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lundi, 11 octobre 2021

Dante et l'Inde

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Dante et l'Inde

Par Claudio Mutti

Ex: "Eurasia", 2/2006 (avril-juin 2006); https://www.eurasia-rivista.com/dante-e-lindia-2/                       

Avec sa "doctrine qui se cache - sous le voile de vers étranges" et avec sa certitude de n'être que le copiste de l'Amour, Dante n'était pas un "savant", pas plus que ne l'étaient un rshi védique ou un mantrakrt, mais il était un voyant, un énonciateur de la vérité (satyavâdin).

(Ananda K. Coomaraswamy)

 
Lorsque sur la montagne du Purgatoire, Dante et Virgile sont invités par l'ange de la chasteté à entrer dans les flammes, car sinon ils ne pourraient pas continuer leur ascension, c'est le coucher du soleil du 12 avril. Le soleil occupe la même position que lorsqu'il envoie ses premiers rayons à Jérusalem, tandis que l'Èbre coule sous la constellation de la Balance, qui est haute dans le ciel, et que les eaux du Gange sont enflammées par le soleil de l'après-midi. "Oui, comme lorsque les premiers rayons vibrent / là où son sang a été versé, / tombant d'Ibero sous la haute Balance, / et les vagues dans le Gange par le neuvième flamboiment, / ainsi se tenait le soleil" (Purg. XXVII, 1-5). Dante indique l'heure du jour en se référant à quatre points géographiques fondamentaux : Jérusalem, l'Ebre, le Gange et le Purgatoire. Selon la géographie de Dante, en effet, la terre habitée par les vivants correspond à la surface de l'hémisphère nord et a pour centre Jérusalem qui, étant aux antipodes du Purgatoire, est équidistante de l'extrême ouest, marqué par l'Ebre, et de l'extrême est, représenté par le Gange. Ainsi, lorsque le soleil se lève sur le Purgatoire, à l'horizon de Jérusalem, le jour se couche sur l'Ebre et la nuit descend sur le Gange ; le matin du 10 avril, alors que les deux poètes étaient encore au pied de la montagne, le soleil était déjà arrivé à l'horizon de Jérusalem et la nuit, se retournant contre le soleil, sortait du Gange dans la constellation de la Balance (constellation dans laquelle on ne la trouve plus après l'équinoxe d'automne, lorsque la nuit devient plus longue que le jour). Selon les mots de Dante : "Déjà arrivait le soleil à l'horizon / dont le cercle méridien couvre / Jerusalem avec son point le plus élevé; / et la nuit, qui en face de lui tourne en rond / sort du Gange avec la Balance, / qui lui donne la main quand il déborde" (Purg II, 1-6).

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Que le Gange soit le véritable Orient du monde, Dante le réitère dans le chapitre XI du Paradis: la "côte fertile" d'Assise, l'Orient d'où surgit la lumière solaire de saint François, est assimilée au Gange, d'où, à l'équinoxe de printemps, le soleil, plus brillant que jamais, se lève au-dessus du méridien de Jérusalem.

L'autre grand fleuve de l'Inde, l'Indus, est pris dans la Comédie comme symbole des lieux orientaux non touchés par la prédication chrétienne. Dans le ciel de Jupiter, l'Aigle, qui représente l'idée éternelle de justice, expose à Dante le doute qu'il a sur le dogme chrétien de la justification par la foi: si "un homme naît sur la rive / de l'Indus, et qu'il n'y a personne qui raisonne / du Christ, ni qui lit, ni qui écrit" (Par. XIX, 70-72) et donc, sans qu'il y ait faute de sa part, "meurt non baptisé et sans foi" (Par. XIX, 76), pourquoi Dieu, qui est la justice suprême, le condamne-t-il pour l'éternité ?

Les Indiens, aux frontières orientales du monde, n'ont pas été atteints par la bonne nouvelle, mais eux aussi ont été témoins de l'éclipse qui s'est produite à la mort de Jésus et qui a touché tous les peuples de la terre : "aux Hispaniques et aux Indiens, / comme aux Juifs, cette éclipse a répondu" (Par. XXIX, 101-102).

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Parmi les sources médiévales relatives à cette région extrême et inconnue figure le De situ Indiae et itinerum in ea vastitate, que l'on croit être une lettre d'Alexandre le Grand à Aristote (1). À partir d'une citation de l'épître contenue dans les Météores d'Albertus Magnus - Albert le Grand (I, 4, 8), Dante apprend l'existence d'un épisode dont Alexandre aurait été le protagoniste en Inde et s'en sert pour construire un simulacre: "Tel Alexandre, dans ces régions chaudes / de l'Inde, voyait au-dessus de sa troupe / des flammes tombant fermement sur le sol, / de sorte qu'il prévoyait de toucher le sol / avec ses hôtes, de sorte que la vapeur - mei si stingueva mentre ch'era solo : / tale scendeva l'etternale ardore" (Inf. XIV, 31-37). En somme, les couches de feu qui, dans le troisième cercle du septième cercle, tourmentent les violents contre Dieu (blasphémateurs, usuriers, sodomites) rappellent à Dante les flammes qu'Alexandre voyait pleuvoir sur son armée dans les régions chaudes de l'Inde: c'étaient des flammes qui restaient brûlantes jusqu'à ce qu'elles tombent à terre, aussi le Macédonien ordonna-t-il à ses soldats de bien fouler le sol, pour mieux éteindre le feu tant qu'il était isolé.

La caractérisation de l'Inde comme une région particulièrement chaude revient dans Purg. XXVI, 21-22 : "car tous ceux-là ont plus soif / que l'eau froide Indus ou Aethippus". Les âmes purgatives des luxurieux constatent que Dante est vivant et brûlent du désir d'avoir une explication de sa part, plus que les Indiens ou les Ethiopiens ne brûlent de soif.

Une autre merveille de l'Inde dont Dante a connaissance est qu'il y pousse de très grands arbres : la nouvelle lui vient probablement de Virgile, selon lequel, dans cette partie extrême du monde, près de l'Océan, il y a des arbres si hauts qu'aucune flèche ne pourrait en atteindre la cime (2). Mais l'arbre de la connaissance du bien et du mal s'élève encore plus haut, de sorte qu'il serait un objet d'émerveillement pour les Indiens: "La coma sua, che tanto si dilata / più quanto più è sù, fora da l'Indi / ne' boschi per altezza ammirata" (Purg. XXXII, 40-42).

Mais au Purgatoire il y a deux autres arbres (Purg. XXII-XXIII et au Purg. XXIV) qui nous ramènent en Inde: ce sont ceux qui se trouvent près du sommet de la montagne, sous la plaine du Paradis terrestre. Le premier arbre "est l'image réfléchie et inversée de l'Arbre de vie, dont les âmes du purgatoire (cosmique) ont faim et soif, mais dont elles ne peuvent avoir aucune part et sur lequel elles ne peuvent même pas monter " (3), tandis que le second est une "image inversée de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal" (4).

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Ainsi le grand savant anglo-indien Ananda K. Coomaraswamy, qui examine le symbole de l'arbre renversé sur la base des descriptions fournies par les textes indiens, et pas seulement ceux-là, puisque "l'idée d'un arbre droit et d'un arbre renversé a une diffusion dans le temps et l'espace qui va de Platon à Dante et de la Sibérie à l'Inde et à la Mélanésie" (5). Il y a cependant quelques éléments que la description de Dante a en commun avec celle de l'Inde en particulier : par exemple, sur le premier des deux arbres renversés "il tomba du haut rocher une liqueur claire - et elle se répandit dans les feuilles au-dessus" (Purg. XXII, 137-138), tout comme "dégoulinant de soma" (soma-savanah) est la figue de Brahmaloka, décrite dans Chândogya-upanishad, VIII, 5, 3-4.

Enfin, il faut aussi considérer le Purg. VII, 74, un verset lu et interprété de différentes manières, dans lequel, cependant, selon certains spécialistes (Scartazzini, Sapegno, Mattalia), le syntagme "je montre le bois" est présent. Il s'agirait du lychnis Indica, une pierre précieuse mentionnée par Pline ("Quidam enim eam dixerunt esse carbunculum remissiorem"); en raison de sa splendeur, elle a été évoquée dans la description de la vallée des Princes, dont les couleurs vives et éblouissantes rappellent la splendeur des miniatures et des pierres précieuses.
 
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Parmi les nombreuses similitudes que Coomaraswamy trouve entre la Comédie et les écritures sacrées de l'Inde, certaines semblent particulièrement remarquables. Le thème de la "paternité solaire", par exemple dans le Shatapatha Brâhmana I, 7, 6, 11, est également présent dans le Par. XXII, 116 ; le symbolisme de l'inceste de Prajâpati, époux et fils de Vâc (Pancavimsha Brâhmana VII, 6 ; XX, 14) est identique à celui lié à la définition de Marie comme "Vierge mère, fille de ton fils" (Par. XXXIII, 1); les "trois mondes" (sâttvika, râjasika et tâmasika) dans lesquels, selon la pensée hindoue, la manifestation universelle est différenciée, se reflètent dans la tripartition cosmique décrite dans Par. XXIX, 32-36 ; l'imposition de la couronne et de la mitre, qui a lieu dans le rituel hindou de la "vivification du roi", est également vue dans Purg. XXVII, 142 ; etc. etc.

D'autres spécialistes de l'œuvre de Dante avaient déjà fait référence à l'Inde. Dante Gabriele Rossetti (1828-1880), se basant sur l'hypothèse que "les écoles secrètes sont modelées, peu à peu, sur un système unique " (6) et " utilisent souvent des mots d'idiomes étrangers pour laisser entrevoir ces arcanes qu'elles n'osent pas expliquer ouvertement" (7), avait même cru retrouver la trace de la syllabe sacrée OM dans deux vers de Dante: "Chi nel viso de li uomini legge 'omo' " (Qui dans le visage des hommes lit 'homo'). (Purg. XXIII, 32) et "O om che pregio di saver portate" (Rime, Savete giudicar vostra ragione, 2).  

220px-A._De_Gubernatis.jpgArturo Graf (1848-1913) avait noté que la Commedia et la tradition indienne attribuent des caractéristiques similaires aux lieux de béatitude : si dans la "forêt divine épaisse et vivante" (Purg. XXVIII, 2) règne "une douce aura, sanza mutamento" (Purg. XXVIII, 7), le mont Meru ne connaît "ni ténèbres, ni nuages, ni mauvais temps d'aucune sorte" (8). Angelo De Gubernatis (1840-1913) (photo), en plus d'avoir retracé un prototype indien de la figure de Lucifer (9), avait identifié la montagne du Purgatoire avec le pic d'Adam sur l'île de Taprobane (c'est-à-dire Ceylan), que la carte du monde de Marino Sanudo plaçait en 1320 à l'extrême limite orientale de la terre: "Étant donné qu'il ne fait plus aucun doute que Dante a placé le Purgatoire sur une île, que l'on croyait déserte, aux antipodes de Jérusalem, il ne me semble pas qu'il faille faire beaucoup d'efforts pour découvrir qu'une telle île, selon l'esprit de Dante, devait être la terre sacrée de Seilan" (10). De Gubernatis avait également émis l'hypothèse que le "paysage indien" (11) était à l'origine de la représentation par Dante du char triomphal tiré par le griffon (Purg. XXIX, 106-120). Moins sûr en indiquant l'emplacement de la montagne du Purgatoire était Miguel Asìn Palacios: "Cual fusese esta montaña, ya no es tan fácil de precisar, porque las opiniones se dividen : bien se la supone en Siria, bien en Persia, bien en Caldea, bien en la India, pero esta ultima situación ha sido la predominante" (Il n'est guère facile de préciser quelle est cette montagne, car les opinions divergent: certains la placent en Syrie, d'autres en Perse ou en Chaldée, d'autres encore en Inde, mais ce dernier emplacement hypothètique est prédominant) (12).

Giovanni_Pascoli_01.jpgGiovanni Pascoli (1855-1912) (photo), pour qui la Commedia lui donnait "le vertige des livres de l'Inde ancienne" (13), avait esquissé un parallèle entre le prince Siddhartha et Alighieri, le Bouddha d'Europe: "Ainsi notre Shakya, comme le Shakya indien, comme l'ermite comme l'exilé, à une distance de vingt siècles, commencent par une considération profonde sur la misère humaine. Je vois l'un s'extasier au pied du figuier, ashvattha ficus religiosa; l'autre errer dans les ombres de la forêt. Et de la misère ils se relèvent, l'un pour disparaître dans le Nirvana, l'autre pour plonger dans le Miro Gurge. Et tous deux sortent de la misère inspirés pour prêcher la paix et l'amour à tous: le bonheur" (14). René Guénon (1886-1951) avait comparé "l'Empereur, tel que Dante le conçoit, (...) au Chakravartî ou monarque universel des Hindous, dont la fonction essentielle est de faire régner la paix, sarvabhaumika, c'est-à-dire de la répandre sur toute la terre" (15).

Parmi les études récentes, nous nous limiterons ici à signaler un essai de Nuccio D'Anna sur le De vulgari eloquentia, dans lequel, pour comprendre le sens et le fondement de l'herméneutique linguistique de Dante, on rappelle la procédure indienne analogue du nirukta, illustrée par le passage d'un texte sanskrit sur ce sujet (16). Dans la préface de l'essai, l'auteur prévient qu'une meilleure connaissance des textes orientaux concernant le symbolisme linguistique - et à titre d'exemple il mentionne, entre autres, le "Tantra hindou" (17) - nous ferait comprendre que la structure symbolique de l'œuvre de Dante est extraordinairement proche de celle des autres cultures traditionnelles d'Eurasie.
 
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Lorsque Dante a écrit la Comédie, Delhi était gouvernée par une dynastie afghane d'origine turque (18), la dynastie Khalgî, inaugurée par Gialâl ud-dîn Fîrûz (1290-1296). À sa mort, 'Alâ' ud-Dîn Khalgî Muhammad Shâh (1296-1316) reconquiert le Gujarât et s'empare en 1303 de Chittoor au Rajasthan. Sous la direction de 'Alâ' ud-Dîn, le sultanat de Delhi a soumis presque tous les royaumes hindous du sud et de l'ouest et est devenu un empire subcontinental, atteignant le sommet de la puissance politique, de la splendeur culturelle et de la prospérité économique. À la mort de 'Alâ' ud-Dîn, le trône est usurpé par Khusraw Khân, courtisan et apostat de l'islam, qui plonge le royaume dans l'anarchie jusqu'en 1320, date à laquelle Ghâzî Malik Tughluq redresse la situation et met en place un gouvernement exemplaire qui ne durera que quelques années (1320-1325). Entre 1253 et 1325, dans une période qui coïncide avec la vie de Dante, Amîr Khusraw Dihlawî, célèbre poète formé à l'école du grand shaykh Nizâm al-Dîn Awliyâ' (m. 1325), figure importante de la Chishtiyya, l'ordre initiatique fondé par Mu'în ud-dîn Hasan Chishtî (1142-1236), a travaillé dans le sultanat de Delhi.

Thomas_Babington_Macaulay2.jpgDante ne savait rien ou presque de tout cela. Mais même en Inde, on n'a pas entendu parler de Dante avant le XIXe siècle, lorsque la diffusion de la langue anglaise a favorisé le contact entre les érudits indiens et la littérature européenne. "Et puis, par pure coïncidence, l'homme qui, en tant qu'expert, a conseillé à la Compagnie des Indes orientales, dans son célèbre document sur l'éducation en Inde en 1834, non seulement l'utilisation de la langue anglaise comme moyen d'expression dans les bureaux, les tribunaux et les écoles, mais aussi l'enseignement des sciences, de la philosophie, de la médecine et de l'économie politique européennes, à savoir Lord Macaulay (photo), était un admirateur passionné de la poésie de Dante, et il est donc très peu probable que non seulement son essai sur le poète (dans Criticism on the principal Italian writers, 1824) mais aussi sa célèbre comparaison de Dante et de Milton (publiée en août 1825 dans dans l'Edinburgh Review), avait échappé à l'attention des spécialistes indiens de la littérature anglaise, et que ce même essai ne constituerait pas l'une des premières lectures critiques, sinon la première lecture, sur Dante pour un débutant en littérature italienne, et pas seulement pour un débutant" (19).

Mudhusudan_Dutta.jpgAinsi, des poètes et des procureurs ont entrepris l'étude de l'italien afin de pouvoir lire Dante dans l'original. Parmi ceux-ci, il convient tout d'abord de citer le plus grand poète bengali du XIXe siècle, Michael Madhûsudan Datta (1824-1873) (photo), auteur du premier poème épique en bengali, Meghanath-Badh (1861-'62), dans lequel l'influence de Dante se révèle "surtout dans la conception de l'Enfer et dans la mise en œuvre de cette conception en termes descriptifs, géographiques et topographiques" (20). La Comédie a également inspiré un poème philosophique de Hemachandra Vanyopadhyaya (1838-1903), Chhayamayi (1880), dans lequel les pécheurs sont répartis dans les différentes zones de l'enfer en fonction de leurs péchés. Hemachandra lui-même, en revanche, a reconnu explicitement sa dette envers Dante. Rabindranath Tagore (1861-1941) avait déjà publié un article sur Dante (et un sur Pétrarque) à l'âge de seize ans. Shri Aurobindo (1872-1950) étudiait sans relâche la Divine Comédie et proposait les modèles de Dante, Milton et Goethe à ses jeunes disciples qui écrivaient des poèmes (en bengali et en anglais). Son frère Manmohan Ghose (1867-1924), spécialiste de la littérature européenne, comptait parmi ses condisciples Laurence Binyon (1869-1943), un traducteur anglais de Dante.

Sarojini_Naidu_1964_stamp_of_India.jpgLe poète Toru Dutt (1856-1877) a écrit un commentaire critique sur la traduction de la Comédie par Antonio Deschamps. Un autre poète qui mérite d'être mentionné pour son intérêt pour Dante est Sarojini Naidu (1879-1949), "le rossignol de l'Inde" (gravure sur timbre, ci-contre); elle a été la première femme à présider le Congrès national indien et à gouverner l'État d'Uttar Pradesh après l'indépendance. Dinesh Chandra Datta a traduit la Bhagavad Gita en tercets dantesques et a écrit un sonnet à Dante (21). Terminons cette brève revue en citant Muhammad Iqbâl (1873-1938), le plus grand poète contemporain de l'Inde musulmane, auteur, entre autres, d'un Jâvêd-nâma en persan qui s'inscrit dans la tradition des poèmes sur l'Ascension nocturne du Prophète Muhammad et rappelle simultanément le voyage céleste de Dante.

AVT_Muhammad-Iqbal_4149.jpgIqbal "a été influencé avant tout par les trois grandes 'Divine Comédies' de l'Occident, celle de Dante (qu'il connaissait en traduction anglaise), celle de Milton et celle de Goethe" (22). En 1932, la même année où le Jâvêd-nâma d'Iqbal a été publié à Lahore, un article d'un certain Inayat Ullah sur les recherches effectuées par les érudits européens sur les sources orientales de la Divine Comédie (23) a été publié dans "The Muslim Revival".

Nous terminerons par une curiosité. Nous ne connaissons aucune traduction de Dante en sanskrit ; cependant, il semble qu'un passage de l'Enfer (l'épisode du comte Ugolino dans les cantos XXXII-XXXIII) ait été traduit en sanskrit par un Italien : l'universitaire italien Arturo Farinelli (1867-1948).

Notes:

  • Version intégrale italienne dans G. Tardiola (a cura di), Le meraviglie dell’India, Roma 1991
  • “Aut quos Oceano propior gerit India lucos, / extremi sinus orbis, ubi aëra vincere summum / arboris haud ullae iactu potere sagittae?” (Georg. II, 122-124)
  • A. K. Coomaraswamy, Il grande brivido. Saggi di simbolica e arte, Adelphi, Milano 1987, p. 340
  • A. K. Coomaraswamy, op. cit., p. 341
  • A. K. Coomaraswamy, op. cit., p. 333. Pour une plus ample revue des descriptions indiennes de l'Arbre du Monde, cfr. A. Zucco, Il significato originario di un’antica parabola (Mahâbh., XI, 5, 6, 7) e la sua diffusione letterario e artistica in Oriente e Occidente, Istituto di Glottologia, Università degli Studi di Genova, 1971
  • G. Rossetti, Il mistero dell’amor platonico del Medio Evo, Arché, Milano 1982, vol. I, p. 78)
  • Ibidem
  • A. Graf, Miti, leggende e superstizioni del Medio Evo, Arnaldo Forni, Bologna 1980, vol. I, p. 23
  • A. de Gubernatis, Le type indien de Lucifer chez Dante, in Actes du Xe Congrès des Orientalistes. Questo scritto, che non ci è stato possibile rintracciare, viene citato da R. Guénon (L’esoterismo di Dante, Atanòr, Roma 1971, p. 47 n.) assieme a un altro articolo del medesimo autore: Dante e l’India, “Giornale della Società asiatica italiana”, vol. III, 1889, pp. 3-19. Parlant (in L’esoterismo di Dante, cit., pp. 46-47) de ceux qui ont "finalement supposé que Dante aurait pu subir directement l'influence de l'Inde", Guénon se réfère en outre à un essai "extrêmement superficiel":  Essai sur la philosophie de Dante (Faculté des Lettres, Paris 1838), dont l'auteur, Antoine Frédéric Ozanam, découvre, outre une influence islamique,  une influence indienne dans la "Divine Comédie".
  • A. de Gubernatis, Dante e l’India, cit., p. 10
  • A. de Gubernatis, Dante e l’India, cit., p. 15.
  • M. Asìn Palacios, La escatología musulmana en la Divina Comedia, Hiperión, Madrid 1984, p. 195
  • G. Pascoli, Prefazione alla Prolusione al Paradiso, in Prose, vol. II Scritti danteschi Sezione II, Mondadori 1957, p. 1578
  • Ibidem
  • R. Guénon, op. cit., p. 62
  • N. D’Anna, La Sapienza nascosta. Linguaggio e simbolismo in Dante, I libri del Graal, Roma 2001, pp. 43-44
  • N. D’Anna, op. cit., p. 10
  • Sotto la voce India dell’Enciclopedia dantesca, Istituto della Enciclopedia Italiana, Roma 1971, vol. III, p. 420, Adolfo Cecilia scrive invece che “Ai tempi di D. la regione (…) era praticamente tutta sotto il dominio degli Arabi” (sic)
  • Ghan Shyam Singh, Fortuna di Dante in India, in Enciclopedia dantesca, cit., p. 421 s. v. India
  • Ghan Shyam Singh, ibidem
  • Trad. it. in Ghan Shyam Singh, cit., p. 423
  • A. Bausani, in: M. Iqbal, Il poema celeste, Leonardo da Vinci, Bari 1965, p. 34
  • G. Galbiati, Dante e gli Arabi, in AA. VV., Studi su Dante, Hoepli, Milano 1939, p. 195

dimanche, 22 août 2021

Nations et nationalisme hors d'Europe

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Nations et nationalisme hors d'Europe

Leonid Savin

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/nacii-i-nacionalizm-za-predelami-evropy

Le non-Occident, tout comme l'Occident, a également développé ses propres concepts de nation et ses idéologies nationalistes. Bien que l'influence de la modernité occidentale soit apparente, il n'était pas rare que les philosophes et les théologiens se réfèrent à leurs prédécesseurs lorsqu'ils tentaient de développer une idéologie authentique. Considérons d'abord quelques concepts dans le monde arabe et parmi les musulmans.

Dans le monde arabo-musulman

small_abdurrahman-al-kawakibi-zindagi-aur-afkar-ebooks.jpgLe philosophe arabe Abd al-Rahman al-Kawakibi (ci-contre) a défini le concept de "nation" non pas comme "un groupe de créatures endormies, un ensemble d'esclaves d'un propriétaire usurpateur", mais comme "une communauté de personnes liées par une communauté de race, de langue, de patrie et de droits "(1).

Abd al-Aziz Durie note que le concept de nation arabe présente quatre identités interdépendantes. La première concernait la compréhension réelle, qui reposait à la fois sur des principes ethniques, notamment la structure tribale, et sur le rôle de l'émergence de l'Islam dans l'espace géographique arabe. Les trois autres sont la pensée philosophique, l'œuvre littéraire des écrivains arabes et la conscience populaire.

Duri souligne que l'idée d'une nation arabe distincte est apparue à la fin de la période omeyyade, lorsque l'empire commençait à faire face à des menaces extérieures (2). Comme source de référence, Abd al-Hamid, le secrétaire de Marwan ibn Muhammad, qui dans son essai Ila l-kuttab établit une analogie entre les Omeyyades et l'empire arabe, en disant: "Ne permettez pas qu'un seul brin de l'empire arabe tombe entre les mains d'une clique non arabe" (3).

Al-Tawhidi (m. 1024) a affirmé que les Arabes constituent une nation qui possède des qualités et des vertus particulières (4).

Une compréhension plus détaillée et structurée de la nation a été proposée par Ibn Khaldoun. Selon lui, il doit y avoir plus d'une condition (qu'il s'agisse de la religion ou de l'ethnie) à la base d'une nation. Les facteurs environnementaux ont un impact sur les modes de vie, la couleur de la peau et d'autres caractéristiques physiques sont prises en compte, ainsi que la formation du caractère et diverses habitudes. Ibn Khaldoun montre à travers les exemples de différents peuples de la période préislamique que la disparition d'un Etat ne signifie pas toujours la disparition d'une nation, elle dépend de l'esprit de solidarité (asabiyya) d'une nation (5).

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Mais la langue est également importante. Selon Ibn Khaldoun (statue, ci-dessus), on peut ne pas être arabe de souche, mais si on utilise l'arabe, l'appartenance à une nation arabe ne fait aucun doute. Ainsi, il divise les Arabes eux-mêmes en trois groupes: les tribus "perdues" (ba'ida), les Arabes "purs" (ariba) et les Arabes "assimilés" (musta'riba), et note les "adeptes" des Arabes (tabi'a) - qui peuvent tous être appelés Arabes parce qu'ils parlent l'arabe (6).

Le mufti suprême de Russie Ravil Gaynutdin (photo, ci-dessous) écrit que le concept de "nation" pour les musulmans est lié à des termes tels que : 1) shaab, un peuple uni par un territoire, une culture et une langue communs; 2) kabila, une tribu unie par des liens de parenté étroits; et 3) umma, une communauté, un grand groupe de personnes unies par des liens de parenté spirituelle et une doctrine religieuse (7).

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Le terme "oumma" est le plus utilisé dans de nombreux pays pour souligner l'unité des musulmans. Toutefois, cette interprétation n'est apparue qu'au XXe siècle. Al-Farabi (m. 950) fait une distinction entre l'umma, qu'il appelle une nation au sens ethnique, et la milla, qui désigne les adeptes d'une religion particulière. Al-Masudi (m. 956) a fait la même distinction (8). C'est ce qu'indique indirectement le terme "nationalité" en turc - milliyet, car il s'agit d'un travestissement de la langue arabe, réalisé à l'époque de l'Empire ottoman, où les sujets n'étaient pas seulement des Turcs, mais aussi des Arabes, des Berbères, des Kurdes, des Slaves et d'autres peuples.

Selon Grigori Kosacz, la culture arabo-musulmane, une identité commune et la psychologie d'un groupe stable peuvent être identifiées comme une nation arabe (al-umma al-arabiyya). Elle se qualifie de communauté éternelle et unie, possédant un espace naturel - la patrie arabe (al-watan al-arabiyya) (9). Cet espace était autrefois uni (ce qui permet de parler de la possibilité de sa re-création) et s'étend de l'océan Atlantique au Golfe.

La patrie arabe n'était pas et n'est pas devenue un seul État, mais les peuples vivant dans les pays de cet espace (il faut distinguer les deux termes "pays" en arabe - bilad - une réalité politique et socioculturelle et al-Qur - une réalité temporaire qui peut être abolie ou éliminée) - sont les peuples de la "nation arabe".

Ainsi, recréer l'unité (al-wahd) des Arabes est la tâche du mouvement national arabe.

À l'époque moderne, l'un des principaux apologistes du nationalisme arabe, considéré comme tel, est un chrétien syrien, Naguib Azouri, qui, en 1905, a publié à Paris un pamphlet, Réveil de la Nation Arabe dans l'Asie Turque, dans lequel il proclamait l'autodétermination du mouvement national arabe et demandait l'indépendance vis-à-vis de l'Empire ottoman. Ces idées ont commencé à se développer dans le contexte du mouvement de libération et ont pris leurs propres caractéristiques dans différentes régions. Dans le contexte du sécularisme du vingtième siècle, l'accent a été mis sur l'identité arabe plutôt que musulmane.

Saty al-Husri, dans son ouvrage de 1950 intitulé L'arabisme avant tout, note: "Arabisme - appartenance à un espace géographique - la "patrie arabe" et référence à la langue arabe comme langue de communication et de compréhension. L'arabisme est au-dessus des restrictions religieuses" (10).

Vision iranienne de la nation

La vision iranienne de la nation a également ses particularités. Avant la révolution islamique, sous le règne du Shah, l'Iran était fortement influencé par les théories scientifiques occidentales, qui représentaient l'école dominante. "Dans la dialectique de confrontation entre l'idéologie intrinsèquement occidentale du nationalisme et le traditionalisme islamique, une nouvelle approche a pris forme, qui s'est exprimée dans les idées de Mortaza Motahhari.... Motahhari voyait la nation comme une communauté en constante évolution. Il nie donc l'existence de tout fondement permanent et immuable, immanent à la nation et formant son "esprit" (11).

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L'ayatollah Motahhari (photo, ci-dessus) a construit sa théorie sur l'idée que les Iraniens étaient historiquement inhérents à la "moralité naturelle", mais que la religion zoroastrienne avait échoué, alors l'Islam l'a conquise. Lorsque les Iraniens sont devenus musulmans, cela a contribué au développement des "talents naturels", à l'instauration de la justice sociale et à l'unité spirituelle et sociale du peuple iranien. L'Islam n'a pas supplanté la subjectivité historique et civilisationnelle de la nation iranienne, mais a agi comme l'élément central de cette subjectivité. Si l'on considère la floraison de toutes sortes d'écoles religieuses et philosophiques en Iran après la propagation de l'Islam, y compris les traditions soufies, ainsi que le développement de diverses formes d'art visuel, cette explication est tout à fait logique et rationnelle.

Motahhari a reconnu l'existence de la nation iranienne et a même justifié son exclusivité, mais a donné au concept de nation un contenu qui ne se limitait pas au cadre national, mais qui allait jusqu'au niveau de l'unité de tout l'Islam et même de la solidarité des forces anti-impérialistes dans le monde (12).

Le concept de "retour à soi", selon Motahhari, était une allégorie parfaite de l'éveil national et de la renaissance du peuple iranien lorsqu'il a réalisé qu'il "avait sa propre doctrine et sa propre pensée indépendante et qu'il était capable de se tenir debout et de compter sur sa propre force" (13).

En discutant du "retour à soi", Motahhari utilise des allégories supplémentaires pour définir la situation dans la société iranienne, à savoir la "confusion" ou "l'auto-exclusion" (khodbakhtegi) et la "stupeur" (estesba), qui sont les attitudes psychologiques centrales des Iraniens de la période pré-moderne, apparues sous l'influence du colonialisme occidental. Motahhari note que la pire forme de colonialisme est culturelle (este'mar-e farhangi), où, afin d'obtenir un avantage sur quelqu'un, on lui enlève son individualité ainsi que tout ce qu'il considère comme sien, puis on le force à s'enchanter de ce qui est offert par les colonisateurs" (14).

Outre l'ayatollah Mortaza Motahhari (ci-dessous), les principaux théoriciens de l'identité religieuse et nationale iranienne sont Ali Shariati et Mehdi Bazargan.

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Alors que pour Motahhari, un nationalisme modéré et pacifique conduisant à la coopération et aux liens sociaux entre les peuples est compatible avec l'identité nationale irano-islamique (15), Ali Shariati définit la nation et la nationalité par rapport à la culture et voit donc une relation étroite entre ces termes et la religion. Selon cette ligne, au cours des quatorze derniers siècles, les deux histoires de l'Islam et de l'Iran se sont tellement mélangées qu'il est impossible de chercher une identité iranienne sans Islam ou une identité islamique sans une forte présence iranienne en son sein. Selon Shariati, ces deux éléments, Irān-e Eslāmi, constituent l'identité iranienne. Il pense que l'aliénation culturelle et nationale ne peut être surmontée qu'en faisant confiance à la nation iranienne en soutenant sa culture chiite (16).

Au moment critique de la transition entre la chute du Shah et l'établissement de la République islamique, Bazargan a fait remarquer que "confronter l'Islam au nationalisme iranien revient à nous détruire". Nier l'identité iranienne et considérer le nationalisme comme irréligieux fait partie intégrante du mouvement anti-iranien et du travail des anti-révolutionnaires (17).

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Arshin Adib-Maghaddam (photo, ci-dessus), professeur d'origine iranienne enseignant à l'université de Londres, utilise le terme "psycho-nationalisme" pour décrire le phénomène de la nation iranienne. En tant que membre de la diaspora ayant grandi en Occident et défendant des idées libérales, il estime que la société a évolué différemment en Iran et en Europe. "En Europe, la nation comme idée à mourir a été inventée dans les laboratoires des Lumières. En Perse, l'idée d'une nation holistique a été institutionnalisée au XVIe siècle par la dynastie des Safavides. Comme dans tout autre pays... La naissance de la soi-disant nation a été tout à fait arbitraire, brutale et pleine de mythes sur les origines et les racines naturelles" (18).

La révolution iranienne était un phénomène hybride. Les révolutionnaires n'étaient pas des nationalistes au sens traditionnel du terme. En fait, le leader de la révolution iranienne, l'ayatollah Khomeini, était contre le nationalisme perse promu par le régime précédent. Pourtant, l'État iranien, tel qu'il a été institutionnalisé après la révolution, n'a pas pu échapper entièrement à l'héritage du psycho-nationalisme dans le pays. La formule politique du pouvoir est restée la même. Il existait une frontière claire entre l'idéologie sanctionnée par l'État et les personnes extérieures à celui-ci. L'État a adopté une position hégémonique sacro-sainte qui exigeait le sacrifice du peuple pour la nation, plus précisément codifié en termes d'"opprimés", d'umma ou d'Iraniens. Les tropes et les métaphores sont passés du nationalisme perse traditionnel du Shah à une coloration plus religieuse, théocratique et explicitement transcendante après la révolution. Mais l'accent mis sur la nation en tant que projet sacré s'est poursuivi, et l'État est resté un idéal sanctionné auquel tous devraient être cognitivement les obligés. C'est du psychonationalisme à tout crin. Mais en même temps, il y a une nuance et une différence par rapport aux situations en Europe et en Amérique du Nord. En Iran, le psycho-nationalisme n'est pas imprégné d'une grammaire systématique du racisme. Cet accent généalogique et biologique sur la différence, qui a été développé dans les laboratoires des Lumières européennes, ne s'est jamais transformé en un mouvement systématique en Perse, notamment parce que la pensée politique et la philosophie musulmanes - à son épicentre idéologique - sont non racistes (19).

Mais le psycho-nationalisme n'est pas une invention exclusivement persane. Selon Adib-Magaddam, contrairement aux études traditionnelles sur le nationalisme, le psycho-nationalisme se concentre sur l'impact cognitif de cette forme de violence mentale et représente la psychologie de la manière dont l'idée de nation est constamment inventée et introjectée dans notre pensée comme quelque chose qui vaut la peine et permet de tuer et de mourir pour elle. C'est par le psycho-nationalisme et le subconscient des sociétés qui y sont sensibles que l'on assiste à une résurgence des mouvements de droite en Europe.

Nationalistes indiens à partir du 19ième siècle

Dans l'Inde du XIXe siècle, les débats sur l'identité et la place de chacun dans le monde étaient nombreux. "Les nationalistes indiens" imaginaient "en effet " la nation, avant tout parce qu'ils voulaient une Inde en tant que pays uni, même dans les limites d'une république moderne.... de telles idées n'avaient jamais existé auparavant" (20).

L'idéologie et la pratique du nationalisme indien ont commencé par l'étude de l'histoire, de la culture et des langues par des militants occidentalisés. Cette étape initiale comprend la création de la Basic Knowledge Acquisition Society à Calcutta par des réformateurs bengalis en 1838. Une figure marquante du mouvement réformiste était Krishna Mohdi Banerjee (illusttration, ci-dessous), un brahmane bengali qui s'est converti au christianisme en signe de protestation. Il a écrit un traité intitulé De la nature et de la signification de la connaissance historique, dans lequel il appelle à la rationalisation de la connaissance historique et à la recherche de moyens pour élever le pays et le peuple.

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Maitkhilisharan Gupta (illustration, ci-dessous), dans The Voice of India, publié en 1902, utilise le terme Hindu jati (21). Son texte adopte l'approche traditionnelle des récits épiques avec l'idéalisation du passé, suivie du début du déclin décrit dans le Mahabharata, de la propagation du bouddhisme et du jaïnisme, de l'invasion des "non-aryens" et de l'arrivée des musulmans, après quoi la patrie hindoue a été plongée dans l'obscurité. Le concept de "Jati" a été proposé pour signifier "nation".

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L'erreur a été soulignée en 1913 par Bipin Chandra Pal, qui a déclaré que le concept de "nation" n'existait pas dans l'Inde précoloniale (22). En termes d'étymologie, il avait raison, puisque le terme "jati" est une version anglaise déformée de Jaatihi (sanskrit : जातिः), qui signifie descendance, caste ou classe.

Mais en 1909, le Mahatma Gandhi a affirmé que "nous étions une seule nation avant qu'ils (les Britanniques) ne viennent en Inde. Nos ancêtres visionnaires voyaient l'Inde comme un pays indivisible. Ils ont insisté sur le fait que nous devions être une seule nation et, à cette fin, ils ont créé des lieux saints dans différentes parties de l'Inde et ont allumé dans le peuple une idée nationale avec une force sans précédent dans d'autres parties du monde" (23).

Gandhi a utilisé le terme "swaraj". La compréhension du nationalisme indien est donc directement liée au concept de "swaraj", qui peut être traduit par "autonomie". Le swaraj représente "le principe métabolique ainsi que le principe de l'action politique" (24).

Le philosophe indien et l'un des fondateurs du mouvement de libération nationale, Aurobindo Ghosh (photo, ci-dessous), a affirmé que "le nationalisme est apparu au peuple comme une religion...". Le nationalisme vit de la puissance divine qu'il contient... Le nationalisme est immortel car il ne naît pas de l'homme, c'est Dieu qui se manifeste" (25).

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Un autre élément important du nationalisme indien est l'Hindutva. Vinayak Damodar Savarkar (illustration, ci-dessous), un idéologue du communalisme hindou, a écrit le livre du même nom alors qu'il était emprisonné en 1923.

Savarkar considérait le concept d'Hindutva comme un ensemble de caractéristiques génériques principales de la "nation" hindoue qu'il construisait, dont l'identité était définie par le territoire, le sang (descendant des Aryens), la culture (sanskrit classique) et la religion (hindouisme) (26). Le sous-continent tout entier, selon Savarkar, est le foyer de la "nation unique" des Aryens védiques.

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Madhav Sadavshiv Golwalkar accordait à la religion un rôle encore moins important (malgré l'émergence d'autres religions, il considérait les hindous comme le peuple le plus noble) que Savarkar, mais croyait que les Aryens n'étaient pas venus en Inde, mais étaient une population indigène.

Savarkar et Golwalkar ont tous deux repris les idées de la race aryenne telles qu'elles ont été développées par les orientalistes, les écrivains et les théoriciens européens.

Mais en Inde, les concepts d'une nation hindoue et d'une nation musulmane ont été développés en parallèle (le concept de cette dernière a été activement utilisé dans la création de l'État indépendant du Pakistan). En outre, certains ont insisté sur la priorité de la culture bengalie (comme l'a dit Bonkimchondro Chottopadhyay (photo, ci-dessous), "le génie bengali a brillé de mille feux") (27), jetant ainsi les bases de la création d'un État indépendant, le Bangladesh, et du séparatisme politique dans le Bas-Gange de l'Inde moderne.

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En conclusion, il convient de faire une observation importante : pour la plupart des nations du monde, le terme "nation" a une origine étrangère. L'Europe occidentale, où se sont finalement formés la "nation" et le "nationalisme", issus de la philosophie hellénistique et du droit romain, n'est géographiquement qu'une petite péninsule d'Eurasie, mais depuis plusieurs siècles, le monde entier est en possession de ce récit.

Notes:

1 Алиев А. А. «Национальное» и «религиозное» в системе межгосударственных отношений Ирана и Ирака в XX веке. М., 2006, с.79.

2 Duri A. A. The Historical Formation of the Arab Nation. A Study in Identity and Consciousness. Volume I. Beckenham: Centre for Arabic Unity Studies, Croom Helm, 1987, р. 97.

3 'Abd al-Hamid al-Katib, Ila l-Kuttab, ed. Muhammad Kurd 'Ali in his Rasa'il al-bulagha', 2nd ed. Dar al-kutub al-misriya, Cairo, 1913, p. 221.

4 Duri A. A. The Historical Formation of the Arab Nation. A Study in Identity and Consciousness. Volume I. Beckenham: Centre for Arabic Unity Studies, Croom Helm, 1987, р. 106.

5 Ibn Khaldun, Muqaddima, Vol. I. Bulaq, Cairo, AH 1247, p. 123.

6 Duri A. A. The Historical Formation of the Arab Nation. A Study in Identity and Consciousness.

Volume I. Beckenham: Centre for Arabic Unity Studies, Croom Helm, 1987, p. 112.

7 Гайнутдин Р. Ислам и нация // Вера. Этнос. Нация. Религиозный компонент этнического сознания. М.: Культурная революция, 2009, с. 219.

8 Duri A. A. The Historical Formation of the Arab Nation. A Study in Identity and Consciousness.

Volume I. Beckenham: Centre for Arabic Unity Studies, Croom Helm, 1987, p. 110.

9 Косач Г. Г. Арабский национализм или арабские национализмы: доктрина, этноним, варианты дискурса // Национализм в мировой истории. М.: Наука, 2007, с. 259.

10 Там же, с. 319.

11 Гибадуллин И. Р. Диалектика взаимодействия исламской идеологии и иранского национализма на примере идей аятоллы Мортазы Мотаххари. Нации и национализм в мусульманском мире (на примере Турции, Ирана, Афганистана, Пакистана, этнического Курдистана, соседних стран и регионов). ИВ РАН, Центр изучения стран Ближнего и Среднего Востока, Москва, 2014, с. 16.

12 Там же, с. 17.

13 Motahhari M. On the Islamic Revolution (Peyramoon-e Enghelab-e Eslami), Tehran, Sadra Publications 1993, p. 45.

14 Ibid. pp. 160–161

15 Moṭahhari, Mortażā. Ḵadamāt-e moteqābel-e Eslām wa Irān, 8th ed., Qom, 1978. pp. 62–67.

16 Šariʿati, Ali. Bāzšenāsi-e howiyat-e irāni-eslāmi, Tehran, 1982. рр. 72–73.

17 Bāzargān, Mehdi. “Nahżat-e żedd-e irāni”, in Keyhān, 23 Šahrivar 1359/14 September 1980, cited in Dr. Maḥmud Afšār, “Waḥdat-e melli wa tamā-miyat-e arżi”, Ayanda 6/9-12, 1980, р. 655.

18 Adib-Moghaddam, Arshin. Interview // E-IR, July 26, 2018.

http://www.e-ir.info/2018/07/26/interview-arshin-adib-mog...

19 Arshin Adib-Moghaddam, Psycho-nationalism. Global Thought, Iranian Imaginations. Cambridge University Press, 2017.

20 Ванина Е. Ю. Прошлое во имя будущего. Индийский национализм и история (сер. ХIХ – сер. ХХ века) // Национализм в мировой истории. М.: Наука, 2007, с. 491.

21 Gupta M. Bharat bharati. Chirganv, 1954.

22 Pal B. C. Nationalism and Politics // Life and Works of Lal, Bal and Pal, p. 295.

23 Gandhi M. K. Hind Swaraj // The Moral and Political Writings of Mahatma Gandhi / Ed. R. Iyer. Oxford, 1986. Vol. I, p. 221.

24 Alter, Joseph S. Gandhis Body. Sex, Diet, and the Politics of Nationalism. University of Pennsylvania Press, 2000, p. XI.

25 Ерасов Б. С. Социально-культурные традиции и общественное сознание в развивающихся странах Азии и Африки. М.: Наука, 1982, с. 142.

26 Ванина Е. Ю. Прошлое во имя будущего. Индийский национализм и история (сер. ХIХ – сер. ХХ века) // Национализм в мировой истории. М.: Наука, 2007, с. 512–513.

27 Там же, с. 507.

 

 

vendredi, 14 mai 2021

L'Inde sera en première ligne dans la guerre civile au Myanmar

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L'Inde sera en première ligne dans la guerre civile au Myanmar

M.K. Bhadrakumar

Ex : https://katehon.com/en/article/india-will-be-front-line-s...

La façon dont certains animaux parviennent à sentir l'imminence d'un tremblement de terre reste un mystère. Juste avant le grand tsunami asiatique du 26 décembre 2004, les éléphants du Sri Lanka se sont déplacés en hauteur avant que les vagues géantes ne frappent; à Galle, les chiens ont refusé de se promener le matin avec leurs maîtres sur la plage.

Il est donc concevable que la décision des firmes Adani Ports and Special Economic Zone Ltd d'abandonner son projet très lucratif de terminal à conteneurs au Myanmar et de déprécier son investissement soit du même ordre. En effet, les entreprises sont également connues pour posséder un instinct animal - elles perçoivent des sons ou des vibrations subtiles dans la terre et anticipent les catastrophes imminentes.

Leur comportement animal inhabituel permet d'anticiper toute poussée soudaine du temps et de la causalité en politique. Le "comportement animal" du groupe Adani intervient dans le contexte d'un changement progressif de l'attitude du gouvernement indien à l'égard du Myanmar - une gravitation vers le camp occidental dans son projet quintessentiellement antichinois ("Quad").

Les néoconservateurs purs et durs et les gauchistes délirants mis à part, il était évident pour les étrangers, dès le début, que les troubles au Myanmar avaient toutes les caractéristiques d'une "révolution de couleur". La cacophonie a atteint son paroxysme à la fin du mois de mars, culminant avec le massacre de centaines de manifestants lors d'une répression militaire.

Ce fut un tournant. Le chœur - BBC, Radio Free Asia, ONG occidentales promouvant la démocratie et les droits de l'homme - a rapidement commencé à s'affaiblir et le centre d'intérêt s'est déplacé de la rue vers les capitales mondiales avec une campagne diplomatique massive pour une intervention internationale. L'idéal aurait été que le Conseil de sécurité des Nations unies approuve l'intervention.

L'Inde a essayé d'obtenir l'accord de la Russie et de la Chine pour une approche intrusive, mais le consensus a été difficile à trouver. Les souvenirs de l'intervention occidentale en Afghanistan, en Irak et en Libye hantent Moscou et Pékin. En outre, cela constitue un précédent pour le Belarus ou Hong Kong, par exemple. La dimension géopolitique a commencé à prendre de l'ampleur.

Mais le volet opérationnel caché se concentre sur la création d'un "gouvernement en exil" (un gouvernement d'unité nationale). Parallèlement, le MI6 britannique cherche à réunir les principaux groupes de guérilla ethnique séparatiste du Myanmar, les encourageant à profiter du chaos pour ouvrir un second front.

En effet, une certaine proximité s'est développée depuis lors entre les manifestants birmans de Yangon et de Mandalay d'une part et les groupes ethniques minoritaires non birmans d'autre part. Malgré un passé d'antipathie mutuelle, ils convergent aujourd'hui pour saigner les militaires. C'est une coalition improbable de bouddhistes et de chrétiens, mais comme l'évalue prudemment un analyste américain, c'est faisable: "Aujourd'hui, la célébration collective de l'expression religieuse chrétienne, musulmane et d'autres religions non bouddhistes et la participation au mouvement lui-même préfigurent, espérons-le, un sens plus inclusif du nationalisme. Si elle est entretenue et institutionnalisée par le gouvernement d'unité nationale désigné, cette identité nationale inclusive pourrait contribuer à faire émerger un État démocratique où la diversité sera honorée et célébrée, et où les personnes de confession non bouddhiste ne seront pas confrontées au même degré de discrimination institutionnelle et sociale que par le passé ».

"Cela nécessitera une transformation significative, probablement générationnelle, des institutions et processus étatiques, religieux et culturels qui ont historiquement privilégié les bouddhistes bamar." (Au-delà du coup d'État au Myanmar: Don't Ignore the Religious Dimensions, par Susan Hayward, Harvard Law School).

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Quoi qu'il en soit, à la mi-avril, la première attaque armée d'envergure contre les militaires a été menée par l'Union nationale karen, le plus ancien groupe rebelle du Myanmar (créé à l'origine par la puissance coloniale britannique pour lui servir de mandataire).

Aujourd'hui, le gouvernement dit d'unité nationale a annoncé son intention de créer une armée d'union fédérale - une force militaire composée de transfuges des forces de sécurité, de groupes ethniques rebelles et de volontaires. Ce serait un tournant qui transformerait l'agitation antimilitaire en une confrontation armée avec l’armée. Le Myanmar entre dans la phase cruciale, semblable à celle où se trouvait la Syrie en 2011.

Les parallèles avec la Syrie sont frappants: les manifestations du "printemps arabe" (mars-juillet 2011) ont été écrasées par le gouvernement syrien, qui a ensuite servi d’alibi pour une intervention occidentale à grande échelle, orchestrée par les États-Unis et leurs alliés, qui a finalement été détournée par des groupes extrémistes, notamment l'État islamique et Al-Qaïda, et a déclenché à son tour l'intervention russe pour défendre le gouvernement Assad.

Bien sûr, l'une des principales différences est que les pays voisins ne veulent pas être impliqués dans une guerre civile au Myanmar. Il est certain que, dans un tel scénario, tout changement de la politique indienne en faveur d'un ralliement au projet occidental est lourd de conséquences.

1f9f38daf989fabc010349a730a26b31.jpgLes nouvelles surprenantes qui nous parviennent aujourd'hui de Hakha, la capitale de l'État Chin, près de la frontière avec l'Inde, constituent une sonnette d'alarme pour les États indiens du nord-est, qui ont des affinités ethniques et religieuses avec les groupes rebelles de l'autre côté de la frontière. L'État Chin est réputé pour sa stabilité et sa paix, mais les incidents d'aujourd'hui, qui prennent la forme d'attaques éclair, ont entraîné la mort de neuf soldats. Cela semble être une répétition générale.

Plus de 85 % de la population de l'État Chin est composée de chrétiens (plus d'un demi-million). L'État Chin partage sa frontière avec six districts du Mizoram. Plus de 87 % de la population du Mizoram est chrétienne et des rapports font état de personnes originaires du Myanmar qui traversent la frontière. La plupart des réfugiés qui arrivent de l'État Chin sont issus des tribus Lai, Tedim-Zomi, Luse, Hualngo et Natu, qui ont des liens étroits avec les Mizos du Mizoram, ainsi qu'avec les Kuki-Zomis de Manipur.

Au fil des décennies, de nombreux habitants de l'État Chin ont également migré vers le Mizoram. (‘’Why Mizoram sees Myanmar refugees as 'family'’’, The Print, 24 mars 2021). L'Inde et le Myanmar partagent une frontière non clôturée de 1643 kilomètres qui traverse l'Arunachal Pradesh (520 km), le Nagaland (215 km), le Manipur (398 km) et le Mizoram (510 km). Les États correspondants au Myanmar sont Kachin, Sagaing et Chin.

La situation est presque identique à celle de la région frontalière ouverte entre le Pakistan et l'Afghanistan. À l'instar des tribus pachtounes qui chevauchent la frontière afghano-pakistanaise, les tribus indiennes telles que les Mizos, les Kukis, les Nagas et les Zomis sont également divisées en petites tribus qui partagent des liens étroits de part et d'autre de la frontière. Si le Myanmar devient un État défaillant, l'Inde en subira les conséquences.

Les montagnes enchevêtrées et les jungles tropicales en font également un pays de guérilla classique. En cas de guerre civile dans les mois à venir et de rupture de l'unité du Myanmar, l'Inde sera aspirée dans le chaos. La Thaïlande et l'Inde sont les deux seuls sanctuaires plausibles pour le MI6 et la CIA pour naviguer dans les vicissitudes d’un guerre civile probable au Myanmar - et, la Thaïlande bénéficie de relations amicales avec la Chine.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est entretenu avec son homologue indien S. Jaishankar pas moins de trois fois en trois mois depuis la prise du pouvoir par les militaires au Myanmar. Il est certain que la coopération de l'Inde est cruciale pour le succès de l'entreprise anglo-américaine au Myanmar.

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Le Myanmar a figuré en bonne place lors de la réunion des ministres des affaires étrangères du G7 à Londres du 3 au 5 mai. Jaishankar s'est rendu à Londres et a rencontré Blinken. Aucune des parties n'a divulgué de détails, mais un rapport de la Deutsche-Welle a signalé que "la Chine était en tête de l'ordre du jour lorsque les ministres des affaires étrangères du G7 ont discuté d'une série de questions relatives aux droits de l'homme. La question du coup d'État au Myanmar et de l'agression russe était également à l'ordre du jour".

Le communiqué ajoute que les ministres du G7 ont regardé une vidéo du gouvernement d'unité nationale du Myanmar afin "d'informer les ministres de la situation actuelle sur le terrain". Le communiqué conjoint publié à l'issue de la réunion de Londres consacre une grande attention au Myanmar (paragraphes 21 à 24). Il exprime sa "solidarité" avec le gouvernement d'unité nationale et appelle à des sanctions globales contre l'armée du Myanmar, y compris un embargo sur les armes.

Les douleurs naissantes des insurrections, en phase de planification, ne sont jamais exposées au public, car les agences de renseignement placent les acteurs dans le jeu. La situation au Myanmar a atteint ce stade. C'est la première grande manifestation du Royaume-Uni post-Brexit ("Global Britain") sur la scène mondiale. Comme souvent dans l'histoire moderne, Londres mènera la danse depuis l'arrière.

La décision du groupe Adani de mettre fin à ses activités au Myanmar arrive à point nommé. L'influent groupe avait probablement un instinct animal quant à l'issue de la réunion du G7 à Londres.

dimanche, 04 avril 2021

La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

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La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

Par Riccardo Tennenini

Ex : https://www.ereticamente.net/2016/11/

Le terme Ārya, ou « ario » en italien, est un terme sanskrit qui peut être traduit de trois manières qui définissent sa signification profonde : noble, pur et brillant. « Noble » désignait une aristocratie qui n'a rien à voir avec le sens moderne qui lui a été attribué et qui en fait aujourd'hui un quasi synonyme de la bourgeoisie, mais dans son sens étymologique du grec άριστος, àristos, « Meilleur » et κράτος, cràtos, « Pouvoir » ; c’est une forme de gouvernement, dans lequel l'élite, selon l'étymologie grecque du terme, représente les meilleurs qui contrôlent toute la communauté. Cela s'est produit lorsque cette aristocratie a migré du pôle Nord vers l'Inde. L'origine polaire de l'aristocratie védique nous a été signalée par Bal Gangadhar Tilak, qui fut l'une des plus éminentes personnalités hindoues entre le XIXe et le XXe siècle: ancien professeur à Cambridge, il retourna dans sa patrie pour animer le Parti du Congrès, rival du Mahatma Gandhi, pour être emprisonné par la suite et devenir ainés l'un des pères de l'indépendance de l'Inde. Dans son opus magnum The Arctic Abode in the Vedas, il écrit :

419hnroAOlL.jpg"Ces caractéristiques, il est inutile de les répéter maintenant, ne sont propres qu'à l'aube aux temps passés dans la patrie polaire des origines. En particulier, la dernière ou la cinquième de ces caractéristiques aurorales ne se retrouve que dans les terres proches du pôle Nord, et non pas partout dans la région arctique. Nous pouvons donc conclure sans risque que les déesses védiques de l'aube sont, à l'origine, polaires. Mais il est urgent de dire que, si l'aube polaire dure de 45 à 60 jours, les aubes védiques ne durent que 30 parties d'un long jour. Il faut garder cette différence à l'esprit avant d'accepter la conclusion que l'aube védique est de caractère polaire. La différence n'est pas grave. Nous avons constaté que la durée des aurores dépend du pouvoir de réfraction et de réflexion de l'atmosphère, qui varie en fonction de la température de l'atmosphère et des conditions météorologiques. Il n'est cependant pas impossible que la durée de l'aube au Pôle, lorsque le climat était plus doux, ait été plus courte que nous le pensons, à l'heure actuelle, où le climat est rigoureux. Il est toutefois plus probable que l'aube décrite dans le Rig-Veda n'est pas l'aube qu'un observateur, placé précisément au pôle Nord, peut observer. Comme je l'ai souligné précédemment, le pôle Nord est un point, et si les hommes vivaient près du pôle à cette époque primordiale, ils ont pu vivre un peu au sud de ce point. Il est donc tout à fait possible d'avoir une Aurore de 30 jours qui bouge comme une roue, après la longue nuit arctique de 4 ou 5 mois. En ce qui concerne l'astronomie, la description de l'aube que nous lisons dans la littérature védique n'a rien de farfelu. Il faut aussi penser que l'aube védique s'attardait souvent longtemps à l'horizon et que les adorateurs lui demandaient de ne pas s'attarder, de peur que le Soleil ne la cherche comme on cherche un ennemi."

Une fois arrivés en Inde, voyant ces aborigènes dravidiens à la peau foncée, ils les ont appelés mleccha, c'est-à-dire des barbares sauvages, alors pour se différencier d'eux, qui étaient des nordiques à la peau claire, en plus d'être prêtres, guerriers et agriculteurs, ils ont décidé de s'appeler Ari, c'est-à-dire « nobles ». Cette noblesse reflète les deux autres adjectifs que nous allons voir maintenant. « Pur » pour être compris dans un sens ethnique, rappelez-vous que le nom du héros védique Arjuna, protagoniste de la Bhagavadgītā, signifie « le pur ». On trouve également dans le texte plusieurs passages où le mélange des races et les unions mixtes entre un aryen et un mleccha sont la cause des malheurs cosmiques attribués à l'âge sombre (kali yuga).

"Lorsque le désordre règne, ô Kṛṣṇa, les femmes de la famille se corrompent: lorsque les femmes sont corrompues, ô fils de Vṛṣṇi, le mélange des castes se produit". Bhagavadgītā, I, 41.

"Le mélange des castes conduit également en enfer la famille de ces destructeurs de familles". Bhagavadgītā, I, 42.

"A cause de ces actes impies accomplis par les destructeurs de familles, qui provoquent le mélange des castes, les lois éternelles des castes et des familles sont subverties ‘’ Bhagavadgītā, I, 43.

Le terme "caste" utilisé dans ces trois passages signifie étymologiquement "race pure non mélangée". Pendant la période coloniale, les Portugais utilisaient les termes suivants pour désigner les habitants de l'enclave: les reinols, fonctionnaires nés au Portugal et envoyés en Inde ; les castiços, Portugais nés en Inde de parents portugais; les mestiços, métis indo-portugais; les canarins, Indiens qui refusent fièrement d'être assimilés aux mestiços et que les Portugais qualifient de caste, "ceux de sang pur".

Une autre confirmation se trouve dans les mots sanskrits varna, anuloma pratiloma. Varna signifie littéralement « couleur », terme utilisé pour distinguer les trois premières castes régies par un mariage uniquement entre Ari (anuloma), des mlecchas, les parias et les intouchables avarna, c'est-à-dire « sans couleur », résultat de mariages mixtes (pratiloma) entre Aryens et mlecchas ou qui avaient offensé les Dieux. Si la brillance est peut-être la signification la plus importante de la civilisation védique, il s'agit de l'aspect métaphysique/religieux. En plus d'être ethniquement purs, comme nous l'avons dit, ils étaient spirituellement porteurs d'un savoir archaïque comme le yoga qui vise à transformer l'homme en Numen, par l'identification, "homoiosis theo" par la recherche de l'amrita, c'est-à-dire l'immortalité. Même cette révolution sacrée qui allait remplacer en plus des coutumes et des traditions aussi l'aspect rituel, mythologique et symbolique des cultes dravidiens pré-aryens qui était divisé entre Aryens et mleccha. Les sruti étaient des connaissances réservées aux seuls Aryens de sexe masculin des trois premières castes, transmises uniquement oralement et apprises de façon mnémonique auprès de la caste des brahmanes d'origine divine. Alors que les femmes et les mleccha se voyaient interdire un tel enseignement et s'ils passaient devant un Aryen qui récitait les Vedas, ils devaient se couvrir la bouche pour l'empêcher d'absorber une telle sagesse. Ils n'étaient autorisés à lire que les smirti écrits, d'origine humaine.

Riccardo Tennenini

Né à Ferrare en 1989, il commence à étudier les œuvres de René Guénon et Julius Evola, en passant par les maîtres de la pensée occidentale: Platon, Aristote, Plotin et Plutarque. Par la suite, il s'est orienté vers la philosophie orientale de l'Advaita Vedanta. Il gère le site web Fede Spada et écrit pour le mensuel Avanguardia.

mardi, 23 mars 2021

Racines historiques de la théorie des « deux nations » en Inde

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Racines historiques de la théorie des « deux nations » en Inde

Par Daniele Perra

Ex: https://www.eurasia-rivista.com/

"Nous ne sommes pas des Afghans ni des Tartares ou des Turcs,

nous sommes nés d'un seul jardin, d'une seule branche bourgeonnante.

Distinguer les couleurs et les odeurs est une faute grave pour nous,

car nous avons tous, un seul et unique, engendré le printemps".

(M. Iqbal, quatrain XX, Messages de l'Orient)

L'idée de deux nations distinctes dans le sous-continent indien n'a pas accompagné tout le parcours politique de Muhammad Ali Jinnah. Ce ne fut le cas qu'à partir du milieu des années 1930, face à la crainte que le nationalisme indien ne se transforme rapidement en nationalisme hindou (l'adoption du Vande Mataram comme hymne du Congrès inquiète Jinnah, qui y voit un chant "idolâtre" fondé sur la "haine des musulmans") [1]. C’est alors que cette idée prend une place prépondérante dans la pensée du père fondateur du Pakistan. Et Jinnah lui-même était fermement convaincu que cette idée n'était pas nouvelle du tout. En fait, elle n'est pas un produit de la modernité, mais est née au moment même où le premier hindou, également pour échapper au système rigide des castes, s'est converti à l'Islam.

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Ali Jinnah.

L'idée que la théorie des deux nations a une origine prémoderne, bien qu'elle ne soit pas articulée en référence au concept moderne d'État-nation, n'est pas sans fondement. À la veille de la deuxième bataille de Tarain, le sultan des Ghurides [2] Mu'izz al-Din suggère à son rival, le souverain hindou Prithiviraj du Chahamana, une sorte de partition ante litteram par une division de l'Hindoustan qui anticipe largement les idées proposées par Muhammad Iqbal dans son discours d'Allahabad en 1930. Selon l'historien persan Firishta (1560-1620), les musulmans avaient droit à la région de Sirhind, au Punjab et au Multan, tandis que les hindous avaient droit au reste de l'espace subcontinental.

L'idée que les hindous et les musulmans représentaient inévitablement deux communautés distinctes, difficiles à faire coexister l'une avec l'autre, était récurrente à l'époque moghole.

La dynastie d'origine turco-mongole, bien qu'adhérant formellement au courant sunnite de l’islam (de rite juridique hanafite), a eu un rapport assez complexe (et en phases alternées) avec la religion. La religion, en fait, a été conçue principalement comme un instrument du pouvoir politico-militaire. Babur (1483-1530), fondateur de la famille impériale, par exemple, n'a redécouvert la ferveur religieuse que lorsqu'il était sur le point de faire la guerre aux Rajputs belliqueux de Rana Sanga : des guerriers hindous connus pour la pratique consistant à tuer leurs propres femmes et enfants dans l'imminence d'une défaite pour éviter d'être réduits en esclavage par les vainqueurs. Ainsi, à l'approche de la bataille de Khanua (1527), Babur déclara solennellement à ses hommes :

"Nobles et soldats! Celui qui participe à la fête de la vie doit, avant la fin, boire à la coupe de la mort. Il vaut donc mieux mourir avec honneur que de vivre dans l'infamie. Le Très-Haut nous a fait grâce. Il nous a maintenant placés dans une situation où, si nous tombons au combat, nous mourrons en martyrs; si nous survivons, nous serons les vengeurs victorieux de Sa Sainte Cause. Nous jurons donc d'un commun accord sur la Sainte Parole de Dieu [le Coran] qu'aucun d'entre nous ne pensera même un seul instant à tourner le dos à cette guerre; ou à se retirer de la bataille et du massacre qui suivra jusqu'à ce que son âme soit séparée de son corps "[3].

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Akbar le Grand.

Toujours à l'époque moghole, bien que sous le règne d'Akbar (petit-fils de Babur), l'idée d'incompatibilité entre hindous et musulmans a trouvé une nouvelle fortune avec la prédication d'Ahmad al-Faruqi al-Sirhindi (1564-1624). Membre de la confrérie Naqshabandi, Sirhindi a non seulement théorisé l'interdépendance entre les pratiques soufies et la Shari'a, mais, malgré les critiques des milieux orthodoxes, a soutenu la supériorité de la Réalité du Coran (haqiqat-i quran) et de la Réalité de la Ka'ba sur la Réalité du Prophète (haqiqat-i Muhammadi); cette doctrine aura une influence décisive sur le développement des théories de l'exégèse coranique et de la méthodologie du philosophe pakistanais Fazlur Rahman Malik (1919-1988). Ravivant la tension constante dans l'histoire de l'Islam entre préservation et innovation, Sirhindi est devenu le porte-parole d'une bataille acharnée pour la redécouverte de la pureté originelle de l'Islam face à la tentative impériale de construire une forme religieuse syncrétique, tentative visant à aplanir les divergences au sein de l'Empire. Cet épisode mérite une brève enquête.

L'histoire de l'empereur moghol Akbar est assez complexe. Bien qu'il ait réussi à satisfaire ses ambitions de conquête en plaçant l'Hindoustan sous son pouvoir, Akbar a toujours montré une tendance à la mélancolie (peut-être causée par de fréquentes crises d'épilepsie) qui transparaît dans l'inscription qu'il a dictée pour le majestueux portail de la Jama Masjid (la mosquée du vendredi, qu'il avait fait construire à Fatehpur Sikri, après la conquête du Gujarat) : " Le monde est un pont: passez-le, mais ne construisez pas de maison dessus [...] Le monde ne dure qu'une heure : passez-la dans la prière "[4].

Toujours à Fatehpur Sikri, en 1575, l'empereur a voulu établir un centre d'investigation philosophico-religieux, connu sous le nom d'Ibadhat Khana, dont l'objectif initial était de surmonter les différences entre les divers courants de l'Islam pour redonner à la religion sa force et sa pureté originelles. Cependant, surtout après l'ouverture des portes du centre par Akbar et la participation subséquente au débat de représentants d'autres religions (juifs, chrétiens, zoroastriens, hindous, etc.), son sentiment d'appartenance à l'Islam (bien qu'il n'ait jamais été complètement répudié) s'est lentement estompé. En particulier, 1578 est l'année du tournant (peut-être dû à une crise d'épilepsie plus lourde que d'habitude au cours d'une expédition de chasse): il passe du statut de souverain musulman orthodoxe à celui de réformateur radical.

Comme on retrouve dans la pensée d'Akbar l'idée que le rituel exécuté mécaniquement et sans conscience intérieure rend le culte de Dieu inutile, le roi était extrêmement intéressé et fasciné par le soufisme. Cet intérêt l'a cependant amené à convoquer non seulement des maîtres du courant ésotérique de l'Islam comme Shaikh Tajuddin (qui a identifié la doctrine soufie de l'unité de l'être avec le monisme de la métaphysique hindoue), mais aussi des samanas (ascètes bouddhistes et jaïns), des yogis, des brahmanes et des savants zoroastriens. En effet, à partir de 1580, sous l'influence du zoroastrien Dastur Mahyragi Rana, Akbar adopte également en public les rites de l'ancienne religion iranienne. Mais le conflit avec les autorités orthodoxes de l'islam a commencé dès 1579, lorsque, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet (qui tombait cette année-là le 26 juin), il a lu pour la première fois et conclu la khutba (le sermon du vendredi) dans le Jama Masjid en prononçant les mots "Allahu Akbar".

Cette expression est assez célèbre et courante en Islam. Elle suscita cependant l'ire des oulémas orthodoxes qui l'interprétèrent non pas avec le sens traditionnel "Dieu est plus grand", mais avec la volonté du souverain d'affirmer sa propre divinité, puisqu'elle pouvait aussi se prêter à un "Akbar est Dieu" plus que blasphématoire.

Quelques mois après l'événement, Akbar a obtenu de certains érudits religieux de la cour un document le déclarant Sultan-i adil (souverain vertueux). Ce document, fondé sur le dicton coranique "obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d'entre vous qui détiennent l'autorité", lui permettait, entre autres, d'agir en tant qu'arbitre dans les affaires religieuses et d'émettre un décret contraignant (pour autant qu'il soit conforme au Coran) pour le bien de l'empire en cas de conflit d'opinions entre les savants.

Akbar s'est servi de ce stratagème pour promulguer en 1582 sa propre religion syncrétique, le Din Ilahi, en opposition ouverte à l'orthodoxie islamique, qu'il considérait, comme le rapporte l'historien Firishta précité, comme un obstacle à ses idées. Cette nouvelle religion se présentait comme un credo syncrétique, dont le but était de trouver un point de convergence entre toutes les croyances, afin que tous puissent l'approuver tout en restant fidèles à leurs propres croyances. Il s'agissait d'une religion "régicentrique", qui, à certains égards, peut rappeler l'expérience monothéiste solaire du pharaon égyptien Akhénaton et dont les connotations étaient principalement socio-politiques. L'idée fondamentale défendue par Akbar était que la vénération du souverain faisait partie de la même vénération de Dieu ; et que la vénération de Dieu, pour le souverain, n'était rien d'autre que la pratique d'une administration conforme à la justice.

Outre le caractère assez confus de la doctrine, l'expérience d'Akbar échoua non seulement en raison du caractère élitiste (pseudo-initiatique) que le souverain voulait donner à sa "religion", mais aussi en raison de l'hostilité des érudits musulmans orthodoxes et de la réticence des communautés majoritaires respectives de l'Empire à s'amalgamer entre elles. En fait, malgré les efforts d'Akbar, les "deux nations" du sous-continent avaient déjà été largement consolidées.

Un autre précurseur de l'idée des "deux nations" est Sayyed Ahmad Barelvi (1786-1832), qui a tenté de convaincre les Pachtounes d'abandonner définitivement leur droit coutumier particulier et de construire un "État islamique" par le biais du djihad offensif contre le royaume sikh de Ranjit Singh. Avant lui, un autre représentant musulman qui mérite qu'on s'y attarde est sans doute Shah Waliullah (1703-1762), l'inspirateur du mouvement déobandi qui, au cours du XVIIIe siècle, a invité le fondateur de l'empire Durrani dans l'actuel Afghanistan, Ahmad Shah Abdali (1722-1772) [5], à intervenir dans le sous-continent pour défendre les musulmans contre les persécutions hindoues.

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Ahmad Shah Abdali.

Cependant, celui à qui l'on attribue généralement la première formulation de l'idée de deux nations distinctes dans le sous-continent indien est Sayyed Ahmad Khan : le fondateur de l'Anglo-Oriental Muhammadan College d'Aligarh, par lequel il proposait d'éduquer une nouvelle classe dirigeante musulmane "occidentalisée" (il n'est pas surprenant que sa pensée ait été prise comme référence idéologique sous le régime désastreux de Pervez Musharraf). Son nom mérite toutefois une attention particulière car c'est à partir de ses réflexions que la théorie des "deux nations" a pris un caractère proprement moderne et structuré, également en réponse anticipée au développement ultérieur des idées sur le "nationalisme composite", dont l'origine est principalement due à la pensée de Bipin Chandra Pal (1858-1932) [6] dans la première décennie du XXe siècle. Ainsi, Ahmad Khan a déclaré dans un discours prononcé en 1883 à Patna, dans l'Inde actuelle, "Mes amis, il existe en Inde deux nations importantes qui se distinguent par les noms d'hindous et de musulmans. Tout comme le corps humain possède certains organes principaux, de la même manière, ces deux nations représentent les deux principaux membres de l'Inde" [7].

En prenant note de la paternité de l'idée, il convient de noter que l'historiographie pakistanaise a mené une enquête approfondie pour savoir qui a été la première personne à formuler de manière accomplie au 20e siècle le projet de construire deux nations distinctes en Inde britannique. L'historien Sheikh Muhammad Ikram, par exemple, rapporte que la déclaration suivante du juge Abdur Rahim au congrès de la Ligue musulmane à Aligarh en 1925 a suscité une certaine consternation : "Les hindous et les musulmans ne sont pas deux sectes différentes comme les catholiques et les protestants en Angleterre, mais forment deux communautés distinctes de personnes, et se considèrent ainsi. Leurs attitudes respectives à l'égard de la vie, leurs cultures distinctes, leurs habitudes sociales et leurs civilisations, leur histoire et leurs traditions, non moins que la religion, les divisent si complètement que le fait d'avoir vécu pendant environ mille ans dans le même pays n'a rien fait pour les fusionner en une seule nation [...] Chacun d'entre nous, Indiens musulmans, voyageant par exemple en Afghanistan, en Perse ou en Asie centrale, chez les musulmans de Chine, chez les Arabes ou les Turcs, se sentiront toujours chez eux, retrouvant des coutumes auxquelles ils sont déjà habitués. Au contraire, en Inde, nous nous trouvons complètement étrangers à toutes les questions sociales dès que nous traversons la rue et entrons dans la partie de la ville où vivent nos compatriotes hindous."[8]

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Nehru et Jinnah.

Cependant, l'exposé philosophique et politique de la théorie des "deux nations" est généralement attribué à Muhammad Iqbal et à Muhammad Ali Jinnah. Le premier, en effet, dans le discours déjà cité d'Allahabad, a promu l'idée d'une forme d'"autonomie au sein de l'Empire britannique" (ou sans lui) pour les musulmans du sous-continent. Selon le poète et penseur (qui a également reconnu comment les Britanniques exploitaient les divisions entre hindous et musulmans pour des raisons géopolitiques) [9], la création d'un "État islamique" était dans le meilleur intérêt de l'Inde et de l'islam lui-même. En fait, elle aurait représenté une force fondamentale pour la sécurité, la paix et l'équilibre des pouvoirs au sein d'un sous-continent dont l'unité devait être reconstruite non pas dans la négation des différences, mais dans l'harmonie et la coopération mutuelles [10]. Cette position est également résumée dans la déclaration faite par Iqbal en réponse aux accusations de Jawaharlal Nehru après l'échec de la série de tables rondes organisées à Londres au début des années 1930 sur les réformes à adopter en Inde. En voici un extrait : "En conclusion, je veux poser une question directe au Pandit Jawaharlal : comment le problème indien peut-il être résolu si la communauté majoritaire ne veut ni accorder la protection minimale nécessaire à la protection d'une minorité de 80 millions de personnes, ni accepter l'existence d'un tiers, mais continuer à parler d'un nationalisme qui ne fonctionne qu'à son propre avantage ? Cette position ne peut admettre que deux alternatives. Soit la majorité indienne doit accepter pour elle-même le rôle d'agent pérenne de l'impérialisme britannique en Orient, soit le pays doit être redistribué sur la base des affinités historiques, religieuses et culturelles. "[11]

Une vague accusation d'être un agent de l'impérialisme britannique, pour être juste, a également été portée contre Muhammad Ali Jinnah, précisément en raison de son soutien à la cause de la partition. En 1943, cette accusation a conduit un activiste supposé être associé au mouvement Khaksar (à fort caractère social-révolutionnaire)[12] à attenter à la vie du leader politique musulman. Jinnah, cependant, continua sans se décourager à soutenir l'idée que, au contraire, c'était la fausse représentation d'une Inde unie qui maintenait les Britanniques sur le sol du sous-continent.

Comme nous l'avons déjà mentionné, le Qaid-e Azam a embrassé la cause des "deux nations" sur le tard. Brillant avocat passé à la politique, Jinnah termine ses études à Londres, où il devient membre de l'Honorable Society of Lincoln's Inn (l'une des plus prestigieuses guildes professionnelles de juges et d'avocats au monde) sur l'entrée principale de laquelle le prophète Mahomet figure parmi les grands hommes d'État et législateurs de l'humanité. À Londres, Jinnah devient l'assistant du politicien libéral (et franc-maçon) Dadabhai Naoroji [13], le premier Asiatique (de confession zoroastrienne) à devenir membre du Parlement britannique ; de lui, Jinnah hérite de la dévotion presque obstinée aux méthodes constitutionnelles et de l'idée d'émancipation (surtout des jeunes) par l'éducation. Cette insistance sur les méthodes constitutionnelles (même au moment où il s'est rendu compte qu'il n'y avait pas d'autre solution que la partition) était surtout liée au fait que, comme cela s'est effectivement produit, une fin abrupte de la domination britannique conduirait inévitablement à la violence sectaire.

Si, comme il a été dit plus haut, Jinnah a opté pour la théorie des "deux nations" dès 1937 et suite aux tensions croissantes entre le Congrès et la Ligue musulmane, il est tout aussi vrai que son idée n'a été ouvertement présentée que dans le discours qu'il a prononcé à Lahore le 22 mars 1940 :

"Il est extrêmement difficile d'apprécier le fait que nos amis hindous ne peuvent pas comprendre la nature même de l'islam et de l'hindouisme. Ce ne sont pas des religions au sens concret du terme, en fait, ce sont des ordres sociaux différents et distincts, et c'est un rêve de penser que les hindous et les musulmans peuvent développer un sens commun de la nationalité, et cette incompréhension de la nation indienne pose des problèmes et conduira l'Inde elle-même à la faillite si nous ne reconstruisons pas cette notion à temps. Les hindous et les musulmans appartiennent à deux philosophies religieuses différentes, à des littératures différentes et à des coutumes sociales différentes. Ils ne se marient pas entre eux et appartiennent à deux civilisations différentes qui reposent sur des concepts et des idées contradictoires. Leur idée de la vie et sur la vie est différente. Il est tout à fait clair que les hindous et les musulmans tirent leur inspiration de sources historiques différentes. Ils ont des épopées différentes, des héros différents et des événements différents. Souvent, le héros de l'un est l'ennemi de l'autre et leurs victoires et défaites se chevauchent. Réunir de force dans un même État ces deux nations, l'une majoritaire et l'autre minoritaire, alimentera le mécontentement et conduira à la destruction définitive de toute constitution gouvernementale conçue pour un tel État" [14]. Il s'agissait d'une déclaration similaire faite un an plus tôt.

Choudhry_Rahmat_Ali.jpgUne déclaration similaire a également été faite quelques années plus tôt par Choudhry Rahmat Ali (photo) (exactement en 1933 et à la fin des tables rondes de Londres) dans un pamphlet qui a acquis une certaine notoriété sous le titre de « Déclaration du Pakistan ». Rahmat Ali écrit : "Nos religions et nos cultures, nos histoires et nos traditions, nos codes sociaux et nos systèmes économiques, nos lois sur l'héritage, la succession et le mariage sont fondamentalement différents de ceux des personnes vivant dans le reste de l'Inde. Les idées qui poussent notre peuple à faire les plus grands sacrifices sont essentiellement différentes de celles qui inspirent les hindous à faire de même. Ces différences ne se limitent pas aux principes de base. Ils s'étendent jusqu'aux moindres détails de nos vies. Nous ne dînons pas ensemble. On ne se marie pas entre nous. Nos coutumes nationales et nos calendriers sont aussi différents que notre nourriture et nos vêtements"[15]. Nous ne sommes pas les mêmes.

Lors d'une rencontre en 1934 entre Jinnah et Rahmat Ali lui-même, le premier suggère au second de faire preuve d'une certaine prudence. Toutefois, le zèle missionnaire conduit le fondateur du Mouvement national pakistanais à se rapprocher des thèses du national-socialisme et à entrer en opposition avec Jinnah lui-même ; cela se produit lorsque ce dernier accepte une solution territoriale qui réduit l'espace géographique du futur Pakistan par rapport au projet idéal de Rahmat Ali, fondé sur l'idée de libérer les musulmans du sous-continent de la "barbarie de l'indianisme"[16].

La théorie des "deux nations" trouve également un soutien dans les milieux purement religieux. La vision de Jinnah, comme on le sait, était celle d'un État inspiré par les principes de l'Islam, bien que lui-même ait toujours refusé toute caractérisation religieuse de son rôle. À ceux qui voulaient lui donner le titre de "Maulana", par exemple, il s'est toujours fermement opposé, déclarant être un politicien et non un homme de religion [17]. En tout cas, c’est ce qu’il a déclaré lors d'une interview avec une radio nord-américaine :

"Le Pakistan est le premier État islamique [...] La Constitution du Pakistan n'a pas encore été discutée par l'Assemblée constituante. Je ne sais pas quelle sera la forme finale de cette Constitution, mais je suis sûr qu'il s'agira d'un modèle démocratique capable d'intégrer les principes essentiels de l'Islam. Celles-ci sont toujours aussi applicables aujourd'hui qu'elles l'étaient il y a 1300 ans. L'Islam et l'idéalisme nous ont appris la démocratie. L'Islam nous a enseigné l'égalité entre les hommes et la justice"[18]. L'appel à l'égalité et à la justice est important.

La référence à la justice et à l'égalité entre les hommes apparaît également dans certaines déclarations de nature plus purement économique. Par exemple :

"Le système économique de l'Occident a créé des problèmes insolubles pour l'humanité [...] Il n'a pas réussi à créer la justice entre les hommes et à éliminer les diatribes dans l'arène internationale [...] L'adoption d'une théorie économique occidentale ne nous aidera pas à atteindre l'objectif de créer un peuple autosuffisant et heureux [...] Nous devons construire notre propre destin à notre manière et présenter au monde un système économique basé sur le concept islamique d'égalité" [19].

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Maulana Abul A'la Maududi.

Sur la base de ces déclarations, de nombreux représentants du soufisme barelvi se sont prononcés en faveur de la partition. Au contraire, Maulana Abul A'la Maududi soutenait que l'idée de partition et de fermeture de l'islam au sein d'un État moderne était fondamentalement non islamique (contraire au concept traditionnel d'Umma). Cependant, sa Jama'at-e-Islami, malgré une relation difficile avec les institutions pakistanaises après la partition, a trouvé dans le militarisme islamiste de Zia ul-Haq, l'allié idéal pour développer un projet d'islamisation forcée par le haut, également contraire aux principes coraniques.

Parmi les groupes qui ont soutenu le plus activement le processus de séparation en deux États figure sans conteste la Ahmadiyya Muslim Jama'at. Il s'agissait d'un mouvement d'inspiration messianique, dont le premier leader (Mirza Ghulam Ahmad, 1835-1908) s'était déclaré le Mahdi attendu, invoquant le retour à la pureté originelle de l'Islam. Pendant la première guerre indo-pakistanaise de 1947-48, ce mouvement a créé l'organisation paramilitaire connue sous le nom de Furqan Forces, qui a combattu au Cachemire [20].

Bien sûr, même au sein de la sphère hindoue, certains penseurs et intellectuels ont adopté ou se sont opposés à la théorie des "deux nations". Il suffit de mentionner Indira Ghandi qui, lorsque le Pakistan oriental est devenu indépendant en tant que Bangladesh après la guerre de 1971 [21], a déclaré l'échec de la théorie des "deux nations". Toutefois, comme l'analyste pakistanais et ancien militaire Masud Ahmad Khan a eu l'occasion de le souligner, le Bangladesh n'est pas du tout un État laïque, c'est un État musulman. Et l'affirmation toute récente du nationalisme exclusiviste hindou du Bharatiya Janata Party, inspiré par la pensée de Vinayak Damodar Savarkar (1883-1966), est la démonstration la plus claire que la théorie de deux nations distinctes dans le sous-continent indien est plus vivante que jamais[22].

NOTES

[1]   Le Vande Mataram raconte l’histoire d’une société secrète hindoue qui, au 18ème siècle, a cherché à renverser le gouvernement islamique au Bengale.

[2]    Dynastie perse, auparavant de religion bouddhiste, qui s’est convertie à l’islam et qui a battu la dynastie turque persisée de Ghaznavides en 1186, tout en conquérant leur capitale Lahore, aujourd’hui sur territoire pakistanais.

[3]    A. Eraly, Il trono dei Moghul. La saga dei grandi imperatori dell’India, Il Saggiatore (2000), p. 43.

[4]    Il trono dei Moghul, ivi cit., p. 188.

[5]   Descendant des tribus pachtounes Sadozai et Alokozai, Ahmad Shah Abdali est le héros national de l’Afghanistan et est considéré comme le « Père moderne de la Nation ».  

[6]   Un des architectes majeurs du mouvement Swadeshi (en même temps que Sri Aurobindo) qui s’est opposé à la partition du Bengale décidée par le gouvernement britannique d’Inde en 1903. Chandra Pal était également membre du triumvirat nationaliste Lal-Bal-Pal (les deux autres membres étaient Lala Laipat Raj et Bal Ganghadar Tilak), triumvirat qui dirigea la lutte anticoloniale indienne dans les premières années du 20ème siècle.

[7]    R. Guha, Makers of modern India, Harvard University Press (2011), p. 65.

[8]    S. M. Khan, Indian muslims and partition of India, Atlantic Publisher & Dist (1995), p. 308.

[9]   L’historien David Hardiman partage également cette idée et cette théorie, selon lesquelles aucune hostilité particulière n’opposait les musulmans aux hindous au moment où les Britanniques sont arrivés dans le sous-continent indien. Ce sont donc, d’après cette théorie, les Britannques qui ont articulé la très célèbre pratique impérialiste du divide et impera afin de maintenir leur contrôle colonial sur cette région du monde. Voir  D. Hardiman, Gandhi in his time and ours: the global legacy of his idea, Columbia University Press (2003), p. 22.

[10]  Voir I. S. Sevea, The political philosophy of Muhammad Iqbal. Islam and nationalism in late colonial India, Cambridge University Press (2012), p. 14.

[11]  Dans Iqbal and the Pakistan Movement, www.allamaiqbal.com.

[12]  Ce mouvement, de caractère militariste rigide, a été fondé en 1931 par Allama Mashriqi (mathématicien et théoricien politique) qui se proposait de libérer l’Inde des Britanniques par le biais de la lutte armée et de la construction d’un Etat hindou/musulman.41DFPcBOIxL._SX327_BO1,204,203,200_.jpg 

[13]  Naoroji est aussi considéré comme le mentor de l’activiste politique et intellectuel Bal Ganghadar Tilak(déjà cité comme membre du triumvirat Lal-Bal-Pal et auteur d’un ouvrage célèbre La dimora artica nei Veda) et d’un homme politique indien très important, Gopal Krishna Gokhale, fondeteur de la « Société des Serviteurs de l’Inde ».  

[14]  Jinnah. Creator of Pakistan, Oxford University Press (1953), p. 140.

[15]  T. Kamran, Choudhry Rahmat Ali and his political imagination: Pak Plan and the continent of Dinia, contenuto in A. Usmani – M. Eaton Robb (a cura di), Muslims against the Muslim League, Cambridge University Press (2017), p. 92.

[16]  K. K. Aziz, Rahmat Ali: a biography, Steiner Verlag Wiesbaden (1987), p. 123. Rahmat Ali forgea le terme d’ « indianisme » pour définir une force qui avait dominé tout le sous-continent et s’était opposé aux efforts de ses peuples pour améliorer leur propre condition. Cette force était donc perçue comme « destructrice », comme quelque chose qui avait conduit à la servitude d’au moins la moitié de la population du sous-continent. Pour ce motif, Rahmat Ali s’opposait avec virulence à la création d’une « Fédération Indienne » sous l’égide du Congrès.

[17]  Hector Bolitho raconte, à ce propos, que Jinnah cultivait une admiration particulière pour l’expérience nationaliste, laïque et réformiste de Mustafa Kemal en Turquie, dont il critiquait toutefois les tendances libertines. Dans le même contexte, il est curieux de noter que  Muhammad Iqbal n’appréciait pas du tout le Père de la République turque.

[18]  Dans : M. A. Z. Qureshi, Decolonization and Nation-Building in Pakistan. Islam or Secularism?, IDSS Research Paper 2011.

[19]  Jinnah. Creator of Pakistan, ivi cit., p. 177.

[20]  S. Ross, Islam and the Ahmadiyya Jama’at. History, belief, practice, Columbia University Press (2003), p. 204.

[21]  L’un des préoccupations principales qui tourmentaient Jinnah au moment de la partition était l’absence d’une communication directe, soit d’un corridor terrestre, entre les deux parties du Pakistan.

[22]  Voir M. S. Khan, Jinnah’s two Nation theory, www.nation.com.pk.

Daniele Perra

Depuis 2017, Daniele Perra collabore activement avec "Eurasia. Journal of Geopolitical Studies" et le site informatique correspondant. Ses analyses portent principalement sur les relations entre la géopolitique, la philosophie et l'histoire des religions. Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, il a obtenu en 2015 un master en études moyen-orientales de l'ASERI - Alta Scuola di Economia e Relazioni Internazionali de l'Università Cattolica del Sacro Cuore de Milan. En 2018, son essai Sulla necessità dell'impero come entità geopolitica unitaria per l'Eurasia a été inclus dans le vol. VI des "Quaderni della Sapienza" publiés par Irfan Edizioni. Il collabore assidûment avec plusieurs sites Internet italiens et étrangers et a accordé plusieurs interviews à la radio iranienne Radio Irib. Il est l'auteur du livre Être et Révolution. Ontologie heideggérienne et politique de la libération, préface de C. Mutti (NovaEuropa 2019).

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dimanche, 14 mars 2021

Le triangle Chine-Inde-Pakistan : enfin la détente ?

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Vladimir Terehov :

Le triangle Chine-Inde-Pakistan : enfin la détente ?

https://journal-neo.org/

La conversation téléphonique qui eut lieu le 25 février 2021 entre les ministres des Affaires étrangères de l'Inde et de la Chine (Subrahmanyam Jaishankar et Wang Yi) fut tout à fait remarquable quant à la manière d’évaluer le jeu politique dans la région indo-pacifique et dans le monde en général. Pour la première fois depuis septembre dernier, lorsque les mêmes ministres s'étaient rencontrés à Moscou à l'occasion du prochain forum ministériel des États membres de l'OCS, les deux géants asiatiques ont eu un contact direct au niveau gouvernemental.

Ma prédiction, annonçant la fin d'un autre cycle de détérioration des relations sino-indiennes, semble heureusement se confirmer. Jusqu'à présent, nous pouvons prudemment espérer leur amélioration ultérieure, car ainsi les "forces extérieures" ne pourront pas, une fois de plus, se réchauffer cyniquement les mains au feu qu’elles auront allumé chez autrui.

Entre-temps, les initiateurs du projet Quad (composé de l'Australie, de l'Inde, des États-Unis et du Japon), dont la dernière conférence ministérielle régulière s'est tenue le 18 février, nourrissent des espoirs non dissimulés quant à la possibilité prochaine d’une confrontation sino-indienne. Le Quad est la pâte à partir de laquelle la tarte de l'OTAN asiatique est censée être cuite. Cette dernière devrait remplacer l'inutile "OTAN tout court", c'est-à-dire un dinosaure politique qui a dépassé depuis longtemps le temps qui lui était imparti dans l'histoire.

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Un commentaire paru dans le journal chinois Global Times décrit la conversation entre Subrahmanyam Jaishankar et Wang Yi comme "un signal de la fin de la confrontation (sino-indienne) et une intention commune de rétablir des liens bilatéraux". Il s'agit de sortir enfin de l'impasse dans les négociations pluriannuelles entre les délégations des deux pays pour résoudre le conflit au Ladakh, qui a été dans sa phase la plus dangereuse depuis des décennies.

Le Global Times note que le désaccord sur la frontière subsiste et rapporte (en se référant à une "source interne à l'Inde") que, lors d'une conversation téléphonique, les ministres ont convenu "de ne pas permettre au dit désaccord de déboucher sur de graves différends".

Une telle interprétation de la conversation est cohérente avec le rapport officiel du ministère chinois des affaires étrangères (qui a attiré l'attention sur l'affirmation de Wang Yi selon laquelle les relations entre l'Inde et la Chine ne se limitent pas aux questions frontalières et que des efforts conjoints pour les améliorer davantage et créer un climat de "coopération pragmatique" sont tout à fait possibles.

Notez également les autres signaux positifs que Pékin envoie à Delhi. En particulier, comment a été présenté au public (pour la première fois après des mois de silence) un témoignage vidéo sur l'un des incidents survenus l'été dernier dans la région montagneuse où se déroule le conflit frontalier et sur la cérémonie funéraire des quatre gardes-frontières chinois qui ont alors trouvé la mort.

Lors d'une conférence de presse le 22 février, un porte-parole officiel du ministère chinois des affaires étrangères a déclaré son "soutien à l'Inde" en tant qu'hôte du prochain sommet des BRICS et sa "volonté de travailler avec elle" dans divers domaines abordés par le forum.

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Récemment, dans la rhétorique officielle qui accompagne le vieux conflit du Ladakh, on ne peut s'empêcher de déceler des signes de la prise de conscience par Pékin de son rôle particulier de deuxième puissance mondiale. Sa politique étrangère ne peut être prise en otage par des incidents relativement mineurs. Après tout, il ne s'agit pas de lutter contre l'Inde, mais pour elle. Pendant ce temps, sur la scène internationale, il est facile de voir, une fois encore, ceux qui ne sont pas du tout intéressés par le succès de ce type de lutte pour l’apaisement des tensions en Asie.

À cet égard, le vecteur de transformation de la propre politique étrangère de l'Inde, où il existe un très large éventail d'opinions sur la question des relations avec la RPC, revêt une importance cruciale.

Le même rapport du ministère chinois des Affaires étrangères sur le contenu de la conversation téléphonique, dont question, note que S. Jaishankar a fait référence au "consensus atteint à Moscou", qui a prédéterminé le succès des négociations ultérieures des délégations militaires des deux parties engagées dans le conflit. Jaishankar a également exprimé la volonté de son pays de "prendre en compte le développement à long terme des relations avec la Chine ... et de les remettre sur les rails".

Quant à la presse indienne, ses commentaires sur l'importance de la conversation entre les deux ministres, sur les résultats du dernier (et 10ème) cycle de négociations visant à résoudre le conflit au Ladakh et sur l'état général de la situation sur l'ensemble des frontières communes (qui s'étendent sur environ 3 500 km) sont généralement plus modérés que ceux des médias de la RPC. En particulier, citant des sources du commandement des forces terrestres, l'APL parle de la modernisation des infrastructures frontalières près des États indiens du nord-est, Arunachal Pradesh et Sikkim.

En utilisant des informations "provenant de sources gouvernementales", on suggére que le sujet d'une éventuelle visite du dirigeant chinois Xi Jinping en Inde en relation avec le sommet (prévu) des BRICS, ne soit pas encore à l’ordre du jour. Puisque rien n'est encore clair sur la date de l'événement lui-même, en raison de l’épidémie de SRAS-CoV-2.

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Des signaux tout aussi contradictoires ont été notés sur la question d'un éventuel revirement de l'Inde (suite aux très récentes tentatives américaines, qui sont similaires à celles de la période Trump-Pompeo). Ce revirement viserait à comprimer de manière globale le champ des relations commerciales et économiques avec la RPC. Mais il est tout de même important que le sujet soit au moins discuté.

L'apaisement des tensions dans les relations sino-indiennes ne pouvait qu'avoir un effet positif sur l'état des relations de l'Inde avec le Pakistan, l'allié le plus proche de la Chine. Comme il y a quatre ans, une autre initiative de paix pakistanaise a été menée par les militaires, qui ont longtemps été à l'étroit derrière les autorités "civiles" officielles. Cela, une fois de plus, est sans aucun doute un facteur positif dans le contexte des réalités pakistanaises, comme d'ailleurs pour un certain nombre d'autres pays "en développement".

Le 2 février, le commandant des forces terrestres, le général Qamar Javed Bajwa, a déclaré que "le moment est venu de tendre une main pour que la paix s’installe dans toutes les directions". Il n'est pas indifférent de noter le moment choisi pour ladite déclaration. Premièrement, le Pakistan se débat dans un nouveau stade de détérioration de sa situation politique interne, qui mérite toutefois un examen séparé.

Deuxièmement, cela fait maintenant deux ans que le dernier conflit armé sérieux avec l'Inde a éclaté après une attaque terroriste sauvage au Jammu-et-Cachemire, qui avait incité le même général Qamar Javed Bajwa à formuler des remarques très dures contre l'Inde. En fait, divers aspects de la situation dans cet État ont été au centre du conflit entre le Pakistan et l'Inde depuis l'indépendance des deux pays à la fin des années 1940.

Il est désormais prouvé que la déclaration de Qamar Javed Bajwa n'était pas spontanée, mais qu'elle était le résultat de négociations menées par des représentants des deux pays "à huis clos" au cours des mois précédents. Il s'agissait essentiellement d'un processus unifié visant à atténuer les tensions aiguës dans les relations de l'Inde avec ses deux principaux adversaires. Quant au Pakistan, le 24 février, un accord a été signé avec son représentant militaire afin d'éviter de nouveaux affrontements chauds sur la ligne dite de contrôle effectif, qui sépare les deux pays dans la région du Jammu-et-Cachemire.

Notons une circonstance importante qui semble avoir largement contribué à l'ajustement de la ligne de conduite de l'Inde vis-à-vis de ces deux pays opposants. Il s'agit d'un autre pas vers le développement du problème des droits de l'homme en relation avec la situation dans ce même état de Jammu et Cachemire. Dans la seconde moitié du mois de février, l'Inde a dû accepter pour la deuxième fois un voyage "d'inspection" dans cet État par un groupe de représentants d'ambassades étrangères (occidentales pour la plupart) en Inde.

Les "activistes des droits de l'homme" professionnels ne dorment pas non plus. Surtout ceux de l'ONU. Le gouvernement indien a dû une fois de plus réprimander publiquement ces bureaux bruyants, qui mettent leur nez là où leur maître (américain) actuel, toujours en coulisse, le marchand de vent mondial, leur dit de le faire. La liste des "marchandises", proposées par ces bureaux, est dominée par des contrefaçons portant les étiquettes "liberté", "démocratie" et "droits de l'homme".

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La détente imminente dans le triangle Chine-Inde-Pakistan est importante en soi, car elle concerne trois pays dotés de l'arme nucléaire et représentant une population totale d'environ 3 milliards de personnes. Les deux premiers ont été le moteur de l'activité économique mondiale ces dernières années.

Mais le fait que cette détente réduise la marge de manœuvre des escrocs mondialistes habituels, en particulier de ceux qui se sont récemment arrogés l'autorité de la "première puissance mondiale", n'est pas le point le moins important.

Vladimir Terehov, expert des questions de la région Asie-Pacifique, en exclusivité pour le magazine en ligne "New Eastern Outlook".

vendredi, 01 janvier 2021

La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

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La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

Pepe Escobar

Ex: https://www.unz.com

Lorsqu'il s'agit de semer la zizanie et de profiter de la division des autres, la Turquie d'Erdogan est une véritable superstar.

Sous le délicieux nom de Countering America's Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA), l'administration Trump a dûment imposé des sanctions à Ankara pour avoir osé acheter des systèmes russes de défense anti-missiles sol-air S-400. Les sanctions visaient l'agence turque d'acquisition de matériel de défense, la SSB.

La réponse du ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a été rapide : Ankara ne reculera pas - et réfléchit en fait à la manière de réagir.

Les caniches européens ont inévitablement dû assurer le suivi. Ainsi, après le proverbial et interminable débat à Bruxelles, ils se sont contentés de sanctions "limitées" - ajoutant une nouvelle liste pour un sommet en mars 2021. Pourtant, ces sanctions se concentrent en fait sur des individus non encore identifiés, impliqués dans des forages en mer au large de Chypre et de la Grèce. Elles n'ont rien à voir avec les S-400.

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L'UE a en fait proposé un régime de sanctions très ambitieux, inspiré du Magnitsky Act américain, qui vise à protéger les droits de l'homme dans le monde entier. Cela implique l'interdiction de voyager et le gel des avoirs de personnes considérées unilatéralement comme responsables de génocide, de torture, d'exécutions extrajudiciaires et de crimes contre l'humanité.

La Turquie, dans ce cas, n'est qu'un cobaye. L'UE hésite toujours fortement lorsqu'il s'agit de sanctionner un membre de l'OTAN. Ce que les eurocrates de Bruxelles veulent vraiment, c'est un outil supplémentaire et puissant pour harceler surtout la Chine et la Russie.

Nos jihadistes, pardon, les "rebelles modérés"

Ce qui est fascinant, c'est qu'Ankara sous Erdogan semble toujours faire preuve d'une sorte d'attitude consistant à dire, "le diable peut s'en soucier".

Prenez la situation apparemment insoluble dans le chaudron d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Jabhat al-Nusra - alias Al-Qaida en Syrie - est maintenant impliqué dans des négociations "secrètes" avec des gangs armés soutenus par la Turquie, comme Ahrar al-Sharqiya, sous l’oeil des officiels turcs. L'objectif : augmenter le nombre de jihadistes concentrés dans certaines zones clés. L'essentiel : un grand nombre d'entre eux proviendront de Jabhat al-Nusra.

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Ankara reste donc, à toutes fins pratiques, entièrement derrière les djihadistes purs et durs du nord-ouest de la Syrie - déguisés sous le label "innocent" de Hayat Tahrir al-Sham. Ankara n'a absolument aucun intérêt à laisser ces gens disparaître. Moscou, bien sûr, est pleinement consciente de ces manigances, mais les stratèges rusés du Kremlin et du ministère de la défense préfèrent laisser faire pour le moment, en supposant que le processus d'Astana partagé par la Russie, l'Iran et la Turquie puisse être quelque peu fructueux.

Erdogan, en même temps, donne magistralement l'impression qu'il est bel et bien impliqué dans le pivotement de son pays vers Moscou. Il entre en effervescence quand il parle de "son collègue russe Vladimir Poutine" et quand il soutient l'idée - initialement présentée par l'Azerbaïdjan - d'une plateforme de sécurité régionale unissant la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie. M. Erdogan a même déclaré que si Erevan fait partie de ce mécanisme, "une nouvelle page pourrait s'ouvrir" dans les relations Turquie-Arménie, jusqu'ici inextricables.

Il sera bien sûr utile que, même sous la prééminence de Poutine, Erdogan ait un siège très important à la table de cette organisation de sécurité putative.

La vue d'ensemble est encore plus fascinante, car elle présente divers aspects de la stratégie d'équilibre eurasiatique de Poutine, qui implique comme principaux acteurs la Russie, la Chine, l'Iran, la Turquie et le Pakistan.

À la veille du premier anniversaire de l'assassinat du général Soleimani, Téhéran est loin d'être intimidé et "isolé". À toutes fins utiles, elle contraint lentement mais sûrement les États-Unis à quitter l'Irak. Les liens diplomatiques et militaires de l'Iran avec l'Irak, la Syrie et le Liban restent solides.157191553.jpg

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Et avec moins de troupes américaines en Afghanistan, le fait est que l'Iran, pour la première fois depuis l'ère où l’on ne cesse plus de parler de l'"axe du mal", sera moins entouré par le Pentagone. La Russie et la Chine - les nœuds clés de l'intégration eurasienne - l'approuvent pleinement.

Bien sûr, le rial iranien s'est effondré par rapport au dollar américain, et les revenus pétroliers sont passés de plus de 100 milliards de dollars par an à quelque 7 milliards. Mais les exportations non pétrolières dépassent largement les 30 milliards de dollars par an.

Tout est sur le point de changer pour le mieux. L'Iran est en train de construire un oléoduc ultra-stratégique reliant la partie orientale du golfe Persique au port de Jask dans le golfe d'Oman - en contournant le détroit d'Ormuz ; ainsi, l’Iran est prêt à exporter jusqu'à 1 million de barils de pétrole par jour. La Chine sera le premier client.

Le président Rouhani a déclaré que l'oléoduc sera prêt d'ici l'été 2021, ajoutant que l'Iran prévoit de vendre plus de 2,3 millions de barils de pétrole par jour l'année prochaine - avec ou sans sanctions américaines, que celles-ci soient allégées par le tandem Biden-Harris ou non.

L'anneau d'or

L'Iran est bien relié à la Turquie à l'ouest et à l'Asie centrale à l'est. Un élément supplémentaire important de l'échiquier qui se met en place est l'entrée des trains de marchandises qui relient directement la Turquie à la Chine via l'Asie centrale - en contournant la Russie.

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Au début de ce mois, le premier train de marchandises a quitté Istanbul pour un voyage de 8.693 km en 12 jours, passant sous le Bosphore via le tout nouveau tunnel Marmary, inauguré il y a un an, puis le long du couloir moyen Est-Ouest via la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars (BTK), à travers la Géorgie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan.

En Turquie, il est connu sous le nom de "chemin de fer de la soie". C'est la BTK qui a permis de réduire le transport de fret de la Turquie vers la Chine d'un mois à seulement 12 jours. L'ensemble du trajet entre l'Asie de l'Est et l'Europe occidentale peut désormais être parcouru en 18 jours seulement. Le BTK est le nœud clé du "couloir du milieu" de Pékin à Londres et de la "route ferroviaire de la soie" du Kazakhstan à la Turquie.

Tous ces projets s'inscrivent parfaitement dans le programme de l'Union européenne, en particulier celui de l'Allemagne : mettre en place un corridor commercial stratégique reliant l'Union européenne à la Chine, en contournant la Russie.

Cela permettrait à terme de consolider l'une des alliances clés des années folles : l’alliance Berlin-Beijing.

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Pour accélérer cette alliance présumée, on dit à Bruxelles que les eurocrates profiteraient du nationalisme turkmène, du pan-turquisme et de la récente entente cordiale entre Erdogan et Xi en ce qui concerne les Ouïgours. Mais il y a un problème : beaucoup d’Etats turcophones préfèrent une alliance avec la Russie.

De plus, la Russie est incontournable lorsqu'il s'agit d'autres corridors. Prenez, par exemple, un flux de marchandises japonaises allant à Vladivostok, puis via le Transsibérien à Moscou et ensuite vers l'UE.

La stratégie de contournement de la Russie par l'UE n'a pas vraiment été un succès en Arménie-Azerbaïdjan : ce que nous avons eu, c'est un recul relatif de la Turquie et une victoire russe de facto, Moscou renforçant sa position militaire dans le Caucase.

Entrons maintenant dans un nouveau jeu encore plus intéressant : le partenariat stratégique Azerbaïdjan-Pakistan, désormais en surrégime dans les domaines du commerce, de la défense, de l'énergie, de la science et de la technologie, et de l'agriculture. Islamabad a d'ailleurs soutenu Bakou sur le Haut-Karabakh.

L'Azerbaïdjan et le Pakistan entretiennent tous deux de très bonnes relations avec la Turquie : une question d'héritage culturel turco-persan très complexe et interdépendant.

Et ils pourraient se rapprocher encore davantage, avec le corridor international de transport nord-sud (INTSC) qui relie et reliera plus sûrement encore non seulement Islamabad à Bakou, mais aussi les deux à Moscou.

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D'où la dimension supplémentaire du nouveau mécanisme de sécurité proposé par Bakou, qui unit la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie : tous les quatre veulent ici des liens plus étroits avec le Pakistan.

L'analyste Andrew Korybko l'a joliment surnommée "l'anneau d'or" - une nouvelle dimension de l'intégration de l'Eurasie centrale, avec la Russie, la Chine, l'Iran, le Pakistan, la Turquie, l'Azerbaïdjan et les "stans" d'Asie centrale. Tout cela va donc bien au-delà d'une éventuelle Triple Entente : Berlin-Ankara-Beijing.

Ce qui est certain, c'est que la relation Berlin-Moscou, si importante, restera forcément froide comme de la glace. L'analyste norvégien Glenn Diesen a résumé le tout : "Le partenariat germano-russe pour la Grande Europe a été remplacé par le partenariat sino-russe pour la Grande Eurasie".

Ce qui est également certain, c'est qu'Erdogan, un maître du pivotement, trouvera des moyens de profiter simultanément et de l'Allemagne et de la Russie.

jeudi, 12 novembre 2020

Les Etats-Unis créent des homologues arabes et asiatiques à l'OTAN

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Les États-Unis créent des homologues arabes et asiatiques à l’OTAN

Par Leonid Savin

Source Oriental Review

Photo ci-dessus: « Gulf Shield Joint Exercise-1 », exercice tenu dans l’Est de
l’Arabie Saoudite, le 14 avril 2018.

Des troupes de 25 pays ont effectué un exercice de tir à balles réelles.

Les États-Unis ont récemment intensifié leurs activités militaires et politiques dans plusieurs domaines. Outre l’accent mis par le Pentagone sur le Moyen-Orient et l’Afghanistan sous couvert de lutte contre le terrorisme et sur l’Europe afin de « contrôler la Russie », les deux dernières années ont vu une augmentation notable de l’activité dans la région indo-pacifique due à la Chine.

Début octobre, cependant, les États-Unis ont soudainement établi une présence en Afrique du Nord.

Du 29 septembre au 4 octobre, le secrétaire américain à la défense, Mark Esper, s’est rendu dans des pays d’Afrique du Nord et de la région méditerranéenne – Maroc, Algérie, Tunisie et Malte. D’importants documents de coopération bilatérale ont été signés en Tunisie et au Maroc – des « feuilles de route » pour la coopération militaire et sécuritaire.

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Les États-Unis ont promis d’aider la Tunisie à protéger ses frontières, qui pourraient être menacées par la Libye voisine, et une offre similaire a été faite au Maroc en ce qui concerne la région du Sahel. L’accord prévoit une coopération au cours des dix prochaines années.

Les domaines prioritaires comprennent également le renforcement des capacités militaires, l’amélioration de l’interopérabilité, l’augmentation de l’état de préparation des forces et le soutien du rôle des pays dans le maintien de la sécurité régionale.

Une grande importance est accordée à l’exercice African Lion, qui, selon les États-Unis, devrait être un événement attrayant pour les participants de tout le continent africain.

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En visite à Rabat, Mark Esper a déclaré dans un discours que le Royaume du Maroc et les États-Unis « travaillent ensemble pour promouvoir la sécurité, la stabilité et la prospérité pour nos objectifs communs et nos peuples », notant que son pays est animé par le désir « de consolider continuellement son engagement fort et de longue date envers l’Afrique et en particulier envers le Maroc, allié stratégique des États-Unis en dehors de l’OTAN et porte d’entrée du continent africain ». Le secrétaire américain à la défense s’est dit « confiant » que les deux pays « resteront des alliés et des partenaires stratégiques pour les générations à venir ».

En attendant, le Maroc ne reconnaît pas l’accord conclu entre Israël et les Émirats arabes unis sous la médiation des États-Unis. Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc a déclaré que « toutes les tentatives de miner le statut de Jérusalem sont inacceptables ». Les émissaires de Washington tentent d’ignorer ces « malentendus » pour mettre l’accent sur ce qui pourrait intéresser leur interlocuteur.

Ainsi, s’exprimant en Tunisie, Esper a ouvertement déclaré que « nos concurrents stratégiques, la Chine et la Russie, continuent d’intimider et de contraindre leurs voisins tout en étendant leur influence autoritaire dans le monde entier, y compris sur ce continent ». Bien entendu, le Maroc étant un royaume, Esper n’a absolument pas fait mention de l’autoritarisme lors de son discours dans le pays.

En Algérie, la visite s’est limitée à des négociations ; aucun document n’a été signé. Considérant que l’Algérie collabore depuis longtemps avec la Russie pour l’acquisition de divers types d’armes, voir un haut fonctionnaire américain testant l’eau de cette façon signifie une sérieuse tentative d’ingérence dans les questions de sécurité régionale. Étant donné la déclaration du nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, selon laquelle l’ancien régime n’existe plus, les États-Unis y voient une chance de rétablir les relations et d’asseoir leur influence.

Il convient de noter que Mark Esper s’est déjà rendu en Israël, où il a rencontré le ministre de la défense du pays, Benny Gantz, et a promis de maintenir toutes les priorités que les États-Unis ont traditionnellement maintenues pour Tel-Aviv en ce qui concerne les autres pays de la région.

En fait, immédiatement après la tournée éclair d’Esper, le dialogue quadrilatéral sur la sécurité (Quadrilateral Security Dialogue) a tenu une réunion à Tokyo du 4 au 6 octobre. Le Quad est composée des États-Unis, de l’Inde, de l’Australie et du Japon, et a été initiée en 2007 par le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors d’une crise dans les relations avec la Chine. Aujourd’hui, l’agenda anti-chinois est de nouveau sur la table, mais il est désormais davantage promu par les États-Unis que par le Japon.

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De gauche à droite, le ministre indien des affaires étrangères  Subrahmanyam Jaishankar, son homologue la ministre australienne Marise Payne, Mike Pompeo et le ministre japonais des affaires étrangères Toshimitsu Motegi lors de la réunion à Tokyo du Quadrilateral Security Dialogue (6 octobre 2020).

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a participé à la réunion, a déclaré que l’activité de plus en plus affirmée de la Chine dans la région la rendait plus importante que jamais pour les quatre pays de l’Indo-Pacifique. Il a également déclaré qu’il était « plus important que jamais que nous collaborions pour protéger nos peuples et nos partenaires de l’exploitation, de la corruption et de la coercition du PCC".

Alexander Neill, un analyste de la sécurité en Asie-Pacifique basé à Singapour, estime que le « véritable facteur décisif » du nouvel élan du Quad est l’adhésion de l’Inde. Il ajoute : « Ces dernières années, il y a eu beaucoup de spéculations sur le fait que le Quad devienne un organisme formalisé. Mais cela était freiné par l’Inde en particulier, qui est un pilier traditionnel du mouvement des non-alignés. Les États-Unis, d’autre part, ont été très cohérents avec leur message sous le président Donald Trump… Des actions coercitives de la Chine n’entraîneraient pas seulement son auto-isolement mais inciteraient des amis et des alliés aux vues similaires à se regrouper. Le quad en est une manifestation ».

Selon Neill, Pékin « accusera les États-Unis d’endiguement et de mentalité de guerre froide » et de former des alliances « pour réprimer l’ascension légitime de la Chine ».

La Chine a décrit le Quad comme une « clique exclusive » dont les actions visent des tiers.

Étant donné que l’Australie s’inspire généralement des États-Unis, une coopération plus étroite avec l’Inde constituera un défi tant pour ses voisins régionaux que pour la Russie, qui est un partenaire de longue date dans la fourniture de divers systèmes d’armes, entre autres. Avec le renforcement de la coopération entre l’Inde et les États-Unis, New Delhi se concentrera davantage sur les fournisseurs américains. Et la participation plus officielle de l’Inde au Quad ou à d’autres initiatives américaines serait symptomatique de l’effondrement du Mouvement des non-alignés.

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Le nouveau Premier ministre japonais serait confronté à un équilibre plus délicat. Tokyo constate une amélioration des relations avec Pékin, mais maintient également des liens étroits avec les États-Unis, l’Inde et l’Australie. Le 5 octobre, Yoshihide Suga a déclaré aux journalistes qu’il cherchera toujours à promouvoir « la vision d’un Indo-Pacifique libre et ouvert » et qu’il veut « construire des relations stables avec les pays voisins, y compris la Chine et la Russie ».

Si l’on ajoute la zone transatlantique représentée par le bloc de l’OTAN à ce cadre de coopération avec les pays arabes et nord-africains et au forum du Quad, on peut voir que les États-Unis tentent de construire un réseau d’alliances qui part de l’Atlantique occidental et passe par l’Asie et l’Afrique pour aboutir à l’Extrême-Orient. Cet axe coupe en deux l’île-monde (qui, selon Halford Mackinder, comprend l’Eurasie et l’Afrique) et touche au « Rimland » – une zone côtière qui a toujours attiré les stratèges américains.

Leonid Savin

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

lundi, 09 novembre 2020

Les Castes et la Loi de régression des Castes

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Les Castes et la Loi de régression des Castes

 
Je reposte notre première discussion avec Ralf enregistrée en mars 2019, concernant le concept de caste : Comprendre le principe universel des castes et la loi de régression des castes, discussion entre Pierre-Yves Lenoble et Ralf.
 
Rapide bibliographie sur ce thème :
-G. Dumézil, L'idéologie tripartite des Indo-Européens, Latomus, 1958
-R. Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Trédaniel, 2000
-F. Schuon, Castes et races, Archè, 1979
-A. K. Coomaraswamy, Autorité spirituelle et pouvoir temporel dans la perspective indienne, Archè, 1985
-J. Evola, Révolte contre le monde moderne, Ed. de L'Homme, 1972
-J. Evola, L'avènement du "cinquième état", dans Explorations, Pardès, 1989
-C. Levallois, Les temps de confusion, Trédaniel, 1991
 
 
27281faccf3841573dfa14296938b497.jpgLa chaîne Quixote, notamment au sujet de la tripartition au Rwanda : https://www.youtube.com/user/QQUUIIXX... Beaucoup d'autres références sont disponibles dans la vidéo.
 
► Les livres de Pierre-Yves Lenoble sont disponibles sur : https://www.decitre.fr/rechercher/res...
► La chaîne Youtube de Ralf : https://www.youtube.com/channel/UCK19...
 
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jeudi, 08 octobre 2020

Denazifying Savitri Devi

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Denazifying Savitri Devi

The very idea sounds absurd. Militant supporter of National Socialism, foundational figure of Esoteric Hilterism, the iron maiden known to academia — insofar as she is known at all — as “Hitler’s Priestess [1]”: dissociating Savitri Devi from her fanatical loyalty to Hitler’s Germany seems as futile as denazifying The Führer himself.

Beyond its futility, what purpose would it serve? There is no hope of rehabilitating Savitri Devi for general academic use. Any scholar who quotes her approvingly and without the perfunctory “danger warning” will certainly be ostracized by respectable peers. Even among the hard Right who take no offense at her National Socialism, pan-Aryanism, anti-Semitism, valorization of the S.S., and other taboo subjects, Savitri Devi is often regarded as a mystical fanatic. She is seen as something of a crank, whose bizarre depiction of Hitler as an avatar of Vishnu is typically amalgamated with Miguel Serrano’s [2] (far more mystifying) theories concerning Hitler’s survival, Ultima Thule, Nazi UFOs in Antarctica, and other occult arcana. Savitri Devi’s writings and activism are seemingly inseparable from the strange milieu of Esoteric Hitlerism, putting her beyond the pale not merely of respectable political discourse but even that of the most open-minded elements of the Right.

However, I believe it is possible and worthwhile to distinguish the timeless content of Savitri Devi’s thought from her particular devotion to National Socialism. My motivation for this endeavor is twofold. For one, on a selfish note, Savitri Devi had a profound effect upon my own thinking. Though I am not particularly attached to National Socialism or Esoteric Hitlerism, it is my belief that one can appreciate her ideas — without compromising them in some milquetoast liberal fashion — and still acknowledge the flaws in that particular political movement. Moreover, Savitri Devi was a lucid and powerful writer whose writings contain unique insights that remain significant to the application of True Right principles to the problems of the present.

savitrichild-233x300.pngSavitri Devi is particularly insightful in understanding the relationship between man and nature, which she views through the lens of her aristocratic ideal. It is this essential notion of biological and spiritual aristocracy that determines her views on the natural world, human types, and politics. While in her metaphysics she counted herself alongside Julius Evola and Rene Guénon as a proponent of “the Tradition,” she was unique in her concrete political preoccupations and attempts to actualize this ideal in a contemporary political state. This led to her vigorous and unflagging support for National Socialism, which she regarded as the only regime that could serve as a bulwark (even temporarily) against universal decay and preserve the spiritual and biological aristocrats of the earth.

I have some points of disagreement with Savitri Devi’s thought: her uncritical attachment to Adolf Hitler and National Socialism and her rejection of certain religious traditions, for instance. However, while these will be briefly addressed at the end of this essay, such quibbles are not the point. My aim is to distill from Savitri Devi’s oeuvre the essence of her thought, in order to demonstrate its lucidity, its highly original application of traditional principles to the present, and the fundamental truth it contains. While it is too much to expect the contemporary academy to treat such controversial figures fairly, it does behoove those on the Right — who are not burdened by such prejudices — to confront their thought and take it seriously.

The Religion of the Strong

Savitri Devi’s thought is fundamentally religious. Born Maximiani Julia Portas in 1905, from an early age she felt an affinity for nature, for Greek culture, and for the traditional folk religions of Europe. While she came to reject most exoteric religious traditions — particularly Christianity — for their apparent otherworldliness, veneration of weakness, and adulation of a nebulous “mankind,” she made it clear that a feeling of “true piety” was the essential ground to her thought. This she defined as “feeling and adoring ‘God’ — the Principle of all being or non-being, the Essence and the light as well as the Shadow — through the splendor of the visible and tangible world; through the Order and the Rhythm, and the immutable Law that is its expression; the Law that melts the opposites into the same unity, reflection of the unity in oneself.” [1] [3] Rather than maintaining a division between mankind and the rest of the world, or between the sacred and the profane, this religiosity is one in which “the sacred penetrate[s] life, all of life, as in traditional societies.”

Lest we perceive this as just another twentieth-century “spiritual but not religious” nature mysticism, Savitri Devi takes pains to associate it with authentic traditional thought. She portrays this outlook — variously called the “philosophy of the Swastika,” the “religion of the strong,” and the “religion of life and light” — as a return to the primordial Tradition, purified and shorn of its humanistic and foreign accretions. She approvingly quotes one scholar who describes Guénon’s thought as “Hitlerism minus the armored divisions” [2 [4]] [5] and describes the primordial tradition itself as follows: “This is not the philosophy of any man. It is, in the clear consciousness of the really great Ones who are capable of feeling it — from the oldest Aryan lawgivers of Vedic and post-Vedic India, down to Adolf Hitler today — the wisdom of the Cosmos, the philosophy of the Sun, Father-and-Mother of the earth.” [3] [6] Of the historical societies and religions that most perfectly embodied this creed, she included the European folk religions, Pythagoreanism, Hinduism, Buddhism, and her particular object of fascination, the solar cult of Akhnaton [7].

450155.jpgAnd what are the specific qualities of this religiosity, which she believed undergirds not only the authentic noble traditions of the ancient Indo-Aryan world but also the ideology of National Socialism? It is founded upon the belief in an everlasting cosmic law that binds all living beings. Cosmic energy is the fount of life and is particularly worthy of veneration, being symbolized for terrestrial mankind by the Sun. Man, being a “solar product,” cannot disregard these laws, particularly the laws that “regulate the art of breeding and the evolution of races,” as this will lead to physical and moral degeneracy — the ultimate “sin against the will of the Creator.” [4] [8] Indeed, the moralism and obsession with “original sin” she attributes to Christianity have no place here, “the only ‘sin’ being (along with all forms of cowardice and faithlessness) the sin of shameful breeding — the deadly sin against the race.” [5] [9] Thus, rather than the otherworldly emphasis of more dualistic religions, this religion of the strong stresses the physical aspect of life, the duty of mankind to preserve the health and vigor of both the individual and the race, as well as that of the earth as a whole. This is a religious and aesthetic duty.

While the cosmic law is universal in scope, it will express itself differently in different folk groups. Therefore, in opposition to the universalism she associated with Christianity, Islam, and modern liberalism, Savitri Devi upheld the importance of the folk-soul, folk religion, and ancestor worship.

The religion of the reborn Aryans must naturally have much in common with that of the pre-Christian European North, and with that, of similar origin and spirit, kept alive to this day, in India, in the tradition of the Vedas. It must be, before all, the religion of a healthy, proud, and self-reliant people, accustomed to fight, ready to die, but, in the meantime, happy to live, and sure to live forever, in their undying race; a religion centered around the worship of Life and Light — around the cult of heroes, the cult of ancestors, and the cult of the Sun, source of all joy and power on earth. Indeed, it must be a religion of joy and of power — and of love also; not of that morbid love for sickly and sinful “mankind” at the expense of far more admirable Nature, but of love for all living beauty: for the woods and for the beasts; for healthy children; for one’s faithful comrades in every field of activity; for one’s leaders and one’s gods; above all, for the supreme God, the Life force personified in the Sun. . . . [6] [10]

Though she would probably dislike the comparison, Savitri Devi’s metaphysical and religious outlook, her “religion of the strong” and “religion of life and light,” might be understood as a kind of idiosyncratic Neoplatonism. While some will doubtless accuse me of understanding neither Savitri Devi nor Neoplatonism, the parallels are clear: life is the unfolding of a divine order throughout the cosmos; creatures approach perfection in life the more they embody and understand the divine will in themselves; one’s place in the hierarchy of being is dependent upon one’s alignment with the divine order. While Savitri Devi’s understanding departs from classical Neoplatonism in explicitly stating the nonhuman participation in the divine order, this was always implicit (if underemphasized) in the classical formulation anyways. Neoplatonism has often been associated with a life-denying and ascetic outlook. However, while reserving their highest praise for the One from whom all things emanate, Neoplatonism nevertheless regards existence as an outflowing of the divine and venerates it as such. The philosopher Plotinus wrote an invective against the life-denying Gnostics [11] on just that subject.

Neoplatonism, as I’ve argued in a previous article [12], is a Western expression of monistic panentheism, which is the basic metaphysical outlook of the primordial tradition. Thus it is no surprise that Savitri Devi espoused a version of it, as she stated her alignment with “the Tradition” and sought to demonstrate how National Socialist ideology — as she understood it — was a weaponized expression of that tradition. This distinguishes her from the more purely biological and Darwinian elements among the Right (though her thinking is not without its flaws, as I discuss in the conclusion). It is to her understanding of the relationship between man and nature that we now turn.

Man and Nature

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Savitri Devi’s love for the natural world is one of the most noteworthy features of her writing. She seemed to hold particular admiration for big cats and ancient trees, the “aristocrats” of the natural world, but had a great compassion for animals and living beings of all types. She scorned humans who would destroy such beauty and innocence in the name of comfort, longevity, or fruitless curiosity. It is therefore unsurprising that, aside from her rather outré ideas concerning Adolf Hitler and the end of the world, Savitri Devi is most well known as a forerunner of “deep ecology” and a major Rightist proponent of animal welfare. However, it is necessary to dissociate her ideas on this subject from the more contemporary (and invariably Leftist) expressions of these positions. For it is in Savitri Devi’s articulation of a Rightist theory of nature and man — one that takes into account contemporary scientific knowledge while rejecting both egalitarianism and narrow humanism — that her greatest strength as a thinker lies.

The academic philosophy of deep ecology [14], as it has been developed by its major theorists such as Arne Naess, George Sessions, and Bill Devall, is premised upon the idea of “biospheric egalitarianism,” that there is no fundamental ontological divide between humans and nature. It also maintains that the wellbeing and flourishing of both human and nonhuman life on Earth have value in themselves, variously described as “intrinsic value” or “inherent worth,” and that humans consequently have no right to reduce the richness and diversity of life except to satisfy vital needs. Animal rights theories also typically begin with a notion of fundamental equality, and decry “speciesism” as an injustice in the same way they would condemn “racism” or “sexism” or the other sins of the modern age.

612710.jpgSavitri Devi, as a Rightist and proponent of Tradition, disdains such insipid and indiscriminate egalitarianism. Her nature is a world of order and hierarchy, blood and death, struggle and harsh beauty. She is outside the main current of Western thought in her refusal to place a nebulous “humanity” at the pinnacle of the Chain of Being. In her metaphysics (which is, again, akin to a version of militant Neoplatonism) there is a natural law of strength and beauty, and beings approach perfection insofar as they adhere more closely to that divine idea. Any being which expresses its nature most perfectly — be it a tiger or an oak tree, a butterfly or a man — approaches the pinnacle of the hierarchy for its particular species. Clear hierarchies exist, but rather than a single pyramid with the entire human race at the top (including the most diseased and depraved), we have several pyramids, of which humanity only constitutes one. Indeed, “in the eyes of the believers in quality. . . any Bengal tiger, nay, any healthy cat — any healthy tree; any perfect sample of manifested Life — is worth far more than an ugly,  degenerate human bastard. Alone man in his perfection — superior man ‘like unto the Gods,’ not the patched-up weakling that this conceited Age exalts — is to be looked upon as ‘the highest creature,’ ‘God’s image,’ etc. . .” [7] [15]

There is a sense, then, in which mankind’s pyramid does rise above the others, and might justify our species’ claim to be the pinnacle of creation. It is only the human ability to transcend its animal nature, concerned solely with self-preservation, that gives man any claim to a superior station in the Chain of Being: “The actual master races surely cannot allow themselves to think and feel as it would seem natural to man of a mean type. And the real master species, if any, is the one that puts its consistent nobility above any advantage.” [8] [16] Of what does this nobility consist? Something far more than the pursuit of happiness, or even universal human welfare:

But those who have the Word, father of thought, and among them the Strong especially, have something better to do than pursue “happiness.” Their supreme task consists in finding this harmony, this accord with the eternal, of which the Word seems initially to have deprived them; to hold their place in the universal dance of life with all the enrichment, all the knowledge, that the Word can bring to them or help them to acquire; to live, like those who do not speak, according to the holy laws that govern the existence of the races, but, this time, knowing it and wanting it. The pleasure or the displeasure, the happiness or the discontent of the individual does not count. Well-being — beyond the minimum that is necessary for each to fulfill his task — does not count. Only the task counts: the quest for the essential, the eternal, through life and through thought. [9] [17]

It is humanity’s misuse of its remarkable gifts — its consciousness and reason, its super-natural desires and unnaturally efficient means of attaining them — that poses such a threat the rest of life on earth. To have these gifts, and to use them for such low ends as obtaining mere comfort for the greatest number, strikes Savitri Devi as profoundly ignoble.

He who has the Word, father of thought, and who, far from putting it in service of the essential, wastes it in the search for personal satisfactions; he who has technology, fruit of thought, and who makes use of it especially to increase his well-being and that of other men, taking that for the main task, is unworthy of his privileges. He is not worthy of the beings of beauty and silence, the animal, the tree — he who himself follows their path. He who uses the powers that the Word and thought give him to inflict death and especially suffering on the beautiful beings that do not speak, in view of his own well-being or that of other men, he who uses the privileges of man against living nature sins against the universal Mother — against Life — and the Order that desires noblesse oblige. He is not Strong; he is not an aristocrat in the deep sense of the word, but petty, an egoist and a coward, an object of disgust in the eyes of the natural élite. [10] [18]

photo-drawings3.jpgSavitri Devi points to overpopulation as one particularly egregious example of the base triumphing over the noble. Her concern is not only with the ecological effects of overpopulation, nor with its effects on human survival. She observed that the growth in human population was enabled by industrialism and the development of medical technology, both of which permitted the survival of “more and more people who might as well never have been born.” [11] [19] This worked against natural selection and would lead to the crowding out of noble humans and animals “by human types that are qualitatively inferior to them but dangerously prolific and whose demographics escapes any control.”

Indeed, is not the prospect of a world destroyed by human overpopulation that truly disturbs Savitri Devi. Indeed, she appears to welcome the apocalypse. [12] [20] It is, rather, the triumph of a technological and communistic society, in which humanity has wholly mechanized the earth and driven the noble men and animals to extinction: “It would mean the intensified, and more and more systematic exploitation of living nature by man, on an ever-broadening scale. . . . [Man] would make the world a safe place for his own species, never mind at the cost of what ruthless exploitation of the rest of the living, both animals and plants . . . There would be one king of the earth: mankind; one slave: subdued living nature. Most hateful prospects!” [13] [21] Relatedly, her loathing of vivisection is based on indignation that innocent and noble animals should have to suffer in order to develop medical treatments that “alleviate the suffering of diseased humanity” or to satisfy the “criminal curiosity” of scientific researchers. [14] [22] However, Savitri Devi should not be classified among the anti-natalists and primitivists, insofar as she promotes higher birthrates for superior racial stocks, and a technology that genuinely enriches human life (more on this below).

It is important to note that Savitri Devi does not advocate “animal rights.” She does not believe in metaphysical rights of any kind, which are a liberal construct. Rather she teaches, for one, that respect is due to nonhuman creatures because we are all emanations of the same divine energy — but that it is our foremost duty to preserve the noblest specimens of mankind and nature. She also teaches that the higher man is characterized by the noble virtue of compassion: “Not merely to be ‘harmless’; not merely not to exploit, for human ends, any beast, and even the vegetable world as far as possible, but to extend our active love to all that lives; to do our utmost, even at our own cost, so that every individual creature, bird or beast, might continue to enjoy the sight of the sun, in health and beauty — these are our ethics.” [15] [23] We shall now examine how Savitri Devi envisioned the noble human type, and the kind of society that is most suited to encouraging its development.

The Higher Man

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Since there are vast differences between individuals in terms of their adherence to the cosmic law, there is a natural inequality of persons as well as races: “Man’s value — as every creature’s value, ultimately — lies not in the mere intellect but in the spirit: in the capacity to reflect that which, for lack of a more precise word, we choose to call ‘the divine,’ i.e. that which is true and beautiful beyond all manifestation, that which remains timeless (and therefore unchangeable) within all changes.” [16] [25] For Savitri Devi, the Aryan race (which, adhering to the classical definition, includes the Aryans of ancient India and Iran as well as certain European groups) is the highest manifestation of mankind, the one most attuned to the cosmic soul. As she writes of its Nordic branch, which she believed to be the purest Aryan remnant in the modern world:

That this Nordic race is a natural aristocracy, there is no doubt. First a physical aristocracy. To make sure of that, one need only look at its representatives, especially the purest Germanic types among the Germans and the Swedes, outwardly, perhaps, the finest men on earth. An aristocracy of character also, as a whole. One only has to live with Scandinavians, Germans, or real English people, after spending years amidst less pure Aryans, or totally different races, in order to find that out. An aristocracy of kindness, too — its most attractive sign of superiority. And this is a fact. The best proof of it is to be seen in the spontaneous sympathy which most pure-blooded Nordic children show towards animals, even before being taught to do so.” [17] [26]

Savitri Devi believed that National Socialism was a contemporary adaptation of the primordial tradition — the religion of the strong — uniquely suited for the Northern Aryan soul: “Hitlerism considered in its essence . . . is the religion of the Strong of the Aryan race, as opposed to a world in decline; a world of ethnic chaos, contempt of living Nature, the silly exaltation of ‘man’ in all that is weak, morbid, eccentrically ‘individual,’ different from other beings; a world of human selfishness (individual and collective), of ugliness and cowardice. It is the reaction of the Strong of this race, originally noble, to such a world.” [18] [27] Only among Aryan mankind, she believed, would the National Socialist ideology find any support. This is because it appeals to the finest elements of their character: selflessness, courage, fortitude, intelligence, the hunger for sacrifice, and the love of truth and beauty.

While she acknowledges that the majority of Germans would join the NSDAP for more mundane reasons, Savitri Devi was confident that the inner circles — particularly the notorious SS — would have constituted the core of a new Aryan-European nobility:

But these soldiers of the first hour would, little by little — along with the youths rigorously selected and hardened, in the “Burgs” of the Order of the SS, in the asceticism of the body, the will, and knowledge — form an aristocracy, hereditary from hence forth, strongly rooted — owners of vast family domains in conquered spaces — and itself hierarchized. They would, these members of the élite corps par excellence, among whom stood side by side the most handsome, the most valorous sons of the peasantry, the most brilliant academics of good race, and many youths representing the ancient and enduring German nobility, gradually meld themselves into a true caste, an inexhaustible reservoir of candidates for super-humanity.” [19] [28]

b7e719157ed6700c875135ef67c50214.jpgAll of this talk of Aryans, Hitler, and the S.S. is obviously inextricable from Savitri Devi’s passionate support for National Socialism. However, it is important to note that the recognition of an Indo-Aryan race, while frowned upon nowadays, has a long pedigree and is not invariably associated with Nazism. Moreover, while Savitri Devi did uphold the Aryan race as the highest human group, she was emphatic that other races (and indeed other species) possess the capacity for a perfect expression of their God-given folk-soul: thus it is necessary to “respect the man of noble races other than your own, who carries out, in a different place, a combat parallel to yours — to ours. He is your ally. He is our ally, be he at the other end of the world.” [20] [29] She envisions an alliance among the noblest individuals of each noble race in order to oppose to the deracinated and ignoble men who strive to destroy all that is holy and beautiful.

In short, Savitri Devi’s aristocratic ideal, while strongly associated with Aryan blood descent, entails many of the essential virtues of the traditional world: courage, truthfulness, noblesse oblige, and detached violence against the forces of evil. This ethos has parallels, of course, to the karma yoga of the Bhagavad Gita, by which Savitri Devi was clearly influenced; one also finds it in the Taoist wu-wei, or injunction to “act without acting,” and Meister Eckhart’s conception of detachment or Abgeschiedenheit. This ideal of noble behavior has ancient roots. And like the ancients, Savitri Devi taught that the cultivation of a higher human type can only occur within a favorable sociopolitical framework, an organic state wholly unlike the liberal societies of today.

On the State 

While liberal political theory maintains that the state’s role is solely to provide for the defense of life, liberty, and property, the classical conception of politics is far more expansive. The state is an expression of a folk-soul, and its purpose is to cultivate virtue, excellence, and a particular way of life. It is, moreover, an earthly mirror of the celestial hierarchy, and should therefore be organized in such a way that the higher values of spirit and honor reign over and direct more material concerns. Savitri Devi believed that this model of the state had been revived by National Socialism, whose leaders and soldiers had constructed a fortress of order and human excellence amidst the barren wastes of modernity. Though she believed the principles of National Socialism are those of the primordial tradition and therefore eternal, the movement itself is unique in being “the sole systematic attempt to build a state — nay, to organize a continent — upon the frank acknowledgment of the everlasting laws that rule the growth of races and the creation of culture; the one rational effort to put a stop to the decay of a superior race and to the subsequent confusion. It is the movement ‘against Time’ par excellence.[21] [30] While its ethos and goals are those of the ancient world, National Socialism adapted the struggle to the modern setting.

Though spiritual proponents of nature preservation are commonly denigrated as primitivists and Luddites, Savitri Devi strongly supports technology that is tailored to have a positive effect on the human spirit and minimal impact upon that natural world: “The society we call ‘ideal’ would be a very highly mechanized one, and electrified one, in which man himself would have to work only as little as possible.” [22] [31] A high level of technology was in fact essential in order to liberate a regenerate Aryan mankind from drudgery and provide a high quality of civilization; to defend the state against conquest by less scrupulous powers; to provide for the well-being of the Volk; and to enable mankind to gain greater knowledge of the natural world. This should, to her mind, be the true purpose of science, technology, and scholarship, not merely to prolong the existence of the unfit.

And we are far, far more grateful to the scholars whose discoveries in astronomy and higher physics, in philology and archaeology, etc., have enabled a few of the better men to live more richly, more intensely, more harmoniously, by opening to them new and more astounding sources of inspiration, than we ever will be to those so-called “benefactors of mankind” whose main work has resulted merely in keeping alive thousands of human beings neither good or bad, nor even physically beautiful, who could as well have died and made place for others at the best of times, as the rest of the living do.” [23] [32]

51YYO8aN2UL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgHer enthusiasm for certain forms of high technology coupled with a decisive rejection of liberal modernity places Savitri Devi within the current of “reactionary modernism [33],” alongside other thinkers associated with Fascism, National Socialism, and the German Conservative Revolutionaries. Unlike nowadays — where runaway technological growth has led to the diminishment of man and the tyranny of petty bureaucrats and corporate overlords — in Savitri Devi’s National Socialist state, technology would be in the service of higher values. In this respect, her thinking can be described as a kind of archeofuturism [34], in the manner of Guillaume Faye, in which the “foundational values” of hierarchy, justice, duty, spirituality, and folk traditions are revived in a highly technological society.

Aside from providing for the material welfare of the Volk and defending it against its enemies, the chief purpose of the classical state — as well as the state envisioned by Savitri Devi and the National Socialists — is to cultivate excellence, nobility, the full flowering of the race. It does this, in part, by promoting eugenics. Again, such a form of selective breeding was practiced in many societies of the ancient world, namely Sparta. But in the contemporary world, it is not sufficient simply to encourage more births for exceptional individuals. Due to the destructive effects of overpopulation on other animals as well as noble humans, births must be controlled.

The immediate step to take, therefore, all over the world, in order to raise the standard of human life everywhere . . . would be, logically, to stop the indiscriminate production of babies — to cease bribing people to have young ones, in the countries of moderate birthrate, unless, of course, these be of exceptionally fine racial stock, to encourage them to have none, or extremely few, in countries already burdened by overpopulation, especially if these be also of inferior racial stock. Less people would mean “more living space” for all men. And racial selection would mean a more beautiful and nobler mankind.” [24] [35]

This naturally entails a great degree of government intrusion into the reproductive lives of its subjects, particularly those deemed to be of inferior quality: “Indeed if the number of men is not to increase indefinitely, very strict regulations are to keep down the numbers of the inferior races lest the Aryan — the ruling race — be forced to have larger and larger families, merely in order to survive.” [25] [36] The negative side of this eugenics program, in advocating for which Savitri Devi is probably even more ruthlessly consistent than historical most Nazi ideologues, would include a broad campaign of sterilization and euthanasia to minimize these undesirable births.

On a more positive note, the state would take a strong interest in the education of the young, in order to cultivate nobility and excellence. Under National Socialism, this was the role of the Hitler Youth, which Savitri Devi wholeheartedly endorsed. The Hitler Youth provided the physical training and intellectual and moral formation to cultivate a new generation of dedicated elites:

All great movements put stress upon the training of youth. “Catch them young,” say the Jesuits. National Socialism has not merely “caught them young,” but has striven to create them; to prepare them, not only from childhood, or from birth, but from the very moment of conception, to be the embodiment of the highest idea of all-round manly perfection — of physical health and beauty; of moral health and beauty; of character; of sound and clear intelligence, firmly linked up with the whole of life; the human élite, from every point of view. [26] [37]

TipusTomb2.jpgTaken together, Savitri Devi describes her ideal state — her dream of National Socialism — as follows:

Modern civilization at its best, modern industry in all its efficiency, in all its power, in all its grandeur; modern life with all its comforts and, along with that, the eternal Heathendom of the Aryans; the religion of living — physical and supra-physical — perfection, of “God residing in pure blood” to repeat the words of Himmler; the religion of the Swastika which is the religion of the Sun; efficiency and inspiration; iron discipline coupled with enthusiasm; work, a parade; life, a manly hymn; military schools and up-to-date dwellings in the midst of trees; blast furnaces and Sun temples. That is the super-civilization according to my heart. That is, that always was my conception of true National Socialism applied in practice.” [27] [38]

This archeofuturist vision weds the modernist emphasis on high technology to an archaic state based on hierarchy, communal religion, and good breeding. While the National Socialist state was one of the more successful attempts to create such a society in the 20th century, thus earning Savitri Devi’s veneration, this cultivation of nobility and concern with eugenics is not confined to the Nazis. It is a feature of classical politics, notably in the Greek world, where it found expression in the ancient Spartan regime and the political theory of Plato. Among the ancients, it was likewise understood that confusion in breeding — the “regression of castes” — led to myriad social ills, ultimately resulting in the downfall of the state. Like the ancients, Savitri Devi was under no illusions about the permanency of any political solutions, at least not in the world as we know it. All things are swept away by the current of time, in order that others might be born.

The Kali Yuga and the Men Against Time

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One of Savitri Devi’s more unique contributions is how she situated the National Socialist enterprise in universal history. She subscribed to the cyclical theory of existence, and accepted that mankind presently found itself at the nadir of the cycle, known to the Hindus as the Kali Yuga.

In her opus The Lightning and the Sun [40], she posited the existence of three types of world-historical figures: “Men In Time,” who are unwitting agents of divine destruction to bring about the end of a cycle (Genghis Kahn, for instance); “Men Above Time,” whose advanced spiritual state places them outside the cosmic cycle altogether (Akhnaton, Buddha, Christ); and “Men Against Time,” who combine the transcendence of the Men Above Time with the ferocity of the Men In Time, and battle with detached violence to resist the decline. She placed Adolf Hitler in this last category. Following Germany’s defeat in the war, Savitri Devi rationalized that this defeat was inevitable as the forces of decline had become too great. It was a “heroic but practically vain attempt at ‘rectification’ . . . Despite all the power and all the prestige at his disposal, Adolf Hitler could not create — recreate — the conditions that were and remain essential to the blossoming of a Golden Age.” [28] [41] National Socialism’s defeat was simply the final push for a world already in ruins, eagerly awaiting its destroyer and liberator. Hence, Savitri Devi would (infamously) describe Hitler as an avatar of Vishnu, but not the ultimate avatar. This task is reserved to Kalki, who would come to bring an end to this dying world so that another might arise from its ruins.

It is difficult to say whether this is intended symbolically or if Savitri Devi actually worshipped Hitler as a demigod. Needless to say, her apparent deification of Hitler creates some obvious difficulties for anyone seeking to detach her philosophy from National Socialism. Moreover, her acceptance that we are at the end of a cosmic cycle, and that nothing can be done save to pray for the coming of Kalki the Destroyer, seemingly lends itself to nihilism and despair. It is at any rate not conducive to the great efforts now needed in the political and cultural spheres.

Regarding the potential for nihilism, it is important to remember that most traditional religious doctrines, and indeed even modern science, posit an inevitable end to life as we know it. How one reacts to this knowledge is dependent upon one’s personal equation. For some, it may lead to hedonism, selfishness, or destructive despair. For the noble, for the true Man Against Time, the likelihood or certainty of defeat on the temporal plane does not lessen his resolve. His action flows from the essence of being, the cosmic role he is meant to play, rather than any certainty of success. He therefore fights dispassionately against the forces of disintegration and chaos.

9780692371947_p0_v1_s1200x630.jpgAnd what are these forces? Savitri Devi names several malefactors throughout her writings: democratic demagogues, Marxist revolutionaries, vivisectionists, “the so-called ‘benefactors of mankind,’” modern artists, Christians, and the “Jewish world-community.” Savitri Devi viewed these corrupting figures as more-or-less unwitting servants of the darkness, and describes their mission thus:

It is an unholy purpose, the fulfillment of which would imply the dissolution of all races and of all genuine nationalities; of all natural communities, i.e., of all those that have a solid racial background . . . and the ever-tightening grip of a soulless money power — the power of the raceless, gifted with destructive intelligence — over increasingly bastardized and numberless masses of Menschenmaterial, possessing neither thought nor will of their own, nor the innocence and nobility of real animals. It is the purpose of the Forces of darkness, whose influence grows, whose free play becomes more and more free and shameless, and whose rule asserts itself as a more and more obvious reality, as history run; its fated downward course. It is the purpose of Time itself, as Destroyer of all creation; as Leveller and Denier.” [29] [42]

This battle is thus understood as a contest between higher powers, using humans as their material and pawns, a kind of “occult war [43].” Despite the high stakes, this perspective has the odd effect of depersonalizing the struggle. Savitri Devi, following the teaching of the Bhagavad Gita, states of the enemy that “it is not necessary to hate him. He follows his nature and achieves his destiny while being opposed to the eternal values. . . .  But — and precisely for this reason — [fight him] with detachment and all your power: the strong preserve a serene balance even in the most exultant fanaticism.” [30] [44] Given the heavily decayed state of the world, Savitri Devi insisted that great violence and brutality would be necessary to fight back the forces of darkness, and that any violence done for that purpose would therefore be sacred and justified.

Savitri Devi strongly admired the SS in part because she perceived it as the agent of divine retribution upon these forces of decadence. The men who comprised the SS were “the physical and moral elite of awakening Aryandom, the living, conscious kernel out of which and round which the yet unborn race of gods on earth — regenerate Aryandom — was to take shape and soul.” [31] [45] Their standards of racial purity, physical beauty, vigor, cleanliness, martial valor, and high character alone were sufficient to justify this high praise; the fact that their ideological underpinnings were those of a monastic warrior brotherhood fighting dispassionately against decadence was even more so. In fact, in Savitri Devi’s eyes, the S.S. takes on the form of a kind of weaponized Tradition, akin to the League of Shadows [46].

Savitri Devi summarizes her attitude towards the Kali Yuga and detached warfare, and their relationship to the primordial tradition expressed in National Socialism, as follows:

It is, I repeat, a Golden Age philosophy in the midst of our age of gloom; the philosophy of those who stand heroically against the downward current of history — against Time — knowing that history, that moves in circles, will one day forward their lofty dreams; the philosophy of those few who . . . prefer to fight an impossible battle and to fall, if necessary, but to feel, when the new dawn comes, that they have called it, in a way, through the magic virtue of action for the beauty of action; who, if the dawn is not to shine in their lifetime, will still act against the growing tide of mediocrity and vulgarity, for the sole joy of fulfilling the inner law of an heroic nature.” [32] [47]

Despite her praise for the warrior, Savitri Devi’s pessimism concerning the post-WWII world gives her little hope of successfully resisting the decay. She writes that there are few activities in modern life which are not wholly futile, beyond growing food, [33] [48] working to preserve the “elite minorities” of all races and species from extinction, showing kindness towards the innocent among the animal and human world, and “curs[ing] in one’s heart, day and night, today’s humanity (apart from very rare exceptions), and to work with all one’s efforts for its destruction.” [34] [49] One cannot help but notice that this overwhelming pessimism grows far more prominent in Savitri Devi’s postwar writings, after witnessing the destruction and humiliation of the last bastion of Aryandom on earth.

The Education of Maximiani Portas

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You can buy And Time Rolls On: The Savitri Devi Interviews here. [50]

With respect to the purpose of this essay, I am forced to admit that it is impossible to imagine a Savitri Devi who is not a Nazi. The circumstances of her life, particularly her love for ancient Indo-Aryan culture, its perceived embodiment in Hitler’s state, and that state’s crushing defeat and humiliation, solidified her fanatical devotion as well as her hatred for the post-war order. But perhaps we can imagine how Savitri Devi’s outlook might have differed if this enthusiasm for National Socialism had not fully taken hold of her mind; if she had remained Maximiani Portas and not become Savitri Devi, the iron maiden, the eulogist and apologist of Nazi Germany, “Hitler’s Priestess.”

If we set aside the veneration of Nazism, I believe we could still preserve everything that makes Savitri Devi particularly valuable as a thinker, even to those who disagree with her devotion to Hitler:

  1. Her understanding of the primordial Indo-Aryan religion;
  2. Her conception of aristocracy within and among species, and insistence that humans have no claim to superiority unless they rise above their merely natural selves;
  3. Her injunction to preserve the noble elite of all species, and to treat the Earth and its myriad creatures with the kindness befitting the noble man;
  4. The need for a state based on classical principles that cultivates true physical and spiritual aristocracy, while utilizing modern technology to advance the goals and improve the lot of its people; and
  5. The recognition of universal forces of decay and the need to combat them with the detached violence of the Aryan warrior.

These are the ways in which Savitri Devi’s thought embodies the themes of an authentic traditional society and adapts them to the present. These are important and original observations that should be taken seriously by any Rightist.

And what of the rest? While I do not intend to offer a critique of National Socialism or Esoteric Hitlerism here, and while I have no particular quarrel with those who embrace these ideologies, I would argue that these are the weaker points in Savitri Devi’s thought. Her idealization of Hitler and the “actually existing” National Socialist state, while a bracing corrective to the propaganda barrage of the post-WWII era, have an element of the outrageous to them. I will not dwell on this point, as the critique of National Socialism from the Right [51] has been done by far greater minds than my own. I will simply say that upholding Hitler’s Germany as the purest expression of the primordial religion since the dawn of the age is hyperbolic, and ignores the many ways in which the regime compromised with modernity. This is not to deny it a certain grandeur, or indeed to deny that life under this regime would almost certainly be preferable to our current situation. Whether it deserves religious veneration is another matter.

JF_cover.jpgOn the subject of religion, Savitri Devi’s loathing of most traditional religions, particularly Christianity, appears to have been partly instinctive and partly informed by Nietzsche and later Nazi pronouncements on the subject. However, though she counted herself among the proponents of the Integral Tradition along with Evola and Guénon, her disdain for these world religions — the very vessels of the primordial religion — separates her from that milieu. Her countless criticisms of Christianity, in particular, are a somewhat tedious and clichéd amalgam of Nietzscheanism, biological racism, and neo-pagan hubris: Christianity “alienates its faithful from nature,” “teaches them the contempt of the body,” and betrays the “stench of the miserable and servile common man.” [35] [52] Moreover, she agreed with Hitler in regarding Christianity as “nothing but a foreign religion imposed on the Germanic peoples and fundamentally opposed to their genius.” Savitri Devi therefore longs for a return to pre-Christian Indo-Aryan paganism.

I’ve sought to address these misconceptions of Western Christianity elsewhere [53], arguing that it is neither foreign to the European soul nor simply a precursor of modern democratic liberalism. I have also argued [12], with Guénon and even Evola, that Western Christianity was a legitimate vehicle of the Traditional idea. Specifically addressing its supposed anti-natural bent, Savitri Devi (and many modern environmentalists [54]) accuse Christianity of human-centeredness and domineering attitudes towards the natural world. However, Christianity is theocentric, not anthropocentric. Its true focus is not on maximizing human numbers or comfort, but in living in accordance with the will of God. Indeed, as men have rejected the divine and natural order and cannot even master themselves, they hardly deserve to be masters of the world. A consequence of their fall from the primordial state is their profound lack of mastery, their physical and intellectual weakness, their susceptibility to natural disaster, sickness, death, and time. Ecological degradation is not an outcome of belief in Christ, but rather a consequence of the timeless and universal attitude of dull pragmatism, the plebeian outlook of the man whose chief concern is wealth and comfort at the expense of the sacred. It is not a feature of any genuine religion.

Ironically, by jettisoning most traditional religions in the name of returning to a primordial “religion of life and light,” Savitri Devi removes some of these traditional restraints on human behavior. Though the metaphysics are vaguely Neoplatonic due to her apparent opposition to transcendent divinity, her religion devolves into a kind of purely immanentistic pantheism, in which gods are simply the spirits of one’s ancestors and one’s folk-soul, and God and nature are synonymous. This mystical Darwinism and reverence for the strong, however, need not lend itself to a reverence for the noble Aryan and lion. It could just as easily involve the worship of the migrant waves in Europe, or the cancerous growth of the modern city, or indeed swarms of locusts, as they are also a part of “nature” and have proven their strength over the old ways and old masters of that land. There is not an objective standard from which to judge human behavior, since (as we know from history) people can judge purely “natural law” to mean all kinds of different things. In short, while Savitri Devi expresses many essentially correct metaphysical ideas, she errs in rejecting the transcendent traditional faiths in favor of what is basically 19th-century racialist pantheism.

page_1sdky.jpgFinally, there is a shocking inhumanity in Savitri Devi’s thought. In some ways, this can be quite refreshing to a modern reader indoctrinated in maudlin liberal humanitarian platitudes. She questions the value of modern medicine, which keeps countless people alive who are too sick and weak to contribute to their race or live purposeful lives. She straightforwardly endorses eugenics programs to maximize the wellbeing and numbers of healthy Aryans, and reduce those of more prolific but less noble bloodlines. The human and material costs of warfare in defense and expansion of Hitler’s Germany are fully justified due to its role as the vehicle of Aryan regeneration. Traitors should be executed without mercy. Though Savitri Devi sometimes questions the Holocaust numbers and narratives, more often than not she simply defends the execution of countless political enemies — among which she includes Jews — as not only necessary but laudable.

Savitri Devi prided herself on her ruthless consistency, her “appalling logic,” and there is no reason to doubt her sincerity. [36] [55] Admittedly, it does seem strange for a woman who spoke so warmly of nonhuman animals — who urged readers to “give an armful of grass to the horse or the weary donkey, a bucket of water to the buffalo dying of thirst. . . a friendly caress to the beast of burden” — to so utterly set such compassion aside when dealing with human beings. [37] [56] And it is not merely towards the enemy that her ruthlessness is directed. She seems to have believed that the sick and weak of her own people must be sacrificed in order to secure the dream of deified Aryandom.

This may be the price one has to pay. But it also entails an abrogation of the traditionally noble ideals, of European chivalry, which demands protection of the weak and defenseless, widows and orphans, children and the innocent. It ignores that members of a community have a responsibility to care for their own people, even the sick, old, fallen, and imperfect. Perhaps not to the insane lengths people go to today, but the obligation still remains. These are the spiritual values, the kindness and compassion of the Aryan race which Savitri Devi prizes so highly, without which its bloodline will cease to be associated with genuine nobility.

In her fury at the destruction and humiliation of Hitler’s Germany, in the fanaticism with which she took up its banner, in the sheer horror of the postwar years, Savitri Devi appears to have lost that element of humanity. She seems to have taken some pride in this fact. Nevertheless, she would also write that “the real superman, if any, is the man in whom boundless kindness to all creatures goes side by side with the utmost intelligence and power.” [38] [57] Perhaps if she had remained Maximiani Portas — the young European girl who loved ancient Greece, who loved the beasts of the forests and fields, who longed to see a rebirth of ancient Indo-Aryan civilization in all of its ancient glory — she might not have forgotten this sentiment.

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Notes

[1] [60] Savitri Devi, Memories and Reflections of an Aryan Woman. New Delhi: Savitri Devi Mukherji, 1976, ch. 8 [61].

[2] [62] Reflections, ch. 10 [63].

[3] [64] Savitri Devi, Gold in the Furnace: Experiences in Post-War Germany [65], ed. R. G. Fowler. Atlanta: Savitri Devi Archive, 2006, ch. 1.

[4] [66] Ibid.

[5] [67] Ibid.

[6] [68] Ibid.

[7] [69] Savitri Devi, The Lightning and the Sun [40]. Buffalo, New York: Samisdat Publishers, Ltd., 1979, p. 265.

[8] [70] Savitri Devi, Impeachment of Man [71]. Costa Mesa, California: The Noontide Press, 1991, p. 82.

[9] [72] Reflections, ch. 1 [73].

[10] [74] Ibid.

[11] [75] Impeachment, p. 113.

[12] [76] Reflections, ch. 12 [77], passim.

[13] [78] Impeachment, p. 147.

[14] [79] Lightning, p. 395.

[15] [80] Impeachment, p. 134.

[16] [81] Lightning, p. 5

[17] [82] Gold, ch. 1.

[18] [83] Reflections, ch. 1.

[19] [84] Reflections, ch. 9 [85].

[20] [86] Reflections, ch. 1.

[21] [87] Gold, ch. 1.

[22] [88] Impeachment, 150.

[23] [89] Ibid., 105.

[24] [90] Ibid., 145.

[25] [91] Ibid., 150.

[26] [92] Gold, ch. 9.

[27] [93] Gold, ch. 12.

[28] [94] Reflections, ch. 11 [95].

[29] [96] Lightning, 248.

[30] [97] Reflections, ch. 1.

[31] [98] Lightning, 374.

[32] [99] Gold, ch. 14.

[33] [100] Lightning, p. 4.

[34] [101] Reflections, ch. 11.

[35] [102] Reflections, ch. 8.

[36] [103] Savitri Devi, Defiance: The Prison Memoirs of Savitri Devi [104], ed. R. G. Fowler. Atlanta: The Savitri Devi Archive, 2008, 77.

[37] [105] Reflections, ch. 1.

[38] [106] Impeachment, 104.

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[1] Hitler’s Priestess: https://nyupress.org/9780814731116/hitlers-priestess/

[2] Miguel Serrano’s: https://religion.wikia.org/wiki/Miguel_Serrano

[3] [1]: #_ftnref1

[4] [2: #_ftnref2

[5] ]: http://k

[6] [3]: #_ftnref3

[7] Akhnaton: https://www.savitridevi.org/son-contents.html

[8] [4]: #_ftnref4

[9] [5]: #_ftnref5

[10] [6]: #_ftnref6

[11] life-denying Gnostics: https://plotinusarchive.wordpress.com/2-9-against-the-gnostics/

[12] a previous article: https://counter-currents.com/2020/09/integral-ecology/

[13] here.: https://counter-currents.com/2019/11/gold-in-the-furnaceexperiences-in-post-war-germany/

[14] deep ecology: https://openairphilosophy.org/wp-content/uploads/2019/02/OAP_Naess_Deep_Ecology_Movement.pdf

[15] [7]: #_ftnref7

[16] [8]: #_ftnref8

[17] [9]: #_ftnref9

[18] [10]: #_ftnref10

[19] [11]: #_ftnref11

[20] [12]: #_ftnref12

[21] [13]: #_ftnref13

[22] [14]: #_ftnref14

[23] [15]: #_ftnref15

[24] here.: https://counter-currents.com/2019/11/defiance-the-prison-memoirs-of-savitri-devi/

[25] [16]: #_ftnref16

[26] [17]: #_ftnref17

[27] [18]: #_ftnref18

[28] [19]: #_ftnref19

[29] [20]: #_ftnref20

[30] [21]: #_ftnref21

[31] [22]: #_ftnref22

[32] [23]: #_ftnref23

[33] reactionary modernism: https://www.cambridge.org/us/academic/subjects/history/twentieth-century-european-history/reactionary-modernism-technology-culture-and-politics-weimar-and-third-reich?format=PB&isbn=9780521338332

[34] archeofuturism: https://arktos.com/product/archeofuturism/

[35] [24]: #_ftnref24

[36] [25]: #_ftnref25

[37] [26]: #_ftnref26

[38] [27]: #_ftnref27

[39] here: https://counter-currents.com/the-lightning-and-the-sun-order/

[40] The Lightning and the Sun: http://www.savitridevi.org/PDF/lightning.pdf

[41] [28]: #_ftnref28

[42] [29]: #_ftnref29

[43] occult war: https://www.gornahoor.net/?p=3675

[44] [30]: #_ftnref30

[45] [31]: #_ftnref31

[46] League of Shadows: https://counter-currents.com/2012/07/christopher-nolans-batman-movies-weaponizing-traditionalism-transvaluing-values/

[47] [32]: #_ftnref32

[48] [33]: #_ftnref33

[49] [34]: #_ftnref34

[50] here.: https://counter-currents.com/and-time-rolls-on-order/

[51] from the Right: https://pdfs.semanticscholar.org/a697/746226cff370819e943d6708faa2b66beb2d.pdf

[52] [35]: #_ftnref35

[53] elsewhere: https://counter-currents.com/2020/09/michaelmas/

[54] environmentalists: http://www.cmu.ca/faculty/gmatties/lynnwhiterootsofcrisis.pdf

[55] [36]: #_ftnref36

[56] [37]: #_ftnref37

[57] [38]: #_ftnref38

[58] our Entropy page: https://entropystream.live/countercurrents

[59] sign up: https://counter-currents.com/2020/05/sign-up-for-our-new-newsletter/

[60] [1]: #_ftn1

[61] ch. 8: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_8.html

[62] [2]: #_ftn2

[63] ch. 10: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_10.html

[64] [3]: #_ftn3

[65] Gold in the Furnace: Experiences in Post-War Germany: https://pvsheridan.com/Gold-in-the-Furnace.pdf

[66] [4]: #_ftn4

[67] [5]: #_ftn5

[68] [6]: #_ftn6

[69] [7]: #_ftn7

[70] [8]: #_ftn8

[71] Impeachment of Man: http://www.savitridevi.org/PDF/impeachment.pdf

[72] [9]: #_ftn9

[73] ch. 1: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_1.html

[74] [10]: #_ftn10

[75] [11]: #_ftn11

[76] [12]: #_ftn12

[77] ch. 12: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_12.html

[78] [13]: #_ftn13

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[84] [19]: #_ftn19

[85] ch. 9: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_9.html

[86] [20]: #_ftn20

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[94] [28]: #_ftn28

[95] ch. 11: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_11.html

[96] [29]: #_ftn29

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[103] [36]: #_ftn36

[104] Defiance: The Prison Memoirs of Savitri Devi: https://www.savitridevi.org/PDF/defiance.pdf

[105] [37]: #_ftn37

[106] [38]: #_ftn38

 

samedi, 03 octobre 2020

La Russie fait exploser la stratégie indo-pacifique des États-Unis

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La Russie fait exploser la stratégie indo-pacifique des États-Unis

Par M. K. Bhadrakumar

Source Oriental Review via The Indian Punchline

Ex: https://lesakerfrancophone.fr

La rencontre entre le ministre russe des affaires étrangères Sergey Lavrov et son homologue chinois Wang Yi à Moscou, le 11 septembre dernier, s’est déroulée à un moment particulièrement délicat de la politique régionale. La Russie s’efforce d’établir une ligne neutre dans l’impasse entre l’Inde et la Chine tout en se rapprochant de la Chine pour faire face à la pression américaine.

Les politiques américaines incitent la Russie et la Chine à renforcer encore leur « partenariat stratégique global de coordination pour une nouvelle ère ». En résumant sa rencontre avec Wang, M. Lavrov a déclaré que les discussions se sont déroulées dans « une atmosphère de respect et de confiance mutuels et qu’elles ont été très substantielles ». Il a ajouté : « Nous avons discuté des principaux problèmes internationaux et réaffirmé la proximité de nos points de vue sur les solutions efficaces à y apporter… Nous sommes convenus de poursuivre notre étroite collaboration ».

De manière significative, la partie la plus frappante des remarques de M. Lavrov concernait la région Asie-Pacifique. Lavrov a attaqué frontalement la stratégie indo-pacifique des États-Unis :

Nous (la Russie et la Chine) avons noté le caractère destructeur des actions de Washington qui sapent la stabilité stratégique mondiale. Elles alimentent les tensions dans diverses parties du monde, y compris le long des frontières russes et chinoises. Bien sûr, nous sommes inquiets de cette situation et nous nous opposons à ces tentatives d’escalade de tensions artificielles. Dans ce contexte, nous avons déclaré que la stratégie dite « Indo-Pacifique » telle qu’elle a été planifiée par ses initiateurs, ne conduit qu’à la séparation des États de la région, et est donc lourde de conséquences pour la paix, la sécurité et la stabilité dans la région Asie-Pacifique.

Nous nous sommes prononcés en faveur d’ une architecture de sécurité régionale centrée sur l’ASEAN en vue de promouvoir l’agenda unificateur, et de préserver le style de travail et la prise de décision par consensus dans ces mécanismes, comme cela a toujours été fait dans le cadre de l’ASEAN et des entités associées. Nous assistons à des tentatives de division dans les rangs des membres de l’ASEAN avec les mêmes objectifs : abandonner les méthodes de travail basées sur le consensus et alimenter la confrontation dans cette région qui nous est commune à tous.

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Les médias d’État chinois ont souligné les propos de M. Lavrov. Wang a répondu que les relations entre la Chine et la Russie sont devenues « des forces clés de stabilité dans un monde turbulent ». Il a souligné que l’alliance Chine-Russie a fait preuve d’une « forte résilience » sur fond de « profonds changements invisibles en un siècle » dans la politique mondiale.

La rencontre Lavrov-Wang s’est déroulée dans le contexte des troubles en Biélorussie, dont la Russie a accusé les États-Unis. La veille de la réunion à Moscou, un haut responsable législatif russe a ouvertement affirmé que les États-Unis avaient un plan directeur pour créer des tensions politiques en Russie, où des élections régionales doivent avoir lieu le 13 septembre. Les médias sociaux et l’Internet jouent une fois de plus un rôle majeur dans l’orchestration des manifestations en Biélorussie.

Il est intéressant de noter que lors de la réunion avec Lavrov, Wang a également appelé à « une coopération plus poussée entre la Russie et la Chine dans le domaine de la sécurité internationale de l’information, dans un contexte où certains pays politisent les technologies de l’information et la cyber-sécurité et en contiennent d’autres sous prétexte de sauvegarder leur propre sécurité nationale ».

Les remarques de M. Lavrov sur la stratégie indo-pacifique ont coïncidé avec la 53e réunion des ministres des affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et les réunions connexes, y compris la 10e réunion des ministres des affaires étrangères du Sommet de l’Asie de l’Est, à Hanoï, du 8 au 11 septembre. L’ASEAN est confrontée à une pression croissante des États-Unis pour qu’elle se joigne à elle contre la Chine, mais elle a refusé de prendre parti. Le communiqué commun adopté lors de la réunion de Hanoï reflète cette position.

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La semaine dernière, Reuters a cité le ministre indonésien des affaires étrangères, Retno Marsudi, qui déclarait que l’ASEAN devait rester résolument neutre et unie. « Au sein de L’ASEAN, l’Indonésie veut montrer à tous que nous sommes prêts à être un partenaire », a déclaré M. Retno. « Nous ne voulons pas nous laisser piéger par cette rivalité. » La position de l’Indonésie devient importante à un moment où les États-Unis tentent de diviser le consensus de l’ASEAN sur la neutralité en jouant sur les intérêts des différents pays membres.

Les États-Unis espèrent que certains pays de l’ASEAN se trouvent devant un dilemme quant à la manière d’équilibrer les liens pour tirer le meilleur parti des deux grands acteurs, tandis que d’autres pourraient être tentés d’utiliser la rivalité entre les États-Unis et la Chine comme une occasion d’obtenir un avantage économique ou militaire. Cette dernière y a fait allusion lorsqu’elle a déclaré à Reuters : « (L’ASEAN a) une bonne culture, mais nous devons l’entretenir. Nous ne pouvons pas tenir pour acquis que ces valeurs seront éternelles ».

Fait significatif, le Vietnam et l’Indonésie, deux pays influents de l’ASEAN, sont également des partenaires majeurs de la Russie. Les remarques de M. Lavrov peuvent donc être considérées comme signifiant un nouveau niveau d’engagement de la Russie dans la région Asie-Pacifique, tout en renforçant le partenariat avec la Chine, et en allant au-delà d’une simple réponse réflexive aux événements – principalement, la crise actuelle des relations de la Russie avec l’Occident.

Il est intéressant de noter que Moscou souscrit sans équivoque à la description de la « région Asie-Pacifique » et pas au concept d’« Indo-Pacifique », que Lavrov a considéré avec dérision comme un terme politiquement chargé. On peut dire que le terme « Indo-Pacifique » serait quelque peu trompeur, même dans le contexte de la politique russe. La Russie s’intéresse beaucoup plus à l’Asie-Pacifique qu’à l’Océan indien ou au sous-continent indien – compte tenu de son engagement non seulement avec la Chine mais aussi avec le Japon, les deux Corée, les États-Unis – en tant que puissance du Pacifique – et avec la sécurité de l’Extrême-Orient.

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Bien sûr, l’Inde s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, mais dans la perception russe, l’Inde reste un membre surnuméraire de la communauté Asie-Pacifique. Là où la Russie a une différence d’opinion avec l’Inde, c’est dans sa perception de la présence sécuritaire américaine en Asie-Pacifique comme une puissance extra-régionale intrusive et de plus en plus déstabilisatrice.

Fondamentalement, la Russie aborde l’Asie-Pacifique dans une perspective mondiale, alors que la vision de l’Inde se réduit à des préoccupations concernant la montée en puissance de la Chine. Du point de vue russe, l’Asie-Pacifique est un théâtre central de l’ordre mondial au XXIe siècle où d’intenses luttes géopolitiques éclatent, où une bataille d’idées, de normes et d’institutions est déjà en cours. En tant que puissance mondiale renaissante, la Russie est obligée de se positionner sur le devant de la scène dans la région.

En effet, Pékin est bien conscient du changement d’attitude de la région de l’ASEAN envers la Russie au cours des dernières années. Contrairement à l’époque soviétique, aucun pays de l’ASEAN, Philippines comprises, n’a plus tendance à identifier la Russie comme une menace ou un acteur malveillant. D’autre part, les relations de la Russie avec presque tous les États de l’ASEAN sont confortables. Ainsi, une implication plus active de la Russie dans les affaires de l’Asie-Pacifique est une bonne chose pour la Chine.

En termes simples, il convient à Moscou et à Pékin de faire cause commune dans la région Asie-Pacifique alors que leurs relations respectives avec les États-Unis sont si difficiles, et alors que tous deux ont subi une forte pression de la part de ceux-ci. Il ne sera pas surprenant de voir une augmentation des efforts diplomatiques russes dans la période à venir pour étendre ses relations dans la région de l’ASEAN.

M. K. Bhadrakumar

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

mardi, 29 septembre 2020

L’Afrique à la croisée des chemins dans un monde multipolaire

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L’Afrique à la croisée des chemins dans un monde multipolaire

Mikhail Gamandiy-Egorov

Observateur-Continental

Dans une réalité en constante ébullition et à l’heure d’une confrontation géopolitique de plus en plus marquée entre les partisans de la multipolarité et les nostalgiques de l’ère unipolaire, plusieurs régions du monde observent, analysent, et entrevoient les actions à adopter dans le cadre de leurs intérêts. L’Afrique ne fait pas exception.

Selon le quotidien bulgare Douma «pendant que l’Europe coopère avec le continent africain par soi-disant clémence, des pays comme la Chine et l’Inde font preuve de relations d’égal à égal ». Et se pose par la même occasion la question: «quelle approche, occidentale ou orientale, serait plus attractive pour les Africains?».

Ledit média mentionne par ailleurs plusieurs points fortement importants. Notamment que le continent africain, malgré les défis existants et évidents, peut se vanter de perspectives fortement intéressantes, y compris dans le cadre des changements observés sur l’arène internationale. En effet, nombre d’experts estiment que les pays du continent africain sont capables d’une percée économique impressionnante semblable à celle qu’a pu réaliser l’Asie du Sud-Est. La population du continent croît rapidement et la part de la population en âge de travailler est déjà la plus importante au niveau de toutes les régions du monde. Et que dans des conditions favorables, la croissance économique de l’Afrique pourrait dépasser les attentes les plus audacieuses.

Pendant ce temps, le combat pour l’influence géoéconomique, mais également géopolitique, sur le continent si longtemps montré par des clichés au niveau du mainstream médiatique occidental, ne cesse de croître également. Plusieurs raisons peuvent être avancées à cela: les perspectives fortement intéressantes pour les pays africains sur le moyen terme, y compris celles avancées ci-haut, mais également une vision fortement, voire radicalement, différente sur l’avenir du monde entre les partisans de la multipolarité et de l’unipolarité. Les derniers souhaitant imposer via le réseau du système néocolonial préétabli, et s’il le faut par la force, leur agenda aux pays africains. Les partisans de la multipolarité privilégient quant à eux une interaction misant sur le respect de la souveraineté des Etats et des traditions respectives, sans la fameuse mentalité de donner des leçons – tout en pensant pour autant à leurs intérêts de façon logique et pragmatique.

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C’est d’ailleurs le cas de la Chine, premier partenaire économico-commercial du continent africain en tant qu’Etat, qui bien souvent accusée par l’establishment politique et médiatique occidental de pratiquer une conquête agressive en Afrique afin d’imposer sa domination mondiale, en réalité correspond justement à une vision pragmatique des relations internationales. A savoir que Pékin ne force personne de vivre et de penser à sa manière, mais est prêt à se battre dans la pure concurrence dans le cadre de ses intérêts, notamment économiques. L’Inde représente également un cas intéressant. Troisième partenaire économico-commercial de l’Afrique, dont les échanges avec le continent fin 2019 représentaient 65 milliards d’équivalent de dollars.

Bien que l’approche indienne se diffère de l’approche chinoise dans nombre de secteurs et de façon générale, New Delhi met également un fort accent sur le respect de la souveraineté. Pendant ce temps, d’autres acteurs renforcent également leurs positions. La Russie a fait son plein retour en Afrique et poursuit le processus engagé. Ou encore la Turquie, qui a elle aussi connu une forte progression des échanges avec les pays africains au cours des 5-10 dernières années. Faisant le bonheur de nombreux habitants du continent africain souhaitant voir des puissances non-occidentales renforcer les liens avec leurs pays et leur continent. Tout en stimulant la concurrence et donc l’attractivité des conditions offertes par chaque acteur.

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Evidemment, l’Occident ne reste pas les bras croisés. Observant le développement sans précédent des relations entre l’Afrique et les puissances non-occidentales – ayant pour la plupart lancé ouvertement le défi à l’unilatéralisme si désiré par l’élite occidentale, cet Occident tente par tous les moyens de reprendre la main. Que ce soit les Etats-Unis, pour qui l’un des objectifs majeurs officiellement déclaré sur la scène internationale est d’empêcher la poursuite de montée en puissance de la Chine et de la Russie, y compris en Afrique. La France qui bien que maintenant encore son réseau françafricain, voit son influence aller en chute libre au niveau de la société civile africaine, surtout appartenant aux pays d’Afrique francophone. Le Royaume-Uni tente de maintenir sa propre influence au niveau des pays anglophones du continent, là aussi bien souvent sans le succès recherché. L’Allemagne quant à elle essaie de se frayer son propre chemin.

Mais le plus important probablement à dire dans ce paradigme de lutte géopolitique et géoéconomique, c’est que l’Afrique doit comprendre qu’elle fait désormais partie intégrante du monde multipolaire. Et qu’elle possède, à terme, tous les moyens pour s’imposer comme un bloc majeur d’influence dans cette réalité relativement récente. C’est n’est évidemment pas ce que l’Occident souhaitait pour l’Afrique. Pas plus que pour les autres blocs du monde, qu’ils soient d’Eurasie ou d’Amérique latine. Mais l’histoire mondiale suit son cours. Les événements contemporains aussi. Et en ce sens la minorité occidentale devra l’accepter. Plus particulièrement les élites occidentales et pas tant les peuples qui pour nombre d’entre eux approuvent le concept multipolaire.

Lorsque cette réalité sera acquise pour une large part des pays africains, il sera également important à bâtir une véritable unité africaine, tellement voulue et rêvée par les grands leaders du continent: de Lumumba à Sankara, de Mandela à Kadhafi et par beaucoup d’autres grands noms. Tout en s’organisant à bâtir une capacité réelle de défense commune de la souveraineté – car si aujourd’hui nombre de pays africains ont cette capacité, ce n’est pas malheureusement pas le cas de tout le monde. Et dans le cadre de cette véritable souveraineté et d’appartenance de plein droit au monde multipolaire en qualité de bloc puissant, les nations africaines sauront choisir les partenaires stratégiques externes au continent dans l’objectif d’une coopération qui saura tenir compte des intérêts de chaque partie impliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Observateur-Continental

samedi, 26 septembre 2020

The International North-South Transport Corridor: Shifting Gears in Eurasian Connectivity

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The International North-South Transport Corridor: Shifting Gears in Eurasian Connectivity

 

By

Ex: https://moderndiplomacy.eu

As the centre of gravity of the global power play tilts towards its economic underlining,

issues like trade, connectivity and infrastructure have come to warrant greater significance in foreign policies. This holds particularly true in Central Asia where the need for investment coupled with its strategic geographical stretch has drawn increasing attention towards the potential of transport corridors as catalysts of economic integration and connectivity. While China’s colossal Belt and Road Initiative (BRI) has been at the centre of global attention, India, Iran and Russia have mapped out their own plans for a transcontinental transport corridor. The International North-South Transport Corridor (INSTC) is a landmark initiative for Eurasian connectivity. Twice as short as the traditional trade route between India and Russia, the corridor augments economic cooperation and gives sea access to land-locked member states in Central Asia. This paper seeks to advance an understanding of the development of the INSTC and examine its significance in the Asian transportation grid. In doing so, it analyses the geopolitical dynamics that underlie the project’s agenda, examines it in the context of the BRI, explores the stumbling blocks in its developments and comments on its future prospects while highlighting some recommended policy changes.

Bridging the Connectivity Gap

The International North-South Transport Corridor is a 7200 km-long multimodal transportation network that links the Indian Ocean to the Caspian Sea via the Persian Gulf onwards into Russia and Northern Europe. Launched as a joint initiative by India, Iran and Russia in 2000 and ratified by the three in 2002, the corridor has now expanded to include eleven more members, namely, Azerbaijan, Armenia, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Turkey, Ukraine, Syria, Belarus, Oman and Bulgaria (observer status). The 2000 agreement was set in motion with the objectives of simplifying and developing transportation services, enhancing access to global markets and coordinating transit policies while also ameliorating route security. India’s accession to the Shanghai Cooperation Organisation (SCO) in 2017 and the Ashgabat Agreement in 2018 have only increased these connectivity prospects.

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Figure 1: The INSTC route and the standard Suez route. Credit: Wikimedia Commons

Although the original agreement envisaged connecting India and Iran to Central Asia and Russia, the potential of the corridor to gradually envelop the Baltic, Nordic and even the Arctic regions is no longer far-fetched. The first or the central branch of the corridor of the INSTC begins from the Mumbai port in the Indian Ocean Region and connects to the Bandar Abbas and Chabahar ports on the Strait of Hormuz and then passing through the Iranian territory via Nowshahr, Amirabad and Bandar-e-Anzali, runs by the Caspian Sea to reach the Olya and Astrakhan Ports in Russia. The second or the western branch connects the railway network of Azerbaijan to that of Iran via the cross-border nodal points of Astara (Azerbaijan) and Astara (Iran) and further to India via sea route. The third or the eastern branch of the corridor connects Russia to India through the Central Asian countries of Kazakhstan, Uzbekistan and Turkmenistan. Notably, the INSTC is multimodal in nature, encompassing sea, road and rail routes in its network to offer the shortest route of connectivity for Eurasian cargo transport. Bereft of the INSTC, cargo between India and Russia moves either through the Netherlands’ port of Rotterdam or China’s Qingdao port which takes over 50 days for transit. The INSTC in its completion cuts this transit time down to about 16-21 days. It also offers a considerably shorter route than the Suez Canal transit passage which, besides being overloaded, is also much more expensive than the former. This was made apparent by the dry run conducted by the Federation of Freight Forwarders’ Association of India (FFFAI) in 2014 with the objective of discerning structural problems and missing links in the corridor. The study demonstrated that the INSTC was 30 percent cheaper and 40 percent shorter than the traditional Suez route, slashing the transit time to an average of 23 days for Europe-bound shipments from the 45-60 days taken by the latter. Although the study identified streamlining and coordination with allied agencies as some of the pitfalls, it ascertained that the corridor did not pose infrastructural or security hurdles in the maiden dry run. The second dry run, reportedly conducted in 2017, generated a similar sense of optimism.[1]

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With an estimated capacity of 20-30 million tons of goods per year, the corridor facilitates transit and bolsters trade connectivity. But besides the more obvious benefits of increased trade, the time and cost savings coupled with access to new markets also translate into increased competitiveness in exports. This holds particularly true for the INSTC because unlike the BRI, the INSTC nations have a level-playing field, allowing for benefits to be distributed more evenly. For India, the corridor also augments its ‘Make in India’ initiative. Access to nations of the Eurasian Economic Union alone can offer it a market of 173 million people. Additionally, the corridor facilitates free trade agreements, opens new opportunities to engage with more regional trading blocs and in harmonising policies while bringing about a more uniform legal climate and enhances regional stability. 

Geopolitical Geometries

The INSTC acts as a gateway for India to reconnect with the resource-rich nations of Central Asia and Eurasia. It makes for one of the most salient aspects of India’s Connect Central Asia policy which was initiated by Indian policy markers in 2012 in a bid to revamp its ties with Central Asia. In a way, the INSTC serves the more proactive stance that the Indian foreign policy has come to adopt in recent years. For a long time, India’s westward connectivity had been disrupted by its contentious relations with Pakistan. In providing a direct link to the Iranian ports of Chabahar and Bandar Abbas, the INSTC allows the nation to bypass the Pakistan hurdle. Furthermore, it presents India with an opportunity to re-engage with Russia which, in the light of India’s increasingly cordial relations with the United States, has been advancing its relations with Pakistan. In 2018, bilateral trade between India and Russia stood at USD $8.2 billion, a dismal amount compared to the envisaged target of US $30 billion in bilateral trade by 2025. The need to re-energize trade coupled with the lack of a coterminous border renders the INSTC imperative for the two.

The INSTC also makes way for India to offset growing Chinese presence in the region. The partly Indian-built port of Chabahar in Iran is not only central to India’s connectivity to Central Asia but also holds significant strategic importance. Located just 72 kilometres west of the Pakistani port of Gwadar which has been developed under the BRI, Chabahar allows India to counter the Chinese strategic foothold in the Indian Ocean Region. The port is also pivotal for land-locked Afghanistan to unlock its trade potential and reduce its dependence on Islamabad. In this context, it is worthwhile to note that, positioned at the crossroads of the North-South and East-West transit corridors, Iran is the lynchpin to the success of the INSTC. Isolation of Iran in the wake of the U.S. sanctions then can inevitably put the actualisation of the INSTC in jeopardy. However, the signing of an MoU between the state-backed Container Corporation of India (Concor) and Russian Railways Logistics Joint Stock Company (RZD) in 2020 to transport cargo via the INSTC despite the threat of U.S. sanctions indicates a promising outlook for the full operationalisation of the corridor.

The geopolitical geometries of the INSTC are complicated not only by tangled relations with extra-regional players but also amongst the members themselves. Azerbaijan’s accession to the INSTC in 2005 spurred the corridor’s spread in the Caucasus and heralded the bridging of missing links like the Qazvin-Rasht-Astara railway line. Anticipating up to seven million tons of cargo transit through its territory in the medium term, Azerbaijan has agreed to finance $500 million for the project. But besides the economic benefits, the corridor also makes for a geopolitical asset for Azerbaijan in offering an opportunity to further isolate Armenia with which the country shares adversarial relations. The INSTC undermines Armenia’s own underfunded regional railroad initiative by providing more suitable economic dividends and linking Iran with Turkey via Georgia’s Black Sea Ports while bypassing those of Armenia with the Baku-Tbilisi-Kars route. Notably, for Armenia, the completion of the Armenia-Iran Railway Concession Project would bring colossal direct benefits for its economy by allowing it to avoid the Turkey and Azerbaijan blockade. However, given the paucity of funds, the Armenian project has remained only on paper. Another case in point is the possibility of friction in Russia-Iran relations in the future if a sanctions-free Iran makes headway in becoming an energy hub and gaining larger shares in the oil and gas markets of Europe which has been striving to reduce its dependence on Russian gas. Moreover, realities of the INSTC’s geopolitical geometries may complicate even further if the corridor expands to include countries from the Baltic and Nordic regions along with other interested states like Japan under its ambit. Nevertheless, given that the main argumentation behind the corridor is to reap commercial benefits, it is unlikely for the geopolitical rationale to override economic reasoning.

The INSTC and BRI: A Harmonious Grid?

The INSTC and China’s BRI are both colossal multi-modal undertakings which enhance economic connectivity and promote infrastructural growth. However, conceived almost a decade before the launch of the BRI,  the INSTC is a much older project. Unlike the BRI where China plays the role of the foreman, it follows a much more multilateral approach with multiple stakeholders participating on a level playing field. INSTC proposals are also devoid of ‘debt-trap’ fears which have often plagued the appeal of the BRI. While this makes the INSTC much more transparent and reliable and thereby increases its tenability in the long run, it also implies more constraints in its development process. The shortage of funds for constructing missing links in the corridor is one such example. As the helmsman of the BRI, China is not only willing to invest large sums into the project but is also willing to risk markedly low returns on its long-term investments. This, however, points to the concern that the entire project is a decisive strategic manoeuvre. For India, this holds particularly true for the CPEC stretch on the BRI whose Gwadar port is seen as a catalyst for China to gain a strategic foothold in the Indian Ocean Region. China’s bid to extend ties into Afghanistan and Iran have stirred these tensions further. Nonetheless, it is important to note that Iran’s growing ties with China need not necessarily come at the cost of India-Iran relations. Besides, the North-South axis of the INSTC can, in fact, complement the East-West axis of the BRI to make for a more cohesive transport grid in Eurasia. Although the INSTC and China’s BRI initiative are often pitted against each other, it must be understood that the two are not entirely incompatible with each other.

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Bottlenecks and Constraints

Progress on the INSTC has taken place in fits and starts. Following the progress made in the first few years of its inception, development on the corridor slowed down from 2005 to 2012. Progress picked up the pace again after the sixth meeting of the INSTC members in 2012 and the project has been gradually gaining momentum since. Coincidently, this was the same year in which India launched its ‘Connect Central Asia’ initiative. One reason behind the sluggish pace of progress was the imposition of sanctions on Iran which isolated it on the global stage. The other major stumbling block has been the lack of financial backing. None of the three main participants has pockets deep enough to ensure unwavering funds for a project of this scale. Different stakeholders are funding different sub-projects creating structural and technical problems for the corridor owing to its disjointed nature. One such problem is the break of gauge issue. The standard railway gauge used by Iran, a central transit hub, is different from the broad gauge used by Russia and the Central Asian nations. For instance, the Rasht-Astara rail link requires a change of gauge from the standard one as the line crosses from Iran into Azerbaijan. This necessitates the need for more change of gauge facilities. The presence of multiple stakeholders creates other problems like customs control and documentation issues, lack of harmony in transportation laws and improper insurance coverage.[2] Moreover, the project still lacks an information exchange platform. This points to the absence of adequate digitalisation and private sector participation in the INSTC. Although the corridor has garnered interest from some companies like Deutsche Bahn, private sector involvement in the corridor has largely remained dormant owing to their concerns for steady returns on investment and security fears. The corridor passes through regions with critical security risks — be it instability in the conflict-ridden Caucasus, extremism in Afghanistan, domestic discord or forms of transnational organised crime like drug trafficking. This puts the security of cargo transit into question and few companies are willing to gamble with this risk, putting the project’s economic viability in jeopardy.

The Path to the Future

While the North-South Corridor holds immense potential, its full realisation is contingent on the resolution of the bottlenecks and constraints impeding its progress. Addressing these challenges requires closer cooperation with government agencies and private enterprises at both regional and international levels. First, it is imperative to understand that the main selling point of the corridor is commercial gain from increased connectivity. To this end, the INSTC members must avail and make practical and effective use of its complementarity with the existing grid of transnational corridors in Eurasia owing to the North-South axis that the corridor operates on. Synergy with other corridors will allow the INSTC to create additional positive economic spill-overs. Synchronisation with corridors of the Trans-European Transport Network such as the North-Sea Baltic corridor, with organisations like the Black Sea Economic Cooperation (BSEC) and other nations like Japan, Myanmar and Thailand can significantly enhance the outreach of the project. Second, the INSTC members must incorporate new digital technologies, launch a web portal for information exchange and build digital nodes along the corridor to turn it into a fully integrated networking system. One way of achieving this is to have India, with its robust IT sector, take the lead in the digitalisation of the corridor. The other is to push for greater participation from the private sector which is significantly more efficient in advanced technologies.[3] Third, infrastructural and technical issues must be resolved. Integration of logistics assets, provision of visa facilities, ease of gradients, aggregation of cargo bound in the return direction and increasing availability of change of gauge facilities are some steps in this direction. Fourth, it is equally important to work towards greater harmonisation of policies. This necessitates the creation of high-level working groups and adept integration of policies and laws. It is, however, important to ensure that changes introduced in the direction of legal harmonisation must not be integrated with local laws unexpectedly in a trice but rather in a step-by-step manner to ascertain a smooth transition. Only once these steps are undertaken and the existing bottlenecks removed, can the INSTC members expand the ambit of the project to include new domains like smart energy, blockchain technology, pipeline connectivity, and consider the prospects of extending the corridor to areas like North Africa and the Arctic region.

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Conclusion

The International North-South Transport Corridor was initiated based on the vision of India, Russia and Iran to enhance strategic partnership and economic cooperation by augmenting connectivity through Central Asia. Although the initial progress was slow, the project has expanded dramatically to potentially increase its reach up to Northern Europe. Extending its geographical stretch to such an extent and tapping into its vast potential, however, is bound to be a time taking process. Questions over sanctions on Iran and Russia, the mustering of adequate economic wherewithal and lack of private participation still linger. Nonetheless, it would be unwise to judge the corridor’s capacity to deliver before it becomes fully operationalised. Given that development on the corridor is still underway, it can be easily modified to overcome structural problems. Cargo exchange and private participation are also bound to drum up further as Asia slowly develops into a larger consumer market itself. While this presents a positive outlook for the corridor’s future, its actualisation rests on the ability of the member states to maintain sustained efforts.


[1] Hriday Ch. Sharma, “Turning the International North-South Corridor into a ‘Digital Corridor’”, Comparative Politics Russia, 4 (2018), 125, 10.24411/2221-3279-2018-10008.

[2] “INSTC Conference-India 2015”, 87-94.

[3] Hriday Sharma, “Turning the International North-South Corridor into a ‘Digital Corridor’”, 124-138

mercredi, 09 septembre 2020

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China - deel 2 & deel 3

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Время Говорить:

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China - deel 2 & deel 3

Deel 1:

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2020/09/01/kris-roman-ontmoet-dr-koenraad-elst-over-indie-china.html

 
 
Deel 2 In het praatprogramma Время Говорить ('Tijd om te Spreken') ontvangt Kris Roman speciale gasten die hun bevindingen en kennis over actuele thema's aan het grote publiek verduidelijken.
 
In deze aflevering, opgenomen op 17-08-2020, is Dr. Koenraad Elst te gast. Recent (zomer 2020) vonden er dodelijke schermutselingen plaats tussen Indiaase en Chinese grenswachten plaats.
 
Dr. Koenraad Elst zal ons verduidelijken wat er aan de hand is. De veelheid aan informatie die Dr. Koenraad Elst meegaf verplicht ons het interview in drie delen te publiceren.
 
Dr. Koenraad Elst is Dokter in de Oosterse filologie en geschiedenis, Licentiaat in de wijsbegeerte, Indo-Iranistiek en Sinologie.
 
 
Deel 3:
 

mercredi, 02 septembre 2020

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China

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Время Говорить

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China

Nederlandse versie

 
In het praatprogramma Время Говорить ('Tijd om te Spreken') ontvangt Kris Roman speciale gasten die hun bevindingen en kennis over actuele thema's aan het grote publiek verduidelijken. In deze aflevering, opgenomen op 17-08-2020, is Dr. Koenraad Elst te gast. Recent (zomer 2020) vonden er dodelijke schermutselingen plaats tussen Indiaase en Chinese grenswachten plaats. Dr. Koenraad Elst zal ons verduidelijken wat er aan de hand is. De veelheid aan informatie die Dr. Koenraad Elst meegaf verplicht ons het interview in drie delen te publiceren.
 
Dr. Koenraad Elst is Dokter in de Oosterse filologie en geschiednis, Lycentiaat in de wijsbegeerte, Indo-Iranistiek en Sinologie.
 

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vendredi, 28 août 2020

Une alliance militaire Inde-Vietnam contre l’alliance sino-pakistanaise?

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Une alliance militaire Inde-Vietnam contre l’alliance sino-pakistanaise?

Observateur-Continental

Les actions chinoises en mer de Chine méridionale ont rapproché Hanoï  et New Delhi dans un partenariat d’experts comparable à l’alliance Pékin-Islamabad. «L’Inde cherche à faire à la Chine ce que la Chine a fait à l’Inde: c’est-à-dire le confinement et l’encerclement», déclare un analyste. 

Observateur Continental reprend un point principal du South China Morning Post du 27 août soulignant  l’alliance militaire Inde-Vietnam contre la Chine.

Lorsque la marine chinoise a effectué des exercices presque simultanément dans quatre régions maritimes cette semaine, beaucoup ont été impressionnés par la démonstration de force, mais peu ont remis en question le public visé. Les experts étaient presque unanimes à considérer les exercices  dans la mer de Chine méridionale, la mer de Chine orientale, le nord de la mer Jaune et le golfe de Bohai, comme la réponse de Pékin à ce qu’il considère comme une belligérance accrue des Etats-Unis. Washington a récemment envoyé des porte-avions en mer de Chine méridionale, fait passer un destroyer dans le détroit de Taïwan, fait voler des avions de reconnaissance et des bombardiers B-1B au-dessus de la région et s’est rangé du côté des pays d’Asie du Sud-Est dans leurs différends territoriaux avec la Chine. 

Comme l’a dit Josef Gregory Mahoney, professeur de politique à l’université normale de Chine orientale de Shanghai: «La Chine est confrontée à un risque croissant que le président Donald Trump déclenche un incident dans la mer de Chine méridionale, impliquant peut-être Taïwan». Les exercices de la Chine ont envoyé en réponse  un message clair, alors que la Chine ne veut pas de guerre avec les  Etats-Unis. Si une guerre arrive, elle est prête et capable de se battre  et sur plusieurs fronts si nécessaire. 

Mais si le public visé était peut-être celui de Washington, la démonstration de force a également eu un effet sur les nations beaucoup plus proches de chez elles, explique le South China Morning Post. En particulier, selon les analystes, cela a encouragé le développement d’un partenariat militaire entre le Vietnam et l’Inde, un partenariat que de nombreux experts considèrent comme visant à contrer la Chine de la même manière que l’alliance sino-pakistanaise est considérée comme contrant l’Inde. 

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Le Vietnam a été irrité par les images satellite montrant que la Chine a récemment déployé au moins un bombardier porteur de missiles H-6J sur l’île Woody, l’une des îles des Paracels contestées dans la mer de Chine méridionale. Ces images ont incité le ministère vietnamien des Affaires étrangères à avertir la semaine dernière que la présence des bombardiers sur l’île – connue sous le nom de Yongxing en Chine et de Phu Lam au Vietnam – violait non seulement la souveraineté vietnamienne mais «mettait en péril la paix» dans la région. On pense que les images étaient en bonne place à l’ordre du jour lorsque l’ambassadeur du Vietnam Pham Sanh Chau a rencontré vendredi dernier le secrétaire aux Affaires étrangères indien Harsh Vardhan Shringla pour l’informer de l’escalade des tensions dans la mer de Chine méridionale. Ils auraient également participé mardi à des discussions lors d’une réunion virtuelle entre le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, et son homologue vietnamien Pham Binh Minh.

Carlyle Thayer, professeur émérite de l’université de Nouvelle-Galles du Sud à l’Australian Defence Force Academy, a déclaré que ce n’était pas la première fois que la Chine déployait des bombardiers sur les  îles Paracels.  Elle y avait envoyé plusieurs bombardiers à longue portée H-6K en 2018. Cependant, l’ouverture du Vietnam à propos de la réunion de l’ambassadeur était significative. «Etant donné que [cette fois] le Vietnam a rendu public sa position envers l’Inde, il est probable que le Vietnam s’engage dans un exercice diplomatique pour dénoncer les actions de la Chine dans le but d’obtenir un soutien politique», a déclaré Thayer. En tendant la main à l’Inde, le Vietnam a présenté non seulement un partenariat stratégique global entre les deux pays, mais a également montré son soutien continu à la liberté de navigation et de survol de l’Inde dans la mer de Chine méridionale, a déclaré le professeur de relations internationales Huynh Tam Sang de l’université des affaires sociales de l’université nationale du Vietnam à Ho Chi Minh Ville. «L’Inde et le Vietnam se trouvent maintenant à une convergence géostratégique. Les deux parties s’opposent à ce que la Chine traite la mer de Chine méridionale comme son arrière-cour et ont intérêt à préserver la paix et la stabilité dans les eaux contestées», a déclaré Huynh. «Tout comme Islamabad et Pékin coordonnent et soutiennent étroitement leurs actions militaires contre l’Inde, New Delhi et Hanoï ont maintenant commencé à s’informer et à se soutenir mutuellement vis-à-vis de Pékin. «Tout comme le Pakistan favorise une forte présence navale chinoise dans l’océan Indien, le Vietnam favorise une présence navale indienne dans la mer de Chine méridionale», a déclaré Mohan Malik, chercheur du NESA Center for Strategic Studies (un centre régional du département américain de la Défense).

Le Vietnam continuerait ainsi de renforcer ses liens avec l’Inde pour répondre aux préoccupations communes concernant l’assertivité croissante de la Chine dans l’Indo-Pacifique, a déclaré Derek Grossman, analyste principal de la défense à la Rand Corporation, un groupe de réflexion de Washington. «Cela impliquera probablement le partage d’informations, la formation militaire et peut-être l’achat d’armes», a déclaré Grossman, ajoutant que «les armées des deux pays étaient très complémentaires car elles dépendaient toutes deux en grande partie de l’équipement soviétique ou russe».

 Olivier Renault

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n’engagent que la responsabilité des auteurs

Observateur-Continental

jeudi, 27 août 2020

Hinduism and the Culture Wars

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Hinduism and the Culture Wars

Koenraad Elst

#IndicTalks

 
 
In this introduction of his brilliant new book, Koenraad Elst talks about 'Hinduism and the Culture Wars'. Culture Wars are a common phenomenon in the West, where tradition represented often by the religious orthodoxy and the old establishment resists every new change that is being brought about in the society, even the necessary changes. The Old Guard, guided by religion, in this context, acts as the automatic resistance to anything new. That is the reason that Evolution and Abortion are still raging debates in the West, even in countries like the United States of America. This is because, the Prophetic Monotheism prevalent in the West and most of the world except India and China, resists change and ossifies time.
 
On the other hand is a pagan and polytheistic culture like Hinduism, where culture wars are hardly seen. Hindu society accepts necessary change because its guiding dharmic system of Sanatana Dharma has inbuilt mechanisms of social change. It keeps incorporating progressive ideas and necessary changes along with conserving the core civilizational beliefs. Listen to this brilliant Talk to know how unique India's dharmic way of life is and how it takes the middle path between tradition and change.
 
 
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Ram Swarup And Sita Ram Goel: Their Importance For Hindu Thought

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Ram Swarup And Sita Ram Goel: Their Importance For Hindu Thought

Koenraad Elst 

Voice Of India

 
Shri Ram Swarup and Shri Sita Ram Goel always emphasized that the religion is the problem, not its followers. To talk about Muslims without implying Islam, is irrelevant. The essence of Islam is simply what is laid out in the Qur’an and the Hadith, i.e. Mohammed’s beliefs and conduct. Shri Ram Swarup and Shri Sita Ram Goel will be remembered by Hindus in India and around the world for a long time. For most of the last half of the twentieth century, they produced hundreds of books, articles and pamphlets praising the glories of Hinduism while warning of its most malicious foes.
 
 
About Speaker:
- Dr. Koenraad Elst was born in Leuven, Belgium, on 7 August 1959, into a Flemish (i.e. Dutch-speaking Belgian) Catholic family. He graduated in Philosophy, Chinese Studies and Indo-Iranian Studies at the Catholic University of Leuven. During a stay at the Benares Hindu University, he discovered India's communal problem and wrote his first book about the budding Ayodhya conflict. While establishing himself as a columnist for a number of Belgian and Indian papers, he frequently returned to India to study various aspects of its ethno-religio-political configuration and interview Hindu and other leaders and thinkers. His research on the ideological development of Hindu revivalism earned him his Ph.D. in Leuven in 1998. He has also published about multiculturalism, language policy issues, ancient Chinese history and philosophy, comparative religion, and the Aryan invasion debate.
 

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dimanche, 21 juin 2020

La cause des tensions entre la Chine et l’Inde

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La cause des tensions entre la Chine et l’Inde

 
 
Auteur : Zamir Awan 
Ex: http://www.zejournal.mobi

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying, a déclaré : Un « consensus positif » sur la résolution de la dernière question frontalière a été obtenu à la suite d’une « communication efficace » par les canaux diplomatiques et militaires. New Delhi a déclaré que les deux pays avaient convenu de « résoudre pacifiquement » la flambée de violence à la frontière après une réunion de haut niveau entre les commandants de l’armée. Le Premier ministre indien Narendra Modi et le leader chinois Xi Jinping avaient cherché à apaiser les tensions lors des sommets de ces deux dernières années lorsqu’ils ont convenu de renforcer les communications frontalières entre leurs armées.

Les tensions entre les deux puissances régionales s’exacerbent assez régulièrement à propos de leur frontière de 3 500 kilomètres, qui n’a jamais été correctement délimitée. Des milliers de soldats des deux voisins dotés de l’arme nucléaire ont été impliqués dans le dernier affrontement depuis mai dans la région indienne du Ladakh, à la frontière du Tibet – avant que des signes ne montrent ces derniers jours qu’une résolution était en vue.

La question s’est posée récemment lorsque l’Inde a renforcé unilatéralement sa position dans le territoire contesté du Ladakh, que l’Inde a inclus dans son territoire d’union le 5 août 2019. En revanche, il s’agissait d’un territoire contesté reconnu, et les deux pays avaient une revendication sur la région. L’Inde s’est introduite illégalement et a construit des installations de défense de l’autre côté de la frontière, en territoire chinois, dans la région de la vallée de Galwan, ne laissant aux troupes frontalières chinoises d’autre choix que de prendre les mesures nécessaires en réponse. L’Inde veut construire une base aérienne dans le territoire contesté. Il convient de mentionner que, dans le cadre d’un accord de défense, entre les États-Unis et l’Inde, les deux pays peuvent avoir accès aux bases militaires de l’autre et ont le droit de les utiliser en cas de situation de guerre. L’utilisation par les Américains de la base aérienne du Ladakh contre la Chine constitue une menace directe pour celle-ci. C’était la préoccupation immédiate de la partie chinoise et elle n’avait pas la possibilité d’arrêter les travaux de construction sur le territoire contesté.

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En Inde, l’accent a été mis sur la route Durbuk- Shyok-Daulet Beg Oldi (DSBDBO) le long du fleuve Galwan – qui est plus ou moins parallèle à la LAC (Line of Actual Control) et améliore l’accès de l’Inde à la route Karakoram – comme point de départ possible de la dernière flambée entre la Chine et l’Inde. L’Inde a l’intention de couper la liaison terrestre entre la Chine et le Pakistan pour nuire au CPEC (Corridor économique Chine-Pakistan). C’est pourquoi l’Inde a fortifié son infrastructure à proximité du Khunjrab-Pass, reliant la Chine et le Pakistan.

Cependant, la Chine reste beaucoup plus préoccupée par la nouvelle section de 80 kilomètres de Dharchula à Lipulekh (la porte de Kailash-Mansarovar, un site de pèlerinage hindou au Tibet), achevée le 17 avril et inaugurée le 8 mai par le ministre indien de la défense Rajnath Singh. Cela a peut-être conduit Pékin à revoir la situation aux frontières entre la Chine et l’Inde.

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Selon l’évaluation chinoise, l’activité de construction de l’Inde dans les zones contestées avec le Népal a affecté la sécurité de la frontière chinoise au Tibet. En construisant le tronçon de 80 km (76 km ont été achevés récemment, et les 4 derniers kilomètres de la route menant au col de Lipulekh devraient être terminés d’ici la fin de l’année), l’Inde a déplacé sa frontière avec la Chine, obtenant un accès direct à la route en béton du comté de Purang au Tibet. Elle a ainsi modifié le statu quo dans la région. La Chine dispose déjà de routes de défense de la frontière dans le comté de Purang, à la frontière centrale, et dans le comté de Cona, à la frontière sud avec l’Inde, et un aéroport chinois à Purang devrait être achevé en 2021. Malgré son état de préparation de son côté de la frontière, la Chine craint que l’Inde ne dispose encore d’une grande marge de manœuvre, utilisant l’avantage géographique du Népal pour contester la position dominante de la Chine dans la région.

En fait, l’Inde a des différends avec tous ses voisins comme la Chine, le Népal, le Pakistan, le Bangladesh, le Myanmar, la Srilanka et les Maldives. La théorie expansionniste indienne de la « grande Inde » est la cause de réels problèmes. Dans le passé, l’Inde a occupé certains de ses États souverains indépendants voisins comme le Sikkim, le Nagaland, le Jammu & Cachemire, Hyderabad, Juna Garh, etc. L’Inde a un passé d’agression et de coercition contre ses petits voisins. L’Inde a un passé d’agression et de coercition contre ses petits voisins. Mais elle pourrait être confrontée à des difficultés avec la Chine. La leçon apprise lors de la guerre de 1962, les Indiens ne devraient pas avoir à développer une inimitié avec la Chine.

Historiquement, les conflits frontaliers existent depuis 1947, lorsque l’Inde a obtenu son indépendance de la domination britannique. C’était l’époque de la révolution chinoise, lorsqu’un gouvernement faible, corrompu et naïf du Parti nationaliste (Guo Ming Dang) était au pouvoir à Pékin, et que le Parti communiste chinois, dirigé par le président Mao, était trop engagé dans la lutte pour le pouvoir. Le gouvernement chinois de l’époque n’était ni fort, ni stable, ni visionnaire et luttait pour sa propre survie. Ils étaient moins préoccupés par leurs frontières internationales, alors qu’ils se concentraient sur leur emprise sur la ville de Pékin uniquement, en tant que symbole de leur gouvernement. La démarcation de la frontière par les Britanniques était injuste et unilatérale. Des territoires chinois ont été marqués pour être contrôlés par l’Inde et vis-à-vis de celle-ci. La République populaire de Chine a été créée en 1949. Depuis lors, la Chine réclamait une frontière rationnelle, mais l’Inde refusait et tardait à résoudre les différends frontaliers.

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Il convient de comprendre l’importance du Tibet, qui est une région d’Asie de l’Est couvrant le plateau tibétain sur environ 2,5 millions de km², avec une altitude moyenne de 4000 à 5000 mètres au-dessus de la mer. C’est la principale source d’eau pour la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Népal, le Myanmar, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Plusieurs grands fleuves prennent leur source sur le plateau tibétain. Il s’agit notamment du Yangtsé, du fleuve Jaune, du fleuve Indus, du Mékong, du Gange, du Salween et du Yarlung Tsangpo (fleuve Brahmapoutre). Ceux qui gouvernent le Tibet, contrôlent l’eau. Le Grand Canyon du Yarlung Tsangpo, qui longe le fleuve Yarlung Tsangpo, est l’un des canyons les plus profonds et les plus longs du monde. Le Tibet est l’une des plus anciennes civilisations, avec sa culture et ses traditions uniques. L’Inde a parrainé le gouvernement tibétain en exil dirigé par le Dalaï Lama, basé à New Delhi, ce qui est une cause permanente de tension entre la Chine et l’Inde. Des documents classifiés de la CIA ont révélé que la CIA a aidé l’Inde à mettre en place le gouvernement tibétain en exil et a utilisé les fonds qu’elle lui a versés jusqu’à présent.

Depuis presque deux décennies, les relations croissantes entre les États-Unis et l’Inde n’ont pas non plus été considérées en faveur de la Chine. Les États-Unis soutenaient l’Inde politiquement et diplomatiquement pour qu’elle rejoigne le Conseil de sécurité des Nations unies, le NSG et d’autres plateformes internationales pour contrer la Chine. Les États-Unis ont généreusement accordé une assistance économique et militaire à l’Inde, afin de renforcer l’Inde pour contenir la Chine. La coopération entre les États-Unis et l’Inde dans les domaines de l’éducation, de la science et de la technologie, de la haute technologie et des technologies de pointe, notamment en matière de défense, soulève de nombreuses questions. L’Inde est devenue un « partenaire majeur en matière de défense » avec les États-Unis. L’Inde est un membre actif du Traité Indo-Pacifique avec le Japon, l’Australie et les Etats-Unis. L’Inde s’oppose ouvertement à l’initiative « Nouvelle route de la soie » (BRI), qui est incluse dans la Constitution chinoise et qui est une méga initiative du gouvernement chinois. Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui est un projet phare de la BRI, Inde, est engagé dans le sabotage et l’endommagement de celui-ci. L’Inde s’oppose à la Chine sur tous les sujets dans les plateformes internationales. L’inclinaison excessive de l’Inde vers les États-Unis est également alarmante pour la Chine. L’Inde est devenue le plus grand bénéficiaire de l’aide américaine après l’État d’Israël. Les États-Unis n’offriront pas un « déjeuner gratuit » à l’Inde, mais chargeront plutôt l’Inde de « contrer la Chine », « contenir la Chine » et « résister à l’ascension de la Chine ».

La géopolitique actuelle, en particulier la rivalité entre les États-Unis et la Chine, pourrait alimenter la tension sino-indienne. Il est possible que les États-Unis utilisent cette région comme un champ de bataille contre la Chine. Des astrologues prédisent également une guerre dans cette région. La région est plutôt instable et mène en danger de conflits. Il ne s’agira peut-être pas d’une simple guerre entre la Chine et l’Inde, mais elle pourrait englober toute la région et les puissances mondiales, y compris la Russie et les États-Unis. Elle pourrait même s’étendre à l’océan Indien et à l’océan Pacifique. Ce ne sera pas une simple guerre conventionnelle, mais une guerre de haute technologie, incluant la cyber-guerre, la guerre électronique, la technologie spatiale et l’intelligence artificielle. Toutes les armes mortelles seront utilisées, en particulier la Chine, l’Inde et le Pakistan, qui sont tous des États nucléaires et possèdent suffisamment d’armes pour s’autodétruire complètement. Les extrémistes ont détourné le gouvernement indien et s’orientent visiblement vers une rivalité avec tous ses voisins.

Il convient de mentionner que la Chine compte 1,4 milliard d’habitants, l’Inde 1,3 milliard, le Pakistan 220 millions, le Bangladesh 165 millions, et que la population totale de cette région représente presque la moitié de la population du monde entier. Toute mésaventure peut menacer la moitié du monde. La communauté internationale peut en prendre sérieusement note et intervenir pour éviter toute catastrophe. Nous devons réfléchir, non pas une ou deux fois, mais plusieurs fois !

Traduction:  Aube Digitale

lundi, 18 mai 2020

Hindu Nationalist’s Historical Links to Nazism and Fascism

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Hindu Nationalist’s Historical Links to Nazism and Fascism

India, the world’s largest democracy, is in the midst of state-level legislative elections that may serve as a proxy for the popularity of the ruling Indian Congress Party and the likelihood of fourth-generation scion Rahul Gandhi becoming the next prime minister.

The Congress Party, whose history stretches back to the pre-independence days of Mahatma Gandhi and Jawaharlal Nehru, has dominated Indian politics for the past six decades.

Congress frequently finds itself at odds with India’s second political party, the Bharatiya Janata Party, the home of right-wing, conservative Indian nationalists.

Roughly speaking, Congress may be considered India’s “Labour Party” and BJP its “Conservative Party” (or, in American terms, Congress are the “Democrats” and BJP are the “Republicans” of India).

The BJP has a very interesting history --- officially formed in 1980, its history can be traced much further back to the pre-1947 era when Hindu nationalists not only demanded an independent India, but one completely dominated by Hindus.

The current BJP is the successor of the Bharatiya Jana Sangh (BJS) party, which itself was the political arm of the Rashtriya Swayamsevak Sangh, a group that espoused openly militant Hindu activism and the suppression of minorities in India.

The RSS was founded in 1925 by Keshav Baliram Hedgewar, a doctor from the central Indian town of Nagpur in Maharashtra, who agitated for both independence from the British crown and the strict segregation of Hindus and Muslims.

What may surprise many in the West is that some of the most prominent figures of RSS deeply admired Fascism and Nazism, the two totalitarian movements that swept through Europe at the time.

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As such, RSS was outlawed by the British (and was even periodically banned by the Indian government after independence). Indeed, Naturam Godse, the man who assassinated Gandhi in 1948, was himself a former RSS member who felt that the Mahatma made too many generous concessions to the Muslims.

In the decades prior to that momentous event, senior RSS members had direct links to both Benito Mussolini in Italy and Adolf Hitler in Germany. Part of the RSS’ fascination with these totalitarian regimes was their shared opposition to the British Empire -- however, it went far beyond that. The RSS (as well as multitudes of other Hindu nationalists) admired the way Mussolini and Hitler reorganized their respective nations so quickly from the wreckage of war to build a powerful economy and military under the banner of patriotism and nationalism.

With respect to Hitler and Nazism, the links to India and Hinduism were deeper and more profound.

Much of Nazi ideology and imagery came from the symbols and history of ancient India – indeed, the infamous Nazi swastika was based on a Hindu symbol of strength and good fortune. Moreover, the legendary history (some would say, myth) of the invasion of prehistoric India by the mysterious “Aryan” tribes would (centuries later) provide Hitler with his notion of a “super master race” that was destined to dominate the world.

During World War II, some Indian nationalists received explicit support from German Nazis -- in fact, some Indian soldiers even served in Hitler's armies and in the notorious SS.

Marzia Casolari, an Italian scholar who studied Indian politics, once wrote of RSS’ connections with European fascism: The existence of direct contacts between the representatives of the [Italian] Fascist regime, including Mussolini, and Hindu nationalists demonstrates that Hindu nationalism had much more than an abstract interest in the ideology and practice of fascism. The interest of Indian Hindu nationalists in fascism and Mussolini must not be considered as dictated by an occasional curiosity, confined to a few individuals; rather, it should be considered as the culminating result of the attention that Hindu nationalists… focused on Italian dictatorship and its leader. To them, fascism appeared to be an example of conservative revolution.

Perhaps there was no greater admirer of Hitler and Mussolini in India than Vinayak Damodar Savarkar, another leading member of RSS.

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In a speech delivered in 1940 (after the Second World War had commenced), Savarkar said: There is no reason to suppose that Hitler must be a human monster because he passes off as a Nazi or Churchill is a demigod because he calls himself a Democrat. Nazism proved undeniably the savior of Germany under the set of circumstances Germany was placed in.

Savarkar criticized Nehru for his staunch opposition to fascism.

Who are we to dictate to Germany… or Italy to choose a particular form of policy of government simply?” Savarkar rhetorically asked.

“Surely Hitler knows better than Pandit Nehru does what suits Germany best. The very fact that Germany or Italy has so wonderfully recovered and grown so powerful as never before at the touch of Nazi or Fascist magical wand is enough to prove that those political ‘isms’ were the most congenial tonics their health demanded.”

Indeed, many Hindu nationalists also derided Gandhi for opposing Nazism and fascism. In 1939, a spokesman for the Hindu Mahasabha (Hindu Party) intimately connected Germany with Indian culture and people.

Germany’s solemn idea of the revival of the Aryan culture, the glorification of the Swastika, her patronage of Vedic learning and the ardent championship of the tradition of Indo-Germanic civilization are welcomed by the religious and sensible Hindus of India with a jubilant hope,” the spokesman blustered.

“Only a few Socialists headed by… Nehru have created a bubble of resentment against the present government of Germany, but their activities are far from having any significance in India.”

He added: “Germany’s crusade against the enemies of Aryan culture will bring all the Aryan nations of the world to their senses and awaken the Indian Hindus for the restoration of their lost glory.

While the RSS was not explicitly anti-Semitic (largely because India never had a large Jewish population), Savarkar even praised Hitler’s treatment of the Jews (at least before the death camps and ovens became known to the public at large).

In 1938, during the time of accelerating anti-Jewish legislation in Germany, Savarkar suggested a similar fate for India’s Muslims.

azadindien.jpgA nation is formed by a majority living therein,” he declared. “What did the Jews do in Germany? They being in minority were driven out from Germany.”

Another senior RSS member, Madhav Sadashiv Golwalkar, also praised Nazism and believed the ideology should be applied to India.

German race pride has now become the topic of the day,” he wrote.

“To keep up the purity of the race and its culture, Germany shocked the world by her purging the country of the Semitic Races -- the Jews. Race pride at its highest has been manifested here. Germany has also shown how well-nigh impossible it is for races and cultures, having differences going to the root, to be assimilated into one united whole, a good lesson for us in Hindustan [India] to learn and profit by.

Golwalkar enthusiastically advocated for an India dominated by Hindus.

“There are only two courses open to the foreign elements, either to merge themselves in the national race and adopt its culture, or to live at its mercy so long as the national race may allow them to do so and to quit the country at the sweet will of the national race,” he wrote.

“That is the only sound view on the minorities problem. That is the only logical and correct solution. That alone keeps the national life healthy and undisturbed… The foreign races in Hindustan must either adopt the Hindu culture and language, must learn to respect and hold in reverence Hindu religion, must entertain no idea but those of the glorification of the Hindu race and culture, i.e., of the Hindu nation and must lose their separate existence to merge in the Hindu race, or may stay in the country, wholly subordinated to the Hindu Nation, claiming nothing, deserving no privileges, far less any preferential treatment not even citizen’s rights.”

If one were to replace “Hindu” with “German,” Golwalkar’s words would match Hitler’s rhetoric almost exactly.

Savarkar also spelled out why Hindus should rule India and others should either be expelled or merged into the Hindu majority.

 The Aryans who settled in India at the dawn of history already formed a nation, now embodied in the Hindus,” he wrote.
“Hindus are bound together not only by the love they bear to a common fatherland and by the common blood that courses through their veins and keeps our hearts throbbing and our affection warm but also by the of the common homage we pay to our great civilization, our Hindu culture.

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Madahv Sadashiv Golwalkar.

During a speech given to Indian military officers and Indian nationalist Subhash Chandra Bose in Dresden, Germany, in 1943, Hitler himself reportedly said: You are fortunate having been born in a country of glorious cultural traditions and a colossal manpower. I am impressed by the burning passion with which you and your Netaji [Bose] seek to liberate your country from foreign domination. Your Netaji's status is even greater than mine. While I am the leader of 80 million Germans, he is the leader of 400 million Indians. In all respects he is a greater leader and a greater general than myself. I salute him, and Germany salutes him. It is the duty of all Indians to accept him as their führer and obey him implicitly. I have no doubt that if you do this, his guidance will lead India very soon to freedom.”

After the defeat of Fascist Italy and Nazi Germany in World War II, Hindu nationalists distanced themselves from the totalitarian regimes of Europe.

However, their calls for a “Hindu India have only strengthened over the years. In the present climate, the RSS and BJP are both generally opposed to the Muslim presence and express extreme hostility toward India's principal Muslim rival, Pakistan.

Moreover, Nazism, and the mysticism of Adolf Hitler’s warped philosophies, remain an obsession with many Indians, almost 80 years after Der Führer came to power in Germany.

09:48 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, inde, bjp, rss | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 17 mars 2020

Geopolitics of South Asia and Interests of Russia

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Geopolitics of South Asia and Interests of Russia

Ex: https://www.geopolitica.ru

If we are talking about geopolitics, we must apply an integrated an complex approach that combines power (primarily hard power - military strength and economic) and a certain view on the territory issues. The key concepts in geopolitics are Land Power, Sea Power and Manpower. The first two categories relate to geographical determinism and people are more likely to adjust and adapt to environmental conditions, trying to extract from this rational use - mountains, deserts, rivers and seas can serve both as natural boundaries and as a source of well-being. Man Power refers to the field of pure politics - the human will can determine how to develop the territory, whether to use military force, what to do for development and strengthening the national economy, as well as what ideological factors can serve - religions and other forms collective identity, such as nationalism.

In this article, we will look at geopolitical factors, including those numerous drivers that push the centripetal and centrifugal forces of the region. Also we will analyze the perception of South Asia from three positions. To do this, it will be necessary to understand the interests of not only the countries of the region, but also others global players. And Russia's interests cannot be understood without Western opposition, especially in the context of current international relations.

At the same time, we must take into account global geopolitical turbulence and the tectonic shift from a unipolar to a multipolar world order.

Global positioning of the region

There are different definitions of South Asia. Some refer to this region as the territories that were previously controlled British empire.1 According to the most common version, South Asia includes eight States: Afghanistan, Bangladesh, Bhutan, India, Maldives, Nepal, Pakistan and Sri Lanka.

If we consider the region from a global position, South Asia is the Rimland zone - the coastal zone of Eurasia, characterized by active dynamics, which is confirmed by the historical facts of the presence of the centers of ancient civilizations, trade and migration routes, as well as the banality that more than 70% of the World's population lives off the banks of rivers, seas and oceans.

The history of the last two centuries shows that this Rimland has become a place of intense pressure from Sea Powers -early Britain, then the United States. The logic of Land Power forced the Russian Empire, and then the Soviet Union to respond in a manner based on instruments of deterrence and then ideology.

asiageopol.jpgIf the US had once followed the doctrine of Henry Kissinger's rollback and used the myth of the Communist threat, now Washington has a more difficult time justifying its presence in the region. In addition, Russia is separated from these countries by a buffer of the independent states of Central Asia. Although the political reality has changed, the geopolitical logic remains the same.

Russia-Heartland is interested in integration processes, while Sea Power, represented by the United States, is interested in controlling the coastal zone.

This is evident from a number of strategic documents. If you have previously under the administration of Barack Obama, the focus was in the South-East Asia and the creation of the Pacific pivot was announced, a new model of the Indo-Pacific region was emerged just now.2

Geopolitics of the region

It is obvious that according to its geopolitical characteristics and significance, there are three most important States, which are in the Heartland of South Asia. These are Afghanistan, Pakistan and India. The rest of the countries serve as a kind of buffer and objective reasons can not have a fundamental impact on the geopolitical processes in the region. The role and status of the other five States are limited, they fall into the sphere of influence of other actors, although they can act as significant subjects. So, for example, Sri Lanka has become an important element in China's "Strings of Pearl" strategy.

If we use the terminology of Zbigniew Brzezinski, proposed in his work "The Great Chessboard", on the regional scale Afghanistan, Pakistan and India are active geopolitical actors, while Bangladesh, Nepal, Bhutan, Maldives and Sri Lanka as geopolitical centers with varying degrees of importance. Afghanistan we attributed to the actors because of the strategic instability of this state and the influence it has had on the policy of Eurasia for the last 35 years. In some sense, it is negative geo-political actor.

In South Asia context itself, regionalism may be analyzed from different contexts i.e. positive and negative.3

It should also be borne in mind that with the exception of Sri Lanka and the Maldives, whose borders are natural due to their island situation, the remaining six states' borders are the result of the intervention of the British Empire and the consequences of the colonial policy of London, which is still felt to varying degrees throughout South Asia.

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This has created the effect of grey zones and hybrid borders, which are characterized by a high degree of political tension. A number of states have certain vulnerabilities in the form of hotbeds of instability, which can be classified as gray zones.

The disputed territory is Kashmir. In addition, India has a disputed territory with the People's Republic of China. Killings of Bangladeshi citizens by Indian border guards on the Bangladesh-India border are facts not often reported in the international press, but are indicative of the characteristics of Indo-Bangladeshi relations. In India itself there is a threat from the Maoist Naxalites in the North-Eastern States. The Western States of India may be subject to manipulation from radical Islamists. However, the growth of Indian hindutva nationalism also provokes instability.

In general, most countries in South Asia are characterized by domestic political problems associated with threats of terrorism and separatism.

There is regional entity presented by interstate organization - The South Asian Association for Regional Cooperation or SAARC that was established on December 8, 1985.4 However, we see that many initiatives within this organization are still at the stage of organizational decisions. It is also important, that this platform can serve as a venue for a regional polylogue, including a discussion of various critical issues.

The theory of the three worlds

For an adequate understanding of the processes taking place in South Asia, it is necessary to take into account not only the political contradictions and tensions between the countries of the region, but also the view from the outside. Therefore, we will inevitably come to the need to consider South Asia from three positions. There is a well-known concept of the three worlds. The first world is represented by industrialized countries.

The second world are countries in the process of technological development. The third world is represented by countries that have yet to go the way of development. This theory represents the Western point of view and has a certain element of racism to it.

In our case the three worlds are three perceptions of South Asia - from South Asia itself, from Russia (as we consider Russia's interests in region) and the United States, as this state still claims to be a global hegemon and openly declares persecution its objectives in Asia, some of which are clearly contrary to the development strategies of a number of States in the region.

Conflict of interest is clear in the frame of US strategy and interests, but it is covered by specific bilateral policies and the general diplomacy of the State Dept. The United States has traditionally been interested in maintaining the conflict potential between countries in order to face different sides and depending on the situation to take one side or another. Ex Secretary of Defence Ash Carter in the context of American strategy for Asia noted that "The heart of that policy is a mesh of political, diplomatic, economic, and military relationships with many nations that has sustained security and underwritten an extraordinary leap in economic development."5

His idea is to establish kind of network for Asia. "Important to see these relationships as an informal network — not an alliance, not a treaty, not a bloc" -  wrote Carter in his “Reflections on American Grand Strategy in Asia.” In his opinion "The network structure suits Asia."6

It is significant that in this speculative network structure, he deliberately introduces an enemy element. At least China is represented as a kind of power that not only opposes American interests in the whole region, but also conducts activities, undermining the sovereignty of other States.

“Maritime and cyber activities are two forms of Chinese aggression that cause concern in the states of the Pacific network, which deepens China’s self-isolation. China’s actions in the South China Sea are a direct challenge to peace and stability in the Pacific”.7

It is important to note that Carter mentions China not only as a military-political actor, but also as an economic power.

The China-proposed network would include such initiatives as the Asian Infrastructure Investment Bank (IAAB) and One Belt, One Road (OBOR)—both of which would be detrimental to U.S. interests. The IAAB,a potential rival to the World Bank and International Monetary Fund, would not match the high standards of the WB and IMF in relation to governance, environmental, and other safeguards—and OBOR is likely to extend China’s political influence more than it extends actual property”.8

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India, on the contrary, is described as a potential ally of the United States, and therefore as a kind of proxy power, able to be a conductor for Washington's interests in the region.

India is another example of how the strategic benefits of the principled, inclusive network can overcome hesitation. Once deeply skeptical of U.S. influence in South Asia, India became a more active participant in regional security during my two years as Secretary of Defense than at any time in its history”.9

It is possible that Carter's position reflects the political instability throughout Asia, described by Robert Kaplan more than 20 years ago?

"The future map - in a sense, the 'last map' - will be a constantly changing representation of the cartographic chaos, in some areas favorable or even productive, and in some violent... This card will be all less and less applied by the rules that diplomats and other political elites have been ordering for centuries. Decisions will mainly come from within the cultures themselves, exposed to those decisions."10

But this instability is a special feature - it is neither anarchic chaos, or geopolitical tabula rasa. Rather, these are new opportunities that are associated with global changes, but have their own characteristics of a deep nature. Russia's view of South Asia will be discussed in the relevant section on strategies. Now we have to ask - does Asia look at itself with Asian eyes?

It is obvious that in South Asia to a greater or lesser extent in different countries there is a problem of colonization of consciousness, although all States are formally sovereign. These questions often become the subject of Subaltern Studies in European and American Universities.

And "the formation of different disciplines, including production of Western Orientalist scholarship on Asia was directly or indirectly related to the patterns of domination of Asia. The disciplinarisation and systematisation of human knowledge was a part of the project of modernity."11 The attempt of South Asian States to build themselves under the model of Western institutions - hence, for example, the well-known aphorism that India is the largest democracy in the world, although it is not because of the actual caste system - and statements by the officials of Asian countries regarding common interests and values thus look pretty paradoxical.

Interests and values

Now we need to decide on a taxonomy related to interests. The point is that the concept of interests in politics can differ depending on which school of international relations is taken as a pattern. In realism, the state it is perceived as a rational subject that acts like a human being and is guided by common sense. However, since Thucydides, we know that human behavior itself is irrational, especially when decisions are made under the influence of anger, greed and ambition. Machiavelli, who is considered one of the harbingers of realism introduced a division of ethics and politics, justifying any kind of action if it leads to the desired goal.

At the liberal school of international relations “achieving peace” is spoken of as a kind of imperative. In practice, as we know, it turns into wars and interventions.

A kind of marker is the Democratic and Republican parties in the United States. The Democratic party tends to gravitate toward the liberal school, while the Republicans adhere more to realism. At the same time, both theories are Western in origin and they are considered to be standards for international relations at the global level.

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In addition, the structures of States differ in substance. In the US, there is a model of iron triangles when lobby groups can actively influence international processes. An example is the decision to invade Iraq in 2003, when neoconservatives controlled the military-political apparatus of the presidential administration. Lobby groups of influence may include both ideological structures and commercial ones, for example, transnational corporations. And in Pakistan and Russia are other socio-political models, which are rooted in centuries-old traditions. So even if we try to withdraw some of the formula of net interests (for example, quotas for the supply of some goods or services, the size of duties, admission to the market a certain number of companies) - it will be almost impossible to do.

Another reason is the different sizes of state economies and the availability of priority sectors in the industry. Russia is among the leaders of the countries exporting gas and oil. Pakistan has its own economic priorities, India has its own as well.

However, in addition to interests, there are always values. Interests can be negotiated, values represent a static phenomenon that are not negotiable. Of course, values can be eroded or deeply influenced by exogenous impact. And with modern technologies of social engineering in certain conditions, the change of value orientations can happen very quickly, especially if charismatic public opinion leaders from the local environment are involved. On the example of Ukraine we can see how with the help of external influence values were restructured by socially-political processes and changed the identity of the Ukrainian people.

Values also include the phenomenon of nationalism, which differs from country to country and from region to region. South Asian nationalism, as Sayantan Dasgupta aptly puts it, is ‘monstrous,’ with much of the discourse surrounding it tending to further stoke the conflict between the notion of nationalism as empowerment and as an exercise of homogenization. Languages of power and struggle for belonging through language are most acute in South Asia.12 When fragmentation is possible to detect such details as, for example, the description of the Taliban as a "nationalist Islamist insurgency, who, for his own purposes, feeds and manipulates tribal imbalances and rivalries."13

However, on the scale of the value system it is possible to consider whether the interests of one country can be interfaced with the interests of another country. It seems to me that representatives of the two States will be able to reach an agreement with each other faster if their countries have traditional family values. But if one country has a patriarchal system and another country has legalized same-sex marriage and political feminism is a fashion trend, it will be harder to do so.

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Strategies of Russia in general and in relation to Asia in particular

It is important to understand that there is no clear definition of Russia's actions in the international arena. On the one hand, there are a number of documents, related to national security and foreign policy. But they are more likely to wear desirable and recommendatory character. A number of provisions that are spelled out in these strategies, despite their important nature, have never been realised. For example, in the national security doctrine of 2008, it was said that Russia has the right to apply its armed forces abroad to protect its citizens. But the case of Ukraine has shown that this item has not found its applications, although there were numerous facts indicating the possibility of its implementation.

A number of existing strategies also have some aspects that are difficult to put into practice. In other words: the desire and reality are different. However, a number of excerpts from these documents are needed to show the general trends and some limitations in the strategic thinking of the persons who made up these doctrines.

We will cover only those items that relate to the region under consideration or reflect the attitude towards the international community.

In The Foreign Policy Concept of the Russian Federation (approved by President of the Russian Federation Vladimir Putin on November 30, 2016)14we see several points connecting with Asian issues.

79. Russia attaches importance to further strengthening the SCO’s role in regional and global affairs and expanding its membership, and stands for increasing the SCO’s political and economic potential, and implementing practical measures within its framework to consolidate mutual trust and partnership in Central Asia, as well as promoting cooperation with the SCO member States, observes and dialogue partners.

80. Russia seeks to reinforce a comprehensive long-term dialogue partnership with the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN) and achieve a strategic partnership. Efforts in this area will be supported by expanded cooperation within such frameworks as the East Asia Summit, which provides a platform for strategic dialogue between country leaders on conceptual issues related to the development of the Asia-Pacific Region, the ASEAN Regional Forum and ASEAN Defence Ministers’ meeting with the dialogue partners.

81. Russia promotes broad mutually beneficial economic cooperation in the Asia-Pacific Region, which includes the opportunities offered by the Asia-Pacific Economic Cooperation forum.

82. Russia is committed to establishing a common, open and non-discriminatory economic partnership and joint development space for ASEAN, SCO and EAEU members with a view to ensuring that integration processes in Asia-Pacific and Eurasia are complementary.

83. Russia views the Asia-Europe Meeting and Conference on Interaction and Confidence-Building Measures in Asia as relevant mechanisms for developing multi-faceted practical cooperation with the Asia-Pacific States and intends to take an active part in these frameworks. But Afghanistan and Pakistan are mentioned rather in negative context.

97. The persisting instability in the Islamic Republic of Afghanistan after the withdrawal of all but a few international contingents poses a major security threat to Russia and other members of the CIS. The Russian Federation, together with the Islamic Republic of Afghanistan, other interested states relying on the possibilities offered by the UN, CIS, CSTO, SCO and other international organizations will be consistent in its efforts to resolve as soon as possible the problems this country is facing, while respecting the rights and legitimate interests of all ethnic groups living in its territory so that it can enter post-conflict recovery as a sovereign, peaceful, neutral state with a sustainable economy and political system. Implementing comprehensive measures to mitigate the terrorist threat emanating from Afghanistan against other states, including neighbouring countries, as well as eliminate or substantially reduce the illicit production and trafficking of narcotic drugs is an integral part of these efforts. Russia is committed to further intensifying UN-led international efforts aimed at helping the Islamic Republic of Afghanistan and its neighbouring states counter these challenges.

And point 15 is about global security and threats: The global terrorist threat has reached a new high with the emergence of the Islamic State international terrorist organization and similar groups that have descended to an unprecedented level of cruelty in their violence. They aspire to create their own state and seek to consolidate their influence on a territory stretching from the shores of the Atlantic Ocean to Pakistan. The main effort in combating terrorism should be aimed at creating a broad international counter-terrorist coalition with a solid legal foundation, one that is based on effective and consistent inter-state cooperation without any political considerations or double standards, above all to prevent terrorism and extremism and counter the spread of radical ideas.

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Next, consider the presidential Decree of 31.12.2015 N 683 "On the national security Strategy of the Russian Federation."  First of all, it should be pointed out that "as a Central element of the system of international relations, Russia sees the United Nations and its Security Council".

It has a number of items on the South Asian region.

88. Russian Federation increases cooperation with BRICS partners (Brazil, Russia, India, China, South Africa), RIC (Russia, India, China), Shanghai cooperation organization, Asia-Pacific economic cooperation forum, the G20 and other international institutions.

92. The Russian Federation attaches great importance to building the political and economic potential of the Shanghai organization of cooperation, stimulation within its framework of practical measures, contributing to the strengthening of mutual trust and partnerships in Central Asia, as well as the development of cooperation with member States, observers and partners.

Organizations, including in the form of dialogue and cooperation on a bilateral basis. Special attention is paid to the work with countries wishing to join the Organization as full members.

93. The Russian Federation is developing comprehensive partnership and strategic cooperation with The People's Republic of China, considering them as a key factor in maintaining global and regional stability.

94. The Russian Federation attaches great importance to the privileged strategic partnership with the Republic of India.

95. The Russian Federation supports the establishment of reliable mechanisms in the Asia-Pacific region to ensure regional stability and security on a non-bloc basis, improving the effectiveness of political and economic cooperation with the countries of the region, expansion of cooperation in the field of science, education and culture, including in the framework of regional integration structures. Next is economic security Strategy of the Russian Federation for the period up to 2030 (Decree of the President of the Russian Federation of 13.05.2017. № 208).

- building an international legal system that meets the national interests of the Russian Federation economic relations, prevention of its fragmentation, weakening or selective application;

- expansion of partnership and integration relations within the framework of the Commonwealth of Independent States,  

The Eurasian economic Union, BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa), Shanghai cooperation organization and  other intergovernmental organizations; creation of regional and TRANS-regional integration associations in compliance with national interests of Russian Federation;

Next is the foreign economic strategy of the Russian Federation till 2020, prepared by the Ministry of Economic Development of the Russian Federation, issued in December 2008.

In the block devoted to Asia from South Asia only India is specified.

It is noted that Russian non-primary goods and services, including high-tech products, are traditionally in demand on the Indian market.

This creates opportunities for increasing supplies of the existing range of exports, as well as for diversification of the structure of trade. The main objectives are to expand Russia's access to Indian markets and joint technology development in selected areas.

It is worth mentioning Doctrine of Information Security of the Russian Federation (Approved by Decree of the President of the Russian Federation No. 646 of December 5, 2016).15

28.  A strategic objective of information security in the field of strategic stability and equal strategic partnership is to create a sustainable system of conflict-free inter-State relations in the information space.

29.  The main thrusts of ensuring information security in the field of strategic stability and equal strategic partnership are the following:

- protecting the sovereignty of the Russian Federation in information space through nationally-owned and independent policy to pursue its national interests in the information sphere;

- taking part in establishing an international information security system capable of effectively countering the use of information technologies for military and political purposes that are contrary to international law, or for terrorist, extremist, criminal or other illegal purposes;

- creating international legal mechanisms taking into account the specific nature of information technologies and intended to prevent and settle conflicts between States in information space; promoting in international organizations the position of the Russian Federation advocating equitable and mutually beneficial cooperation of all interested parties in information sphere.

The fog and friction of diplomacy

At the same time, the actions and even intentions of Russia are often misunderstood and used by other parties to promote their own interest. For example, Hillary Clinton while working as Secretary of state after Vladimir Putin announced the creation of the Eurasian Economic Union in 2011 (it would be more correct to say the reform of the Customs Union), she said that Moscow will create the Soviet Union-2.

mearshemier_collage.jpgThus, the situation with regard to Ukraine and Russia's actions on the one hand, and the West on the other, describes well John J. Mearsheimer opinion, who pointed to the guilt of the West in the Ukrainian crisis.

The United States and its European allies share most of the responsibility for the crisis. The taproot of the trouble is the enlargement of NATO, the central element of a larger strategy to move Ukraine out of Russia’s orbit and integrate it into the West. At the same time, the EU’s expansion eastward and the West’s backing of the pro-democracy movement in Ukraine -- beginning with the Orange Revolution in 2004 - were critical elements, too.

The West’s triple package of policies - NATO enlargement, EU expansion, and democracy promotion -- added fuel to a fire waiting to ignite.

This is Geopolitics 101: great powers are always sensitive to potential threats near their home territory. After all, the United States does not tolerate distant great powers deploying military forces anywhere in the Western Hemisphere, much less on its borders”.16

Emma Ashford also on the same side with John J. Mearsheimer, and noted that “today’s confrontational rhetoric and policies toward Russia often ignore reality and highlight the need for an alternative approach”.17

And Stephen Kotkin argues that “Russia today is not a revolutionary power threatening to overthrow the international order. Moscow operates within a familiar great-power school of international relations, one that prioritizes room for maneuver over morality and assumes the inevitability of conflict, the supremacy of hard power, and the cynicism of others’ motives. In certain places and on certain issues, Russia has the ability to thwart U.S. interests, but it does not even remotely approach the scale of the threat posed by the Soviet Union, so there is no need to respond to it with a new Cold War”.18

Realpolitik and Russia's actions

As we can see from the official documents, India is given priority among the countries of the region. In practice, we also see close cooperation between Russia and India, especially in the sphere of arms supplies (70% of the arms in India are Soviet and Russian origin). Because of the traditional Indian-Pakistani confrontation and by virtue of the fact that during the cold war Pakistan belonged to the number of geopolitical opponents of the USSR, the Russian Federation's relations with this country have not received the same scale of development and do not have the same traditions of relations like Russia has with India. Despite this, the basis for mutually beneficial relations in trade is stable - there are economic, energy and investment spheres between Russia and Pakistan.

From the geopolitical point of view, the North-Western regional segment, including Pakistan, is the most significant for Russia. Afghanistan and leading to Central Asia is a region that is particularly important for Russia, bordering Siberia and the Ural-Volga region.

Basic Russian prospects are seen in strategic cooperation with India, trade and economic cooperation with others states in the region. Potential risks are due to the likely destabilization of the situation in the North-West of South Asia, capable of "spread" to the Central Asian republics.

There is also a kind of risk associated with the aggravation of relations between India and Pakistan, in the extreme case, a military confrontation including the use of nuclear weapons.

Another threatening area for the region from the Russian point of view is humanitarian and environmental. For the moment refugees from Afghanistan, Pakistan or India have had no impact on Russian domestic policy, but on the international scale Russia always pays attention to this problem. In addition to natural disasters and cataclysms, including here the problem of piracy in the Northern Indian ocean.

Earlier it was predicted that in order to reduce regional tensions and balance its policies in South Asia, Russia, obviously, will strengthen economic cooperation with Pakistan, and will help it, in particular, in the construction of the gas pipeline from Iran and Turkmenistan, as well as providing assistance in organizing electricity supplies from Tajikistan and Kyrgyzstan to Afghanistan and Pakistan.

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After the launch of the Rogun hydroelectric power plant in Tajikistan in November 2018, this interaction is now close to practical embodiment. It has not excluded the implementation of other cooperation projects, in particular, through industry, as well as cooperation in security sphere with the growing use of the potential of SCO (Shanghai cooperation organization) and the "Dushanbe four" (Russia, Tajikistan, Afghanistan, Pakistan).

Russian experience as mediator for water sharing between Central Asian countries may be utilized in South Asia too because of violating the Indus Water Treaty by India as well as problem with water flows after heavy rains from India into Bangladesh.

As for Pakistan, according to Russian experts, despite certain developments in the country such as higher education, including technical education, Pakistan, unlike India, has not found a high-tech niche in the world division of labour. Demand for the services of scientists, engineers and technicians comes mainly from the military-industrial, and especially the nuclear missile complex.19

This gap may be filled with Russian assistance too. The sale of weapons systems by Russia to South Asian States illustrates well the level of interaction between the countries.20 The Rosoboronexport company cooperates with four States, i.e. half of the countries of South Asia. India since 1947, Pakistan since 1948, Sri Lanka since 1957 and Bangladesh since 1972. It is significant that Rosoboronexport makes no sales to the States, which pursues a hostile policy towards Russia.

Russia is interested in enhancing the strategic capacity of such organizations as SCO and The Conference on Interaction and Confidence-Building Measures in Asia to form a new security architecture for Greater Eurasia. This approach is directly linked to the realization of the Russian initiative of “integrating integrations”, which takes into account all actors and all possible changes in the balance of powers in the region, including natural leadership changes.21

Transport and energy routes (built and projected too) may be implemented and synchronized in the context of Eurasian Economic Union led by Russia and New Silk Road led by China.

As a rule, considering the interests of Russia in the region, analysts mention only material factors. Actually there is a great interest on the part of Moscow in intellectual cooperation. Denoting the course to create a multipolar world order Russia needs semantic filling of this concept that is not possible without the active participation of the outside scientific and expert community of South Asian countries.

Although multipolarity can be interpreted in different ways, the main criterion is the attitude toward the United States and the willingness to challenge Washington. For example, Indian Prime Minister Narendra Modi has repeatedly stated that India is committed to multipolarity and he expressed flattering compliments to Russia as a country that is one of the main poles of influence in the world. But in fact India follows the doctrine of multilateralism, actually fulfilling the imperatives of the Obama administration. Although India did not support sanctions against Russia and was not afraid of sanctions by the United States for the contract of the purchase of the S-400 systems, cooperation that is more intensively developing between the US and Israel than with its neighbors in Eurasia.

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Pakistan, on the contrary, took the position of sovereignty and denied its critics in Washington, so it aroused considerable interest from Russia as an emergent power. This window of opportunity can be favorably used by two parties.

In the current geopolitical situation and in light of the irresponsible behavior of the United States (and their satellites) on the world stage, the implementation of joint Russian-Pakistani projects, including military cooperation, will help strengthen security in Eurasia in the interests of all participants.22

Non-Western theories of international relations as sovereign intellectual developments supporting the discourse on multipolarity also will be in great demand in the academic circles of Russia.

In addition, discussions on non-Western approaches to international relations and alternative political theories can not only be a bond for a dialogue of a new quality between Russia and the countries of South Asia, but also lay additional foundations for rethinking regionalism.

Still, South Asia is part of Eurasia, and Russia is interested in strengthening its stability and the predictability of the actions of all its actors.

___

1 Michael Mann. 2014. South Asia's Modern History: Thematic Perspectives. Taylor & Francis. pp. 13–15.

2 Prashanth Parameswaran. Trump’s Indo-Pacific Strategy Challenge in the Spotlight at 2018 Shangri-La Dialogue. The Diplomat. June 05, 2018. Available at: https://thediplomat.com/2018/06/trumps-indo-pacific-strat... [Accessed 23 October 2018].

3 Tariq Mehmood. Regionalization of Peacekeeping Operations in South Asia // Margalla Papers Vol. XX, 2016. National Defence University Islamabad. P. 205.

5 Ash Carter. Reflections on American Grand Strategy in Asia. Belfer Center for Science and International Affairs, Special Report. October 2018. P. 4. Available at: https://www.belfercenter.org/sites/default/files/files/pu... [Accessed 3 November 2018].

6 Ibidem. P. 5.

7 Ibidem. P. 14.

8 Ibidem. P. 32.

9 Ibidem. P. 29.

10 Kaplan Robert D. 1996. The Ends of the Earth: A Journey at the Dawn of the Twenty- first Century. Random House, Inc. P. 337.

11 Georgekutty M. V. Problematising South Asian Area Studies // SAJD, 2013. P. 40.

12 Rohit K Dasgupta, Remembering Benedict Anderson and his Influence on South Asian Studies // Theory, Culture & Society 0(0), 2016. P. 3.

13 Gopal Anand. The Battle for Afghanistan: Militancy and Conflict in Kandaghar. Counterterrorism Strategy Initiative Policy Paper. Washington, DC: New America Foundation, November 2010. P. 14.

14 The Foreign Policy Concept of the Russian Federation (approved by President of the Russian Federation Vladimir Putin on November 30, 2016). Available at: http://www.mid.ru/en/foreign_policy/official_documents/-/... [Accessed 23 November 2018].

15 Doctrine of Information Security of the Russian Federation (Approved by Decree of the President of the Russian Federation No. 646 of December 5, 2016) 5 December 2016. Available at: http://www.mid.ru/en/foreign_policy/official_documents/-/... [Accessed 6 October 2018].

16 John J. Mearsheimer. Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault. Foreign Affairs. September/October 2014 Issue. Available at: https://www.foreignaffairs.com/articles/russia-fsu/2014-0... [Accessed 6 October 2018].

17 Emma Ashford. How Reflexive Hostility to Russia Harms U.S. Interests. Foreign Affairs. April 20, 2018. Available at: https://www.foreignaffairs.com/articles/russian-federatio... [Accessed 6 October 2018].

18 Stephen Kotkin. Russia's Perpetual Geopolitics. Putin Returns to the Historical Pattern. Foreign Affairs. May/June 2016 Issue. Available at: https://www.foreignaffairs.com/articles/ukraine/2016-04-1... [Accessed 6 October 2018].

19 Вячеслав Белокреницкий. Южная Азия 2013–2020: возможности и риски для России. 7 июля 2013 г. Available at:

http://russiancouncil.ru/analytics-and-comments/analytics... [Accessed 23 November 2018].

21 Savin, Leonid. Russian security frame for Black sea region. Geopolitica.ru. 06.12.2017 Available at: https://www.geopolitica.ru/en/article/russian-security-fr... [Accessed 6 October 2018].

22 Savin, Leonid. Pakistan-Russian friendship. The Nation. November 05, 2018. Available at: https://nation.com.pk/05-Nov-2018/pakistan-russian-friend... [Accessed 23 November 2018].

Publishsed in "Conflict and Cooperation in South Asia. Role of Major Powers. Islamabad: IPRI, 2019. P. 153 - 180.

lundi, 20 janvier 2020

La "Muslim Belt" et le levier djihadiste ouighour

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La "Muslim Belt" et le levier djihadiste ouighour

par René Naba

Ex: https://www.madaniya.info

Embourbés en Afghanistan depuis près de vingt ans, harcelés par leurs anciens alliés les Talibans, les Etats Unis paraissent vouloir se cramponner à ce qui a longtemps été leur arme favorite, la stratégie du «Muslim Belt», la ceinture verte de l’espace musulman, ayant vocation à encercler le «Heartland» eurasiatique (la Chine et la Russie) qui détient les clés de la maîtrise du monde. Une arme quelque peu érodée par les déboires des groupements terroristes en Syrie, la déconfiture politique de la Confrérie des Frères Musulmans, la matrice originelle des groupements takfiristes éradicateurs et la désaffection de l’Arabie saoudite à leur égard.

À l’instigation de Washington et d’Ankara, le Parti Islamiste du Turkestan s’est ainsi engagé sur la voie de la mondialisation de son combat, avec un ciblage prioritaire, la Chine et les bouddhistes, autrement dit, l’Inde.

1- La Turquie et les Etats Unis, parrains occultes du PIT

Au terme de huit ans de présence en Syrie, particulièrement dans le nord du pays, dans le secteur d’Alep, le mouvement djihadiste du Turkestan s’apprête à donner une impulsion régionale à son combat, au delà de la Syrie, avec un ciblage prioritaire: la Chine.

Telle est du moins la substance du discours mobilisateur du prédicateur Abou Zir Azzam diffusé à l’occasion de la fête du Fitr, en juin 2018, mettant en relief «l’injustice» subie par le Turkestan dans ses deux versants, le versant occidental (Russie) et le versant oriental (Chine).

En juin 2017, la Turquie et les Etats Unis ont encouragé cette orientation au prétexte de préserver les combattants de cette formation afin de les affecter à d’autres théâtres d’opération, contre les adversaires des Etats Unis regroupés au sein du BRICS (La Chine et la Russie), le pôle contestataire à l’hégémonie américaine à travres le Monde.

2- La duplicité de la Turquie

Tiraillé entre ses alliances contradictoires, le néo islamiste Teyyeb Reccep Erdogan, -membre du groupe d’Astana (Russie, Iran, Turquie) en même temps que membre de l’OTAN-, a proposé l’aménagement d’un vaste périmètre pour y abriter les djihadistes dans une zone sous l’autorité de la Turquie afin de procéder au tri entre groupements islamistes inscrits sur la liste noire du terrorisme et djihadistes regroupés sous le label VSO «The Vetted Syrian Opposition» (Opposition syrienne validée par les Occidentaux) dans une opération destinée à permettre à turque de séparer le bon grain de l’ivraie, selon le schéma de l’Otan.

Autrement dit libérer les Syriens, repentis et désarmés, mettre en veilleuse les Syriens jusqu’au-boutistes notamment le groupe Adanani, garder sous le coude, les combattants étrangers (Tchétchènes, Ouighours) en vue de les exfiltrer clandestinement vers d’autres théâtres d’opérations.

A la faveur du déploiement des forces américaines dans le nord de la Syrie, dans le périmètre de la base aérienne de Manbij et d’Idlib, la Turquie a mis à profit cette phase préparatoire de l’offensive pour exfiltrer ses sympathisants, principalement les Ouïghours et Al Moharjirine (les migrants), les combattants étrangers relevant de «Hayat Tahrir As Cham» de tendance djihadiste salafiste, dont le groupement a été inscrit sur la liste noire du terrorisme par l’ONU en 2013.

Le président russe Vladimir Poutine a donné son accord à la proposition turque au sommet de Sotchi, dix jours plus tard, le 17 septembre, soucieux de préserver sa nouvelle alliance avec la Turquie en butte à une guerre hybride de la part des Etats Unis.

Le débauchage de la Turquie constitue la carte maitresse de la Russie dans ses négociations avec la coalition occidentale au point que Moscou paraît si soucieuse d’encourager cette déconnection stratégique de l’axe Turquie Etats Unis, qu’elle a été jusqu’à promettre la livraison du système balistique SSS 400 pour 2019. Ankara espère, de son côté, préserver l’essentiel de sa force de nuisance dans la zone, avec un objectif sous-jacent d’aménager dans le secteur d’Idlib une enclave turque sur la modèle de la République turque de Chypre, en procédant à une modification démographique de la zone en y concentrant en une sorte de barrière humaine les ressortissants syriens relevant la mouvance des Frères Musulmans qu’elle considère comme relevant de fait de son autorité

La zone démilitarisée concédée provisoirement à la Turquie s’étend sur 15 km de large le long de la frontière syro-turque dans le secteur d’Idlib, englobant la zone de déploiement des forces kurdes soutenues par les Etats Unis.

Sur la duplicité de la Turquie dans la guerre de Syrie, cf ces liens:

3- La terminologie marxiste en guise d’habillage juridique au tournant.

L’habillage idéologique du tournant du PIT a été puisé dans la terminologie marxiste. Au terme d’un débat interne de plusieurs mois, les légistes de cette formation ont décidé de donner une dimension planétaire à leur combat en privilégiant, L’ENNEMI PROCHE (La Chine) sur L’ENNEMI LOINTAIN (La Syrie).

Une concurrence jurisprudentielle s’est établie entre les prescripteurs rivaux Abdel Rahman Al Chami, proche du Jabhat An Nosra, franchise syrienne d’Al Qaida, et Abdel Halim Al Zarkaoui, proche de Daech.

4- Le discours mobilisateur Abou Zir Azzam.

Ce prédicateur a fait une irruption politique remarquée par un discours mobilisateur diffusé à l’occasion de la fête du Fitr, en juin 2018, mettant en relief «l’injustice» subie par le Turkestan dans ses deux versants, le versant occidental (Russie) et le versant oriental (Chine). Lançant un appel au boycottage commercial de la Chine, il a énuméré les sévices historiques infligés par les Chinois aux Ouïghours, mentionnant «le viol des musulmanes» et «l’obligation de manger du porc».

«Le Parti Islamique du Turkestan s’apprête au Djihad contre les boudhistes», ce lien pour les locuteurs arabophones

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5 – Chine: La Syrie, un réceptacle au terrorisme mondial.

La fermentation djihadiste ouighoure en Syrie, et dans des pays de la lointaine périphérie de la Chine ont conduit Pékin, en mars 2018, a déployé discrètement des troupes en Syrie au motif officiel d’encadrer des détachements de l’armée syrienne et de leur fournir un soutien logistique et médical.

Pékin a justifié cette attitude de pro activité par sa connexion idéologique avec le pouvoir baasiste en raison de sa nature laïque, ainsi que par la présence dans le nord de la Syrie d’un important contingent de combattants ouïghours.

Ce faisant, la Chine vise à faire pièce aux djihadistes ouighours, dont elle veut neutraliser leur éventuel retour en Chine, alors que se confirment les liens entre les séparatistes islamistes des Philippines et au Mayanmar et les groupes islamistes opérant en Syrie, comme en témoignent l’arrestation d’agents de l’Etat Islamique (Daech) en Malaisie en mars 2018, à Singapour en juin 2018.

L’entrée en scène progressive de la Chine sur le théâtre syrien, où elle a déjà obtenu des facilités navales dans le périmètre de la base navale russe de Tartous est de consolider son positionnement d’un des trois grands investisseurs du financement de la reconstruction de la Syrie, au même titre que la Russie et l’Iran.

En complément à Tartous, la Chine a aménagé sa première base navale à l’étranger à Djibouti, en 2017. Jouxtant le port de Doraleh et la zone franche de Djibouti –tous deux construits par la Chine– cette base ne devrait abriter dans un premier temps «que» 400 hommes.

Mais, selon plusieurs sources, ce sont près de 10.000 hommes qui pourraient s’y installer d’ici à 2026, date à laquelle les militaires chinois auront transformé cette enclave en avant-poste militaire de la Chine en Afrique.

En superposition, la Chine a participé aux manœuvres navales russes au large de la Méditerranée, début septembre, les plus importantes manœuvres de la flotte russe de l’histoire navale mondiale. Elle a dépêche des troupes vers la Syrie, pour la première fois de son histoire, en mars 2018, pour convoyer les forces gouvernementales syriennes lors de la prise d’Idbib, notamment décrypter les communications entre les djihadistes ouighours en vue de les neutraliser.

Au regard de la Chine, la Syrie sert de réceptacle au terrorisme mondial, y compris pour l’intérieur chinois. Soucieuse de soulager la trésorerie russe et de soutenir l’effort de guerre syrien, la Chine a octroyé une aide militaire de 7 milliards de dollars à la Syrie dont les forces combattent dans la bataille d’Alep, les djihadistes Ouïghours, (des musulmans turcophones du Nord-Ouest de la Chine), où près de 5.000 familles, soit près de quinze mille personnes, sont implantés à Alep Est.

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6- La problématique ouïghoure.

L’instrumentalisation des Ouïghours par les Américains répond à leur souci de disposer d’un levier de pression contre Pékin, en ce que «la Chine et les États-Unis sont engagés, à long terme, sur une trajectoire de collision. Les précédents historiques montrent qu’une puissance ascendante et une puissante déclinante sont vouées le plus souvent à l’affrontement», soutient l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, particulièrement à une époque où la scène diplomatique internationale est en pleine phase de transition vers un monde post occidental. Son objectif sous-jacent est d’entraver la mise en œuvre de la 2me route de la soie».

Musulmans turcophones, les Ouïghours djihadistes sont originaires de la province de Xingjiang, à l’extrême-ouest de la Chine, frontalière de huit pays (Mongolie, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Afghanistan, Tadjikistan, Pakistan et Inde).

Bon nombre d’Ouïghours ont combattu en Syrie sous la bannière du Mouvement islamique du Turkestan oriental (Sharqi Turkestan) alias Xinjiang, une organisation séparatiste de lutte armée dont l’objectif est l’établissement d’un «État Ouïghour Islamique» au Xinjiang.

Les combattants ouïghours ont reçu l’aide des services de renseignements turcs pour leur transfert vers la Syrie, via la Turquie. Ce fait a généré une tension entre les services de renseignements turcs et chinois en ce que la Chine s’inquiète du rôle des Turcs dans le soutien aux combattants ouïghours en Syrie, rôle qui pourrait augurer d’ un soutien turc aux combats au Xinjiang.

La communauté ouïghoure en Turquie compte 20.000 membres, dont certains travaillent pour l’Association de Solidarité et d’Education du Turkestan Oriental, qui fournit une aide humanitaire aux Syriens et qui est pointée du doigt par la Chine. Une vidéo du PIT de janvier 2017 affirme que sa brigade syrienne a combattu avec le front al-Nosra, en 2013, dans les provinces de Raqqa, Hassakeh et Alep.

En juin 2014, le groupe djihadiste a officialisé sa présence en Syrie: Sa brigade sur place, dirigée par Abou Ridha al-Turkestani, un locuteur arabophone, probablement un Syrien, a revendiqué une attaque suicide à Urumqi en mai 2014 et une attaque sur la place Tiananmen en octobre 2013.

Le groupe a prêté allégeance au Mollah Omar des Talibans. Vingt-deux Ouïghours sont détenus à Guantanamo, puis relâchés faute de preuves. Suivant l’exemple de l’Emirat islamique du Caucase, dont la branche syrienne opérait dans le cadre de Jaysh Muhajirin Wal-Ansar, le PIT a créé sa propre branche en Syrie qui opère de concert avec Jabhat An Nosra entre les provinces d’Idlib et de Lattaquié.

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7 – L’environnement djihadiste de l’Inde et son basculement vers Israël.

La destruction des Bouddhas de Bamyan par les Talibans, en Mars 2001, soit six mois avant le raid du 11 septembre contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, a constitué un déclic conduisant l’inde à abandonner sa traditionnelle politique d’amitié avec les pays arabes, notamment l’Egypte, son partenaire majeur au sein du Mouvement des Non Alignés, pour se rapprocher d’Israël.

L’environnement djihadiste de l’Inde a d’ailleurs conduit ses dirigeants à se rapprocher également des Etats Unis dans un contexte marqué par la disparition du partenaire soviétique, parallèlement à une accentuation de la coopération sino-pakistanaise débouchant sur le transfert d’énergie nucléaire de Pékin à Islamabad et le lancement d’un programme nucléaire pakistanais avec des subsides saoudiens.

La nouvelle alliance avec les États Unis et Israël a été scellée sur la base d’une convergence d’intérêts et une approche sensiblement analogue de pays se présentant comme des démocraties partageant une même vision pluraliste du monde, ayant le même ennemi commun, l’«Islam radical».

Le rapprochement avec Israël s’est traduit par une normalisation des relations israélo-indiennes, en 1992, concrétisée par la première visite d’un dirigeant israélien à New Delhi, en 2003, en la personne du premier ministre Ariel Sharon, l’année de l’invasion américaine de l’Irak.

Troisième puissance régionale avec la Chine et le Japon, l’Inde se trouve dans une position ambivalente en ce qu’elle doit maintenir des liens étroits avec les superpuissances pour se maintenir dans le peloton de tête du leadership mondial, sans pour autant distendre ses liens avec le tiers monde, dont elle fut longtemps l’un des chefs de file. Sa présence au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) répond à cette logique.

Les Ouïghours, de mémoire d’observateur, ne sont jamais morts pour la Palestine pas un. Mais nombreux l’ont été contre la Syrie, dans un dévoiement sectaire de leur idéologie.

Aux yeux des stratèges du Pentagone, l’instrumentalisation de l’irrédentisme ouïghour devrait avoir sur la Chine le même effet déstabilisateur que le djihadisme tchétchène sur la Russie de Poutine. Mais une éventuelle montée en puissance du Parti islamique du Turkestan pourrait initier une redistribution de cartes, dont les principaux victimes pourraient être les djihadistes ouighours, à l’instar des islamistes de Syrie. A trop vouloir servir de «chairs à canon» à des combats mercenaires décidés par des commanditaires dictés exclusivement par leur raison d’etat de leur propre puissance, le sort des supplétifs est inéluctablement scellé: Dindon de la farce d’une gigantesque duperie.

8 – La défection de trois pays musulmans alliés de l’Occident.

Devant une telle configuration, le Pakistan, le pompier pyromane du djihadisme planétaire pendant des décennies a paru amorcer une révision déchirante de ses alliances, renonçant à son ancien rôle de body guard de la dynastie wahhabite pour un rôle plus valorisant de partenaire de la Chine, la puissance planétaire en devenir, via le projet OBOR.

Deux autres pays musulmans, jadis alliés de l’Occident, lui ont emboité le pas: la Malaisie, et sans doute la Turquie, à moyen terme, frappée de sanctions économiques par les Etats Unis.

Si l’hypothèse du djihadisme anti bouddhiste se concrétisait, elle initierait une gigantesque tectonique des plaques à l’effet de sceller une alliance de fait entre la Chine et l’Inde, les deux états continents d’Asie, de surcroit non musulmans, en vue de terrasser l’hydre islamiste qui rôde à leur périphérie.

Pour aller plus loin

mardi, 15 octobre 2019

India’s Civilisational Identity and the World Order

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India’s Civilisational Identity and the World Order

 

Author: Zorawar Daulet Singh

As the neo-liberal world order declines, non-Western powers are uniquely equipped to manage the power transition and contestations over the basic tenets of the emerging system. India’s civilisational ethos of reconciling different ideas will be of immense value in navigating the uncertainty and turmoil at a critical juncture of world history.

Many in India bewail the decline of the so-called liberal world order. Yet, few ask whether India was even a part of that order or actually shared all the norms and values that underpinned it. As a consequence, much of the debate dwells on the assertion that, as a liberal democracy, India’s foreign policy and geopolitical choices must logically follow suit. In practice, this meant that India would share the burden of democracy promotion elsewhere in the world as well as join a camp of other democracies. Yet, that has not occurred as I have discussed previously (Singh 2018). But, for most, India’s choices are seen as pragmatic rather than as a result of a civilisational tradition.

Different from Liberal West

On the surface, India would seem like the ideal candidate for membership in a coalition of democracies. The Indian Constitution, along with a largely uninterrupted period of liberal democratic practice, has laid a normative framework that has been difficult to challenge by any serious political force. On human rights, freedom of speech, equality of opportunity, private property rights, political participation and peaceful transfer of power between competing parties or groups, and rule of law and access to justice, India is very much part of a liberal political tradition.

Yet, when India interacts with the world, other values and beliefs also come into play. This is because Indian thought is constituted by a variety of ideas, and being a liberal democracy is merely one of those identities. The Indian world view is a hybrid one, shaped by a combination of liberalism, a belief in a plural multi-civilisational world order, a unique colonial experience and postcolonial identity, an aspiration for regional leadership with a corresponding geopolitical identity, and Westphalian values of sovereignty and non-interference. Collectively, these have created a distinct world view and a prism through which India perceives and interacts with the world.

The Western tradition could not be more different. As American historian Eric McKittrick put it in the 1950s,

With nothing to push against it, [liberalism]1 thinks in absolutes; the occasional shadows which cross its path quickly lengthen into monsters; every enemy is painted in satanic terms, and it has no idea how it would behave if the enemy were either bigger or different. (Desch 2008: 10)

One study found that, between 1871 and 1965, “Liberal states waged 65 percent of non-major power wars (which almost always are against weaker states).” Another study found a similar pattern, with “Liberal states starting 100 percent of these wars of choice” (Desch 2008: 16). Extending this pattern to the last three decades would reveal a similar conclusion. There was, and still is, an ideological hubris and an ambition to change opposing systems in the Western mind. None of these facets are part of the Indian psyche and world view, and this makes superimposing concepts such as democracy promotion highly problematic in India’s case.

So, what makes India different? India’s social and political journey has been a process of competition, compromise, and adjustment between different ideas. The constitutional commitment to internal diversity and pluralism has shaped the outlook towards international politics too. Coexistence with ethnic, religious, and ideological diversity at home has often meant coexistence with alternative systems abroad. There is an innate illiberalism in American liberalism that does not prevail in Indian culture, which by historical tradition and experience is not so easily threatened or overwhelmed by rival “others.”

The introduction of civilisational values transforms this conversation. The biggest difference between India and the West is that the Western mind assigns little value to nationalism, culture, and civilisation. These are usually seen as anachronisms and obstacles in the path of homogenisation of political communities. Civilisation is seen as regressive and antithetical to the order and modernity that democracy and neo-liberalism are intended to bring. But, for India, it is a core value that enables rather than hinders its domestic order, social stability, and development.

 

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If we are going to address the puzzle of why India’s domestic system as a democracy does not impact its outlook and behaviour towards other states and the world order in general, we must also ask: What impact does India’s longer civilisational history and culture have on its foreign policy? This question needs to be addressed seriously. There might be a strong case to be made that India’s civilisational history allows for a more complex relationship and interplay with rival ideologies and moral frameworks. The prolonged ability to negotiate differences and handle ambiguities conditions Indian political and cultural thought as well as its international relations. It was on this basic foundation that other values and norms have been absorbed into Indian thinking; specifically, the Westphalian concept of sovereignty and India’s unique colonial experience that fostered and further strengthened nationalism and created a distinct geopolitical identity for India.

One key distinction between India and Western approaches is that the latter promote democracy by providing moral, diplomatic, and financial support to individuals and organisations that are openly resisting or challenging the political status quo in a state. India rarely enters into such interference that might defy the ruling regime and undermine the sovereignty of a state. India works with the legitimate government of the day to offer different types of assistance. India’s interventions are in concert with the recipient—to strengthen the recipient state and its people—while the Western approach is fundamentally one of changing the target state and its institutions in concert with a section of the polity. It is about creating or exploiting a divide between the state and the people.

This difference in approaches can only be explained by the absence of a historical determinism in Indian strategic and philosophical thought, which, unlike Western liberal or radical Marxist ideas, has never had a proselytising historical tradition nor an ideological vision of the world that insists on universality as a necessary prerequisite for a world order and geopolitical cooperation. It is no accident that India’s democracy has managed to survive in a region with diverse regimes and political systems. It is also instructive that India was among the first to embrace non-alignment and carve out its own path when confronted with rival ideologies, neither of which were entirely appealing to India’s identity, culture, and ethos. Prime Minister Narendra Modi’s multi-alignment is another version of that same philosophy, that India can find common ground and derive stable and mutually beneficial ties with a variety of different civilisational states and political systems.

Changing World Order

For the past decade, it is increasingly clear that the neo-liberal order, or at least the dominant variant of it that we had become familiar with, along with some of its institutions are losing their effectiveness to supply public goods and govern a more complex globalised system. The demands and range of interests of the global South and non-Western world will not only require major reforms of these institutions, but more likely the establishment of new institutions to fill the governance void. The process has already begun. It is also clear that India will be at the forefront of collaboration with other rising powers and some of the traditional great powers in experimenting with new regional institutions and norms to supply public goods and order around Asia.

Only when there is clarity about the type of world we would like to see emerge can we put forward ideas or concepts and practise them in our foreign policy. Do we seek a multipolar polycentric world order where different civilisational states are going to manage the international system in a less hierarchical way, which is another way of saying the democratising of international relations? This is the dominant voice of India. If the central strategic task is transitioning from a unipolar neo-liberal world order for the privileged few to a multipolar interdependent world order with many civilisational states as members of such an open and inclusive international community, then we need a reformed vision to accommodate the diversity and pre-empt the chaos that could ensue from the power transition that is already under way. And, there is no automatic correlation between regime types and this reformed world order.

This is not an abstract insight. All we have to do is look at India’s foreign policy during the phase when its identity as a democracy was at its peak: the post-2000 era. This is the period of deep engagement with the United States and its allies. And yet, when it came to ideas on world order, international security, global governance, reforming the Bretton Woods institutions, etc, India formed partnerships with a variety of rising or re-emerging powers and civilisations, often with different political systems that were unsatisfied with the prevailing order and the position of these states within that order. Over the past decade, this trend has become even stronger: BRICS (Brazil, Russia, India, China and South Africa), Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), and Shanghai Cooperation Organisation (SCO) are all manifestations of this. These international and regional networks or institutions have been established not because its members are ordered in identical ways internally, but because many of these states had similar ideas of world order, and it made sense to collaborate in transitioning the world towards those images.

The good news is that the basic framework of a liberal international order (as distinct from the ascendance and decline of neo-liberal ideology over the past few decades) is already extensive in its ability to assimilate diverse rising powers with different political systems. The challenge is renewing that basic structure of an open and rule-based system, while making the necessary adjustments to expand the institutional and normative capacity to accommodate a larger swathe of the non-Western world. As Ikenberry (2011: 65) correctly points out, “The world is not rejecting openness and markets; it is asking for a more expansive notion of stability and economic security.” It is neo-liberalism as a global ordering concept that has unravelled and been discredited in the past decade, not just because it failed to address the problem of growth and sustainable development, but also because it sought to negate the self-images of several resurging non-Western civilisations. But, an open global economic order with rules to guide interdependence is still very much a worldwide demand.

The alternatives to an open world order—spheres of influence, closed regional blocs, neocolonial mercantilist networks, or, in essence, a fragmented order—are not appealing to rising powers because they seek wider regional and global access. Having benefited from global interdependence, they want that basic normative framework of an open system to survive. Indeed, one of the deep ironies of contemporary international relations is that rising powers, such as India, China and others, have today become the vanguards or champions for a reformed rule-based economic order that can enable their domestic transformations to continue, while the established liberal great powers have become revisionist and conservative in their orientation.

indiappppppp.pngFinally, a word of caution: India has to be extremely careful about uncritically lapping up the “democracy promotion” discourse, which is often aimed at polarising Asia and the world, and denying many states the flexibility of pursuing more complex foreign policies and balance of power strategies (Singh 2018). In the 1950s, Jawaharlal Nehru went to the extent of instructing his diplomats to avoid phrases such as the “free world,” “iron curtain,” or any politically-charged binary that could let it appear that India was parroting Western Cold War rhetoric that potentially positioned it at a disadvantage vis-à-vis other major powers. Modi’s June 2018 speech at the Shangri- La Dialogue in Singapore echoed this approach (MEA 2018). Rejecting the idea that India has a singular identity that then must automatically place it in one coalition or bloc, the Prime Minister spoke of a multitude of groups and partners where the common link was not democracy or shared domestic political systems, but converging material interests or shared ideas and norms of the world order or overlapping concepts of security.

Again, what allows for such multi-directional interactions and plurality in India’s foreign policy is a civilisational conception of the world order as an open and inclusive community of states. Such a philosophy is anathema for liberal absolutism and its drive for universality, which shapes much of the tragedy of Western geopolitics.

Source: https://www.vision-gt.eu

lundi, 23 septembre 2019

Srinagar ne répond plus

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Srinagar ne répond plus

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Le 5 août dernier, en séance plénière de la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement qui représente les États et les territoires de l’Union indienne, le ministre fédéral de l’Intérieur, Amit Shah, par ailleurs président du BJP (Parti du peuple hindou) au pouvoir, lisait un décret présidentiel supprimant l’exception constitutionnelle du Cachemire indien.

Malgré la rébellion maoïste naxalite au Bengale-Occidental, au Karnataka et au Bihar, la question du Cachemire demeure le facteur principal de tension entre les trois puissances nucléaires indienne, pakistanaise et chinoise. À l’indépendance en 1947, la partition de l’ancien empire britannique des Indes s’effectue selon le critère religieux, ce qui favorise la formation d’un État musulman, le Pakistan alors constitué de deux territoires bien distincts : le Pakistan occidental, soit l’actuel Pakistan, et le Pakistan oriental qui accèdera à l’indépendance en 1971 sous le nom de Bangladesh.

Au moment de la partition territoriale, des millions d’hindous et de musulmans abandonnent leurs domiciles et s’installent dans leurs nouveaux États respectifs. Plusieurs souverains mahométans dont les sujets sont hindous auraient souhaité intégrer le Pakistan, mais leurs territoires enclavés en Inde furent prestement annexés et démembrés par les autorités centrales indiennes. Le maharadjah du Cachemire, Hari Singh, était lui un hindou régnant sur une population musulmane. Il rêvait d’un État indépendant, mais, face aux manœuvres pakistanaises, il décida finalement d’intégrer la jeune Union indienne, ce qui provoqua en partie la première des trois guerres indo-pakistanaises (1947, 1967 et 1971). Le Cachemire se retrouve depuis divisé. Le Pakistan contrôle le Nord-Ouest, les régions de Gilgit – Baltistan et de l’Azad Cachemire (« Cachemire libre » en ourdou). L’Inde en conserve le Sud-Est qui reçoit en 1950 le statut d’un État fédéré autonome, le Jammu-et-Cachemire. En 1962, au terme d’une guerre-éclair, l’Inde perd la vallée de Shaksgam au profit de la Chine qui la nomme Aksai Chin. Aujourd’hui, le glacier de Siachen est revendiqué par Pékin, La Nouvelle-Delhi et Islamabad. Alliée du Pakistan, la Chine reconnaît à demi-mot les revendications pakistanaises sur l’ensemble du Cachemire à l’exception bien sûr de l’Aksai Chin.

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Le décret du président Ram Nath Kovind, avec l’approbation du Premier ministre triomphalement réélu ce printemps, le nationaliste Narendra Modi, abroge les articles 370 et 35 A de la Constitution. Au 31 octobre prochain, le Jammu-et-Cachemire sera rétrogradé au rang de territoire de l’Union scindé en deux entités différentes : d’une part, le Jammu-et-Cachemire proprement dit avec le Jammu à majorité hindouiste et la vallée musulmane du Cachemire, d’autre part, le Ladakh à majorité bouddhiste. La révocation de ces articles constitutionnels supprime de facto la discrimination légale qui réservait la propriété foncière et immobilière aux seuls Cachemiris. Le gouvernement indien entend faire du Cachemire ce que les Chinois font aux régions rétives du Tibet et Xinjiang ouïghour, à savoir faciliter le peuplement massif des hindous.

Le matin du 5 août, le Jammu-et-Cachemire était coupé du monde : plus de communications, lignes aériennes interrompues, routes bloqués par des barrages militaires, touristes évacués la veille en urgence. La capitale, Srinagar, était soumise à un état de siège informel. La démonstration de force est aisée. L’armée indienne y maintient de nombreuses troupes en raison d’un voisinage conflictuel et du soulèvement indépendantiste plus ou moins islamiste lancé en 1989. Cette insurrection est encouragée et soutenue par les redoutables services secrets pakistanais.

Depuis quatorze mois, le Jammu-et-Cachemire traversait enfin une grave crise politique. En juin 2018, le BJP se retirait de la coalition gouvernementale locale, renversait le gouvernement et rendait l’État fédéré ingouvernable. En l’absence d’un parlement régional suspendu, il revenait dès lors au gouverneur de l’État, le représentant officiel du gouvernement indien, Satya Pal Malik, d’administrer directement la région et d’entériner la décision présidentielle.

Une course de vitesse démographique s’engage désormais. Les musulmans du Cachemire expriment leur impatience; ils pourraient dans les prochains mois ou dans les prochaines années renforcer la révolte séparatiste afin de devenir pakistanais ou d’obtenir l’indépendance. Le BJP veut par cet exemple entamer l’« hindounisation » du pays. Fin août, des milliers d’habitants de l’Assam ont été déchus de leur nationalité indienne. Le réveil national de l’Inde vient de commencer.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 139, mise en ligne sur TV Libertés, le 16 septembre 2019.

mercredi, 11 septembre 2019

L'impuissance militaire américaine dans la zone indo-pacifique

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L'impuissance militaire américaine dans la zone indo-pacifique

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

La zone indo-pacifique, priorité militaire pour le Pentagone

L'auteur de l'article de Strategic Culture cité en référence indique que selon le secrétaire de la Défense américain Mark Esper, le retrait des Etats-Unis du traité INF (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire ) n'a pas été motivé par la volonté d'établir des bases américaines dotées de tels missiles aux frontières de la Russie, mais de rassembler tous les moyens militaires disponibles pour faire face à une éventuelle attaque chinoise dans la zone indo-pacifique.

Mark Esper a confirmé que, conformément aux prescriptions du récent rapport sur la stratégie nationale de défense américaine, c'est la Chine et ensuite la Russie qui représentent le plus grand danger auquel sont confrontés les Etats-Unis. Il serait temps selon lui, de se préparer à passer de conflits de basse intensité avec ces deux pays pouvant se prolonger pendant des années à des conflits dits « de haute intensité ». Comme chacun sait, ceux-ci pourraient dégénérer en affrontements nucléaires.

On notera que Mark Esper n'a pas hésité à réaffirmer ceci au moment même où Donald Trump et Xi Jinping envisageraient une atténuation des « sanctions américaines » contre la Chine et des contre-sanctions chinoises. Cette atténuation est vivement souhaitée par les entreprises américaines qui vivent des échanges économiques entre les deux pays. Mais on peut penser que le Pentagone et ses alliés, notamment au Japon et en Corée du Sud, sont de plus en plus préoccupés par les missiles hypersoniques dont se dote actuellement la Chine, avec l'aide de la Russie. Un seul de ceux-ci, comme nous l'avons indiqué précédemment, pourrait s'il était bien placé envoyer par le fonds un porte-avions américain,

Ce qui les inquiète particulièrement aujourd'hui est l'acquisition d'armes anti-aériennes et anti-missiles du type du système anti-missile russe S400 par des pays essentiels à la sécurité américaine tels que l'Inde, la Turquie, la Syrie et même les Emirats Arabes Unis. Les stratèges américains reconnaissent que la supériorité militaire américaine est mise en échec par de tels bases ou navires équipés de ces missiles. Ceux-ci pourraient rendre impuissantes les forces armées américaines dans le Pacifique en seulement quelques heures de conflit.

Mais, comme l'écrit Strategic Culture, les Etats-Unis n'ont pas profité de cette situation pour proposer des accords de coopération avec la Chine et ses alliés. Au contraire, ils voudraient maintenant négocier avec leurs alliés la mise en place d'un Otan du Pacifique. Compte tenu des difficultés que les Américains rencontrent actuellement à utiliser l'Otan nord-atlantique pour établir des relations de coopération entre les membres de cette dernière, on doute que la perspective d'un Otan du Pacifique intéresse beaucoup d'alliés de l'Amérique dans cette zone.

Pour en savoir plus, voir

https://www.strategic-culture.org/news/2019/09/02/america...

L'auteur en est Matthew Ehret, fondateur et responsable de la Canadian Patriot Review et de la Rising Tide Foundation

Note au 05/09

Il convient de relativiser l'impuissance américaine  en mer de chine méridionale. L'US Navy vient de conduire des manoeuvres communes avec les marines de l'ASEAN, comme le relate l'article ci-dessous. Il est vrai que selon cet article, la Chine pratique de son côté de telles manoeuvres.  L'ASEAN ou Association des nations de l'Asie du Sud-Est est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est

https://www.asiatimes.com/2019/09/article/us-asean-float-...