués à l’aide de ces centres de données répartis dans le monde entier. Ils constituent l’architecture dont l’armée américaine et ses alliés ont besoin pour mener une guerre algorithmique à l’aide de l’intelligence artificielle — récemment rebaptisée « superintelligence » aux États-Unis au gré de Donald Trump — et de programmes spécialisés. Parmi les alliés actuels de Washington figure toujours l’Ukraine, où les centres de données ont été activement utilisés à des fins militaires. En Russie, en revanche, leur activité principale est liée à des usages civils. Cela révèle une autre asymétrie dans les moyens et les fonctions, même si la partie ukrainienne a agi selon le principe « œil pour œil », en choisissant de nouvelles cibles pour ses attaques. Tous ces éléments doivent être pris en compte dans le conflit actuel et gardés à l’esprit dans la perspective de futures guerres.
13:55 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : polémologie, centres de données |
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Les États-Unis, la dernière Rome: Peter Thiel et le déclin de l’empire

Les États-Unis, la dernière Rome: Peter Thiel et le déclin de l’empire
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/yhdysvallat-viimeinen-...
La série de conférences de Peter Thiel consacrée à l’Antéchrist s’est achevée à Nashville le 19 octobre par une quatrième rencontre intitulée The New Rome, la nouvelle Rome. Les comptes rendus du journaliste Nathan Worcester, présent sur place, offrent à ce jour le tableau le plus précis de cette conférence à huis clos. Alors que les volets précédents construisaient un cadre théologique autour de la fin des temps et contre la réglementation des technologies, le dernier s’est tourné vers l’héritage impérial et la place qu’y occupent les États-Unis.
Thiel a commencé par des réflexions sur les villes. Il a constaté qu’elles durent davantage que les entreprises et les individus. Elles sont comme des «êtres immortels», que l’on peut rapprocher des anges, des démons, des puissances spirituelles et des pouvoirs évoqués dans l’Épître aux Éphésiens, 6,12. Il estimait erronée l’hypothèse selon laquelle une métropole comme San Francisco finirait par s’autodétruire. Lorsqu’il siégeait au conseil d’administration de Facebook, Thiel avait vu Mark Zuckerberg accepter la mortalité de l’entreprise. Mais débarrasser les rues de San Francisco des excréments humains reviendrait, selon Thiel, à «négocier avec un démon».

Les grandes villes représentent l’empire mondial en miniature. Thiel connaît l’œuvre majeure d’Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident. Selon Spengler, lorsque la culture devient civilisation, apparaît un citadin détaché des traditions et de la religion. Il est intelligent et pragmatique, mais stérile, et vit comme un parasite aux dépens de la société. Thiel néglige toutefois le fait que, dans le schéma de Spengler, les États-Unis appartiennent eux aussi à la phase hivernale de la civilisation occidentale. Le déclin n’est pas un phénomène exclusivement européen. Si les États-Unis sont en décadence, ils ne peuvent agir comme une force de retenue katéchontique : ils font eux-mêmes partie du processus qu’ils devraient retenir.
Thiel est ensuite passé à l’héritage de Rome. Selon lui, les États-Unis sont la nouvelle Rome. En tant que puissance katéchontique, ils empêchent, conformément à la Deuxième Épître aux Thessaloniciens, 2,6–7, l’apparition de l’homme de l’iniquité, tout en risquant de devenir antichristiques. On pourrait demander, dans une perspective critique, si l’Amérique n’a pas été « satanique » dès sa fondation. Les Pères fondateurs étaient pour la plupart des rationalistes des Lumières et des déistes, nombre d’entre eux étaient francs-maçons, et Jefferson composa sa propre version des Évangiles en supprimant les miracles et la résurrection. Si l’Antéchrist est interprété comme une tentative de créer un paradis terrestre sans Dieu, ce projet a commencé dès Philadelphie, où les États-Unis sont nés.

Rome se situe dans une zone grise morale. Elle n’est ni Babylone ni la Nouvelle Jérusalem. La trajectoire passe de Rome à l’Empire romain d’Orient, c’est-à-dire Byzance, puis au Saint-Empire romain germanique. Napoléon, que ses contemporains comparaient à l’Antéchrist, fit tomber ce dernier. La situation se compliqua ensuite. Selon Thiel, la guerre de Succession d’Espagne fut la dernière tentative de bâtir une superpuissance catholique. Elle trancha la lutte pour le pouvoir entre les Bourbons et les Habsbourg ; après elle, l’universalisme catholique ne redevint plus le projet dominant de l’Europe. Thiel illustra ce point par le poème de Robert Southey, The Battle of Blenheim.

Le candidat sérieux suivant était la Grande-Bretagne. En tant que puissance maritime, les Britanniques adoptèrent la conception de l’État exposée par Hobbes dans le Léviathan, tout en restant réservés à l’égard du philosophe. Le poème d’Alfred Lord Tennyson, Locksley Hall, publié en 1842, prédisait une fédération mondiale et unissait les Britanniques à leurs successeurs, les Américains, dans le rêve d’un empire mondial. Harry S. Truman portait ce poème dans sa poche.
Les États-Unis ont consciemment imité Rome. Les pseudonymes latins des auteurs des Federalist Papers et l’effigie de George Washington sur la monnaie, à la manière de l’empereur Auguste, en témoignent. Selon Thiel, les États-Unis sont peut-être le seul pays véritablement souverain. Le président agit comme le maire des États-Unis et le dictateur du reste du monde. L’alliance de renseignement Five Eyes, la surveillance Echelon, le système de paiement SWIFT et le statut du dollar comme monnaie de réserve renforcent cette position.
Thiel a défini trois éléments clés de la nouvelle Rome. Le premier est le statut de superpuissance militaire. Il a fait référence au royaume fort comme le fer mentionné dans le Livre de Daniel, 2,40. Le deuxième est le statut de superpuissance financière contrôlant les flux de paiements. Il a cité à ce propos l’Apocalypse, 13,17, selon laquelle nul ne peut acheter ni vendre sans la marque. Le troisième est le statut de superpuissance idéologique ou religieuse capable de gagner les cœurs et les esprits. L’Évangile selon Matthieu, 24,24, met en garde contre les faux messies et les faux prophètes. Mais, pour Thiel, la Russie ne convient pas comme candidate : il ne considère pas Moscou comme l’héritière de Constantinople. L’évolution qui a suivi la prise du pouvoir par les bolcheviks pose problème. Malgré ses doutes, Thiel ne sait pas dire si Poutine est davantage chrétien ou ancien membre du KGB. La nouvelle Rome devrait, en tout état de cause, être plus puissante que la Russie actuelle.

La Chine constitue le point de comparaison logique suivant. Selon Thiel, elle ne remplit toutefois pas les trois conditions requises pour être la nouvelle Rome. C’est certes une puissance montante, mais elle ne possède pas l’attrait idéologique ou religieux nécessaire pour diriger des alliés, et non simplement acheter des ports et des infrastructures. En ce sens, la Chine ressemble davantage à un géant économique qu’à un centre de civilisation. Il en conclut que, puisque personne d’autre n’est prêt à prendre la place des États-Unis, l’Amérique est une «forteresse qu’il faut défendre» — même par des moyens autoritaires. En effet, un retrait américain n’ouvrirait pas la voie à un nouvel ordre, mais à un chaos multipolaire incontrôlable.
La singularité des États-Unis tient aussi à leur degré relativement élevé de violence, y compris la peine de mort. Ils se distinguent des autres pays développés par le recours à cette peine et exercent sur eux-mêmes un contrôle aussi sévère que sur le reste du monde. Thiel considère que les Américains ne sont pas «complètement castrés» et n’ont pas renoncé à leurs responsabilités katéchontiques. Il a plaisanté en demandant pourquoi les États-Unis sont le seul pays où une révolution est impossible, avant de répondre: parce que c’est le seul pays sans ambassade américaine. Cette boutade dit l’essentiel: Washington n’a pas l’habitude d’organiser des changements de pouvoir sur son propre territoire.

La conférence s’est terminée par un appel à la ville de Nashville (photo, ci-dessus). Thiel la considère comme une sorte de centre mondial du protestantisme — une religion dépourvue de centre — et a encouragé l’élite locale à prendre ses responsabilités sur le plan des idées et des institutions. Ce choix n’était pas fortuit: la rencontre entre le christianisme évangélique et un pôle technologique émergent offrait un public comprenant aussi bien le langage théologique que l’exercice du pouvoir.
La conférence finale résume le cœur de l’eschatologie de Thiel. Le katéchon n’est pas une force statique du bien. Il est dynamique et comporte des risques. L’empire qui retient la fin peut lui-même devenir le catalyseur de cette fin. Les États-Unis accomplissent l’héritage de Rome dans ses dimensions militaire, économique et idéologique. C’est précisément cet accomplissement qui les rend vulnérables. Si la souveraineté, les systèmes de paiement et la supériorité militaire s’orientent vers un gouvernement mondial unique, le katéchon change de nature.
Cette perspective ouvre une question plus vaste sur la nature du pouvoir dans le monde de la modernité tardive. La métaphore de Thiel, qui présente les villes comme des puissances spirituelles immortelles, rappelle que les institutions vivent plus longtemps que les individus et résistent au changement selon une logique différente de celle des entreprises. Le citadin décrit par Spengler, qui vit grâce aux anciennes structures mais est, lui, sans racines ni nouvelle force créatrice, illustre la manière dont une civilisation perd sa vitalité. Le rêve de fédération de Tennyson, la puissance maritime britannique et l’hégémonie du dollar s’inscrivent dans une même trajectoire. L’empire britannique a cédé la place à l’empire américain, mais le rêve d’ordre mondial et d’hégémonie a subsisté.
La conférence finale de Thiel propose un diagnostic traversé de tensions. Les États-Unis sont-ils la dernière Rome? L’immortalité de l’empire ne garantit pas sa vertu. Sa violence ne signifie pas automatiquement qu’il possède une force katéchontique. Comment une puissance qui contrôle les systèmes de paiement, dispose de la supériorité militaire et manipule les esprits à l’échelle mondiale peut-elle continuer à retenir ce qu’elle est censée empêcher, sans le devenir elle-même? Et n’est-ce pas déjà ce qui est arrivé aux États-Unis?
13:43 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, peter thiel, états-unis |
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