mardi, 04 août 2026
Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle
Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle
Luca Gallesi, l’un des principaux spécialistes de Pound en Italie: «Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à “lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout”, et, dans le volume Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge».
par Luca Gallesi
Source: https://www.barbadillo.it/132338-addio-a-mary-de-rachewil...
« Il peut y avoir une honnêteté intellectuelle sans talent excessif » : c’est avec ces mots que Mary de Rachewiltz, en 1985, offrait au lecteur italien la première traduction complète des Cantos, le poème épique écrit par son père Ezra Pound. Mary est décédée le 24 juillet, à l’âge de 101 ans, qu’elle avait fêté le 9 juillet dernier, et l’honnêteté intellectuelle, en réalité accompagnée d’un grand talent, est la marque la plus significative de sa longue et laborieuse existence. Fille de deux Américains, le poète Pound (marié à Dorothy Shakespear) et la violoniste Olga Rudge, elle est née à Bressanone et a passé son enfance et sa première adolescence dans le Val Pusteria, élevée par deux paysans qui la traitaient comme leur propre enfant.

Des montagnes tyroliennes, elle se rendait souvent dans la lagune, pour de longs week-ends passés dans la maison vénitienne de sa mère, où la rejoignait son père, très affectueux, bien qu’occupé en permanence à écrire ou à organiser mille projets.
De Venise, elle fut envoyée étudier à Florence, au collège des Sœurs de la Quiete, mais la guerre interrompit ses études, inaugurant une longue période douloureuse, culminant en 1945 avec l’arrestation et la détention de son père dans le camp américain de Pise, et partiellement close en 1958 avec sa libération et son retour en Italie. Entre-temps, Mary avait commencé à s’occuper des Cantos, tapant à la machine les vers manuscrits de son père, d’abord dans la cage de Pise puis dans la cellule de l’asile criminel américain St. Elizabeths, où il avait été emprisonné sans procès.
Dès le camp de concentration de Pise, Ezra Pound, au lieu de se soucier de son propre sort, enseignait à Mary, par correspondance, l’art de la traduction: « Ma très chère fille, tes lettres sont un grand réconfort, tu as bien tapé les Cantos… J’aime les deux poèmes. Je ne peux pas t’envoyer une ars poetica dans ce petit espace, la rime est un bon EXERCICE, comme la pratique de la position des doigts sur le violon. N’inverse pas l’ordre des mots, la rime viendra aussi dans l’ordre naturel de la phrase… ».

Ezra Pound avec sa fille Mary de Rachewiltz
C’est le début d’un engagement de toute une vie: traductrice, gardienne, organisatrice et soutien des projets liés à Pound dans le monde entier, souvent au détriment de sa propre activité poétique et littéraire, sans jamais pour autant négliger ses devoirs de fille, de mère et d’épouse. En 1946, elle épousa l’égyptologue Boris de Rachewiltz, dont elle eut deux enfants: Siegfried (1947) et Patrizia (1950), nés et élevés dans deux châteaux tyroliens, le second, Brunnenburg (en italien Castelfontana, juste au-dessus de Merano), étant la résidence de Mary depuis 1955, connue et appréciée de tous les spécialistes de Pound, reçus ici l’après-midi par la maîtresse de maison avec l’inévitable tasse de thé. À 17 heures, peut-être pas toujours pile, toute activité d’étude était interrompue pour se retrouver sur la terrasse, partager de savantes réflexions sur Pound ou de longs et profonds silences, favorisés par le spectaculaire paysage alpin, encore plus envoûtant à la tombée du jour. Gardienne de la « source du château », Mary de Rachewiltz a su garder l’eau toujours pure, qu’elle distribuait généreusement à tous ceux qui, en soixante-quinze ans, s’y sont arrêtés, même juste pour un salut, sans jamais se voir refuser un accueil chaleureux, selon l’avertissement de Pound: « plain living and high thinking », vis simplement et pense noblement.

Brunnenburg est une maison, un site d'archives, une bibliothèque, un musée, mais surtout un « fief » poundien: ici, toujours encouragés par Mary, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ont mis en pratique l’autosuffisance (certains diraient l’autarcie) préconisée par Pound, cultivant la terre pour produire ce dont ils avaient besoin pour vivre. Les pièces de Mary sont dans la tour, et l’après-midi, elles sont envahies par la lumière du soleil qui illumine les trois vallées en contrebas, distrayant le chercheur venu consulter la bibliothèque poundienne conservée ici, que l’on espère voir transférée bientôt à la Bibliothèque Marciana de Venise, grâce à l’engagement du Ministère de la Culture.


Malgré le temps, l’énergie et l’intelligence consacrés à l’œuvre de son père, Mary a réussi à être appréciée comme traductrice, écrivaine et poétesse, bien moins que ce qu’elle aurait mérité, et mérite encore. C’est grâce à elle que nous pouvons lire en italien des auteurs comme e.e. cummings, Robinson Jeffers, Marianne Moore et bien d’autres, et c’est aussi elle qui a écrit le délicat Discrezioni, autobiographie récemment rééditée chez Lindau. Elle a également, en collaboration avec David et Joanna Moody, édité le volumineux recueil de lettres de Pound à ses parents, Ezra Pound to His Parents, 1895-1929 (Oxford University Press, 2011). Mais surtout, sa production poétique est vraiment digne d’intérêt, dispersée dans de nombreux petits volumes et enfin réunie — du moins celle en italien — par Massimo Bacigalupo, éditeur de Processo in verso (Bertoni 2025) et cher ami de la famille Pound.
Bacigalupo souligne que la poésie de Mary de Rachewiltz se laisse lire et admirer pour sa franchise, sa limpidité « et peut-être sa ruse » ; une poésie assurément influencée par sa nature de « poétesse fille de Poète », capable néanmoins de trouver sa propre voix authentique, peut-être liée à l’enfance tyrolienne, aux voyages exotiques ou aux nombreux amis lettrés et artistes fréquentés, comme Vanni Scheiwiller, Bobi Bazlen et Mimmo Palladino.
« Je n’ai pas de messages à proposer. Je n’appartiens à aucune chapelle. Ma vigne s’appelle Traduire. Ce ne sont que quelques gouttes qui ont fait déborder le vase. » Ainsi, la poétesse se présentait à ses lecteurs, dans une simplicité absolue et sans fausse modestie.
Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à « lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout », et, dans le Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge. (d’après Il Giornale)

18:15 Publié dans Hommages, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hommage, ezra pound, mary de rachewitlz, littérature, littérature américaine, littérature italienne, poésie, cantos, lettres américaines, italie |
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dimanche, 03 janvier 2021
« Nous qui avons franchi le Léthé » - Notes sur Ezra Pound

Luc-Olivier d’Algange:
« Nous qui avons franchi le Léthé »
Notes sur Ezra Pound
Les contempteurs d'Ezra Pound, qui tentent, avec une mauvaise foi plus ou moins notoire, de réduire son oeuvre à l'idéologie, non moins que certains épigones qui la réduisent à un « travail d'intertextualité », exclusivement justiciable d'une sorte de critique littéraire para-universitaire, passent, mais c'est leur rôle, à côté de la réalité magnifique des Cantos en tant qu'aruspices. Ces mots sur la page, disposés en vol d'oiseaux, exigent un envol de la pensée, un envol, c'est à dire une conversion herméneutique qui, par-delà les écueils de l'analyse, nous portera jusqu'aux espaces ardents du déchiffrement.
Les Cantos sont, dans l'histoire de la poésie mondiale, un événement unique. Rien n'y ressemble de près ou de loin. Tout au plus pouvons-nous laisser se réverbérer en nous, à son propos, les ors fluants de la prosodie virgilienne, un art odysséen de la navigation, et le dessein récapitulatif et prophétique de La Divine Comédie. L'œuvre ne choisit pas entre l'amplitude et l'intensité, entre l'horizontalité et la verticalité. La vastitude des Cantos loge des formes brèves, des aphorismes qui s'ouvrent allusivement sur d'autres vastitudes. Pound est, avec Saint-John Perse, l'un des très-rares poètes modernes à ne point dédaigner ni le réel, ni le mythe. Les hommes dans le poème de Pound tracent les figures de leurs destinées entre les choses et les dieux. De surprenantes collisions s'opèrent, les temporalités se rencontrent et se traversent selon leurs propriétés et selon leurs signes.
Cette apparente confusion est le véritable « ordre » de la pensée. Il importe, en effet, de laisser au devenir, à l'histoire, leurs puissances et leur plasticité, et aux figures éternelles, leur éternité. Entre le mercure historial et le souffre de la flambée prophétique, le poète cristallise le sel de la sapide science. Le savoir est saveur. Le Gai Savoir d’Ezra Pound, relié aux arts poétiques romans, allège le monde. Ce monde si lourd, ce savoir si pesant, ce plomb des choses mortes et insues, la prosodie d’Ezra Pound les relance, les laisse voltiger dans les hauteurs et il nous livre, nous lecteurs, à ces prodigieux mouvements météorologiques ! Les Cantos frappent d'inconsistance une grande part de la poésie moderne, subjective, minimaliste ou sentimentale qui s'efforça d'abaisser le langage humain dans ses ressources, de rompre le pacte métaphysique unissant l'Aède à la Mesure et la pensée humaine à la diversité du monde.

Une erreur banale consiste à prendre les Cantos comme un chaos de formes, de citations, d'interférences, une machinerie sauvage d'hyperliens, pour user du jargon informatique, une rébellion polysémique contre l'ordre, la mémoire et le sens. C'est oublier qu'Ezra Pound, en bon confucéen, se voulut d'abord défenseur de la tradition, c'est à dire de la transmission du sens, de la déférence et des préséances, servant et créateur d'une Mesure sensible et métaphysique aux antipodes de l'outrecuidance de la pensée « anarchiste ».
Rien, dans cette oeuvre souverainement libre, ne se réduit à ce qui est devenu, hélas, un dérisoire mot d'ordre bourgeois: « Ni Dieu, ni Maître ». Le paradoxe n'en brille que d'un plus vif éclat. Les Cantos sont le récit de l'histoire du monde, disposés dans le ciel de la mémoire humaine, en ressouvenir du ciel de l'immémoire surhumaine, et offerts à notre déchiffrement. Nulle obscurité mais d'impérieuses lucidités. Nous ne sommes plus dans le stupide dix-neuvième siècle des téléologies évolutionnistes, ni dans l'abominable modernité fondamentaliste du vingtième siècle, mais dans une autre logique, traditionnelle et prospective, qui sera peut-être l'inventrice de l'Europe du prochain millénaire, si toutefois elle survit au ravage.
L'énigmatique « Il faut être résolument moderne » de Rimbaud trouve dans l’œuvre d’Ezra Pound à la fois son explication et son application. Etre moderne, pour Rimbaud c'est trouver la juste Mesure avant même que l'accord ne résonnât dans le monde. En ce sens, être moderne, c'est être, à l'évidence contre ce composé de toutes les paresses « progressistes » qui est le propre du « monde moderne ». Etre moderne au sens rimbaldien, c'est précisément inventer, comme le fait Ezra Pound, la prosodie de l'avenir, c'est être aruspice, c'est déchiffrer dans l'intemporel les lignes annonciatrices du plus grand avenir par fidélité à la mémoire et à la tradition. « Tout ce qui n'est pas Tradition est plagiat » écrivait Eugenio d'Ors, en échos avec Nietzsche: « L'homme de l'avenir est celui aura la mémoire la plus longue ». La remémoration des configurations décisives de notre passé n'est point nostalgique, elle est le dispositif nécessaire de toute reconquête.
Pound exige beaucoup de son lecteur, c'est sa façon de l'honorer, de le considérer comme son égal. Il est impossible de lire les Cantos sans parcourir les espaces, les savoirs, les songes qu'Ezra Pound lui-même parcourut pour les écrire. Les Cantos sont, à cet égard, une prodigieuse mise en demeure. Ils nous somment de vaincre notre paresse et notre ignorance. Ces chants sont des passerelles entre des mondes qu'il nous faut élever hors de l'oubli par l'attention et la remémoration. Le confucianisme de Pound est ainsi une méditation sur la Mesure qui unit le Ciel et la Terre, les configurations célestes, que traversent les formations ailées des vocables et les événements de l'histoire du monde.
Cette oeuvre d'un cosmopolitisme supérieur (et il faudrait un jour définir en quoi le cosmopolitisme impérial des « grands européens », pour reprendre la formule de Nietzsche, diffère fondamentalement du mondialisme uniformisateur) n'est point sans évoquer les langues de feu de ces véritables apôtres que sont les poètes qui consentent aux périls et aux gloires de l'aventure poétique. Alors que la démocratie universaliste enferme, de fait, les hommes dans des communautarismes a-historiques, le cosmopolitisme d’Ezra Pound, dans sa perspective impériale et confucéenne, œuvre à la recouvrance des possibilités abandonnées de l'aventure poétique, virgilienne et orphique, qui discerne, au-delà des langues, la vérité épiphanique de la vox cordis et de cette expérience métaphysique fondamentale qui préside à la fois au chant des poètes et à la naissance des civilisations. Des civilisations naissent et meurent, et le poète s'y intéresse en premier lieu car ces civilisations naissent et meurent dans le chant des poètes. Les poètes n'accompagnent pas la naissance des civilisations, ils la précèdent. Il faut, disait Rimbaud, « tenir le pas gagné ».
« La poésie ne rythmera plus l'action, elle sera en avant ». A dire vrai, en avant, elle le fut de tous temps. Le « toujours » du poème devance l'histoire dans laquelle elle s'inscrit et qu'elle déchiffre, comme son reflet éblouissant. Le poète cherche sa Mesure; la civilisation est une Mesure trouvée. Toutes les questions de philosophie politique ou de métaphysique trouvent leur répons dans une prosodie. Il importe seulement de ne pas confondre cette Mesure avec une demi-mesure, ou avec un compromis, autrement dit une commune-mesure. La Mesure métaphysique ne prend son sens et son efficience que par le point surplombant qui la définit.
Le songe dont naissent les civilisations, et qui chante antérieurement dans toutes les langues dans l'entendement est d'une simplicité surhumaine. Par la récapitulation enchantée de l'histoire humaine (on ne saurait méconnaître que nous sommes désormais, pour le pire et le meilleur, héritiers de l'histoire du monde) les Cantos d'Ezra Pound nous convient à rien moins qu'au dépassement de nous-mêmes et à la conquête d'une surhumanité rayonnante dans la parousie de tous les chants destinés à traverser la mort, comme des âmes infiniment fragiles et glorieuses sur la barque léthéenne. C'est au moment où tout s'efface que la poésie castalienne nous fait le signe qui nous dit que tout recommence. Le poème est écrit en diverses langues, non par goût de la confusion des genres, ou du métissage, mais pour l'excellente raison que, dans l'ordre de la poésie, tout ce qui est dit est traduit d'un silence antérieur:
« Luit
Dans l'esprit du ciel
Dieu qui l'a créé
plus que
soleil en notre oeil. »
00:54 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ezra pound, lettres, lettres américaines, littérature, littérature américaine, poésie, cantos, luc-olivier d'algange |
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samedi, 22 novembre 2014
Un poète rebelle, immortel et toujours debout
Auran Derien
Ex: http://metamag.fr
Au mois de novembre 1972, disparaissait le génial Ezra Pound dont la lutte contre l’usure fut une direction fondamentale de la vie et de l’œuvre. Les “Cantos prohibidos” (Chants interdits) sont une création poétique admirable qu’aucun usurier ne pourra faire oublier malgré les efforts pour salir tout ce qui est beau, noble et généreux. La haine des banksters s’est traduite par la proclamation que Pound était un “malade mental” qui fut enfermé dans un établissement pour psychopathes.
Le poète fuit le grand asile d’aliénés
Ezra Loomis Pound naquit aux Etats-Unis dans l’Etat d’Idaho en 1885 et mourut à Venise en novembre 1972. S’il a été la plus grande gloire littéraire jamais née dans ce pays, il fut le plus européen de tous ses écrivains. Peu après la fin de ses études (Université de Pennsyvania), il édita la revue “Poetry” dans laquelle il fit connaître entre autres William Butler Yeats et Thomas Stearns Eliot. Il quitta les Etats-Unis en 1911, quasi définitivement. Il y retourna contraint et forcé après la seconde guerre mondiale.
Il s’installa en Angleterre où il fonda le mouvement “imagisme” et en rédigea, en 1914, la première anthologie “Hommage à Properce” où il parle de la décadence de l’Empire Romain. Il prophétisa ensuite la chute de l’Empire britannique dans “Hugh Selwyn Mauberley”. Il évolua lentement vers une perception “vorticiste”, mouvement qu’il opposa aux esthétiques antérieures ainsi qu’au conservatisme anglais. Tout naturellement, le vorticisme voulait être une esthétique appropriée au monde de son temps. L’œuvre principale, la plus connue, les Cantos, contient 117 poèmes dont la rédaction s’étale de 1917 à 1968. On y découvre l’envergure prodigieuse de son talent et l’immensité de sa culture. Il y utilise les principales langues européennes ainsi que le mandarin, qu’il maîtrisait au même titre que l’arabe. Quoique l’anglais prédomine, il se sert abondamment d’expressions provençales, grecques, latines, françaises, espagnoles et surtout italiennes, affirmant que certaines idées doivent être exprimées dans leur langue initiale pour ne pas les altérer. On est loin ici des camarillas contemporaines pour lesquelles la traduction mensongère est la base du commerce de niaiseries pieuses. Les mafias s’abattront sur lui, authentique génie - hors du commun - de la littérature du XXème siècle. Le motif de la haine fut que, depuis l’Italie qu’il aimait tant, il parla à Radio Rome durant la seconde guerre mondiale, incitant les USA à ne pas entrer dans le conflit puis se faisant l’avocat d’une paix honorable. Lorsque l’Italie fut envahie par l’armée US avec l’aide de la mafia italienne, Pound fut arrêté, enfermé dans une cage exposée aux intempéries. On n’oubliera pas qu’aux Etats-Unis il fut condamné à la prison pour trahison. Parce que le monde de la culture devait beaucoup au poète, quelques personnalités dont Hemingway, qu’on saluera donc au passage, obtinrent son transfert dans un hôpital psychiatrique. Lorsqu’il put enfin sortir, il abandonna les USA au profit de l’Italie qui avait été une Patrie adoptive. En arrivant il promit de ne plus faire de déclarations, après avoir affirmé que finalement il avait pu sortir d’un asile d’aliénés peuplé de 180 millions d’habitants. On se souviendra aussi qu’en descendant du bateau Christophe Colomb qui le déposa à Naples le 9 juillet 1958, il salua à la Romaine sa patrie d’adoption.
Un écrivain maudit
Si Pound n’est pas apprécié dans les médias, la raison en est son immense lucidité. Il a accepté la responsabilité historique d’écrire à contre courant, d’être un rebelle à temps complet. Son talent secouait la médiocrité et le mensonge. Son œuvre fonctionne comme un miroir dans lequel les trafiquants voient leur infâmie. Tout cela a été délégitimé par l’industrie du spectacle et les prédicateurs médiatiques. L’écrivain contemporain, celui pour qui les lobbys obtiendront un prix “ en souvenir de Nobel”, n’est plus qu’un propagandiste du meilleur des mondes. Pound reste l’ultime manifestation de l’esprit, incarne l’aède antique même si en ce moment les shopping center ont remplacé le forum.
Mais l’œuvre est là, les “Cantos prohibidos” contre l’usure ont été formulés, le poète est toujours debout, immortel. Il en sera ainsi jusqu’à ce que ces chants fassent tomber les murs des marchés spéculatifs, envoient les usuriers dans des marmites remplies d’eau où ils finiront en bouillie comme l’ont mérité, au cours du temps nombre, de faux-monnayeurs.
00:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, littérature américaine, lettres, lettres américaines, poésie, économie, usure, usurocratie, ploutocratie, ezra pound, cantos |
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