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vendredi, 19 novembre 2021

Tadjikistan: douze ponts vers le passé

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Tadjikistan: douze ponts vers le passé

Victor Dubovitsky

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/dvenadcat-mostov-v-proshloe

L'Asie centrale est bien consciente que la menace n'est pas tant la guerre (ici, la Russie, comme toujours, apportera son aide !) que le conflit civil croissant en Afghanistan, qui poussera des centaines de milliers, voire des millions, de réfugiés à quitter le pays. Et Dieu nous en préserve, s'il ne s'agit que de civils, pas de personnes désespérées coincées par des talibans armés...

Le survol du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan par des dizaines d'avions de guerre et d'hélicoptères afghans du 15 au 17 août, ainsi que l'arrivée de milliers de soldats afghans "à pied et par voie terrestre", ont provoqué un sentiment de déjà-vu chez les témoins des événements survenus à la frontière il y a trente ans. En 1996, un millier et demi de soldats et d'officiers des forces gouvernementales vaincues par les talibans et dirigées par six (!) généraux de mouture soviétique se sont installés sur la rive droite du Panj. Ils ont été rapidement désarmés par le contingent des casques bleus du CST et renvoyés dans la province de Balkh, toujours sous le contrôle du président B. Rabbani, via l'Ouzbékistan.

Au moment de l'opération américaine "Liberté immuable" en Afghanistan en octobre 2001, le Tadjikistan avait déjà fait connaissance avec les réfugiés afghans : les ethnies tadjiks, ouzbeks et autres non-Pachtounes vivant dans les provinces septentrionales de Kunduz, Baglan et Takhar, ont ressenti la main lourde des talibans en 1998, et se sont déversées à la frontière du Panj. La situation a été sauvée par les gardes-frontières russes, qui ont surveillé (ou plutôt protégé) les frontières séparant le pays d'Asie centrale de l'Émirat islamique d'Afghanistan et ont trouvé un lieu pour abriter les migrants forcés sur les îles dans le "no man's land" au milieu du fleuve. Ici, en coopération avec le ministère tadjik des situations d'urgence, des camps de tentes ont été installés et environ six mille personnes ont reçu de la nourriture et des soins médicaux. La Croix-Rouge et l'ONU ont participé à leur approvisionnement. La situation a été sauvée par l'offensive réussie de l'Alliance du Nord, qui a débarrassé les provinces frontalières du nord des talibans pendant une longue période. Les réfugiés ont pu rentrer chez eux.

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Cependant, l'Alliance du Nord a rapidement subi une défaite après l'autre et, en octobre 2001, elle ne contrôlait plus que 5 % des régions montagneuses du nord-est de l'Afghanistan. La République du Tadjikistan a de nouveau accueilli des réfugiés, mais pas des habitants ordinaires des villages frontaliers, mais des familles des commandants de terrain du Nord du pays - environ 8000 femmes et enfants se sont installés à Douchanbé, Kulyab et Kurgan-Tyube. En outre, il existe plusieurs milliers d'entrepreneurs afghans qui ne se considèrent pas comme des réfugiés mais qui ne veulent pas non plus rentrer chez eux. C'est à eux que l'on doit d'avoir relié le Tadjikistan au système financier musulman international hawala: ses courtiers (dans les bazars Karvon et Sakhovat de Douchanbé, ainsi que dans le centre commercial Sadbarg) assuraient avec rapidité et fiabilité l'achat de voitures aux Émirats arabes, l'envoi d'argent de travailleurs migrants de Moscou et de Saint-Pétersbourg et des milliers d'autres services confidentiels !

Il est bon de rappeler ici que les lignes de démarcation actuelles du Panj et de l'Amu Darya ne sont devenues une frontière infranchissable qu'en 1934. De plus, cette barrière d'eau était poreuse dans les deux sens. De plus, ce front fluvial était poreux des deux côtés, tant pour les commerçants pacifiques et les cortèges de mariage que pour les réfugiés de "diverses adversités", qu'il s'agisse de famine ou de répression politique. Dans les années 1920, l'Afghanistan est devenu le foyer de centaines de milliers de ressortissants des pays d'Asie centrale en désaccord avec la domination soviétique. Lorsque l'Armée rouge est arrivée à Boukhara dans la première moitié des années 1920, quarante-quatre mille familles, soit plus de deux cent mille personnes, ou environ 25 % de la population du Tadjikistan, ont fui vers l'Afghanistan à partir des seules régions frontalières tadjikes, selon les documents officiels.

Quarante mille autres ont quitté les régions frontalières de l'Ouzbékistan pour l'Afghanistan. Un nombre similaire de Tadjiks, d'Ouzbeks et de Turkmènes (et de Caucasiens, de Russes et d'autres) ont fui vers l'Afghanistan entre 1925 et 1932 lors de la collectivisation, qui s'est accompagnée de l'émancipation des femmes et d'une lutte contre la religion. La plupart des émigrants (muhajirs) ont préféré ne pas s'enfoncer plus profondément dans l'Afghanistan et se sont installés le long de la frontière. De nombreux émigrants n'étaient pas pressés d'adopter la citoyenneté afghane, et attendaient la chute prochaine du régime soviétique. Cela a tenu en haleine les deux parties, afghane et soviétique. L'exode a fortement diminué au milieu des années 1930, lorsque les Soviétiques ont considérablement renforcé leur position dans la région et, surtout, ont fermé de manière sûre leurs frontières avec l'Afghanistan et d'autres voisins du sud. Depuis lors, la communauté d'immigrants dans les pays limitrophes de l'Asie centrale soviétique ne s'est plus reconstituée, et les liens avec la patrie Pori daryo ("au-delà de la rivière") ont cessé.

L'apparition de plus d'un demi-million de migrants - Tadjiks, Ouzbeks et Turkmènes - a eu un impact sur la démographie et les relations interethniques en Afghanistan, renforçant la position des Asiatiques centraux du nord (Shimoli) face aux Pachtounes du sud et de l'est. Elle a également contribué au développement économique, faisant du nord la partie la plus développée de l'Afghanistan, car les nouveaux arrivants ont apporté avec eux non seulement de nouveaux travailleurs mais aussi de meilleures compétences agricoles acquises pendant les années d'appartenance à l'Empire russe, ainsi que de nouvelles cultures.  L'Afghanistan, à son tour, a accepté volontiers les réfugiés des autres régions soviétisées d'Asie centrale. Les Turkmènes, en particulier, ont reçu 3,5 poods de blé par mois et 30 roupies par membre de la famille. Dans le même temps, les unités et les individus qui avaient franchi la frontière ont été désarmés. En 1922, la situation change et les réfugiés commencent à être considérés comme une ressource militaire et politique viable ; des armes leur sont rendues et des groupes de combat sont formés.
La fuite massive des Tadjiks vers le nord de l'Afghanistan pendant la guerre civile de 1992-1997 nous est plus familière. Selon diverses sources, entre cinquante et soixante-dix mille personnes ont fui la vallée du Vakhsh pour rejoindre les provinces de Balkh, Kunduz, Takhar et Badakhshan. Ils ont été utilisés par l'opposition tadjike pour former leurs groupes militants et être transférés sur le territoire du Tadjikistan.

Grâce à la mission de l'ONU au Tadjikistan, quelque quarante-sept mille personnes sont rentrées chez elles. On ne sait pas encore combien se sont "dispersés" en Afghanistan et au Pakistan. Apparemment, ce sont eux et leurs descendants qui sont maintenant devenus une ressource de mobilisation pour le groupe Ansorullah dirigé par un Tadjik de souche, Mahdi Arsalon (Muhammad Sharipov), qui a proclamé à plusieurs reprises son intention de construire un califat dans sa patrie sur le modèle de l'Afghanistan. C'est cette armée que les talibans ont maintenant chargé de protéger la frontière avec le Tadjikistan.

Fin octobre 2021, le nombre total de réfugiés afghans, ou plutôt de Tadjiks, d'Ouzbeks, de Turkmènes et d'autres "non-Pachtounes", dépassait les quinze mille, et il continue de croître rapidement : selon les gardes-frontières tadjiks, 500 à 600 personnes tentent de franchir la frontière chaque jour. Beaucoup y parviennent. En cas de guerre civile à grande échelle dans le nord de l'Afghanistan, un chiffre de cent à cent cinquante mille personnes est tout à fait prévisible pour le Tadjikistan. Il est clair que ni les voisins de la république ni la Russie n'accepteront de partager ce fardeau. Dans certains scénarios, on ne peut que supposer que l'Ouzbékistan accepterait d'accueillir des réfugiés d'origine ouzbèke.

Dans une période d'euphorie au début d'"Enduring Freedom", le Tadjikistan a construit douze ponts sur le Panj-Amu Darya (d'Ishkashim au Lower Panj) vers l'Afghanistan voisin avec l'argent américain. Ce projet logistique grandiose a été conçu dans la république montagneuse comme un moyen de renouer des liens avec des compatriotes brisés par le régime soviétique et de briser le blocus des transports par l'Ouzbékistan et le Kirghizstan, à la frontière desquels se déroulent des conflits permanents. Aujourd'hui, les "ponts de l'amitié" sont hérissés de troncs et de barbelés des deux côtés. ....

vendredi, 22 octobre 2021

L'Asie centrale après le retrait américain

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L'Asie centrale après le retrait américain

Par Amedeo Maddaluno

Ex: https://www.eurasia-rivista.com/lasia-centrale-dopo-il-ritiro-di-washington/

Quelques mois après le retrait américain de Kaboul, où va l'Asie centrale? Quels sont les pays qui gagnent en influence sur la région en général et sur l'Afghanistan en particulier? Les puissances asiatiques sont désormais les seules qui semblent vouloir prendre en charge le pays (même si elles restent très prudentes quant à la possibilité de leur implication directe). De ce point de vue, Washington a atteint son objectif, en pouvant se consacrer en toute liberté à l'Indo-Pacifique.

L'Afghanistan vu par ses voisins

Essayons, méthodologiquement, de raisonner en termes géographiques, en construisant une série de cercles concentriques autour de l'Afghanistan. Le premier cercle, celui des pays immédiatement impliqués dans les nouveaux scénarios qui se sont ouverts en Afghanistan après le retrait américain, est celui des pays voisins: Pakistan, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan et Tadjikistan. Ces pays ont un certain nombre de problèmes en commun: ils ont eu tendance à être affaiblis par une série de problèmes économiques. L'Iran en raison des sanctions imposées par les États-Unis, le Turkménistan et l'Ouzbékistan en raison de leur économie caractérisée par la monoculture de matières premières, le Tadjikistan en raison de l'absence de matières premières (si l'on exclut l'eau et l'énergie hydroélectrique) et d'une véritable structure économique autonome, le Pakistan en raison de sa pauvreté congénitale, de son instabilité, du manque d'infrastructures et d'investissements, de sa dette publique élevée et de ses faibles réserves monétaires. Tous ces pays partagent également certaines caractéristiques de politique étrangère: un certain degré de méfiance à l'égard de Washington - de la méfiance silencieuse de Tachkent à la méfiance active d'Islamabad en passant par la méfiance conflictuelle de Téhéran - et une certaine ouverture conséquente au dialogue avec Moscou et Pékin: de l'alliance de facto du Pakistan avec la Chine ou de l'alliance du Tadjikistan avec la Russie, à l'activisme de troisième ordre de plus en plus faible de Téhéran, qui s'ouvre progressivement à une amitié stable avec les deux grandes capitales [1].

Il existe un troisième facteur que ces acteurs ont en commun: l'hostilité à l'égard de l'extrémisme fondamentaliste et sectaire (et la méfiance qui en découle à l'égard du nouveau gouvernement taliban), allant de la recherche d'un modus vivendi vigilant, comme dans le cas de l'Iran, du Turkménistan ou de l'Ouzbékistan, au rejet pur et simple, du moins officiellement, de tout dialogue avec Kaboul, comme dans le cas du Tadjikistan. Un cas particulier est celui du Pakistan, un pays exportant l'extrémisme qui peut être utilisé contre son rival indien, contre l'adversaire soviétique, contre les encombrants pseudo des américains. Le Pakistan a créé les talibans, les a soutenus par tous les moyens et continue de les soutenir. Dépourvu de toute profondeur géographique, le Pakistan aurait son arrière-cour idéale dans un Afghanistan ami en cas de conflit avec l'Inde. Tous ces facteurs ont donné lieu à une phase fébrile de dialogues bilatéraux, dans laquelle se distinguent l'activisme de Téhéran, la réouverture par l'Ouzbékistan de canaux avec ses voisins, et l'ambiguïté énigmatique du Pakistan, difficile à décrypter.

Aucun de ces pays n'a la force économique ou les capacités militaires pour intervenir directement en Afghanistan. Tant que les talibans peuvent faire en sorte que le radicalisme sunnite ne mette pas trop le pied hors des montagnes afghanes - et que les États-Unis n'y remettent pas les pieds - personne n'a intérêt à intervenir. Cela ne signifie pas, bien sûr, que chacun ne cherche pas à cultiver des interlocuteurs privilégiés sur les pentes de l'Hindukush, qu'il s'agisse des Tadjiks pour Douchanbé, des Hazaras chiites pour Téhéran ou des Talibans pour Islamabad ; mais ces mois ont montré que l'objectif des États de la ceinture péri-afghane est de maintenir le statu quo, aussi stable que possible. Un effet secondaire intéressant du récent changement de régime à Kaboul a été l'intensification de la coopération et du dialogue entre les pays péri-afghans [2], qui jusqu'à récemment n'étaient pas à l'abri de rivalités et de tensions frontalières.
L'Afghanistan vu de Moscou, Pékin, New Delhi et Ankara: une stabilité maximale avec une implication directe minimale.

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Les acteurs les plus riches, les plus puissants et les plus aptes militairement n'ont pas de frontière directe avec l'Afghanistan (aucun, à l'exception de la République populaire de Chine, qui partage une très courte frontière avec Kaboul dans la région instable du Sinkiang). Les intérêts de Moscou et de Pékin sont les mêmes que ceux des pays de la ceinture péri-afghane: une stabilité maximale avec une implication directe minimale.

Les médias occidentaux ont émis l'hypothèse que la République populaire de Chine et la Fédération de Russie étaient prêtes à entrer en Afghanistan une minute après le retrait des États-Unis, chaque pays utilisant les moyens qui lui convenaient le mieux: les baïonnettes pour Moscou, les investissements et le commerce pour Pékin. En dehors des contacts diplomatiques avec les Talibans [3] qui dirigent actuellement le pays, à notre connaissance, pas une seule baïonnette russe n'a franchi la frontière tadjike, pas un seul dollar n'est parvenu à Kaboul depuis Pékin. Aucun des deux pays n'a de ressources à gaspiller. Depuis des mois, Moscou est trop occupé à former les troupes kazakhes, tadjikes, ouzbèkes, indiennes et pakistanaises - et même mongoles - aux opérations de lutte contre le terrorisme et à maintenir, voire à étendre, ses bases en Asie centrale. Pékin est bien trop occupé à défendre le corridor sino-pakistanais contre les insurgés baloutches [4] et les islamistes [5], qui sont probablement considérés d'un œil bienveillant par son rival indien et les États-Unis, pour aller créer de toutes pièces de coûteux tronçons de la route de la soie dans un pays dépourvu d'infrastructures.

L'Afghanistan est peut-être riche en matières premières, mais la Chine peut déjà les obtenir en toute sécurité et à moindre coût ailleurs. Depuis des mois, les commentateurs des coulisses imaginent une intervention militaire d'Ankara en Afghanistan, mais même Erdogan semble avoir compris jusqu'à présent qu'il n'a aucune raison d'intervenir dans la dynamique afghane. Ce n'est pas que la Turquie, comme d'habitude de connivence avec le Qatar, ne tente pas d'inclure les Talibans dans le circuit de la famille bigarrée des mouvements apparentés aux Frères musulmans. Ils l'ont fait, ils le font et ils le feront avec des contacts diplomatiques et des offres économiques, afin de gagner de l'influence au cœur de l'Asie - une influence à rejouer avec Pékin et Moscou; mais aucun soldat turc ne se bat en Afghanistan, contre Isis ou contre qui que ce soit. La tendance générale qui s'applique à la Russie s'applique également à la Turquie: elle s'insère dans les espaces laissés vacants par l'Occident, mais uniquement là où cela l'arrange.

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Le seul facteur qui a une chance de rompre l'équilibre de l'équation est le "facteur Inde", ou plutôt le facteur "rivalité Inde-Pakistan". Le Pakistan est le seul pays de la ceinture péri-afghane qui a des intérêts vitaux à Kaboul. L'Inde considère le Pakistan comme son ennemi existentiel, et a tout intérêt à le chasser de Kaboul, ainsi qu'à contrarier la Chine en contribuant à l'instabilité aux frontières de cette dernière. C'est donc la rivalité indo-pakistanaise et indo-chinoise qui constitue l'événement potentiel de rupture de l'équilibre afghan, et les événements de ces derniers mois semblent aller exactement dans ce sens: s'il y a eu des interventions étrangères en Afghanistan après le retrait américain, elles ont été le fait des deux puissances nucléaires du sous-continent indien. L'Inde semble avoir armé la brève insurrection tadjike du Panshir avec le soutien de Douchanbé, le Pakistan semble être intervenu avec des drones et des renseignements pour aider les talibans à la dompter. Encore une fois, "verum est factum" et "hypotheses non fingo" : les puissances qui interviennent en Afghanistan sont celles qui, selon le manuel de géopolitique, perçoivent que des menaces existentielles - ou des ressources vitales - viennent de là. Ceci est tout à fait indépendant des spéculations sur les initiatives diplomatiques individuelles, telles que le maintien de l'ambassade russe à Kaboul ou la visite chinoise à la base aérienne de Bagram [6], épisodes de l'administration diplomatique normale (Un déploiement chinois limité à une tête de pont afghane pourrait difficilement bouleverser le tableau stratégique que nous esquissons). Même si les Chinois ouvraient une base de soutien aérien en Afghanistan, rien ne changerait dans le fond de leur politique: maintenir une stabilité maximale avec un engagement minimal. Aujourd'hui, ce n'est pas la ceinture péri-afghane, ni seulement les grandes capitales asiatiques ou eurasiennes qu'il faut scruter pour comprendre l'avenir de la zone. Comme le suggère la rivalité entre le Pakistan et l'Inde et entre la Chine et l'Inde, pour saisir toute la complexité, nous devons élargir le cadre et inclure la zone "indo-pacifique".

M. Brzezinski, au revoir, bienvenue à M. Spykman?

La puissance des empires est faite, pour une part non négligeable, d'image et de narration: en un mot, de prestige, le prestige étant l'une des composantes de ce que Nye a défini comme le "soft power". Le prestige, l'image et le discours des États-Unis en tant que "policier" et "divinité tutélaire" de l'ordre mondial sont indéniablement compromis par le retrait d'Afghanistan. Il est toutefois trop tôt pour déterminer la gravité de ces dommages et l'influence qu'ils auront sur le poids géopolitique réel des États-Unis. Pour paraphraser Mark Twain, les rapports annonçant la mort des États-Unis semblent grossièrement exagérés. Les États-Unis ont déjà réalisé deux choses. Tout d'abord, ils ont obligé les puissances régionales à s'occuper de l'Afghanistan à leur place. Il est possible (et souhaitable pour l'avenir du peuple afghan tourmenté) qu'ils réussissent mieux que les Américains eux-mêmes ; en tout état de cause, il risque d'être coûteux, en termes de temps, d'efforts politiques, de risques et de ressources, ne serait-ce que d'entourer l'Afghanistan d'un cordon sanitaire adéquat pour empêcher les terroristes et les opiacés de sortir. Les États-Unis ont alors libéré leurs ressources militaires, politiques et économiques pour se consacrer au théâtre qui les intéresse vraiment: le théâtre dit "indo-pacifique".

C'est sur les mers - et sur les terres insulaires et péninsulaires - de l'Indo-Pacifique que le véritable endiguement de la République populaire de Chine prendra forme. Les États-Unis ont compris que la marche vers le cœur de l'Asie est coûteuse et exigeante. Le fait de défier l'URSS et ses alliés dans le "Grand Moyen-Orient", de frapper les Soviétiques avec le "djihad" afghan, de s'opposer aux gouvernements nationaux arabes et de contenir la République islamique d'Iran, a émoussé les capacités de projection mondiale de ces puissances, mais n'a pas empêché la Russie de renaître de ses cendres et l'Iran de résister. Elle a moins empêché la République populaire de Chine de devenir une puissance économique mondiale. Les Américains doivent changer de stratégie et revenir à un endiguement de l'Asie à partir de ses côtes: en un mot, à partir du "Rimland". Revenons sur la définition même de l'"Indo-Pacifique", qui désigne le théâtre géopolitique des deux océans. Cela indique clairement que les États-Unis considèrent la mer d'Asie - et non "les mers" - comme un théâtre unique sur lequel activer l'endiguement anti-chinois impliquant l'Inde, l'Australie [7], le Japon et la Grande-Bretagne: les quatre pays qui, à part Taïwan bien sûr, sont les plus sensibles aux appels de Washington contre Pékin.

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De ce point de vue, l'Asie centrale est une pure diversion, un piège tendu aux Chinois, aux Russes et aux Iraniens. Pourquoi contenir la Chine sur les mers? Parce que les mers sont le point faible de la Chine et le point fort des États-Unis. C'est des mers que la République populaire reçoit des ressources et c'est par les mers qu'elle exporte des produits manufacturés. Par ressources reçues, nous ne faisons bien sûr pas seulement référence aux matières premières, mais aussi aux flux financiers vers les ports de Hong Kong et de Shanghai. C'est sur les mers que la Chine montre qu'elle n'est pas encore une puissance militaire, pas même à l'échelle régionale. La forteresse anti-chinoise de Taïwan empêche la Chine d'avoir le contrôle total de ses mers voisines, dont sa flotte de haute mer - récemment construite mais pas encore d'un niveau technologique adéquat et avec une expérience de combat insuffisante - peine à sortir. La République populaire est contrainte de recourir à la construction d'îles artificielles comme bases avancées en dehors de la "première chaîne d'îles", la zone maritime contrôlée par le Japon de Tsushima aux Ryukyu et Senkaku, puis à Taïwan et enfin au Vietnam.

La décision de la Chine de se tourner vers des infrastructures terrestres, dont la construction est extrêmement coûteuse dans l'immensité de l'Asie, aujourd'hui gelée, aujourd'hui déserte, aujourd'hui montagneuse et isolée, et en proie au séparatisme et au radicalisme, n'est pas plus sûre. La République populaire de Chine connaît une crise démographique sans précédent [8], qui pourrait la conduire à devenir vieille avant d'être riche. La Chine est assiégée principalement par la mer - du Sud et de l'Est - mais le théâtre terrestre - de l'Ouest - n'est pas un théâtre dans lequel elle peut se sentir à l'aise.

Spykman, le géopoliticien qui a théorisé l'endiguement de l'Eurasie par la mer, n'a pas pris une revanche définitive sur Brzezinski, le géopoliticien qui a théorisé l'assaut du cœur de l'Eurasie: c'est simplement que les Etats-Unis se servent des enseignements de l'un et de l'autre (et cela vaut pour ceux qui imaginent encore la géopolitique comme une discipline rigide et déterministe). Une fois encore, la ressource que les acteurs eurasiens doivent déployer pour résister au siège est une alliance toujours plus étroite, une collaboration toujours plus grande [9].

NOTES:

[1] Spécialement depuis l'adhésion officielle de la République islamique à "l'Organisation de Shanghai pour la coopération"; voir  Giuseppe Gagliano, SCO. l’Iran sarà tra i membri: un’operazione per contenere gli USA www.notiziegeopolitiche.net, 21 Settembre 2021

[2] Giuliano Bifolchi, How Afghanistan is influencing the Turkmenistan-Uzbekistan cooperation, www.specialeurasia.com, 6 Ottobre 2021

[3] Du reste, si les Etats-Unis ont dialogué et négocié avec les talibans au plus haut niveau, on ne comprend pas pourquoi les pays bien plus proches de l'Afghanistan ne devraient ou ne pourraient pas le faire.

[4] Michel Rubin, Could Washington Support Balochistan Independence? nationalinterest.org, 12 Settembre 2021

[5] Giorgio Cuscito, Karachi per la Cina, rubrique Il mondo oggi, www.limesonline.com, 6 Ottobre 2021

[6] Gianandrea Gaiani, La corsa alle basi in Afghanistan e dintorni, www.analisidifesa.it, 5 Ottobre 2021

[7] L'accord nommé AUKUS entre les Etats-Unis et leurs satellites, le Royaume-Uni et l'Australie, n'est pas survenu au hasard mais, justement,  au lendemain du retrait américain de Kaboul. Cet accord sert à signaler aux pays de la région indo-pacifique que les Etats-Unis sont prêts à cautionner sérieusement la politique de l'endiguement antichinois, y compris en partageant des technologies nucléaires sophistiquées et en acceptant le risque de faire monter la tension sur ce théâtre précis, contribuant de la sorte à une course aux armements.

[8] Mario Seminerio, Contrordine, cinesi: moltiplicatevi, phastidio.net, 5 Ottobre 2021

[9] Bradley Jardine, Edward Lemon, In post-American central Asia, Russia and China are tightening their grip, warontherocks.com, 7 Ottobre 2021

mardi, 19 octobre 2021

Qui soutient le terrorisme ? Un groupe terroriste anti-chinois exclu de la liste: "Il ressuscite d'entre les morts"!

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Qui soutient le terrorisme ? Un groupe terroriste anti-chinois exclu de la liste: "Il ressuscite d'entre les morts"!

Brian Berletic*

Ex: http://www.elespiadigital.com/index.php/noticias/seguridad/35540-2021-10-09-12-14-26

Des soupçons sont apparus lorsque, fin 2020, les États-Unis ont retiré de la liste des organisations terroristes le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), parfois appelé Parti islamique du Turkestan (TIP).

En effet, les États-Unis ont affirmé que l'ETIM / TIP n'était pas active depuis plus de dix ans, alors qu'ils ont eux-mêmes admis avoir frappé des cibles de l'ETIM / TIP en Afghanistan pas plus tard qu'en 2018, soit deux ans seulement avant sa radiation de la liste.

Un article du Guardian de 2020 intitulé "Les États-Unis retirent un groupe fantôme de la liste des terroristes accusés d'avoir commis des attentats en Chine", par exemple, porterait à le croire:

"Dans un avis publié dans le Federal Register, qui publie les nouvelles lois et réglementations américaines, le secrétaire d'État, Mike Pompeo, a déclaré vendredi qu'il allait révoquer la désignation du Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) comme "organisation terroriste".

"L'ETIM a été retiré de la liste parce que, depuis plus d'une décennie, il n'y a aucune preuve crédible que l'ETIM continue d'exister", a déclaré un porte-parole du département d'État.

L'affirmation du porte-parole du département d'État américain n'a pas été contestée par le Guardian, bien que le journal ait lui-même écrit un article en 2013, il y a tout juste 7 ans, sur le retrait de la liste où il est indiqué:

Le Parti islamique du Turkestan (PIT) est le premier groupe à revendiquer l'attentat du 28 octobre, au cours duquel un véhicule tout-terrain a traversé un groupe de piétons près de la place emblématique du centre de Pékin, s'est écrasé sur un pont de pierre et a pris feu, tuant cinq personnes et en blessant des dizaines d'autres. Les autorités chinoises ont rapidement identifié le conducteur comme étant un Ouïgour, soit un ressortissant d'une minorité ethnique musulmane du Xinjiang, une région rétive et peu peuplée de l'extrême nord-ouest du pays.

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L'article indique non seulement que le département d'État américain a menti en affirmant que l'organisation terroriste était en sommeil depuis plus de dix ans, mais il illustre également la menace terroriste très réelle à laquelle la Chine est confrontée dans tout le pays de la part des organisations terroristes basées au Xinjiang.

Le gouvernement américain et les médias occidentaux en général qualifient depuis des années de "génocide" les politiques de sécurité menées par Pékin pour contrer cette menace.

ETIM / TIP : "Back from the dead"

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le magazine américain Newsweek ait publié en septembre de cette année un article intitulé "Exclusif : Malgré la pression de la Chine sur les talibans, les séparatistes ouïgours voient des opportunités en Afghanistan", dans lequel le porte-parole de l'ETIM / TIP, "inexistant", était interviewé par les médias américains.

Cet article s'inscrit dans le sillage du retrait américain d'Afghanistan, une décision qui a clairement ouvert la voie à une transition entre l'occupation militaire américaine de ce pays d'Asie centrale et un rôle plus secret de soutien à des groupes militants qui sèment le chaos non seulement à l'intérieur des frontières de l'Afghanistan, mais aussi bien au-delà, y compris dans la Chine voisine.

L'article de Newsweek rapporte :

"Les États-Unis sont un pays fort, ils ont leur propre stratégie, et aujourd'hui, nous voyons le retrait du gouvernement américain de cette guerre en Afghanistan, qui entraîne d'énormes pertes économiques, comme un moyen d'affronter la Chine, qui est l'ennemi de toute l'humanité et de toutes les religions à la surface de la Terre", a déclaré à Newsweek un porte-parole du bureau politique du Parti islamique du Turkestan, communément appelé Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM).

Dans ce qui semble être les premiers commentaires du groupe secret à un média international depuis qu'il a été retiré de la liste américaine des organisations terroristes l'année dernière, le porte-parole du Parti islamique du Turkestan a déclaré qu'il espérait que le retrait de l'armée américaine le mois dernier serait suivi d'une pression accrue contre la Chine.

"Nous pensons que l'opposition des États-Unis à la Chine profitera non seulement au Parti islamique du Turkestan et au peuple du Turkestan, a déclaré le porte-parole, mais aussi à l'ensemble de l'humanité."

Newsweek mentionnerait également les frappes américaines sur les cibles de l'ETIM / TIP en 2018, notant :

Pendant de nombreuses années, les États-Unis ont inclus l'ETIM dans leur liste de terroristes, dans le cadre des mesures du Patriot Act mises en place après les attentats du 11 septembre 2001. Le Pentagone a même ciblé le groupe par des frappes aériennes en Afghanistan jusqu'en 2018 au moins.

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Le public est censé croire que la radiation de l'ETIM/TIP de la liste américaine des organisations terroristes est fondée sur de prétendues preuves que l'organisation n'existe plus, alors qu'elle continue manifestement d'exister et de commettre des actes de terrorisme, et qu'elle s'aligne désormais ouvertement sur la politique étrangère des États-Unis à l'encontre de la Chine après sa "résurgence".

De même, les États-Unis ont retiré de la liste des organisations terroristes qu'ils cherchaient à utiliser comme mandataires armés dans des conflits contre des nations ciblées. Cela inclut le Groupe islamique combattant libyen (GICL) que les États-Unis ont utilisé dans leur guerre par procuration non seulement en Libye même en 2011, mais plus tard en transférant des combattants et des armes de l'Afrique du Nord au Moyen-Orient contre la Syrie, également à partir de 2011.

Les États-Unis ont également retiré de la liste les Mujahedin-e-Khalq (MEK), une organisation terroriste utilisée par les États-Unis et leurs alliés pour mener des opérations terroristes contre le gouvernement et le peuple iraniens.

Ce n'est un secret pour personne que les États-Unis soutiennent le séparatisme au Xinjiang, en Chine.

L'article de Newsweek consacre une grande partie de son espace à tenter de dépeindre l'ETIM / TIP comme s'engageant dans une bataille héroïque pour l'indépendance contre une occupation chinoise "oppressive". L'article précise :

"Le Turkestan oriental est la terre des Ouïghours", a déclaré le porte-parole du Parti islamique du Turkestan. "Après que le gouvernement chinois a occupé notre patrie par la force, il nous a obligés à quitter notre patrie en raison de l'oppression qu'il exerce sur nous. Tout le monde sait que le Turkestan oriental a toujours été la terre des Ouïghours".

Ce n'est qu'au milieu de l'article que Newsweek finit par l'admettre :

Outre la Chine et les Nations unies, un certain nombre de nations et d'organisations internationales telles que l'Union européenne, le Kirghizstan, le Kazakhstan, la Malaisie, le Pakistan, la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni considèrent l'ETIM comme une organisation terroriste.

En fait, les Nations unies considèrent l'ETIM / TIP comme un groupe terroriste et Newsweek cite cette organisation qui "représente une menace immédiate pour la sécurité de la Chine et de son peuple".

Le Conseil de sécurité de l'ONU, sur le site officiel de l'ONU, dans une déclaration intitulée "Eastern Turkestan Islamic Movement", note explicitement :

"Le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) est une organisation qui a eu recours à la violence pour atteindre son objectif d'établir un soi-disant "Turkestan oriental" indépendant au sein de la Chine".

La déclaration du CSNU est très claire sur deux points. Premièrement, les Nations unies, et par extension la majorité de la communauté internationale, ne reconnaissent pas le terme "Turkestan oriental" et reconnaissent plutôt le territoire comme le Xinjinang et comme faisant partie de la Chine.

Deuxièmement, le Conseil de sécurité des Nations unies désigne explicitement l'ETIM / TIP comme une organisation terroriste qui a utilisé la violence pour servir ses ambitions séparatistes.

Le terme "Turkestan oriental" est utilisé uniquement par les séparatistes, en contradiction avec le droit international et le statut de la région internationalement reconnue du Xinjiang, en Chine.

Il est donc particulièrement révélateur de voir sur le site officiel du National Endowment for Democracy du gouvernement américain que ses programmes au Xinjiang sont énumérés sur une page intitulée "Xinjiang / Turkestan oriental (Chine)".

Les organisations citées, dont le Projet des droits de l'homme ouïghour (UHRP) et le Congrès mondial ouïghour (WUC), font explicitement référence au Xinjiang, en Chine, comme au "Turkestan oriental", qu'elles considèrent comme "occupé" par la Chine.

L'UHRP se décrit sur son site Internet en déclarant (c'est nous qui soulignons) :

"Le Projet des droits de l'homme des Ouïghours promeut les droits des Ouïghours et des autres peuples turcs musulmans du Turkestan oriental, que le gouvernement chinois appelle la région autonome ouïghoure du Xinjiang...".

Le site web du WUC indique que l'organisation se déclare "mouvement d'opposition à l'occupation chinoise du Turkestan oriental".

Les deux organisations sont financées par le gouvernement américain, et l'UHRP est basée à Washington DC.

Le Congrès mondial ouïghour, financé par le gouvernement américain, est l'organisation à l'origine du prétendu "Tribunal ouïghour". Le site officiel du Tribunal ouïghour admet même (c'est nous qui soulignons):

"En juin 2020, Dolkun Isa, président du Congrès mondial ouïghour, a officiellement demandé à Sir Geoffrey Nice QC d'établir et de présider un tribunal populaire indépendant chargé d'enquêter sur les "atrocités en cours et le possible génocide" contre les Ouïghours, les Kazakhs et d'autres populations musulmanes turques".

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Ainsi, non seulement les États-Unis encouragent clairement le séparatisme au Xinjiang, en Chine, en finançant directement des organisations qui promeuvent le séparatisme, mais ils n'ont pas seulement retiré l'ETIM/TIP de la liste américaine, alors qu'il est une organisation terroriste active, ce qui lui permet d'allouer plus facilement des fonds et de voyager dans le monde entier, mais aussi de tirer parti de son contrôle considérable sur les médias mondiaux et les institutions internationales pour qualifier de "génocide" la réponse de la Chine à cette campagne concertée de séparatisme et de terrorisme dirigée contre son territoire et son peuple.

En d'autres termes, les États-Unis sont, d'une part, armés d'une épée - les terroristes "résurgents" de l'ETIM / TIP désireux de se joindre à l'encerclement et à l'endiguement de la Chine par les États-Unis - et, d'autre part, les États-Unis disposent du bouclier de la "défense des droits de l'homme" pour se protéger des tentatives de la Chine de faire face à cette menace.

C'est une ironie perpétuelle que les États-Unis s'arrogent le leadership d'un "ordre international fondé sur des règles" qui, selon eux, garantit la paix et la stabilité dans le monde, alors que, dans le même temps, ils constituent la plus grande menace pour ces deux éléments.

* Chercheur et écrivain en géopolitique basé à Bangkok.

jeudi, 07 octobre 2021

De nouvelles chances pour un grand Iran

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De nouvelles chances pour un grand Iran

Victor Dubovitsky

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/novye-shansy-bolshogo-irana

Chaque début est difficile

Rappelons qu'en 1994, le président afghan de l'époque - Barhunuttdin Rabbani - a proposé une initiative intéressante et apparemment prometteuse: la création de l'Union des États de langue persane (UPY), qui réunirait l'Iran, le Tadjikistan et l'Afghanistan. À l'époque, une telle union était envisagée comme la base d'une interaction économique et culturelle plus étroite entre ces pays. Potentiellement, les domaines de coopération pourraient être étendus à d'autres formes de coopération, par exemple dans le domaine politico-militaire. Cela dit, il y a presque trente ans, le GNL aurait eu une population d'environ cent millions d'habitants, et aujourd'hui (compte tenu du taux de natalité élevé) une population de cent vingt !

Quelle est la place d'une telle alliance dans le tableau géopolitique de l'Eurasie et du monde dans son ensemble ?

Selon la théorie du néo-eurasianisme russe, l'Iran est destiné à jouer le rôle géopolitique d'un des plus importants "centres de pouvoir" en Eurasie. Il existe plusieurs entités géopolitiques dans le sud de l'Eurasie, qui pourraient théoriquement jouer le rôle de pôle sud de l'Empire eurasien. Selon Alexandre Douguine, principal théoricien du néo-eurasianisme russe et leader du mouvement eurasien, "la tradition islamique, qui est plus politisée et modernisée que la plupart des autres confessions eurasiennes, est bien consciente de l'incompatibilité spirituelle entre l'américanisme et la religion".

Les Atlantistes eux-mêmes, comme l'ont montré les événements de l'histoire mondiale au début du XXIe siècle, considèrent le monde islamique comme un adversaire potentiel. Personne ne doit se laisser abuser par les alliances thalassocratiques avec l'Arabie saoudite, Oman, le Pakistan ou la Bosnie, qui ne sont que des mesures tactiques contre les puissances continentales d'Eurasie. Le projet eurasiatique, en revanche, a dans le monde islamique un allié potentiel loyal, qui poursuit le même objectif - l'ébranlement et (à long terme) la cessation complète de la domination américaine et, en général, occidentale sur la planète.

Bien sûr, il faut tenir compte du fait qu'à l'heure actuelle, le monde islamique est extrêmement fragmenté et qu'il existe en son sein diverses tendances idéologiques et politiques, ainsi que des projets géopolitiques contraires les uns aux autres.

La création de l'Union de langue persane a été conditionnée par l'opposition aux processus de mondialisation, qui visaient à transformer le monde en un seul oekumène. Cependant, puisque (selon le plan de Nicholas Spykman) l'océan Atlantique est devenu la mer Méditerranée et que les États-Unis, le Canada et l'Europe occidentale (unis dans l'OTAN) sont devenus la "Terre du Milieu", l'Iran et la Russie étaient destinés à devenir le "Mordor". Bien qu'il y a quelques années, les États-Unis aient solennellement attribué ce rôle à la Chine et maintenant (Dieu merci !) la Russie n'est plus qu'une "tourbière pourrie"... En plus de tout cela, en février 2002, l'Iran a également reçu le titre d'"axe du mal" et les Américains ont grandement diversifié et finalement confondu la géographie de Tolkien. Dans ce tourbillon de hobbits, d'orcs, de gobelins et d'autres personnages de contes de fées ou semi-réels, les Américains ont des caractéristiques peu flatteuses (et une attitude à leur égard) pour les centaines de millions de personnes qui parlent le farsi-dari-tajik. La politique pro-pachtoune des États-Unis pendant leur séjour de vingt ans en Afghanistan en est un bon exemple.

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Le projet GNL était "sur le radar" jusqu'en 2010 environ. À cette époque, l'Iran et le Tadjikistan avaient déjà parcouru un long chemin pour créer la future organisation. Il suffit d'énumérer les domaines de coopération entre les deux pays, qui ont déjà été mis en œuvre au Tadjikistan. Il s'agit notamment de la construction de chemins de fer, de routes et de lignes électriques entre le Tadjikistan, l'Afghanistan et l'Iran, des tunnels routiers d'Istiklol et de Chormmagzak, d'une usine de traitement du coton à Khujand, d'une co-entreprise de production de lampes à économie d'énergie à Isfara, d'une grande cimenterie d'une capacité annuelle d'un million de tonnes de ciment dans le district de Shaartuz et de la restauration des capacités de production de Tajikhimprom dans le district de Yavan.

Les décisions de la réunion trilatérale des ministres des affaires étrangères du Tadjikistan, de l'Iran et de l'Afghanistan, qui s'est tenue pendant la fête de Nowruz dans la ville afghane de Mazar-e-Sharif, présentent un intérêt particulier à cet égard. Le principal résultat de la réunion a été l'ordre donné à la société iranienne Mushonir de préparer la conception technique de la ligne de transmission 220 allant du Tadjikistan à l'Afghanistan puis à l'Iran. Les ingénieurs électriques afghans ont commencé la construction de leur section à partir de la ville de Pul-i-Khumri, qu'ils prévoyaient de relier à la section tadjike partant des sous-stations de la centrale hydroélectrique de Sangtuda au Tadjikistan. Il convient de noter qu'en plus de la centrale hydroélectrique Sangtuda-1, qui a été construite par des spécialistes russes, l'Iran a construit la station Sangtuda-2 sur le Vakhsh en 2011.

La construction de la ligne de transmission 220, longue de 120 km, a été réalisée par les entreprises indiennes KEC International et RPG Transmission, qui ont remporté un appel d'offres international. Le coût total du projet, financé par la Banque Asiatique de Développement (BAD) Le coût total du projet, financé par la Banque asiatique de développement (BAD), la Banque islamique de développement, le Fonds OPEP et le gouvernement du Tadjikistan, est estimé à 109,5 millions de dollars.

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Le plus grand projet d'infrastructure iranien sur le territoire du Tadjikistan - l'achèvement du tunnel d'Istiklol - a été doté de 6 millions de dollars par la partie iranienne.

Nous pouvons ajouter à cela l'intensification croissante des contacts dans le domaine de la culture : le 6 avril 2009, quatre artistes tadjiks ont participé à l'exposition mondiale des artistes des pays islamiques à Téhéran, recevant des prix au Centre culturel de la République islamique d'Iran à Douchanbé.

Paradoxalement, l'émergence complète et rapide de ce nouveau "centre de pouvoir" dans le sud de l'Eurasie a été constamment entravée par l'incertitude de l'initiateur même du projet, la République islamique d'Afghanistan.

Tout d'abord, les moudjahidines tadjiks, qui ont dominé l'Afghanistan depuis le renversement du gouvernement de Najibullah en 1992, avaient perdu en 1996 leurs positions dans la lutte contre le mouvement pachtoune des talibans et, en octobre 2001, ils ne contrôlaient plus que 5 % du pays dans les provinces de Takhar et de Badakhshan. Ensuite, pendant les vingt années suivantes, le pays a été pratiquement occupé par l'OTAN. Enfin, la "persanité" de l'Afghanistan peut être reconnue avec de grandes réserves, car l'existence des Tadjiks et des Hazaras sur son territoire depuis le milieu du 18e siècle est associée à de grands problèmes dus à la domination ethno-politique des Pachtounes.

Un front uni de résistance nationale ?

Aujourd'hui, les scénarios les plus négatifs semblent se dérouler aux frontières sud de l'espace post-soviétique. Le Tadjikistan reste le seul pays de la CEI qui refuse systématiquement de conclure un accord avec les talibans. Cette position représente un grand danger pour les talibans, car le Tadjikistan pourrait être utilisé par d'autres pays mécontents de la montée en puissance des talibans comme centre et tête de pont pour organiser le soutien aux forces de résistance. Le danger d'incursions d'insurgés depuis l'Afghanistan, longtemps évoqué comme une conséquence possible d'une victoire des talibans, devient une réalité. Les nouveaux dirigeants afghans accusent Douchanbé de s'ingérer dans les affaires du pays et déplacent leurs forces vers la frontière.

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Le 24 septembre, le président tadjik Emomali Rakhmon a profité de son discours virtuel à l'Assemblée générale des Nations unies pour critiquer les talibans. Selon lui, l'arrivée au pouvoir des talibans - que le président n'a pas hésité à rappeler au Conseil de sécurité de l'ONU d'inscrire sur sa liste des groupes terroristes - "a compliqué davantage le processus géopolitique déjà compliqué dans la région...". Le nouveau gouvernement, poursuit Rakhmon, viole les droits de nombreux groupes ethniques, en particulier les Tadjiks.

Le lendemain, lors d'une rencontre avec le ministre pakistanais des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi, le président tadjik a déclaré que le système de gouvernement de l'Afghanistan devait être déterminé par la volonté de ses citoyens. "Le Tadjikistan ne reconnaîtra aucun autre gouvernement établi dans ce pays par l'oppression et la persécution sans tenir compte de la position de l'ensemble du peuple afghan, en particulier de toutes les minorités ethniques", a déclaré le président dans son bureau de presse. Il a ajouté que les Tadjiks devraient occuper une place digne de ce nom dans le futur gouvernement de l'Afghanistan.

Pour souligner son opposition au nouveau régime, Douchanbé a pris des mesures ostentatoires telles que l'octroi d'honneurs à titre posthume à deux dirigeants anti-talibans: Ahmad Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord, et Burhanuddin Rabbani, ancien président de l'Afghanistan. Le président Emomali Rakhmon leur a conféré la plus haute distinction d'État du pays - l'Ordre d'Ismaël Samani - par son décret du 2 septembre.

Les représentants du Tadjikistan ont fait part de cette position non seulement à l'intérieur du pays, mais aussi dans les forums internationaux, notamment les sommets de l'OCS et de l'OTSC.

Abdul Ghani Baradar, chef adjoint du gouvernement taliban, a ensuite fait des déclarations acerbes contre la république voisine: "Le Tadjikistan s'immisce dans nos affaires, mais chaque action suscite une opposition", a-t-il déclaré.  Des dizaines de forces spéciales de l'armée Mansouri de l'Émirat islamique d'Afghanistan ont été redéployées dans la province de Takhar, à la frontière du Tadjikistan, pour repousser d'éventuelles menaces".

Dans ce contexte, le président tadjik Emomali Rakhmon a pris part à un défilé de militaires, de gardes-frontières et de membres des forces de l'ordre à la frontière avec l'Afghanistan dans le district de Darvaz, a indiqué son bureau de presse.

Le défilé militaire comprenait 2000 soldats et officiers et 50 pièces d'équipement militaire (le district de Darvaz fait partie de l'Oblast autonome de Gorno-Badakhshan, qui est frontalier avec l'Afghanistan). Deux mille jeunes hommes de la zone de Kulyab de la province de Khatlon, dans le sud du Tadjikistan, ont demandé au gouvernement de les autoriser à se rendre au Panjsher pour aider les forces de résistance sous le commandement d'Ahmad Massoud, fils du commandant de campagne Ahmad Shah Massoud.

Le 10 septembre, cependant, les talibans avaient pris le contrôle de toute la vallée de Panjsher et forcé des milliers de ses habitants à fuir leurs maisons. Les premières et dernières poches de résistance tadjike aux talibans sont tombées.

Bien sûr, sachant ce qu'est la guérilla au Moyen-Orient (et l'Afghanistan ne connaît pas d'autre guerre), on peut supposer que des poches de résistance aux talibans apparaîtront pendant de nombreuses années encore dans les chaînes de montagnes de l'Hindu Kush et du Safed Kukh.

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Les Tadjiks constituent le deuxième groupe ethnique le plus important d'Afghanistan. Le dernier recensement du pays ayant été effectué en 1979, leur part exacte dans la population est inconnue et est estimée à 30-40%. En fait, le président du Tadjikistan affirme que les Tadjiks dans le pays représentent "plus de 46 %". Quoi qu'il en soit, le fait indéniable est que la communauté tadjike est un élément influent de la politique afghane, et le nouveau gouvernement perçoit jalousement toute tentative des pays voisins de l'utiliser.

Toutefois, selon toute apparence, la véritable unification du Grand Iran dans le cadre d'entités étatiques ne peut se produire qu'en cas de désintégration de l'Afghanistan et de séparation de la partie nord du pays (nous parlons approximativement du territoire des provinces actuelles de Herat, Baghlan, Faryab, Juazjan, Saripul, Bamyan, Balkh, Samangan, Kunduz, Tahor, Badakhshan et Parvan) du sud pachtoune et d'établissement d'un État indépendant (ou d'une série d'États). Selon nos estimations, ce processus aura effectivement lieu au cours de l'année prochaine. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de créer une union de langue persane à part entière sur le territoire historiquement habité par des personnes parlant trois langues fraternelles : le farsi, le dari et le tadjik.

Il est possible d'être d'accord avec un certain nombre de commentateurs qui pensent que l'approche intransigeante actuelle de Douchanbé est due à la volonté de Rahmon et de son cercle proche de consolider leur pouvoir. En agissant comme protecteur des Tadjiks de l'autre côté de la frontière, ils ont tendance à enflammer les sentiments nationalistes et à détourner la population des problèmes socio-économiques. Toutefois, il convient de rappeler que la ligne politique actuelle du Tadjikistan s'inscrit dans la continuité du grandiose projet de GNL. Même avec le sage silence de Téhéran.

 

 

samedi, 07 août 2021

Sven Hedin & La route de la soie : un classique de la littérature de voyage et d'aventure

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La route de la soie : un classique de la littérature de voyage et d'aventure

Giovanni Sessa

La première moitié du XXe siècle, en plus d'être l'une des périodes les plus dramatiques de l'histoire, a également été une période où, pour la dernière fois, des hommes et des femmes audacieux ont entrepris des voyages d'exploration mythiques dans les terres les plus désolées de la planète. Dans la plupart des cas, les derniers explorateurs ont bravé des dangers de toutes sortes et ont affronté la mort. Parmi eux, une place de choix mérite d'être faite pour les exploits accomplis par le Suédois Sven Hedin, qui a laissé un témoignage écrit de ses voyages dans des pages de journaux intimes à ne pas manquer pour les amateurs de ce genre littéraire. L'un de ses ouvrages les plus significatifs, La strada della seta (La route de la soie), accompagné d'une introduction de Paolo Mathlouthi, vient d'arriver dans les librairies d'Italie (pour les commandes: associazione.iduna@gmail.com, pp. 322, 24,00 euros).

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Il s'agit d'un récit passionnant de la dernière mission de Hedin : la traversée de l'ancienne route des caravanes, la route de la soie, mythifiée par de nombreux voyageurs du passé, qui a uni pendant des siècles l'Orient et l'Occident sur le plan économique et culturel. Il faut dire que la véritable obsession, "l'éloignement bleu" (die blaue Entfernung), selon les mots de Hermann Hesse, qui attirait le Suédois comme un aimant depuis sa jeunesse, c'était le Taklamakan, cet immense désert de sable coincé entre la Chine, l'Inde et le Pakistan, au cœur de l'Asie.

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Dans cet espace extrême, que les nomades appellent la "mer de la mort" et dans lequel de nombreuses caravanes se sont perdues sans laisser de traces, Hedin est parti à la recherche de villes enfouies, dont les voyageurs, le soir, autour des feux de leurs bivouacs, racontaient des histoires, décrivant les trésors indicibles qu'elles auraient renfermés. La première exploration du Taklamakan réalisée par le Suédois fut malheureuse, elle n'eut pas le résultat escompté et le groupe formé autour de l'explorateur fut contraint de défier l'ouragan noir du désert, le kara buran. Les animaux du modeste caravansérail et les maigres réserves d'eau ont été détruits. Les hommes n'ont été sauvés que parce qu'ils ont réussi à atteindre une oasis où ils ont pu boire.

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La deuxième expédition a eu un résultat très différent. L'obstination de Hedin a payé et, près du lac Lop Nor, "les sables ont révélé les vestiges des murs légendaires du Loulan perdu", explique Mathlouthi (p. VII). D'immenses trésors ont été mis au jour, preuves d'une civilisation prospère et évoluée. Les restes humains momifiés, analysés à l'aide de techniques anthropométriques, ont révélé: "des traits somatiques qui sont sans équivoque europoïdes" (p. VIII). Les "momies du Tarim" sont rapidement devenues l'un "des principaux arguments archéologiques en faveur de la "thèse des Kourganes", selon laquelle le cœur de l'Asie centrale est le berceau primordial des peuples indo-européens" (pp. VIII-IX). (pp. VIII-IX).

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Compte tenu de l'importance de cette découverte, l'explorateur aventureux rencontre Himmler en 1936 au siège prestigieux du Deutsche Ahnenerbe, l'institut prestigieux qui étudie les origines ancestrales du peuple allemand et fait des recherches sur l'Urheimat indo-européen dans la région de l'Himalaya et en Asie centrale. L'origine commune des lignées indo-européennes était le centre d'intérêt de Franz Altheim et Hans Günther, mais aussi d'Eliade, Dumézil et Devoto.

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La renommée de Hedin en tant qu'homme aventureux et courageux s'était déjà répandue en Europe dans les années 30. En 1933, le gouvernement central de Nanjing lui confie la tâche de diriger une expédition, également financée par le gouvernement allemand, pour examiner la possibilité de construire deux autoroutes entre la Chine et le Sinkiang. Cette mission lui a permis de voyager le long de l'ancienne route de la soie et d'en parler dans les pages du volume qui vient d'être réédité en Italie. Après son retour à Stockholm en 1935, il condense les souvenirs de cette expérience en trois volumes.

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Le premier volume se concentre sur la guerre sanglante qui a transformé le Sinkiang en terrain vague entre 1931 et 1934. Hedin et ses hommes ont été impliqués dans la dernière phase de ce conflit, que le livre décrit de manière captivante et quelque peu affabulatrice. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du "Grand jeu" qui se déroulait alors entre les puissances européennes et qui visait à leur faire prendre le contrôle d'une région riche en matières premières mais aussi, dans le cas des Allemands, centrée sur les recherches indo-européennes. L'explorateur avait presque soixante-dix ans, mais il était aussi passionné qu'un jeune de vingt ans par cette nouvelle entreprise.

La route de la soie est l'épine dorsale par laquelle l'Asie a été mise en communication avec le bassin méditerranéen et l'océan Indien. Au-delà de la "porte de Jade", le col de Yumen, elle bifurque: "elle offre aux voyageurs deux routes possibles" (p. 11), qui se rejoignent sur la place du marché de Kasghar. De là, l'itinéraire se poursuit à travers l'Asie centrale et descend vers le golfe Persique, en passant par Samarkand, Téhéran et Bagdad. Au sud, elle arrive jusqu'à Bombay. C'est le consul Marcus Licinius Crassus qui a apporté à Rome le précieux tissu, la soie, qui donne son nom à la route. Ce n'est qu'au Moyen Âge que l'élevage du précieux ver à soie s'est répandu en Occident. Le long de la route suivie par Hedin, pendant des siècles, des échanges de marchandises, mais surtout d'idées, ont eu lieu entre les hommes. Les chrétiens nestoriens, les bouddhistes et enfin les hommes de l'Islam sont passés sur ses chemins.

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Lorsque le Suédois arrive dans la région chinoise du Turkestan, la rébellion islamique est endémique depuis des années. À la tête des rebelles se trouvait Mohamed Zhongying (photo), dont les actes étaient devenus mythiques dans les récits de ses partisans. En 1930, il incite les frères ouïghours à s'opposer au gouverneur de la province du Xinjiang, tenu pour responsable de la suppression d'un canon islamique. À cette occasion, il a également reçu le soutien de Chiang Kai-shek, un leader nationaliste. Dans une situation qui était également complexe sur le plan diplomatique, Hedin et les hommes de l'expédition, comme nous l'avons lu, ont été faits prisonniers par les rebelles. Seule l'intercession soviétique a permis de libérer le groupe d'Occidentaux, leur permettant de rejoindre Pékin en 1935 et, de là, de partir pour l'Europe. La route de la soie est donc un livre dans lequel on peut puiser une foule d'informations géographiques, anthropologiques et culturelles sur l'Asie centrale et ses peuples. D'un autre côté, c'est un livre passionnant à lire, car il a l'allure d'une histoire d'espionnage. Hedin, en toute circonstance, montre qu'il possède un courage extraordinaire et une lucidité hors du commun. Des qualités qui sont très rares aujourd'hui, et qui enrichissent ce volume en tant qu'exempla.

Giovanni Sessa

Source: https://www.ereticamente.net/2021/07/la-strada-della-seta-un-classico-della-letteratura-di-viaggio-e-davventura-giovanni-sessa.html?fbclid=IwAR007tgbpHQ9jIlHPBvWWoXy0L_PGwGtB8HUXuzeSqXVMRFfmgh8wVq2U_s

dimanche, 27 juin 2021

La stratégie italienne vis-à-vis de l'Asie centrale

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La stratégie italienne vis-à-vis de l'Asie centrale

Par Vincenzo D'Esposito

http://osservatorioglobalizzazione.it/progetto-italia/la-...

Située au centre de la mer Méditerranée, la péninsule italienne joue le rôle de charnière entre l'Orient et l'Occident depuis l'époque de Marco Polo. Avec la fin de la guerre froide, en particulier, il a été possible de lancer une activité importante pour promouvoir l'influence du Bel Paese dans les nouvelles républiques postsoviétiques d'Asie centrale. Dans cette stratégie, un rôle clé a été joué par les excellentes relations que Rome a pu cultiver avec les principales puissances régionales d'Asie centrale. La politique de l'Italie à l'égard des ‘’Stans’’ doit donc être lue à la lumière d'un large éventail de variables.

La recherche de ‘’Living Space’’

L'Italie est un État pauvre en matières premières. Au cours des deux derniers siècles, sa principale préoccupation a toujours été d'assurer un approvisionnement suffisant en matières premières et, en particulier, en combustibles fossiles. Cette nécessité a conduit Rome à s'impliquer, surtout après la seconde guerre mondiale, dans de nombreuses régions importantes en vue de leur extraction.

Compte tenu de la projection géoéconomique traditionnelle de l'Italie en tant que région, qui voit dans la Méditerranée dite élargie la principale zone d'influence du Bel Paese, il n'est pas surprenant qu'en termes de géopolitique énergétique, Rome soit allée bien au-delà de la région euro-méditerranéenne. Devant importer la quasi-totalité des combustibles fossiles nécessaires à son économie, l'Italie a, au fil des décennies, tissé des relations économiques avec d'innombrables États présents dans les principales régions extractives situées au-delà de sa sphère d'influence historique.

Au cours des dernières décennies, l'Italie a également dû faire face à l'essor économique de la Chine et de l'Asie du Sud-Est. Le développement des pays d'Extrême-Orient a entraîné une réorientation commerciale stratégique pour l'Italie, ce qui l'a amenée à considérer avec un intérêt croissant les territoires traversés par le projet géo-économique chinois des Routes de la Soie.

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La recherche de nouvelles régions d'où importer des combustibles fossiles et la nécessité de trouver un débouché pour les produits finis italiens vers l'Extrême-Orient ont placé l'Asie centrale dans une position de premier plan. Située à mi-chemin entre l'Europe et la Chine, cette région est devenue au fil des ans un élément fondamental de la vision géopolitique de l'Italie.

Pourquoi l'Asie centrale ?

L'ancien Heartland de Mackinder s'étendait de l'Arctique russe aux rives de la mer Caspienne, en passant par l'Himalaya et les hauteurs de l'Afghanistan. C'était un territoire pratiquement inaccessible depuis la mer, surtout au cours des siècles passés, lorsque la navigation dans l'Arctique était presque totalement absente et que les grandes puissances maritimes avaient du mal à pénétrer dans cette région vaste mais, par endroits, totalement inhospitalière. L'Italie, puissance maritime mais aussi partiellement terrestre, fait exception à cette règle. Depuis le Moyen Âge, en effet, les marchands génois et vénitiens ont commercé avec les riches villes qui ont surgi le long de la route de la soie. Le voyage de Marco Polo, de Venise à la Chine en passant par l'Asie centrale, est célèbre.

Cette région coincée entre la Chine, la Turquie, la Russie et l'Iran a donc appris très tôt à connaître les Italiens. Avec la chute de l'Union soviétique, un État qui considérait déjà l'Italie sous un jour beaucoup moins favorable que le reste de l'Occident, la région située de l'autre côté de la mer Caspienne a ouvert une multitude de possibilités aux entreprises italiennes. Poursuivant une politique de diversification des approvisionnements énergétiques, Rome a résolument visé ce territoire stratégique également pour les implications politiques qu'une coopération économique pourrait faciliter.

Les champs pétrolifères du Kazakhstan ont immédiatement attiré l'attention de la principale compagnie pétrolière italienne, ENI, qui a commencé à opérer dans le pays en 1992, en acquérant la concession en coopération avec Shell du champ de Karachaganak. Chaque jour, ENI extrait 240.000 barils de pétrole et 280 millions de mètres cubes de gaz de ce champ. Les autres champs kazakhs dans lesquels ENI est active sont Isatay, Abay et Kashagan. Un autre pays important en termes d'énergie est le Turkménistan, où l'Italie est entrée en 2008, toujours grâce à ENI, avec le champ pétrolifère de Burun dans la partie occidentale du pays. Dans ce cas, environ 3 millions de barils de pétrole sont extraits par an. Le dernier pays important du point de vue des ressources gazières et pétrolières est l'Ouzbékistan, auquel l'Italie accède à partir de 2021 par le biais d'une filiale d'ENI, Versalis, qui devrait construire un complexe chimique à Karakul.

Si la question énergétique reste la priorité pour guider l'approche de l'Italie en Asie centrale, les relations avec les États-Unis et l'Union européenne ne sont pas les mêmes.

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Si la question énergétique reste la priorité pour orienter l'approche italienne en Asie centrale, les relations cordiales que l'État a réussi à établir avec les cinq anciennes républiques soviétiques ont également favorisé des initiatives dans des secteurs autres que le pétrole et le gaz. Les investissements dans les énergies renouvelables au Kazakhstan, dans l'agriculture et la mécanique en Ouzbékistan et dans l'hydroélectricité au Tadjikistan ne sont que quelques-uns des vecteurs par lesquels Rome projette son influence le long de la route de la soie. Au Tadjikistan, en particulier, le géant Webuild, anciennement Salini Impregilo, construit ce qui sera le plus grand barrage d'Asie centrale: le barrage de Rogun.

Les gouvernements italiens ont été particulièrement attentifs aux États d'Asie centrale, s'attirant parfois même les critiques de la communauté internationale, comme dans l'affaire Shalabayeva. Les intérêts économiques qui lient Rome à Nursultan Nazarbaïev ont en effet conduit le gouvernement Letta de l'époque à renvoyer au Kazakhstan, en mai 2013, la femme du dissident Mukhtar Ablyazov et sa fille. Les juges de Pérouse ont appelé à juger les sept policiers impliqués et ont récemment décidé qu'il s'agissait d'un "enlèvement d'État".

Une région habitée par des acteurs différents

L'avantage majeur dont bénéficie l'Italie dans son approche de la région d'Asie centrale est toutefois lié aux relations particulièrement favorables qu'elle a établies avec les grandes puissances actives dans la région. La Russie, la Chine et la Turquie ont, en effet, des intérêts importants en Asie centrale.

La Russie, qui domine la région depuis plus de deux siècles, est particulièrement active dans les questions liées à la sécurité et à l'intégration eurasienne, avec un certain nombre d'organisations impliquant

Draghi, le dialogue entre Rome et l'Asie centrale revêt une importance fondamentale. Assurer la présence italienne le long des nouveaux canaux commerciaux vers la Chine à travers une chaîne d'États amis, bien huilés par les investissements et la collaboration politique, pourrait être un choix gagnant. Le monde regarde Moscou et les États d'Asie centrale. L'OTSC, la CEI et l'UEE sont les piliers qui soutiennent l'architecture que la Russie a mise en place pour lier à elle les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale.

La Chine, terminus historique de la route de la soie, a donné un nouveau souffle à ce projet, en le soutenant par des investissements importants. Les ‘’stans’’ ont été fortement intéressés par le flux d'investissements venant de Pékin, en en profitant pour moderniser leurs infrastructures et ouvrir leurs économies à un marché de près d'un milliard et demi de personnes. Enfin, en profitant du mécanisme multilatéral de l'OCS, la Chine s'est progressivement insérée dans la région également en termes de sécurité.

La Turquie est l'État qui est culturellement le plus proche des républiques d'Asie centrale, puisque celles-ci parlent le turc et ont une culture mongole-turque au nord et une culture perse-turque au sud. Moins présente sur le front de la sécurité, la Turquie se montre très active vis-à-vis de la région au-delà de la Caspienne par le biais du Conseil turc pour promouvoir l'idée du pan-turquisme. Le corollaire de cette idée devrait être une coopération économique et politique renforcée, que la Turquie poursuit à la fois sur le plan bilatéral et par un intérêt renouvelé pour l'ECO.

Des conditions favorables pour l'Italie

La relation historique privilégiée entre Rome et Moscou, ainsi que les relations positives que l'Italie a su créer avec la Turquie dans les principales zones où les deux sphères d'influence se chevauchent, jusqu'au dialogue positif existant avec la Chine, font de l'Italie un partenaire idéal pour les ‘’Stans’’.

Acteurs particulièrement affirmés dans la défense de leurs intérêts, les Etats d'Asie centrale trouvent dans le Bel Paese un canal privilégié de dialogue avec l'Union européenne. Rome est, en effet, le principal importateur de pétrole kazakh et l'un des plus grands investisseurs européens dans la région. La culture italienne est par ailleurs largement appréciée, tandis qu'au niveau national, un intérêt se crée à l'égard de ces pays si stratégiques dans le dessein géo-économique de relier l'Europe à l'Asie par les routes de la soie.

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Le gouvernement italien a mis en place en 2019 une table de dialogue Italie/Asie centrale qui sert à coordonner les politiques et les investissements vers une région qui devient de plus en plus attractive à cet égard. À ce niveau, le processus de libéralisation de l'économie de l'Ouzbékistan, le deuxième moteur économique de la région, qui permet aux investisseurs internationaux de considérer l'Asie centrale comme un ensemble de marchés complémentaires, a été très utile.

Du point de vue de la réorientation stratégique de l'Italie vers l'Est, malgré certains coups de frein du nouveau président vers l'Est et l'Italie aussi.

jeudi, 20 mai 2021

L'Asie centrale éteint les conflits grâce au régionalisme

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L'Asie centrale éteint les conflits grâce au régionalisme

Par Vincenzo D'Esposito

Ex : http://osservatorioglobalizzazione.it/osservatorio/asia-c...

Le récent conflit entre le Tadjikistan et le Kirghizstan a marqué, malgré sa brièveté, une césure importante dans l'histoire de l'Asie centrale. Depuis 1991, il n'y a jamais eu de véritable conflit armé entre deux États dans la région. Pas même pendant la guerre civile tadjike. La question de la rivière Isfara est donc un signal d'alarme pour les deux États les plus intéressés par le développement du régionalisme en Asie centrale, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Il y a aussi un grand absent, qui est resté sur la touche alors qu'il dispose de tous les outils pour mettre fin immédiatement au conflit: la Russie.

Une région contestée

Depuis l'indépendance des cinq républiques, le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan, elles ont rencontré de sérieuses difficultés pour développer des relations interétatiques amicales. Les années d'Union soviétique ont laissé derrière elles une multiplicité de situations non résolues qui ont conditionné la géopolitique de l'Asie centrale pendant des décennies. D'une part, il y a eu une propension générale à la fermeture envers d'autres États, comme au Turkménistan et en Ouzbékistan, tandis que d'autre part, il y a eu une tentative de rechercher une plus grande stabilité grâce au soutien d'acteurs extérieurs à la région. Le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan ont vu d'un bon œil la volonté de la Russie et de la Chine de se positionner en tant que piliers de la sécurité régionale.

Cela a conduit à la création de nombreuses structures chargées de poursuivre une plus grande intégration en Eurasie, tant sur le plan économique que sur celui de la sécurité. L'Union économique eurasienne, l'Organisation de coopération de Shanghai et l'Organisation du traité de sécurité collective ne sont que quelques-unes des organisations mises en place pour parvenir à une plus grande intégration. Dans ce contexte, la Chine a privilégié une coopération principalement dans les domaines économique et commercial, tandis que la Russie s'est surtout préoccupée de sécurité et de stabilité régionale. Au fil des ans, cependant, certains éléments critiques de ce système sont apparus.

L'ordre régional qui se mettait en place reflétait une approche purement hétéro-dirigée, c'est-à-dire décidée à Moscou et à Pékin sans tenir compte de manière adéquate des particularités et des besoins des États de la région d'Asie centrale. L'intérêt pour l'Asie centrale elle-même était nécessaire afin de contrebalancer les initiatives russes et chinoises en Eurasie. La démonstration pratique vient, par exemple, de l'échec de l'Organisation de coopération de Shanghai à devenir un projet géo-économique à part entière, comme la Chine l'aurait souhaité. Le refus catégorique de la Russie, lié à de simples calculs de puissance et à la perte d'influence sur les économies régionales, a conduit au développement des Routes de la Soie comme une approche alternative et non médiatisée vers une plus grande interconnexion économique entre le Dragon et les ‘’Stans’’.

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Évolution de la situation en Asie centrale au cours des dernières années

Dans ce modèle de coopération, qui prévalait il y a encore quelques années, il y avait deux acteurs placés en marge de la scène régionale: l'Ouzbékistan d'Islam Karimov et le Turkménistan avec sa politique de neutralité permanente. Confinés à l'intérieur de leurs propres frontières, jaloux de leur indépendance et opposés à toute influence extérieure, il a été difficile pendant des années d'établir un dialogue avec ces deux États.

L'Ouzbékistan de Karimov, en particulier, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour être une entité géopolitique autonome. Conscient de l'influence que la géopolitique a conféré à son propre pays, situé au milieu de l'Asie centrale, fertile et peuplé, Karimov a empêché par sa politique l'émergence d'un véritable bloc régional. Ce choix a été fait principalement parce que Tachkent craignait qu'une ouverture vers ses voisins aurait signifié, par réflexe, une ouverture vers Moscou également. Cela aurait signifié pour l'État une perte conséquente d'autonomie de manœuvre.

Avec l'élection de Shavkat Mirziyoyev en 2016 à la tête du pays, une nouvelle saison a toutefois débuté à Tachkent. La transition démocratique menée par le nouveau président a fortement réformé le pays et l'a ouvert au monde extérieur. Elle l'a notamment ouvert aux autres pays d'Asie centrale, avec lesquels elle a entrepris une série de contacts visant à résoudre toutes les questions en suspens de l'ère Karimov. Dans ce climat de détente, bien qu'en partie, le Turkménistan s'est également joint à ce mouvement en avançant timidement vers une plus grande implication dans la dynamique régionale.

L'objectif de l'Ouzbékistan est de créer un bloc régional capable de se présenter sur la scène internationale comme un acteur indépendant, en cohérence interne avec les politiques des différents États d'Asie centrale. En cela, Tachkent a trouvé un soutien dans le Kazakhstan de l'énergique président Nazarbayev, d'abord, et du nouveau président Tokaev, ensuite. La synergie entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, qui rapproche de plus en plus les deux plus grandes économies régionales et voit s'établir entre elles une relation de complémentarité, oriente l'Asie centrale vers la voie d'une plus grande intégration.

La réduction des effectifs de Moscou

Ce processus présuppose une poussée interne vers le renforcement des États d'Asie centrale et une réduction des influences extérieures. Au niveau de la consolidation interne, à ce jour, seul le Kirghizstan connaît une situation d'instabilité endémique, due avant tout à la corruption de sa classe exécutive. Les quatre autres États, au contraire, vivent dans une situation de stabilité qui leur permet d'attirer des investissements étrangers pour renforcer leurs économies.

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La Chine, l'Union européenne, la Turquie et les États-Unis sont entrés dans la région pour investir et empêcher la Russie de garder le contrôle des riches gisements de la mer Caspienne. Dans le cas de la Chine et de la Turquie, il y a également un élément supplémentaire, à savoir la tentative d'étendre leurs sphères d'influence respectives sur un territoire qu'elles ont considéré au fil des siècles comme leur propre arrière-cour et qui n'est entré dans l'orbite russe que depuis le XIXe siècle.

A ce jour, la politique multi-vectorielle du Kazakhstan et la politique d'autonomie stratégique de l'Ouzbékistan conduisent ces deux Etats, leaders incontestés de la région, à tenter de dialoguer avec tous les acteurs les plus intéressés par l'Asie centrale sans trop s'exposer à eux. Au sein de la région, cependant, ils s'affirment comme les arbitres des principaux conflits, comme cela s'est produit dans le cas de l'affrontement entre le Tadjikistan et le Kirghizistan le mois dernier. Tachkent a joué un rôle de premier plan dans la médiation entre les parties, bien que des contacts aient également été établis par Nursultan et Asgabat.

La Russie apparaît donc comme un acteur qui doit nécessairement être redimensionné pour ne pas être écrasé. Bien que Moscou dispose de forces importantes en Asie centrale et reste le principal garant de la sécurité de ces États, on observe une tendance à réduire la dépendance à l'égard d'un seul acteur extérieur par des contacts avec d'autres puissances régionales. La passivité relative des Russes lors du récent conflit sur la rivière Isfara en est une autre preuve, même si la 201e division était stationnée au Tadjikistan et que Moscou avait le pouvoir de bloquer le flux des envois de fonds des migrants kirghizes et tadjiks pour faire pression sur les deux gouvernements. Des propositions de médiation sont venues de Moscou, mais le Kremlin a soigneusement évité de s'impliquer activement dans cette affaire.

Les États qui veulent voler de leurs propres ailes

La rapidité avec laquelle des mesures ont été prises pour mettre fin au conflit montre à quel point les cinq pays d'Asie centrale apprécient le climat de détente qui s'est créé entre eux. Cette situation favorise davantage d'investissements et de nouvelles possibilités de relance d'une région qui se veut le lien entre la Chine et l'Europe et qui s'intéresse en même temps à l'océan Indien.

La diversification des relations avec toutes les grandes puissances permet à l'Asie centrale, d'une part, de mener une politique multisectorielle et de dialoguer avec plusieurs parties, et, d'autre part, de préserver, et dans un certain sens de retrouver, son autonomie stratégique. La dépendance excessive à l'égard de la Russie en termes de sécurité et d'énergie se réduit lentement, tandis que la Turquie apporte un soutien qui évite une dérive trop orientaliste et pro-chinoise dans les cinq républiques.

Toutes ces politiques sont fonctionnelles et bénéficient à la réalisation d'un véritable régionalisme, qui ne peut exister que si les États d'Asie centrale décident de leurs objectifs et de leurs lignes programmatiques. Ni Moscou, ni Pékin, ni personne d'autre.

A propos de Vincenzo D'Esposito

Diplômé en études internationales à l'université "L'Orientale" de Naples avec une thèse sur l'‘’hydrogémonie’’ dans le bassin du Syr Darya. Actuellement inscrit au Master de premier niveau en développement durable, en géopolitique des ressources et en études arctiques au SIOI. Il a étudié et travaillé en Allemagne après avoir obtenu deux bourses Erasmus, qui l'ont conduit d'abord à étudier à Fribourg-en-Brisgau, puis à effectuer un stage à la Chambre de commerce italienne pour l'Allemagne. Passionné par l'Asie centrale et l'énergie, il collabore avec certains think tanks en tant qu'analyste géopolitique.

samedi, 24 avril 2021

Activité diplomatique intense en Russie et en Turquie en avril au sujet de l'Afghanistan

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Activité diplomatique intense en Russie et en Turquie en avril au sujet de l'Afghanistan

Gaston Pardo

Ex : http://www.elespiadigital.com/index.php/noticias/geoestra...

Le président américain Joe Biden a annoncé que l'intervention militaire américaine en Afghanistan prendra fin le 11 septembre 2021 et que le dernier soldat américain quittera le pays plusieurs semaines avant le 20e anniversaire de l'invasion et de la conquête de ce pays d'Asie centrale par les États-Unis, le 7 octobre 2001.

Biden est le troisième président américain à s'être engagé à mettre fin à la guerre en Afghanistan. Même si les quelque 3500 derniers soldats quittaient le pays, des milliers d'agents de la CIA, de mercenaires et de troupes paramilitaires continueraient à soutenir le gouvernement du président Ashraf Ghani.

Mais l'annonce de Biden offre l'occasion de faire le point sur la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis, qui a apporté des souffrances indicibles au peuple afghan, gaspillé de vastes ressources aux dépens d'une société américaine trompée sur les véritables motifs de l'invasion.

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Le World Socialist Web Site révèle que 100.000 Afghans sont morts dans la guerre, selon les comptes officiels, ce qui est sans doute un chiffre incomplet. Les États-Unis ont mené cette guerre en recourant aux méthodes de la "contre-insurrection", c'est-à-dire à la terreur: bombardement de fêtes de mariage et d'hôpitaux, assassinats par drones, enlèvements et torture. Dans l'une des atrocités ultimes de la guerre, en 2015, un avion américain a mené une attaque d'une demi-heure contre un hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz, en Afghanistan, tuant 42 personnes.

La Turquie accueillera à Istanbul, en avril 2021, une nouvelle conférence sur le processus de paix entre le gouvernement afghan et les talibans, avec la participation des Nations unies et de pays tels que les États-Unis et la Russie. Ce processus n'implique pas que Doha, la capitale du Qatar, cesse d'être le centre des négociations de paix, a expliqué le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, dans une interview accordée à l'agence de presse étatique Anatolia. L'omniprésence des officiels turcs dans toutes les réunions est révélatrice du poids de la géostratégie de leur pays dans l'issue régionale qui ne concerne que les peuples du Turkestan.

La coexistence de deux scénarios qui auraient été inacceptables par le passé est en vue. Alors que l'influence du livre de Zbigniew Brzezinski Le grand échiquier prévaut encore dans la géostratégie américaine, qui consacre le droit de la géopolitique américaine au Moyen-Orient, le rôle dominant de la Turquie croît dans un projet transcendantal pour l'Islam ottoman qui inclut dans un premier temps l'ensemble du Turkestan est admis.

Turkestan oriental et occidental

Le Turkestan est une région historique d'Asie centrale située entre la mer Caspienne et le désert de Gobi, peuplée principalement de peuples turcs occupant une superficie de plus de 5 millions de km2 en Europe orientale et en Asie.

Le Turkestan oriental, également connu sous le nom de Sinkiang ou d'Uyghuristan, est un terme politique aux significations multiples selon le contexte et l'usage. Le terme a été inventé par des turcologues russes comme Nikita Bichurin au XIXe siècle pour remplacer le terme Turkestan chinois, qui désignait le bassin du Tarim dans la partie sud-ouest de la province de Sinkiang de la dynastie des rois, indique Wikipedia.

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Au début du XXe siècle, les séparatistes ouïghours et leurs partisans ont utilisé le Turkestan oriental (ou "Uyghurestan") pour désigner l'ensemble du Sinkiang ou un futur État indépendant dans l'actuelle région autonome ouïghoure du Sinkiang (dont la capitale serait Urumchi). Ils rejettent le nom "Sinkiang" (Xinjiang) en raison de la résonance probablement chinoise qu'il reflète, et préfèrent "Turkestan oriental" pour souligner le lien avec les autres groupes turcs de l'ouest.

Turkestan occidental

Le Turkestan occidental ou Turkestan russe (en russe, Русский Туркестан, Russkiy Turkestan), était un territoire appartenant aujourd'hui au Kazakhstan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, au Turkménistan, à l'Ouzbékistan, et faisait autrefois partie de l'Empire russe. C'était un territoire de 3.076.628 km², avec 7.721.684 habitants (1897).

Annexion à l'Empire russe

L'Empire russe, après les conquêtes d'Astrakhan et d'Orenbourg, a tenté à plusieurs reprises de prendre le pouvoir dans les steppes du sud. Après l'échec de l'expédition militaire contre le khanat de Khiva en 1717, au cours de laquelle Aleksandr Bekovitsj-Tsjerkasski et tous les membres de l'expédition ont été tués ou vendus comme esclaves, les Russes ont attendu plus d'un siècle avant de s'intéresser à nouveau à la région. Le Turkestan était sous le contrôle de l'Empire russe depuis le début du 18e siècle.

Un joli butin

La région de la mer Caspienne, à laquelle l'Afghanistan offre un accès stratégique, contient environ 270 milliards de barils de pétrole, soit à peu près 20 % des réserves prouvées du monde. Il contient également 665 trillions de pieds cubes de gaz naturel, soit environ un huitième des réserves mondiales de gaz.

L'intervention américaine en Afghanistan n'a pas commencé en 2001, mais en juillet 1979, lorsque l'administration Carter a décidé d'aider les forces qui combattaient le gouvernement soutenu par les Soviétiques, dans le but, comme l'a dit le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski, de "donner à l'URSS sa guerre du Vietnam".

Après l'invasion soviétique en décembre 1979, la CIA a collaboré avec le Pakistan et l'Arabie saoudite pour recruter des "fondamentalistes" islamiques afin qu'ils se rendent en Afghanistan et y mènent une guérilla. C'est grâce à cette opération qu'Oussama ben Laden a pu se rendre en Afghanistan et que l'agence a activé Al-Qaïda sans sa présence.

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De même, les talibans sont le produit des armes et de l'entraînement pakistanais, du financement saoudien et du soutien politique des États-Unis. Bien que le groupe fondamentaliste ait vu le jour dans des camps de réfugiés au Pakistan sous la forme d'une sorte de "fascisme clérical", sous-produit de décennies de guerre et d'oppression, l'administration Clinton a approuvé sa capture en 1995-1996 comme la meilleure chance de rétablir la "stabilité".

vendredi, 16 avril 2021

Kazakhstan : les États-Unis sont-ils derrière les provocations anti-chinoises ?

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Kazakhstan: les États-Unis sont-ils derrière les provocations anti-chinoises?

Sebastian Gross

Ex : https://xportal.pl/

Les manifestations organisées au Kazakhstan fin mars 2021 contre l'expansion économique chinoise (vous pouvez en savoir plus ici : https://xportal.pl/?p=38905 ) ont donné lieu à de nombreuses spéculations quant à l'identité du bénéficiaire final de ces protestations motivées par la sinophobie. En analysant le volume des investissements étrangers dans la plus grande république d'Asie centrale, on peut arriver à une conclusion inattendue: ce sont les États-Unis qui s'intéressent à la divergence sociopolitique entre le Kazakhstan et la Chine. Comme le disait le gangster américain Al-Capone: « Rien de personnel, c'est juste du business ».

Commençons par les chiffres. Selon le ministère de l'économie du Kazakhstan, les principaux investisseurs dans l'économie de cette ancienne république soviétique au cours des seize dernières années sont trois pays occidentaux: les Pays-Bas, les États-Unis et la Suisse. La Chine occupe la quatrième place en termes d'investissements (la Russie n'est qu'en cinquième position). Quant aux Pays-Bas et à la Suisse, il est clair qu'il s'agit de projets communs de sociétés multinationales qui ne sont "enregistrées" que dans les pays européens mentionnés. À titre de comparaison: les Pays-Bas ont investi 218,6 milliards de dollars au Kazakhstan, tandis que la Chine n'a investi que 19,5 milliards de dollars. Toutefois, examinons les investissements des États-Unis.

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Astana, capitale du Kazkhstan.

La plus grande entreprise à capitaux étrangers au Kazakhstan est la compagnie pétrolière Tengizchevroil, fondée par Chevron (USA), qui détient 50 % des parts, et ExxonMobil (USA), qui détient à son tour 25 % des parts. Il y a un mois, le magazine américain Forbes (1) expliquait que Chevron avait l'intention d'investir 22 milliards de dollars dans le projet Tengiz au Kazakhstan. L'empreinte américaine est également visible dans Karachaganak Petroleum Operating B.V. sous la forme d'une participation de 18 % de Chevron.

La production de cigarettes est la deuxième industrie la plus rentable au Kazakhstan après l'industrie pétrolière. Cette industrie est également dominée par les compagnies de tabac américaines, qui ont organisé des co-entreprises au Kazakhstan: Japan Tobacco International Kazakhstan, Philip Morris Kazakhstan et British American Tobacco Kazakhstan Trading.

Il est clair que la Chine est loin d'être à la hauteur de ce filon pétrolier du Kazakhstan. Pékin s'est contenté de petits investissements dans le développement et l'infrastructure de l'industrie minière et de transformation, dans l'ingénierie mécanique et les entreprises chimiques. En fait, toutes ces industries sont actuellement un terrain trop difficile pour les États-Unis. Le calcul des Américains est simple: semer les ferments de la sinophobie dans la société kazakhe, puis s'inquiéter de "l'occupation chinoise", exprimer des sentiments chaleureux à l'égard du "peuple kazakh épris de liberté" et enfin proposer de mettre le Kazakhstan sous protection. Et ce que signifie l'étreinte chaude et sulfureuse des "partenaires américains" est une chose connue de première main chez nous en Pologne, par exemple.

Cependant, l'initiateur des rassemblements anti-chinois, Zhanbolat Mamay, du Parti démocratique du Kazakhstan (opposition), ne compte pas baisser les bras. Après l'action de protestation, il a écrit un appel révolutionnaire sur Facebook (2): "La lutte continue! Nous ne permettrons pas la substitution de notre patrie!". L'opposant a noté que "les autorités ont tellement peur" qu'elles ont même coupé l'Internet à Almaty.

"Cela signifie que l'esprit du pays ne s'est pas éteint, nous sommes prêts à nous battre!" - il a continué à faire un appel émotionnel aux personnes qui pensent comme lui. "Nous ne restons pas assis à la maison quand le pays est en danger! Nous devons continuer à lutter contre l'expansion chinoise. Bien sûr, le problème ne peut être résolu par une seule protestation. Ce n'est qu'un des premiers pas vers une grande bataille. Il faut sauver notre pays, notre gouvernement doit revenir à la raison car il est endetté auprès de la Chine et met en péril notre indépendance !"

Tout cela signifie seulement que la lutte américano-chinoise pour les ressources dans ce pays le plus riche en minéraux d'Asie centrale sera permanente. La question intéressante, bien sûr, est de savoir s'il y a une place pour la souveraineté du Kazakhstan dans cette bataille.

***

« Solidarité kazakh » : la résistance à l'expansion chinoise s'accroît en Asie centrale

Au Kazakhstan, la plus grande république d'Asie centrale, un rassemblement contre l'expansion chinoise a eu lieu. L'action de protestation s’est déroulée le 27 mars 2021 à Almaty. Elle a été initiée par un politicien de l'opposition, Zhanbolat Mamay, du Parti démocratique du Kazakhstan. Sur sa page sur Facebook [1], l'opposant prévient :

"Les autorités ne diffusent pas trop d'informations sur les 56 usines chinoises au Kazakhstan. À l'avenir, cela deviendra une menace majeure pour l'indépendance de notre pays. La Chine ne donnera pas des milliards de dollars gratuitement. Ce n'est que le début de l'expansion économique et démographique. Les usines chinoises ne sont pas construites pour les travailleurs du Kazakhstan".

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Zhanbolat Mamay.

À titre d'exemple, Zhanbolat Mamay a cité les pays africains, où une expansion chinoise similaire s'est déjà révélée être un poison pour la souveraineté des républiques du continent noir. "La Chine a investi des centaines de milliards de dollars dans ces pays. En conséquence, les gouvernements africains sont totalement dépendants de Pékin. Ils y ont même ouvert leurs bases militaires ".

Expliquer que depuis 2017 seulement, dans la République est-africaine de Djibouti, a été rendue opérationnelle la première base étrangère de la marine chinoise. Toutefois, selon des sources ouvertes, l'intérêt de la Chine est également lié aux infrastructures d'autres ports militaires dans des pays africains tels que l'Angola (port de Lobitu), le Kenya (Lamu et Mombasa), le Mozambique (Beira et Maputo), la Tanzanie (Bagamoyo) et l'Érythrée (Massawa). La plupart de ces ports sont déjà utilisés par les navires d'approvisionnement chinois.

Il est difficile de contester la logique qui sous-tend les déclarations de l'homme politique d'opposition kazakh. Tout en appelant à un rassemblement anti-chinois, il pose également de bonnes questions: "Croyez-vous que le Kazakhstan, qui enverrait ses cadres dans la lointaine Afrique, en dépensant des dizaines de milliards de dollars, ne s'ingérerait pas dans l'économie, la politique et les affaires intérieures de son peuple ?".

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Toutefois, les sinophobes kazakhs ont aussi leurs adversaires, qui font valoir que, premièrement, l'Afrique est très éloignée et que, deuxièmement, les relations économiques entre le Kazakhstan et la Chine sont mutuellement bénéfiques, ce qui est lié au chiffre d'affaires commercial en constante augmentation. Cependant, les partisans du Parti démocrate ont un contre-argument fort, arguant d'une sorte d'"agression cachée" de la part de Pékin. Ils font référence aux "camps de concentration du Xinjiang", dont le nom officiel en Chine est "camps de rééducation", par lesquels sont passés des dizaines de milliers de Kazakhs vivant dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang en RPC.

"La population du Xinjiang n'est pas inférieure à celle du Kazakhstan. Cela signifie que Pékin transforme l'ensemble de l'État en un camp de concentration. Comment peut-on rester assis et regarder ça ? Lorsqu'il s'agit d'intérêts nationaux, nous devons tous être unis et solidaires. Nous avons besoin d'un parti de résistance pour arrêter l'expansion chinoise. Si nous ne prononçons même pas un mot pour l'instant, quand allons-nous enfin élever la voix? Combien de temps allons-nous rester sous la couette sans nous inquiéter pour chacun d'entre nous?" Force est de constater que les propos tenus par l'opposant kazakh sont similaires à ceux de l'époque de ‘’Solidarité’’ en Pologne, si l'on remplace "Chinois" par "Soviétiques".

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Outre les appels lancés sur les réseaux sociaux, les opposants à l'influence chinoise organisent des manifestations dans les rues des grandes villes kazakhes. Certes, la police n'a pas encore supprimé la propagande d'agitation, mais il faut se souvenir que Zhanbolat Mamay a été arrêté pendant trois jours en février 2021. Pour des appels similaires à un rassemblement illégal. On peut s'attendre à ce que, cette fois, les autorités kazakhes neutralisent l'opposant, ce qui, bien entendu, ne résoudra pas le problème global de la domination économique de la Chine sur le Kazakhstan voisin.

Sebastian Gross pour Xportal.pl

[1] https://www.facebook.com/zhanbolat.mamay/posts/3963018753740950

vendredi, 15 janvier 2021

Quel est l'avenir de l'Afghanistan après l'échec de Trump ?

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Quel est l'avenir de l'Afghanistan après l'échec de Trump ?

par Andrew Korybko

Ex: https://oneworld.press

Le représentant spécial du président russe pour l'Afghanistan, Zamir Kabulov, est quasi certain que le président élu Biden ne fera pas grand-chose pour inverser la tendance au retrait d’Afghanistan du président sortant Trump, malgré la nouvelle législation promulguée qui entrave la perspective de nouvelles réductions, mais il craint également que les troupes américaines soient remplacées par des entrepreneurs militaires privés dans un scénario dont il a averti qu'il serait une erreur.

Les prévisions de la Russie pour l'Afghanistan

De nombreuses questions demeurent en suspens sur la politique étrangère du président élu Biden, à l'occasion de son investiture imminente la semaine prochaine, mais l'une des questions les plus pertinentes pour toute l'Eurasie est la position qu'il adoptera face à la guerre apparemment sans fin des États-Unis contre l'Afghanistan. Le représentant spécial du président russe pour l'Afghanistan, Zamir Kabulov, est quasi certain que le président élu Biden ne fera pas grand-chose pour inverser le cours des choses concernant le retrait d’Afghanistan préconisé par le président sortant Trump, malgré la législation qui entrave la perspective de nouvelles réductions, mais il craint également que les troupes américaines soient remplacées par des entrepreneurs militaires privés dans un scénario qui, selon lui, serait une erreur. Il s'agit d'une prévision assez sérieuse qui mérite d'être approfondie afin de mieux comprendre la logique qui la sous-tend.

La nouvelle stratégie américaine en Asie centrale

J’ai expliqué l'année dernière que "la stratégie américaine en Asie centrale n'est pas aberrante, mais cela ne signifie pas qu'elle va réussir". Il a été souligné que la vision officielle de Trump pour la région, telle qu'elle est articulée par le document "Stratégie pour l'Asie centrale 2019-2025" de son administration, contraste fortement avec celle, non déclarée, de ses prédécesseurs. Au lieu de se concentrer sur la guerre hybride, qui consiste à « diviser pour régner », menée contre les terroristes, elle se concentre principalement sur un projet de connectivité régionale pacifique afin d'étendre calmement l'influence américaine dans le cœur géostratégique de l'Eurasie. Il convient de saluer la volonté de mettre en œuvre des moyens non violents, avec lesquels on peut compter dans le cadre du soft power, même s'il ne faut pas exclure la possibilité que certains éléments des anciennes stratégies informelles restent en place, en particulier après l'inauguration de Biden.

L'argument contre une autre « avancée violente »

L'ancien vice-président ramène à la Maison-Blanche un groupe de fonctionnaires influents de l'ère Obama, d'où la crainte, chez bon nombre d’observateurs, qu'il envisage sérieusement de répéter la fameuse "avancée" de l'ancienne administration, qui a finalement échoué. La donne géopolitique a cependant beaucoup changé depuis lors, et il ne semble pas y avoir de réel intérêt à la réitérer dans les conditions actuelles. Non seulement la planète est en train de se remettre de ce que l'auteur a décrit comme la "guerre mondiale C" - qui fait référence aux processus de changement de paradigme à grande échelle déclenchés par les efforts non coordonnés de la communauté internationale pour contenir le COVID-19 - mais l'Amérique est sur le point de lancer une version nationale de sa "guerre contre le terrorisme" en réponse à la prise d'assaut du Capitole la semaine dernière et les États-Unis doivent également s'adapter au rôle croissant de la Chine dans le monde. Ces deux tâches ont la priorité sur les Talibans.

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L'amélioration des liens entre les États-Unis et le Pakistan est de bon augure pour l'Afghanistan

J’ai évoqué ces derniers développements ainsi que le manque de confiance de l'administration Biden dans le gouvernement de Modi perceptible dans l'analyse qu'il a faite en début de semaine pour le Pakistan Tribune Express sur "Les trois facteurs qui vont façonner l'avenir des relations américano-pakistanaises". Cette analyse conclut que les relations bilatérales s'amélioreront à la suite de ces pressions, ce qui réduira encore la possibilité de voir les États-Unis augmenter leur participation à la guerre contre l'Afghanistan, qui, de toute façon, a d’ores et déjà échoué. Le processus de paix dansle dossier des Talibans, aussi imparfait soit-il, a véritablement donné des résultats notables au cours de l'année écoulée. Non seulement ce serait du gâchis pour Biden d'abandonner tout cela juste pour faire le contraire de ce que fit son prédécesseur, mais cela ne servirait pas à grand chose de toute façon, vu les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la stratégie de l'administration Trump pour l'Asie centrale.

Trump & Biden : des visions différentes, des intérêts partagés

En fait, c'est en Asie centrale que Trump et Biden ont une confluence d'intérêts unique. La politique d'engagement économique du premier s'accorde bien avec les projets du second de créer, dans cette région du monde, une "Alliance des démocraties". Les deux projets sont des moyens non militaires d'étendre l’influence américaine et se complètent parfaitement. S'il est probable que Biden maintiendra la présence des troupes américaines en Afghanistan ou même qu'il l'augmentera légèrement pour des raisons de politique intérieure s'il le juge opportun, il est peu probable qu'il consacre autant de temps et d'efforts militaires à ce conflit qu'Obama ne l'a fait pour les raisons mentionnées plus haut. Si les républiques d'Asie centrale ne pratiquent pas des formes occidentales de démocratie, les États-Unis les considèrent néanmoins comme étant différentes en substance des modèles de gouvernement de la Russie et de la Chine, et donc comparativement plus "légitimes",ce qui leur permettra de s'associer à elles.

L'influence pernicieuse du complexe militaro-industriel

Malgré cela, le puissant complexe militaro-industriel des États-Unis n'acceptera pas que ses intérêts les plus directs soient menacés dans la région par la décision du gouvernement civil de maintenir les troupes à un niveau historiquement bas. Compte tenu de cela, il est logique que Biden exécute la proposition de l'administration Trump de privatiser le conflit par l'intermédiaire d'entrepreneurs militaires privés (PMC), car ces derniers constituent une partie importante, avant-gardiste, du complexe militaro-industriel, surtout parce qu'ils permettent à Washington de conserver un degré de "déni plausible". De nombreux anciens militaires passent des forces armées aux PMC après leur démobilisation parce que cela paie beaucoup mieux, faisant ainsi de ces entités pratiquement une seule et même entité, sauf au sens juridique, les deux remplissant la tâche importante de garder le trillion de dollars de minéraux et de terres rares de l'Afghanistan.

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Réflexions finales

Pour l'avenir, Biden (ou plutôt, la structure du pouvoir qui se profile derrière lui) ne fera peut-être pas beaucoup de progrès politiques dans la résolution de la guerre américaine contre l'Afghanistan, mais il n'aggravera probablement pas les choses non plus. Au contraire, cette "guerre sans fin" pourrait continuer à persister, mais devenir simplement de plus en plus "oubliable" dans les médias. S'il estime qu'il serait politiquement commode de le faire au niveau national, il pourrait alors soit augmenter légèrement le niveau des troupes, soit annoncer publiquement que certaines des troupes existantes seront remplacées par des PMC. Ses services de renseignement continueront probablement à fomenter des scénarios de déstabilisation de faible intensité dans toute la région, mais ils ne concentreront probablement pas trop d'efforts sur ce point, car la grande orientation stratégique des États-Unis se déplace ailleurs, à la lumière des nouvelles conditions nationales et internationales dans lesquelles l'hégémonie unipolaire en déclin est forcée de s'adapter.

samedi, 02 janvier 2021

Le Grand Khorasan : un modèle géopolitique dans le cadre de la multipolarité

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Le Grand Khorasan : un modèle géopolitique dans le cadre de la multipolarité

Un point de vue tadjik

Karim Nazriev

Ex : https://www.geopolitica.ru

À différents moments et dans différents espaces, les forces dirigeantes de la société ont soulevé des questions liées au développement de l'État et ont présenté diverses propositions pour le développement de celui-ci. Chaque État peut se développer à sa manière, et il doit trouver et mettre en œuvre sa propre voie vers le développement et vers la réalisation de ses grands projets. Les stratégies pour les développement à suivre (obligatoirement) pendant le prochain millénaire sont proposées par les superpuissances et les organisations internationales, qui ne prennent pas en compte le développement de tous les pays du monde, et ne sont spécifiques qu’à un petit nombre d'États qui façonnent la politique mondiale et déterminent le processus politique du globe.

Tout le monde croit que les grandes puissances mondiales et les puissances en voie de développement veulent également le développement des autres États, ce qui est en fait tout à fait contradictoire dans la réalité. La réalité, c’est que, dans les conditions modernes, il y a un dilemme entre la sécurité et le développement. Le développement d'un État est susceptible de poser problème à un autre, ou l'affaiblissement d'un État déjà faible peut aussi poser un problème grave pour un grand pays. Il est dans l'intérêt des grandes puissances mondiales de maintenir une inégalité générale dans les processus de développement à l’œuvre dans le monde car, ainsi, elles conservent leur statut. À cet égard, tous les pays du monde n'ont pas les mêmes intérêts, d'une part, ils essaient de prendre le contrôle de la plus grande partie du monde, et, d'autre part, d'autres essaient de ne pas être détruits dans les affrontements entre les superpuissances. La disparition de certaines nations de la carte politique du monde, ces dernières années, est le résultat des actions menées par les superpuissances. Dans de nombreux cas, le développement de tout État se traduit par son expansion, et en fait, tout empire sera détruit s'il n'est pas élargi. La voie de l'expansion dans les conditions modernes ne passe pas par l'expansion proprement dite, mais par l’application de nouvelles méthodes. Par conséquent, le rôle géopolitique qui se profile derrière tout développement d’un État se révèle très important. Les intérêts géopolitiques ont été un facteur important pour les États dans le passé, le restent dans le présent et le resteront l'avenir, car ils sont un vecteur de la politique étrangère et contribuent de ce fait au développement de l'État.

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Dans les conditions modernes, les intérêts géopolitiques du Tadjikistan sont débattus dans différents cercles. Mais il s'agit d'intérêts qui ne sont pas essentiellement géopolitiques. D'une part, il est très difficile d'exprimer un point de vue géopolitique propre au Tadjikistan, car les possibilités et le potentiel du pays sont limités et son champ d'action est très restreint. Bien sûr, dans une telle situation, une expertise géopolitique est nécessaire pour saisir la moindre opportunité d'atteindre de plus grands objectifs. Étant donné que les intérêts géopolitiques du Tadjikistan doivent être pris en considération dans le cadre imposé par les superpuissances et par les environnements politiques particuliers de la région du monde où se situe le Tadjikistan, il est important de savoir que, de prime abord, on peut dire que ces intérêts n'existent pas sur le plan géopolitique. En fait, il est illogique de considérer les intérêts géopolitiques du Tadjikistan par rapport aux superpuissances mondiales et régionales, car nous sommes une sorte de pur objet géopolitique passif pour ces pays.

Dans ce cas, seul et isolé, le Tadjikistan ne cherche qu’à obtenir son propre statut particulier et à acquérir une certaine importance mineure dans les conflits d'intérêts opposant les grands États. Le Tadjikistan n'a aucun intérêt géopolitique bien profilé dans une telle situation, mais il est cependant possible d'y avoir des aspirations géopolitiques.

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Dans l'histoire de la politique mondiale, le rôle des Tadjiks et des Perses dans la formation des empires et des États, ainsi que dans la civilisation a été très important. C'est une réalité objective qui ne peut être niée par aucun sujet actuel de l’échiquier international ou par un quelconque parti pris. Le grand continent de l'Antiquité était sous la domination de l'Empire perse. Au fil du temps, le changement d'acteurs dans le processus politique, les tournants de l'histoire et les facteurs objectifs et subjectifs ont supprimé la sphère d'influence des Tadjiks et des Perses. D'autres forces sont devenues les déterminants du destin des sociétés et des communautés qui leur étaient voisines. Le processus politique a trouvé de nouveaux maîtres ; les conséquences de ce changement de donne ont changé le cours de l'histoire. Afin de ne pas répéter le cycle historique, une grande communauté sociale - les Tadjiks - a été éparpillée dans différents pays, afin de ne pas recréer le potentiel précédent. Cette pratique a commencé après l'effondrement de l'État samanide, comme en témoigne l'émergence de trois pays persanophones au cours des siècles suivants sur la scène historique. Les forces qui ont réalisé ce paysage géopolitique avec trois pays différents pour les Tadjiks dans cette région et qui ont pratiqué la même politique dans d'autres parties du monde, en appliquant le principe de "diviser pour régner", sont les États impérialistes de la nouvelle étape de l’histoire.

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Le nouvel impérialisme, ou néo-impérialisme, a limité les possibilités de ses anciennes colonies au point d'éliminer toutes les caractéristiques de leur indépendance dans le plein sens du terme, à l'exception du nom, ce qui fait de leur pseudo-indépendance une indépendance purement formelle. Dans ces conditions, le phénomène de l'indépendance politique va diminuer et l'État deviendra une simple province du nouvel ordre mondial. La conquête et l'expansion dans leur sens classique, ne sont plus d’actualité, mais dans les conditions déterminées par le néo-impérialisme, la conquête des terres des États « provinciaux » se fait d'une manière nouvelle. Les conditions en vigueur dans la modernité sont la suite logique de l'impérialisme classique. Il convient de noter que s'il y a un changement de sujets dans d'autres strates politiques, les néo-impérialistes modernes sont les mêmes que les anciens colonisateurs. Rien n'a changé dans le paysage cratopolitique du monde, et l'élite mondiale dirigeante n’a fait que changer de nom sur la scène mondiale. La colonisation qualitativement nouvelle est la politique des néo-impérialistes du monde, qui ont pris le contrôle de certaines régions géopolitiques et luttent pour étendre leur sphère d'influence. La division du monde entre les néo-impérialistes et le redécoupage des frontières s'est traditionnellement poursuivie sous une forme ou une autre. Le néo-impérialisme n'est pas un phénomène complètement nouveau, il est guidé par les lois de l'impérialisme classique. Avec le progrès de la civilisation, de la science et des réalisations spirituelles des peuples, l'accent mis sur les éléments matériels de la géopolitique, tels que les ressources souterraines, la terre, l'eau, etc. n'a pas diminué. La tâche principale du néo-impérialisme est d'utiliser les États comme source de matières premières et de les maintenir dans une dépendance sectorielle. Chaque puissance néo-impérialiste a ses propres méthodes pour traiter avec les pays qui n’appartiennent pas directement à leur sphère d’influence. Aucun pays néo-impérialiste n'a intérêt à ce que les Etats non impérialistes parviennent à l'autarcie. D'autre part, la dépendance de tout État non impérialiste à l'égard d'autres pays et l’obligation à suivre un mouvement indiqué par d’autres sont une preuve évidente des lacunes de l'indépendance formelle. Pour trouver une solution appropriée à ce problème, il faut avant tout faire preuve d'indépendance d'esprit, car l'idée d'appartenance n'a pas la capacité de créer une alternative.

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La force du néo-impérialisme a érodé le sentiment de confiance dans les États soi-disant indépendants, qui croient qu'il n'y a pas d'autre solution que la subordination à ce nouveau système. Dans la plupart des pays, il n'est pas question d'envisager un nouveau système mondial, différent du néo-impérialisme. L'esprit d'impuissance imprègne la communauté scientifique dans ces pays qui ne cesse plus de répéter qu’il est nécessaire de s'adapter au nouveau système et non de penser à des alternatives. Le débat sur l'indépendance n'est pas une question triviale, il doit être renforcé et amélioré en fonction de l'espace et du temps.

Il est nécessaire de s'appuyer sur la géopolitique pour renforcer l'indépendance de la République du Tadjikistan.

Dans le temps et l'espace d'aujourd'hui, il est important de s'appuyer sur les connaissances géopolitiques. La géopolitique ne doit pas être utilisée à des fins cognitives, mais à des fins pratiques et empiriques, et doit être mise en œuvre en articulant des concepts concis. À cet égard, il est nécessaire de présenter la géopolitique intérieure, celle de la voie vers le développement du Tadjikistan dans un avenir proche et lointain. Le renforcement de l'indépendance du Tadjikistan est impossible sans un développement intérieur, et celui-ci doit prendre de l'élan. Il doit y avoir une impulsion pour le développement basée sur le potentiel national, car si l’on place l'espoir en un avenir meilleur, qui ne dépendrait que des seules actions entreprises par d’autres États, cela ne nous mènera qu’à la destruction de l'indépendance du pays. Par conséquent, le processus de décision doit être rationnel et stratégique. Les intérêts géostratégiques et géopolitiques du Tadjikistan devraient être formés sur la base des capacités existantes. Naturellement, il n'y a pas suffisamment de potentiel intérieur pour le développement du Tadjikistan et on ne peut pas compter sur lui seul sur le plan stratégique. À cet égard, il est nécessaire de trouver un moyen stratégique de protéger et de renforcer l'indépendance du Tadjikistan. Le Tadjikistan doit se constituer en un bouclier géopolitique basé sur un "Lebensraum".

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Le "Lebensraum" du Tadjikistan est le "Grand Khorasan". Le projet du Grand Khorasan a pour but le développement du Tadjikistan, la protection du Tadjikistan et l'avenir du Tadjikistan. Dans le nouvel ordre mondial et les divers processus mondiaux, le Tadjikistan n'a pas d'autre voie de développement. Il existe d'autres plans, mais dans ceux-ci, le Tadjikistan perd son essence d'État indépendant. La doctrine et les projets mis en œuvre en Asie centrale sont considérés comme peu intéressants pour le Tadjikistan. En fait, ces doctrines ne prennent pas en compte le statut propre du Tadjikistan. Les concepts et les projets du "Grand Turan", de la "Grande Asie centrale" et de la "Sinicisation" ne peuvent être dans l'intérêt du Tadjikistan. Le projet du Grand Khorasan est une alternative à ces concepts et une réponse géopolitique et géostratégique à ceux-ci.

Le "Grand Khorasan" est la correction des erreurs et des injustices historiques et l'application de la justice historique. Le "Grand Khorasan" est l'aspiration géopolitique de chaque Tadjik, et ce concept devrait contribuer à l'éducation géopolitique de toute individualité tadjik et à la formation de la pensée géopolitique tadjik. Nous devons savoir que l'avenir du Tadjikistan est impossible sans le projet du Grand Khorasan. Il devrait être suivi dans les milieux scientifiques et dans la politique actuelle.

La sagesse géopolitique et la géophilosophie constituent la base du projet du Grand Khorasan. Le Tadjikistan mène une politique de paix dans une nouvelle ère historique. Cela signifie que le Tadjikistan n'a pas d'objectifs expansionnistes, ne veut usurper aucun pays, ne vise pas la conquête de territoires : tout cela n'est pas le but vectoriel de la politique étrangère du Tadjikistan. La question de savoir comment nous allons obtenir le projet du Grand Khorosan est donc importante. La première étape est franchie, c'est-à-dire que les fondateurs ressentent le besoin de créer un "Grand Khorasan", il y a une renaissance du Grand Orion, une mémoire historique entre en scène ou un cycle historique se répète, le projet du "Grand Khorasan" est lancé. En effet, l'Iran et l'Afghanistan, tout comme le Tadjikistan, ont besoin d'un "Grand Khorasan".

La mise en œuvre du projet du Grand Khorasan intervient à un moment où la lutte pour le pouvoir en Asie centrale s'intensifie. Les États-Unis font tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger le "cœur de l'Asie" et pour maintenir longtemps leurs troupes sur le sol afghan. L'erreur géopolitique de la Russie, de la Chine et de l'Iran a été de faciliter et non d'empêcher les États-Unis de venir en Afghanistan. Cependant, cette erreur ne pourra pas être corrigée dans les années à venir. Les États-Unis, s'appuyant sur l'Afghanistan, cherchent à libérer les États d'Asie centrale de la subordination russe et à mettre en œuvre la doctrine de la grande Asie centrale avec l'Afghanistan et d'autres États de la région. À cet égard, il convient de noter que le chaos qui règne sur le territoire de l'Afghanistan et les intérêts divergents des pays de la région compliquent la mise en œuvre du projet "Grand Khorasan".

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Le projet du Grand Khorasan, une fois mis en œuvre dans les pays de langue persane et ayant atteint ses objectifs stratégiques, ouvrira la porte aux pays voisins. C'est une renaissance historique qui remet tout à sa place. Ailleurs en Asie centrale, il existe un potentiel et une opportunité similaires pour l'unification des peuples et des nations. Cependant, une telle possibilité s’offre aux États du "Grand Khorasan". Il est important de noter que l'intégration et les processus d'intégration sont une question de temps. Les pays du monde, sous une forme ou une autre, forment des associations visant toujours plus d’intégration dans une zone distincte. L'intégration est considérée comme un phénomène propre au nouvel âge : on l’ignore souvent mais, dans la plupart des cas, on est inconscient qu'il s'agit là de la première étape vers la formation du système mondial et du nouveau gouvernement mondial. La plupart des États et des chefs d'État du monde n'ont pas compris les secrets du processus d'intégration et n'ont pas su créer les conditions d’autres processus intégrateurs. Cependant, l'intégration dans le cadre du Grand Khorasan prend une forme complètement différente, montrant un élément d'intégration différent car il est centrifuge par rapport à la conception d’un gouvernement mondial et s’éloigne du nouveau système et du nouvel ordre mondial. En effet, la formation d'un nouvel ordre mondial basé sur une conception atlantiste n'est pas dans l'intérêt des pays du Grand Khorasan.

L'indépendance politique du Tadjikistan n'interviendra que si le pays est autosuffisant. Cependant, les conditions mondiales et régionales, d'une part, et les intérêts des superpuissances, d'autre part, entravent l'autarcie du pays. C'est pourquoi il faut tout d'abord influencer la situation locale. L'influence ne vient que lorsque nous disposons d’un grand potentiel et d’un grand pouvoir. C'est pourquoi le projet "Grand Khorasan" est le reflet de l'énorme potentiel des acteurs régionaux et un moyen d'influencer d’abord les conditions en place de la région et, deuxièmement, d’influencer la formation des processus politiques mondiaux.

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Dans les conditions modernes, il n'y a pas d'autre moyen de proposer un nouvel ordre en dehors du nouvel ordre mondial, qui est le projet exclusif de l'élite politique mondiale. Dans un tel ordre mondial, seul un petit nombre d'États ont acquis l'indépendance politique et ont donné aux autres pays l'indépendance dont ils avaient besoin. L'indépendance politique des pays du monde, dont le Tadjikistan, est mesurée dans le cadre du nouvel ordre mondial. Dans ce cas, la volonté tadjike de l'État tadjik ne peut pas se réaliser, car les conditions mondiales ne le permettent pas. La mesure de l'indépendance politique du Tadjikistan dans le cadre du nouvel ordre mondial nécessite un examen par des experts, qui déterminera le phénomène de la volonté politique et de la détermination politique, et la mesure dans laquelle le Tadjikistan est souverain. Le projet du Grand Khorasan vise également à renforcer l'indépendance politique du Tadjikistan, à poursuivre son développement et son amélioration, et à protéger le pays. Comprendre l'essence de ce projet, définir la souveraineté politique du Tadjikistan, les conséquences du nouvel ordre mondial pour le pays, les intérêts des superpuissances et son impact sur le Tadjikistan, les conséquences et les perspectives pour le futur proche et lointain, tend inévitablement à un mégaprojet – celui du "Grand Khorasan".

vendredi, 23 octobre 2020

Le Grand jeu : l’art de dompter les éléments

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Le Grand jeu : l’art de dompter les éléments

Mais comment diable fait-il ? Pas plus tard qu’il y a une dizaine de jours, la MSN ne pouvait cacher sa joie, poussant des cris de victoire. Caucase, Biélorussie, Kirghizstan : les nuages s’amoncelaient sur le pourtour russe et Poutine était en grosse difficulté. Brzezinski était même prêt à sortir de sa tombe pour danser la polka, son Grand échiquier à la main. Sans compter l’affaire Navalny qui allait, cette fois c’était sûr ma bonne dame, stopper définitivement le démoniaque Nord Stream !

Et puis patatras…

L’Allemagne veut son gazoduc russe

La mascarade Navalny a accouché de sanctionnettes pour la forme tandis que le ministère des Affaires étrangère allemand, par la voix du pourtant peu russophile Heiko Maas, vient de déclarer que le gazoduc sera terminé, un point c’est tout. Le ton est même assez cinglant pour un euronouille : « Nous prenons nos décisions sur notre politique énergétique ici, en Europe. » Certes, ceux qui connaissent les aléas du South Stream ne pourront que sourire à cette affirmation péremptoire, mais ne gâchons pas le moment de gloire du vassal qui se lève enfin.

Si tous les doutes allemands ont été ainsi balayés, c’est aussi que Berlin pourrait bien avoir tourné casaque vis-à-vis d’Ankara. Frau Milka a eu, on le sait, les yeux de Chimène pour Erdogan pendant de longues années. Mais il semble que la Bundeskanzlerin et toute son équipe aient fini par en avoir assez de ses multiples provocations.

Le sultan joue là un jeu d’ailleurs bien maladroit. Son rêve de faire de la Turquie une plaque tournante énergétique au carrefour du Moyen-Orient, de la Caspienne et de l’Europe entre en collision avec son autre rêve, néo-ottoman celui-là. Les nuisances turques se multiplient et s’étendent, notamment dans des contrées qui fleurent bon le gaz et le pétrole en transit (pipelines azéris). Toute la zone qui entoure la Turquie commence à sentir dangereusement le souffre et le message a peut-être été compris du côté de Berlin : Ankara fait n’importe quoi et n’est pas fiable, tournons-nous définitivement vers les Russes.

La cote de la Russie monte en Arménie

Caucase, justement. Sur le terrain, les Turco-Azéris ont enfin réussi à progresser dans le sud du Haut-Karabagh, plaine propice à leur supériorité aérienne ; il n’en sera pas de même dans les montagnes. Quant aux autorités de l’enclave, elles ont intelligemment pris la Russie et l’Iran par les sentiments en proposant d’établir un centre de contre-terrorisme avec en vue, évidemment, les modérément modérés transférés par Ankara. S’il y a peu de chance de voir acceptée cette proposition venant d’un gouvernement non reconnu internationalement, Moscou et Téhéran n’ont en revanche aucune intention de voir un barbuland s’établir à leurs frontières. L’armée russe a d’ailleurs envoyé un petit message il y a quelques jours, bombardant à Idlib un camp d’entraînement de volontaires en partance pour l’Azerbaïdjan. Histoire d’établir une ligne rouge à ne pas franchir…

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Malgré les pertes considérables de part et d’autre, la portée du conflit est ailleurs. Eurasianet vient de publier un article extrêmement intéressant et, une fois n’est pas coutume pour cette officine proche du Washingtonistan, très objectif. La cote de Moscou est en train de monter en flèche en Arménie et des voix de plus en plus nombreuses regrettent que la “Révolution de velours”, ayant mené Nikol Pachinian au pouvoir, ait créé de la friture sur la ligne avec le grand frère russe.

Le bonhomme lui-même a toujours été assez ambigu. D’un côté, son gouvernement compte plusieurs personnalités ouvertement pro-occidentales issues du petit monde des ONG impériales et certains gestes (enquêtes criminelles ouvertes contre des compagnies russes et même contre le patron de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective) ont été fort mal perçus du côté du Kremlin.

Dans le même temps, il n’a jamais vraiment voulu rompre avec la Russie et a même apporté sa petite pierre à l’édifice de la dédollarisation comme nous le rapportions il y a six mois :

Dernier exemple en date, le premier ministre arménien Nikol Pachinian vient de proposer à Poutine de payer le gaz russe en roubles et non plus en dollars. Certes, rien n’étant gratuit en ce bas monde, l’initiative est sans doute la contrepartie à une demande de réduction du prix du gaz. Certes encore, ce n’est pas la petite Arménie qui bouleversera le marché financier international et les flux d’or bleu entre Moscou et Erevan sont anecdotiques si on les compare à d’autres.

Toutefois, la proposition, qui s’ajoute à des dizaines d’autres exemples de dédollarisation de par le monde, est symbolique, particulièrement de la part d’un leader que l’on soupçonnait vaguement d’être arrivé au pouvoir en 2018 par le biais d’une révolution qui fleurait bon son Soros.

En son temps, Pachinian voulait ni plus ni moins sortir de l’Union économique eurasienne si chère au Kremlin, accréditant l’idée qu’il était un pion de l’empire dans le petit pays caucasien. Aujourd’hui, il justifie sa proposition en des termes qui comblent d’aise l’ours : « On parle sans arrêt de la dédollarisation au sein de l’UEE mais nous payons toujours le gaz russe en dollars. Il serait plus logique de payer notre gaz en roubles au sein de cette organisation. »

Ambiguïté, donc, à laquelle le Kremlin répond par une égale ambiguïté. Les télés russes, très regardées en Arménie, prennent plutôt partie contre l’Azerbaïdjan, accusé d’avoir déclenché la guerre, tout en critiquant en creux Pachinian. La population du petit pays caucasien semble penser la même chose, que l’on pourrait résumer un peu vulgairement par un : en voulant prendre ses distances avec Moscou, Pachinian nous a mis dans la m…..

Les personnalités pro-occidentales semblent elles aussi revenir de leur mirage. L’exemple d’Edmon Marukian est frappant. Ancien partisan de la sortie de l’Union économique eurasienne, rien que ça, il ne jure aujourd’hui plus que par l’alliance russe : « J’ai parlé à plusieurs ambassadeurs occidentaux. L’un d’eux m’a dit « à la fin, c’est la géographie qui gagne » et a conseillé de demander l’aide russe. Ils pensent que seule la Russie peut nous aider (…) Si l’ambassadeur d’un pays qui a de mauvaises relations avec Moscou dit que seule la Russie peut nous aider, comment un Arménien (Pachinian, ndlr) vivant sur Terre ne peut le comprendre ? »

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Nous sommes en train d’assister à un virage à 180° parmi certaines franges dégrisées de l’élite arménienne. Un premier geste a eu lieu fin septembre, avec le limogeage du tout nouveau chef du Bureau de la Sécurité nationale, considéré comme anti-russe. Quant à la population, elle semble clairement en faveur d’un rapprochement avec Moscou ; d’après un sondage, le seul pays qui a vu sa cote de popularité augmenter après le début de la guerre est précisément la Russie.

Ainsi, avec ce numéro d’équilibriste consistant à soutenir Erevan en sous-main sans aller au-delà, à montrer par le biais de déclarations où son cœur penche (voir la mise au point un peu sèche de Lavrov « Nous n’avons jamais considéré la Turquie comme un allié stratégique ») tout en laissant Pachinian se rendre compte de l’impasse où il s’est engagé, l’ours est en train de récupérer doucement mais sûrement l’Arménie. Il faudra cependant qu’il siffle bientôt la fin de la récré afin de ne pas perdre ce crédit joliment acquis et ne pas, une nouvelle fois serait-on tenté de dire, se laisser rouler par le marchand de loukoums comme cela a été le cas à Idlib…

En Biélorussie, les sanctions européennes poussent un peu plus Minsk dans les bras de Moscou

En Biélorussie, le Kremlin contrôle jusqu’à présent la situation, comme nous l’avons montré dans plusieurs billets dont le dernier. Ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier, il joue à la fois Loukachenko et, quoique plus discrètement, la carte d’une partie de l’opposition. Avec, en vue, une transition pacifique du pouvoir entre le moustachu et, au hasard, un certain Babariko par exemple.

Là comme ailleurs, tout est dans le dosage. Un soutien trop marqué à l’autocrate aliénerait clairement une partie de la population ; un soutien trop distant permettrait à l’empire de s’infiltrer dans les interstices.

En attendant, les sanctions européennes (sur les personnes seulement, précision importante) ont poussé Minsk un peu plus dans les bras de Moscou, notamment dans le domaine énergétique. On se rappelle les chantages homériques de Loukachenko réclamant, avec force frémissements de moustache, toujours plus de ristournes. Le bon temps semble bel et bien fini pour la partie biélorusse qui n’a plus trop le courage de négocier…

L’entregent de l’ours au Kirghizistan

Envolons-nous pour finir vers l’Asie centrale, région capitale du Grand jeu mais qui ne vient pourtant que par intermittence sur le devant de la scène. La dégringolade américaine n’y est sans doute pas pour rien :

Les années 90 ou l’âge d’or de l’empire. La Russie eltsinienne est alors au fond du gouffre, la Chine n’est pas encore ce qu’elle est devenue et la thalassocratie américaine peut rêver les yeux ouverts de s’implanter durablement au cœur même du continent-monde.

Elle soutient dès 1994 le séparatisme tchétchène menaçant de désagréger le Heartland russe tandis que fleurissent les projets de captation des richesses énergétiques de la Caspienne afin d’isoler Moscou. Le fameux BTC est conçu, véritable bébé de Brzezinski qui publie en 1997 son non moins fameux Grand échiquier :

Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique. La mise au point d’un plan géostratégique relatif à l’Eurasie est donc le sujet de ce livre.

Tout est dit. Ce plan n’est rien moins que monumental :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique est-ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

Un quart de siècle plus tard, Lisa Curtis, directrice du département Asie centrale et méridionale au Conseil de Sécurité Nationale, ne peut que constater les dégâts : « L’influence chinoise augmente sans cesse dans la région tandis que le poids de la Russie y est toujours aussi fort, ce dans toutes les sphères, politique, économique et militaire. » Puis vient la confidence, terrible pour les petits génies des années 90 : « Nous ne nous attendons pas à ce que la situation change et nous ne cherchons pas (plus ?) à rivaliser avec l’influence russe. » Dr Zbig doit se retourner dans sa tombe…

Pour Washington, c’est game over en Asie centrale et dame Curtis ne fait qu’entériner un état de fait. Qu’elles sont loin, les prodigieuses velléités impériales de l’âge d’or. Et ce n’est pas le sympathique voyage de Pompée au Kazakhstan et en Ouzbékistan qui changera quoi que ce soit, comme le reconnaît, désabusé, un autre think tank.

Si les -stan utilisent souvent ces rares visites américaines pour faire monter un peu les enchères vis-à-vis de Moscou et Pékin dans leurs négociations bilatérales, cela ne trompe personne et surtout pas les Etats-Unis. D’ailleurs, deux semaines après le départ du secrétaire d’Etat US, le nouveau président kazakh, Tokaïev, a remis les points sur les i à la conférence de Munich :

    • le Kazakhstan restera une « locomotive de l’intégration de l’Eurasie »
    • il faut accélérer le développement de l’Union Economique Eurasienne [d’obédience russe]
    • les nouvelles routes de la Soie chinoises sont une bénédiction pour l’Asie centrale.

Pompeo a dû entendre ses oreilles siffler mais, pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, c’est tout sauf une surprise. Nous prévenions l’année dernière que la démission du liderissimo Nazarbaïev et l’arrivée au pouvoir de Tokaïev ne changeraient rien aux liens étroits d’Astana avec l’ours et le dragon et pourraient même les renforcer.

Bingo ! Et le nouveau président kazakh de conclure en énumérant quelques-unes des réalisations liées aux routes de la Soie ou aux financements chinois, dont la voie ferroviaire Kazakhstan-Ouzbékistan-Iran qui connecte les steppes d’Asie centrale au Golfe persique sous le bienveillant patronage de Pékin et de Moscou. Alors que l’empire a plié bagage, le maillage du continent-monde se met en place…

Le Pompée du Potomac a-t-il totalement jeté l’éponge ? Pas tout à fait si l’on en croit le judicieux Bhadrakumar, qui voit dans les événements kirghizes la main de tonton Sam tentant une énième “révolution colorée” dans les steppes. Vous l’avouerais-je ? votre serviteur est pour sa part beaucoup plus circonspect sur ce qui s’est vraiment passé. La conclusion, par contre, est la même : game over pour le Washingtonistan.

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D’après l’ex-diplomate indien, les élections contestées du 4 octobre, ont provoqué une insurrection alimentée par les déclarations de l’ambassade US et des habituelles officines type Radio Liberté. C’est là que je diverge : j’ai du mal à y voir autre chose qu’un simple suivisme des événements, teinté de bienveillance certes, mais qui ne va guère au-delà, d’autant que l’influence américaine s’est largement érodée et n’est plus l’ombre de ce qu’elle était au temps des Tulipes révolutionnaires de 2005…

Toujours est-il que, les voyages de l’envoyé du Kremlin aidant, un nouveau personnage a été propulsé en avant et a mis tout le monde d’accord, remplaçant au pied levé le président qui, à la surprise générale, a démissionné après avoir assuré qu’il ne le ferait jamais. Le nouvel homme fort, Sadyr Japarov de son doux nom, n’était pas du tout attendu par l’ambassade états-unienne qui se lamente de la prise du pouvoir par “un gang criminel”. Et Bhadrakumar de conclure que la Russie a court-circuité comme à la parade la tentative de putsch de Washington.

Que cette tentative soit réelle ou non, une chose est sûre : l’ours a un entregent certain dans la région, contre lequel les Américains ne peuvent tout simplement pas lutter. Chose intéressante, il se pourrait que Pékin, dont le fort intérêt pour le Kirghizistan (routes de la Soie) n’est plus à démontrer, ait laissé à son allié le soin de régler la situation. Ce serait un nouvel exemple accompli de partage des tâches qui ne ferait que confirmer la symbiose sino-russe dont nous parlons depuis longtemps.

Biélorussie, Caucase, Kirghizistan, Nord Stream II : en une dizaine de jours, Moscou a, par petites touches subtiles, retourné la situation de façon magistrale. Les stratèges impériaux, qui pensaient enfin marquer des points, doivent se demander ce qui a bien pu se passer…

=> Source : Le Grand jeu

lundi, 19 octobre 2020

Le film kazakh Tomyris: Yellowwashing made in Kazakhstan ?

Le film kazakh Tomyris: Yellowwashing made in Kazakhstan ?
 
J’ai visionné hier un film kazakh, «Tomyris » ( de Akan Satayev, initialement sorti en 2019.
 
Ce film qui avait tout pour m’intéresser, évoque la vie d’un personnage semi -légendaire, qui a inspiré de nombreux artistes européens, Tomyris, reine des Massagètes, tribus de cavaliers nomades iranophones rattachée à l’ensemble « scythique » d’Asie.
 
C’est un bon film, épique, avec des scènes d’action et une reconstitution dans l’ensemble convaincantes, bien que les costumes des protagonistes soient traités inégalement (traitement décevant pour les Sarmates ou les Perses).
 

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Là où la bât pourrait blesser, c’est que le réalisateur a présenté les Massagètes, mais aussi d’autres peuples indo-européens comme les Dahais ou les Sarmates , comme des populations turciques tant au niveau des langues parlées que de l’interprétation assurée par des acteurs kazakhs.
 
Or, un grand spécialiste des peuples des steppes ou du Caucase comme Iaroslav Lebedynsky, que j’ai maintes fois reçu sur Radio Courtoisie, précise dans plusieurs ouvrages que ces peuples iranophones nomades ( Scythes, Saces, Sarmates et Alains) étaient europoïdes , souvent de complexion claire.
 

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La critique iranienne n’a évidemment pas apprécié ce qu’il est convenu de qualifier « d’appropriation culturelle », d’autant plus que le « roi des rois » Cyrus le Grand est incarné dans le film par un acteur syrien, celui qui jouait le rôle de Saladin dans le film de Ridley Scott, «Kingdom of Heaven ».
 
Cette démarche des autorités kazakhes, impliquées dans la production du film, rappelle dans une certaine mesure, ce qu’avait pu faire Mustapha Kemal Atatürk, lorsqu’il avait revendiqué l’héritage des Hittites indo-Européens, dans la généalogie historique et identitaire de la Nouvelle Turquie.
 
De nombreux critiques soulignent que cette évocation d’une souveraine forte et guerrière, intégrée dans le roman national kazakh, aurait pour objectif de rendre plus acceptable dans la population, une prochaine accession au pouvoir de Dariga Narzabayeva, fille du père de la nation Noursultan Nazarbayev.
 

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Malgré toutes ces réserves, le film vaut largement le coup d’œil et renvoie aux récits contestés d’Hérodote selon lesquels cette reine Tomyris aurait vaincu et tué le Perse Cyrus le Grand.

vendredi, 21 août 2020

The Albanians of Afghanistan, the 2300-years old unwritten History

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The Albanians of Afghanistan, the 2300-years old unwritten History

Jean-Jacques Vinamont & Renaissance Paienne Européenne (via facebook)

We are dealing with a unique case of the existence of our ancestors, the Illyrians, in another corner of the world, with thousands of kilometers away, which could shed light on their history, but also can enrich our historiography. Because it was a hideaway for thousands of years, they have kept alive popular features, language and Arberesh-Pelasgian-Illyrian-Albanian customs.

The discovery

There is existence of Illyrians in the region Indochina in Qafiristan (today Nuristan), a place where Afghanistan, Pakistan, China and Tajikistan, are met, precisely in the area where some time ago was killed Bin Laden, originally discovered by American screenwriter James Hilton, who shot a documentary titled Lost Horizons. In May 1983, Ernesto Skura wrote on League newspaper of Antonio Bellushi an article entitled "The Illyrians in Afghanistan." The same thing did in his book "Arvanites" the great historian of Albanian descent, Aristides Kola, which describes the time of placement of the Illyrians in this distant place.

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The most stable hypothesis, descendants of Alexander's army

History explored to date shows that they are descendants of 6000 Illyrian fighters fled their country after the assassination of king Kliti by Alexander the Great around 300 BC. They remained there, because of distance they could not return home, but settled in this region, where they were forced to marry local women. Their language was called "burrashka", the language of men, while women spoke another language. Now this language is called again "burrashka", but is mixed and not written.

Language, many words are vestiges of Albanian

The characteristics of these residents are different from those of the Pakistanis, they live longer, are taller and have brown hair, they make and drink wine as none of these areas and the region where they live. Valley where they live nowadays is called "hundëza" (small nose) and really it closes with a spout between two mountains that surround it. Another site called is called "balta" (mud). The mounting in front is called Torabora (falling snow). Another mountain next to the valley is covered with glaciers, that slide over time. This mountain is called "rakaposhi" (falling downwards).

Although the country is mountainous, it is very prolific in producing vegetables, fruits and various grains, such as: potatoes, peas, cucumbers, wheat, corn, barley, apricots, pears, apples, peaches, plums, figs, cherries , grapes, watermelon, etc., products that locals does not cultivate. The inhabitants are excellent farmers and have created a stunning and majestic system of rooftops and irrigation that connect and feed terraces with. People are very friendly and helpful to each other. President of Hundzës has the title Mir (the best). Their largest holiday is the solar New Year (as Pelasgians and Arberesh), called Naurosh (wish us) and falls on March 21.

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The Hunza are very different compared with the Pakistanis with dark skin or the Afghans and the Chinese. Hunza are white skinned with red cheeks. Most of the 50 thousand Hunza have blue, green or gray eyes, and hairs ranging from the yellow of maize to the black of raven. Some children also have red hair. Up in the mountains is a great tribe called Kalash and their similarity with European ancestors leaves you dumbfound. Kalash gods headed by the god Di-Zau (Sun-Zeus). Kalash display on their gates a symbol which expresses their ancient origins of Illyrian and their connection to Alexander the Great, two-horned goat (the goat of Skanderbeg had two horns on the helmet). A wild flower in yellow that children gather it in the mountain or field is called "Bisha". Men wear white pants called "shalëvare" (hanged saddle), while women call their shirt kamish (worn in the flesh). Hundza dances are accompanied by drums, pipes or nozzles and the dancers jump to catch it around the circle. An important folk dance is the dance of the swords, which is always danced by men and the dancers wear colorful robes called "kamarbunde".

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Scholar Dr. J. M. Hoffman has twice visited Hunza and draw the following conclusions: The settlement of the Illyrians is where Afghanistan, Pakistan, China, Tajikistan are meet and is part of Pakistan. The valley where they live today is called spout (small nose). It closes with a spout area, surrounded by two mountains 6000-7500 meters above sea level. A swampy place there is called Clay, etc.

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Livre recencé en 1987 dans "Orientations"

vendredi, 26 juin 2020

Religions ethnicisées et recomposition des scènes politiques dans l'espace issu de la disparition de l'Union soviétique

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Religions ethnicisées et recomposition des scènes politiques dans l'espace issu de la disparition de l'Union soviétique (Fédération de Russie (Tatarstan et Altaï) et Asie centrale (Kirghizstan)

Aurélie Biard[1]

Ex: http://www.gis-reseau-asie.org

Ce projet de thèse considère les réarticulations du croire et les redéfinitions identitaires au sein des deux républiques autonomes de la Fédération de Russie que sont le Tatarstan et l'Altaï ainsi qu'au Kirghizstan, en se concentrant sur la participation du fait religieux[2] aux tentatives de réification d'identités « néo-ethniques », au travers d'un cas d'études, celui de la mise en concurrence symbolique[3] de l'islam notamment avec la réhabilitation du néo-paganisme. Ce dernier participe dudit « renouveau identitaire » de ces trois républiques de langue turcique. Au sein de la république centrasiatique indépendante qu'est le Kirghizstan ainsi que dans la république autonome du Tatarstan de la Fédération de Russie, républiques turcophones, toutes deux à majorité musulmane, le néo-paganisme correspond, dans une très large mesure, à l'idéologie nationaliste et revivaliste que semble être le tengrisme. Cette idéologie cherche en effet à promouvoir un « retour » aux anciennes religions nationales mythiques des peuples turciques et rejette l'islam. Le tengrisme ou tengrianstvo (« pratiques liées au ciel ») s'apparente à une mode intellectuelle et religieuse, entretenue par des élites urbaines cultivées, et correspond peu ou prou à ce que l'on pourrait qualifier de « religion de la nation ». On la retrouve à la fois en Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan) et parmi les peuples turciques de la Fédération de Russie, en particulier au Tatarstan, au Bachkortostan, en Bouriatie, mais également, dans une moindre mesure cependant, en Iakoutie et dans l'Altaï. Elle consiste à réactiver, à l'heure de la mondialisation, la notion politico-religieuse pré-islamique de « Ciel » (Tengri)[4] – le « Ciel » constituait le concept politique unificateur des empires türks des steppes des VIIe et VIIIe siècles[5] – et, dans les régions de tradition musulmane, à présenter l'islam comme une foi étrangère auprès des populations locales. Selon ses partisans, le tengrianstvo constituerait l'un des éléments majeurs du renouveau identitaire des peuples turco-mongols et devrait être officialisé par les nouveaux États en tant que religion nationale. Les tentatives d'institutionnalisation du néo-paganisme dans la république d'Altaï, laquelle est également de langue turcique mais profondément russifiée tant sur le plan linguistique que culturel et religieux et, partant, acculturée au monde russe, s'appuient généralement, de leur côté, sur une revitalisation du mouvement quasi-messianique connu sous le nom de burkhanisme ou Ak Jang (« Foi Blanche »).

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Le phénomène néo-païen peut ainsi être perçu comme une instrumentalisation du religieux à des fins politiques de définition de la nation, sur la base d'une coïncidence forcée entre « religion païenne » et identité nationale. Les enjeux politiques d'une coïncidence entre néo-paganisme et identité nationale ne sont naturellement pas les mêmes selon le statut des républiques au sein desquelles le néo-paganisme est promu. Ainsi, dans le cas du Kirghizstan, république qui a accédé à l'indépendance en 1991, à la chute du régime communiste, le tengrisme  semble correspondre à une tentative de construction (ou de consolidation) d'un État-nation et, partant, d'un pouvoir centralisé par le biais d'une religion nationale. Cette dernière serait d'ailleurs inscrite dans le territoire, les traditions et l'histoire d'un peuple et elle seule, saurait exprimer, dans le cas du Kirghizstan, une supposée « voie kirghize » ou kirghizité. Aussi l'existence d'un Kirghizstan indépendant focalise-t-il sur lui les discours d'exaltation de l'Etat. Pour ce qui est des républiques autonomes du Tatarstan et de l'Altaï toutefois, les discours des différents théoriciens du néo-paganisme se construisent en référence au centre, Moscou et se concentrent sur la valorisation desdites « spécificités nationales et religieuses » des populations éponymes face aux Russes dits « ethniques » [russkij]. Les discours néo-païens peuvent alors servir de support à des revendications sécessionnistes, notamment au sein de la république autonome du Tatarstan ; le néo-paganisme pouvant ainsi s'apparenter à un contre-pouvoir ou à un pouvoir alternatif à celui de Moscou.

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La sensibilité nationaliste des néo-païens peut être poussée à ses extrêmes et la promotion de l'identité nationale se voir doublée par le rejet de toute altérité : refus de toute idée d'emprunt culturel, de tout principe d'hétérogénéité ou d'exogénéité, définition ethniciste, voire racialisée, des nations, antisémitisme virulent[6]. Le phénomène du néo-paganisme peut être appréhendé, nous l'avons vu, comme une instrumentalisation du religieux répondant à une fin politique de définition de la nation, sur la base d'une coïncidence forcée, non seulement entre néo-paganisme et identité nationale, mais aussi entre néo-paganisme et ce qui serait l'etnos[7] spécifique de chaque peuple. Le néo-paganisme, à travers cette ethnicisation du divin aux conséquences politiques ambiguës, tendrait alors à se constituer en un croire ethnique, excluant toute autre forme d'appartenance et, rejetant par là même, le caractère universel et transnational des religions universalistes. Dans le cas de l'idéologie tengriste promue au Kirghizstan, l'islam se voit ainsi condamné en tant que foi étrangère par les théoriciens du mouvement tengriste. L'islam serait alors pour les théoriciens du tengrisme ou tengrichilik (tengrisme en kirghiz) au Kirghizstan, paradoxalement, l'un des vecteurs possibles de la mondialisation. En condamnant l'universalité des grandes religions et en affirmant que l'islam est au service d'intérêts étrangers, le néo-paganisme constitue la version religieuse de nombreux discours nationalistes, notamment kirghiz et tatars. En effet, les partisans d'une religion ethnicisée à laquelle correspondrait le néo-paganisme ne cachent pas leur engagement politique : au Tatarstan en faveur de l'indépendance de la république ; au Kirghizstan, en faveur d'une « purification » du pays de toutes les influences étrangères, qu'elles viennent de Russie, du Moyen-Orient, des Etats-Unis ou de Chine[8]. Les plus fervents partisans du néo-paganisme dans la république autonome d'Altaï affirment également la nécessité selon eux, de « libérer » la république de l'influence russe et ce, afin de tendre vers une consolidation de l' « unité » de la « nation » altaïenne face aux Russes.         

Nous nous pencherons, dans le cadre de ce travail de thèse, sur les raisons qui ont motivé la création du nouvel outil de gestion du changement qu'est le néo-paganisme au sein de la société kirghizstanaise contemporaine ainsi que dans les républiques autonomes du Tatarstan et de l'Altaï de la Fédération de Russie. Quelles sont les fonctions contemporaines du néo-paganisme ? Quelle est son opérationnalité dans un contexte de désenchantement du politique et que révèle-t-il de celle des autres outils existants, en particulier l'islam ? L'engagement politique des différents théoriciens du néo-paganisme visant à l'officialisation du mouvement en tant que « religion nationale », au sein des républiques concernées, qu'elle soit indépendante dans le cas du Kirghizstan ou intégrées à la Fédération de Russie, comme le Tatarstan et l'Altaï, induit naturellement une résistance de la part des représentants des hiérarchies religieuses et, plus généralement, de la part de certains membres de l'intelligentsia, fermement opposés à sa réhabilitation. Ces derniers tentent, dans le cas du Kirghizstan, au même titre que les théoriciens tengristes, de mettre en avant une « religion nationale », inscrite dans le territoire et, partant, de forger une identité kirghize spécifique, une identité ethnico-nationale articulée autour d'une référence à un islam particularisé et territorialisé, apolitique et syncrétique[9]. La prise en considération du contradictoire, du conflictuel révèle ainsi une compétition en matière de définition de l'identité nationale en question, au travers du prisme religieux, au sein de la Fédération de Russie comme dans la république kirghizstanaise.

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Ainsi, la conjonction paradoxale, dans le néo-paganisme, entre un millénarisme religieux qui n'est en rien spécifique à l'espace post-soviétique et un processus d'ethnicisation du divin aux conséquences politiques ambiguës révèle les profondes mutations idéologiques et les processus de recomposition sociale que sont en train de connaître les sociétés post-soviétiques.

Ce ré-emploi du religieux qu'est le néo-paganisme, qui correspond à une forme de « croire ethnique », met en exergue le déficit d'un politique désenchanté, celui du relatif. Ainsi, loin de témoigner d'un « retour du religieux », le néo-paganisme attesterait, pour reprendre les termes de P. Michel, « son effacement, en pointant un vide, un déficit du politique si massif et si cruel que manqueraient même les mots politiques qui permettraient de le dire. D'où le recours au religieux comme registre de discours, comme langage »[10].

Note:

[1] Doctorante en science politique à l'IEP de Paris. Institut d'Études Politiques de Paris, sous la direction de Patrick Michel. Laboratoire de rattachement : CERI. Programme doctoral : « Russie-CEI ». Courriel

[2] Ce religieux est construit, suivant en cela la démarche initiée par Patrick Michel, en tant qu'« indicateur et mode de gestion d'une triple recomposition, qui s'éprouve fréquemment sur le mode de la crise, et qui affecte l'identité, la médiation et la centralité » in P. Michel, « Préface » in Sébastien Peyrouse, Des Chrétiens entre athéisme et islam, Regards sur la question religieuse, en Asie centrale soviétique et post-soviétique, Maisonneuve & Larose/IFÉAC, 2003, p. 19.

[3] Nous nous focaliserons, tout au long de ce travail de thèse, plus largement sur l'interaction entre islam et « religions ethniques », sur leur collaboration, concurrence, interpénétration, etc.

[4] Voir, entre autres, René Grousset, L'empire des steppes, Paris : Payot, 1965. Le terme de tengri, tergir (tÄnri en vieux turc) signifie le Ciel dans les langues turco-mongoles. Le culte du ciel ou de divinités liées à lui est attesté par de nombreuses sources écrites et archéologiques datant de l'époque des royaumes turciques de Sibérie des VIe-VIIIe siècles. Celles-ci confirment également que le tengrisme était l'une des religions pratiquées dans le khaganat turcique avant que les peuples de la région ne passent au bouddhisme, au manichéisme ou à l'islam. Le Ciel constituait donc le concept politique unificateur des empires türks des steppes. Cf. Aurélie Biard et Marlène Laruelle, « Tengrism in Kyrgyzstan, in search of a new religious and political legitimacy », in Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, à paraître.

[5] Précisons toutefois que nous n'identifions pas pour autant le tengrisme moderne et la religion ancienne des Türks; le tengrisme moderne se réclame certes de cet héritage mais n'a probablement que le ciel en commun avec la religion ancienne des Türks.

[6] Voir Aurélie Biard et Marlène Laruelle, « Tengrism in Kyrgyzstan, in search of a new religious and political legitimacy », in Etudes mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, à paraître.

[7] Nous proposons, à l'instar de Marlène Laruelle, cette transcription. Ainsi que l'explique Marlène Laruelle : « le terme russe etnos peut être transcrit de deux manières suivant que l'on cherche à mettre en avant sa racine grecque et donc à le rapprocher, par exemple, du terme français d'ethnie (ethnos), soit, ce qui est le cas ici, la translittérer directement du russe afin d'insister sur le sens spécifique que le terme a acquis dans le langage soviétique », in « Stalinisme et nationalisme. L'introduction du concept d'ethnogenèse dans les historiographies d'Asie centrale (années 1940-1950) », in Marlène Laruelle et Catherine Servant (sous la direction), D'une édification l'autre : socialisme et nation dans l'espace (post)communiste, Coll. « Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement », Editions Pétra, sep. 2007,pp.206.

[8] Rappelons que le Kirghizstan est un pays limitrophe de la Chine.

[9] Les conflits furent ainsi particulièrement virulents sur la scène kirghizstanaise, lorsque Dastan Sarygulov, alors Secrétaire d'État, tenta de promouvoir le tengrisme. Comme l'a montré Foucault, là où il y a pouvoir, il y a résistance. Les relations de domination, ainsi que la résistance qui lui est intrinsèquement liée cachent naturellement des luttes pratiques de pouvoir, tant il est vrai, ainsi que nous le rappelle G. Ballandier, que le « politique se définit d'abord par l'affirmation des intérêts et la compétition » in Anthropologie politique, PUF, coll. « Quadridge », p. 147.

[10] Cf. Patrick Michel, Religion et démocratie, nouveaux enjeux, nouvelles approches, Paris, Albin-Michel, 1997, p. 20.

 

 

lundi, 20 janvier 2020

Caucasian Tarim Mummies, Tocharians and other Indo-Europeans of China

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Caucasian Tarim Mummies, Tocharians and other Indo-Europeans of China

 
 
Archaeological discovery of mummies in the Taklamakan desert of Western China dating back 4,000 years has captivated the imaginations of researchers, who were surprised to discover that they were caucasians from Europe. The answers to the mystery of who these white mummies were might be found in the later history of Xinjiang province; in the Chinese written records of blue eyed and red bearded merchants such as the Yuezhi and the Sogdians from the West and in the manuscripts written in a mysterious Indo-European language known as Tocharian. Clearly there were both Iranic and Tocharian peoples living in Western China in later times, and the Tarim mummies must have been the ancestors of some if not all of them.
 
The inhospitable Tarim basin became a vital route for merchants, at the crossroads between East and West, the basin is skirted by oasis towns which were stations for anyone traveling on the Silk Road.The caucasian, Europoid mummies and the ancient Indo-European languages of the region challenge popular misconceptions about the limits of European civilisation in the Bronze Age. The material excavated suggests the area was active for thousands of years, with diverse languages, lifestyles, religions, and cultures present.
 
 
 
This channel depends on your support:
Tocharians and Tarim mummies art by Andrew Whyte http://basileuscomic.com/
Andronovo chariot art by Christian Sloan Hall https://www.deathlord.co.uk
 
Music:
OST by Deor (website coming soon) Doug maxwell - Lau Tzu Ehru Doug Maxwell - Oud dance Quincas moreira - Dawn of Man Kevin McLeod - Dhaka
 
Sources:
Adams, D., (2019) ‘Tocharian C: its discovery and implications’ https://languagelog.ldc.upenn.edu/nll...
 
A dictionary of Tocharian B https://www.win.tue.nl/~aeb/natlang/i...
 
Gray, Russell & Atkinson, Quentin & Greenhill, Simon. (2011). Language Evolution and Human History. Good, I., ‘A Social Archaeology of Cloth some preliminary remarks on prehistoric textiles of the Tarim Basin’ (Peabody Museum) http://www.safarmer.com/Indo-Eurasian...
 
Hollard, C. et al. (2018). New genetic evidence of affinities and discontinuities between bronze age Siberian populations. American Journal of Physical Anthropology 167 (1): 97–107. Katariya, A., ‘Ancient History of Central Asia: Yuezhi-Gurjar History’, Article No 01 Mair, V., ‘Ancient Mummies of the Tarim Basin’ https://www.penn.museum/sites/expedit...
 
Ning, et al. (2019), ‘Ancient Genomes Reveal Yamnaya - Related Ancestry and a Potential Source of Indo-European Speakers in Iron Age Tianshan’ https://www.cell.com/current-biology/...
 
Wenkan, X. (1996) ‘The Tokharians and Buddhism’ Xie, M. et al, (2013) Interdisciplinary investigation on ancient Ephedra twigs from Gumugou Cemetery (3800 B.P.) in Xinjiang region, northwest China. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2...
 
Yang, Y. (2019), ‘Shifting Memories: Burial Practices and Cultural Interaction in Bronze Age China A study of the Xiaohe-Gumugou cemeteries in the Tarim Basin’ http://www.diva-portal.org/smash/get/...
 
Selections from the Han Narrative Histories https://depts.washington.edu/silkroad...

vendredi, 09 novembre 2018

La Chine et les Ouïghours

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La Chine et les Ouïghours

Les médias occidentaux se taisent : dans l’Empire du Milieu, on combat fermement l’islamisme

Par Georg Immanuel Nagel

En Chine, l’immense majorité de la population est d’ethnie han mais il y a tout de même beaucoup de minorités. La seule qui, aux yeux du gouvernement chinois actuel, pose problème est une ethnie turque (turcophone), celle des Ouïghours, qui vit dans la région du Sin Kiang. Les neuf millions d’Ouïghours se sentent proches des autres peuples turcophones, ont adopté les mêmes symboles nationaux et, surtout, partagent avec eux la même foi islamique. Le mouvement islamiste global intervient également dans le Sin Kiang, si bien que cette province est, depuis un certain temps déjà, la proie du terrorisme et d’une violence au quotidien.

La situation est d’autant plus tendue que le Sin Kiang, sur son flanc occidental, a des frontières avec le Pakistan et l’Afghanistan, ce qui a pour conséquence que les réseaux terroristes ne manquent jamais de logistique et d’approvisionnements. L’objectif politique des Ouïghours est d’obtenir l’indépendance du « Turkestan oriental », comme ils appellent leur zone de peuplement, et d’en faire une théocratie islamique. Ils espèrent avoir gain de cause en utilisant des méthodes sanglantes. Outre les assassinats ciblés, les musulmans du Sin Kiang envisagent d’autres modes d’agression, comme les viols collectifs. A plusieurs reprises des désordres de grande ampleur et des émeutes ont eu lieu. Ensuite, les autorités chinoises reprochent aux Musulmans de ne participer que très modérément à la vie économique et d’avoir une tendance très généralisée à carotter, à éviter toute profession constructive.

En superficie, le Sin Kiang est la plus grande des régions de Chine mais elle est peu peuplée. Tout comme au Tibet, Beijing pratique une politique de « grand remplacement » de la population pour contraindre les petits peuples récalcitrants à s’étioler, à abandonner le terrain. Contrairement aux esprits confus des gauches européennes, les Chinois savent pertinemment bien que les immigrations massives et les mixages, qui en résultent, ne produisent pas un « paradis multiculturel » mais détruisent la population qui subit cette immigration. En 1955, les Ouïghours représentaient encore 73% de la population du Sin Kiang ; en 2010, ils n’étaient plus que 45%.

La première mesure prise contre les djihadistes a été d’interner de nombreux agitateurs et prédicateurs haineux. Par l’introduction de lois sévères, on a plus ou moins interdit l’islamisme. Les écoles coraniques au statut douteux et les mosquées qui prêchaient la terreur ont dû fermer leurs portes. Il est désormais illégal de donner aux enfants des prénoms à connotation religieuse. Les Ouïghours deviendront-ils dès lors le premier peuple musulman, où un homme sur deux ne se prénommera pas Mohammed ? En plus, le port de la barbe chez les hommes et du voile chez les femmes a été mis à l’index. L’oisiveté, l’absence de métier ou d’emploi, très répandue, va être combattue par les autorités chinoises, par la rééducation dans des centres de formation professionnelle. De très nombreux extrémistes sont désormais obligés de se rendre dans ces centres pour y apprendre à devenir de braves citoyens chinois, travailleurs et consciencieux. Des programmes obligatoires ont été établis, non seulement pour offrir aux islamistes oisifs des perspectives d’emploi, mais aussi pour les resocialiser et pour corriger leurs comportements, jugés aberrants par les autorités chinoises, au point de les soumettre, le cas échéant, à des traitements psychiatriques. L’objectif de ces programmes drastiques est d’éviter la constitution de sociétés parallèles animées par le radicalisme islamiste.

Tous ceux qui ont un comportement « séparatiste », selon les autorités chinoises, sont visés, par exemple, ceux qui n’envoient pas leurs enfants dans les écoles officielles, qui prêchent des doctrines extrêmes ou tentent de forcer d’autres à des pratiques religieuses, risquent bien, à court terme, de gagner un séjour gratuit dans une institution contrôlée par l’Etat.

Dans ce cadre, il est curieux de constater que les Ouïghours reçoivent le soutien de l’Occident (censé combattre le radicalisme islamiste). Les médias mainstream ne présentent l’affaire que dans une seule optique : ils déplorent les mesures prises par les Chinois contre les extrémistes ouïghours mais n’évoquent jamais le terrorisme qui les a provoquées. Les médias occidentaux présentent les Ouïghours comme de pauvres agneaux innocents, méchamment discriminés pour leur foi inoffensive. En Europe centrale, nous avons reçu, récemment, un enrichissement ouïghour car, à Munich, s’est établi le siège du « Congrès mondial des Ouïghours » ; auparavant, les animateurs de cette association pouvaient en toute légalité circuler en Turquie. Le mouvement ouïghour en exil a la réputation d’être soutenu par la CIA.

L’association, établie à Munich, est toutefois beaucoup plus influente aux Etats-Unis. L’Oncle Sam s’engage à chaque occasion en faveur des Ouïghours. Ainsi, la diplomate américaine Kelley Currie a prononcé un discours particulièrement agressif contre la Chine lors d’une assemblée de l’ONU, portant contre elle de nombreuses accusations. D’après Currie, les mesures que prennent les Chinois sont contraires aux droits de l’homme et les Ouïghours sont injustement placés sous le joug de Beijing et discriminés.

Ce discours tonitruant de Madame Currie laisse sous-entendre que ces islamistes ouïghours, comme d’autres groupes fondamentalistes auparavant, sont sciemment promus par Washington pour faire avancer les stratégies géopolitiques du Pentagone. Créer des conflits intérieurs en Chine puis stigmatiser les Chinois en les posant comme des oppresseurs brutaux constitue une stratégie qui entre bien dans l’ordre du jour des stratèges américains, qui, depuis longtemps déjà, cherchent à freiner l’expansion du dragon chinois dans le monde.

Georg Immanuel Nagel.

(article paru dans « Zur Zeit », Vienne, n°42/2018 – http://www.zurzeit.at ).

 

vendredi, 26 octobre 2018

El problema del uigur en China - La parte no mencionada

F. William Engdahl*

Ex: http://www.elespiadigital.com

En los últimos meses, los medios de comunicación occidentales y la Administración de Washington han empezado a aumentar el tono y el llanto por los supuestos campos de internamiento en masa en el noroeste de China, donde supuestamente hasta un millón de chinos uigures chinos están siendo detenidos y sometidos a diversas formas de "reeducación" Varias cosas sobre estas acusaciones son notables, entre otras cosas, todas se originan en los medios de comunicación occidentales o en las ONG "demócratas", como Human Rights Watch, cuyo historial de veracidad deja mucho que desear.

En agosto, Reuters publicó un artículo titulado "La ONU dice que tiene informes creíbles de que China tiene millones de uigures en campamentos secretos ".  Una mirada más cercana al artículo no revela una declaración oficial de la ONU, sino más bien una cita de un miembro estadounidense de un Comité “independiente” que no habla en nombre de la ONU: Resulta que la fuente de la acusación es una ONG asesora independiente de las Naciones Unidas llamada Comité para la Eliminación de la Discriminación Racial. La única persona que hizo la acusación es la miembro del comité estadounidense Gay McDougall, dijo que estaba "profundamente preocupada" por esos "informes creíbles", pero McDougall no citó ninguna fuente para sostener tan dramática acusación.

Reuters en su artículo refuerza su reclamo citando a una turbia ONG con sede en Washington DC, los Defensores de los Derechos Humanos de China (CHRD). En una excelente investigación de sus antecedentes, los investigadores del Proyecto Grayzone descubrieron que el CHRD obtiene cientos de miles de dólares de gobiernos anónimos. La notoria ONG del gobierno de los Estados Unidos, National Endowment for Democracy, está en la lista de los sospechosos habituales.  Cabe destacar que el discurso oficial de CHRD es el de Human Rights Watch, que también recibe fondos de la fundación Soros .

El 'problema uigur'

El verdadero estado de los asuntos en la provincia china de Xinjiang con respecto a los uigures no es posible verificarlo de forma independiente, si existen tales campamentos y, de ser así, quién está allí y bajo qué condiciones. Sin embargo, lo que se sabe es el hecho de que las agencias de inteligencia de la OTAN, entre ellas Turquía y Estados Unidos, junto con Arabia Saudita, han estado involucradas en el reclutamiento y despliegue de miles de musulmanes uigures chinos para unirse a Al Qaeda y otros grupos terroristas en Siria en años recientes. Este lado de la ecuación merece una mirada más cercana, es el lado omitido por Reuters o la embajadora de la ONU Haley.

Según los medios sirios citados en Voltaire.net, en la actualidad hay aproximadamente 18,000 uigures étnicos en Siria concentrados en una aldea en la frontera turca con Siria. Desde 2013, dichos soldados uigures han abandonado el combate junto a Al Qaeda en Siria y han regresado a Xinjiang de China, donde han llevado a cabo varios actos terroristas .  Esta es la punta de un desagradable proyecto vinculado a la OTAN para plantar las semillas del terror y el malestar en China. Xinjiang es un eje de la Iniciativa Belt Road de China, la encrucijada de los oleoductos y gasoductos estratégicos de Kazajstán, Rusia y un objetivo principal de la intriga de la CIA desde hace décadas.

Turquía, al menos desde 2011, al comienzo de la guerra de la OTAN contra la Siria de Bashar al Assad, desempeñó un papel clave en facilitar el flujo de personas uigures chinas para convertirse en jihadistas en Siria. Utilizo deliberadamente el "desempeñó" para dar beneficio de la duda si todavía es el caso hoy o si se ha convertido en una vergüenza para Erdogan y la inteligencia turca. En cualquier caso, parece que miles de uigures están escondidos en Siria, la mayoría alrededor de Idlib, el último puesto de avanzada de terroristas en contra del régimen.

Washington y el ETIM

En un excelente análisis de la historia de terror uigur de China, Steven Sahiounie, periodista sirio del 21st Century Wire, señala que una organización clave detrás de la radicalización de la juventud uigur china es el Movimiento Islámico del Turquestán Oriental (ETIM) y su frente político, el Partido Islámico del Turquestán (TIP), también conocido como "Katibat Turkistani". Cita un discurso pronunciado en Estambul en 1995 por el entonces alcalde de Turquía, Erdogan, quien declaró: "Turquestán Oriental no es sólo el hogar de los pueblos turcos, sino también la cuna de la historia, la civilización y la cultura turcas....". Turkestán oriental es Xinjiang.

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Hoy en día, el ETIM está encabezado por Anwar Yusuf Turani, autoproclamado Primer Ministro de un gobierno en el exilio que reside principalmente en Washington DC. ETIM se mudó curiosamente a Washington en un momento en que el Departamento de Estado de los Estados Unidos lo catalogó como una organización terrorista. De acuerdo con un informe publicado en una revista de investigación turca,  “las actividades de la organización de Turani para el gobierno en el exilio se basa en un informe titulado El Proyecto de Xinjiang”. Eso fue escrito por el ex oficial superior de la CIA Graham E. Fuller en 1998 para Rand Corporation y revisado en 2003 bajo el título "El problema de Xinjiang"

He escrito extensamente en mi libro, The Lost Hegemon, sobre el agente de la CIA Graham Fuller. El ex jefe de la estación de la CIA en Estambul, Fuller, fue uno de los arquitectos del asunto Irán-Contra de Reagan-Bush, y uno de los principales patrocinadores o gestores de la CIA que facilitó el exilio en los EE. UU. de Gülen. También, estaba según lo ha reconocido, en Estambul la noche del fallido golpe de Estado de 2016. En 1999, al final de la era Yelstin rusa, Fuller declaró: “La política de guiar la evolución del Islam y de ayudarlos contra nuestros adversarios funcionó maravillosamente bien en Afganistán contra los rusos. "Las mismas doctrinas todavía pueden usarse para desestabilizar lo que queda del poder ruso, y especialmente para contrarrestar la influencia china en Asia Central". Esto es a lo que se dirige la encubierta arma estadounidense del ETIM. Como la mayoría de los grupos yihadistas sunitas radicales, el ETIM de Turani obtuvo fondos de los grupos sunitas radicales de Arabia Saudita.

A fines de la década de 1990, Hasan Mahsum, también conocido como Abu-Muhammad al-Turkestani, fundador del Movimiento Islámico de Turkestán Oriental, trasladó la sede de ETIM a Kabul, refugiándose en el Afganistán controlado por los talibanes. En Afganistán, los líderes de ETIM se reunieron con Osama bin Laden y otros líderes de Al Qaeda, los talibanes y el Movimiento Islámico de Uzbekistán, entrenados por la CIA, para coordinar acciones en Asia Central.  Cuando el ejército paquistaní asesinó a al-Turkestani en 2003, Turani se convirtió en jefe de ETIM y llevó su sede a Washington.

En su propio estudio de Xinjiang, Graham E. Fuller, observó que los grupos de Arabia Saudita habían diseminado la literatura religiosa extremista wahabí y posiblemente armas pequeñas a través de simpatizantes en Xinjiang, y que los jóvenes musulmanes turcos habían sido reclutados para estudiar en las madrasas en Pakistán, Afganistán y Arabia Saudita. Añade que los uigures de Xinjiang también lucharon junto a Al Qaeda de Osama bin Laden en Afganistán en la década de 1980.

Fuller señaló: "Los uigures están realmente en contacto con grupos musulmanes fuera de Xinjiang, algunos de ellos se han radicalizado en una política yihadista más amplia en el proceso, unos pocos estuvieron involucrados anteriormente en guerrilla o entrenamiento terrorista en Afganistán, y otros están en contacto con Mujahideen musulmanes internacionales luchando por las causas musulmanas de independencia en todo el mundo".

El documento político de la Estrategia de Defensa Nacional del Pentágono de enero de 2018 nombró explícitamente a China junto con Rusia como las principales "amenazas" estratégicas para la supremacía de los Estados Unidos. Afirma que "la competencia estratégica entre estados, no el terrorismo, es ahora la principal preocupación en la seguridad nacional de los Estados Unidos". De manera explícita, y esto es nuevo, el periódico del Pentágono no cita una amenaza militar sino económica. Afirma: "China y Rusia ahora están socavando el orden internacional desde el interior del sistema al explotar sus beneficios al mismo tiempo que socavan sus principios y 'reglas ” La escalada de la guerra comercial contra China, las amenazas de sanciones sobre las denuncias de los campos de detención uigur en Xinjiang, las amenazas de sanciones si China compra equipos de defensa rusos, todo está destinado a interrumpir la única amenaza emergente para un orden global de Washington, que no se basa sobre la libertad o la justicia, sino sobre el miedo y la tiranía. Cómo las autoridades de China están tratando de lidiar con este asalto completo es otro tema. El contexto de los acontecimientos en Xinjiang, sin embargo, debe quedar claro. Occidente, y especialmente Washington, participa en una guerra irregular a gran escala contra la estabilidad de China.

*consultor de riesgos estratégicos y profesor. Es licenciado en política por la Universidad de Princeton

mardi, 25 septembre 2018

Il barone Ungern e il cuore di tenebra dell’Asia

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Il barone Ungern e il cuore di tenebra dell’Asia

Andrea Scarabelli

Ex: http://blog.ilgiornale.it

Ripercorrere la vita del barone Ungern von Šternberg è un po’ come risalire il fiume alla ricerca del Kurtz di Cuore di tenebra. A unire il «Dio della guerra» e il colonnello conradiano è tutta una visione del mondo, l’idea di sperimentare un piano del reale differente interrogando la sorte, combattendo una personalissima guerra anche nei ranghi altrui, a muto convegno di forze ancestrali che, come la lava al di sotto della crosta terrestre, periodicamente riaffiorano, sussurrandoci quanto sia vano e scialbo il concetto di “civiltà”. Ad accomunare Kurtz e Ungern è questo timor panico, nonché l’idea di un destino individuale che, se percorso fino in fondo, si apre alle vastità della Storia, captandone le linee direttrici: non resta allora che interpretare, come antichi aruspici, il corso dei secoli, e magari forzarli un po’, modernissimi rivoluzionari in un mondo di ombre – le loro, le nostre. Di carne l’uno, di carta l’altro (differenza del tutto trascurabile) il loro impatto sull’immaginario contemporaneo è stato ed è notevole. Se, nella celebre pellicola di Coppola, Kurtz/Brando è finito in Vietnam, su Ungern sono usciti nel corso degli anni parecchi libri, anche in italiano, da Il dio della guerra di Jean Mabire a Il signore terribile di Mehmet Frugis, fino al meno interessante Il barone sanguinario di Vladimir Pozner. Il Barone (di volta in volta «pazzo», «sanguinario», «nero» e chi ne ha più ne metta, a rimpolpare la logorrea aggettivale di certa critica) è uno di quegli sconfitti che periodicamente torna a infestare l’immaginario collettivo, spesso raggiungendo lidi inaspettati. C’è chi vince nello spazio, e chi nel tempo.

La sua figura ha affascinato molti, moltissimi, tra cui (in ordine sparso e senz’ansie di esaustività) il Custine delle Lettere dalla Russia, che il genio eretico di Piero Buscaroli – ben prima di Adelphi – volle inserire nella collana La Torre d’Avorio di Fògola. Tra i “mostri sacri” di Eduard Limonov (assieme a de Sade, Lenin, Mao, Freud e altri), lo troviamo anche nei fumetti, ad esempio in Corte Sconta detta Arcana di Hugo Pratt (uscito su «Linus» nel 1974) e nel recente Ungern Khan. Il dio della guerra di Crisse, edito da Ferrogallico. Come tutti i miti, Ungern si è staccato pian piano dalla realtà storica per raggiungere quella archetipica, quella che non si esaurisce nel puro movimento. Se n’era accorto Jacques Bergier, che nella sua autobiografia spirituale, Je ne suis pas une légende, nel terzo capitolo evocò

Baron_Freiherr_Roman_Nikolai_Maximilian_von_Ungern-Sternberg_2.png«i cavalieri liberi del barone Ungern von Sternberg, che sognava di ricostituire in Asia l’impero di Gengis Khan. Un giorno salì a cavallo e disse ai suoi: “Vado su Alpha Centauri”. Nessuno lo vide mai più».

Ma chi era Roman Fëdorovič Ungern von Šternberg? Nato a Graz nel 1886, aristocratico di origini tedesche avvicinatosi al buddhismo, ebbro di sogni euroasiatici e fucilato dai bolscevichi nel 1921, fu uno di «quei personaggi del XX secolo che fecero il ben noto percorso durante il quale il cavaliere errante si trasforma in bandito da strada, il sognatore in boia e il mistico in dottrinario». A scrivere queste parole è Leonid Juzefovič, autore della monumentale biografia – per cui vale la pena spendere il termine definitiva – edita da Mediterranee nella traduzione di Paolo Imperio, Il Barone Ungern. Vita del Khan delle steppe. Una puntuale ed esaustiva ricostruzione della vita e del contesto storico nel quale operò il protagonista di questa storia, ricca di dati e testimonianze di prima mano.

Quell’uomo, che scelse di partecipare e forzare il volgere dei tempi, vi compare in tutte le sue sfaccettature, dalla Prima guerra mondiale, che lo trovò nella Galizia polacca a combattere contro turchi e austriaci. Nella Grande Guerra vide l’opportunità di una rigenerazione del mondo – nell’ottima compagnia, se è per questo, d’insospettabili come Sigmund Freud e Thomas Mann – nonché la fine della borghesia occidentale, a cui scelse di giurare vendetta. Anche perché, più che la posta in gioco, a lui interessava la dimensione avventurosa della guerra, il suo aspetto, per così dire, “ludico”. A prescindere da cause e finalità, insomma, l’importante è non deporre le armi. D’altronde, dirà tempo dopo, liquidando una volta per tutte la faccenda, «è soltanto ora, negli ultimi trent’anni, che si combatte per un’idea». Ungern insegue la guerra come altri vezzeggiavano la pace, il vino o le donne, e questo sembra non piacere a molti suoi commilitoni: alcuni temono addirittura gli venga assegnata una promozione…

Croce di San Giorgio, dopo la rivoluzione di febbraio del 1917 viene spedito nell’Estremo Oriente, collocandosi nel mezzo del complesso scacchiere di quegli anni contro tutto e contro tutti, insieme all’ataman cosacco Semënov. In un mondo che guarda verso altri lidi, si dichiara fedele agli Zar, adepto di un culto appena rovesciato. «La più alta incarnazione dell’idea di Zarismo è nel collegamento della divinità con il potere umano» dirà sotto interrogatorio, ribadendo una concezione anagogica della regalità. Ma a chi fare riferimento per restaurarla? Secondo solo alle battute di caccia, lo sport prediletto dagli aristocratici è il regicidio; per quanto riguarda la borghesia, neanche a parlarne. Il bolscevismo? Una teologia politica tra le altre. La Terza Internazionale? È nata tremila anni fa e risponde al nome di Babilonia. I rivoluzionari? Dei posseduti. Cosa pensasse della rivoluzione ce lo dice anche Ferdinand Ossendowski nel suo Bestie, uomini e dèi, sempre edito da Mediterranee, che contiene un lungo dialogo dell’autore con il Barone, nella città di Urga (l’attuale Ulan Bator). Ne citiamo solo un estratto:

«Nei testi buddhisti leggiamo apocalittiche profezie relative all’epoca in cui comincerà la guerra tra gli spiriti buoni e quelli maligni. Allora si scatenerà la Maledizione sconosciuta che travolgerà il mondo, distruggendo la civiltà, annientando tutti i popoli. La sua arma è la rivoluzione. Durante ogni rivoluzione, l’intelligenza creatrice che si fonda sul passato viene sostituita dalla giovane forza bruta del distruttore. L’uomo verrà allontanato da tutto ciò che è divino e spirituale».

Intanto, in Russia infuria la guerra civile tra Rossi e Bianchi: la capitolazione dei secondi è ormai questione di mesi. Così, abbandona la Russia ma non si accoda agli altri comandanti che riparano in Europa. Ha sete di Oriente e sceglie la Mongolia, in cui si reca con un manipolo di volontari che costituiscono la sua Divisione di cavalleria. Vi giunge nel 1921: da due anni il paese è occupato dall’esercito cinese, e il suo capo spirituale, il Bogd Kan, ottavo Buddha reincarnato, è agli arresti domiciliari a Urga. Dopo aver chiesto un pronostico ai lama, con forze di gran lunga inferiori ai difensori, attacca e conquista la città, liberando il Bogd Kan ed espellendo dalla Mongolia le truppe cinesi. È il febbraio del 1921.

Nominato Kan, i Mongoli guardano a lui come una figura circonfusa dei misteri più insondabili: è anzi da quel momento in poi che si va formando intorno a Ungern un’aura mitologica, con tanto di poteri soprannaturali, invulnerabilità e invisibilità (concessa per intercessione di alcuni spiriti con cui è in contatto). Si dice che di notte cavalchi in valli e steppe accarezzate dagli ululati dei lupi e ricoperte da ossa umane (una variante lo vuole invece a bordo di una carrozza senza cavalli, scagliata nell’oscurità), si mormora che parli con i gufi, animali psicopompi per eccellenza. Il «Dio della Guerra» sperimenta l’ebbrezza – molto russa prima che nietzschiana, molto superominista, molto Raskol’nikov – di essere al di là del bene e del male. Non lesina – come non ha mai lesinato – in punizioni e torture, talune di una crudeltà spaventosa: d’altronde, non c’è tempo per la morale, quando ci si trova nell’occhio del ciclone che solvet saeclum in favilla.

Agli inizi del marzo 1921, la Mongolia viene proclamata monarchia indipendente. Temuto per la sua efferatezza («non era un sadico per natura» scrive Juzefovič, «ma un ideologo della violenza come ultima risorsa capace di poter ragionare con un’umanità decaduta») e ammirato per i suoi innegabili successi militari, la sua ombra si proietta sul futuro, dando il la a una leggenda che nemmeno la morte s’incaricherà di estinguere. Si dice sia la reincarnazione di Gengis Khan: è suo, tra l’altro, l’anello che porta al dito, di rubino, con uno swastika, simbolo del rapporto tra uno e molteplice (dopo la sua morte verrà sequestrato da Bljucher e passerà poi a Žukov). A questo proposito, è molto interessante la testimonianza di George Roerich, figlio del più famoso Nikolaj, pittore metafisico delle altezze himalayane: «Lui per i Mongoli non è morto… nelle canzoni mongole il Barone dorme lontano dalla portata dei mortali, rifugiato nelle profondità del Tibet, nel Regno di Shambala. Il giorno predestinato questo potente Bator, grande come una montagna, risvegliato, agiterà il mondo. Le sue imprese partiranno dalla Mongolia radunando sotto la sua bandiera i popoli e gli porteranno gloria e onore senza precedenti».

Ex Oriente lux recita l’antica sentenza. Era anche il motto del Barone, per cui la Mongolia non rappresentava che una prima tappa; le sue ambizioni erano più ampie. Riconquistato l’Oriente, avrebbe fatto lo stesso con l’Occidente, in una lunga guerra dal retrogusto escatologico che avrebbe liberato la Russia e poi l’Europa da se stesse. Un grandioso quanto utopistico progetto dal respiro eurasiatico: l’Occidente declinante, precipitato in quel nuovo Medioevo che siamo soliti chiamare modernità, avrebbe ricevuto nuova linfa. Fu proprio con l’idea di sparigliare le carte, rovesciando la bussola della Storia, facendo sorgere il sole ad Ovest, che nel 1921, con quattromila soldati, provò a invadere la Russia sovietica, certo dell’appoggio delle popolazioni siberiane. Dopo qualche barlume di vittoria, la catastrofe fu totale, e un tradimento perpetrato dai suoi stessi uomini dettò il passo agli eventi successivi.

Catturato dai bolscevichi, fu processato pubblicamente il 15 settembre 1921 a Novonikolaievsk (l’attuale Novosibirsk) e fucilato lo stesso giorno, eletto a simbolo del peggio di quel passato. Di ciò che gli accadde dopo l’arresto c’è poco da dire, salvo i suoi interrogatori, durante i quali espose la sua visione del mondo. Una sola cosa: poco prima che il plotone facesse fuoco – consegnando le sue spoglie ad Alpha Centauri, al firmamento di ciò che resiste allo scorrere del tempo – ingoiò la croce di San Giorgio assegnatagli tanti anni e tante vite prima, per salvarla dalle mani rapaci dei boia.

jeudi, 20 septembre 2018

Is Langley Unleashing Jihad Against China in Xinjiang?

Is Langley Unleashing Jihad Against China in Xinjiang?

Ex: https://www;strategic-culture.org

One of the early indicators that the Trump administration’s foreign and security policies would not be guided by the President’s own preferences but by those of the supposed “experts” – globalists, neoconservatives, and assorted retreads from the George W. Bush administration – with whom he unwisely has surrounded himself was the announcement of a “new” strategy on Afghanistan in August 2017.  It was neither new nor a strategy. President Donald Trump allowed his publicly stated preference to get the hell out to be overruled by the guys with the short haircuts who want to stay in Afghanistan, in effect, forever.

But why? What possible national interest could be advanced from a permanent American military presence in a godforsaken piece of real estate about as remote from the United States as it is possible to get while staying on this planet?

One answer was suggested by Colonel Lawrence Wilkerson (US Army-Ret.), former chief of staff to US Secretary of State Colin Powell, at the August 18, 2018, conference of the Ron Paul Institute. Wilkerson’s description of the subjective thinking of the US military has the ring of truth (presented here in authentic Pentagonese BLOCK LETTERS, emphasis added in bold):

‘HERE IS WHAT THE MOST POWERFUL AND MOST STRATEGICALLY-ORIENTED BUREAUCRACY IN OUR GOVERNMENT, THE MILITARY, HAS DECIDED FOR AFGHANISTAN.

‘THERE ARE THREE STRATEGIC REASONS WE WILL BE IN AFGHANISTAN, AS WE HAVE BEEN IN GERMANY SINCE WWII, FOR A VERY LONG TIME—WELL BEYOND THE ALMOST TWENTY YEARS WE HAVE BEEN THERE TO DATE.

‘THESE REASONS HAVE LITTLE TO DO WITH STATE-BUILDING, WITH THE TALIBAN, OR WITH ANY TERRORIST GROUP THAT MIGHT BE PRESENT.  THESE THINGS ARE ANCILLARY TO OUR REAL OBJECTIVES.

‘THE FIRST REAL OBJECTIVE IS TO HAVE HARD POWER DIRECTLY NEAR THE CHINESE BASE ROAD INITIATIVE (BRI) IN CENTRAL ASIA. 

‘ASK DONALD RUMSFELD HOW DIFFICULT IT WAS TO GET MAJOR MILITARY FORCES INTO THIS EXTRAORDINARILY DIFFICULT LAND-LOCKED TERRAIN IN THE FALL OF 2001.  FOR THAT REASON, WE ARE NOT ABOUT TO DEPART.

‘SECOND, IN AFGHANISTAN WE ARE RIGHT NEXT TO THE POTENTIALLY MOST UNSTABLE NUCLEAR STOCKPILE ON EARTH, PAKISTAN’S.  WE ARE NOT ABOUT TO LEAVE THAT EITHER.  WE WANT TO BE ABLE TO POUNCE ON THAT STOCKPILE VERY SWIFTLY SHOULD IT BECOME A THREAT.

‘THIRD, WE WANT TO BE ABLE TO MOUNT AND COVER WITH HARDPOWER CIA OPERATIONS IN XINJIANG PROVINCE, CHINA’S WESTERNMOST SECTION.  THESE WOULD BE OPERATIONS AIMED AT USING THE SOME 20 MILLION UIGHURS IN THAT PROVINCE TO DESTABLIZE THE GOVERNMENT IN BEIJING SHOULD WE SUDDENLY FIND OURSELVES AT WAR WITH THAT COUNTRY. 

‘I WILL WAGER THERE ARE NOT A HANDFUL OF OUR CITIZENS WHO REALIZE THAT WE—OUR MILITARY, THAT IS—PLAN TO BE IN AFGHANISTAN FOR THE ENTIRE TIME WE ARE CONSIDERING FOR OUR GRAND STRATEGY—AND PERHAPS BEYOND.’ 

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We are not yet overtly at war with China, but given Beijing’s quasi-alliance with Moscow and the growing prospect of a clash between the US and Russia in Syria or Ukraine it’s not too soon to suppose the self-proclaimed “steady state” already thinks of China as an enemy, or at least as a “great power competitor” that needs to be taken down a peg.  Of particular importance, as noted by Wilkerson, is the Belt and Road Initiative (BRI), the centerpiece of a greater Eurasian partnership, a key component of China’s bid to become a military superpower as well as an economic one.

Beijing’s geographical weak link to Eurasian partnership is Xinjiang, which is BRI’s logistics hub and China’s gateway to the west towards Central Asia, Russia, and Europe. It also conveniently happens to be the home of restive Muslim ethnic Uyghurs.

In short, Xinjiang is an ideal place for the CIA (per Wilkerson) to give Beijing a hotfoot and try to throw an impediment in the way of BRI and thus of Eurasian integration.

Whenever you see western governments and the legacy media wailing about the plight of “persecuted Muslims” somewhere (in a way they never do for Christians anywhere) it should be a tipoff the boys and girls over at Langley are pushing the start button on a jihad against someone for geopolitical reasons having nothing to do with human rights, religious freedom, or other ostensible bleeding heart concerns. That appears to be what we’re seeing today in the strident chorus of alarm from Congress calling for sanctions against Chinese officials.

We’ve seen this movie before. Today we see it against China and Beijing’s Belt and Road Initiative (the Uyghurs, and connectedly the Rohingya in Myanmar, directed against BRI’s China-Myanmar Economic Corridor through Rakhine State on the Bay of Bengal). In the past we saw it in Afghanistan (against the USSR), in the Balkans on behalf of Bosnian Muslims and Kosovo Albanians (against the Serbs), in the Caucasus on behalf of the Chechens (against Russia). Of course the successful overthrow and murder of the Libya’s Muammar Kaddafi and the not-yet-abandoned effort to effect regime change in Syria depend heavily on support for various al-Qaeda affiliates and offshoots.  

It’s significant that in all of our post-Cold War 1 military interventions every one (except for Bill Clinton’s invasion of Haiti) was ostensibly to free or rescue some suffering Muslims – never mind that in Afghanistan, Iraq, Libya, Syria, Yemen, Somalia, etc. we somehow ended up killing large numbers of the supposed beneficiaries. Just imagine how many oppressed Muslims we would need to kill liberating Iran! Meanwhile, as we continue to support the Saudi slaughter in Yemen with a US quasi-alliance with al-Qaeda there, there’s nothing to see, folks . . .

Recognizing these crocodile tears for what they are isn’t to suggest that bad things aren’t happening in Xinjiang. But based on past experience it’s reasonable to think that behind the fog of state-sponsored media propaganda the reality is more complex and involves a substantial element of western intelligence ginning up the jihadis against the kaffir Han as we have against many other targets.

As is the case with Myanmar, where the government’s claims of actual jihad terrorism – including massacring Hindu villagers – are dismissed out of hand, China’s policy in Xinjiang is condemned without reference to the demonstrable reality of outside-supported attacks. As noted by Moon of Alabama:

‘Since the early 1990s a number of terror incidents by the East Turkistan Islamic Movement (ETIM) [also known as the Turkestan Islamic Party] killed several hundred people in China. ETIM is sanctioned by the UN as an al-Qaeda aligned movement. Three years ago China decided to attack the problem at its roots. It prohibited Salafist-Wahhabi Islamic practice, which was only recently imported into the traditionally Sufi Uyghur-Muslim areas, and it tries to weed out any such ideology. It also fears the potential growth of an ethnic-nationalistic Turkic Uyghur movement, sponsored by Turkey, that could evolve into a separatist campaign.

‘People who are susceptible to such ideologies will be put through an reeducation training which includes language lessons in Mandarin and general preparation for the job market. This may not be the way 'western' countries mishandle a radicalization problem, but it is likely more efficient. There surly are aspects of the program that can be criticized. But to claim that these trainings happen in "concentration camps" and for nonsensical reasons is sheer propaganda.’

Further:

‘Xinjiang province is larger than Great Britain, France, Spain, and Germany combined. It is a mostly uninhabitable landscape of mountainous and desert terrain with a tiny population of some 24 million of which only 45% are Muslim Uyghurs of Turkic ethnicity. It would be rather unimportant outer province for China were it not at the core of the new Silk road connections.

‘It is a vulnerable point. An established insurgency in the area could seriously interrupt the new strategic communication lines.

‘Chinese strategists believe that the U.S., with the help of its Turkish, Saudi and Pakistani friends, was and is behind the Islamic and ethnic  radicalization of the Turkic population in the province. It is not by chance that Turkey transferred Uyghur Jihadis from Xinjiang via Thailand to Syria to hone their fighting abilities. That the New York Times publishes about the Xinjiang re-education project, and also offers the report in Mandarin, will only confirm that suspicion. China is determined to end such interference.’

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The fact is that the CIA and MI6 spooks love jihadis – they’re very “operational” as well as expendable. Case in point are several thousand Chinese Uyghurs fighting with the al-Qaeda-led terrorists in Syria’s Idlib province, where China’s President Xi Jinping no doubt will help Syria’s Bashar al-Assad and Russia’s Vladimir Putin ensure as many of them as possible never make it back home.

One inescapable irony is that the US and other intelligence services likely siccing their terrorist hounds on China represent governments that worship at the absurd altar of “diversity is strength,” unlike the countries they are targeting. Unashamed of their identity and culture, the Han Chinese aren’t buying it. As American nationalist Patrick Buchanan observes:

‘Consider China, which seeks this century to surpass America as the first power on earth. Does Xi Jinping welcome a greater racial, ethnic and cultural diversity within his county as, say, Barack Obama does in ours?

‘In his western province of Xinjiang, Xi has set up an archipelago of detention camps. Purpose: Re-educate his country's Uighurs and Kazakhs by purging them of their religious and tribal identities, and making them and their children more like Han Chinese in allegiance to the Communist Party and Chinese nation.

‘Xi fears that the 10 million Uighurs of Xinjiang, as an ethnic and religious minority, predominantly Muslim, wish to break away and establish an East Turkestan, a nation of their own, out of China. And he is correct.

‘What China is doing is brutalitarian. But what China is saying with its ruthless policy is that diversity—religious, racial, cultural—can break us apart as it did the USSR. And we are not going to let that happen.

‘Do the Buddhists of Myanmar cherish the religious diversity that the Muslim Rohingya of Rakhine State bring to their country?”

If Donald Trump really were master of his own house, maybe he could move forward on his pledge of an America First, national interest-based policy that finds “common ground” (as articulated at the same Ron Paul Institute conference by Colonel Doug Macgregor (US Army-Ret.)) with countries like Russia and China we continue to treat as adversaries.

But as things stand now, Trump’s nominal subordinates continue to do as they please as though someone else occupied the Oval Office. Perhaps they anticipate that will soon be the case

mercredi, 23 mai 2018

Renseignements russes et chinois : début d’une invasion de l’Asie centrale par l’EI couverte par les Etats-Unis

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Renseignements russes et chinois : début d’une invasion de l’Asie centrale par l’EI couverte par les Etats-Unis

 
 
Auteur : Par Andrey Afanasyev
Ex: http://www.zejournal.mobi

Des sources dans les agences militaires et de renseignement russes, disent que la préparation d’une opération offensive à grande échelle contre la Russie à travers le Tadjikistan et l’Ouzbékistan est dans la phase finale. Citant des données provenant de canaux de communication avec les ministères de la Défense de la Chine, du Pakistan et de l’Afghanistan, ils disent que l’Afghanistan est la pierre angulaire de ce plan.

Des messages similaires ont déjà été reçus, en particulier lors d’une récente conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Tachkent, la capitale ouzbèke. Puis le ministre tadjik des Affaires étrangères Sirodzhiddin Aslov a annoncé publiquement l’activation des terroristes dans la région :

« Nous voyons l’activation de groupes terroristes, leur progression dans les régions du nord de l’Afghanistan, en particulier dans les territoires limitrophes du Tadjikistan, l’augmentation du nombre de partisans de l’EI et la participation d’un certain nombre de citoyens des républiques post-soviétiques aux groupes et mouvements terroristes présents en Afghanistan…. cela nous préoccupe sérieusement ».

Selon les agences de renseignement russes, le nombre de terroristes de l’EI opérant en Afghanistan varie de 2500 à 4000 personnes. Ces données ont été confirmées par le ministère de la Défense de la Chine. Les sources de la RPC affirment qu’au moins 3800 combattants opèrent dans 160 cellules terroristes mobiles. Ils sont concentrés dans la province de Nangarhar, à la frontière avec le Pakistan, où l’État islamique a augmenté la production et le trafic de drogue, ainsi que la création d’infrastructures pour la formation de combattants et de kamikazes.

Comment ça va se passer

Selon des sources militaires russes, des terroristes se retirent actuellement de Syrie et d’Irak par voie maritime jusqu’au port de Karachi, dans le sud du Pakistan. Après cela, ils arrivent à Peshawar près de la frontière afghane et s’installent dans la province de Nangarhar. Le nouveau siège de l’EI dans la région est situé dans le district d’Achin.

À partir de la fin de l’année 2017, les terroristes ont réussi à rassembler jusqu’à 500 combattants syriens et irakiens, dont plusieurs dizaines de femmes. Des sources disent que la plupart d’entre eux sont des citoyens de la France, du Soudan, du Kazakhstan, de la République tchèque, de l’Ouzbékistan, etc.

L’objectif principal de l’EI en Afghanistan est non seulement la déstabilisation du pays, mais aussi une invasion à grande échelle des républiques post-soviétiques d’Asie centrale : le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan afin d’attiser les tensions aux frontières sud de la Russie.

Les sources de renseignement russes disent qu’il y aura deux voies pour l’offensive de l’EI. L’une mènera au Tadjikistan à travers les provinces du Nuristan et du Badakhshan, l’autre passera par Farakh, Ghor, Sari-Pul et Faryab au Turkménistan.

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Mohammed Gulab Mangal.

Le principal responsable des opérations de l’EI est le gouverneur de la province de Nangarhar, Mohammad Gulab Mangal. Il utilise la structure des radicaux pour renforcer son influence dans les régions voisines. De plus, Mangal est bien connu pour sa participation aux opérations financières de l’EI. Des sources affirment que toute tentative de protestation des populations locales est violemment réprimée par les autorités, y compris par des opérations punitives contre les zones peuplées.

Mangal a été connecté aux services spéciaux américains pendant une longue période. La page Wikipédia à son propos dit que le gouverneur actuel de Nangarhar a pris part à une guerre contre les troupes soviétiques dans les années 80. Juste après l’invasion américaine en 2001, il a été nommé à la tête de l’autorité locale. Les médias occidentaux le considèrent comme un homme d’État efficace et juste. La BBC a même qualifié Mangal de « nouvel espoir pour Helmand », une province qu’il gouvernait.

Selon le ministère de la Défense afghan, l’EI prévoit d’augmenter son effectif à 5000 soldats dont la plupart seront cantonnés dans la province de Mangals.

Il est à noter que les deux plus grandes bases militaires américaines dans le pays sont situées près de la région de NAngarhar contrôlée par l’EI et un gouvernement corrompu.

Traduction : Avic – Réseau International

dimanche, 11 février 2018

La Chine installe une base militaire en Afghanistan

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La Chine installe une base militaire en Afghanistan

Par Peter Korzun

Source Strategic Culture

Ex: http://lesakerfrancophone.fr

La province afghane du Badakhshan est limitrophe de la région autonome chinoise ouïgour, le Xinjiang. Elle faisait autrefois partie d’une voie commerciale reliant l’Orient et l’Occident, connue sous le nom d’ancienne route de la soie. Aujourd’hui, cette route est relancée dans le cadre de l’initiative chinoise One Belt, One Road (OBOR), qui prévoit la construction d’importantes infrastructures en Afghanistan et en Asie centrale, dans le but de stimuler l’intérêt de Beijing pour la province.

L’Afghanistan abrite d’importants gisements de matières premières que la Chine pourrait importer. Pékin est en train d’investir 55 milliards de dollars au Pakistan et prévoit de construire un corridor économique s’étendant  jusqu’à la mer d’Arabie. L’OBOR dynamisera l’économie mondiale et profitera également à l’Afghanistan. La Chine est le principal investisseur et partenaire commercial de l’Afghanistan. La stabilité en Afghanistan est dans l’intérêt de la Chine, mais il y a peu d’espoir que les États-Unis puissent la fournir. Après tout, Washington n’a rien réalisé de substantiel allant dans ce sens depuis 2001. Il y a eu des attaques et des replis soudains, des changements de tactiques et de stratégies, et de nombreuses études sur la façon de renverser la tendance de cette guerre, mais les talibans sont toujours forts et l’économie afghane en ruine – le trafic de drogue étant le seul type d’entreprise qui y prospère. Jusqu’à présent, l’administration Trump n’a pas encore présenté sa stratégie tant attendue pour l’Afghanistan, même s’il y a au moins 8 400 soldats américains basés dans le pays. Et leur nombre va bientôt augmenter. Les relations entre les États-Unis et les autres acteurs concernés, comme le Pakistan, sont très tendues. Washington a récemment suspendu son aide militaire à ce pays.

L’instabilité en Afghanistan menace le corridor économique sino-pakistanais, un élément important de l’OBOR. La Chine agit en tant que médiateur, essayant de concilier les différences entre les acteurs régionaux. Les relations afghanes et pakistanaises se sont détériorées en 2017 lorsqu’elles se sont accusé l’une et l’autre de fournir un soutien aux djihadistes opérant dans les zones frontalières. Pékin travaille d’arrache-pied pour améliorer ces relations bilatérales. Elle a mis en place une réunion tripartite entre tous les ministres des Affaires étrangères en 2017. L’un des résultats de ces discussions a été la création de groupes de travail pour promouvoir la coopération dans divers domaines d’activité. Une autre réunion devrait avoir lieu cette année à Kaboul.

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Le Mouvement islamique du Turkménistan oriental, un mouvement nationaliste et islamique ouïgour du Xinjiang, est actif en Afghanistan. Les militants acquièrent de l’expérience de combat en combattant côte à côte avec les talibans et d’autres groupes militants. Pékin ne veut pas que ces guerriers chevronnés reviennent et se livrent à des activités terroristes sur son territoire.

La Russie et la Chine ont intensifié leur aide militaire aux États d’Asie centrale. Elles estiment que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) peut contribuer de manière substantielle à un règlement pacifique. Ces deux pays tentent de construire un réseau d’États régionaux. Moscou et Pékin sont motivées par leurs intérêts nationaux. Conscientes de leurs responsabilités en tant que grandes puissances, elles travaillent ensemble pour promouvoir la sécurité en Afghanistan et en Asie centrale.

Ceci dit, la Chine pourrait penser que ses intérêts dans la région sont suffisamment forts pour justifier un engagement militaire à l’extérieur de ses frontières. Des représentants du gouvernement afghan ont indiqué que la Chine envisage de construire une base militaire au Badakhshan. Les discussions sur les détails techniques vont bientôt commencer. Les armes et le matériel seront chinois, mais l’installation sera dirigée par du personnel afghan. Les véhicules et le matériel seront acheminés par le Tadjikistan. Il ne fait aucun doute que des instructeurs militaires chinois et autres experts viendront également former et assister les missions. Le vice-président de la Commission militaire centrale chinoise, Xu Qiliang, affirme que la construction de cette base devrait être achevée en 2018.

Grâce à quelques offensives puissantes menées en 2017, les talibans ont capturé temporairement les districts d’Ishkashim et Zebak et celui du Badakhshan. Le gouvernement afghan n’a pas réussi à assurer une présence militaire suffisante pour assurer la sécurité. Un accord avait été conclu avec les commandants locaux sur le terrain, qui leur avait donné une part de la production de lapis-lazuli là-bas, en échange d’une cessation des hostilités. Mais les chamailleries internes ont sapé la paix fragile entre les groupes locaux, et les talibans ont saisi l’occasion pour intervenir. La présence d’État islamique dans la province est particulièrement préoccupante. La sécurité des frontières est donc une question d’une importance primordiale pour Pékin.

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La question est : jusqu’où la Chine est-elle prête à aller ? Jusqu’à présent, elle a limité ses activités militaires à des équipes commandos patrouillant dans le corridor de Wakhan. Une base militaire au Badakhshan constituerait une étape importante démontrant que Pékin est prête à étendre sa présence dans le pays et remplacer les États-Unis. La Chine a un atout dont les États-Unis manquent – ses bonnes relations avec la Russie et le Pakistan. Pékin représente l’OCS, une grande organisation internationale qui comprend des acteurs tels que la Turquie, l’Iran, l’Inde, le Pakistan et les pays d’Asie centrale. L’année dernière, le président russe Vladimir Poutine a pris l’initiative de relancer les travaux du Groupe de contact de l’OCS sur l’Afghanistan. Ces activités avaient été suspendues en 2009. La Russie préconise d’ouvrir dès que possible des pourparlers directs entre le gouvernement afghan et les talibans. Pékin soutient également cette idée. Les deux nations sont dans le même bateau. Moscou a déclaré qu’elle était prête à accueillir une conférence sur l’Afghanistan.

L’OCS peut transformer le processus de paix en un véritable effort multilatéral. Cela affaiblira le poids des États-Unis dans la région, mais renforcera les chances de trouver un règlement au conflit. La coopération et la diplomatie pourraient ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Afghanistan.

Peter Korzun

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

 

jeudi, 04 janvier 2018

Afghanistan : les diplomates chinois dament le pion aux Américains

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Afghanistan : les diplomates chinois dament le pion aux Américains

Ex : http://www.zuerst.de

Beijing/Kaboul. La Chine essaie en ce moment de chercher un compromis voire une solution dans la conflit afghan et pourrait très bien obtenir le succès voulu : les diplomates chinois, en effet, sont parvenus à amener l’Afghanistan à engager un dialogue pacificateur avec le Pakistan dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Le gouvernement chinois avait préalablement suggéré aux Afghans un programme d’investissement de plusieurs milliards. L’année 2018 pourrait donc bien couronner de succès les efforts chinois à Kaboul car Beijing est prêt à accepter les Talibans à la table des négociations.

En déployant cette stratégie diplomatique originale, la Chine sera d’emblée plus sûre de ses succès que les Etats-Unis, dont la politique afghane s’est avéré un désastre complet. Les observateurs de la politique internationale considèrent que ces chances chinoises d’obtenir de meilleurs résultats vient tout simplement du fait qu’ils cherchent équilibre et harmonie tandis que les Etats-Unis viennent de critiquer violemment le Pakistan et n’ont qu’une seule politique en Afghanistan, celle de ne perpétrer que des coups de force militaires. Les Chinois, eux, peuvent se présenter comme des « amis » du gouvernement pakistanais alors que les Américains ne soutiennent que des politiques conduisant à des conflits de longue durée dans la région.  

L’initiative chinoise en Afghanistan s’inscrit dans le cadre de l’initiative dit de la “Route de la Soie”. La région de l’Hindou Kouch joue un rôle important dans cet énorme projet géopolitique, géostratégique et infrastructurel. Beijing y suit bien sûr une politique visant à sécuriser ses propres intérêts et ceux-ci postulent évidemment que la paix règne dans la région et que le conflit cesse de connaître une « escalade » perpétuelle.

Pour les Chinois, l’Afghanistan a un rôle concret à jouer sur l’échiquier eurasien où doit s’articuler le projet de la “Route de la Soie”. Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, l’a expliqué : « Sur le long terme, nous envisageons de relier le corridor pakistanais avec le corridor économique du centre de la Chine puis avec le corridor économique ouest-asiatique à travers le territoire afghan ».

L’initiative chinoise en Afghanistan prolonge une tendance qui s’est mise en œuvre au cours des derniers mois : la Chine, en effet, a étendu son influence non seulement dans son environnement géographique immédiat mais aussi dans des régions plus éloignées d’elle, ce qui a amplifié l’éventail de ses intérêts géostratégiques, à un moment où les Etats-Unis se heurtent de manière de plus en plus frontale avec ses partenaires asiatiques et autres. Beijing renforce son réseau de relations internationales en optant pour une diplomatie visant l’équilibre et l’harmonie tandis que les Américains, en misant sur la force brutale et l’intransigeance impérialiste, accumulent les problèmes sans y apporter de solution.

samedi, 30 septembre 2017

Washington va-t-il ouvrir un nouveau front anti-russe dans le Tadjikistan?

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Washington va-t-il ouvrir un nouveau front anti-russe dans le Tadjikistan?

par Jean Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

On peut penser qu'après avoir subi défaites sur défaites dans son effort de plus de 20 ans visant à déstabiliser la Russie, Washington ne s'en tiendra pas là. Il ne le fera pas directement, mais par « proxies » interposés.
 
Ce terme de plus en plus utilisé désigne les différentes factions islamistes que les Etats-Unis n'ont cessé d'armer, de financer et de conseiller avec l'aide de leurs forces spéciales. Plus personne ne doute de la chose aujourd'hui, alors que Bashar al Assad est en train de récupérer une souveraineté presque entière sur la Syrie. Il apparaît en effet que l'Etat islamique, utilisant des armes abondamment fournies par des intermédiaires aux ordres de Washington, est encore pratiquement le seul à lutter contre les forces syriennes au nord-est de l'Euphrate. Même Israël, grand allié des Etats-Unis, semble avoir renoncé à exiger le "Assad must go".

Or la Russie dispose de points faibles connus depuis longtemps. Il s'agit des Etats dits du « stan », dont le Tadjikistan est le plus connu. Même si ces Etats entretiennent officiellement de bonnes relations avec Moscou, dont ils s'étaient émancipés à la chute de l'Union soviétique, ils sont peuplés essentiellement de musulmans parmi lesquels la CIA et autres services secrets américains n'auront aucun mal à recruter des djihadistes près à mener le combat, non seulement dans ces pays eux-mêmes, mais au coeur de la Russie. Ils reprendraient un combat que pendant des années les terroristes tchétchènes avaient mené en Russie même, et dont Vladimir Poutine avait fini par se débarrasser.

Des experts militaires russes se disent convaincus qu'aujourd'hui l'Amérique va entreprendre par différents moyens, dont l'aide à des nationalistes prêts à devenir des terroristes, de déstabiliser l'Asie centrale. Le Tadjikistan est le plus vulnérable, mais l'Ouzbékistan et le Turkménistan le seront aussi.

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Moscou aura beaucoup de mal à lutter contre des factions islamistes s'implantant dans ces pays, abondamment pourvues en argent et en armes par les services américains. Il pourra aussi difficilement empêcher que des djihadistes ne s'infiltrent en Russie même. Vladimir Poutine est bien conscient du problème, mais il y a tout lieu de penser que Washington va engager de gros moyens, de moins en moins clandestins, pour lui rendre cette tâche difficile.

 

mercredi, 05 juillet 2017

Comment les Etats-Unis ont réduit à néant les espoirs des Afghans

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Comment les Etats-Unis ont réduit à néant les espoirs des Afghans

A propos de l’histoire contemporaine du pays de l’Hindou Kouch

par Matin Baraki

Ex: http://www.zeit-fragen.ch/fr

hd. Il y a quelques semaines, un attentat faisant plus de 90 morts dans la capitale afghane de Kaboul a de nouveau épouvanté l’opinion mondiale. L’Afghanistan ne revient pas à une vie normale. Dans ce pays, la guerre continue et elle demeure quotidienne – à présent depuis déjà pratiquement 40 ans. Le texte ci-dessous de Matin Baraki, chercheur en sciences politiques et enseignant à l’Université de Marbourg, donne un aperçu des rapports historiques et politiques. Baraki, lui-même originaire d’Afghanistan, l’a quitté en 1974, rend compte des tentatives – depuis le début des années 1960 – de construction d’une démocratie dans le pays, de l’échec de ces tentatives et de la responsabilité des pouvoirs étrangers impliqués, notamment les Etats-Unis et leurs alliés.

Le 9 mars 1963, le roi Mohammad Saher annonça la démission de son Premier ministre, Mohammad Daud. Cela devait éviter au royaume d’Afghanistan une révolution venue de la rue. Il s’agissait d’une tentative de transformation partant d’une monarchie absolue pour aboutir à une monarchie constitutionnelle. La monarchie afghane s’était décidée, «à laisser au peuple l’entière liberté du choix de la forme sous laquelle il souhaitait voir s’exercer le gouvernement et l’administration». La population pouvait être sûre, «que nous irons jusqu’au bout dans le domaine des principes démocratiques et des réformes sociales. Nous voulons que notre peuple détermine son destin. Nous voulons que les partis politiques puissent y souscrire»1, soulignait-on du côté officiel.

Tentative de monarchie constitutionnelle (1964–1973)

Le 11 mars 1963, Mohammad Jossof, jusqu’alors ministre de l’Industrie minière et de l’Industrie, fut nommé nouveau ministre-président. Avec Jossof, des forces extérieures à la dynastie accédaient pour la première fois aux affaires gouvernementales tout en jouissant de la confiance du roi ainsi que de la classe dirigeante aristocratique. Dès sa première déclaration gouvernementale, le 28 mars 1963, Jossof annonça des réformes dans la politique du pays, dont l’élément essentiel devait être l’élaboration d’une nouvelle Constitution et d’une loi électorale. En septembre 1964, une Loyah Djergah (Grand Conseil) accepta le projet constitutionnel et le 1er octobre 1964, la nouvelle Constitution fut ratifiée par le roi.
Dans l’article 1 de la Constitution, il est dit: «L’Afghanistan est une monarchie constitutionnelle et un Etat unitaire indépendant et indivisible.» Soutenues par la Constitution, toutes les tendances politiques furent rendues publiques, ainsi que leurs programmes. Le 1er janvier 1965, les forces politiques d’orientation marxiste fondèrent en toute illégalité le Parti populaire démocratique d’Afghanistan (PPDA). Un an plus tard fut adoptée une loi sur les partis politiques. Le 30 avril 1963, Jossof, alors Premier ministre, avait déclaré que la seule solution valable pour l’Afghanistan était un système bipartite. Cela était dans l’intérêt d’un pouvoir exécutif stable et il fallait barrer la voie de la formation politique aux groupes minoritaires. Le parti au pouvoir devait être composé des partisans du roi et de ses proches pouvoirs, le second parti faisant fonction de «parti d’opposition», avec obligation de loyauté envers le roi.
Pour la première fois eurent lieu des élections législatives (du 10 au 25 septembre 1965) avec une forte participation populaire. Le 25 octobre 1965, lycéens et étudiants manifestèrent publiquement pendant le débat parlementaire sur la question de confiance au cabinet nouvellement formé et qui serait de nouveau sous la direction de Mohammad Jossof.
Leur protestation concernait la composition du cabinet Jossof au sein duquel on trouvait des personnalités réputées extrêmement corrompues telles Said Qasem Reschtia, le ministre des Finances. La police et l’armée réagirent par la force des armes envers les manifestants; selon les chiffres officiels, il y eut trois morts et plusieurs douzaines de blessés. Selon les informations diffusées par des observateurs indépendants, il y eut entre 20 et 30 morts parmi les lycéens et les étudiants.
Afin d’apaiser la situation, Jossof démissionna de ses fonctions de chef du gouvernement le 29 octobre 1965. Cela marque l’échec de la première tentative de démocratisation, connue comme la «révolution tranquille». Les neuf gouvernements qui se succédèrent jusqu’en avril 1978 ne parvinrent pas non plus à satisfaire mêmes les besoins élémentaires de la population.

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Le roi Saher («ombre d’Allah») est balayé (1973–1978)

Dans de nombreux domaines, l’Afghanistan se rangeait parmi les pays les moins développés et les plus pauvres du monde. C’était déjà à l’époque, selon les statistiques de l’ONU, le pays le plus sous-développé d’Asie.
Malgré l’aide au développement «néocolonialiste» accordée depuis des décennies par les nations occidentales – principalement les Etats-Unis et la RFA – la situation socio-économique s’était aggravée en Afghanistan d’année en année. A lui seul, l’endettement, résultant notamment de nombreux projets de développement partiellement aboutis ou carrément avortés,2 était en forte hausse au point que la situation générale devenait de plus en plus menaçante pour la monarchie.
La majorité de la population afghane vivait de toute façon déjà à la limite du minimum vital. La famine, dont furent victimes près de 1,5 millions de personnes suite à la période de sécheresse dévastatrice de 1971/1972, scella la fin du règne du roi Mohammad Saher. «Le temps approchait de prendre des décisions au sujet, soit de la révolution de ceux qui attendaient dans l’ombre […] soit des mesures radicales menant à une démocratie moderne. Il fallait que quelque chose se produise tôt ou tard venant de la monarchie, ou alors il y aurait quelque chose qui se passerait avec la monarchie.»3
Le 17 juillet 1973, les officiers appartenant au Parti populaire démocratique d’Afghanistan (PPDA) lancèrent un coup d’Etat contre la monarchie et portèrent au pouvoir Mohammad Daud (ministre-président de 1953 à 1963 et, en outre, beau-frère et cousin du roi). Cependant le gouvernement Daud ne mis en œuvre aucune des réformes qu’il avait promises dans son premier «discours à la nation». Sur le plan de la politique extérieure, il jeta par-dessus bord la politique traditionnelle de non-alignement de l’Afghanistan tout en intensifiant les relations avec le Shah d’Iran, le président égyptien Anwar Al Sadat, l’Arabie saoudite et le Pakistan.
En premier lieu, Daud exclut peu à peu toutes les forces de gauche de toutes les positions importantes et passa de plus au printemps 1978 à la répression ouverte contre la direction du PPDA. S’y ajoutèrent en outre le terrorisme politique islamiste et la terreur exercée par les services secrets dont étaient victimes des politiciens connus et des représentants du PPDA. Mir Akbar Chaibar, membre fondateur du parti et membre du bureau politique, fut assassiné en pleine rue le 18 avril 1978. En outre, Daud fit arrêter tous les membres de la direction du parti, à quelques exceptions près; ils devaient être liquidés.
Lorsqu’on annonça cette nouvelle aux actualités du soir à la télévision afghane, cela amena le 27 avril 1978 une révolte de l’armée contre le régime de Daud sous la conduite du parti PPDA et initia en conséquence un processus révolutionnaire (révolution d’avril).4 Les militaires libérèrent la direction de parti et lui transmirent le gouvernement de l’Etat: le secrétaire général Nur Mohammad Taraki fut nommé à la présidence du Conseil de révolution et ministre-président et Babrak Karmal son adjoint, ainsi qu’Hafisullah Amin ministre des Affaires étrangères. Ainsi échoua la deuxième tentative de démocratisation du pays de l’Hindou Kouch.

Afghanistan, un modèle à ne pas imiter (1978–1980)

Après la réussite de la révolte du 27 avril 1978, le gouvernement révolutionnaire entreprit des mesures de réforme comme la législation sur le mariage et le divorce (Décret no 7 du 17/10/78), la réforme agraire (Décret no 8 du 28/11/78) ainsi qu’un programme exhaustif d’alphabétisation, ceci afin de s’attaquer et casser les structures féodales et semi-féodales encore en place.5 Dès le début, le combat contre l’analphabétisme remporta un tel succès qu’en 6 mois près de 1,5 millions de personnes apprirent à lire et à écrire, ce pour quoi l’UNESCO décerna un prix à l’Afghanistan. Dans le pays tout entier, on organisa 27 000 cours de formation permanente auxquels participèrent en tout 600 000 personnes.6
De nombreuses erreurs furent commises dans le mouvement de réformes. Entre autres choses, on négligea de préparer la population aux mesures révolutionnaires, ce qui renforça la contre-révolution. Fin 1979, la situation du gouvernement était si désespérée qu’ils demandèrent l’aide militaire soviétique «afin d’empêcher l’Afghanistan de devenir un second Chili (putsch militaire contre le gouvernement Allende du 11/9/73).7 Le gouvernement afghan demanda au total 21 fois8 l’aide de l’Union soviétique, entre autres lors d’une conversation téléphonique le 18 mars 1979 entre N.M. Taraki et Alexej N. Kossygin, président du Conseil des ministres de l’URSS. 9
Avec l’engagement militaire soviétique à partir du 27/12/79, fondé sur le traité d’amitié soviéto-afghan du 5/12/78 et l’article 51 de la Charte de Nations-Unies, le conflit afghan s’internationalisa et fut attisé d’abord de façon occulte puis plus tard ouvertement par les plus grands pays occidentaux, y compris la RFA et ses alliés régionaux. A l’époque, le porte-parole du groupe parlementaire de la CDU/CSU au Bundestag, Jürgen Todenhöfer, plaida avec véhémence pour l’équipement et le réarmement des contre-révolutionnaires avec les armes les plus modernes et motiva sur place les fanatiques du combat et de la destruction de l’Afghanistan.
Les pays impérialistes se réjouirent tout haut d’avoir attiré l’Union soviétique dans un piège. Dans une interview pour le «Le Nouvel Observateur» Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de sécurité du président américain Jimmy Carter (1977–1981), souligna: «Nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir,10 cependant nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils le fassent.»11
A partir de 1979, on lança contre l’Afghanistan «la plus grande opération secrète dans l’histoire de la CIA».12 Immédiatement après la révolution d’avril, sous la houlette des services secrets américains CIA et de son organisme-frère pakistanais, l’Inter Service Intelligence (ISI), on réorganisa environ 35 000 islamistes radicaux issus de 40 pays islamiques13 en puissantes organisations armées qui furent lâchées à l’attaque contre l’Afghanistan.14 Plus de 100 000 islamistes ont ainsi été directement influencés par la guerre contre l’Afghanistan.15 En 1985, la CIA a soutenu la contre-révolution afghane «avec un montant record de 250 millions de dollars».16 Cela constituait «plus de 80% du budget pour les opérations secrètes de la CIA».17 Selon le Spiegel, dans les dix premières années de la guerre civile en Afghanistan, les islamistes ont été officiellement armés pour «plus de deux milliards de dollars».18

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Il fallait absolument empêcher que l’Afghanistan devienne un modèle. Sinon les souverains de toute la région, depuis l’Iran – l’allié le plus proche des Etats-Unis – jusqu’aux potentats arabes despotiques, auraient été emportés par des tempêtes révolutionnaires. La révolution iranienne de février 1979 en fut un exemple patent: le Shah d’Iran, l’un des souverains les plus puissants de la région et, à côté de la Turquie – partenaire de l’OTAN – l’allié le plus important du monde occidental, fut chassé. Les Etats-Unis furent ensuite contraints de transférer leurs stations d’espionnage de la frontière soviéto-iranienne à la Turquie, de retirer près de 40 000 de leurs conseillers militaires et de fermer le siège de la centrale régionale de la CIA à Téhéran.19
Comme les efforts des autorités afghanes pour résoudre politiquement le conflit n’eurent aucun succès, elles décidèrent de capituler. La voie vers l’islamisation était ainsi aplanie et l’immense espoir de la population, détruit.

Début de l’islamisation (1992)

Le nouveau gouvernement formé autour du ministre des Affaires étrangères Abdul Wakil, Najmudin Kawiani, Farid Masdak (tous trois étaient membres du bureau politique) et l’ex-représentant et successeur de Najibullah, Abdul Rahim Hatef, avait décidé de transmettre le pouvoir aux contre-révolutionnaires le 27 avril 1992. Leur président en exil Sebghatullah Modjadedi devint ainsi le premier chef d’Etat de la République islamique d’Afghanistan.
Cependant les islamistes ne réussirent pas non plus à gouverner ensemble le pays, en raison d’intérêts politiques et économiques divergents. La paix, si ardemment souhaitée par le peuple, ne revint pas. Au contraire, la guerre continua avec une brutalité jusque là inégalée. L’opinion mondiale s’en apercevait à peine, mais «les dernières nouvelles de Kaboul, la capitale afghane faisaient en sorte que même la guerre civile en Bosnie-Herzégovine apparaissait presque comme un conflit inoffensif: 3000 à 4000 morts,20 200 000 réfugiés, une ville sans eau, ni électricité ou denrées alimentaires».21
Les grandes villes, au nombre desquelles Kaboul, furent réduites en ruines et en cendres. Des observateurs parlaient même de l’incinération de Kaboul.22 Cet échec historique des islamistes contredisait les intérêts stratégiques et politico-économiques de leurs commanditaires étrangers. Car de leur avis, un régime d’Afghanistan coopérant avec les Etats-Unis et le Pakistan devait réussir à créer des conditions de stabilité politique favorables à la conception du capital pakistanais et américain dans la région du Moyen-Orient – en particulier dans les républiques d’Asie centrale. C’est ainsi que cette situation donna naissance aux talibans dont les accoucheurs furent les Etats-Unis.

La talibanisation (1994)

Longtemps oublié de l’opinion mondiale et rétrogradé au stade d’«orphelin» de la politique mondiale23, l’Afghanistan redevint un sujet prépondérant pour les médias internationaux avec l’apparition des talibans en 1994, la prise de Kaboul le 27 septembre 1996, et leur politique fondamentaliste, extrêmement misogyne et hostile à toute forme de culture, laquelle culmina lors de la destruction des statues de Bouddha dans le Bamyan (Afghanistan central) début mars 2001.
La catastrophe du 11 septembre 2001 à Washington et New York aurait pu devenir un point d’inflexion pour l’Afghanistan, si la communauté internationale avait pris en considération non seulement les intérêts particuliers de certains pouvoirs déterminés, mais aussi ceux des Afghans. Bien que l’apparition publique des talibans ne date que de septembre 1994, ils étaient cependant déjà constitués en force militaire dans le nord-est de l’Afghanistan dès 1985/86, selon les informations recueillies auprès du général Aslam Beg, l’ancien chef d’état-major général du Pakistan. Ils étaient principalement passés par les «Madrasah», des écoles religieuses dispensant une formation fondamentaliste aussi bien militaire que religieuse. Olivier Roy, expert français de l’Afghanistan, avait, dès l’été 1984, pu observer l’action sur les fronts des talibans dans les régions du sud de l’Afghanistan, à Orusgan, Sabul et Kandahar.

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«Il s’agissait en principe de la transformation d’une Madrasah villageoise en un front militaire.»24 Ils recrutaient entre autres parmi les enfants issus des orphelinats en Afghanistan et dans les camps de réfugiés au Pakistan. Sous le commandement direct de l’armée pakistanaise et des services secrets de l’ISI, ils étaient utilisés selon les besoins dans divers groupes de moudjahidins. D’après le général Beg, les moudjahidins «ont été financés généreusement par les gouvernements du Pakistan et de l’Arabie saoudite et, éventuellement des Etats-Unis».25 Pour ce qui est de la décision d’utiliser les talibans en tant que formation militaire indépendante dans la guerre civile afghane, les motivations principales en étaient, selon ma propre estimation, les suivantes:

  1. Au printemps 1994, les chefs des groupes rivaux de moudjahidins en Afghanistan furent cités à comparaître devant la Commission des Affaires étrangères du Congrès américain lors d’un entretien à Washington. Les moudjahidins n’envoyèrent que leurs dirigeants secondaires ou ne répondirent simplement pas du tout à cette «invitation». On présenta aux chefs de moudjahidins présents un plan de réalisation d’un projet d’oléoduc qui aurait fait transiter par l’Afghanistan le pétrole et le gaz de l’Asie centrale – troisième réserve mondiale – jusqu’à l’océan Indien. C’est la raison pour laquelle les plus grands groupes pétroliers occidentaux avaient mené depuis 1990 une «lutte sans merci».26 Il fut donc demandé aux représentants des moudjahidins de conclure une entente dès que possible afin de ne pas retarder la réalisation du projet.27 Ils promirent alors à leurs interlocuteurs américains qu’ils désiraient résoudre le conflit afghan rapidement et pacifiquement – une promesse jamais tenue.
    Les talibans ne sont rien d’autre que le produit des intérêts économiques des Etats-Unis et de leurs alliés régionaux. L’échec historique des moudjahidins a vu la naissance des talibans en tant qu’unité tactique organisée et indépendante sur le théâtre des opérations d’Afghanistan.
    Sorties en apparence du néant, des unités militaires bien organisées, connues à présent sous le nom de talibans, attaquèrent en septembre 1994 la ville afghane de Kandahar à partir de leurs bases du Pakistan. C’était le début d’une nouvelle tentative de résolution militaire du conflit afghan, ayant la préférence des Etats-Unis et de leurs alliés régionaux. La mission historique des talibans telle qu’on la voyait alors, était d’occuper tout l’Afghanistan afin de créer les conditions favorables à la réalisation des projets économiques, politiques et idéologiques des Etats-Unis, du Pakistan et de l’Arabie saoudite. S’y rajoutait encore l’intérêt géostratégique spécifique du Pakistan envers le pays voisin. «Ce serait bien d’avoir un gouvernement fantoche à Kaboul qui contrôlerait le pays tout entier et serait favorablement disposé face au Pakistan»28 constata alors un stratège pakistanais.
  2. Gulbuddin Hekmatyar, le moudjahid favori des Etats-Unis et de leurs alliés dans le conflit afghan, était tombé en disgrâce à cause de ses discours anti-occidentaux et de son soutien au dictateur irakien Saddam Hussein pendant la deuxième guerre du Golfe, ainsi que son refus catégorique de retourner les missiles Stinger encore en sa possession et dont il avait reçu de grandes quantités des Etats-Unis. Il suscita même un affront direct envers les Etats-Unis en en vendant une partie à l’Iran.
  3. Le marché de l’Asie centrale était considéré comme le terrain privilégié des exportations pour les produits pakistanais. Cependant l’unique voie de transit pour y accéder passe par le territoire afghan. Après une rencontre avec des représentants des compagnies pétrolières saoudiennes et américaines, le ministre-président pakistanais Nawaz Sharif de l’époque invita impérativement les talibans à finaliser l’occupation totale de l’Afghanistan avant la fin de l’été 1997.29 Depuis longtemps, cela n’était plus un secret que des unités régulières de l’armée pakistanaise étaient associées aux opérations de combat amplifiant encore l’injonction de Nawaz Sharif, car «livrés à eux-mêmes, les talibans ne seraient pas capables de s’emparer d’un seul village».30
  4. Les Etats-Unis ainsi que l’Arabie saoudite voulaient endiguer l’influence idéologique de leur rival iranien en Afghanistan. Les groupes de moudjahidins s’étant ici aussi révélés incapables, ils devaient appuyer les talibans à leur place.

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La guerre des Etats-Unis dans l’Hindou Kouch (2001–jusqu’à?)

Le 5 décembre 2001, alors que la guerre américaine en Afghanistan était encore en cours, un gouvernement pour l’Afghanistan fut constitué, sous la responsabilité des Nations Unies, sur le Petersberg près de Bonn. Y étaient représentés des chefs de moudjahidins qui se connaissaient depuis plusieurs années de guerre civile. Les forces rassemblées étaient principalement celles qui avaient participé de façon décisive à la destruction de Kaboul durant laquelle plus de 50 000 civils avaient trouvé la mort. Le général ouzbek Abdul Raschid Dostum, le seul chef de milice séculaire d’Afghanistan n’avait pas été invité à cette conférence.
Parmi les observateurs internationaux, seuls étaient représentés les Etats-Unis avec 20 participants. Cette énorme présence laissait présager une influence déterminée du déroulement et du résultat des pourparlers. Les Etats-Unis s’imposèrent ainsi avec la nomination de Karsei au poste de ministre-président bien que ce dernier n’était pas présent au Petersberg, car il se trouvait sur un navire de guerre des Etats-Unis dans l’océan Indien.
La communauté internationale sous l’égide américaine parlait d’une «démocratisation» de l’Afghanistan, et pourtant elle portait au pouvoir des islamistes, des seigneurs de guerre et des criminels de guerre. C’était à présent la quatrième fois qu’étaient déçus les espoirs de paix durable et de démocratie de la population afghane meurtrie: 1) En 1989, après le départ des forces armées soviétiques, 2) suite à la prise de pouvoir des moudjahidins en 1992, 3) avec l’arrivée des talibans en 1994–1996, 4) avec l’expulsion des talibans en 2001. Ainsi la communauté internationale a non seulement gaspillé une autre chance d’aider l’Afghanistan sur la voie de la démocratisation, mais encore a dûment entériné l’échec d’une solution au conflit par la voie militaire.

Tentative d’intégration des talibans

Lors de la guerre d’Afghanistan, l’administration Bush avait présenté la destruction d’Al-Kaida sous la direction d’Oussama ben Laden et des talibans comme l’objectif direct de la guerre. Quand ils finirent par se rendre compte qu’on ne pouvait détruire les talibans aussi facilement qu’Al-Kaida et encore moins les éliminer d’Afghanistan, les stratèges occidentaux entreprirent alors de les différencier. Al-Kaida avait un agenda international, les talibans demeuraient à l’échelon national, c’était le nouveau mot d’ordre. C’est-à-dire que la lutte des talibans avait à présent un objectif national, de plus orienté uniquement contre les armées occidentales en Afghanistan. On devait donc tenter de les intégrer dans les structures politiques quasi-coloniales dans l’Hindou Kush. Pour mettre cette stratégie en pratique avec succès, il fallait avant tout renforcer la pression sur les talibans en les divisant et en éliminant physiquement certains des chefs locaux.
Les experts gouvernementaux auprès de la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP) de Berlin plaidèrent pour un «‹coup fatal› à porter contre les instances dirigeantes des groupes de résistance afghans [Quetta-Shura, qui comprend les talibans, le réseau d’Haqqani et le Hezb-e Islami de Gulbuddin Hekmatyar] avec pour objectif d’affaiblir significativement l’opposition militante […]».31 Cela ressemblait à une incitation au meurtre, ce qui d’après le code pénal allemand (StGB § 26 Anstiftung) est interdit et condamnable: «L’instigateur est punissable de la même façon que l’auteur du crime, celui qui a intentionnellement incité un tiers à commettre un acte illégal avec préméditation.» En conséquence, l’instigateur devrait être condamné exactement comme l’auteur du délit lui-même.
Les exigences politiques et militaires des talibans devaient ultérieurement être présentées de telle manière qu’elles puissent être satisfaites.
Les stratèges occidentaux découvrirent alors les «talibans modérés» qui entrèrent en ligne de compte comme partenaires de négociations. En avril 2007, le chef du SPD de l’époque, Kurt Beck avait convoqué une conférence pour la paix pour l’Afghanistan, à laquelle tous les groupes importants de l’Hindou Kush, dont les talibans auraient dû participer. Cela ne mena nulle part. On continua néanmoins les négociations secrètes entre les diverses parties impliquées dans le conflit, avec plusieurs rencontres en Allemagne. C’est seulement six ans plus tard, le 18 juin 2013, que les talibans ouvrirent leur bureau de liaison à Doha, capitale du Qatar. C’est là que les islamistes, les Etats-Unis et le gouvernement afghan entreprendraient des pourparlers.
L’arrière-plan sous-tendant la volonté des Etats-Unis de conduire les négociations résidait dans le fait que pour ceux-ci la guerre était devenue trop chère. D’après les informations officielles, la guerre de l’Hindou Kouch, lorsqu’elle atteignit son paroxysme, coûtait 1,5 milliards de dollars par semaine. Pour cette raison, plus de 135 000 hommes appartenant aux troupes d’intervention des Etats-Unis et de l’OTAN devaient être retirées d’Afghanistan avant la fin 2014. Les occupants américains et leurs alliés avaient depuis longtemps fait leur deuil des paysages riants et autres augustes objectifs qui avaient été projetés pour l’Afghanistan en 2001 par l’Occident, comme par exemple la démocratie, les droits de l’homme, une bonne politique gouvernementale. «Aussi longtemps que les talibans renonceront à faire usage de leur souveraineté pour servir de base arrière aux terroristes internationaux, ils pourront y fonctionner et y agir à leur guise, firent savoir les Etats-Unis.»32 Les talibans suspendirent dans leur siège de Doha la bannière de l’«Emirat islamique d’Afghanistan» et cela, en tant que gouvernement parallèle, ce qui fut perçu comme un affront par l’administration de Kaboul. Jusque là les talibans avaient refusé toute discussion avec cette dernière, car ils considéraient Karsei comme une marionnette des Etats-Unis.

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A la fin des pourparlers, les talibans devaient être associés au gouvernement et ils auraient donc dû pour cette raison accepter la Constitution afghane de 2004. Les talibans se référèrent cependant à la Charia. C’est ainsi que l’échec des pourparlers de Doha fut rétrospectivement influencé par les exigences maxima des deux parties.
Au début de 2016, une nouvelle tentative fut entreprise pour ranimer en Afghanistan le processus de paix, qui était resté au point mort. Le 11 janvier, des représentants des gouvernements afghans, pakistanais, chinois et américains se rencontrèrent dans la capitale pakistanaise d’Islamabad afin d’élaborer un plan de paix pour le pays de l’Hindou Kouch. Suite à cela, Sartaj Aziz, conseiller en politique extérieure du gouvernement pakistanais, indiqua dans son discours d’ouverture qu’on devait proposer aux talibans des incitations pour qu’ils cessent d’utiliser la violence. «Nous ne devrions avoir aucune attente excessive» restreignait-il donc.33
Après des pourparlers secrets de plusieurs années, l’administration de Kaboul réussit à intégrer Gulbuddin Hekmatyar, criminel de guerre et chef du parti islamique afghan, dans les structures existantes de l’Afghanistan. Puisque son groupe n’a militairement joué plus aucun rôle au cours des dernières années, il ne s’agit donc que d’une opération à la signification psychologique et propagandiste.

La Chine et la Russie, nouveaux acteurs

Les tentatives de l’Occident d’intégrer également l’opposition armée regroupée sous la bannière des talibans ont échoué. «Les interventions de l’Occident ont été contreproductives», souligna, apparemment fâché, Khawaja Muhammad Asif, ministre pakistanais de la Défense34 en marge de la Conférence de sécurité de Munich de 2017. L’Occident est responsable des interventions militaires manquées en Afghanistan de même qu’en Irak, en Libye et en Syrie et de leurs conséquences, soulignait Asif, en ajoutant que dans l’Hindou Kouch, une coalition militaire internationale sous commandement américain avait «laissé derrière elle un réel chaos». Pour une résolution politique du conflit en Afghanistan et dans la région, une coopération régionale de pays tels que l’Afghanistan, le Pakistan, la Chine, l’Iran et l’Inde aurait des perspectives de succès.
Deux nouveaux acteurs, les gouvernements de la Chine et de la Fédération de Russie, essaient à présent en tant qu’intermédiaires neutres de trouver une solution politique. La Chine, étant considérée comme un partenaire stratégique du Pakistan, les talibans ont donné leur accord. La Russie participera également, étant acceptée comme intermédiaire neutre par toutes les parties. Fin décembre 2016, la Chine, la Russie et le Pakistan se sont mis d’accord pour retirer les représentants des talibans de la liste des sanctions établie par l’ONU. De cette façon, on peut encourager un dialogue apaisé entre l’administration de Kaboul et les talibans.
Alors que le gouvernement de Kaboul réagit avec réserve, les talibans saluèrent la proposition. Le porte-parole de l’OTAN à Kaboul, Charles Cleveland, déclara à Kaboul sur Tolo-TV que «l’engagement russe avec les talibans» lui causait des soucis.35 Cela donnait une légitimation aux talibans en tant qu’organisation. Cependant, souligna Cleveland, nous voulons renforcer le gouvernement de Kaboul.
Le gouvernement russe a cependant invité à nouveau à des pourparlers sur l’Afghanistan pour le 14 avril 2017 à Moscou, comme l’annonça le 18 mars 2017 Mohammad Hanif Atmar, expert pour la sécurité de la présidence de Kaboul à l’agence de presse Interfax. Pendant que l’administration de Kaboul envoyait un chef de service à Moscou, des représentants de la Chine, de l’Iran, de l’Inde et du Pakistan ainsi que de cinq ex-républiques soviétiques centrales-asiatiques étaient associés à la rencontre aux côtés d’experts de la Russie et de l’Afghanistan. Les Etats-Unis et les talibans y étaient invités eux aussi.36 Tous deux avaient refusé leur participation37, ce qui équivalait à un boycott. Les participants de la conférence appelèrent les talibans à des pourparlers de paix. Leurs dirigeants devaient s’écarter d’une résolution violente du conflit et entreprendre des pourparlers avec le gouvernement de Kaboul, disait-on le 14 avril 2017 au ministère russe des Affaires étrangères. De possibles pourparlers de paix pourraient avoir lieu à Moscou.
Au lieu de participer aux négociations de paix, l’armée américaine avait, à la veille de la Conférence de paix de Moscou, lancé une bombe à «16 millions de dollars»38 dans l’est de l’Afghanistan.39 «Cependant, lancer une bombe de 10 000 kg sur un groupe de terroristes légèrement équipés, c’est comme tirer au canon sur des moineaux.»40 Selon les premières estimations, 36 personnes désignées par l’armée américaine comme des combattants de l’Etat islamique avaient été tuées.41 D’après les informations du gouvernement régional, il y aurait eu au moins 94 morts, comme l’a relevé la Deutsche Welle.42 La population afghane considère ce bombardement massif comme un acte de vengeance de la part des Etats-Unis. En effet, quelques jours auparavant un soldat d’élite américain avait été tué durant les opérations dans cette même région.43

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L’Afghanistan pourrait avoir des perspectives d’avenir

Les facteurs extérieurs n’ont pas pu résoudre le conflit en Afghanistan. Au contraire, ils ont uniquement importés des intérêts étrangers en Afghanistan et ont ainsi détruit les solutions politiques.
Ce n’est qu’après 16 ans de guerre de l’OTAN, de destruction et de catastrophes humanitaires dans le Hindou Kouch que certains politiciens occidentaux, tel le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, réalisent que «les interventions militaires ont échoué et […] n’ont apporté aucune stabilisation».44 C’est la raison pour laquelle les populations quittent l’Afghanistan en grand nombre. Il est temps de laisser les Afghans de trouver une solution au conflit en Afghanistan et dans le sens des intérêts nationaux de l’Afghanistan.
La «Communauté internationale» mène depuis plus de 39 ans une guerre larvée et depuis quinze ans une guerre ouverte contre l’Afghanistan et a ainsi détruit en grande partie la structure sociale du pays: les infrastructures, les bases économiques, politiques et sociales sont désorganisées dans une telle mesure qu’il ne pourra y avoir dans l’avenir immédiat de société capable de fonctionner dans l’Hindou Kouch.
Sur la base de mes propres recherches sur le terrain et de nombreux entretiens avec la population issue des couches et des classes sociales les plus différentes en Afghanistan, je suis arrivé à la conviction qu’il est grand temps de réfléchir à des alternatives à la guerre de l’OTAN. 39 ans de guerre, c’est plus qu’assez. Nous devons sérieusement rechercher des voies nouvelles vers la paix. Les thèses suivantes pourraient servir de base de discussion:
1.    Armistice unilatéral et sans condition de la part d’OTAN, d’abord pour une durée d’au moins six mois.
2.    Remplacement des unités d’OTAN par une International Security Assistance Force (Isaf), comprenant des unités en provenance d’états musulmans et non alignés. Parmi les Casques bleus des Nations-Unies, 80% proviennent d’Etats non-alignés, pourquoi pas aussi en Afghanistan.
3.    Démantèlement de toutes les bases militaires de l’OTAN ainsi que les contrats conclus avec l’administration de Kaboul.
4.    Invitation à une politique de réconciliation nationale comprenant tous les groupements politiques, y compris ceux estampillés islamiques, tels les talibans, l’Hesbe Islami de Gulbudin Hekmatyar et le réseau d’Haqani.
5.    Formation d’une Commission de vérité d’après le modèle de l’Afrique du Sud.
6.    Démantèlement de toutes les troupes militaires et paramilitaires des seigneurs de guerre ainsi que des sociétés de sécurité privées, étrangères et afghanes.
7.    Préparation d’élections nationales dans les villages, les communes, les arrondissements etc. pour une Loya Djerga (Conseil national) sous le contrôle d’organisations internationales indépendantes, tels les mouvements pacifistes, féministes, les associations d’étudiants et les syndicats.
8.    Institution d’une Loya Djerga élue par le peuple, sans possibilité de désignation de ses députés par le président.
9.    Un gouvernement provisoire et des commissions pour l’élaboration d’un projet constitutionnel basé sur l’abolition du système présidentiel, d’une loi électorale, d’une loi sur les partis et d’une loi sur les syndicats doivent être élus par cette Loya Djerga.
10.    Conduite d’élections législatives générales, libres et contrôlées par des organisations indépendantes.
11.    Election d’un nouveau gouvernement directement par le Parlement, sans proposition préalable du ministre-président par intérim encore en fonction.
12.    Abolition de la politique de la porte ouverte et la mise en place d’une politique économique, financière, juridique et fiscale basée sur les intérêts nationaux.
13.    Mesures de reconstruction du pays détruit auxquelles serait affecté un quart du budget de guerre de l’OTAN. Ces fonds seraient déposés sur un compte de tutelle lui-même contrôlé de façon indépendante et uniquement dévolu à ce projet.
14.    Les voisins de l’Afghanistan devaient être des associés privilégiés dans les mesures de reconstruction. Cela encouragerait la coopération régionale et la stabilité.
15.    Il faudrait mettre en place dans la région périphérique de l’Afghanistan une Union d’Asie du centre et du Sud. Outre l’Afghanistan, y participeraient les cinq pays d’Asie centrale (Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizistan et Kazakhstan) ainsi que l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Tous ces pays ont en effet beaucoup de points communs, tels les langues, les religions et l’histoire.
16.    Comme mesure de renforcement de la confiance, l’Afghanistan devrait commencer par être le premier pays à dissoudre son armée nationale, au bout d’environ cinq ans.
17.    Une Union d’Asie du centre et du Sud pourrait contribuer à résoudre définitivement le conflit du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan et le conflit autour de la Ligne Durand entre l’Afghanistan et le Pakistan.
18.    Il serait alors temps de réduire et de supprimer les arsenaux d’armes nucléaires de l’Inde et du Pakistan. Ainsi l’une des régions les plus riches en conflits du continent asiatique pourrait devenir une zone de la paix, de stabilité et de prospérité.     •

(Traduction Horizons et débats)

1    Cité selon: Afghanistan nach dem Besuch Chruschtschews – Erklärungen des Fürsten Daud. In: «Neue Zürcher Zeitung» du 9/3/1960
2    Cf. Baraki, Matin. Die Beziehungen zwischen Afghanistan und der Bundesrepublik Deutschland 1945–1978. Frankfurt/M. 1996. p. 201–548
3    Ackermann, Klaus. Stille Revolution in Afghanistan. In: Aussenpolitik. H. 1, Jg. 16. Stuttgart 1965, p. 34
4    Cf. aussi: Baraki, Matin. Theorie und Praxis der nationaldemokratischen Revolution am Beispiel Afghanistans. In: Kraft, Dieter (Hrsg.). Aus Kirche und Welt: Festschrift zum 80. Geburtstag von Hanfried Müller. Berlin 2006, p. 284–310
5    Cf. Taraki, Nur Mohammad. Grundlinie der revolutionären Aufgaben der Regierung der Demokratischen Republik Afghanistan, 9. Mai 1978. In: Brönner, Wolfram. Afghanistan, Revolution und Konterrevolution. Frankfurt/M. 1980, p. 203
6    Cf. Karmal, Babrak. Rede auf dem neunten Plenum des Zentralkomitees der Demokratischen Volkspartei Afghanistans. Kabul. Asad 1361 [Juli/August 1982]. p. 18 in Dari (Archives de l’auteur)
7    «Ich sehe nicht ein, warum wir ein Land marxistisch werden lassen sollen, nur weil sein Volk verantwortungslos ist», verkündete US-Aussenminister Henry Kissinger am 27. Juni 1970 in vertrauter Washingtoner Runde im Hinblick auf seinen Beitrag beim Sturz der Regierung Salvador Allendes am 11.9.1973 in Chile. In: Dederichs, Mario R. Reagan legt die Lunte an. In: Stern, Nr. 32 vom 4.8.1983, S. 102. Schmid, Thomas. Der andere 11. September. In: Die Zeit. No 38 du 11/9/03, p. 90
8    Cf. Sapper, Manfred. Die Auswirkungen des Afghanistan-Krieges auf die Sowjetgesellschaft. Münster 1994, p. 68
9    Cf. Protokoll der Sitzung des Politbüros des ZK der KPdSU, 18. März 1979, nach Sapper, M. Die Auswirkungen des Afghanistan-Krieges auf die Sowjetgesellschaft. a.a.O., p 385 s.
10     L’armée soviétique s’est retirée de l’Afghanistan le 15 février 1989 après 10 ans d’engagement.
11    Les révélations de l’ancien conseiller de sécurité de Jimmy Carter, «Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes […]». In: Le Nouvel Observateur du 15 au21 janvier 1998, p. 76
12    Chossudovsky, Michel. Global brutal. Frankfurt/M. 2002, S. 359
13    Un de mes amis était professeur à l’Université de Riad en Arabie saoudite. Il m’a raconté que 5% des salaires des employés et des fonctionnaires étatiques saoudiens étaient déduits sans leur accord en faveur du djihad en Afghanistan. La situation était semblable dans d’autres Emirats arabes.
14    Cf. Baraki, A. Matin. Nacht über Afghanistan. In: Marxistische Blätter. Jg. 31. Essen 1993, Nr. 4, p. 17s.
15    Chossudovsky, Michel. Global brutal, a.a.O., p. 359
16    CIA-Hilfe für afghanischen Widerstand höher denn je. In: «Frankfurter Rundschau» du 14/1/85, p. 2
17    idem.
18    Absolut blind. In: Der Spiegel, Nr. 38, 1989, p. 194
19    Cf. Brönner, Wolfram. Afghanistan, a.a.O., p. 18
20    Après la destruction totale de Kaboul, on rescensa 50 000 morts.
21    Sichrovsky, Peter. Ein Land zerfleischt sich selbst. In: «Süddeutsche Zeitung» du 31/8/92, p. 4
22    Cf. Gatter, Peer. Hoffnung in Trümmern. In: Mahfel. Berlin 1995. Nr. 5, p. 7
23    Cf. Ghali, Butros Butros. Die Aufgabe des Sisyphus. In: Der Spiegel. Nr. 31/96 du 29/7/96, p. 116
24    Roy, Olivier. Die Taleban-Bewegung in Afghanistan. In: Afghanistan-Info. Neuchâtel. no 36, février 1995. Cité d’après: Mahfel, H. 2. Berlin 1995, p. 8
25    Jang, The News du 3/3/95, cite d’après: Taleban schon seit 1985/86? In: Ebenda, p. 5
26    Newsweek du 17/4/95 et Artico, A. Afghanistans ferngesteuerte Glaubenskrieger. In: Le Monde Diplomatique/Tageszeitung. novembre 1995, p. 15.
Il s’agissait là aussi d’Usbekistan, situé au nord de l’Afghanistan, ou se trouvent les plus riches mines d’or du monde avec une production annuelle d’environ 50 tonnes et des plus grandes reserves d’argent du monde ainsi que de l’uranium au Kirgistan.
27    Malgré la présence américaine massive au Hindou Kouch, le projet n’était toujours pas concrétisé 20 ans plus tard.
28    Haubold, Erhard: In Afghanistan spielen die UN noch eine untergeordnete Rolle, in: «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 26/10/96, p. 1
29    Krieg um Bodenschätze. In: Der Spiegel Nr. 22/1997 du 26/5/97
30    Haubold, Erhard. In Afghanistan spielen die UN noch eine untergeordnete Rolle, a.a.O., p. 2
31    Wörmer, Nils/Kaim, Markus. Afghanistan nach den gescheiterten Präsidentschaftswahlen im April 2014. S. 23. In: Perthes, Volker/Lippert, Barbara (Hrsg.). Ungeplant bleibt der Normalfall – Acht Situationen, die politische Aufmerksamkeit verdienen. Berlin, SWP-Studie du 16/9/13
32    Sydow, Christoph: Die Kapitulation des Westens in Afghanistan. Spiegel Online du 20/6/13
33    Bemühungen um Frieden für Afghanistan,
in: «Neue Zürcher Zeitung» du 12/1/16, p. 3
34    Matern, Tobias. Eine Sache von Jahrzehnten.
In: «Süddeutsche Zeitung» du 20/2/17, p. 2
35    Petersen, Britta. Die Rückkehr des «Grossen Spiels» um Afghanistan. In: «Neue Zürcher Zeitung» du 3/1/17, p. 4
36    Cf. Russland organisiert Afghanistan-Treffen. dpa du 19/3/17 et Deutschlandfunk du 14/4/17
37    Cf. Böge, Friederike/Schmidt, Friedrich. Kratzen an der Nato-Flanke. In «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 13/4/17, p. 5.
38    «Gazeta Wyborcza» du 15/4/17. Cf. Tagesschau.de du 14/4/17
39    Avec ce bombardement, les Etats-Unis ont détruit un système de tunnels qu’ils avaient eux-mêmes construit dans les années 1980 pour les moudchahidin terroristes.
40    «De Telegraaf» du 15/4/17
41    Cf. dpa du 14/4/17
42    Afghanistan-Konferenz ruft Taliban zu Frieden auf. Deutsche Welle Online du 14/4/17
43    Cf. Böge, Friederike. Bombe mit Signalwirkung. In: «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 15/4/17, p. 2
44    Gabriel sucht die Konfrontation in der Nato. In: «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 1/4/17, p. 2