Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 23 décembre 2025

Pickeresel, Julbock, figures anthropomorphes hivernales dans les traditions germaniques

643460-15-3857898276.jpeg

Pickeresel, Julbock, figures anthropomorphes hivernales dans les traditions germaniques
 
 
Les traditions hivernales européennes ont conservé, parfois de manière fragmentaire mais remarquablement cohérente, un ensemble de figures animales ou anthropomorphes qui occupent une place centrale dans le temps liminaire du solstice et des nuits d’hiver.
 
Loin d’être des survivances folkloriques isolées, ces figures expriment une logique symbolique profonde: lorsque le monde humain entre dans une phase d’instabilité cosmique, ce ne sont plus des figures strictement humaines qui assurent le passage, mais des animaux investis de fonctions mythiques.

603912973_1418200650306856_4239772599452612283_n.jpg

L’âne, le cheval ou le bouc constituent à cet égard un triptyque particulièrement révélateur, structuré autour de deux pôles divins majeurs du monde germanique et nordique, Wotan et Donar, connu dans le monde nordique sous le nom de Thor. Dans l’espace alémanique, la figure du Pickeresel ou Bickeresel offre un point d’entrée privilégié dans cette logique.
 
Le Pickeresel, personnage à la tête d'âne, visiteur nocturne, apparaît comme un être actif à la période de Noël, chargé de transporter des dons, mais aussi, à un niveau symbolique plus profond, d’accompagner le passage de l’année ancienne vers la nouvelle.
 
Cette fonction de portage silencieux, discrète et patiente, s’oppose en apparence à la violence de la Chasse sauvage, mais lui est en réalité complémentaire.
 
Là où le dehors est purgé par la tempête et le vacarme, l’intérieur est préservé par la continuité.
 
L’âne du Pickeresel n’est pas un choix anodin.
 
Dans l’imaginaire européen ancien, les équidés sont des animaux liminaires par excellence, associés aux voyages nocturnes, aux passages entre mondes et aux fonctions psychopompes.

602323777_1418201396973448_7081468411552779270_n.jpg

Le cheval, en particulier, est omniprésent dans les mythes de chevauchée des morts et de cortèges nocturnes.
 
Cette dimension apparaît de manière éclatante dans la figure de Wotan, dieu cavalier, meneur de la Chasse sauvage, qui traverse le ciel hivernal accompagné des âmes errantes.
 
Le cheval wotanique n’est pas seulement une monture : il est l’instrument même du passage entre les mondes, capable de franchir les frontières invisibles entre vie et mort, présent et hors-temps.
 
L’âne partage cette capacité de franchissement, mais sous une forme apaisée et domestiquée: il n’emporte pas les morts dans la tempête, il accompagne silencieusement la traversée.
 
Cette structure explique pourquoi, dans de nombreuses traditions hivernales, le personnage de Noël n’est presque jamais conçu comme se déplaçant seul.

Weihnachtsmann-und-weißes-Pferd-4286754221.jpg

Qu’il s’agisse du Weihnachtsmann, de Knecht Ruprecht, une monture est fréquemment présente.
 
Le traîneau tiré par des rennes, aujourd’hui perçu comme indissociable du Père Noël, constitue en réalité une invention tardive du XIXᵉ siècle, issue de la littérature et de l’illustration modernes.
 
Il a remplacé iconographiquement des montures terrestres bien plus anciennes, sans en effacer la structure profonde: celle du déplacement liminaire nocturne assuré par un équidé, porteur d’une souveraineté invisible héritée de Wotan.
 
Avec la christianisation, cette figure animale n’a pas disparu, mais a été recouverte d’une nouvelle lecture
 
L’âne est dans le christianisme, l’animal de l’humilité volontaire, du service silencieux et de la royauté inversée.
 
Associé à Jésus-Christ, il porte le sacré sans le posséder, transporte sans décider, accompagne sans dominer.
 
Il était présent à la crèche.
 
Il a porté le Christ lors de son entrée à Jérusalem, le dimanche des rameaux.

Julbock_Skansen_Nordiska_museet_NMA.0048125-1536x1110-810515031.jpg

Cette relecture a probablement permis l’intégration du Pickeresel dans un imaginaire chrétien, sans effacer entièrement ses fonctions plus anciennes de porteur liminaire et de passeur.
 
Dans certaines traditions locales, l’âne ne se contente pas d’accompagner le Christkindl, l'enfant Christ: il peut s’y substituer entièrement, devenant à lui seul la figure du don et de la visite nocturne, signe d’un archaïsme où l’animal suffit à incarner la fonction mythique.

918bf8c4f4e99371399cad3d01942a66-2989112632.jpg

Un second personnage joue un rôle tout aussi fondamental dans les traditions hivernales : celui du bouc, incarné de manière exemplaire par le Julbock.
 
Dans l’espace scandinave, le Julbock est l’une des figures les plus anciennes du solstice.
 
Animal anthropomorphe, parfois porté par des hommes masqués, parfois figuré comme porteur de dons ou comme visiteur nocturne, il est directement lié à la fertilité hivernale, à la force brute et à la violence contenue du renouveau.
 
À l’origine, le bouc n’est pas un symbole décoratif, mais l’expression d’une puissance sexuelle et vitale, associée à la survie du monde pendant la saison morte.

Thor-412716113.png

Ce lien renvoie clairement à Donar / Thor, dieu du tonnerre, de la foudre et de la fertilité.
 
Le bouc est son animal privilégié: dans la mythologie nordique, Thor se déplace dans un char tiré par deux boucs, dont la capacité à renaître après avoir été consommés exprime une logique cyclique de destruction et de régénération.
 
Le Julbock s’inscrit dans cette même dynamique: il n’est pas l’animal du passage des âmes, comme le cheval de Wotan, mais l’animal de la force vitale condensée, prête à réémerger après l’hiver.
 
Là où l’équidé transporte et guide, le bouc incarne et pousse.
 
La coexistence de ces deux figures animales (équidé et bouc) révèle une structuration profonde du cycle hivernal.
 
Le cheval, associé à Wotan Odin, gouverne le passage, la mort, la circulation des âmes et la souveraineté nocturne.
 
Le bouc, associé à Donar Thor, gouverne la force, la fertilité, la violence nécessaire au retour de la vie.
 
Ces deux dimensions ne s’opposent pas: elles sont parallèles et complémentaires. Ensemble, elles assurent la traversée de l’hiver et la possibilité du renouveau.
 
Cette logique ne se limite pas au monde germanique.

Mari_Lwyd_AI-1430411533.jpg

Au pays de Galles, la figure de Mari Lwyd (photo) offre un parallèle saisissant.
 
Personnage hivernal coiffé d’un crâne de cheval, porté par un groupe de chanteurs qui vont de maison en maison, la Mari Lwyd est à la fois effrayante, ludique et rituelle.
 
Le crâne de cheval, symbole explicite de mort, devient ici l’instrument d’une visite saisonnière bénéfique, accompagnée de chants et de joutes verbales.
 
Là encore, le cheval n’est pas décoratif : il est le support d’une fonction associée au passage de l’année et à la circulation entre vivants et morts.
 
À travers le Pickeresel, le Julbock et la Mari Lwyd, se dessine ainsi une structure européenne ancienne: lorsque le monde entre dans un temps hors norme, ce sont des animaux investis de fonctions mythiques qui prennent le relais des figures humaines.
 
Tantôt porteurs silencieux, tantôt incarnations de la fertilité et de la force brute, tantôt supports de la mémoire des morts, ils permettent d’exprimer des forces que l’homme ne peut plus assumer directement.

julbocken_petter_och_lottas_jul_elsa_beskow-phtchjf3kqantuoqvck8rg-3142445957.jpg

scandanivian-mythology-julbocken-yule-goat-and-tomte-taiche-acrylic-art-394996458.jpg

yule-goat-julbocken-132784614.jpg

Ces animaux ne sont pas des déguisements : ils sont des formes premières, plus anciennes que les personnages anthropomorphes modernes, et souvent plus fidèles à la logique profonde du cycle hivernal.
 
Le Pickeresel et le Julbock ne sont pas des curiosités régionales, mais deux expressions complémentaires d’un même langage symbolique.
 
Ensemble, ils forment l’ossature d’un imaginaire du solstice où la mort, la nuit et la renaissance ne sont jamais séparées, mais étroitement nouées dans le rythme profond de l’année.

20:09 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, traditions hivernales, julbock, bickeresel | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le suicide de l’Europe

1766269223075.png

Le suicide de l’Europe

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-suicidio-delleuropa/

Un suicide. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce qui se passe dans cette Europe, de plus en plus pauvre. Un suicide assisté par von der Leyen et les bureaucrates de l’Union. Ce qu’ils sont en train de causer, il semble impossible qu’ils ne comprennent pas.

Ils veulent la guerre. Contre la Russie, bien sûr. Et ils la veulent pour une série de raisons qu’il serait un euphémisme de qualifier de mesquines, misérables.

Car il ne s’agit pas de grandes visions idéologiques, même si celles-ci seraient erronées. Ce qui pousse cette brochette de Messieurs et de Mesdames à tout faire pour provoquer une guerre mondiale, est quelque chose de beaucoup, beaucoup moins… complexe.

Car il s'agit d'intérêts particuliers. La plupart du temps personnels. La soif de richesse. La corruption.

Et je pourrais allonger la liste…

Et c’est précisément cela qui rend la situation extrêmement dangereuse. Et, surtout, difficile à résoudre.

Car nous ne sommes pas face à un Napoléon ou, pire encore, à un Hitler. Mûs par des ambitions débridées, et une soif de domination absolue.

Mais face à des hommes et des femmes, qui, comme je le disais, agissent pour leurs intérêts personnels, mesquins. Incapables, simplement, de voir les choses, et de penser la réalité, dans une perspective plus large. En substance, au-delà du bout de leur propre nez.

Bien sûr, derrière Merz, Macron, von der Leyen et leurs acolytes, il y a des lobbies et des groupes financiers, plus ou moins obscurs, qui tirent d’énormes profits de la tension et du conflit.

Et pourtant, même eux doivent être vus, ou mieux, devraient être vus, en fin de compte, pour ce qu’ils sont: des “gnomes” malveillants, capables uniquement de penser à l’argent en vase clos, en faisant abstraction de tous les autres éléments du réel. D’accumuler, sans autre but que la possession. Et, en substance, aveugles à une vision plus large des choses.

Aucun grand rêve, aussi pathologique et erroné soit-il. Aucune vision de l’histoire ou de l’homme. Rien, absolument rien. Juste l’argent. L'argent, l'argent… seulement l’argent. Rien d’autre.

Et c’est précisément pour cela que la situation actuelle est devenue si dangereuse. Incontrôlable.

Parce qu’il n’y a pas une seule intelligence qui pense à la guerre. Et qui reconnaît aussi les risques que cela pourrait comporter.

En résumé, il n’y a pas d’intelligence. Mais plutôt un mélange d’instincts, d’orgueils, d’ambitions, d’intérêts…

Un enchevêtrement difficile à démêler. Et qui, cependant, peut tous nous mener à la ruine.

UE. L’état des choses

berlaymont-building-morning-brussels-belgium-june-houses-headquarters-european-commission-which-96350658-4167270067.jpg

UE. L’état des choses

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/ue-lo-stato-delle-cose/

Orbán, Fico et le Tchèque Babis, se tiennent à l’écart. Ils refusent de participer au méga-financement de Zelensky pour continuer la guerre, déjà perdue, contre la Russie.

Gaspillage d’argent, l’a qualifié Orbán, avec sa franchise habituelle et brutale.

Oui, gaspillage d’argent. Et pourtant, l’Union insiste pour en verser, à pleines mains, dans l’incendie ukrainien. Pour faire un cadeau – car il s’agit bien d’un cadeau – au régime le plus corrompu d’Europe. En faisant semblant d’ignorer le gaspillage commis par les oligarques de Kiev, qui envoient le peuple à la boucherie, mais qui se délectent de nombreuses subventions, soudaines et imméritées. Et les toilettes en or ne sont qu’un petit aspect de ce vol perpétré avec arrogance.

Il est toutefois intéressant de noter que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque se tiennent à l’écart. Orbán a été très clair. Et extrêmement dur. Donner encore de l’argent à l’Ukraine est une folie, inutile et délirante.

a489b131319a06275bb962e8b3d6ac4b.jpg

L’Union européenne, donc, s’est ainsi rompue formellement. Et ce n’est qu’un premier signal. Car le malaise grandit dans d’autres pays. Pas seulement en Europe de l’Est, compte tenu des positions, de plus en plus différenciées, de l’Espagne et de la Belgique.

Bruxelles, et surtout l’Allemagne et la France, ont tenté de sauver ce qui peut l’être. Les milliards pour Zelensky ne viendront pas des dépôts russes gelés en Europe. Ce qui aurait fait exploser la situation, menant à une crise financière sans précédent. Comme Lagarde de la BCE, elle-même, l'a déclaré.

Cependant, ce sont des sommes d’argent, considérables, qui seront dépensées aux dépens, et au détriment, des peuples européens. Qui devront payer le prix fort en subissant une réduction effrayante des services, de la santé, des salaires et des pensions.

Et tout cela uniquement pour financer Zelensky. Et pour permettre à von der Leyen de poursuivre sa politique belliciste démentielle. Aussi pour masquer la corruption de sa Commission. Et, bien sûr, la sienne propre.

Un fardeau que beaucoup de peuples européens ne sont pas disposés à accepter passivement.

Des manifestations, de véritables révoltes populaires, sont signalées à Bruxelles, Paris, dans toute la France et dans de nombreux autres pays, de la Grèce à l’Allemagne.

L’Allemagne, où Merz cherche à mettre en place une astuce juridique pour éliminer l’AfD, le parti populaire qui a, désormais, conquis tout l’est. Et qui progresse également massivement dans les Länder occidentaux.

Et l’AfD est absolument opposée au conflit avec la Russie. Car elle veut la paix…

Bien sûr, rien de cela n’est mentionné dans nos médias mainstream. L’Italie et les Italiens sont maintenus dans une sorte de stupeur, comme s’ils avaient été drogués. Et ils sont totalement désinformés.

Pendant ce temps, Meloni continue de jongler entre Washington et Bruxelles. Elle flatte tantôt Trump tantôt von der Leyen. Incapable, en substance, de prendre une décision claire. Ce qui pourrait lui coûter très cher au printemps prochain.

Et, surtout, ce qui coûte déjà très cher, bien trop cher, aux Italiens. Où une grande partie de l’opinion publique semble encore endormie. Étourdie et inconsciente.

Le seul espoir, ce sont les protestations croissantes des agriculteurs.

Espérons, justement, que ce soit un premier signe de réveil.

Physique et politique

71e2a02d13884fbfa17044b9e5f3eccf.jpg

Physique et politique

Alberto Giovanni Biuso

Source: https://www.grece-it.com/2025/12/13/fisica-e-politica/

Wolfgang Pauli, l’un des initiateurs de la physique quantique, donna un jour la réponse suivante à propos d’un article qui lui avait été soumis: « das ist nicht einmal falsch », « ce n’est même pas faux », car son contenu n’avait tout simplement aucun sens. En 2002, certains articles sur la gravité quantique écrits à Paris par les frères Igor et Grichka Bogdanov furent jugés, dès leur parution, comme une blague précisément parce que leur contenu était dépourvu de sens. Pourtant, ces articles avaient réussi à obtenir des avis positifs lors des procédures de peer review, c’est-à-dire l’évaluation que les revues scientifiques font des articles qui leur sont proposés. La suite de l’affaire montra qu’il ne s’agissait pas d’une farce, que les Bogdanov (photo) avaient écrit leurs textes avec de «sérieuses» intentions «scientifiques». Quoi qu’il en soit, cinq revues, dont trois très prestigieuses, avaient publié des textes remplis d’affirmations erronées ou absurdes.

Présentation_équipe_DMBC,_10_septembre_2016_-_5.jpg

Il s’agit d’un épisode très grave, qui s’explique aussi par le blocage dans lequel la physique théorique est enfermée depuis presque un demi-siècle. Après le développement des premières théories quantiques, on était arrivé dans les années soixante au soi-disant Modèle standard de ces théories. Depuis lors, aucun progrès substantiel n’a été enregistré et, au contraire, les grands objectifs de conciliation entre la théorie quantique et la relativité, ainsi que d’unification des quatre forces fondamentales de la matière en une Grande Théorie Unifiée, se sont révélés complètement infructueux.

81aXLeo3dsL._SL1500_-1878996417.jpgLa théorie qui semblait pouvoir atteindre cet objectif s’appelle la Théorie des cordes, devenue ensuite la Théorie des Supercordes. Cette théorie est un exemple éclatant de ce que le physicien quantique Lee Smolin n’hésite pas à qualifier de situation tragique de la physique théorique contemporaine: «Pour parler franchement, nous avons échoué: nous avons hérité d’une science, la physique, qui avait continué à progresser à une vitesse si grande qu’elle était souvent prise comme modèle pour d’autres sciences. Notre compréhension des lois de la nature a continué à croître rapidement pendant plus de deux siècles, mais aujourd’hui, malgré tous nos efforts, nous ne savons plus avec certitude plus de choses sur ces lois qu’au début des années 1970» (L’univers sans cordes. La fortune d’une théorie et les troubles de la science, éd. it.: Einaudi, Turin 2007, p. X). Étant donné le poids considérable que les sciences, et en particulier la physique, ont dans la société contemporaine, il s’agit d’une tragédie qui n’est pas seulement épistémologique, mais aussi une crise sociale montrant certaines racines profondes des situations que nous avons vécues ces dernières années. L’objectif de cet article sera donc de montrer le lien entre physique et politique.

Si la théorie quantique entre en conflit total avec la perception sensible et avec l’idée que chaque humain peut se faire de la réalité, celle des cordes la dépasse largement en audace théorique et en distance abyssale de toute expérience possible. En effet, elle soutient que les constituants de la matière ne sont pas des particules, mais des élastiques qui vibrent non pas dans quatre dimensions (hauteur, largeur, profondeur et temps), mais dans vingt-six, puis réduits à neuf (dans la version « supercordes »). Des dimensions que personne n’a jamais perçues ni expérimentées. Étant donné que le monde dans lequel nous vivons ne semble pas constitué de vingt-six ou de neuf dimensions, «pourquoi la théorie n’a pas été immédiatement abandonnée est l’un des grands mystères de la science» (Smolin, p. 104).

meme_pas_fausse-2349177276.gifLa théorie postule également l’existence de tachyons, des particules capables de voyager à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Mais «si cela se produit dans une théorie quantique des champs, c’est une indication très précise que cette dernière est en réalité incohérente. Un aspect problématique des tachyons est qu’ils peuvent transmettre des informations en arrière dans le temps, violant ainsi le principe de causalité» (Peter Woit, Pas même faux. L’échec de la théorie des cordes et la course à l’unification des lois de la physique, éd. it.: Codice Edizioni, Turin 2007, p. 149).

Un troisième élément fondamental de la théorie, capable de la rendre totalement invalide, est la nécessité de certains nombres/valeurs infinies, conduisant à «un nombre infini de théories» et «un nombre infini d’univers possibles» (Smolin, p. 198). Une théorie dotée de cette caractéristique ne peut être ni confirmée ni falsifiée par aucun expérience possible ou concevable, et ne peut donc faire aucune prédiction.

Un aperçu du vocabulaire de la théorie des cordes montre qu’on s’est très éloigné de toute théorie et pratique raisonnable du travail scientifique: «Il n’y a pas seulement le squark, le slepton et le fotino, mais aussi le déneutrino pour le neutrino, l’Higgsino pour le boson de Higgs et le gravitino pour le graviton. À deux, toute une arche de Noé de particules. Tôt ou tard, dans le fouillis du réseau de nouveaux noms et surnoms, on commence à se sentir un imbécile complet. Ou un imbécile parfait. Ou quelque chose du genre» (Smolin, p. 75).

Il s’agit d’une théorie qui existe et opère dans un monde qui n’a rien à voir avec la matière, mais presque uniquement avec des équations mathématiques, donc avec les aspects purement formels de la connaissance humaine. Des aspects qui, dans cette théorie, tendent à devenir le fruit de spéculations audacieuses et de fantasmes débridés. L’infalsifiabilité et l’incapacité de formuler des prédictions physiques précises privent la théorie des cordes du nécessaire rigorisme scientifique. Ce n’est même pas une théorie, en réalité, mais une «espérance irréalisée qu’une théorie puisse exister» (Woit, pp. XVI et 209). Le charme qu’elle exerce sur de nombreux physiciens ne vient pas de ce qu’on en sait, mais plutôt des espoirs personnels des physiciens qui y ont consacré toute leur vie.

7c8797_2ae2112a95d14f9eabd0fa7b512a24a3mv2-3685975515.jpgCet élément si psychologique et existentiel contribue à expliquer comment une telle non-théorie (ou «théorie du rien», comme l’a qualifiée le cosmologiste Lawrence Krauss) non seulement continue d’exister, mais concentre aussi le travail de la majorité des physiciens théoriciens et, surtout, parvient à obtenir des sommes vraiment impressionnantes de la part des organismes qui financent la recherche aux États-Unis. Les raisons sont nombreuses, même si elles se ressemblent.

La première, comme mentionné, est la difficulté compréhensible pour des chercheurs célèbres ou moins célèbres de déclarer l’échec d’une vie de recherche, en plus de la démonstration de leur insistance irrationnelle sur une théorie qui s’est révélée infondée.

La deuxième raison est la structure fidéiste qui sous-tend cette théorie, constituée par des calculs mathématiques de plus en plus longs, labyrinthiques et incompréhensibles, qui la rendent semblable aux questions proverbiales de la scolastique médiévale sur la «sexualité des anges». Sheldon Glashow, prix Nobel de physique, s’est exprimé ainsi pour souligner le danger irrationnel de la théorie des supercordes: «Combien d’anges peuvent danser sur la tête d’une aiguille? Combien de dimensions y a-t-il dans une variété compactifiée, 30 puissances de dix plus petites qu’une tête d’aiguille?» (Woit, p. 178).

9782290151150-475x500-1-1535544969.jpgFinalement, cette théorie ne possède même pas la beauté mathématique qui, à ses débuts, avait suscité tant d’enthousiasme, étant devenue une théorie dépourvue d’élégance formelle et qui, pour se sauver, recourt de plus en plus à la version contemporaine de l’asile de l’ignorance, le principe anthropique, basé sur la tautologie selon laquelle si nous existons, c’est que l’univers comporte les conditions de notre existence. Ce n’est pas un hasard si la théorie des cordes est devenue un domaine défendu et soutenu par diverses formes de contamination entre la physique et la New Age, dont l’exemple le plus célèbre est Le Tao de la physique de Fritjof Capra.

Une hypothèse présentée il y a un demi-siècle comme la «théorie définitive», capable d’unifier toute autre perspective, est en réalité devenue un obstacle au développement scientifique, un obstacle à l’élaboration, à la conception et à la démonstration de nouvelles théories et de différentes hypothèses sur le temps, l’espace, la matière et les particules. Un obstacle non seulement épistémologique ou théorique, mais aussi empirique, jusqu’à la violence.

Woit lança en 2004 un blog dédié à la théorie des cordes. L’un de ses résultats fut que «l’un des plus fervents partisans de la théorie des cordes, un membre de la faculté de Harvard», écrivit dans ce blog un commentaire affirmant que ceux qui «critiquaient les financements à la théorie des cordes étaient des terroristes qui méritaient d’être éliminés par l’armée des États-Unis. Ce qui m’a le plus effrayé, c’est qu’il semblait parler sérieusement» (Woit, p. 230).

Edward-Witten+2015-656993071.jpg

La convergence toujours désastreuse du principe d’autorité et du conformisme diffus dans la société a trouvé son emblème dans un mathématicien exceptionnel. Edward Witten (photo) est le véritable gourou de la théorie des supercordes, devenue avec lui la Théorie-M. Que signifie cette appellation? La réponse de Witten est la suivante: «M signifie magie, mystère ou membrane, selon les goûts» (Woit, p. 158). La Théorie-M n’a aucun contenu précis, elle n’existe pas, ce n’est qu’un désir de théorie. M peut donc aussi signifier le Messie attendu d’une physique réduite à une version inquiétante de l’attente de Godot.

«Inquiétante» n’est pas un adjectif d’effet ou une formule rhétorique. Le déclin de la physique montré par le parcours qui, de la théorie quantique, a conduit à la Théorie-M, est une manifestation plutôt évidente du crépuscule de l’esprit scientifique, qui touche aussi des problèmes tels que le changement climatique de la planète Terre et les choix politiques et institutionnels durant la crise du Cov id19. L’un des éléments philosophiques et politiques communs à ces questions est en effet une autre théorie, c’est le Postmodernisme devenu un instrument de négation et d’affirmation: négation de la réalité, des données, de l’empirie, de la rationalité; affirmation à leur place d’une série de principes politiques et éthiques selon lesquels la vérité est la prérogative de celui qui sait mieux imposer sa vision du monde.

71JjWHK3hPL-3975843473.jpgSmolin a écrit que la théorie des cordes dessine une véritable «physique postmoderne», formule non ironique, utilisée par ses propres partisans et non par ses opposants: «La sensation était qu’il ne pouvait exister qu’une seule théorie cohérente pour unifier toute la physique, et comme la théorie des cordes semblait le faire, elle devait être correcte. Il ne fallait plus dépendre des expériences pour vérifier les théories! C’était du Galileo. Désormais, seule la mathématique permettait d’explorer les lois de la nature. Nous étions entrés dans l’ère de la physique postmoderne» (Smolin, p. 117).

Woit souligne aussi « l’étonnante analogie entre la façon dont la recherche sur la théorie des cordes est menée dans les départements de physique et celle dont la théorie post-moderne est menée dans les départements des sciences humaines » (Woit, p. 206). Une affinité qui a pour objectif de conditionner et d’obéir à l’ensemble de la communauté sociale aux vérités présentées comme telles par des «experts» dont le langage semble obscur jusqu’à l’incompréhensibilité. La domination devient évidemment plus forte si les jeux linguistiques du postmodernisme sont soutenus par la force des médias et de la police.

249dcc3d17c4ddc5ac85e5b5142dc078.jpg

Ceux qui suivent les programmes de recherche dominants, même s’ils sont fondés sur des désirs et des fantasmes, comme la théorie des cordes, reçoivent des chaires et des financements. Ceux qui veulent explorer des champs et des perspectives «hérétiques» n’obtiennent ni l’un ni l’autre. Au contraire, la physique contemporaine tend à se fermer et donc à mourir. Il s’agit d’un cas et d’un exemple très préoccupant: une affaire qui semble relever du domaine restreint et abstrait de la physique des particules montre ainsi son lien profond avec les formes les plus avancées et efficaces du pouvoir contemporain.

Alberto Giovanni Biuso

16:33 Publié dans Science, Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sciences, science, physique, théorie des cordes | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le Décalogue de Friedrich List

21964_p1410275-1637458963.jpg

Le Décalogue de Friedrich List

Source: https://civenmov.blogspot.com/2025/09/decalogo-de-friedri...

List_-_Nationale_System_der_politischen_Ökonomie,_1930_-_5860425.tif.jpgFriedrich List (Reutlingen, 1789-1846), économiste allemand visionnaire, pionnier du développement économique, s’est fait connaître dans le domaine des idées par sa défense inconditionnelle du protectionnisme ainsi que des investissements publics dans les infrastructures (ports, routes, chemins de fer, télégraphes) et dans l’éducation en tant que moteurs essentiels du développement industriel, face au libre-échange et à la mondialisation économique naissante au début du 19ème siècle. Fonctionnaire, activiste et journaliste, ses idées réformistes, notamment l'idée de Zollverein (une proposition d’union douanière allemande), ont été alimentées par son exil en Amérique du Nord, où il s’est développé en tant qu’industriel et investisseur dans l’exploitation minière, tout en promouvant dans la presse les idées contenues dans son œuvre majeure de 1841: Le Système National de l’Économie Politique (Das nationale System der politischen Ökonomie), destiné à soutenir l’industrie naissante aux États-Unis face à la concurrence déloyale britannique. À la fin de sa période américaine, il fut nommé consul de Saxe.

JoseManuelBalmaceda.JPGEn Amérique du Sud, José Manuel Balmaceda (Président du Chili, 1886-1891 - portrait) et Juan Domingo Perón (Président de l’Argentine lors de trois mandats entre 1946 et 1974) ont mis en pratique la pensée développementiste listienne, en promouvant l’industrialisation, les infrastructures et la substitution des importations pour réduire la dépendance extérieure, malgré la résistance de l’oligarchie terrienne et minière, du Congrès et de la Marine (c'est-à-dire les intérêts pro-britanniques) dans le cas de Balmaceda, et de l’oligarchie agro-exportatrice, des militaires anti-peronistes, des secteurs libéraux, syndicats et de l’Union Civique Radicale dans le cas de Perón.

Après près d’un siècle de méfiance et de boycott de la politique centrée sur l’État, en 1948, la Comisión Económica para América Latina y el Caribe (CEPAL) a été créée à Santiago du Chili, ravivant les idées de List sur le protectionnisme économique sélectif et le développement industriel endogène, sous l’influence notamment du célèbre économiste Raúl Prebisch (photo), qui fut secrétaire exécutif de l’organisation entre 1950 et 1963. 202210141538.jpgPrebisch, pionnier dans l’étude du structuralisme économique et de la théorie de la dépendance, a formulé une hypothèse pertinente sur la dégradation des termes de l’échange entre les économies industrialisées et les pays producteurs de matières premières.

Aujourd’hui, dans le monde postlibéral, les idées de Friedrich List, notamment son insistance sur le protectionnisme et le développement industriel dirigé par l’État, résonnent profondément dans le modèle économique chinois, caractérisé par la planification centralisée, la protection des industries stratégiques, d’énormes investissements dans des projets d’infrastructure mondiaux comme l’Initiative Belt and Road, et la priorité donnée à l’éducation technoscientifique dans le cadre des "Quatre Modernisations", une politique ambitieuse depuis 1978 visant à transformer la Chine en une grande puissance moderne. Depuis les réformes de Deng Xiaoping, qui ont ouvert la Chine au marché mondial tout en maintenant un contrôle étatique fort, jusqu’à la direction de Xi Jinping, qui a consolidé cette vision avec un accent mis sur l’autosuffisance et l’influence sur le reste du monde, la Chine a adapté ces principes aux défis du 21ème siècle, projetant un modèle de développement efficace et souverain stratégiquement.

Ha-Joon_Chang_profile.jpgLes économistes contemporains tels que Ha-Joon Chang (photo), Erik S. Reinert, Dani Rodrik, Mariana Mazzucato, Joseph Stiglitz, Alice Amsden, Robert Wade, Justin Yifu Lin, Sanjaya Lall et Keun Lee renforcent les thèses de List, en promouvant le protectionnisme et les politiques publiques industrielles, en opposition aux économistes et écoles libérales: l'école de Chicago, l'école autrichienne, les théories néoclassiques et le Consensus de Washington, qui privilégient le libre marché et une intervention étatique minimale, aggravant ainsi les défauts de la mondialisation désordonnée (augmentation des inégalités, instabilité financière, migrations massives, stagnation des économies industrialisées et pauvreté dans les pays en développement).

Dani-Rodrik-American-4005981306.jpgChang et Reinert ont démontré que le protectionnisme historique a catalysé l’industrialisation dans les nations développées; Rodrik (photo) et Stiglitz ont montré les limites du marché dérégulé pour générer un développement équitable; Mazzucato souligne le rôle de l’État entrepreneurial dans l’innovation technologique (exemple notable: la Silicon Valley aux États-Unis), réfutant la suprématie du secteur privé; et Amsden, Wade, Lin, Lall et Lee mettent en avant le succès des “tigres asiatiques” (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan) grâce à des politiques étatiques ciblées, dépassant les résultats des recettes libérales et consolidant un paradigme de souveraineté économique et de compétitivité mondiale.

Le Décalogue de Friedrich List

1. Protection de l’industrie nationale : Les pays en développement doivent mettre en place des droits de douane et des politiques protectionnistes pour favoriser la croissance de leurs industries locales face à la concurrence étrangère.

2. Priorité au pouvoir productif : Le développement économique doit se concentrer sur l’augmentation de la capacité de production d’une nation, et non seulement sur l’accumulation de richesse immédiate.

3. Différenciation entre les économies : Les politiques économiques doivent s’adapter au niveau de développement de chaque pays ; ce qui profite à une nation industrialisée n’est pas toujours approprié pour une économie en développement.

4. Importance de l’industrie manufacturière : La fabrication est essentielle pour le progrès économique, car elle génère de l’innovation, de l’emploi et une richesse durable.

5. Infrastructures comme base du développement : L’État doit investir dans les infrastructures (transports, communications) pour intégrer les marchés internes et renforcer l’économie.

6. Éducation et formation technique : Le développement économique nécessite une population instruite et qualifiée, capable de stimuler l’innovation et la productivité.

7. Intervention stratégique de l’État : Le gouvernement doit jouer un rôle actif dans la planification et la promotion de secteurs économiques stratégiques.

8. Unité économique nationale : L’intégration des marchés internes et la coopération entre régions au sein d’une nation sont essentielles à la croissance économique.

9. Critique du libre-échange absolu : Le libre-échange profite principalement aux nations déjà industrialisées, tandis que les économies émergentes ont besoin d’une protection temporaire.

10. Vision à long terme : Les politiques économiques doivent privilégier le développement durable et l’indépendance économique de la nation plutôt que les gains à court terme.