vendredi, 14 mai 2021
Le réalisme politique: un art de l'action (Nicolas Machiavel)
18:15 Publié dans Philosophie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : machiavel, machiavelli, théorie politique, politologie, sciences politiques, philosophie, philosophie politique |
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Thoreau et la difficile désobéissance civile face à la dictature sanitaire

Thoreau et la difficile désobéissance civile face à la dictature sanitaire
par Nicolas Bonnal
« La masse des hommes sert ainsi l’État, non point en humains, mais en machines… »
Relire Thoreau par les temps qui courent en occident est intéressant, parce que ce légendaire résistant nous explique à quel point il est difficile de… résister. Et il ne fait pas de cadeaux, même à ceux qui se disent résistants :
« Ils parlent de changer la société, mais ils n’ont point de refuge hors d’elle. »
Thoreau en grand ancêtre des libertariens (une école où l’on trouve le meilleur et parfois le pire) explique comme les taoïstes (voyez le Tao Te King) que le gouvernement idéal serait celui qui ne gouvernerait pas :
« De grand cœur, j’accepte la devise : « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins » et j’aimerais la voir suivie de manière plus rapide et plus systématique. Poussée à fond, elle se ramène à ceci auquel je crois également : « que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout » et lorsque les hommes y seront préparés, ce sera le genre de gouvernement qu’ils auront. »

Thoreau refuse l’esclavage (un homme sur six alors est esclave : on n’est pas woke pour rien en Amérique) et la guerre contre le Mexique. L’Amérique hispanique fut volée et conquise, et on assiste en ce moment à une Reconquista – si j’ose dire. Thoreau explique cette guerre car les gouvernements américains servent déjà (en 1849) les intérêts des oligarques :
« L’armée permanente n’est que l’arme d’un gouvernement permanent. Le gouvernement lui-même — simple intermédiaire choisi par les gens pour exécuter leur volonté —, est également susceptible d’être abusé et perverti avant que les gens puissent agir par lui. Témoin en ce moment la guerre du Mexique, œuvre d’un groupe relativement restreint d’individus qui se servent du gouvernement permanent comme d’un outil ; car au départ, jamais les gens n’auraient consenti à cette entreprise. »
Mais Thoreau se fait peu d’illusions : les gens veulent du gouvernement et des interventions étatiques. Il explique :
« Le gouvernement n’a ni vitalité ni l’énergie d’un seul homme en vie, car un seul homme peut le plier à sa volonté. C’est une sorte de canon en bois que se donnent les gens. Mais il n’en est pas moins nécessaire, car il faut au peuple des machineries bien compliquées — n’importe lesquelles pourvu qu’elles pétaradent — afin de répondre à l’idée qu’il se fait du gouvernement. »
La crise actuelle a montré la formidable faiblesse du caractère humain (voyez mon émission sur Coronavirus et servitude volontaire) ; de cette faiblesse résulte la montée de la puissance étatique et donc militaire. Thoreau :
« Le résultat courant et naturel d’un respect indu pour la loi, c’est qu’on peut voir une file de militaires, colonel, capitaine, caporal et simples soldats, enfants de troupe et toute la clique, marchant au combat par monts et par vaux dans un ordre admirable contre leur gré, que dis-je? contre leur bon sens et contre leur conscience, ce qui rend cette marche fort âpre en vérité et éprouvante pour le cœur. »

Puis Thoreau devient terrible. L’homme moderne sert l’Etat comme une machine. Et là il règle ses comptes :
« La masse des hommes sert ainsi l’État, non point en humains, mais en machines avec leur corps. C’est eux l’armée permanente, et la milice, les geôliers, les gendarmes, la force publique, etc. La plupart du temps sans exercer du tout leur libre jugement ou leur sens moral ; au contraire, ils se ravalent au niveau du bois, de la terre et des pierres et on doit pouvoir fabriquer de ces automates qui rendront le même service. Ceux-là ne commandent pas plus le respect qu’un bonhomme de paille ou une motte de terre. Ils ont la même valeur marchande que des chevaux et des chiens. Et pourtant on les tient généralement pour de bons citoyens. »
Certes tout le monde est a priori hostile à la tyrannie :
« Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie ou son incapacité sont notoires et intolérables. Il n’en est guère pour dire que c’est le cas maintenant. »
Mais qui est pris à agir contre réellement ?
« Il y a des milliers de gens qui par principe s’opposent à l’esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ; qui se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu’ils ne savent que faire et ne font rien ; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre-échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et peut-être, s’endorment sur les deux. »
Thoreau a observé en effet qu’on s’endort au milieu des news qui a cette époque arrivent par télégraphe. C’est dans Walden. Il aussi écrit que l’info est devenue un éther, une drogue (voyez mon texte « De Platon à Cnn »). Il établit une différence entre l’homme de vertu et le facile défenseur de la vertu :
« On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un « Dieu vous assiste » à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. »

Cela donne un résistant sur mille contre la dictature actuelle, et pas 10 ou 30% comme le croient les distraits. Nous sommes d’accord.
Thoreau vomit donc les tièdes comme les rédacteurs de l’apocalypse :
« Même voter pour ce qui est juste, ce n’est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu’elle l’emporte. Un sage n’abandonne pas la justice aux caprices du hasard ; il ne souhaite pas non plus qu’elle l’emporte par le pouvoir d’une majorité. Il y a bien peu de vertu dans l’action des masses humaines. Lorsqu’à la longue la majorité votera pour l’abolition de l’esclavage, ce sera soit par indifférence à l’égard de l’esclavage, soit pour la raison qu’il ne restera plus d’esclavage à abolir par le vote. Ce seront eux, alors, les véritables esclaves. »
Il enfonce le clou :
« Ainsi, sous le nom d’Ordre et de Gouvernement Civique, nous sommes tous amenés à rendre hommage et allégeance à notre propre médiocrité. On rougit d’abord de son crime et puis on s’y habitue ; et le voilà qui d’immoral devient amoral et non sans usage dans la vie que nous nous sommes fabriquée. »
Comment résister ? Par exemple en ne payant pas ses impôts :
« Si un millier d’hommes devaient s’abstenir de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une initiative aussi brutale et sanglante que celle qui consisterait à les régler, et à permettre ainsi à l’État de commettre des violences et de verser le sang innocent. Cela définit, en fait, une révolution pacifique, dans la mesure où pareille chose est possible. »
Cela serait bien en effet mais cela nous semble difficile à une époque où tout le monde, entrepreneurs compris, finit par vivre de l’Etat (c’est la logique du Reset et de la dictature numérique en cours d’achèvement) et de la dette publique.
Textes :
https://instituthommetotal.fr/bibliotheque/PDF/henry-david-thoreau-la-desobeissance-civile.pdf
http://www.dedefensa.org/article/de-platon-a-cnn-lenchain...
https://www.dedefensa.org/article/guenon-et-le-rejet-des-...
18:07 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, désobéissance civile, henry d. thoreau, nicolas bonnal |
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Entretien avec Denis Collin: pour une défense de l'Etat national !

Entretien avec Denis Collin: pour une défense de l'Etat national!
Ex: https://latribunadelpaisvasco.com/art/14952/denis-collin-...
Pourquoi un livre pour la défense des États-nations?
Ce livre est un recueil d’articles écrits au long des années et qui ont été rassemblés et traduits par Carlos Javier Blancos que je remercie vivement. Ma démarche est d’abord celle d’un “marxiste vieille école”. Je me demande quelles sont les meilleures conditions pour lutter contre le capitalisme et oeuvrer pour une société plus juste. En travaillant sur l’oeuvre politique de Marx, deux choses finissent par me sauter aux yeux. Marx dit: la lutte de classe est internationale dans son contenu, mais nationale dans sa forme. C’est pourquoi, à la différence des anarchistes, il pense essentielles la conquête et la transformation du pouvoir d’État. Ensuite quand l’association internationale des travailleurs est fondée en 1864, les points les plus importants sont la défense des luttes nationales des Polonais et des Irlandais. Il est clairement dit par là que l’internationalisme suppose l’existence des nations et leur reconnaissance. Bref, l’internationalisme est l’opposé du cosmopolitisme et du mondialisme.
Cette démarche théorique se combine chez moi avec un évolution qui se précipite à la fin des années 1980 quand je comprends que l’Union Européenne est un carcan passé autour du cou des peuples. Je soutiens Jean-Pierre Chevènement dans le combat pour le “non” au référendum de Maastricht. Et depuis je n’ai jamais dévié de cette ligne que j’ai plutôt raffermie.
Quand le modèle de l'État-nation a-t-il commencé à être remis en question?
Si on remonte très loin, on peut dire que le modèle de l’État-nation est mis en question quand se développe l’impérialisme. L’impérialisme n’est pas le prolongement de l’État-nation, mais sa subversion par les intérêts privés. Ici, je trouve très éclairantes les analyses d’Hannah Arendt dans son livre sur l’impérialisme. C’est encore Arendt qui dit que les frontières nationales sont comme les murs qui empêchent le monde de s’effondrer. C'"est tout un pan de la pensée d'Arendt qu'on a laissé dans l'ombre.
La Première Guerre mondiale a été le premier coup porté aux États-nations. Mais c’est surtout avec la Seconde Guerre mondiale que se mettent en place les premières institutions de « gouvernance globale », sous couvert de l’ONU ou en dehors comme l’OTAN, le GATT. On est entré à ce moment dans l’ère de la souveraineté limitée.
Quelle est la signification de l'État-nation dans un monde globalisé?
Dans un monde globalisé, l’État-nation est un archaïsme ! L’échelon national ne doit plus être qu’un échelon administratif de l’ordre capitaliste mondial. Dans un texte prémonitoire daté de 1924, Trotski écrivait : « Au fur et à mesure que se développeront leurs antagonismes, les gouvernements européens iront chercher aide et protection à Washington et à Londres ; le changement des partis et des gouvernements sera déterminé en dernière analyse par la volonté du capital américain, qui indiquera à l'Europe combien elle doit boire et manger... Le rationnement, nous le savons par expérience, n'est pas toujours très agréable. Or, la ration strictement limitée qu'établiront les Américains pour les peuples d'Europe s'appliquera également aux classes dominantes non seulement d'Allemagne et de France, mais aussi, finalement, de Grande-Bretagne. » À quelques détails près, c’est le régime que nous connaissons. Les États-Unis décident en dernière analyse qui sera le « Gauleiter » de telle ou telle région d’Europe. On voit le sort de la pauvre Italie où la pusillanimité des « Cinq étoiles » et de la Lega a fini par redonner le pouvoir à l’agent de Goldman Sachs intronisé par l’UE.
ONU, OTAN, Union européenne, Organisation mondiale du commerce, Organisation mondiale de la santé ... Est-il encore possible de défendre les États nationaux?
Ne cachons pas que la défense des États nationaux est devenue très difficile. L’imbrication des économies est telle que le retour à la souveraineté pourrait apparaître comme un pari risqué. Après tout, la France qui était un des grands pays producteurs d’automobiles ne produit plus sur son sol que 18% des automobiles immatriculées en France… Par exemple, Citroën est presque une marque espagnole! La pandémie a montré la faiblesse structurelle des pays d’Europe sur le plan industriel. Il n’est pas certain d’ailleurs que l’Allemagne elle-même soit aussi solide qu’elle en a l’air sur ce plan. Mais nous avons, dans l’âme de nos peuples, des forces prêtes à passer à l’action, à se retrousser les manches. Il ne faudrait pas des décennies pour reconstruire une industrie automobile ou informatique digne de ce nom.
En outre, je crois que les nations perdantes de la mondialisation pourraient aisément s’entendre. La France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie ont tant de choses en commun et leurs peuples se sont tant mélangés qu’une alliance du Sud pourrait rapidement rebattre les cartes. Et de plus nous parlons tous un dialecte du latin !
Comment la défense de l'État-nation doit-elle être menée?
La défense de l’État-nation exige que l’on brise le carcan des accords internationaux, notamment les traités européens et les différents traités transatlantiques. On apprend, par exemple que la Bulgarie est condamnée par les instances bruxelloises parce les commerçants y ont l’obligation de mettre au premier plan des produits alimentaires les produits locaux (fruits et légumes, laitages…) ! Pourtant on nous raconte toutes sortes de fables sur la transition énergétique et la priorité à la production locale. Mais le local fausserait donc la « concurrence libre et non faussée. » On pourrait multiplier les exemples de ces absurdités nées dans le cerveau des bureaucrates européistes et de leurs maîtres.
De son point de vue, la revendication de l'État national ne peut se faire qu'auprès des classes populaires. Pourquoi?
Je crois, comme mon ami Diego Fusaro que la classe bourgeoise comme classe nationale, attachée à son patrimoine et à certaines valeurs n’existe plus à l’âge du « capitalisme absolu ». Nous avons affaire à une « classe capitaliste transnationale », très bien analysée voici une vingtaine d’années par Leslie Sklair. Par exemple, en France, nous avons un nouveau milliardaire, c’est le PDG de la société américaine « Moderna » ! Cette classe capitaliste transnationale s’appuie sur toute une classe plus ou moins intellectuelle qui se nourrit des miettes tombées de la table de la mondialisation : traders, experts, spécialistes du marketing, « auditeurs », « coaches », toute classe purement parasitaire qui a tout intérêt à ce que les choses continuent en l’état.
Donc les seules forces vraiment intéressées à la défense de l’État-nation sont celles pour qui il est la seule protection : les ouvriers, les travailleurs indépendants, les petits patrons, les précaires « uberisés » et sans doute quelques vestiges de l’ancienne classe dominante qui ne veulent pas voir disparaître ce en quoi ils croient. Tout cela peut faire un « bloc de classes », dans l’optique envisagée jadis par Gramsci. Les Gilets Jaunes avaient un temps esquissé un tel bloc.
Quelle devrait être la bonne organisation d'une Europe des États-nations?
Je suis pour une Europe confédérale, c'est-à-dire une association d’États-nations souverains qui s’engagent à ne pas se faire la guerre, à s’épauler quand l’un est menacé et à coopérer sur des projets concrets (comme on l’avait fait jadis avec Airbus). On pourrait avoir une monnaie commune, mais pas une monnaie unique, et avoir ainsi un système à deux monnaies, la monnaie nationale et la monnaie commune, qui laisserait une grande souplesse aux différents États pour gérer leur politique monétaire. Mon Europe, c’ est au fond le Projet de paix perpétuelle imaginé par Kant voilà plus de deux siècles! Une bonne partie des institutions européennes actuelles sont des bureaucraties nocives dont il faudrait se débarrasser – y compris le prétendu « parlement européen » qui n’est qu’une assemblée de bavards grassement payés. Je suis donc pour une Europe à bon marché !
Son travail chevauche la nouvelle droite et le marxisme hétérodoxe. Est-il reconnu d'une manière ou d'une autre dans les deux écoles ou est-ce que les étiquettes appartiennent au passé?
Toutes ces étiquettes appartiennent au passé. Droite et gauche sont confondues dans le culte du marché et de l’accumulation du capital. Sur les questions dites « sociétales », je crois qu’on me classera parmi les conservateurs : je suis hostile à la GPA et à la PMA, à la légalisation de l’euthanasie, comme à celle du cannabis ! Je suis également hostile à tout ce qui se trame du côté du « transgenre » qui ressemble de plus en plus à bricolage de chair humaine. Mais d’un autre côté, je pense que le seul avenir qu’aura l’humanité est un avenir communiste, c'est-à-dire un avenir où le bien commun prime sur la recherche individuelle de l’accumulation de richesse, un avenir où le travail productif est reconnu à sa juste valeur, car c’est dans le travail que l’homme exprime son essence. Mon communisme n’est pas utopique et il se confond avec la « décence commune » dont parlait Orwell. Pour donner des exemples : presque toutes les nations européennes ont un système de santé qui permet de soigner riches et pauvres indifféremment. Partout l’instruction de base est publique et à peu près gratuite. Pour moi, ce sont des embryons de communisme. Mais le plus important aujourd’hui est la revalorisation du travail, du travail manuel d’abord qui reste essentiel et le sera encore plus demain quand l’énergie bon marché sera un souvenir. Si on organise l’économie de sorte que tous les individus en état de travailler puissent vivre décemment de leur travail, alors on appliquera le principe paulinien : « qui ne travaille pas ne mange pas. »
17:59 Publié dans Actualité, Entretiens, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : denis collin, entretien, théorie politique, état-nation, politologie, sciences politiques, philosophie politique |
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L'Inde sera en première ligne dans la guerre civile au Myanmar

L'Inde sera en première ligne dans la guerre civile au Myanmar
M.K. Bhadrakumar
Ex : https://katehon.com/en/article/india-will-be-front-line-s...
La façon dont certains animaux parviennent à sentir l'imminence d'un tremblement de terre reste un mystère. Juste avant le grand tsunami asiatique du 26 décembre 2004, les éléphants du Sri Lanka se sont déplacés en hauteur avant que les vagues géantes ne frappent; à Galle, les chiens ont refusé de se promener le matin avec leurs maîtres sur la plage.
Il est donc concevable que la décision des firmes Adani Ports and Special Economic Zone Ltd d'abandonner son projet très lucratif de terminal à conteneurs au Myanmar et de déprécier son investissement soit du même ordre. En effet, les entreprises sont également connues pour posséder un instinct animal - elles perçoivent des sons ou des vibrations subtiles dans la terre et anticipent les catastrophes imminentes.
Leur comportement animal inhabituel permet d'anticiper toute poussée soudaine du temps et de la causalité en politique. Le "comportement animal" du groupe Adani intervient dans le contexte d'un changement progressif de l'attitude du gouvernement indien à l'égard du Myanmar - une gravitation vers le camp occidental dans son projet quintessentiellement antichinois ("Quad").
Les néoconservateurs purs et durs et les gauchistes délirants mis à part, il était évident pour les étrangers, dès le début, que les troubles au Myanmar avaient toutes les caractéristiques d'une "révolution de couleur". La cacophonie a atteint son paroxysme à la fin du mois de mars, culminant avec le massacre de centaines de manifestants lors d'une répression militaire.
Ce fut un tournant. Le chœur - BBC, Radio Free Asia, ONG occidentales promouvant la démocratie et les droits de l'homme - a rapidement commencé à s'affaiblir et le centre d'intérêt s'est déplacé de la rue vers les capitales mondiales avec une campagne diplomatique massive pour une intervention internationale. L'idéal aurait été que le Conseil de sécurité des Nations unies approuve l'intervention.
L'Inde a essayé d'obtenir l'accord de la Russie et de la Chine pour une approche intrusive, mais le consensus a été difficile à trouver. Les souvenirs de l'intervention occidentale en Afghanistan, en Irak et en Libye hantent Moscou et Pékin. En outre, cela constitue un précédent pour le Belarus ou Hong Kong, par exemple. La dimension géopolitique a commencé à prendre de l'ampleur.
Mais le volet opérationnel caché se concentre sur la création d'un "gouvernement en exil" (un gouvernement d'unité nationale). Parallèlement, le MI6 britannique cherche à réunir les principaux groupes de guérilla ethnique séparatiste du Myanmar, les encourageant à profiter du chaos pour ouvrir un second front.
En effet, une certaine proximité s'est développée depuis lors entre les manifestants birmans de Yangon et de Mandalay d'une part et les groupes ethniques minoritaires non birmans d'autre part. Malgré un passé d'antipathie mutuelle, ils convergent aujourd'hui pour saigner les militaires. C'est une coalition improbable de bouddhistes et de chrétiens, mais comme l'évalue prudemment un analyste américain, c'est faisable: "Aujourd'hui, la célébration collective de l'expression religieuse chrétienne, musulmane et d'autres religions non bouddhistes et la participation au mouvement lui-même préfigurent, espérons-le, un sens plus inclusif du nationalisme. Si elle est entretenue et institutionnalisée par le gouvernement d'unité nationale désigné, cette identité nationale inclusive pourrait contribuer à faire émerger un État démocratique où la diversité sera honorée et célébrée, et où les personnes de confession non bouddhiste ne seront pas confrontées au même degré de discrimination institutionnelle et sociale que par le passé ».
"Cela nécessitera une transformation significative, probablement générationnelle, des institutions et processus étatiques, religieux et culturels qui ont historiquement privilégié les bouddhistes bamar." (Au-delà du coup d'État au Myanmar: Don't Ignore the Religious Dimensions, par Susan Hayward, Harvard Law School).

Quoi qu'il en soit, à la mi-avril, la première attaque armée d'envergure contre les militaires a été menée par l'Union nationale karen, le plus ancien groupe rebelle du Myanmar (créé à l'origine par la puissance coloniale britannique pour lui servir de mandataire).
Aujourd'hui, le gouvernement dit d'unité nationale a annoncé son intention de créer une armée d'union fédérale - une force militaire composée de transfuges des forces de sécurité, de groupes ethniques rebelles et de volontaires. Ce serait un tournant qui transformerait l'agitation antimilitaire en une confrontation armée avec l’armée. Le Myanmar entre dans la phase cruciale, semblable à celle où se trouvait la Syrie en 2011.
Les parallèles avec la Syrie sont frappants: les manifestations du "printemps arabe" (mars-juillet 2011) ont été écrasées par le gouvernement syrien, qui a ensuite servi d’alibi pour une intervention occidentale à grande échelle, orchestrée par les États-Unis et leurs alliés, qui a finalement été détournée par des groupes extrémistes, notamment l'État islamique et Al-Qaïda, et a déclenché à son tour l'intervention russe pour défendre le gouvernement Assad.
Bien sûr, l'une des principales différences est que les pays voisins ne veulent pas être impliqués dans une guerre civile au Myanmar. Il est certain que, dans un tel scénario, tout changement de la politique indienne en faveur d'un ralliement au projet occidental est lourd de conséquences.
Les nouvelles surprenantes qui nous parviennent aujourd'hui de Hakha, la capitale de l'État Chin, près de la frontière avec l'Inde, constituent une sonnette d'alarme pour les États indiens du nord-est, qui ont des affinités ethniques et religieuses avec les groupes rebelles de l'autre côté de la frontière. L'État Chin est réputé pour sa stabilité et sa paix, mais les incidents d'aujourd'hui, qui prennent la forme d'attaques éclair, ont entraîné la mort de neuf soldats. Cela semble être une répétition générale.
Plus de 85 % de la population de l'État Chin est composée de chrétiens (plus d'un demi-million). L'État Chin partage sa frontière avec six districts du Mizoram. Plus de 87 % de la population du Mizoram est chrétienne et des rapports font état de personnes originaires du Myanmar qui traversent la frontière. La plupart des réfugiés qui arrivent de l'État Chin sont issus des tribus Lai, Tedim-Zomi, Luse, Hualngo et Natu, qui ont des liens étroits avec les Mizos du Mizoram, ainsi qu'avec les Kuki-Zomis de Manipur.
Au fil des décennies, de nombreux habitants de l'État Chin ont également migré vers le Mizoram. (‘’Why Mizoram sees Myanmar refugees as 'family'’’, The Print, 24 mars 2021). L'Inde et le Myanmar partagent une frontière non clôturée de 1643 kilomètres qui traverse l'Arunachal Pradesh (520 km), le Nagaland (215 km), le Manipur (398 km) et le Mizoram (510 km). Les États correspondants au Myanmar sont Kachin, Sagaing et Chin.
La situation est presque identique à celle de la région frontalière ouverte entre le Pakistan et l'Afghanistan. À l'instar des tribus pachtounes qui chevauchent la frontière afghano-pakistanaise, les tribus indiennes telles que les Mizos, les Kukis, les Nagas et les Zomis sont également divisées en petites tribus qui partagent des liens étroits de part et d'autre de la frontière. Si le Myanmar devient un État défaillant, l'Inde en subira les conséquences.
Les montagnes enchevêtrées et les jungles tropicales en font également un pays de guérilla classique. En cas de guerre civile dans les mois à venir et de rupture de l'unité du Myanmar, l'Inde sera aspirée dans le chaos. La Thaïlande et l'Inde sont les deux seuls sanctuaires plausibles pour le MI6 et la CIA pour naviguer dans les vicissitudes d’un guerre civile probable au Myanmar - et, la Thaïlande bénéficie de relations amicales avec la Chine.
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est entretenu avec son homologue indien S. Jaishankar pas moins de trois fois en trois mois depuis la prise du pouvoir par les militaires au Myanmar. Il est certain que la coopération de l'Inde est cruciale pour le succès de l'entreprise anglo-américaine au Myanmar.

Le Myanmar a figuré en bonne place lors de la réunion des ministres des affaires étrangères du G7 à Londres du 3 au 5 mai. Jaishankar s'est rendu à Londres et a rencontré Blinken. Aucune des parties n'a divulgué de détails, mais un rapport de la Deutsche-Welle a signalé que "la Chine était en tête de l'ordre du jour lorsque les ministres des affaires étrangères du G7 ont discuté d'une série de questions relatives aux droits de l'homme. La question du coup d'État au Myanmar et de l'agression russe était également à l'ordre du jour".
Le communiqué ajoute que les ministres du G7 ont regardé une vidéo du gouvernement d'unité nationale du Myanmar afin "d'informer les ministres de la situation actuelle sur le terrain". Le communiqué conjoint publié à l'issue de la réunion de Londres consacre une grande attention au Myanmar (paragraphes 21 à 24). Il exprime sa "solidarité" avec le gouvernement d'unité nationale et appelle à des sanctions globales contre l'armée du Myanmar, y compris un embargo sur les armes.
Les douleurs naissantes des insurrections, en phase de planification, ne sont jamais exposées au public, car les agences de renseignement placent les acteurs dans le jeu. La situation au Myanmar a atteint ce stade. C'est la première grande manifestation du Royaume-Uni post-Brexit ("Global Britain") sur la scène mondiale. Comme souvent dans l'histoire moderne, Londres mènera la danse depuis l'arrière.
La décision du groupe Adani de mettre fin à ses activités au Myanmar arrive à point nommé. L'influent groupe avait probablement un instinct animal quant à l'issue de la réunion du G7 à Londres.
17:25 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : birmanie, myanmar, inde, géopolitique, politique internationale, asie, affaires asiatiques |
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Double jeu au Myanmar

Double jeu au Myanmar
Par Daniele Perra
Ex : https://www.eurasia-rivista.com/doppio-gioco-in-myanmar/
Dans un précédent article du site "Eurasia" intitulé "Que se passe-t-il au Myanmar ?", nous avons tenté d'interpréter les événements en Birmanie à la lumière de la situation interne, qui est convulsive, et des dynamiques géopolitiques potentielles qui pourraient être déclenchées. À cette occasion, quelques jours seulement après l'action militaire qui a subverti les résultats des élections sur la base d'accusations d'irrégularités, l'article se concluait par l'espoir que la présence d'agents extérieurs (peu intéressés par la protection de la démocratie dans le pays) ne provoquerait pas une nouvelle déstabilisation. Quelques mois après les faits, ces espoirs ont été largement déçus. Dans cette analyse, nous tenterons de décrire la stratégie occidentale visant à créer un "scénario syrien" dans cet État d'Asie du Sud.
Lors du Forum international sur la sécurité de Halifax en 2011, John McCain, alors sénateur républicain et ancien candidat à la Maison Blanche, a déclaré: "Il y a un an, Ben Ali et Kadhafi n'étaient encore au pouvoir. Assad ne sera plus au pouvoir l'année prochaine. Ce printemps arabe est un virus qui va s'attaquer à Moscou et à Pékin" [1].
En période de pandémie, la comparaison faite par McCain entre les stratagèmes utilisés par l'"Occident" pour déstabiliser les pays non alignés (du printemps arabe aux révolutions colorées) et un virus semble tout à fait d'actualité et particulièrement efficace. Surtout, compte tenu du fait que la Russie et la Chine, à l'instar de ce qui s'est passé avec le Covid-19, ont été les premiers à trouver une issue. Néanmoins, le "virus", tant biologique que géopolitique, reste un ennemi perfide et difficile à éradiquer complètement. Le cas de la Birmanie le démontre de manière emblématique.

Dans ce contexte, nous n'insisterons pas sur les aspects qui ont conduit à l'intervention militaire dans les premiers jours de février. Ces aspects ont déjà été largement étudiés, en termes constitutionnels, dans l'article précité publié sur le site "Eurasia" [2]. Ici, conformément à ce qui avait été avancé à l'époque (à savoir l'attribution de l'événement à des dynamiques liées au partage du pouvoir interne), la priorité sera donnée à l'évolution de la situation birmane par rapport à la tension et à la rivalité croissantes entre l'"Occident" et le "bloc eurasien".
En fait, nous assistons à l'application d'une stratégie précise visant à manipuler les informations en provenance du Myanmar afin de diffuser et de consolider les théories antichinoises (également teintées de conspiration) à l'intérieur et à l'extérieur de ce pays d'Asie du Sud. Et cela se fait pour plusieurs ordres de raisons.
Tout d'abord, il faut considérer la perspective géopolitique. Il existe une volonté manifeste d'utiliser le Myanmar comme un "pion" pour saboter et affaiblir le potentiel d'intégration de l'espace eurasien inhérent au projet de la Nouvelle route de la soie. Après l'intervention du Tatmadaw et l'éviction du pouvoir de la Ligue nationale pour la démocratie, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ont rapidement pris des mesures pour imposer de nouvelles sanctions à la junte militaire. L'Inde, pour sa part, a suivi ses alliés occidentaux dans le schéma antichinois du "Quad" en pointant du doigt le Tatmadaw, compte tenu également du fait que, sous le règne de la Ligue nationale pour la démocratie, elle avait réussi à imposer sa projection géopolitique à Naypyitaw par l'exportation systématique de vaccins anti-covirus.
Toutefois, l'imposition de nouvelles sanctions a fait craindre que la junte militaire ne s'ouvre encore davantage à Moscou et à Pékin. C'est effectivement ce qui s'est passé, notamment en ce qui concerne la Russie. Lors du défilé annuel de la Journée des forces armées qui s'est tenu dans la capitale de ce pays d'Asie du Sud, le chef de la junte militaire, Min Aung Hlaing, a accueilli des représentants de la Russie, de la Chine, du Bangladesh, du Pakistan, de l'Inde, du Laos, du Vietnam et de la Thaïlande, et a réaffirmé au vice-ministre russe de la défense, Alexander Fomin, la profonde amitié qui lie le Myanmar et la Russie.
En réponse, l'"Occident" a largement diffusé de fausses informations, tant pour discréditer la junte militaire aux yeux de Moscou et de Pékin que pour discréditer les deux capitales aux yeux des manifestants birmans. L'une de ces fausses informations concerne l'embauche par le Tatmadaw (jamais confirmée par les personnes directement impliquées en Birmanie) du lobbyiste israélo-canadien Ari Ben Menashe, propriétaire du Dickens and Madson Group basé à Montréal [4]. Ancien agent secret israélien, menteur notoire et agent double à but lucratif, Ben Menashe a affirmé avoir été engagé pour la somme de 2 millions de dollars, plus d'éventuels bonus, si l'objectif est atteint. Cet objectif serait d'améliorer l'image de la junte militaire en "Occident" (ce qui entraînerait la levée des sanctions) en révélant les véritables raisons de l'action de février: à savoir, renverser le gouvernement pro-chinois d'Aung San Suu Kyi pour éviter que le Myanmar ne devienne une marionnette de Pékin.
Il ne fait aucun doute que Pékin n'était pas particulièrement enthousiaste à l'idée d'une action susceptible d'être exploitée par ses rivaux géopolitiques pour générer le chaos à ses frontières. Toutefois, il ne semble pas tout à fait crédible que les militaires birmans aient sciemment décidé de rompre les liens avec le principal partenaire commercial du pays (et son principal fournisseur d'armes) dans l'espoir d'une improbable rédemption aux yeux de Washington.

À cet égard, toujours dans le but de saper les liens entre la Chine et le Tatmadaw, le soutien chinois au précédent gouvernement birman a également été exagéré. Cette dernière, en effet (même si cette pratique a été appliquée pendant toute la période de la soi-disant "transition démocratique"), a favorisé la diffusion dans tout le pays d'organisations non gouvernementales chargées de propager des modèles occidentaux liés à ce que l'on pourrait définir comme la "culture sorosienne". Ces organisations, comme l'a répété Xu Luping (directeur du Centre d'études sud-asiatiques de l'Académie chinoise des sciences sociales), ont œuvré à une véritable "colonisation spirituelle" du Myanmar [5]. Sans surprise, Aung San Suu Kyi elle-même, de 2014 à 2017, a rencontré quatre fois le spéculateur/philanthrope George Soros et pas moins de six fois, de 2017 à 2020, son fils Alexander. À cet égard, il ne faut d'ailleurs pas s'étonner que l'une des premières mesures prises par la junte militaire, également afin de pouvoir enquêter sur les transactions financières des ONG pendant les années de règne de la Ligue nationale pour la démocratie, ait été de fermer les comptes bancaires se référant à l'Open Society Foundation au Myanmar [6].
L'objectif " occidental " est donc de générer une forme d'antagonisme à plusieurs niveaux entre le Myanmar et la Chine afin de ruiner ce qui a été décrit à plusieurs reprises comme une relation d'amitié fraternelle (dont la rencontre entre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et l'actuel chef de la junte militaire Min Aung Hlaing en janvier dernier n'est pas la moindre) [7]. Par exemple, plusieurs des organisations non gouvernementales susmentionnées (ainsi que d'autres agents "occidentaux") opérant à l'intérieur et à l'extérieur du Myanmar ont également diffusé l'idée que Pékin soutenait l'action militaire afin d'inciter les manifestants à diriger leur colère directement vers la Chine. Dans le même temps, des attaques et des sabotages d'infrastructures liées à la Nouvelle route de la soie ont été perpétrés (ainsi que la diffusion de fausses nouvelles à ce sujet) afin que la Chine intervienne directement au Myanmar et l'implique dans la spirale des tensions.
Il semble clair que l'"Occident", en ce qui concerne la situation en Birmanie, semble très peu intéressé par la défense des droits de l'homme et beaucoup plus par la création de problèmes pour la Chine. Parmi les ONG qui œuvrent dans ce sens, on peut notamment citer Burma Human Rights Watch, basée à Londres (au même titre que l'infâme organisation de fake news Syrian Observatory for Human Rights), le journal informatique Myanmar Now, le "think tank" Institute for Strategy and Policy, et l'association Justice for Myanmar. Tous ces groupes font partie, d'une manière ou d'une autre, de la sphère d'influence "occidentale". Burma Human Rights Watch et Myanmar Now, par exemple, sont ouvertement soutenus par la fondation nord-américaine National Endowment for Democracy [8]. Et tous ces groupes sont particulièrement actifs sur les plateformes sociales privées, surtout depuis que le processus de "colonisation spirituelle" du pays a permis à plus de 20 millions de nouveaux utilisateurs d'y accéder (principalement concentrés dans les zones urbaines).
Parmi les plus actifs, une fois encore, figurent Burma Human Rights Watch et Myanmar Now. Alors que le premier, comme nous l'avons déjà mentionné, a ouvertement incité au sabotage des infrastructures et des industries chinoises dans le pays en réponse à la répression de la junte militaire (on ne voit pas bien, entre autres, comment la destruction d'une usine qui fournit du travail peut améliorer les conditions du peuple birman), le second a encouragé le recours à la violence par les manifestants, voire la formation d'une armée fédérale comprenant toutes les forces opposées au gouvernement central (y compris les groupes armés liés aux minorités ethniques)[9]. Sans parler des invocations répétées à la pratique malheureuse de la R2P - Responsabilité de protéger: un schéma idéologique du moment unipolaire (appliqué avec des résultats tragiques en Libye) par lequel les États-Unis (et plus généralement l'"Occident") se sont attribués le rôle de gendarme mondial afin de maintenir inchangé leur dessein hégémonique.
L'influence qu'une autre organisation de type "sorosien" exerce sur les manifestations n'est pas moins digne d'attention: la Milk Tea Alliance, qui d’est également constituée et est extrêmement active sur les plateformes sociales privées, qui lui ont donné une visibilité comparable à celle des mouvements Me Too et Black Lives Matter. L'objectif de la Milk Tea Alliance, liée à des figures de proue du sécessionnisme pro-occidental de Hong Kong (comme Nathan Law, qui s'est d'abord réfugié à Londres avant de faire partie du programme Pritzker Fellows de l'université de Chicago), est de créer un front commun d'opposition à Pékin entre Hong Kong, Taïwan, la Thaïlande (un autre pays central sur les routes de la nouvelle route de la soie) et le Myanmar.


Un conflit civil ouvert semble être, à ce jour, l'évolution espérée par l'"Occident" au Myanmar. En 2011, l'agression prévue contre la Syrie a interrompu le développement de l'interconnexion (également en termes de gazoducs et d'oléoducs) entre les pays du "Croissant fertile" (Iran, Irak, Syrie et Liban). La déstabilisation et le sabotage des infrastructures sino-birmanes (parmi lesquelles figure un oléoduc de plus de 800 km qui relie la baie du Bengale à la Chine) compliqueraient les projets chinois visant à diversifier les flux d'approvisionnement en énergie afin de réduire la dépendance à l'égard du détroit de Malacca. En effet, 80% du pétrole brut destiné à la Chine passe actuellement par le détroit, de sorte qu'en cas d'affrontement militaire, sa fermeture mettrait Pékin en grande difficulté.
C'est pourquoi la Chine a déclaré à plusieurs reprises qu'elle souhaitait promouvoir la réconciliation entre les forces politiques civiles et militaires au Myanmar. La stabilité de ce pays d'Asie du Sud est dans l'intérêt de Pékin. Sa destruction est dans l'intérêt total de l'"Occident".
NOTES
[1]The Arab Spring: ‘a virus that will attack Moscow and Beijing’, www.theatlantic.com.
[2] L’article 417 de la constitution de 2008 prévoit la possibilité de déclarer l’état d’urgence pour une période d’un an (sur base d’une coordination entre le Bureau de la Présidence et le Conseil de défense et de sécurité nationale), s’il s’avère qu’émergent des conditions susceptibles de menacer l’intégrité de l’Union, la solidarité nationale ou la pleinesouveraineté de la nation. On pourra consulter le texte de la Constitution du Myanmar sur le site suivant : www.constituteproject.org.
[3] Nul besoin d’oublier que les principaux fournisseurs de technologies militaires au Myanmar sont justement la Chine, la Russie et l’Inde. Voir : Myanmar junta holds military parade with Russian attendance, www.asia.nikkei.com.
[4] Israël (qui fait partie désormais des principaux fournisseurs d’équipements militaires au Myanmar) a déclaré n’avoir plus aucun lien avec la personne d’Ari Ben Menashe.
[5] Voir : West utterly manipulates Myanmar situation as a tool in anti-China campaign, www.globaltimes.cn.
[6] Voir Myanmar regime seizes bank accounts of Soros Open Society Foundation, www.irrawaddy.com.
[7]Wang Yi meets with Myanmar’s Commander in Chief of defense services Min Aung Hlaing, www.fmrc.gov.cn.
[8] Le National Endowment for Democracy est une ONG bien connue pour le soutien qu’elle a apporté au séparatisme ouïghour dans la Région Autonome chinoise du Xinjiang. è ben noto anche per il suo sostegno al separatismo uiguro nella Regione Autonoma cinese dello Xinjiang. Cette actuion subversive a débuté au début de la décennie 2000 et a soutenu l’émergence du Uyghur Human Rights Project bénéficiant de l’appui de divders « dissidents » expatriés aux Etats-Unis. Ce projet a accordé un soutien financier de 8.758.300$ à divers grouopes ouïghours qui s’opposaient aux gouvernement central de Pékin. Voir : Uyghur human rights policy act builds on work of NED grantees, www.ned.org.
[9] Voir : GT investigates: western forces, HK secessionists behind China rumors in Myanmar, www.globaltimes.cn.
17:04 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : myanmar, birmanie, asie, affaires asiatiques, géopolitique, politique internationale |
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