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mardi, 11 janvier 2022

Les religions des Celtes et des peuples balto-slaves: une étude classique de Vittore Pisani

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Les religions des Celtes et des peuples balto-slaves: une étude classique de Vittore Pisani 

Giovanni Sessa

Source: https://www.paginefilosofali.it/le-religioni-dei-celti-e-dei-popoli-balto-slavi-uno-studio-classico-di-vittore-pisani-giovanni-sessa/


Vittore Pisani, éminent chercheur décédé en 1990, a apporté du prestige à la tradition des études philologiques et historico-religieuses. Il enseignait aux universités de Florence et de Cagliari et, plus tard, à l'université de Milan, qui avait déjà intégré l'Académie royale scientifique et littéraire, où Graziadio Isaia Ascoli de Gorizia avait auparavant enseigné. L'illustre savant de la région d'Isonzo a eu le mérite de libérer la glottologie des contraintes méthodologiques qui la rattachaient jusqu'alors à l'histoire comparée des langues. Pisani a travaillé sur la base de l'intuition d'Ascoli. C'est ce que rappelle Maurizio Pasquero dans l'introduction d'un important ouvrage du philologue, Le religioni dei Celti e dei Balto-Slavi nell'Europa preeristiana. Le volume vient d'être publié par Iduna editrice (pour les commandes : associazione.iduna@gmail.com, pp. 101, euro 12.00).

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La première édition du livre était sortie en 1950. Il s'agissait d'une réélaboration d'une série d'écrits que l'auteur avait publiés dans la prestigieuse Storia delle religioni, éditée par UTET et dirigée par Pietro Tacchi Venturi, connu comme le "jésuite de Mussolini". Le texte a la rigueur d'une étude académique mais est en même temps capable d'impliquer le lecteur non-spécialiste.

Le trait qui se dégage immédiatement des œuvres de Pisani est la dimension fabulatrice et impliquante de la prose. Le volume en question s'ouvre sur une discussion de la religion des Celtes. L'auteur part de la présentation de l'état "fluide" dans lequel se trouvait l'Europe primitive, suspendue entre les cultes chthoniques-féminins des religions indo-méditerranéennes et la nouvelle vision dont les envahisseurs eurasiens étaient porteurs. Ces derniers avaient une vision patrilinéaire et, par conséquent, leur monde était "socialement stratifié, élevant [...] des figures majoritairement masculines dans leur panthéon céleste" (p. IV). Dans l'exégèse des cultes des peuples étudiés, un mélange des deux cultures émerge. Du point de vue de la méthode, il faut tenir compte du fait que les informations dont nous disposons sur la période la plus archaïque des religions des Celtes et des Balto-Slaves sont limitées et, dans les périodes ultérieures, viciées par les interprétations romaines et chrétiennes.

Au centre de la religion celte se trouvait la caste sacerdotale des druides, qui transmettait oralement le savoir sacré. Le Keltiké des origines avait l'apparence d'"une religion homogène, polythéiste, fortement liée aux manifestations de la nature" (p. V) mais, au fil du temps, elle a subi une transformation. Les druides exerçaient à la fois des fonctions sacerdotales, thaumaturgiques et magiques et, selon la leçon de Lucian : " ils transmettaient la doctrine de la transmigration des âmes. Mais cela [...] n'excluait pas la croyance en un "autre monde"" (pp. V-VI). Les druides officiaient lors du rituel, car ils étaient les intermédiaires de la divinité suprême, que César identifiait au Dis pater. Parfois, ils présidaient à des sacrifices humains. Ces pratiques sont stigmatisées négativement par les commentateurs gréco-latins. En réalité, la pratique de "la décapitation des ennemis n'était pas un acte de cruauté gratuite, les Celtes honoraient un vaillant adversaire et, pour célébrer sa mémoire, conservaient et exposaient sa tête" (p. VI). La triade divine suprême était représentée par Taranis, " la foudre ", Teutates, le " dieu des armées ", Esus, le dieu " sanglier ", suivis de divinités mineures comme Ogma, le dieu " éloquence ", et Cernunnus, le dieu " cerf ", en référence au Paśupati védique, Seigneur des animaux. Il y avait aussi des dieux féminins et une foule de nymphes, qui étaient honorés dans des sanctuaires naturels en plein air.

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La religion des Slaves, selon Pisani, était un système hénothéiste caractérisé par un arrangement dans lequel excellait Perun, le dieu suprême, auquel le chêne était consacré. Il était souvent représenté sous la forme du feu, prenant également le nom de "dieu de la chaleur de l'été". Il y avait aussi des dieux anthropomorphes et d'autres avec plus d'un buste ou plusieurs bras, des caractéristiques qui indiquent de possibles influences orientales. Chez les Slaves, la déification des phénomènes naturels était très répandue : le feu, les sources, les forêts, les arbres, où l'on vénérait un nombre considérable d'elfes ruraux, souvent de nature maléfique.

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Dans le culte domestique, les divinités tutélaires, semblables aux Penates romains, étaient importantes. Les rites funéraires comprenaient l'incinération et l'inhumation. En général, la crémation consistait à placer le cadavre dans une barque et à y mettre le feu. Les femmes pouvaient devenir prêtresses : la pratique de la mantique leur était attribuée. Les lieux de culte étaient des constructions en bois, sur le modèle nordique, mais "les forêts étaient le lieu de culte privilégié, tout comme les arbres étaient la résidence des dieux" (p. X).

La religion des Baltes révèle, dès le début, une harmonie évidente avec la religion indo-européenne primitive. Le père suprême était Perkúnas, une divinité ouranienne dont l'attribut était la foudre et qui est souvent identifiée au feu perpétuel, le Soleil. C'est ce que raconte le mythe de Teljavel, le forgeron qui aurait forgé le disque solaire et l'aurait placé dans le ciel. La mère du dieu suprême, Perkunatete, lavait chaque nuit le Soleil dans l'Océan pour que, le lendemain, régénéré, il brille à nouveau sur le monde.

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Parmi les divinités telluriques, un rôle important était joué par Kurkas, dieu de la fertilité. En son honneur, dans la Pologne du milieu du siècle dernier, la dernière gerbe de la récolte était encore érigée en forme de phallus. La déesse Pergrubias occupe une place centrale, faisant référence au printemps, à l'éternelle renaissance de la vie. Son culte était accompagné de celui de Pūšátis, seigneur des bois, qui vivait parmi les racines d'un sureau et était suivi par de nombreux elfes. La triade suprême du Panthéon prussien était représentée par Patelus, Perkúnas et Patrimpas. Patelus était vénéré comme un aîné, tandis que Patrimpas avait les traits d'un jeune homme. Leur pouvoir était contré par le malveillant dieu chthonien, Vēlionis, gardien des âmes et praticien de la magie noire. Les landes, les eaux et les forêts étaient considérées comme sacrées: "Les cultes religieux se déroulaient principalement en plein air et consistaient en des sacrifices qui [...] comprenaient des offrandes végétales et animales" (p. XIII). Le temple le plus important se trouvait à Romowe et le culte était présidé par un pontifex maximus.

 Il s'agit d'un livre important, car il met en lumière les aspects essentiels des religions archaïques, encore peu connues aujourd'hui, mais pertinentes pour la définition de l'ubi consistam de la Tradition européenne.

 Giovanni Sessa

vendredi, 24 décembre 2021

Honneur à Terminus, le dieu des frontières

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Honneur à Terminus, le dieu des frontières

Diego Fusaro

Ex: https://www.geopolitica.ru/es/article/honor-terminus-el-dios-de-las-fronteras

Terminus : c'était le nom de la divinité limite adorée par les Romains dans un temple spécial sur la colline du Capitole. En son honneur, des pierres ont été plantées pour marquer les limites des fermes. Ovide le célèbre en vers dans les Fastos (II, vv. 640-650) : " Que le dieu dont la présence marque les limites des champs soit dûment célébré. O Terme, qu'il s'agisse d'une pierre ou d'un poteau planté dans le champ, tu as un pouvoir divin (numen) depuis l'antiquité". Hegel n'a pas tort lorsque, dans ses Leçons sur la philosophie de la religion, il affirme que la religion des Romains, à la différence de la religion grecque, fondée sur la beauté, est la " religion de la finalité extérieure ", dans le panthéon de laquelle les dieux sont compris comme des moyens pour la réalisation de fins entièrement humaines : le Terminus n'échappe pas non plus à cette logique, car il incarne la nécessité très matérielle et même banale de subdiviser la terre.

Les Terminalia étaient aussi les fêtes dédiées au dieu, introduites par Numa Pompilius pour le 23 février : à l'occasion de la fête, les deux propriétaires des frontières adjacentes couronnaient de guirlandes la "statue" du dieu, une simple pierre fichée dans le sol, et érigeaient un autel grossier. La fête publique s'est déroulée à la borne du kilomètre VI de la voie Laurentienne, identifiée à la limite originelle du territoire de l'Urbs.

On peut raisonnablement affirmer que l'essence de la frontière, outre la figure de Terminus, peut également être déchiffrée à travers un autre dieu romain, Janus, la divinité dont les deux visages font allusion au passage. Du dieu Janus dériverait la même devise ianua, qui renvoie à la "porte" comme figure par excellence d'un passage réglementé et qui remplit donc de manière paradigmatique la fonction de frontière entre l'intérieur de la domus et son extérieur. La ville de Gênes elle-même devrait, selon certains, devoir son nom à sa position particulière d'ianua régulatrice du transit biunivoque entre les puissances thalassiques et telluriques.

De ce point de vue, le "con-fino" indique une vérité aussi simple que profonde : à savoir que séparer et relier sont deux faces différentes d'un même acte, représenté par ce seuil par excellence qu'est la porte, dont l'ontologie fondamentale (par rapport à celle du pont) fait d'ailleurs l'objet d'une importante étude de Simmel. Une maison sans portes et sans accès n'est plus une maison, mais une forteresse, un espace clos inaccessible et, pour ceux qui y sont enfermés, une prison oppressante. Contrairement au mur, qui est hermétiquement fermé, la frontière sépare en unissant et unit en séparant : son essence est relationnelle, car elle favorise la relation dans l'acte même de veiller à ce que les personnes liées restent distinctes.

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Le mur, par son essence même, est un finis matérialisé, sans le "avec" du cum-finis : l'autre est exclu et caché, refusé au toucher et à la vue, expulsé dans sa forme la plus radicale. L'autre est exclu et caché, privé du toucher et de la vue, expulsé dans sa forme la plus radicale. Le mur érigé par Israël en Cisjordanie, avec sa volonté explicite de se désengager, même visuellement, des Palestiniens, en est un sinistre exemple, parmi tant d'autres. En tant que seuil et limite osmotique, la con-fine est au contraire un seuil relationnel : elle reconnaît l'altérité de l'autre et le rend égal à nous en tant que sujet, acceptant et confirmant ainsi cette variété irréductible de l'être et du monde que le mur et la traversée voudraient nier.

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Dans sa logique sous-jacente, la frontière est donc le non-reniement de l'autre et, en outre, le fondement de toute relation possible avec l'autre, puisqu'elle présuppose toujours - cela va de soi - que l'autre est. On dit souvent, sur un ton désormais proverbial, que nous avons besoin de ponts et non de murs. C'est vrai, à condition d'apporter une double précision, qui n'est pas oiseuse : a) tout pont n'est pas relationnel, puisque nous savons, depuis Les Perses d'Eschyle, que le pont a aussi une possible fonction martiale et agressive ; b) le pont existe tant qu'il y a deux rives différentes qui se relient, ce qui nous permet de comprendre le pont lui-même comme un cas spécifique de frontière et, donc, de relation entre des identités différentes.

Il ne faut pas oublier que la génération elle-même a lieu sous la forme d'une relation à double sens, et aussi sous la forme d'un choix d'ouverture à l'autre et de relation avec lui sans perdre sa propre différence : la frontière qui marque la différence de genre entre le masculin et le féminin et la différence ontologique entre le Je et le Tu ne nie pas la relation, mais la garantit. En garantissant la différence, elle rend possible la relation et la reconnaissance de manière fructueuse.

Source première: https://avig.mantepsei.it/single/onore-a-terminus-il-dio-del-confine

Pour la défense de Noël

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Pour la défense de Noël

par Enric Ravello-Barber

Ex: https://www.enricravellobarber.eu/2021/12/en-defensa-de-la-navidad.html#.YcWqF1njKUk

Le 30 novembre, la Commission européenne a retiré le "dossier inclusif" demandant de ne pas utiliser le terme "Noël". Les protestations et l'indignation générale ont empêché la réalisation du projet et l'UE l'a retiré. Le dossier avait été proposé par la commissaire à l'égalité, la socialiste maltaise Hellena Dalli, pour qui les vœux de Noël "excluent les citoyens européens d'autres origines". Cependant, trois jours après avoir présenté le projet anti-Noël, Dalli a officiellement félicité la Hanukkah juive. Cette fois, l'indignation populaire a empêché le projet de loi de passer, mais l'attaque contre les traditions européennes n'a plus besoin d'être déguisée.

Depuis des milliers d'années, les derniers jours de décembre sont vécus de manière particulière dans toutes les cultures européennes. Aujourd'hui encore, au milieu d'une époque post-moderne où tout est dissous et oublié, ces célébrations sont toujours présentes.

Nous ne nous étendrons pas sur la manière personnelle dont chacun interprète et ressent sa signification.  Pour la plupart des Européens, elle symbolise la naissance du Christ, mais nul ne peut ignorer que le mythe vécu de nos jours remonte à l'aube de notre civilisation commune.

Ce n'est pas le sujet de cet article de débattre sur le fait que l'Église a mis longtemps à reconnaître la date du 25 décembre comme étant celle de la naissance du Christ, et que cette date était précisément celle du jour du "Sol invictus" à Rome, ou celle de la naissance de Mithra, qui naît dans une grotte, entre une mule et un bœuf. Son culte, le mithraïsme, était une religion d'origine aryenne-persane répandue dans l'Empire romain. Parmi les iconographies de Noël d'origine biblique, nous trouvons également les Mages d'Orient. L'Orient est l'ancienne Perse et le terme "mages" est dérivé du persan "ma-gu-u-sha", qui désigne les prêtres de la religion aryenne-persane zoroastrienne. Les Rois mages, qui en Espagne sont ceux qui apportent des cadeaux aux enfants dans la nuit du 5 au 6 janvier, sont ceux qui en apportent aussi au Christ nouveau-né : Melchior lui donne de l'or "comme un roi", Gaspar de l'encens "comme un dieu" et Balthazar de la myrrhe "comme un homme qui va mourir". Les trois rois symbolisent également les trois âges de l'homme. Il faut attendre le XVe siècle pour voir une représentation dans laquelle Balthasar apparaît comme un roi noir ; l'Église a justifié ce changement en prétendant qu'il symbolisait les races des trois continents connues jusqu'alors, mais la référence alchimique : Melchior-blanc ; Gaspar-rouge ; Balthasar-noir est facile à voir. Les Mages sont représentés pour la première fois dans la célèbre mosaïque de Saint Apollinaire le Nouveau à Ravenne, datée du 6e siècle, où ils sont représentés comme des Perses.

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Dans la plupart des pays européens, le personnage qui apporte des cadeaux aux enfants est historiquement associé à saint Nicolas, mais le parallélisme iconographique avec Odin, un dieu barbu coiffé d'un grand chapeau qui traverse le ciel sur Sleipnir, son cheval à huit pattes, la nuit du 21 décembre, renvoie à un symbolisme et à des divinités plus anciens, à des cultes ancestraux.

L'élément iconographique qui fait le plus référence à Noël est sans aucun doute l'arbre, qui, dans les cultures indo-européennes, est le symbole de l'union de la Terre et du Ciel. "Le sapin de Noël est issu des anciennes traditions occidentales : il est une survivance populaire de l'arbre sacré Yggradsil des pays nordiques, il est l'Axe de la Vie Universelle, tout comme la colonne vertébrale est l'Axe biophysique de l'Homme", déclare Marc de Smedt dans le numéro de décembre 1974 de la revue "Le Nouvel Observateur". Ce sont précisément des immigrants allemands et des soldats de Hesse, recrutés par George V pendant la guerre d'indépendance, qui ont apporté le sapin de Noël aux États-Unis. Dans les pays méditerranéens, on utilise également le pin et l'olivier, qui ont la même signification.

Ce qui est célébré ces jours-ci est précisément la "Naissance de la lumière" ; c'est aussi la signification chrétienne. Le Soleil renaît du point le plus bas de l'elliptique le jour du solstice d'hiver, lorsqu'il semble "s'arrêter", afin d'entamer - à partir de cette date - le chemin ascendant qui culminera au solstice d'été. Ainsi, ces jours-ci, il nous est rappelé que la Lumière, même dans la plus grande obscurité - la nuit du solstice - émerge toujours victorieuse. Selon l'hindouisme - autre religion aux racines indo-européennes - cette lumière est victorieuse, et c'est ainsi que commence le deva-yana ou "cycle des dieux" par opposition au pitri-yana ou "cycle de l'homme". Dans l'iconographie chrétienne, cette lumière victorieuse est représentée par l'enfant Jésus.

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Aujourd'hui, ce Noël, la fête ancestrale des peuples européens, a trois grands ennemis, qui sont - par essence - les grands destructeurs des identités.

 - Consumérisme : cycliquement, le retour du soleil et de la lumière a été lié à la fonction productive -et donc à la consommation-, ainsi qu'aux "cadeaux" -aujourd'hui des cadeaux purement commerciaux-. C'est d'ailleurs la signification des boules accrochées aux arbres de Noël, qui sont généralement rouges car, mythiquement, elles sont aussi les pommes de l'arbre des Hespérides. Mais le consumérisme est l'erreur qui consiste à prendre une partie pour le tout, et à réduire le sens profond de ces festivités à cette seule fonction (la fonction productive-consumériste), en oubliant voire en niant la fonction spirituelle, et en faisant de Noël une caricature de lui-même.

- Islamisme : les attaques passées d'ISIS à Noël, et les mesures de sécurité prises chaque année en Europe contre d'éventuelles attaques musulmanes, ne sont pas seulement liées au fait que ces jours-ci il y a plus de rassemblements de personnes dans les rues, mais sont motivées par la haine intrinsèque et permanente de l'islamisme wahhabite envers toute forme de tradition européenne.

 - Le pseudo-progressisme stupide : son but est toujours d'attaquer tout ce qui rappelle l'ordre, la beauté dans l'harmonie, de le vulgariser et de le détruire. Les exemples se multiplient, des bêtises de la maire de Barcelone, Ada Colau, à la "cabalgata de reinas magas" de Valence, en passant par l'image ordinaire, pitoyable et lâchement irrespectueuse de la Vierge Marie LGTB (un transsexuel barbu) conçue par Riccardo Simonetti, ambassadeur spécial auprès de l'UE pour les droits LGTB, ou la dégoûtante "crèche érotique" d'une pâtisserie de Séville. Des attaques permanentes de mauvais goût contre toute forme religieuse et symbolique propre aux Européens.

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Les célébrations de Noël sont communes à la civilisation européenne, mais elles sont aussi spécifiques à chacune des cultures qui la composent.  C'est pourquoi il serait judicieux de les célébrer de la manière la plus locale et identitaire possible.

Personnellement, j'ai l'habitude de relire, pendant les fêtes de fin d'année, le merveilleux livre de Charles Dickens, Un conte de Noël, où l'auteur anglais capture par l'esprit tout ce que j'ai voulu transmettre dans cet article.

Joyeux Noël. 

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dimanche, 26 septembre 2021

 Le Temple de Vénus Génitrice (Venus Genetrix)

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Le Temple de Vénus Génitrice (Venus Genetrix)

TEMPLUM VENERIS GENETRICIS (26 septembre)

Ex: https://www.romanoimpero.com/2019/09/templum-veneris-genetricis-26-settembre.html


La construction du temple de Venus Genetrix (Vénus Mère) avait été une promesse et un vœu de Jules César à Vénus lors de la bataille de Pharsale, livrée et gagnée en 48 avant J.-C. contre son adversaire Pompée le Grand.

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Le terme "Genitrice" faisait allusion à l'ascendance mythique de César à travers Iulus (c'est-à-dire Ascanius), géniteur de la gens Iulia, et fils d'Énée, lui-même fils de la déesse Vénus. Mais la Déesse était aussi la génitrice de tout le monde vivant, animal et végétal.

César pensait d'abord dédier le temple à la "Venus Vincitrix", comme celui construit par son rival Pompée au sommet de son théâtre, mais il changea d'avis et opta pour la Genitrix. Le temple de la déesse fut ainsi construit et inauguré en 46 avant J.-C. sur la place du Forum de César, vers la montée menant au Capitole, dont il occupait toute l'extrémité nord-ouest.

Le temple, avec la magnifique place qui le précède, est l'un des rares bâtiments que César a réussi à inaugurer avant son assassinat.

Un passage de Suétone (70 - 122) rappelle comment un jour César a reçu le Sénat, ignorant toutes les normes de l'étiquette républicaine, assis au milieu du podium du temple, comme une divinité vivante. Mais l'anecdote n'est pas crédible, notamment parce que le Sénat ne se réunissait que dans des lieux consacrés à cet effet, généralement dans la Curie, qui se trouvait dans le forum romain.

Les cérémonies du Nouvel An du Sénat se déroulaient dans le temple de Jupiter Optimus Maximus, tandis que les réunions sur les questions de guerre avaient lieu dans le temple de Bellona.

Il n'est pas exclu que l'anecdote ait été compilée pour plaire à l'empereur Hadrien, sous lequel Suétone a servi, qui voulait que son gouvernement soit considéré comme meilleur que celui de ses prédécesseurs, et aimait donc les anecdotes défavorables sur les empereurs précédents.

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VESTIGES DU TEMPLE DE VENUS GENETRIX - FORUM DE CÉSAR

FAMIANO NARDINI

Templum Veneris Genetricis 

Comme l'ancien Forum devenait étroit et ne pouvait être agrandi sans provoquer grande ruine pour les temples et les bâtiments qui l'entouraient, César en construisit un autre à proximité et presque joint à celui-ci : "Non quidem rerum venalium", écrit Appien dans la deuxième des Guerres civiles, "sed ad lites aut negotia convenientium". 

Il raconte également que César y a fait construire un magnifique temple à Vénus Génitrice avec une célèbre image de cette déesse envoyée par Cléopâtre, à côté de laquelle se trouvait une effigie de Cléopâtre. Dans la 2e édition des Guerres civiles, ledit auteur écrit "Ad Dea latus effigiem Cleopatrae statuit quae hodieque juarta visitur". 

Auquel il a ajouté un somptueux Atrium, le déclarant Forum. L'Atrium, donc, a été ajouté au Temple et est la Basilique dans laquelle il a été tenu, qui, plus que la place devant elle, a été appelé le Forum. Il ne semble pas étrange que l'Atrium et la Basilique y soient une seule et même chose, puisque l'Atrium était une grande salle divisée par des colonnes, comme je l'ai déjà démontré, et que les anciennes Basiliques des Gentils n'avaient pas une forme différente de celle des premières Églises chrétiennes, comme le démontre Donati, avec l'exemple de Saint-Jean de Latran, Saint-Paul, Sainte-Marie-Majeure et d'autres, de sorte que, à partir des compartiments de nos anciennes Églises, nous pouvons nous rappeler la forme des Basiliques et des Forums des Gentils et conclure que les Atriums n'y étaient pas différents. 

Mais revenons pour parler du Forum de César dans son intégralité. De Dione il est dit dans lib 48 pulchrius romanus Suetonius, 26, de César: "Forum de manubiis inchoavit cujus area super II S millies constititit" et est confirmé par Pline, 15, lib 36. Son emplacement est dit être entre San Lorenzo in Miranda et le Temple de la Paix, mais comment cela peut-il être, si non seulement le Temple de la Paix, mais aussi San Lorenzo in Miranda et d'autres bâtiments plus proches que San Lorenzo du grand Forum et du Capitole appartenaient à la quatrième région, et le Forum de César est compté par Victor et Rufus, comme nous le lisons dans Anastase plusieurs fois. 

Au milieu du Forum, devant le temple de Vénus, se trouvait une statue équestre de César lui-même, en bronze doré, à l'effigie de son merveilleux cheval, qui, impatient d'avoir sur lui d'autres que César, avait les ongles taillés en forme de dents humaines. 

C'est ce qu'écrivent Suétone (61 César) et Pline dans le livre 42, 8. Ce cheval de bronze, sous la forme du Bucéphale d'Alexandre, œuvre de Lysippe, avait déjà été donné à Alexandre et ensuite transporté par César sur son Forum, où il fit d'abord ajuster les griffes à celles du sien, comme Donati nous l'apprend de ce qu'écrit Statius dans le premier des Selves, quand il parle du cheval de Domitien au v 84; "Cedat equus Latiae qui contra Templa Diones Caesarei stat sede Fori Quem tradere cs ausus Pellaeo Lysippe Duci mox Caesaris ora Aurata cervice tulit".

Devant le même temple de Vénus, Pline 4, livre 35, il y avait les superbes peintures d'Ajax et de Médée. Parmi les autres statues, dont il était orné, il y en avait une de César, armée d'un blason évoqué par d'autres, dont Pline 5, 34. Ayant dédié au même César un casque de perles britanniques et six bijoux. Pline écrit, livre 35,  et 1,37: "Il y avait une Colonne Rostrata de Quintilien, lib 1 c 7, et nous en donne connaissance; "Ut latinis veteribus D plurimis in verbis ultimam adjectam quod manifestum est etiam ex Columna rostrata qua est Julio better C Duellio in Foro posita".

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VENUS GENETRIX

RECONSTRUCTIONS

Le temple fut endommagé par l'incendie du Capitole en 80 et dut être reconstruit sur les mêmes fondations sous le règne de Trajan (53-117), après la démolition de la sellette de la colline entre le Capitole et le Quirinal pour l'érection du Forum de Trajan, sellette sur la pente de laquelle se trouvait le temple.

Elle fut donc à nouveau consacrée, comme le rapportent les Fasti Ostiensi, le 12 mai 113, le jour même de l'inauguration de la colonne de Trajan. Le temple subit un nouvel incendie sous l'empereur Carinus (257-285) en 283, tandis que sous Dioclétien (244-313) il a dû être restauré, en incorporant les colonnes de la façade dans un mur de briques.

Il était ensuite relié par des arcs, toujours en maçonnerie recouverte de marbre, pour des raisons de stabilité, aux structures latérales de la Basilique Argentaria, le portique à piliers qui flanquait le temple de Vénus Génitrice.

Dans l'abside se trouvait la statue de Vénus Genetrix, œuvre du sculpteur néo-attique Arcesilaus. A l'intérieur du temple, de nombreuses œuvres d'art, connues en partie grâce aux sources :

    - statue de Vénus
    - statue de César
    - statue en bronze doré de Cléopâtre,
    - deux tableaux de Timomachus de Byzance (Médée et Ajax, que César a payé quatre-vingts talents),
    - six collections de pierres précieuses sculptées,
    - une cuirasse décorée de perles de Britannia.

Cette invocation a été gravée sur un mur à Pompéi :

"Je te salue, ô... nôtre. Sans cesse je vous prie, ô ma dame; par Vénus physique je vous implore de ne pas me rejeter. (Signature) Se souvenir de moi". 

Les amoureux ou ceux qui espéraient le devenir se tournaient vers Vénus pour gagner le cœur de quelqu'un, pour recevoir le don de la beauté ou pour être vif dans les relations sexuelles afin de plaire à leur partenaire. 

Ils priaient aussi pour retrouver un amour perdu, ou pour bien garder un amour présent.

"Parent de la lignée d'Énée, étoiles fluides du ciel tu rends populeuse la mer, car toute espèce d'être vivant naît de toi et, levé, contemple la lumière du soleil: toi, déesse, toi que les vents fuient, toi et ton industrieux avancement fait jaillir les fleurs, pour toi le ciel brille d'une clarté diffuse." 

(Lucretius, De Rerum Natura, Livre I).

LE FESTIN

Elle était célébrée le Saturni Dies, le jour de la cérémonie, ante diem VI Kalendas Octobres. Elle commençait tôt le matin par la lustration du temple par les prêtres flaminiens avec leurs accompagnateurs (camilli) qui les aidaient dans leur tâche.

Puis il y eut un sacrifice d'herbes odorantes et d'encens en l'honneur de Venus Genitrix avec des chants et des invocations, suivi de la reconstitution de Jules César, désormais déifié, sur la statue duquel on plaça des guirlandes de myrte, sacrées pour la déesse.

Puis la procession commence avec les prêtres, les jeunes filles enguirlandées qui chantent et répandent des pétales de rose, et enfin la statue de Vénus portée par les hommes, qui fait le tour des temples qui lui sont liés, comme Saturne, Mars et Mercure et aussi Cupidon, étant encore plus enguirlandée à l'entrée de chacun de ses temples, avant de retourner dans son propre temple.

Parfois, les adorateurs sur le chemin lui donnaient des écharpes ou des manteaux de soie qui étaient placés sur ses bras ou à ses pieds. Ou bien ils lui plaçaient des colliers autour du cou, des bracelets et même des bagues en or et en argent.

Aucun animal n'était sacrifié à la déesse, mais des branches de myrte, des roses et des pommes lui étaient offertes, et souvent, lors des processions, des colombes blanches étaient lâchées dans le ciel en son nom. À la maison, on organisait des banquets, on versait du vin et on préparait des friandises appelées milloi (en forme de vagin) avec des fruits secs et du miel.

Dans la nuit suivant le jour de la fête, les rapports sexuels pour avoir des enfants, pour renforcer l'amour, mais aussi la chance pour atteindre le succès, étaient de bon augure. La Déesse aimait ceux qui pratiquaient l'art de l'amour, comme elle-même ne cessait de le faire.


BIBLIOGRAPHIE:


- Giuseppe Lugli - Il restauro del tempio di Venere e Roma, in Pan - 1935 -
- Antonio Muñoz - Il tempio di Venere e Roma, in Capitolium - 1935 -
- Filippo Coarelli - Guida archeologica di Roma - Arnoldo Mondadori Editore - Verona - 1984 -
- Andrea Barattolo - Sulla decorazione delle celle del tempio di Venere e Roma all'epoca di Adriano - in Bullettino della Commissione Archeologica Comunale di Roma - 1974-75 -
- Alessandro Cassatella e Stefania Panella - Restituzione dell'impianto adrianeo del Tempio di Venere e Roma - in Archeologia Laziale - Consiglio Nazionale delle Ricerche - 1990 .

jeudi, 23 septembre 2021

Natalis Augusti: fête romaine de la naissance de l'Empereur Auguste

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Natalis Augusti (23 septembre)

Ex: https://www.romanoimpero.com/2017/09/23-settembre-natalis-augusti.html

La coutume de célébrer dans les familles le "dies natalis" du père ou d'autres membres est attestée depuis le 3e siècle avant J.-C., mais elle est bien plus ancienne. A Rome, on célébrait le dies natalis de certains temples, le natalis Urbis coïncidant avec le Palilie et, sous l'empire, celui des empereurs déifiés. Auguste a été célébré dans la vie et dans la mort.

"Depuis l'époque lointaine où un éclair était tombé sur une partie des murs de Vélitrae, on avait prophétisé qu'un jour un citoyen de cette ville s'emparerait du pouvoir; aussi les habitants de Vélitrae, confiants dans cette promesse, ont-ils alors et par la suite souvent combattu le peuple romain, presque jusqu'à leur ruine. Beaucoup plus tard, il est devenu évident que le prodige avait voulu faire référence au pouvoir d'Auguste".
(Gaius Suetonius Tranquillus, Vita divi Augusti, v.II.)

"Lorsque Caius Laetorius, jeune homme d'une famille patricienne, en se défendant devant les sénateurs pour obtenir une sentence plus légère, sur son prétendu adultère, outre sa jeunesse et les qualités qu'il possédait, se déclara gardien du sol que le divin Auguste avait touché le premier en venant au monde, le Sénat lui pardonna en adoptant une loi pour la consécration de la partie de sa maison où Auguste était né".

En 18 avant J.-C., Octave a été proclamé Auguste, donc vénérable et sacré, par le Sénat, qui a donc déclaré tout le mois d'août Feriae Augusti, les vacances augustéennes, car cela comprenait de nombreuses fêtes religieuses. Le terme Auguste dérive du nom de la grande mère syrienne Atargatis, appelée "l'Auguste", c'est-à-dire la plus grande, la plus sacrée, la déesse à la couronne en forme de tour debout sur deux lions.

C'est pourquoi Auguste a célébré de son vivant
- son dies natalis
- son acclamation comme imperator
- tout le mois d'auguste (août)
- le jour de la dédicace de son temple d'Auguste et de Rome

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VASE PORTLAND

Le vase daterait de l'époque augustéenne (31 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.) ou au moins du 1er siècle av. J.-C. d'après le style des représentations, qui sont plus proches du style Pompéien II. Les similitudes avec la gemme augustéenne suggèrent une datation à la période augustéenne, avant la mort d'Auguste (30 - 10 av. J.-C.). Les dimensions sont de 24 x 7,7 cm (hauteur x diamètre).

Les figures sont faites d'un verre bleu cobalt qui représenterait les noces mystiques de Pélée et Thétis, mais E. Simon et d'autres soutiennent qu'elle représente l'union entre Atia Major et Apollon (l'attribution de la conception d'Octave au Dieu faisait partie de la propagande de Jules César), représentant la première rencontre entre les deux.

De plus, la diffusion de cette histoire à Rome a eu lieu, nous ne savons pas si Auguste l'a voulu ou non, mais il ne l'a certainement pas empêchée. Ce n'est pas un hasard si Gaius Sosius a dédié à Auguste un temple à Apollon dans le Circus Flaminius.

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Cette face du vase représenterait donc la naissance d'Octave et l'âge d'or qu'il inaugure, montrant l'union d'Atia et d'Apollon avec Octave à gauche et Neptune, divinité tutélaire de la victoire d'Actium. Apollon était le dieu préféré d'Octave, et il était aussi beau qu'Apollon. Le serpent dans le ventre d'Atia souligne son aspect de Terre-Mère.

L'ADORATION DE L'EMPEREUR

Lorsqu'Octave fut proclamé Auguste, après avoir refusé le titre de Romulus en 27 av. J.-C., plusieurs villes orientales voulurent lui consacrer un culte (Augusta était un titre d'origine orientale dédié à la Grande Mère, mais le culte de l'empereur vivant n'était pas apprécié à Rome, aussi Auguste prescrivit-il que son culte devait être associé à celui de la déesse Rome et ne pouvait être pratiqué que par les orientaux. Néanmoins, son culte a souvent été distingué de celui de Rome.

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Il y a d'abord le culte de l'empereur Génie: il s'agit du souverain vivant, sans contrevenir aux principes de la religion romaine qui, contrairement à l'Orient, ne conçoit pas le concept d'homme-dieu. Au lieu de cela, il a conçu l'existence de génies personnels et impersonnels. Le Génie personnel s'inspire quelque peu du grec Daimon et de l'étrusque Lasa, dont la religion catholique dériverait l'ange gardien, ailé comme un Lasa mais asexué.

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A Rome, le début du culte de l'empereur se fait avec l'introduction du genius Augusti, sa divinité tutélaire. Après sa mort, cependant, Auguste fut également proclamé divus par un acte public du Sénat romain (la deificatio), et c'est ainsi que des temples avec leurs propres collèges sacerdotaux furent créés, avec des fêtes dédiées au dies natalis.

Devenir une divinité ne signifiait pas devenir Dieu, mais participer à un monde intermédiaire où les héros et les excellents empereurs étaient déifiés par une cérémonie complexe qui, même s'ils n'étaient pas des dieux, les rendait immortels.

Les empereurs successifs avaient donc d'une part le culte de l'empereur vivant, acte dû par tous les citoyens de l'Empire, et d'autre part le culte personnel des souverains reconnus comme "divins" après la mort. C'est précisément l'opposition des chrétiens au culte impérial qui a été l'une des causes de la persécution de la nouvelle religion à partir du premier siècle, car sinon ils pouvaient adorer autant de dieux qu'ils le souhaitaient.

Malgré l'émergence de la religion chrétienne, la pratique de la déification de l'empereur est restée longtemps en usage, à tel point qu'elle était encore appliquée dans le cas de Constantin Ier lui-même, qui fut toutefois élevé par le nouveau culte chrétien au rang d'Isapôtre, c'est-à-dire "égal aux apôtres", afin de perpétuer la fonction religieuse de l'empereur.

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Auguste, qui fut l'un des empereurs les plus aimés, mais aussi regrettés par le peuple romain, qui ne l'a pas oublié même après des siècles, a donc été célébré le jour de sa naissance, le jour où il a pris le titre d'imperator, et le jour de sa déification. En outre, les temples d'Auguste étaient célébrés le jour où le bâtiment était dédié par des prêtres dans un rite sacré.

Le Dies Natalis de l'empereur Auguste est donc devenu un jour très propice, et étant très proche, sinon identique, au Dies Natalis de Romulus, les deux fêtes ont fini par fusionner. La fête s'est déroulée en plusieurs étapes. Habituellement, on se rendait au temple dédié à Auguste et les prêtres, sur ordre et paiement du sénat, y apportaient un éloge de l'empereur inscrit sur une tablette qui pouvait être en ivoire, en argent ou même en or.

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Temple d'Auguste à Pula (Istrie)

Photos de Robert Steuckers: http://robertsteuckers.blogspot.com/2015/03/temple-dauguste-polapula.html

Ensuite, les sénateurs ou les personnes influentes ont fait don d'une statue de l'empereur et de plaques destinées à être placées comme ornements dans la ville. Suivaient des processions pour demander aux dieux une longue vie pour l'empereur, puis des jeux publics, et enfin des banquets publics, généralement près des temples, où l'on offrait des brioches et du vin.

Cela s'est poursuivi jusqu'à ce qu'il faille allumer les torches, après quoi les gens sont rentrés chez eux. Pendant la fête, il y avait bien sûr des étals avec des souvenirs de l'empereur sur des médailles, des plaques d'ivoire ou de bronze, ce qui était aussi une façon de se faire de la publicité. Bien entendu, des pièces de monnaie à l'effigie d'Auguste ont été imprimées pour l'occasion, afin que chacun puisse les toucher.


BIBLIOGRAPHIE:

- Mario Attilio Levi - Auguste et son temps - Ed. Rusconi - Milan - 1994.
- Giovanni Pugliese Carratelli - Imperator Caesar Augustus - Index rerum a se gestarum - avec introduction et notes - Naples - 1947 -.
- Arnaldo Marcone - Auguste - Salerne - 2015 -
- Luciano Canfora - Auguste fils de Dieu - Bari - Laterza - 2015 -
- Alison E.Cooley - Res Gestae divi Augusti, édition avec introduction, traduction et commentaire -Cambridge University Press - Cambridge - 2009 -.

lundi, 13 septembre 2021

Les archétypes de la Russie dans la lecture d'Elémire Zolla

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Les archétypes de la Russie dans la lecture d'Elémire Zolla

par Stefano Arcella

Ex: https://www.centrostudilaruna.it/archetipi-della-russia-nella-lettura-di-elemire-zolla.html

Dans son livre Archetipi (Marsilio, Venise, 2002), Elémire Zolla décrit des modèles mythiques avec un langage allusif, presque symbolique en soi, qui laisse place à l'intuition du lecteur et l'incite à s'éveiller.

Le dépassement du dualisme Moi/Monde, le sens de l'Un-Tout, les significations archétypales des nombres, la référence continue à leur valeur symbolique, leur perception émotionnelle et non froidement intellectuelle, l'explication de leur fonction: le savant nous introduit dans un monde ancien, parfois même primordial, mais extraordinairement présent à notre époque.

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"Un archétype", écrit-il, "est ce qui unit une pluralité d'objets en un tout, en les coordonnant avec certains sentiments et pensées. Le contact avec un archétype ne peut être exprimé dans le langage ordinaire, il nécessite des exclamations et des idiotismes, il implique une certaine excitation. Lorsqu'un esprit ordinaire touche un archétype, il perd son équilibre instable et tombe dans le désespoir. Cela peut arriver soudainement: l'amour éclate lors d'une performance galante, la fureur éclate dans l'occasion la plus futile, le désespoir s'installe quand l'ambition est satisfaite, le devoir accompli, l'affection de chacun assurée...

Une vie complètement raisonnable et disciplinée est une utopie : elle croit pouvoir ignorer les archétypes. L'homme a besoin d'axiomes pour son esprit et d'extase pour sa psyché, tout comme il a besoin de nourriture pour son corps : l'extase et les axiomes ne peuvent venir que du monde des archétypes. Les extases légères, les frissons modestes ne suffisent pas non plus: la psyché recherche la plénitude de la panique. L'homme veut périodiquement se perdre dans la forêt des archétypes. Il le fait quand il rêve, mais les rêves ne suffisent pas. Il doit disparaître éveillé, enlevé par un archétype en plein jour" (p.76).

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Il est pourtant difficile de donner une définition précise et exhaustive des archétypes. Pour Zolla, ce sont des "énergies formatrices", mais nous pourrions aussi les appeler des "mythes mobilisateurs" qui s'adressent à la psyché humaine, des "idées-forces" primordiales qui s'adressent au cœur, aux émotions, à la sensibilité, et qui échappent donc à un cadrage rigide dans la pensée dialectique.

Dans le cadre d'un chapitre entier consacré à la "politique archétypale", c'est-à-dire aux résonances des archétypes dans le domaine politique, Zolla éclaire également les archétypes qui se sont manifestés dans l'histoire russe.

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"Byzance a instillé son dernier mythe dans la Rome théocratique, mais aussi dans les ressources de la Russie. Certains milieux ecclésiastiques y ont inventé le mythe de Moscou comme troisième et dernière Rome. Ivan III épouse la nièce de Constantin Paléologue en 1472. C'est comme si le destin de la Russie avait été scellé lorsque, selon la vieille chronique, les envoyés de Vladimir ont inspecté pour lui l'Islam, l'Occident et Byzance. Dans l'Islam, ils ont été frappés par une ferveur échevelée, dans l'Occident ils n'ont vu aucune trace de gloire, mais la beauté des rites byzantins ils n'ont pas pu l'oublier.

Ivan IV le Terrible prend le titre de Tsar, un mot slave dérivé du terme latin Caesar. Au XVIe siècle, la légende d'Auguste qui avait attribué la Russie à Prus, ancêtre de Rjurik, fondateur de la première dynastie, est lancée" (p.104).

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Vladimir, duc de Moscou au Xe siècle: la vocation byzantine de la Russie est si ancienne.

La description de Zolla coïncide avec celle d'Arnold Toynbee, mais il ajoute cette importante légende d'Auguste qui exprime une référence idéale directe aux origines de l'Empire romain d'Occident et pas seulement à Byzance ; le mythe devient histoire et l'histoire devient l'incarnation du mythe. Dans cette dimension mythique, nous pouvons saisir l'âme russe bien plus que ne nous le disent les chroniques, les successions dynastiques et les intrigues diplomatiques.

L'analyse de Zolla diffère de celle de Toynbee lorsqu'il souligne que le mythe inébranlable des tsars était la libération de l'orthodoxie prisonnière des Turcs, la conquête de Constantinople comme clé de l'empire œcuménique.

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Dans l'histoire et la culture russes, Zolla capture deux mythes: celui, "constantinien", qui est le mythe de l'empereur romain-oriental - et celui de l'empereur-philosophe, d'ascendance hellénique et platonicienne, qui trouve sa résurgence dans la pensée, les écrits et l'œuvre de Georges Gemisto Plethon (illustration, ci-dessus), qui, au XVe siècle, a jeté la semence fertile de la floraison du néo-platonisme "païen" d'abord en Grèce, à Mistrà, puis en Italie, à l'occasion de son voyage en 1439.  

Lorsque Byzance tombe aux mains des Turcs en 1453, les deux mythes divergent: les néo-platoniciens grecs s'installent en Italie, tandis que le mythe de l'empereur "constantinien" s'épanouit en Russie. Pourtant, le mythe de l'empereur philosophe a également trouvé son expression dans l'histoire russe: Pierre le Grand, en 1721, a aboli le patriarcat orthodoxe de Moscou, proclamé la tolérance religieuse et pris le titre latin d'Imperator; le mythe de l'empereur philosophe a éclipsé celui de l'empereur constantinien.

Catherine II, amie des philosophes et impératrice-philosophe, se présente comme Minerve ou Astrea rediviva et ramène sur terre le règne de Saturne sous le nom d'Auguste. Cependant, elle éduque son neveu comme un prince byzantin et, afin de le mettre sur le trône, s'allie à Joseph II, le philosophe-empereur d'Occident.

"Les deux mythes, le constantinien et le philosophique", écrit Zolla, "séduiront alternativement les tsars qui se verront toujours empêchés in extremis d'atteindre le Bosphore : Nicolas Ier, Alexandre II, Nicolas II" (p.105).

L'assujettissement à l'archétype semble interrompu avec la révolution bolchevique de 1917 dans laquelle Zolla saisit la manifestation, sur un plan matérialiste, de l'archétype de Romulus, c'est-à-dire l'irruption d'un modèle de violence et de force destructrice et créatrice, comme Romulus s'était affirmé fondateur de Rome en tuant Remus. En réalité, l'interruption de l'archétype n'était qu'un maya, comme diraient les Indiens.

"Les armoiries bolcheviques reproposent les dieux des refondations, l'étoile rouge de Mars, le marteau de Vulcain, la faucille de Saturne avec les manilles de son royaume restauré. Le crâne écrasé de Trotsky a donné à l'État prolétarien la compacité qui était venue à Rome du cadavre de Remus. De nombreux mouvements symboliques obscurs ont été effectués : la capitale est revenue à la troisième Rome, l'Église orthodoxe s'est reconstituée en patriarcat, le Fondateur s'est momifié comme un pharaon" (p. 105).

Et Zolla rappelle encore comment l'obsession du Bosphore est restée intacte dans les discussions entre Ribbentrop et Molotov.

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En ce qui concerne les symboles archaïques présents dans le bolchevisme, Evola et Guénon auraient certainement parlé - comme ils l'ont fait - de signes d'une contrefaçon contre-initiatique. Les archétypes de Mars, Vulcain et Saturne agissent sous les formes d'une religion inversée, le "credo" de l'athéisme.

Le fil rouge de l'histoire russe est donc la référence constante au modèle de la romanité dans la version double et oscillante de l'empereur constantinien et de l'empereur philosophe, entre Byzance et la Grèce classique, entre l'empire absolutiste d'un moule plus oriental et le modèle occidental-romain plus tolérant et pluraliste.

Cependant, malgré cette oscillation, la Russie a consciemment choisi de se rattacher à l'Empire romain d'Orient et de reprendre son héritage, même si elle avait la possibilité historique d'accepter d'autres modèles, comme le modèle religieux juif choisi par les Khazars au IXe siècle de notre ère, ou le modèle turco-islamique.

Et cette constante est fondamentale pour encadrer la vocation historique de la Russie et son âme, ainsi que le fondement de sa communauté culturelle avec l'Europe.

dimanche, 05 septembre 2021

Yi King: la morsure brisante - Hexagramme n° 21

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Yi King: la morsure brisante - Hexagramme n° 21

Présentation d'Alessandro Zanconato

Ex: https://www.azionetradizionale.com/2021/07/24/i-ching-il-morso-che-spezza-esagramma-n-21/

Le Yi King est un ancien texte de sagesse chinois, composé de 64 hexagrammes, symboles constitués de lignes yang (entières) et yin (brisées), capables de représenter tous les états et changements de l'univers. Ceux qui apprennent son langage sont capables d'accorder leur vie avec l'harmonie de la nature (le Tao), atteignant ainsi une véritable noblesse d'esprit.
Nous l'explorons dans cette chronique éditée par Alessandro Zanconato, auteur du livre Il morso che spezza (ed. Passaggio al Bosco).

SCI - LA MORSURE QUI BRISE

i-ching-21.jpgL'hexagramme, qui a donné son nom à ce livre, indique une situation dans laquelle il est nécessaire d'être ferme et décisif : il représente un moment difficile dans lequel la détermination est essentielle et, par conséquent, il devient nécessaire de rompre tout retard. Il s'agit d'une signification inhabituelle dans un texte comme le Yi King, qui prône généralement les vertus du calme, de la docilité et de l'abandon souple. Cependant, l'oracle sait qu'au cours de la vie, il y a des circonstances dans lesquelles on ne peut et ne doit pas hésiter. La quatrième ligne forte entre des lignes faibles représente graphiquement un obstacle dans la bouche, que les dents doivent briser de manière décisive. L'hexagramme indique aussi, dans les lignes mutantes, les risques que l'action décidée peut encourir : en mordant la viande on peut trouver du poison (troisième ligne) ou une pointe de flèche en métal (quatrième et cinquième lignes) et - néanmoins - il n'y a pas de culpabilité. Ceux qui agissent savent qu'ils peuvent échouer, mais il vaut mieux être courageux et "souffrir" pour avoir la liberté de jugement - c'est-à-dire la capacité de juger sagement indiquée par la quatrième ligne - que de ne rien faire et d'être négligent.

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De nombreuses idées intéressantes vont à contre-courant de notre époque sombre : la liberté de jugement - à laquelle le texte fait référence - est associée à l'anxiété, puisque le livre reconnaît que tout choix humain libre a pour contrepartie l'incertitude de son résultat, de sorte que le poids extrême de la responsabilité peut dégénérer en anxiété et en inquiétude. Cependant, l'oracle est loin de la dimension éblouissante et aveuglante de la désorientation existentielle à laquelle certaines philosophies de notre temps - par exemple, l'existentialisme français et allemand d'un Sartre et d'un Heidegger - ont conduit trop d'esprits hypersensibles. L'angoisse ne doit jamais paralyser l'action ; la liberté elle-même est conçue dans un sens positivement pregnant par rapport à la philosophie de la crise occidentale. La liberté elle-même est conçue dans un sens positivement prégnant par rapport à la philosophie de la crise occidentale : elle n'est pas la faculté de choisir entre des alternatives irréductibles et en même temps axiologiquement équivalentes - d'où le sentiment de "nausée" qui imprègne le "dernier homme" post-nietzschéen et post-sartrien, perpétuellement incapable d'échapper à une condition de malaise et d'ennui existentiel, paralysé par le sentiment de la nullité de toute chose, présent dans des œuvres telles que L'être et le néant ou La nausée - mais plutôt la sagesse dans la délibération et l'action, une capacité concrète à discriminer entre le bien et le mal, le correct et l'erroné.

Le commentaire de Confucius sur le cinquième vers mutant le dit très clairement : "On n'est libre et parfait que si l'on peut se considérer comme irréprochable" ; autrement dit, la liberté est toujours en même temps une responsabilité active, au sens étymologique de "capacité de répondre" à soi-même et aux autres de ses choix. Loin de la sagesse chinoise l'idée d'exprimer une forme vide de liberté comme l'arbitraire irrationnel et nihiliste entre des possibilités indifférentes !

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L'hexagramme 21 enseigne aux "homoncules" de la civilisation technologique post-moderne une éthique de responsabilité et de courage qui s'oppose à deux défauts spéculaires et complémentaires de "l'homme sans qualités" d'aujourd'hui : l'inertie morale et l'hyperactivité pragmatique. Ces vices semblent à première vue être des opposés et des contradictions (l'un impliquant une forme d'inaction, l'autre une agitation débridée), mais ils ne le sont pas: aujourd'hui, l'incapacité de distinguer moralement le bien et le mal, le bon et le mauvais, héritage du relativisme nihiliste, est très souvent associée à un "agir" agité dans les circuits aliénants de la production et de la consommation, à travers l'exaltation fidéiste et superstitieuse du "faire" hypertechnologique, de la production sans but et sans forme, autre que le but et la forme de l'argent-marchandise accumulé, investi et dépensé dans la recherche spasmodique de la jouissance hédoniste. Plus l'homme moderne est privé de points d'orientation éthiques solides, plus il se jette à corps perdu dans la poétique capitaliste, qui ne génère pas d'œuvres d'art, mais des objets de désir compulsif produits en série, pour combler son vide spirituel étouffant. Un tel individu humain n'est pas capable de faire des choix existentiellement fertiles, de générer de la vie et de la connaissance pour lui-même et pour les autres ; ses "actions" sont en fait des "réactions", des compulsions répétitives dans lesquelles l'originalité créative est absente et où l'impersonnalité domine : "nous faisons comme les autres", "nous vivons comme ça parce que tout le monde le fait". Pour être authentiquement créatif, il faudrait donc avoir en soi une réserve d'énergie et de nourriture, s'abreuvant aux sources spirituelles de la Tradition pérenne, dont les formes varient au cours de l'histoire et selon les latitudes, mais dont les principes fondateurs sont éternels et intemporels. L'une de ces expressions est sans aucun doute la sagesse profonde et vivifiante du Yi King, une source pérenne de rafraîchissement pour ceux qui ne se sont pas abandonnés au désert du Kali Yuga, l'âge sombre actuel destiné - de toute façon - à s'accomplir et à passer à une phase aurorale renouvelée du cycle cosmique, tel que décrit par le Livre des Mutations, à l'horizon de l'éternelle circularité de la vie naturelle et humaine.

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jeudi, 02 septembre 2021

La tradition, remède au nihilisme (Dominique Venner)

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La tradition, remède au nihilisme (Dominique Venner)

citation-dominique-venner.jpgDans cette vidéo, nous abordons la pensée de Dominique Venner, ardent défenseur de la tradition et de la mémoire européennes. A partir de ses livres « Histoire et tradition des Européens » et « Un samouraï d’Occident », nous comprenons que la tradition est un remède au nihilisme en apportant une saine hiérarchie des valeurs et en redonnant du sens à l’existence, individuelle et collective. Contre les systèmes déclinistes de l’histoire, Dominique Venner appelle au réveil de l’âme européenne endormie.
 
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Musiques utilisées dans la vidéo :
- Mendelssohn : Symphony No. 4 'Italian' in A, Op. 90
- Saltarello: Presto - Henry Purcell : Dido’s lament
- Albinoni (Remo Giazotto) : Adagio in G Minor
- Tchaïkovski : Marche slave, Op.31, TH 45
- Bach : Orchestral Suite No. 3 in D major BWV 1068 - Air
 
 
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dimanche, 29 août 2021

 L'ascétisme : un exercice de tradition

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L'ascétisme : un exercice de tradition

par Luca Siniscalco

Ex: https://www.latigredicarta.it/2015/10/30/ascesi-un-esercizio-della-tradizione/

L'image de l'ascèse passe des archétypes du mythe aux symboles de la connaissance mystique afin de faire survivre les intuitions originelles de la coïncidence entre condition supérieure et inférieure, également à travers l'utilisation du corps vers une action libre de tout finalisme.

L'ascétisme

Une pratique qui est une réminiscence étymologique du grec ἄσκησις, "exercice", une épreuve pédagogique et athlétique, un geste formateur d'une personnalité organique. Une réverbération originale qui se maintient dans la traduction du sens du terme, qui s'est élevé pour indiquer l'union de "l'attitude spirituelle et des doctrines visant à atteindre la purification rituelle et spirituelle et la conquête de la perfection religieuse" [1].

Une conquête qui, en vérité, est toujours une mise au seuil, un "rapprochement", au sens jüngerien, d'une unité originelle qui existe perpétuellement dans la rencontre entre l'homme et la transcendance. En ce sens, l'Ascèse fait allusion à un mouvement d'élévation, un rapprochement vers cet axis mundi qui relie les multiples dimensions de l'être dans la symbolique du pôle vertical, décliné de manière hétérogène dans différentes cultures: du mont Meru dans la tradition orientale au phallus divin de Śiva, le linga, d'Yggdrasil, l'arbre cosmique de la spiritualité scandinave, à l'équivalent chrétien de l'arbre de vie, pour n'en citer que quelques-uns.

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Cette topographie, inspirée d'un espace qualitatif dans lequel la quantité de matière se dissout dans la pratique spirituelle, intègre l'ascèse comme une dimension essentielle de l'épanouissement humain. L'ascension vers l'autre monde et la dimension supratemporelle commence généralement par une catabasis, une descente dans le monde souterrain - qu'il soit souterrain ou intérieur, puisque tout acte immanent renvoie à son corrélat transcendant - où l'on puise la sève spirituelle nécessaire à l'anabasis suivante.

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D'où l'étroite relation entre ascèse et crise: sans un tournant radical, souvent proche de l'anéantissement, la pratique ascétique ne porte aucun fruit. L'étymologie grecque même du mot "crise" peut éclairer cette juxtaposition: κρισις, qui dérive du verbe κρινω, "séparer", "diviser", "décider", incorpore tout le dualisme du moment décisif, celui qui divise puis réunit. Il s'agit en effet de la "sphère d'une option décisive, par laquelle il faut procéder à la révision du chemin parcouru jusqu'à présent, en inspirant le sens d'un tournant, en vue du salut commun" [2]. Ce principe est rappelé par les intellectuels les plus variés: du controversé Emil Cioran, selon lequel "l'échec est indispensable au progrès spirituel [...], c'est une expérience philosophique capitale et féconde" [3], à l'anthroposophe Massimo Scaligero, auteur du passage suivant: "Quelles que soient les ténèbres, ou la douleur, ou la lutte, rien ne peut empêcher l'ascension rythmique du chemin de la lumière : en effet, les ténèbres sont ce qui, en s'épaississant, pousse à faire jaillir la lumière des zones solaires de l'âme, interdites à la conscience ordinaire" [4].

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En touchant le point le plus bas, enfoui dans les roches de la terre comme dans les replis de l'âme, on rencontre le point le plus haut, la polarité complémentaire: c'est l'enseignement inégalé de la Table d'émeraude, la révélation d'Hermès Trismégiste sur laquelle tous les ésotéristes se sont longtemps interrogés. "Le plus bas est semblable en toutes choses au plus haut et le plus haut est semblable en toutes choses au plus bas, afin que s'accomplissent les miracles d'une seule chose" [5], tonne cette sagesse antique, renouant la polysémie du cosmos à l'image de l'unité originelle. L'ascèse, éclairée par cette conscience, vise donc à se mesurer aux différentes puissances élémentaires jusqu'à les dominer, afin qu'elles deviennent un moyen de propagation de l'esprit. La seule chose qu'il faut détruire, rappelle le savant Titus Burckhardt, c'est la tendance égocentrique qui déforme les forces en question, qui ne sont en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises (6). L'ascèse se réalise ainsi dans la posture impersonnelle du pratiquant qui, en renonçant aux fruits de ses actions, consacre son exercice à la processualité de l'Esprit.

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Le corps devient ainsi un pont vers l'au-delà, tout comme ce dernier est "somatisé", au sens étymologique du terme, devenant un corps (en grec soma) pour se déployer en harmonie avec les rythmes cosmiques. La dimension "économique" et finaliste disparaît, laissant l'action elle-même émerger au premier plan, dans sa plénitude et son autonomie intrinsèques. Cette même autarcie capable de conduire à une rupture de niveau ontologique, dans laquelle l'altérité se révèle à travers les fissures ouvertes par l'exercice traditionnel.

Dans le fragment du geste, on peut reconnaître l'organicité de l'ensemble: ainsi, dans la pratique ascétique complexe, non actualisée et, à bien des égards, pour nous contemporains lointains, dans ses déclinaisons les plus variées, se manifeste une sagesse digne d'attention.

C'est un éclat du Sacré, dont les présentes considérations éparses ne sont que de brèves notes en marge.

NOTES:

[1]    Voce “ascesi” nel Dizionario di filosofia (2009) Treccani, online (http://www.treccani.it/enciclopedia/ascesi_(Dizionario-di...).

[2]    Gian Franco Lami e Giuseppe Casale, Qui ed ora. Per una filosofia dell’eterno presente, Il Cerchio, Rimini 2011, p. 18.

[3]    Emil M. Cioran, Un apolide metafisico. Conversazioni, trad. it. di Tea Turolla, Adelphi, Milano 2004, p. 119.

[4]    Massimo Scaligero, La tradizione solare, Teseo, Roma s. d., p. 68.

    Tavola Smeraldina, cit., in Titus Burckhardt, Alchimia. Significato e visione del mondo, a cura di Ferdinando Bruno, Guanda, Parma 1996, p. 169.

[6]    Titus Burckhardt, Alchimia. Significato e visione del mondo, cit., p. 106.

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vendredi, 11 juin 2021

Les origines du monothéisme

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Les origines du monothéisme

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

L’idée d’un dieu unique créateur est neuve à l’échelle de l’histoire humaine. Elle a connu quatre expressions différentes : le culte d’Aton suscité par le pharaon Amenhotep IV dit Akhenaton ; le mazdéisme iranien autour de la figure centrale du dieu Ahura Mazda (ou Ohrmazd) suite à la réforme zoroastrienne qui, toutefois, ne supprima pas les autres dieux mais les plaça en position subalterne sous la forme d’anges adorables (en vieux perse yazata, en farsi ized) ; le monothéisme abrahamique sous forme nationale (judaïsme) ou internationale (christianisme, islam) ; enfin le monothéisme païen né en réponse à l’émergence du précédent.

Selon les principes du monothéisme abrahamique, l’humanité aurait été monothéiste avant de sombrer dans le polythéisme et de ne s’en extirper que sous la conduite de prophètes (Moïse, Jésus, Muhammad) porteurs d’une vérité élémentaire. Selon en revanche les historiens, le polythéisme est la religion première de l’humanité et il peut ensuite évoluer en hénothéisme (honorer un seul dieu mais sans nier les autres dieux) et enfin en monothéisme (honorer un dieu unique à l’exclusion de tout autre).

Pour prendre l’exemple spécifique des origines du judaïsme à partir duquel d’autres monothéismes, cette fois universalistes, vont se forger, la religion originelle est le polythéisme cananéen tel que décrit dans les documents retrouvés à Ugarit en Syrie. C’est un panthéon classique organisé avec plusieurs divinités principales dont au sommet est placé le dieu El (qu’on pourrait traduire par « Dieu » ou par « le dieu El ») qui est la divinité céleste principale mais qui est un souverain assez éloigné des hommes et qui règne sur l’univers avec son épouse Elat (féminin d’El), également appelée Asherah, et qui deviendra la parèdre de Yahweh (« grande reine du ciel ») jusqu’à sa répudiation au sein de la communauté judéenne de Babylone, après qu’elle y ait été transplantée par les Assyriens.

12811.jpgLe monde des hommes est gouverné par un autre dieu, fils aîné d’El, et qui est le dieu Hadad (« le tonnant ») plus connu sous le surnom de Baal, « le seigneur ». Il gouverne depuis le Mont Saphon sur lequel se trouve son trône et son palais. C’est un dieu héroïque, qui combat le dragon Lotan (Leviathan) envoyé contre lui par le dieu des océans Yam, avec l’appui de sa sœur la déesse Anat, vierge guerrière qui rappelle par certains aspects Athéna, et qui est surnommée Baalit, « la dame ». Il a pour parèdre généralement la déesse de l’amour et de la fertilité, mais qui peut aussi apparaître comme une déesse guerrière, à savoir Ashtoreth (nommée Ishtar à Babylone et Astarté par les Grecs). D’autres divinités complètent ce panthéon : la déesse du soleil Shapash (en Canaan, le soleil est féminin), le dieu de la lune Yarih (dont le nom a pu servir à former celui d’Yah ou Yahu, variante archaïque du nom de Yahweh), le dieu de l’aurore Shahar (Aurore masculine chez les peuples ouest-sémitiques) et ses deux fils Helel (« Lucifer ») et Shelim (« crépuscule »), le dieu de la guerre et des épidémies Reshef, le dieu médecin Eshmun ou encore le dieu du feu et de la forge Koshar.

Chaque tribu cananéenne a développé toutefois un dieu ethnarque ou poliade, un aspect plus local du dieu Baal qui protège spécifiquement cette tribu. On retrouve un phénomène assez comparable au sein des tribus celtiques dont toutes disposent d’un « teutates » ou dieu « père de la tribu ». C’est ainsi que des divinités comme Yahweh, Milqom et Kemosh, au même titre que le dieu Ashur des Assyriens ou que Marduk à Babylone, sont les divinités ethnarques de différentes tribus. Il apparaît ainsi que la tribu honorant Yahweh a réussi à s’imposer aux autres tribus et à imposer leur divinité ethnarque aux autres. Par la récupération du sanctuaire cananéen commun de Jérusalem dédié au dieu El Elyon, « El le très haut »), la tribu de Yahweh parvient à donner à sa divinité locale un rôle de dieu souverain. Yahweh finit ainsi par récupérer les fonctions des autres divinités, pour devenir un dieu forgeron comme Koshar, un dieu guerrier (Sabaoth) et de l’orage comme Baal, avec lequel son culte sera en rivalité.

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Au moment où les Assyriens détruisent le temple et déportent les élites judéennes à Babylone, comme ils l’ont fait avec d’autres peuples vaincus, le culte de Yahweh n’est pas celui d’un dieu unique mais celui d’un échanson d’El confondu avec El lui-même et ainsi époux d’Elat Asherah. Le processus de déracinement va faire évoluer cet hénothéisme en monothéisme car cette défaite n’est pas considérée comme la victoire d’un dieu sur un autre mais comme une punition divine qu’Yahweh a imposée à son peuple en expiation de son association avec d’autres divinités. Le monothéisme en faveur d’un dieu jaloux implique le rejet des autres divinités dans un premier temps et à terme la négation même de leur existence. C’est ainsi que suite à ce traumatisme le monothéisme naît véritablement et sera imposé ensuite, après le retour de ces élites en Judée suite à la mesure de libération engagée par le roi perse Cyrus, aux populations restées sur place.

Le monothéisme ne naît pas de la victoire face à des ennemis mais de la défaite et de la mauvaise conscience. Là est son étrange mystère qui fait dire à Nietzsche qu’il s’agit d’une « inversion de toutes les valeurs. »

Thomas FERRIER

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mardi, 08 juin 2021

Religion cosmique et folklore: l'Europe de Mircea Eliade

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Religion cosmique et folklore: l'Europe de Mircea Eliade

Par Luca Siniscalco

Ex: https://www.grece-it.com/2021/03/28/religiosita-cosmica-e-folklore-leuropa-di-mircea-eliade/         

"Tant de gens ont reproché à Eliade de ne pas être resté en Inde. Nous devons nous réjouir, au contraire, parce qu'il a accepté de se compromettre lui aussi, ici avec nous, et voir en cela un renoncement plus important que le renoncement contemplatif. Accepter l'histoire me semble être le plus grand héroïsme."

(E. Cioran, Mircea Eliade et ses illusions, 1936)

Mircea Eliade (1907-1986) est connu, même du grand public, comme l'un des plus importants historiens des religions du 20ème siècle. Pour certains, il est le plus important. Ce titre, obtenu en vertu de la richesse et de la profondeur de ses interminables recherches et productions scientifiques, doit cependant être associé, pour se faire une idée organique de l'auteur, à son activité culturelle "non académique" si particulière et si débordante. C'est précisément dans cette partie de son opus, qui se compose de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, d'articles de journaux, de pages de journaux intimes et de lettres (pensons à la splendide anthologie épistolaire avec Emil Cioran), qu'Eliade exprime tous les "non-dits" - pour reprendre une expression efficace de Marcello de Martino - de sa spéculation. La "sphère diurne" de son génie est ainsi flanquée d'une "sphère nocturne". Au cœur de cette prose, à la fois intime et métaphysique, Eliade se révèle un intellectuel curieux et passionné, un enquêteur sismographique, au sens jüngerien - et ce n'est pas un hasard si, avec le ‘’Contemplateur solitaire’’, il a dirigé pendant une dizaine d'années l’excellente revue Antaios -, un rhapsodiste des interférences entre le visible et l'invisible.

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Dans l’ensemble de ce type d'écrits sont également inclus les entretiens accordés par l'auteur à plusieurs grands intellectuels de son temps. L'un des plus célèbres est celui avec l'écrivain français Claude-Henri Rocquet, qui est devenu un livre avec le titre La prova del labirinto (1978). Les dialogues contenus dans Mythes des origines et Rythmes cosmiques sont également importants. Il y a aussi Conversations (1973-1984), un texte récemment publié par Bietti et édité par Andrea Scarabelli et Horia Corneliu Cicortaş, dont s'inspire le présent article. Le volume rassemble également quatre entretiens avec Eliade, réalisés entre les années 1970 et 1980 par Alain de Benoist, Jean Varenne, Alfredo Cattabiani et Fausto Gianfranceschi. Avec une approche fluide et populaire, Eliade aborde certains des points fondamentaux de sa doctrine: la méthodologie herméneutique morphologique et comparative appliquée à l'histoire des religions, la dialectique hiérophanique, l'essence ontologique et cosmogonique du mythe, la fuite de l'histoire, la démythologisation à l'ère de la sécularisation, les "nouveaux mythes" modernes, le "camouflage du sacré dans le profane".

Il en ressort également une question sur laquelle les critiques d'Eliade se sont rarement attardés, mais sur laquelle Eliade lui-même a développé des intuitions brillantes - même si elles n'étaient pas du tout systématiques: la recherche et la problématisation des racines et des perspectives métaphysiques de la tradition européenne. Déjà dans le Traité d'histoire des religions (1948), Eliade, dans sa construction de l'architecture universelle, avait attribué une importance particulière à l'étude comparative du folklore européen. Un aspect toujours présent dans les spéculations d'Eliade, et présenté de façon pionnière dans l'essai Folklorul ca instrument de cunoaștere, publié dans Revista Fundațiilor Regale (4, 1937). Parmi les rituels les plus fascinants mentionnés dans le traité, il y a certainement ceux typiques des sociétés paysannes, qui se déroulent aussi bien au printemps que pendant la récolte des cultures. En ces occasions, de manière cyclique, la "puissance", ou l'"esprit", est représentée directement par un arbre, ou une gerbe d'épis, et un couple humain, et les deux cérémonies ont une influence fertilisante sur la végétation, le bétail et les femmes. C'est toujours le même besoin, ressenti par l'homme archaïque, de faire les choses "en commun", "d'être ensemble". Le couple qui personnifie la puissance ou le génie de la végétation est lui-même un centre d'énergie, capable d'accroître les forces de l'agent qu'il représente. La force magique de la végétation est accrue par le simple fait qu'elle est représentée par un jeune couple, riche au plus haut degré de possibilités - voire de réalisations - érotiques. Ce couple, "le marié" et "la mariée", n'est qu'un simulacre allégorique de ce qui s'est réellement passé autrefois: la répétition du geste primordial, la hiérogamie".

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Dans l'entretien de 1973 avec Jean Varenne, Eliade propose une intuition fondamentale: l'Europe contemporaine, malgré l'avancée inéluctable de la modernité culturelle et socio-politique, paradigmatiquement associée à la sécularisation ou, tout au plus, à des formes de "seconde religiosité" (l'expression est d'Oswald Spengler), continuerait à conserver des traces significatives de son passé archaïque, celui où la dimension supra-historique de l'Origine - le temps de l'Éternel, l'illud tempus - s'incarnait dans le substrat germinal de l'histoire. En particulier, souligne Eliade dans un excursus typologique sur l'identité européenne, la culture néolithique "est encore bien vivante en Europe orientale, au sein de ce que nous avons l'habitude d'appeler le folklore". Selon l'historien des religions, cet horizon de civilisation est particulièrement évident dans les "cultes agraires" déjà mentionnés, qui présentent une phénoménologie similaire sur tout le continent européen. De tels paradigmes cultuels témoignent "toujours de la même structure : c'est ce que j'appelle la religion (ou religiosité) cosmique, c'est-à-dire que le sacré s'y manifeste à travers le sens humain des rythmes cosmiques".

Il existe, en somme, une unité spirituelle qui se manifeste dans un corpus mythico-symbolique, cultuel et rituel riche et multiple, dont l'origine remonte à l'aube de l'histoire. En ce point où l'Ineffable informe la réalité, selon un vecteur émanationniste, descendant au cœur de l'immanence et lui donnant une structure phénoménale. Les paradigmes religieux institutionnalisés, ainsi que, à différents niveaux, les voies ésotériques et initiatiques, viseraient notamment à rétablir la connexion subtile et intérieure entre l'individu, avec ses limites biologiques et égoïques, et cette Origine extratemporelle vers laquelle les civilisations, aussi modernes ou postmodernes soient-elles, ne cessent de tendre avec nostalgie. Le mythe cosmogonique assume alors en Europe une déclinaison archétypale spécifique en direction d'une religiosité cosmique qui est sa forme spécifique de sacralité. Eliade, faisant allusion à la notion de religiosité cosmique, semble se référer à une époque véritablement ancienne, qui fait apparemment abstraction du débat historique sur le rapport entre l'invasion des peuples indo-européens et les civilisations antérieures (de structure matrilinéaire et gilanique, selon les études de Gimbutas), pour rappeler une dimension encore plus archaïque, dans laquelle l'éternel rayonne hors du temps.

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Ce qui est certain, c'est que la culture sécularisée de l'Occident vise depuis plusieurs siècles à éradiquer cette tradition. Selon les mots de Drieu la Rochelle, "l'Europe en est réduite à porter ses églises sans Dieu, ses palais sans rois comme des bijoux étincelants sur un sein défait". Pourtant, rien ne nous empêche de supposer, logiquement et face à la puissance mythopoétique de l'histoire, que l'avenir peut révéler des manifestations nouvelles et plus claires de l'unité spirituelle archaïque et éternelle. Citant une conversation avec Teilhard de Chardin, Eliade note : "Si le dogme est éternel, les expressions dogmatiques sont transitoires". C'est précisément dans ce passage que se révèle l'optimisme cosmique et métaphysique d'Eliade, ancré dans la conviction que les formes du sacré sont destinées à revenir dans le futur, dans ce côté lumineux du post-modernisme qui est resté jusqu'à présent occulté dans l'obscurité de son double négatif. La "fuite des dieux" et la "pauvreté du monde" (Friedrich Hölderlin), caractéristiques de l'ère de la démythologisation, sont des phénomènes transitoires, auxquels l'Occident devra remédier en se tournant tout autant vers l'Orient - et Eliade fait ici écho à Simone Weil : "L'Europe n'a peut-être pas d'autre moyen pour éviter d'être décomposée par l'influence américaine qu'un nouveau contact, vrai, profond, avec l'Orient" (Une constituante pour l'Europe) - autant que, et surtout ajouterions-nous, en elle-même, dans ses propres profondeurs et abîmes, dans cette suppression de la verticalité anthropologique (de l'homo religiosus, dirait Eliade, repris plus tard par Julien Ries) qui est l'héritage le plus funeste du réductionnisme moderne. Pour conquérir l'avenir, il est nécessaire de récupérer le passé, dans sa dimension métaphysique-symbolique plus que dans sa dimension chronologique. Un passé, pour ainsi dire, qui est toujours contemporain de tous les âges ou pas du tout: " Nous nous libérons de l'œuvre du Temps - explique Eliade dans Mythe et réalité - avec la mémoire, avec l'anâmnèsis. L'essentiel est de se souvenir de tous les événements". La connaissance ne passe pas par l'invention, en somme, mais plutôt par le souvenir.

"Je crois", déclarait Eliade avec confiance à Fausto Gianfranceschi en 1983, "qu'en Occident aussi, nous commençons à réapprendre le langage symbolique qui enrichit le sens de la réalité".

Au niveau diachronique, nous pouvons voir comment la religiosité cosmique archaïque a été intégrée de manière métamorphique dans les polythéismes antiques, pour être rejetée par le monothéisme juif et finalement réabsorbée par le christianisme: au niveau historique, rappelle Eliade dans un entretien avec Alain de Benoist en 1979, également contenu dans le livre dont nous parlons, "il s'agissait d'homologuer des univers religieux différents, afin d'uniformiser culturellement l'écoumène". Ainsi, par exemple, les nombreux héros et dieux tueurs de dragons de la tradition indo-européenne étaient identifiés à saint Georges. De même, en Grèce, après l'incendie du sanctuaire d'Éleusis en 396, événement symbolisant la fin du paganisme, un saint Démétrius, patron sacré de l'agriculture, est suspendu de manière tout à fait naturelle à la place de la déesse Déméter...". C'est le christianisme cosmique d'Origène, de Denys, de Saint Bonaventure et de Nicolas de Cues, dans lequel le domaine de l'histoire et celui de la méta-histoire sont toujours entrelacés.

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On ne peut comprendre l'identité européenne, dans ses manifestations historiques et religieuses différentes et parfois antagonistes, sans considérer son expérience du sacré, qui est " l'expérience d'une réalité absolue, transcendante, [...] à travers laquelle le monde prend un sens organique ", sous la forme d'une religiosité cosmique. C'est une sensibilité, celle d'Elias, vers une sophia prisca, de matrice universelle, presque dans un sens pérénnaliste, mais déclinée dans un sens proprement européen. Elle a trouvé l'une de ses manifestations les plus marquantes dans l'histoire récente au sein de la Renaissance italienne et de sa redécouverte, dans le sillage de l'hermétisme et du néoplatonisme, de l'Orient symbolique qui a toujours été situé au cœur de l'Eurasie. Et l'Europe dont parle Eliade, dans une perspective qui a dépassé de manière critique tout provincialisme et revanchisme, a sans aucun doute une dimension eurasienne, en étant un pont et, en même temps, une singulière conjonction polaire de l'Est et de l'Ouest, un horizon de voies alternatives mais syntoniques par rapport à "l'instinct fondamental touché par le destin à la nature humaine": Sortir de soi, se fondre dans l'autre, échapper à une solitude limitée, tendre vers une liberté parfaite dans la liberté de l'autre" (Eliade, La bibliothèque et les soliloques du Mahārājah). Dans une tension destinale entre la subordination amère et passive au divin (subordination à la loi, la Voie de la Main Droite) et la joie extatique qui naît de la perception de notre pouvoir magique-démiurgique (victoire sur la loi, la Voie de la Main Gauche). Ainsi, lorsque le jeune Eliade révèle dans une lettre à son ami Cioran, en novembre 1935, qu'il éprouve du dégoût pour l'Europe et souhaite l'indépendance de sa chère Roumanie vis-à-vis de "ce continent qui a découvert les sciences profanes", philosophie et égalité sociale", il comprenait déjà que la vérité traditionnelle s'était éteinte dans l'Europe moderne, et pourtant, peut-être, accompagnant un certain pessimisme tragique et fataliste de sa jeunesse, il n'avait pas encore saisi les signes que, dans sa maturité, il apprendrait à lire comme les signes d'une possible renaissance du sacré. De plus, nous ne faisons que mentionner ici, les études ethnologiques les plus récentes révèlent comment l'Europe de l'Est (y compris, évidemment, la Roumanie d'Héliades) a été une zone centrale dans la formation du substrat rural, historique et symbolique du continent (Aleksandr Douguine note à cet égard, dans son récent Noomachìa, que "l'Europe de l'Est, communément considérée comme périphérique et marginale par la civilisation gréco-romaine et plus tard par la civilisation occidentale, devrait être considérée au contraire comme un pôle central de la civilisation européenne. C'est en Europe orientale qu'a eu lieu l'événement clé de l'histoire ontologique et sémantique européenne - la rencontre entre les deux horizons existentiels paléo-européen [gynocratique] et indo-européen").

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Quoi qu'il en soit, c'est précisément dans le rapport complexe entre l'Un et le multiple, l'univocité et la pluralité, que se construit l'identité européenne, dans le rapport dialectique entre deux niveaux de complexité que le philosophe Massimo Cacciari a bien exposé dans sa Géo-philosophie de l'Europe, avec l'image suivante: "D'une part, elle [l'Europe] ne peut pas se concevoir sans l'idée d'une commune originalité de toutes choses. Si la différenciation était originale, comment l'ordre harmonique pourrait-il se déterminer sinon comme une simple contingence, un simple hasard? D'autre part, elle est le produit d'un concours entre les multiples, d'où naît cette connexion, cette harmonie visible, composée d'éléments différents. Cette harmonie visible coïncide avec la direction, avec le sens de la dispute". L'accord, en somme, naît de la discorde. L'harmonie est, pour citer à nouveau Cacciari, "l'âme insaisissable, la psyché de la contention, le "coup de foudre" qui guide tous ses mouvements". C'est la particularité, la Gestalt du mythe européen, un horizon culturel et géographique qui se définit, avant tout, en termes métaphysiques et anthropologiques. C'est ce que révèle son mythe fondateur, le viol d'Europe (épiphanie de la Mère) par Zeus (le dieu Père par excellence): ici, la hiérophanie solaire et ouranique se heurte à l'archétype féminin, dans une polarité de rencontre-choc où la médiation s'opère symboliquement dans la même figure de Zeus, qui, pour conquérir la fascinante Europe, doit devenir un taureau, une figure féconde et créatrice (virile-solaire) et en même temps tellurique-lunaire.

Sur les chemins d'un "nouvel humanisme", intégral, holistique, multidimensionnel, Eliade a ainsi élaboré une interprétation raffinée et inhabituelle du rapport entre mythe et réalité. Une herméneutique à matrice universelle, dont les lentilles interprétatives offrent des clés particulièrement fécondes pour comprendre et repenser l'identité européenne.

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jeudi, 29 avril 2021

Thymós, Noos et Menos

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Thymós, Noos et Menos

Alex Capua

Ex : https://animasmundi.wordpress.com/2019/03/02/thymos-noos-...

Dans la tradition épique, les principales parties de l'âme du moi étaient le thymós, le noos et le menos. Le référent le plus courant de l'âme dans le texte homérique est le thymós. Le thymós n'est actif que dans le corps éveillé. L'une des qualités du thymós est qu'il peut pousser les gens à réaliser une activité particulière. Par exemple, lorsqu'Achille fait des ravages parmi les Troyens et va à la rencontre d'Énée, "son vaillant thymós animait son esprit" (XX 174). Le thymós est surtout connu pour être la source des émotions et des sentiments. Par exemple, Hector reproche à Pâris de ne pas se joindre au combat en exprimant: "Fou, tu as tort d'emmagasiner une amère rancœur dans ton thymós" (VI- 326).

Selon des sources érudites, on pensait que le thymós résidait principalement dans la poitrine, le phren étant son emplacement principal. Héra demande à Poséidon: "Le thymós de ton phren n'éprouve-t-il pas de la pitié pour les Troyens mourants? (VIII. 202).

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Au moment d'un évanouissement, le thymos est annulé, perd son énergie, mais au réveil, le thymos retrouve son activité incessante. Par exemple, lorsqu'Andromaque s'évanouit à la vue du corps d'Hector traîné dans toute la ville, son rétablissement est décrit comme suit: "Une fois qu'il eut repris son souffle et que son thymós se fut recentré sur son phrén..." (XXII.475).

D'autre part, le terme vacille et le thymós semble quitter le corps ou rester dispersé dans le corps. Il existe plusieurs exemples qui peuvent être interprétés dans les deux sens: Ménélas se rend compte qu'il n'est pas sérieusement blessé, "le thymós s'est à nouveau concentré dans sa poitrine" (IV. 152). Il fait ici allusion à une action de dispersion de cette énergie qui est ensuite retournée à son lieu d'origine.

Lorsque Sarpédon disparaît, il semble indiquer un abandon du corps puisqu'il dit que le vent "a rendu la vie à laquelle il avait arraché son thymós " (V. 697 s.). Ici, le thymós est représenté comme une sorte de souffle (sans être identifié à la psyché), bien qu'un tel concept ait pu être influencé par le concept de la psyché.

Le noos est l'intuition ou l'appréhension immédiate et a un double objet: a) l'Un, et b) lui-même. Dans le noos, il y a des Idées, non seulement de classes, mais aussi d'individus, bien que la multitude entière des Idées soit contenue dans le noos de façon indivisible. Mais une marque distinctive et exclusive du noos est que l'Un est au-dessus de toute multiplicité. Un autre rang à souligner est que le noos est éternel et intemporel, car son état de béatitude n'est pas quelque chose d'acquis, mais une possession perpétuelle. Ainsi, le noos jouit de cette éternité dont le temps n'est qu'une imitation. Le noos connaît toutes les choses ensemble, simultanément, puisqu'il n'a ni passé ni futur, mais voit tout dans un éternel présent. Le noos est l'âme du monde: incorporelle et indivisible. Elle constitue le lien entre le monde suprasensible et le monde des sens, et est donc orientée non seulement vers le haut, vers le noos, mais aussi vers le bas, vers le monde de la nature. Le noos échappe à toute pensée, nous ne pouvons même pas l'imaginer, car le contraire, le multiple, émergerait. En bref, le noos est la première et la plus intense forme d'unité après l'Un, et reflète l'unité pure et absolue.

Chez Homère, le noos est la partie la plus intellectuelle. Le noos est exclusif de l'être intelligent, de celui qui se conduit en fonction d'un objectif préalablement fixé. Le noos est une vision intellectuelle distincte de la vision sensorielle, bien que dans la littérature archaïque, sa signification soit parfois plus proche de cette dernière. Dans ce terme, la faculté de penser, la capacité de réflexion et la méditation sont liées à la compréhension, à la perception et même à la mémoire. Ces attributs sont mis en relation avec une pensée objective, avec une forme d'intelligence divine. Ainsi, dans le grec tardif, notamment dans les écrits philosophiques, le noos est utilisé pour désigner l'intelligence suprême, le principe ordonnateur de l'univers. Il faut distinguer que l'"âme" est un principe "vivifiant" tandis que le noos est un principe "pensant".

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Par exemple, quoi que fasse Patrocle, "le noos de Zeus est toujours plus puissant que celui des hommes" (XVI. 668).

Le noos est toujours situé dans la poitrine, mais il n'est jamais considéré comme quelque chose de matériel, ni envisagé à l'origine comme un organe du corps. D'autre part, Platon et Aristote, entre autres philosophes, développent le concept de noos de manière remarquable, en soulignant avant tout son statut divin. Pour l'école philosophique, le noos serait la composante impérissable et transcendante.

Pour Anaxagore, il est un principe organisateur et animateur de l'univers. Platon distinguait un "Noos" cosmique de la raison commune. Pour lui, il s'agit de la plus haute intuition intellectuelle sans besoin d'argument. Aristote la considérait comme une faculté impliquée dans l'acquisition de la connaissance en général. Il distingue le "Noos poietikos" (raison active) du "Noos pathetikos" (raison passive). Les Oracles chaldéens le considèrent comme le "Fils ou Intellect paternel" qui conserve les intelligibles du Dieu Père et introduit la sensation dans les mondes. Plotin considère le "Noos" (esprit divin, Logos, raison) comme un principe quasi absolu et comme la première émanation de l'Un. L'hypostase dérivée du Noos est l'âme du monde.

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Le menos est utilisé, principalement, pour désigner l'ardeur d'un guerrier. Il était situé soit dans la poitrine, soit dans le thymos. Il était aussi situé dans le phren. Lorsqu'un homme ressent le menos dans sa poitrine, il est conscient d'une mystérieuse augmentation d'énergie; la vie en lui est forte, et il est rempli d'une nouvelle confiance et ardeur. Dans le feu de la bataille, Hélène décrit à Énée et Hector la situation désespérée créée par Diomède, car "il montre toute sa fureur et aucun homme ne peut rivaliser avec son menos" (VI. 101).

Pour plus d'informations sur le sujet, je vous renvoie au lien suivant: Epifanía de Atenea

Ouvrage de référence recommandé :

EL CONCEPTO DEL ALMA EN LA ANTIGUA GRECIA

mardi, 27 avril 2021

Mnémosyne

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Mnémosyne

Álex Capua

Ex : https://animasmundi.wordpress.com

Mnémosyne (Μνημοσύνη) était une Titane, fille d'Uranus et de Gaea. Avec Zeus, elle engendra les neuf Muses. C'est la "Mémoire" (Hésiode. Theog. 134-135 ; Apollod. Bibl. 1, 1, 1, 1 ; 3, 1). Cependant, une autre généalogie qui proviendrait d'un poème cosmologique d'Alcman (7e siècle avant J.-C.), affirmait que ces neuf Muses étaient nées au début des temps comme filles d'Uranus et de Gaea. C'est pourquoi on dit qu'elles appartiennent au groupe des Titans, car elles représentent des forces mondiales anciennes et fondamentales, qui sont à l'origine du cosmos.

Selon Hésiode dans la Théogonie :

"(...) Gaea, couchée avec Uranus, a donné naissance à l'Océan des ruisseaux profonds, à Kéo, à Chrio, à Hypérion, à Japet, à Théa, à Rhéa, à Thémis, à Mnémosyne, à Phoebus à la couronne d'or, et à la douce Thétys. Après eux naquit le plus jeune, Cronos, à l'esprit tordu, le plus terrible des fils, et il était rempli d'une haine intense envers son père".

Mnémosyne est la mémoire et le souvenir et, par conséquent, elle a la capacité de se rappeler ce qui existe déjà et de faire revenir le passé dans des images du devenir titanesque. Elle ne désire pas l'avenir, car elle se plie elle-même et répète en pensée quelque chose qui s'est toujours produit et qui revient à son tour comme s'il s'agissait d'un cercle intérieur, d'une sorte de boucle. La mémoire est basée sur l'expérience et l'expérience est une répétition (événements) et des automatismes.

Comme en témoignent les sources, les poètes de la Grèce antique étaient formés à la mémorisation et à la composition orale. Dès le début de l'épopée, ils ont formé et transmis des connaissances mythologiques. Grâce à Mnémosyne, la tradition mythique était un répertoire transmis oralement qui se transmettait (de manière répétitive et riche en images) de père en fils.

Homère et Hésiode sont les épigones d'une vieille tradition de bardes qui composaient magistralement et qui sollicitaient la faveur de la Muse ou des Muses, le lien avec ce savoir mémorisé que ces divinités (les filles de la Mémoire, Mnémosyne) transmettaient au poète.

Les deux poètes étaient chargés de transmettre une ancienne tradition orale qui allait commencer à faire parler d'elle au huitième siècle avant Jésus-Christ, peu après l'introduction de l'alphabet en Grèce. Homère et Hésiode sont tous deux les gardiens d'un savoir traditionnel qui n'est pas leur invention, mais ils ont répété des thèmes et évoqué des figures divines et héroïques connues de tout le peuple hellénique, tout en réitérant des formules épiques et en invoquant, comme principal protecteur, le patronage des Muses, afin qu'elles garantissent la véracité de leurs propos. Rappelons qu'Homère commence par invoquer la Muse et qu'Hésiode nous raconte que ce sont les Muses qui lui sont apparues sur le mont Hélicon (dans la région de Thespias, en Béotie) pour lui confier la mission de transmettre le message mythique véridique et ordonné de la Théogonie et des Travaux et des Jours.

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Selon le mythe, et entre autres lieux, à Eleutherae (au nord de l'Attique) il y avait un culte où Mnémosyne était adorée et on dit qu'en une occasion à Eleutherae, Mnémosyne a libéré Dionysos de son extase, c'est-à-dire qu'elle lui a rendu sa mémoire.

Un autre mythe racontait que celui qui souhaitait descendre au sanctuaire et à l'oracle souterrain de Trophonius (en Béotie) était conduit, tout d'abord, aux fontaines d'eaux où il devait boire l'eau du Léthé (le fleuve de l'oubli) et ensuite s'immerger dans la fontaine de Mnémosyne, ce qui le ferait se souvenir de ce qu'il avait vu dans sa vie. Disons que l'initié vivrait une expérience très similaire lorsque la psyché (l'âme) quitterait le corps et se rendrait aux enfers, à Hadès, mais pas avant de se baigner dans les cinq fleuves du royaume des ombres: l'Achéron (le fleuve de la douleur), le Cocyte (le fleuve des lamentations), le Phlégéthon (le fleuve du feu), le Léthé (le fleuve de l'oubli) et le Styx (le fleuve de la haine). Cependant, il existait une autre rivière, la Mnémosyne, où les initiés aux Mystères avaient le privilège de boire afin de se souvenir de leurs vies passées et d'atteindre un statut supérieur.

On suppose que Mnémosyne est venu en aide aux initiés dans les soi-disant grands mystères jusqu'à ce qu'ils puissent atteindre la sagesse et se reconnaître eux-mêmes, leur environnement et retourner à leur lieu d'origine. En fait, dans les tablettes orphiques liées à l'initié et au monde mystique qu'il exprime :

« Je brûle de soif et je meurs ; mais donne-moi, vite, l'eau froide qui coule du marais de Mnémosyne ».

Le but de ce processus initiatique était qu'avec l'aide de la mémoire, l'initié devienne un dieu au lieu d'un mortel, le libérant de la mort et lui donnant la vraie vie.

La mémoire, la vie, la renaissance, dieu et la pleine lune sont les conquêtes mystiques contre l'oubli, la mort, le fini et le temporel qui appartiennent à ce monde. En retrouvant la mémoire du passé, l'homme s'est identifié à Dionysos.

Un exemple qui nous inciterait à nous souvenir et à préserver la mémoire avec toutes ses facultés intellectuelles et intuitives se trouve dans l'Odyssée (livre X), lorsque Circé recommande à Ulysse, pour plaire aux dieux, de rechercher la connaissance de Tirésias (l'un des plus célèbres devins de la Grande Hellade), et de pouvoir ainsi retourner dans sa patrie, Ithaque. Ulysse lui demande où il habite et Circé lui répond :

« Tirésias ne vit pas, Ulysse, du moins pas dans ce monde, il est une ombre dans le royaume d'Hadès. Cependant, il y garde son esprit intact, car lui seul a été autorisé à conserver ses dons et les facultés de son esprit, alors que les autres âmes ne sont que des ombres errantes ». (Les voyages d'Ulysse. National Geographic. Spécial Mythologie. Mars 2020).

En somme, Tirésias est présenté par Circé comme "l'aveugle qui n'a rien perdu de son esprit" (X, 492). Tirésias a donc eu le privilège de se baigner dans le fleuve de Mnémosyne, car il connaissait tout des mystères, grand prophète, médiateur entre les dieux et les hommes et avec le pouvoir de canaliser entre le monde des vivants et celui des morts.

Pour conclure. nous pouvons affirmer que Mnémosyne ne contient pas seulement la mémoire, mais domine aussi tout ce qui est rythmique. Le Cosmos a un son subtil, inappréciable pour nous, des ondes rythmiques (très similaires au courant de la mer) qui repose sur la perception accordée, éthérée et des structures harmonieuses. Le rythme enveloppe l'espace, son mouvement est toujours circulaire et son langage est rythmique. Par exemple, les Muses dansent sur la musique du Cosmos, elles dansent au son du Cosmos, accompagnées d'Apollon. Par conséquent, Mnémosyne a un rôle fondamental dans la construction progressive du Cosmos, destiné à être gouverné par Zeus.

Sources :

Diccionario Etimológico de la Mitología Griega.

Friedich Georg Jünger Los Mitos Griegos. 

García Gual. C. Introducción a la mitología griega. Alianza Editorial.

 

mercredi, 21 avril 2021

L’ancien Futhark dans la Tradition primordiale

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L’ancien Futhark dans la Tradition primordiale

par Thierry DUROLLE

Nous avons en France la chance de compter deux chercheurs qui se sont aventurés sur les chemins de la Tradition primordiale. Le premier c’est bien évidemment René Guénon (1886 – 1951), auteur d’une œuvre conséquente, et personnage parfois érigé comme maître-à-penser inégalable. Nous lui devons beaucoup, même si, dans la perspective qui est la nôtre, on peut se trouver parfois en désaccord (quand ce n’est pas tout simplement l’histoire qui lui donne tort : nous en voulant pour preuve la décadence qui touche l’Orient, partie du monde qui devait, selon Guénon, être le dernier bastion de la Tradition). Le second, moins connu que son illustre prédécesseur, se nomme Paul-Georges Sansonetti.

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Le Professeur Paul-Georges Sansonetti appartient à ces aventuriers de l’ésotérisme, en quête du Graal hyperboréen depuis longtemps déjà. Chargé de conférences à l’École pratique des hautes-études de la Sorbonne, ce dernier a rédigé de nombreux ouvrages sur la Tradition et son symbolisme, sur le Graal ainsi que sur l’alchimie et Tintin. En trois ans, le Professeur Sansonetti a publié pas moins de quatre ouvrage inédits et une réédition. C’est ce que l’on peut appeler un auteur fécond !

En 2019 paraît Présence de la Tradition Primordiale (1) où l’auteur part sur les traces de la Tradition dans les œuvres de plusieurs écrivains et cinéastes. En 2020, Arcanes polaires (2) sort aux éditions Arqa. Sans doute le meilleur livre pour découvrir le travail de Sansonetti puisqu’il couvre l’ensemble des thèmes développés par le chercheur. La même année, Terre & Peuple publie son ouvrage Le Graal d’Apollon (3), une étude où il démontre que le Dieu des arts et de la médecine est intrinsèquement lié à l’Âge d’Or. Toujours en 2020, les Amis des ACE ont l’excellente idée de ressortir le livre Les runes et la Tradition Primordiale (4). Ce livre jusqu’alors épuisé et vendu à des prix honteux sur le marché de l’occasion marque l’apparition d’un thème majeur dans l’œuvre du Professeur Sansonetti : l’analyse des runes – enfin, du plus ancien système runique connu sous le nom d’ancien Futhark – à travers la guématrie.

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La guématrie est une technique de numérologie utilisée majoritairement dans l’ésotérisme hébraïque (bien que l’on atteste de l’usage de ce procédé en Assyrie aux alentours de 720 avant Jésus-Christ, ainsi que chez les Arabes et les Grecs). Celle-ci consiste à attribuer une valeur numérique à une lettre. Par exemple, si nous prenons notre alphabet latin cela donne A = 1, B= 2, et ainsi de suite. Paul-Georges Sansonetti applique donc cette méthode à l’ancien Futhark en s’inspirant des travaux du chercheur allemand Heinz Klingenberg (5). À première vue, appliquer une méthode analytique hébraïque à une écriture germanique peut déconcerter, mais Sansonetti, dans un entretien qu’il nous a accordé (6), affirme que les travaux de Klingenberg sont « irréfutables », bien qu’ils soient d’une nature différente de la sienne, comme il l’exprime d’ailleurs dans l’introduction de la réédition sus-nommée : « Tout en démontrant à quel point ces caractères sont indissociables de la religiosité nordique, Heinz Klingenberg demeure dans un cadre strictement universitaire et sa découverte – capitale, redisons-le – ne constitue cependant pas pour lui un argument susceptible d’étayer l’existence d’arcanes issus de la Tradition primordiale (7) ».

La traduction de cet ouvrage en langue française serait d’ailleurs très intéressant. La guématrie runique n’est pourtant pas une fin en soi dans le livre du Professeur, son but étant de montrer que l’ancien Futhark et, in extenso, la mythologie nordique, s’inscrivent entièrement au sein de la Tradition primordiale. Pour cela, Sansonetti va étudier chaque rune et démontrer en quoi celles-ci représentent des symboles sacrés en lien avec la Tradition. Le Professeur se base également sur les pierres runiques, les inscriptions runiques retrouvées sur des armes (lances, scramasaxes) et des bractéates qu’il passe au crible.

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En 2021, paraît la suite de Les runes et la Tradition Primordiale, intitulé La cathédrale polaire des runes (8) aux excellentes éditions du Lore. C’est l’occasion pour Paul-Georges Sansonetti d’approfondir le propos du premier opus cité, raison pour laquelle nous parlons volontiers de suite. En effet, on retrouvera donc une sacrée dose de guématrie runique dans cette ouvrage, avec le décorticage de nombreuses inscriptions. Le lecteur familier du premier ouvrage ne sera ainsi pas dépaysé car des thèmes bien connus de l’auteur sont de nouveau présent : le 111, les jumeaux, Tuisto, des références au pythagorisme aussi et à l’évangile de Saint Jean !

La cathédrale polaire des runes, on l’aura compris, devra être lu à la suite de Les runes et la tradition primordiale. Il faudra peut-être rédiger quelques mémos pour se souvenir de la signification des nombres présents au fil des pages (144, 26, 19, 37, etc.) pour une compréhension aisée. La démarche du Professeur Paul-Georges Sansonetti est singulière, nous ne lui connaissons pas d’équivalent. Pour autant, certains risquent de ne pas adhérer à ce décodage de l’ancien Futhark. L’auteur pousse t-il le bouchon un peu trop loin dans son usage de la guématrie ? Peut-être. Nous laissons le lecteur en juger par lui-même. Le propos de Paul-Georges Sansonetti possède sa propre logique en plus d’une bonne dose d’intuition, et il est sans commune mesure avec certaines extrapolations, inventions et fumisteries que l’on peut lire sur les runes, surtout dans les ouvrages d’inspiration New Age. Nous sommes convaincu, à l’instar du Professeur Paul-Georges Sansonetti, que la mythologie nordique se fond dans la Tradition. Nous avions d’ailleurs exposé un point de vue allant dans ce sens dans un article consacré au Dieu BaldR (9). La cathédrale polaire des runes, ouvrage véritablement roboratif, ouvre la voie à ne nouveaux sentiers quant aux mystères venus du Nord.

Thierry Durolle.

Notes:

1 : Paul-Georges Sansonetti, Présence de la tradition primordiale. E. A. Poe, G. Meyrink, H.P. Lovecraft, J.R. Tolkien, Stanley Kubric et d’autres…, Éditions de l’œil du Sphinx, 2019, 255 p.

2 : Paul-Georges Sansonetti, Arcanes polaires. Symboles de la science sacrée, Éditions Arqa, 2020, 316 p.

3 : Paul-Georges Sansonetti, Le Graal d’Apollon, Éditions Terre & Peuple, 2020, 156 p.

4 : Paul-Georges Sansonetti, Les runes et la Tradition Primordiale, Éditions ACE, 2020, 316 p., 18 €.

5 : Heinz Klingenberg, Runenschrift-Schriftdenken. Runeninschriften, Éditions Carl Winter, 1973.

6 : dans Solaria, n°52, été 2020.

7 : Paul-Georges Sansonetti, Les runes et la tradition primordiale, op. cit., p. 5.

8 : Paul-Georges Sansonetti, La cathédrale polaire des runes, La Diffusion du Lore, 2021, 172 p., 24 €.

9 : cf. Thierry Durolle, « Baldr et l’Âge d’Or », dans Solaria, n° 50.

Note de l'éditeur:

la-cathedrale-polaire-des-runes.jpgVouloir limiter l’écriture des anciens Germains au simple rôle linguistique montrerait une méconnaissance totale de ce que leur tracé comporte réellement. Car ladite écriture, composée de vingt-quatre signes, s’impose comme un système prodigieusement élaboré rassemblant les notions essentielles constitutives de l’identité ethnoculturelle européenne. Mais cela signifie aussi que le savoir émanant des runes se relie au maître thème du légendaire de notre continent et qui, jadis évoqué par René Guénon et Julius Evola, se nomme « Centre suprême ». Thème corrélatif à la mystérieuse « Tradition primordiale » traversant toutes les religiosités qu’instituèrent nos ancêtres et englobant l’univers du symbolisme et des mythes. Le « Centre suprême » est à la « Tradition primordiale » ce que le pyramidion représente pour une pyramide : le sommet conférant à ce monument sa forme générale et ses proportions.

            Dans un précédent ouvrage, intitulé Les Runes et la Tradition primordiale, il m’a été offert d’avancer le fait que chaque rune correspondait à l’un des symboles fondamentaux et chaque symbole à une donnée amenant la possible maîtrise de soi-même et de l’espace voué à notre épanouissement existentiel. En un moment où, fin du cycle des quatre Âges oblige, l’avenir de nos sociétés se retrouve si grandement menacé, le terme runoz, désignant « les runes » et, on s’en doute, l’ésotérisme que ces lettres impliquent, énonce le principe racine d’une origine civilisationnelle ainsi que la spécificité génétique propre aux peuples d’Europe.

Un livre salutaire qui, au prisme des plus récentes découvertes archéologiques, met un vigoureux coup de pied dans la fourmilière universitaire, cette entité qui n’a de cesse de réduire sciemment l’étude des runes pour de basses raisons idéologiques.

SOMMAIRE :

Introduction 

chapitre i : Chaque rune est un symbole fondamental

chapitre ii : L’homme double originel et celui en maîtrise de lui-même

chapitre iii : Le divin et l’humain

chapitre iv : Les runes et le « maître des runes »

chapitre v : Le soleil polaire

chapitre vi : Ce qu’énonce la rune

chapitre vii : L’être et son corps subtil

chapitre viii : Alu, origine du monde manifesté

chapitre ix : 111, le nombre du pôle

chapitre x : Les runes et le pôle

chapitre xi : La montagne polaire

chapitre xii : Le solfège des runes

conclusion

L’angle droit pour conclusion

bibliographie

Pour commander l'ouvrage: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/893-la-cathedrale-polaire-des-runes.html

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dimanche, 04 avril 2021

La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

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La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

Par Riccardo Tennenini

Ex : https://www.ereticamente.net/2016/11/

Le terme Ārya, ou « ario » en italien, est un terme sanskrit qui peut être traduit de trois manières qui définissent sa signification profonde : noble, pur et brillant. « Noble » désignait une aristocratie qui n'a rien à voir avec le sens moderne qui lui a été attribué et qui en fait aujourd'hui un quasi synonyme de la bourgeoisie, mais dans son sens étymologique du grec άριστος, àristos, « Meilleur » et κράτος, cràtos, « Pouvoir » ; c’est une forme de gouvernement, dans lequel l'élite, selon l'étymologie grecque du terme, représente les meilleurs qui contrôlent toute la communauté. Cela s'est produit lorsque cette aristocratie a migré du pôle Nord vers l'Inde. L'origine polaire de l'aristocratie védique nous a été signalée par Bal Gangadhar Tilak, qui fut l'une des plus éminentes personnalités hindoues entre le XIXe et le XXe siècle: ancien professeur à Cambridge, il retourna dans sa patrie pour animer le Parti du Congrès, rival du Mahatma Gandhi, pour être emprisonné par la suite et devenir ainés l'un des pères de l'indépendance de l'Inde. Dans son opus magnum The Arctic Abode in the Vedas, il écrit :

419hnroAOlL.jpg"Ces caractéristiques, il est inutile de les répéter maintenant, ne sont propres qu'à l'aube aux temps passés dans la patrie polaire des origines. En particulier, la dernière ou la cinquième de ces caractéristiques aurorales ne se retrouve que dans les terres proches du pôle Nord, et non pas partout dans la région arctique. Nous pouvons donc conclure sans risque que les déesses védiques de l'aube sont, à l'origine, polaires. Mais il est urgent de dire que, si l'aube polaire dure de 45 à 60 jours, les aubes védiques ne durent que 30 parties d'un long jour. Il faut garder cette différence à l'esprit avant d'accepter la conclusion que l'aube védique est de caractère polaire. La différence n'est pas grave. Nous avons constaté que la durée des aurores dépend du pouvoir de réfraction et de réflexion de l'atmosphère, qui varie en fonction de la température de l'atmosphère et des conditions météorologiques. Il n'est cependant pas impossible que la durée de l'aube au Pôle, lorsque le climat était plus doux, ait été plus courte que nous le pensons, à l'heure actuelle, où le climat est rigoureux. Il est toutefois plus probable que l'aube décrite dans le Rig-Veda n'est pas l'aube qu'un observateur, placé précisément au pôle Nord, peut observer. Comme je l'ai souligné précédemment, le pôle Nord est un point, et si les hommes vivaient près du pôle à cette époque primordiale, ils ont pu vivre un peu au sud de ce point. Il est donc tout à fait possible d'avoir une Aurore de 30 jours qui bouge comme une roue, après la longue nuit arctique de 4 ou 5 mois. En ce qui concerne l'astronomie, la description de l'aube que nous lisons dans la littérature védique n'a rien de farfelu. Il faut aussi penser que l'aube védique s'attardait souvent longtemps à l'horizon et que les adorateurs lui demandaient de ne pas s'attarder, de peur que le Soleil ne la cherche comme on cherche un ennemi."

Une fois arrivés en Inde, voyant ces aborigènes dravidiens à la peau foncée, ils les ont appelés mleccha, c'est-à-dire des barbares sauvages, alors pour se différencier d'eux, qui étaient des nordiques à la peau claire, en plus d'être prêtres, guerriers et agriculteurs, ils ont décidé de s'appeler Ari, c'est-à-dire « nobles ». Cette noblesse reflète les deux autres adjectifs que nous allons voir maintenant. « Pur » pour être compris dans un sens ethnique, rappelez-vous que le nom du héros védique Arjuna, protagoniste de la Bhagavadgītā, signifie « le pur ». On trouve également dans le texte plusieurs passages où le mélange des races et les unions mixtes entre un aryen et un mleccha sont la cause des malheurs cosmiques attribués à l'âge sombre (kali yuga).

"Lorsque le désordre règne, ô Kṛṣṇa, les femmes de la famille se corrompent: lorsque les femmes sont corrompues, ô fils de Vṛṣṇi, le mélange des castes se produit". Bhagavadgītā, I, 41.

"Le mélange des castes conduit également en enfer la famille de ces destructeurs de familles". Bhagavadgītā, I, 42.

"A cause de ces actes impies accomplis par les destructeurs de familles, qui provoquent le mélange des castes, les lois éternelles des castes et des familles sont subverties ‘’ Bhagavadgītā, I, 43.

Le terme "caste" utilisé dans ces trois passages signifie étymologiquement "race pure non mélangée". Pendant la période coloniale, les Portugais utilisaient les termes suivants pour désigner les habitants de l'enclave: les reinols, fonctionnaires nés au Portugal et envoyés en Inde ; les castiços, Portugais nés en Inde de parents portugais; les mestiços, métis indo-portugais; les canarins, Indiens qui refusent fièrement d'être assimilés aux mestiços et que les Portugais qualifient de caste, "ceux de sang pur".

Une autre confirmation se trouve dans les mots sanskrits varna, anuloma pratiloma. Varna signifie littéralement « couleur », terme utilisé pour distinguer les trois premières castes régies par un mariage uniquement entre Ari (anuloma), des mlecchas, les parias et les intouchables avarna, c'est-à-dire « sans couleur », résultat de mariages mixtes (pratiloma) entre Aryens et mlecchas ou qui avaient offensé les Dieux. Si la brillance est peut-être la signification la plus importante de la civilisation védique, il s'agit de l'aspect métaphysique/religieux. En plus d'être ethniquement purs, comme nous l'avons dit, ils étaient spirituellement porteurs d'un savoir archaïque comme le yoga qui vise à transformer l'homme en Numen, par l'identification, "homoiosis theo" par la recherche de l'amrita, c'est-à-dire l'immortalité. Même cette révolution sacrée qui allait remplacer en plus des coutumes et des traditions aussi l'aspect rituel, mythologique et symbolique des cultes dravidiens pré-aryens qui était divisé entre Aryens et mleccha. Les sruti étaient des connaissances réservées aux seuls Aryens de sexe masculin des trois premières castes, transmises uniquement oralement et apprises de façon mnémonique auprès de la caste des brahmanes d'origine divine. Alors que les femmes et les mleccha se voyaient interdire un tel enseignement et s'ils passaient devant un Aryen qui récitait les Vedas, ils devaient se couvrir la bouche pour l'empêcher d'absorber une telle sagesse. Ils n'étaient autorisés à lire que les smirti écrits, d'origine humaine.

Riccardo Tennenini

Né à Ferrare en 1989, il commence à étudier les œuvres de René Guénon et Julius Evola, en passant par les maîtres de la pensée occidentale: Platon, Aristote, Plotin et Plutarque. Par la suite, il s'est orienté vers la philosophie orientale de l'Advaita Vedanta. Il gère le site web Fede Spada et écrit pour le mensuel Avanguardia.

jeudi, 11 mars 2021

«Les Alchimistes» de Jean Biès

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Luc-Olivier d'Algange:

«Les Alchimistes» de Jean Biès

Jean Biès est de ces écrivains français qui, le cas n'est pas si fréquent, sont les auteurs d'une œuvre. Poète, romancier, essayiste, Jean Biès est aussi l'auteur d'un ouvrage décisif intitulé Les Alchimistes. D'emblée son livre se distingue par l'exactitude des références, la rigueur doctrinale et la beauté du style. Si le monde est bien, comme nous l'enseignent les Théologiens du Moyen-Age, la «   rhétorique de Dieu   », on ne saurait trop se réjouir de voir la beauté, par l'exactitude grammaticale, répondre à la vérité de la doctrine. A ce titre l'œuvre de Jean Biès est éminemment platonicienne: elle démontre, par son existence, que le Beau est la splendeur du Vrai.

4115JWMCG2L._SX298_BO1,204,203,200_.jpgL'ouvrage est un des rares à prendre en compte tous les aspects de l'Alchimie, tant dans sa réalité historique que constitutive ou structurale. L'Alchimie est un art, un jeu, une science, une poétique et une gnose. Elle est également une médecine, magistralement illustrée, entre autre, par Paracelse, une cosmologie, fondée sur la correspondance du microcosme et du macrocosme (dont témoigne la fameuse Table d'Emeraude) et une science héraldique des «   signatures   ».

A travers la métamorphose des éléments, dont la splendeur se multiplie en images d'une grande richesse poétique et iconographique, l'alchimiste déchiffre les apparences où il retrouve l'empreinte visible d'un sceau invisible. La méditation alchimique n'oppose pas l'intelligible et le sensible, l'invisible et le visible, l'esprit et la matière, l'être et le devenir. Elle ne perçoit point dans ces contraires des ennemis irréductibles. Le monde, qui se déploie dans la diversité des apparences, lui apparaît comme un don du Verbe. Dans les détails les plus infimes et les plus grandioses du monde sensible, son art lui enseigne à reconnaître les signes et les intersignes. Dans les métamorphoses du devenir, l'alchimiste perçoit la permanence des cycles   ; dans l'immobilité désirée et attendue de l'Inconditionné, qui n'est autre que la Pierre philosophale, elle devine la possibilité universelle et les variations infinies dont est faite la trame du monde.

L'Alchimie mérite bien cette appellation de Philosophie, que certains universitaires imbus de «   modernité   » lui refusent, ne serait-ce que par les transitions qu'elle favorise entre les pensées habituellement considérées comme rivales, ou antagonistes, de Pythagore, d'Empédocle, d’Héraclite, de Parménide et de Platon. Dans la perspective alchimique, en effet, le sens héraclitéen du devenir loin d'infirmer la théorie parménidienne de l'être, la corrobore. De même que la vision poétique et dramatique d'Empédocle, loin d'exclure la mathématique de Pythagore s'accorde en elle comme s'accorde, dans la flambée de l'athanor, le Mercure et le Souffre, par l'ambassade du Sel. Pour qui retient la leçon des alchimistes, ces «   philosophes par le feu   », pour celui qui n'oppose point péremptoirement au Mystère ses certitudes et ses convictions, toutes les joutes philosophiques sont nuptiales et la dissociation des éléments n'est que le prélude à leur unificence.

Alchimiste lui-même dans son enquête sur l'Alchimie, Jean Biès se tient exactement sur l'orée qui distingue et unit la nature et la Surnature. Le symbolisme alchimique, en récusant la notion moderne d'une séparation radicale du monde matériel et du monde spirituel, révèle les vertus paradoxales du monde. «   Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu   », cette formule de la liturgie orthodoxe convient parfaitement à l'alchimiste dont l'audace est le principe même d'une humilité essentielle. Bien davantage qu'à Prométhée, qui tant fascina les philosophes de la modernité, c'est à Hermès et au Christ que vont les fidélités philosophales. Prométhée, comme Icare, se rend coupable de démesure. Or l'hybris est le premier péril et la première tentation dont l'alchimiste doit se défendre. Son œuvre n'est point subversive, ni titanesque, mais harmonieuse et miséricordieuse.

Cette harmonie et cette miséricorde se manifesteront dans la beauté versicolore du voyage. Les couleurs et les symboles sont à la fois intérieurs et extérieurs. Entre le monde et l'entendement humain, l'art hermétique présume une synchronicité possible.

9782296084421-475x500-1.jpgScience des qualités et des nuances, des variations et de l'interprétation, l'Alchimie, loin d'être l'ancêtre balbutiante de la Chimie telle qu'elle se précisa au dix-neuvième siècle, fut une connaissance (pour une part perdue, et pour une autre, non encore advenue) de l'interdépendance de l'expérimentateur, de la chose expérimentée et de l'expérience elle-même. Le couronnement de l'œuvre est la transfiguration de l'Adepte. L'instrument de la connaissance a pour dessein de modifier, en même temps, et de façon essentielle, la matière et l'entendement humain qui œuvre sur elle. A ce titre, les alchimistes devancent l'exigence de la phénoménologie et de l'épistémologie et l'on s'étonne, en effet, que leurs œuvres soient exclues du «   corpus   » des actuelles pensées prospectives. Il est vrai que l'Alchimie inquiète, que ses œuvres paraissent insaisissables et qu'elle exige de ses chercheurs comme de ses adeptes, et même de ses simples historiographes, certaines des vertus éminentes du navigateur.

Pour consentir à s'aventurer dans ce monde de métaphores scintillantes et houleuses, il faut avoir l'âme odysséenne. «   L'erreur enseigne ce qu'il ne faut pas faire, écrit Jean Biès, l'errance apprend ce qui est à faire: il est bon d'aller s'informer auprès des Maîtres. L'alchimiste apparaît alors dans son manteau de voyage, coiffé d'un grand chapeau souvent orné de la coquille de monseigneur saint Jacques de Galice, muni d'un bâton de marche, accompagné d'un chien. Dans le décor sauvage qui l'entoure on le devine étranger à toute société.   » La pérégrination alchimique est, là aussi, à la fois en-dedans et au dehors de l'entendement humain. Les alchimistes furent de grands voyageurs. Ils eurent l'audace, en des temps où les distances étaient plus éprouvantes et plus réelles, le monde n'ayant pas encore été rabougri par les techniques de déplacement, d'affronter les incertitudes de toute véritable tribulation, - mais ils furent aussi, et surtout, des voyageurs intérieurs, à la ressemblance du Heinrich von Ofterdigen de Novalis.

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Quête initiatique, découverte du monde imaginal, approche de l'Ame du monde, telle est l'Alchimie à laquelle nous invite l'ouvrage de Jean Biès. L'Ame du monde se révèle dans les métamorphoses de la matière ordonnée aux Symboles visibles-invisibles qui s'y déploient comme la roue solaire du Paon. Rien n'importe que ce moment, où l'entendement humain enfin délivré du Règne de la Quantité, de la pensée calculante et des normes profanes de l'indéfiniment reproductible, reconquiert la plénitude intérieure. Or, - et c'est bien là le sens de l'humilité que tous les traités d'alchimie prescrivent aux adeptes, - cette plénitude n'est point notre propriété humaine. Elle nous est, quoiqu'infiniment proche et offerte, étrangère. Elle n'est point dans l'outrecuidance de la subjectivité livrée à la démesure, mais dans la subtilité de ce qui advient, de ce qui transparaît précisément pour nous enseigner le secret de la transparence. Elle est, cette présence cachée, dans l'extinction du Moi.

La rouge aurore du rubis philosophal flamboie à l'instant précis de l'extinction du moi. L'Œuvre est réalisée lorsque tout ce qui fait notre moi est frappé d'inconsistance, littéralement brûlé comme par le Miroir de Nigromontanus qu'évoque Ernst Jünger dans Les Falaises de Marbre.

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«   Ce démembrement du moi, cette mort du moi, écrit Jean Biès, c'est ce que signifie déjà le travail devant l'athanor, exigeant une vigilance épuisante   ». L'âme emprisonnée exige d'être désincarcérée, comme un «   iota   » de la lumière incréée, dissimulé sous la compacité des apparences ou dans l'illusion des fausses lumières. L'ouvrage de Jean Biès, qui est à la fois histoire (au sens d'enquête), légende, au sens de ce qui doit être lu, et herméneutique créatrice, au sens de ce qui doit être interprété et non seulement expliqué, s'inscrit, on l'aura compris, dans une tradition pour laquelle, selon de mot de Villiers de L'Isle-Adam, la lumière des siècles est plus profonde que le prétendu «   siècle des Lumières   ».

Se développant selon les lois de l'arborescence, le discours alchimique exige l'attention à la plus infime radicelle, en même temps que la vue d'ensemble. Le propre du moderne est d'avoir perdu cette vertu d'attention. Sa fascination pour la quantité, le calculable, a pour origine et pour complice cette inattention qui, dans son ignorance du monde des qualités, sépare l'âme humaine de l'Ame du monde, si bien que l'une s'étiole et se durcit et que l'autre devient lointaine et indiscernable. Ce livre de Jean Biès vient, à la suite de ses précédents ouvrages, raviver notre attention, et, si nous en sommes dignes, nous ouvrir la voie à la connaissance de l'esprit de l'Alchimie qui viendra couronner nos retrouvailles tant attendues avec l'Ame du monde, Sophia pérenne et divine présence: «   Se faufilant à pas feutrés, écrit Jean Biès, entre désastres et dérisions, effondrements et massacres, traversées du déserts et marées équinoxiales de la barbarie, l'esprit de l'alchimie, sous les traits joyeux d'Hermès, est bien de retour parmi nous, même si peu d'entre nous le savent. Descendant à travers les airs qui avaient oublié de lui l'empreinte de ses ailes, le dieu rieur parvient sur une terre exténuée, s'aventure au clair-obscur des recompositions incertaines d'aurores s'essayant à naître, et danse par avance dans le secret des cœurs l'ivresse rutilante de l'Or   ».

Luc-Olivier d'Algange

Les Alchimistes, Jean Biès, éditions Philippe Lebaud.

dimanche, 07 mars 2021

Robert Graves: des tranchées aux mythes grecs

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Robert Graves: des tranchées aux mythes grecs


Adieu à tout cela (Goodbye to All That)
Par Robert GRAVES
Traduit de l'anglais et postfacé par Robert PEPIN
Editions Libretto, 2018, 480 pages.

Ex: https://vk.com/id596716950

(compte vk de Jean-Claude Cariou)

a6hBFe5ThHE.jpgRobert GRAVES, 1895-1985, est un poète et romancier britannique, spécialiste des mythes et de l'Antiquité, il a connu le succès avec sa trilogie romanesque sur l'Empire romain, "Moi, Claude" et avec son récit " Les Mythes Grecs".

Jeune poète britannique d'ascendance prussienne par sa mère et irlandaise par son père, Robert GRAVES a dix neuf ans quand éclate la Première Guerre Mondiale. Engagé en 1914 dans l'infanterie au Royal Welsh Fusiliers, Lieutenant, puis Capitaine, il sera très grièvement blessé et même donné pour mort en juillet 1916 pendant la bataille de la Somme. Profondément meurtri et traumatisé, rejetant la société anglaise, GRAVES découvre que le monde issu de la boucherie humaine de 14/18, n'est pas plus supportable que celui des tranchées ou il a perdu la plupart de ses amis de jeunesse. Afin de continuer à vivre, l'exil, spirituel, puis géographique, l'Egypte un temps, puis l'île de Majorque définitivement, s'impose à lui.

"A la fin de son autobiographie, Adieu à tout cela, Graves écrit: Aujourd'hui Good bye to all that est bien de l'histoire ancienne, et j'ai passé depuis longtemps l'âge ou les gendarmes commencent à avoir l'air de gamins et ou il en va de même pour les inspecteurs de police, les généraux, les amiraux. Graves avait alors soixante deux ans et résidait à Majorque depuis trente ans lorsqu'il rédigea ces lignes amusées, mais empreintes d'une certaines tristesse. Aussi bien est-il toujours difficile de ne pas se laisser abuser par la nostalgie de sa jeunesse, même lorsque, comme la sienne, celle-ci fut marquée par l'expérience terrifiante d'une des plus grandes tueries militaires de l'histoire: Robert avait en effet dix-neuf ans lorsque, deux jours après la déclaration de guerre, d'août 1914, il s'engagea dans l'armée britannique. Deux ans plus tard, le 20 juillet 1916, lors de l'attaque du bois de Freux dans la Somme à la tête de sa compagnie Royal Welsh Régiment, il était si grièvement blessé par éclats d'obus au poumon et à l'aine que l'armée anglaise annonçait officiellement sa mort à ses parents.

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Il ne fait aucun doute que les tueries de la Grande Guerre et que l'expérience de cette mort affichée brisèrent quelque chose en lui. De retour en Angleterre, ce très jeune capitaine se sent complètement en décalage par rapport à la société civile. La presse, ses parents même parlent un langage si éloigné de qu'il a vécu qu'il a l'impression de se trouver en terre étrangère. Ce sentiment est si pénible qu'il décide de repartir se battre en France mais a juste le temps de découvrir les cours martiales et les fusillades de déserteurs lorsque, trop affaibli par ses blessures précédentes l'armée le renvoie en Angleterre puis en Irlande dans divers postes d'instruction des jeunes officiers novices qu'il encadre.

-oO6vjbAH1w.jpgC'est évidemment à la lumière de ces énormes traumatismes communs à toute une génération de jeunes hommes comme son ami et alter ego le poète et capitaine Siegfried SASSOON , qu'il faut comprendre comment, après la victoire alliée de 1918 et la fin de ses études à Oxford, ou il s'est lié d'amitié avec le colonel T.E LAWRENCE alors en pleine écriture des Sept Piliers et l'écrivain et poète TS ELIOT notamment, il est amené à partir pour l'Egypte et à réviser nombre de ses opinions sur l'Angleterre qu'il a connue avant la guerre. L'horreur de ses souvenirs avait suscité une telle amertume chez le jeune homme qu'il était encore que, incapable de vivre au pays, il se sépara de sa première femme ( ils avaient eu quatre enfants) et s'installa à Majorque. Dans la beauté d'un paysage à mille lieues de la boue, des rats, du froid, de la putréfaction des cadavres, du sifflement des balles et des hurlements déchirants de blessés qui mettaient souvent plusieurs jours à mourir dans le no man's land entre les tranchées adverses si proches les unes des autres, il acheva la rédaction de cette autobiographie.

Entreprise de mise à distance de cauchemars avec lesquels il fallait bien apprendre à survivre, ce travail était aussi une tentative de résurrection d'un passé récent, mais que la violence de la guerre avait brusquement rendu très lointain. L'époque ou, fils de la grande bourgeoisie éclairée, il fréquentait une des meilleures écoles du pays, pratiquait la boxe et le rugby, foulait les pelouses de Winbledon et se trouvait par sa famille en contact avec les personnages les plus influents de la Grande Bretagne de la fin de l'ère victorienne était définitivement révolue. D'ou le ton à la fois ironique et agressif avec lequel, en racontant scrupuleusement sa vie, il en vient presque à rejeter cette Angleterre là dans les limbes, et décrit avec une précision qui glace le coeur le quotidien des tranchées entre 1914 et 1918."

***

PS de Robert Steuckers: ce fut Robert Graves qui m'initia aux mythologies. Son "encyclopédie des mythologies" dans les éditions anglaises de Larousse et les deux volumes des "Greek Myths" chez Penguin furent parmi les premiers livres anglais que j'achetai, au sortir de l'adolescence. L'Encyclopédie fut un cadeau de Guillaume de Hemricourt de Grunne.

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mardi, 02 février 2021

L'histoire d'Imbolc (et de la marmotte!)

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L'histoire d'Imbolc (et de la marmotte!)

par Catherine Bentley

https://www.truehighlands.com

Traditions saisonnières et culture dans les Highlands écossais

En tant que (vrais) Highlanders, nous sommes façonnés par de nombreuses choses. Notre histoire, nos traditions et notre culture communes ont, pour le meilleur ou pour le pire, largement contribué à définir qui nous sommes vraiment. À la veille d'Imbolc, lorsque nous regardons derrière nous et que nous considérons les rituels du passé, il est tout à fait naturel de se demander si ces anciennes traditions ont une place dans le monde moderne. Les étudiants en histoire font souvent remarquer qu'ils étudient le passé afin de mieux comprendre le présent. Ainsi, si nous regardons Imbolc, que nous dit-il sur notre situation actuelle ?

Le 1er février, c'est Imbolc

Imbolc, qui tombe le 1er février, est l'une des pierres angulaires du calendrier celtique. Pour les habitants des Highlands, le succès de la nouvelle saison agricole était d'une grande importance. Comme les réserves d'hiver devenaient insuffisantes, les rituels d'Imbolc étaient effectués pour assurer un approvisionnement régulier en nourriture jusqu'à la récolte six mois plus tard. Au fil du temps, l'église a assimilé de nombreuses facettes de cette fête, principalement en raison de la réticence des Highlanders à perdre une partie aussi importante de leur culture et du pragmatisme des églises à adapter des idéologies apparemment contradictoires quand cela leur convenait.

Ainsi, Imbolc devint la Chandeleur et la déesse païenne Bridhe qui lui était associée devint Sainte-Bride, soit la Sainte Epouse (de Bride = la mariée, l’épousée, ndt). Dans les Hébrides extérieures, cependant, les populations locales se sont raccrochées un peu plus à leurs traditions et les coutumes ont évolué pour devenir un hybride spirituel unique, à mi-chemin entre la fête chrétienne moderne qui se tient le premier février et le paganisme traditionnel de nos ancêtres.

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Sainte-Bride et la Chandeleur

La Chandeleur elle-même a des origines très alambiquées. Dans ses efforts pour christianiser la divinité païenne populaire de la terre, Bridhe, l'église l'a rebaptisée Sainte Épouse et lui a donné une histoire colorée, où elle a été miraculeusement transportée à Bethléem pour assister à la naissance du Christ. L'église a également emprunté à la Rome antique, où un rite similaire, à cette époque de l'année, honorait la déesse Juno Februata (à l'origine du nom de ce mois) dont les adorateurs, ce jour-là, portaient des bougies allumées pour l'honorer. Dans les régions de langue gaélique d'Écosse en particulier, la déesse Brighid était toujours tenue en haute estime et c'est là que les coutumes et les rituels associés ont mis le plus de temps à disparaître.

Le 31 janvier Óiche Fheil Bhrighide, qui signifie la veille de la fête de Brighid en gaélique, la dernière gerbe de blé de la récolte précédente était habillée en Brighid et emmenée de maison en maison par des jeunes filles. Elles habillaient et décoraient cette effigie avec des coquillages et des cristaux étincelants ainsi qu'avec toutes les petites fleurs et la verdure qui poussaient à cette époque de l'année. Un coquillage ou un cristal très brillant était placé sur son cœur. On l'appelait reul iuil Brighde, l'étoile directrice de Bride. Les jeunes filles, vêtues de blanc avec les cheveux tombés, portaient la mariée en procession, lui chantaient une chanson et visitaient chaque maison. Tout le monde devait la vénérer et lui faire une offrande. Les mères lui donnaient un bannock, du fromage ou un petit pain au beurre. Enfin, elles se rendaient dans une maison pour faire un festin, les hommes étant autorisés à entrer après un certain temps. Une grande partie de la nourriture était conservée et distribuée plus tard aux pauvres.

Le lit de berceau de la mariée

Dans une autre tradition, les femmes âgées de chaque foyer fabriquaient un berceau appelé le lit de la mariée. Elles en faisaient une figure à partir d'une gerbe d'avoine décorée de rubans, de coquillages et de cristaux. La femme se dirigeait vers la porte et appelait doucement en gaélique "le lit de la mariée est prêt" ou "Brighde, entre, ton accueil est vraiment fait". Ce faisant, ils invoquaient l'esprit de Brighde et elle était vraiment présente dans la figure qu'elles avaient faite. Elles ont ensuite placé Brighde dans le lit avec un bâton droit à côté d'elle (le slachdan Brighde).  Puis elles l'ont lissée sur les cendres de l'âtre, la protégeant des courants d'air. Le matin, elles les examinaient avec empressement. Elles étaient très heureuses si elles trouvaient la marque de la baguette de Brighde, mais elles étaient ravies si elles trouvaient sa véritable empreinte de pas, car cela prouvait qu'elle était vraiment avec eux cette nuit-là et qu'elles auraient de la chance tout au long de l'année à venir.

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Les croix de St Bride

Une coutume plus courante, qui a survécu dans de nombreuses zones rurales, est le tissage de croix de St Bride à partir de joncs. Ces croix étaient construites la veille au soir et accrochées autour de la maison pour porter chance.

Contrairement à la fête du Samhain, et peut-être en raison d'un festival initialement consacré à une déesse, la plupart des activités rituelles étaient centrées sur les femmes et les filles du village. Il s'agissait également d'une célébration plus personnelle et localisée plutôt que d'une affaire de communauté. Cet aspect a également été repris à l'époque chrétienne, lorsque la fête avait tendance à être célébrée en famille à la maison, par opposition à un acte de culte communautaire à l'église.

Il existe également un lien étroit avec l'huîtrier dont le nom gaélique est gille bridhe, ou serviteur de Bridhe. Dans la tradition ancienne, Bridhe les appelait de sa main et les envoyait guider les marins vers le rivage par mer agitée. Entendre leur appel distinctif pour beaucoup est le signe que le printemps est en route.

Holy Wells (puits sacrés) en Écosse

Les puits sacrés étaient aussi traditionnellement visités ce jour-là, les visiteurs priaient pour la santé en marchant au soleil autour d'eux et laissaient des bouts de tissu trempés dans l'eau sur les arbres voisins. Depuis l'arrivée de l'Église réformée aux Hébrides, il y a peu de puits avec des dédicaces saintes ; cependant, pour les curieux, il en existe encore un à côté d'une chapelle en ruine sur une ferme de Melbost. Noté par l'Ordnance Survey comme Teampull Bhrighid, c'est un lien concret avec les histoires passées. Qui sait avec certitude quel genre de rituels auraient eu lieu en ce jour, ici, il y a des centaines d'années.

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À Barra, le jour de la mariée, on tirait au sort les meilleurs iolachan iasgaich ou bancs de pêche. Après l'église et un sermon sur les vertus et les bénédictions de la mariée, le prêtre exhortait la congrégation à éviter les disputes et les querelles concernant la pêche. Après être sortis de l'église, les hommes tiraient au sort les bancs de pêche des années suivantes, juste à la porte de l'église.

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Aucune mention d'Imbolc ne serait complète sans une mention de la tradition contemporaine. Les rituels évoluent avec le temps et souvent, lorsque les gens partent à la découverte du monde, ils s’adaptent à de nouveaux foyers et à de nouvelles circonstances. Comme nous l'avons vu avec les colons américains sculptant des citrouilles plutôt que des navets lors de cette autre fête païenne importante qu’est le Samhain ; nous pouvons également faire remonter les origines du « Jour de la marmotte » (Groundhog Day) en Europe. Ce jour-là, chaque année, les yeux de l'Amérique se tournent vers une petite ville de Pennsylvanie popularisée par un film de 1993 intitulé Groundhog Day. Lorsque Punxsutawney Phil sort de son terrier, si le ciel est nuageux, le printemps arrivera tôt mais s'il est ensoleillé, la marmotte verra soi-disant son ombre et se retirera dans sa tanière, et le temps hivernal persistera pendant six semaines encore.

Rituels de purification païens romains

Les origines de cette coutume spécifique sont enregistrées sous le nom de Lupercalia, un rituel romain païen de purification qui avait lieu le 15 février sur l'ancien calendrier romain, lorsqu'un hérisson était chargé de la divination du temps. Ces croyances ont survécu à la christianisation de l'Europe et se sont plutôt rattachées à la Chandeleur en tant que folklore. Les colons européens en Amérique du Nord ont maintenu la tradition païenne, mais avec la marmotte indigène. La tradition, bien qu'elle ne soit plus observée en Écosse, fait l'objet d'un proverbe gaélique :

Thig an nathair as an toll
Là donn Brìde,
Ged robh trì troighean dhen t-sneachd
Air leac an làir.

The serpent will come from the hole
On the brown Day of Bríde,
Though there should be three feet of snow
On the flat surface of the ground

Le serpent sortira du trou

Le jour brun de Bríde,

Bien qu'il devrait y avoir trois pieds de neige

Sur la surface plane du sol

C'est une sorte de victoire des anciennes coutumes sur les nouvelles, alors que des millions de personnes savent ce qu'est le « Jour de la marmotte » mais ne connaissent pas la Chandeleur. Mais plus que cela, cela montre l'attrait durable de la tradition et du paganisme. En ces temps incertains où quelques personnes luttent pour donner un sens au monde qui les entoure, le rituel peut donner un sens à la vie. Que vous regardiez le Phil de Punxsutawney en direct sur Internet, que vous allumiez une bougie ou que vous tissiez une croix de St Bride ce soir, vous faites partie de quelque chose de plus grand, de général, c’est plus pertinent que jamais.

10:26 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, chandeleur, sainte brigitte, imbolc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 19 janvier 2021

Quelques réflexions sur les castes et la tripartition

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Quelques réflexions sur les castes et la tripartition

CASTES

« Par la distribution différente

 Des qualités et des actions,

J’ai créé les quatre castes.

Sache que c’est Moi leur auteur. »

(Bhagavad-Gîta, IV. 13)

[C’est le Dieu suprême qui parle.]

 

« Quand le devoir tombe dans l’oubli,

Les femmes se corrompent, ô Krishna !

Et quand les femmes se corrompent, ô Varshneya,

Alors naît la confusion des castes. »

(Bhagavad-Gita, I. 41; traduction d’Anna Kamensky)

[La confusion des castes : le règne des Tchandalas.]

 

418ilPdZE+L._SX327_BO1,204,203,200_.jpg« [En Inde, juste avant l’apparition du bouddhisme] La civilisation la plus élevée qu’un peuple puisse atteindre dans un état ordonnancé était atteinte. La loi et le droit réglaient la vie des membres de l’Etat. La division du peuple en castes indiquait à chacun la voie de sa vie. Le trône des princes était environné de pompe et de luxe ; la caste des prêtres et celle des guerriers étaient près du trône et menaient une vie confortable, aux dépens du peuple, il est vrai ; cependant les castes des artisans, des commerçants et des agriculteurs avaient leurs cercles juridiques qui leur étaient garantis par la loi et dans l’intérieur desquels elles pouvaient se mouvoir librement. Il y avait bien de nombreuses castes inférieures, castes de serviteurs dont la vie se passait à travailler pour d’autres, mais on consolait ces castes par des promesses religieuses, de sorte que ça et là un rayon d’espoir, une divine étincelle de joie, tombait sur la misère de leur vie. »

(Ludwig Gumplowicz, La lutte des races, 1883)

« L’ordonnance des castes apparaît chez Manu d’une grande intransigeance. Cependant, cette sévérité qui peut encore nous sembler injuste dans l’Inde actuelle est atténuée, pour l’Hindou croyant, par la métempsychose, concept qui vient peut-être de la population pré-indo-européenne mais qui fut édifié intellectuellement par les Aryens ; un Shudra vertueux peut se réincarner en un Vaishya, un Vaishya vertueux en Kshatriya, un Kshatriya vertueux en un Brahmane. »

(Hans F.K. Günther, La race nordique chez les Indo-Européens d’Asie, 1934)

md30725253875.jpg« Il y a là plus que des classes, qui sont une dégradation économique et matérialiste ; les castes reflètent un ordre métaphysique où chaque individu accomplit sa fonction selon sa vraie volonté – ou devoir, dharma – en tant que manifestation de l’ordre cosmique.  Pour les fidèles de la Tradition Pérenne, la caste est une manifestation de l’ordre divin et pas seulement une division économique du travail en vue d’une grossière exploitation. »

(Julius Evola, La tradition hermétique)

« Toute société est nécessairement divisée en quatre groupes correspondant à quatre fonctions essentielles sans lesquelles aucune civilisation ne saurait subsister. Chaque fois que, au cours de l’histoire, on a essayé d’altérer ou de supprimer cette division fondamentale, on la voit reparaître sous quelque autre forme car elle est inhérente à la nature de l’homme. »

(Alain Daniélou, Les Quatre Sens de la Vie)

« L’humanité ne trouve l’équilibre et le bonheur que lorsque les quatre groupes humains qui sont à la base des quatre castes sont en harmonie. Cela seul permet d’éviter les quatre tyrannies dont parle Manu, le grand législateur, et qui sont la tyrannie des prêtres, celle des guerriers, celle des marchands et celle de la classe ouvrière qui sont également néfastes et se succèdent indéfiniment jusqu’à ce qu’un équilibre social soit rétabli.

Il n’est pas nécessaire d’aller en Inde pour observer ce cycle inéluctable, l’Europe, dans le passé récent, a connu la prise du pouvoir par l’Église, puis par l’aristocratie suivie de la bourgeoisie capitaliste, et enfin la dictature du prolétariat. Aucune de ces formules n’est stable ni efficace. Elles aboutissent inévitablement à la tyrannie et à l’injustice. Seule une reconnaissance des quatre groupes essentiels à toute société et leur attribution de droits et de privilèges distincts peut permettre une organisation sociale stable et juste. C’est une organisation de ce genre, le système des castes, qui a permis à l’Inde, malgré les invasions et les guerres, de maintenir une civilisation ininterrompue depuis l’Antiquité. Le Moyen Âge européen avait tenté d’établir une organisation de ce genre. Ce fut l’Église, avec l’Inquisition qui rompit l’équilibre. »

(Alain Daniélou, Shiva et Dionysos, 1979)

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TRIPARTITION

« …il est très remarquable que l’organisation sociale du Moyen Age occidental ait été calquée exactement sur la division des castes, le clergé correspondant aux Brahmanes, la noblesse aux Kshatriyas, le tiers-état aux Vaishyas, et les serfs aux Shudras. »

(René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, 1929)

[La même remarque figure, en termes quasi-identiques, dans Le roi du monde (1927).]

« La prééminence du soldat sur l’agriculteur et de l’agriculteur sur le marchand, que l’hitlérisme postule, était admise par toutes les sociétés antiques. »

(Alfred Fabre-Luce, Journal de la France, 1940)

« Le type économique est en lui-même inférieur non seulement au type spirituel au sens le plus élevé du terme, mais en outre au guerrier, à l’homme d’Etat, au penseur et à l’artiste. (…) Aussi le gouvernement exclusif par la classe économique serait-il l’expression extrême de la suprématie d’une classe unique, et, cette classe étant en elle-même inférieure d’après tous les critères spirituels, sa suprématie aboutirait nécessairement à un état général inférieur. »

(Hermann von Keyserling, Diagnostic de l’Amérique et de l’américanisme, 1941)

9788898672219_0_306_0_75.jpg« Le premier devoir est de combattre pour la restauration de l’Ordre. Pas tel ou tel Ordre particulier, telle ou telle formule politique contingente, mais l’Ordre sans adjectifs, la hiérarchie immuable des pouvoirs spirituels à l’intérieur de l’individu et de l’Etat qui place au sommet ceux qui sont ascétiques, héroïques et politiques et au-dessous ceux qui sont simplement économiques et administratifs. »

(Adriano Romualdi)

« Le principe européen par excellence postulait la prééminence du souverain et du prêtre sur le guerrier, et celle du guerrier sur le producteur-consommateur. Ou, si l’on préfère, de l’âme et de l’esprit sur le cœur, et du cœur sur le ventre, du spirituel sur le corporel et du corporel sur l’économique. »

(Alain de Benoist)

« …quelques-unes des grandes réussites ou des grands efforts de puissance, jusque dans la plus moderne histoire de notre Europe, reposent sur des reviviscences claires et simples du vieil archétype trifonctionnel. (…) [par ex.] les trois rouages essentiels de l’Etat soviétique (le parti avec la police, l’armée rouge, les ouvriers et les paysans), ceux de l’Etat nazi (le Partei avec la police, la Wehrmacht, l’Arbeitsfront) [qui] constituent des machines dont l’efficacité n’est pas contestable. »

(Georges Dumézil, L’oubli de l’homme et l’honneur des dieux, Gallimard 1985)

« Je pense que quand les Indo-Européens sont nomades et que leur économie et leur structure sociale sont les plus simples, il y a trois fonctions, mais que quand les Indo-Européens s’établissent à un endroit et commencent à pratiquer l’agriculture et le commerce, il y a alors une différenciation entre employés et travailleurs, et un système quadripartite surgit. »

(Greg Johnson, article sur TOQ, 2011)

« …l’anthropologie de l’apôtre Paul apparaît trichotomique, distinguant en l’homme, l’esprit, le corps et l’âme. Cette trichotomie serait pleinement applicable à la structure de l’Empire idéal. (…)

5115V0M6JKL._SX289_BO1,204,203,200_.jpgL’espace, la terre, le territoire, la zone de contrôle et d’influence constituent le contenu corporel de l’Empire et correspondent au corps de l’homme. (…) Le peuple correspond à l’âme ; il vit et se déplace, aime et déteste, tombe et se relève, s’envole et souffre. (…) La religion correspond à l’esprit. Elle montre des perspectives montagneuses, elle assure le contact avec l’éternité, elle dirige le regard vers le ciel.

De même que l’homme possède obligatoirement un corps, une âme et un esprit, selon le christianisme, de même l’Empire possède un espace, un peuple et une religion. »

(Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique, 2012)

« Dans Homère, le mythe de la guerre de Troie débute par la faute de Pâris, noble troyen. Il voit arriver devant lui trois déesses, une par fonction : Héra représente la fonction souveraine, Athéna la fonction guerrière et Aphrodite, la déesse de l’amour, la troisième fonction. Pâris doit remettre une pomme d’or à la plus belle et il choisit Aphrodite. Il entraîne alors Troie dans la ruine car les déesses de la souveraineté et de la guerre vont se venger et prendront le parti des Grecs contre les Troyens.

Il ne faut pas inverser la hiérarchie des fonctions, telle est la leçon du mythe. Il faut aussi un équilibre à l’intérieur des fonctions.

Les Etats fascistes sont morts d’avoir mis la fonction guerrière au-dessus de tout. Les Etats occidentaux ont tendance aujourd’hui, sous l’impulsion des Etats-Unis, à faire dominer la troisième fonction. (…) Au sein de la troisième fonction, la sous-fonction marchande l’emporte sur la sous-fonction familiale. (…) L’économie détermine seule le sens de la vie. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

« [Lors de la chute du communisme en 1991] Les fonctions souveraines et guerrières, accaparées par le Parti communiste, se sont effondrées. La troisième fonction économique, non régulée, donc chaotique, a pris le dessus comme nous l’avons vu plus haut. La natalité s’est effondrée, la criminalité est partie en hausse, la mortalité a augmenté, fait unique dans un pays développé. L’économie elle-même a chuté, car elle a besoin d’un cadre stable.

La chance de la Russie, qui ne fut pas celle de l’Ukraine, est qu’elle avait de longue date une forte tradition militaire. C’est le milieu des officiers qui est arrivé à contrôler les oligarques, et le président Poutine en est l’émanation. La Russie actuelle a rétabli la hiérarchie des trois fonctions. La sous-fonction religieuse est réapparue et collabore avec l’Etat. Le président et le patriarche de Moscou, Cyrille, incarnent cette double fonction souveraine. La fonction militaire a été revalorisée. La troisième fonction (production et reproduction) a été rééquilibrée pour que la famille ne se désagrège pas au profit de la seule sous-fonction économique.

En même temps, les valeurs des deux premières fonctions ont été réaffirmées : patriotisme, moralité chrétienne, sens de l’honneur. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

81hkXcUpd9L.jpg« …la Russie nouvelle est une démocratie de type ‘gaullien’ avec des libertés, des élections, l’ouverture sur l’étranger mais la hiérarchie des trois fonctions a été rétablie. C’est une démocratie ‘tripartitionnelle’, différente du totalitarisme communiste qui avait détruit la troisième fonction, et différente de l’Occident dominé par le Gestell qui entraîne la dégénérescence des deux premières fonctions de souveraineté et militaire. En Russie, on est en économie libre de marché mais la primauté de la fonction de souveraineté est rétablie, et la fonction de défense est réévaluée dans la vie sociale. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

« Les intérêts économiques doivent être subordonnés aux intérêts stratégiques. Ce n’est pas à Mercure de régner sur l’Olympe. Ce n’est pas à l’intendance de donner des ordres. »

(Thomas Ferrier, tweet du 26 décembre 2020)

[Il y en a certains qui doivent se sentir visés… D’ailleurs, de Gaulle avait déjà dit : « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille ». Et on connaît aussi : « L’intendance suivra ». Aujourd’hui, il y a beaucoup de représentant de « l’intendance » parmi les dirigeants occidentaux… (mais pas en Russie et en Chine…)]

18:39 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, castes, trifonctionnalité, tripartition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 01 janvier 2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

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2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

Pour le Nouvel An, nous publions un article sur ces feux, tiré du site italien https://www.azionetradizionale.com

par Lorenzo Maria Colombo

Dans de nombreux pays du nord de l'Italie, les célébrations de la fin de l'année et des premiers mois de la nouvelle année sont accompagnées de rituels collectifs particuliers qui, à y regarder de plus près, ont l'aspect apparemment assez macabre d'un sacrifice humain : des mannequins aux traits anthropomorphiques ou même des êtres humains en chair et en os sont brûlés, noyés, enterrés ou, en général, tués rituellement.

A Ameglia (SP), par exemple, il existe la tradition de l'Omo ar bozo, dans laquelle une personne du village se déguise en étranger qui est jugé et jeté dans une mare d'eau (le bozo, en fait).

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Dans de nombreux autres endroits, cependant, le symbolisme de l'enjeu purificateur semble prévaloir : À Varallo Sesia (VC), le 6 janvier, pour célébrer le début du carnaval, les habitants se réunissent sur les rives du ruisseau Mastallone, qui divise la localité en deux, pour brûler le mannequin diy du Veggia Pasquetta (le « vieux lundi de Pâques ») ; le feu continue à jouer un rôle central pendant toute la durée de ce carnaval alpin, l'un des plus importants et des plus populaires du nord du Piémont, avec des épisodes tels que le rond-point autour du feu de joie sur la place le soir du Carnevalàa n'tla stràa (Carnaval sur la route) et l'incendie final du roi du Carnaval (évidemment toujours un mannequin) sur le Ponte Antonini.

Des rites similaires ont lieu dans le village de Roccapietra et dans les villes voisines de Civiasco et Borgosesia, parfois accompagnés de feux d'artifice. D'autres caractéristiques de cette période, qui sont très importantes comme nous le verrons pour comprendre son profond symbolisme, sont les distributions gratuites de nourriture (soupe, haricots, tripes, focaccia, sucreries, etc.) dans différents villages. Parmi les quelques autres particularités de cette période, répandues dans divers pays, il faut compter certaines manifestations typiques où prédominent des performances de force et d'habileté physiques, voire un caractère explicitement agonistique ou guerrier : par exemple, le défi entre le "laid" et le "beau" qui se déroule dans Suvero (SP), les sapeurs (littéralement: les huissiers) armés qui accompagnent les défilés de carnaval de Sampeyre (CN) et Schignano (CO), la Danse des épées lors des processions religieuses de Venaus et Giaglione (TO), les coups de poing dans les rues contre les krampus (les "putréfiés" ou, selon une autre étymologie, "celui qui a les griffes") dans le Trentin-Haut-Adige ou encore les célèbres manieurs de drapeaux du Paliotto d'Asti qui sont appelés à se produire sur les places de différentes communes piémontaises.

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Les ethnologues et anthropologues interprètent généralement ces traditions comme des résidus païens d'anciens rites propitiatoires pour la fertilité des champs, antérieurs à l'arrivée du christianisme ; le faux "sacrifice humain" (ou même dans certains cas le sacrifice authentique et sanglant d'un animal, comme une dinde ou une oie) est alors considéré comme une représentation typique du "bouc émissaire". Selon l'ethnologue Piercarlo Grimaldi, la "chèvre" est tuée par la "communauté paysanne qui, pour faire face à la nouvelle saison agricole, doit se régénérer rituellement"[1].

Il va sans dire que de telles explications, même si elles ne sont pas complètement fausses, sont, d'un point de vue authentiquement traditionnel, loin d'être satisfaisantes. L'incapacité des universitaires occidentaux à analyser les significations cachées de ces rites est probablement due, au moins en partie, à la rupture, survenue pour des raisons historiques et sociales, entre la culture paysanne et celle de la "haute société" (ndt : la « culture des élites » selon Robert Muchembled), représentée autrefois par le clergé et aujourd'hui par les universitaires, qui ne sont plus capables de dialoguer et de comprendre la culture populaire. Il faut évidemment ajouter à cela des considérations sur le "cycle vital" normal des traditions, qui, dans sa phase terminale, voit une perte progressive de sens jusqu'à ne laisser qu'une forme vide et « survivante » (d'où le terme « superstition »).

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Si nous voulons trouver la véritable clé de l'interprétation de ce que nous venons de dire, nous devons donc nous tourner vers les cultures où une telle césure n'a pas eu lieu ou a été rétablie à temps : c'est le cas du Tibet où (au moins avant l'invasion communiste chinoise) les rites du Nouvel An étaient pratiqués, avec la combustion d’un mannequin, extraordinairement similaires à ceux du nord de l'Italie. Ici, cependant, la tradition bouddhiste a réussi à réinterpréter l'ancien rituel populaire dans la perspective sotériologique de la nouvelle religion, ou plutôt à revenir à leur signification originelle. Traditionnelles, les anciennes formes ont dégénéré en superstition, explique en fait le célèbre tibétologue Giuseppe Tucci : "La superposition de la fête du sMon lam sur l'ancienne fête du Nouvel An s'explique par le fait que le premier en était venu à s'identifier à l'idée de la victoire sur le mal et l'hérésie dans le miracle de Śrāvastī (...)[2]. La communauté est dans une période de déclin progressif, dans laquelle le mal augmente et la doctrine prêchée par Śākyamuni devient obscure. Il est donc nécessaire d'éliminer ou au moins d'atténuer les signes évidents de cette époque - épidémies, guerres, famines - mais surtout d'aider à préparer l'action rédemptrice du prochain Bouddha, Byams pa, Maitreya. Le symbolisme à la base de cette pensée a également des répercussions sur le plan liturgique et pratique : le gouvernement distribue des plantes médicinales (sman) aux moines pour lutter contre les maladies ; des tissus de soie pour les défendre du danger des armes ; de la nourriture, de la viande, de la soupe, de l'argent, etc... contre la famine imminente. La liturgie est conditionnée de façon dramatique à chacun de ses différents moments. Par exemple, la procession rituelle autour du temple de Byams pa est censée signifier que la nouvelle ère de la doctrine, la descente de la parole divine, est déjà un fait accompli (...) la non-science (ma rig), l'origine de la contamination morale (ňon mons) et donc aussi du karma, est innée en chacun de nous, en moi et dans les autres, et [pour cela] il est nécessaire de la brûler dans le feu de la connaissance sublimée (ye šes kyi me). L'image qui est au centre de cette cérémonie est destinée à recevoir en elle-même la non-science et est brûlée dans le feu de la sagesse, qui est représentée de cette façon (...). A l'attente de la nouvelle année prévaut celle de l'annus magnus : ainsi le cycle bref des douze mois devient le maillon d'une chaîne qui s'étend à l'infini, de bon augure, de renouvellement de la doctrine, de l'avènement du royaume de Maitreya, dont l'épiphanie aura lieu après la fin du processus progressif de décadence de l'ère cosmique actuelle"[3].

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Pour résumer : au moment où l'obscurité semble la plus profonde, à la limite entre une année et l'autre, les adeptes de la Tradition sont appelés à monter sur le terrain de lutte, à entrer en guerre contre les forces du mal afin de favoriser le retour de la Lumière dans une nouvelle ère prospère du monde, où il n'y aura plus ni faim ni misère et où les hommes se "nourriront" directement de l'enseignement spirituel ; et les flammes qui brûlent le mannequin sacrifié ne sont autres que celles qui consommeront les potentialités inférieures de ce cycle pour permettre au nouveau de commencer.

Au Tibet, comme en Italie, le rite du début de la nouvelle année entend représenter une attente, non pas passive et sentimentale mais active et "militante", une tension eschatologique vers la réalisation, même seulement temporaire et virtuelle, de cette Terre pure, cette Jérusalem céleste où l'être humain sera réintégré dans son état originel[4].

Enfin, nous nous permettons de faire quelques réflexions sur la situation que nous vivons dans cette période particulière de l'Histoire.

On se souvient qu'au début de l'année 2020, alors que, comme on vient de le démontrer, la pandémie de covid-19 était déjà en cours depuis plusieurs mois, le premier confinement est tombé au moment même où les festivités du carnaval atteignaient leur point culminant, empêchant la conclusion naturelle du Carême, avec les fermetures forcées qui se sont ensuite étendues bien au-delà de la Semaine Sainte. Et aujourd'hui, avec l'urgence sanitaire qui semble loin d'être résolue, il est très probable que nous soyons obligés d'abandonner nombre de ces rites traditionnels mentionnés au début de notre article, dont certains, il faut le souligner, ont des origines très anciennes et n'ont jamais été interrompus jusqu'à présent, sauf pendant les périodes les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale.

Il est probablement trop tôt pour affirmer que cette situation est intentionnelle, qu'elle découle d'une intention consciente d'anéantir nos traditions ancestrales ; et pourtant la symbolique lugubre qui sous-tend ces faits nous semble claire : les forces de l'anti-tradition, les légions de l'adversaire n'acceptent plus d'être domptées et exorcisées, mais se déchaînent de toutes leurs forces dans le monde dévasté.

Et dans ce contexte, il n'est pas surprenant que certains "champions" de la subversion internationale n'aient pas pu cacher un certain sentiment de vengeance mesquine contre ceux qui, légitimement, se plaignaient de la suppression ou de la réduction à un minimum des événements traditionnels : juste avant ce Noël 2020, parmi les plus dramatiques dont l'histoire récente se souvienne, un youtubeur, au nom plutôt risible d'"Ateotube", a déclaré sur sa page Facebook : "Je ne comprends vraiment pas le fétichisme des Italiens pour les traditions. Mieux vaut innover, progresser, avancer".

Progresser et avancer vers où, on peut se le demander, si ce n'est vers une civilisation vidée de tout sens, vers une culture qui ne peut plus être définie comme telle car rien n'est plus "cultivé", vers l'immense abîme d'où tant de jeunes tentent en vain de s'échapper avec la drogue ou en s'ôtant la vie...

Mais en fin de compte, comme nous le savons déjà, ce sont des choses qui doivent arriver. Les armées des ténèbres seront autorisées à avancer jusqu'à ce que la moindre lueur de la Lumière des anciens jours semble être étouffée à jamais ; alors, et seulement alors, Rudra Chackrin, Seigneur de la Roue Cosmique, descendra dans le monde pour la sacrifier (la rendre sacrée) dans les flammes purificatrices et sanctionner le début d'un nouveau Jour.

Il nous appartient de nous préparer à ce moment par une pratique intérieure, car les formes extérieures - en elles-mêmes seulement instrumentales et temporaires - nous sont aujourd'hui refusées.

À tous ceux d'entre vous qui ont eu la patience de lire cet article jusqu'au bout, j’apporte un souhait sincère de bonne année sous le signe de la lutte et de la victoire.

Notes :

[1] P. Grimaldi, Tempi grassi tempi magri, Omega edizioni 1996 Torino, p. 50.

[2] L’épisode où Bouddha manifeste sa propre supériorité face aux adeptes des sectes rivales, est celui où, de son corps, s’échappent simultanément des langues de feu et une pluie d’eau. Remarquons que ce double symbolisme de l’eau et du feu se repère également dans les rites italiens que nous avons cités.  

[3] G. Tucci, Le religioni del Tibet, ed. Mediterranee 1995 Roma, pp. 192-193. Ed. originale Die Religionen Tibets, W. Kholhammer GmhH, Stuttgart 1970.

[4] G. Marletta, L’Eden, la Resurrezione e la Terra dei Viventi, Irfan edizioni San Demetrio Corone (CS) 2017, pp. 79-91.

 

Les grandes âmes sont odysséennes...

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Les grandes âmes sont odysséennes...

par Luc-Olivier d'Algange

Les grandes âmes sont odysséennes. Qu'est-ce que la grandeur ? Par quelle aspiration prouvons-nous le sens de la grandeur ? Le poème épique, celui d'Homère en particulier, répond à cette question: par le voyage, lorsque ce voyage est au sens exact initiatique. Le héros «   ondoyant et divers   » navigue, car naviguer est nécessaire et qu'il n'est point nécessaire de vivre. Toute la différence entre la vie magnifique et la survie est dite en ces quelques mots: Naviguer est nécessaire... Il ne s'agit point tant d'atteindre à la grandeur que d'être digne de la grandeur qui nous environne. L'homme moderne aspire à des réalisations colossales, comme le sont également sa bêtise et son outrecuidance. Les temples de Delphes et d'Epidaure, l'architecture romane, leur fille conquérante de l'Invisible, témoignent d'un autre sens de la grandeur. C'est une grandeur méditée et contemplée, une grandeur intérieurement reconstruite par une exacte Sapience des rapports et des proportions. Nous devons à Walter Otto et à Ernst Jünger, ces philosophes lumineux, la distinction entre le monde dominé par les titans et le monde dominé par les dieux. Avant d'être «   moderne   » et quoique l'on puisse entendre sous ce terme, notre monde est bien un monde titanesque, un monde de fausse grandeur et de colossales erreurs. Le monde des dieux, lui, s'est réfugié dans nos cœurs et il devenu une vérité intérieure, c'est-à-dire qu'il se confond avec la lumière émanée du Logos. Si rien ne peut être ajouté, ni ôté, rien n'est perdu. La véritable grandeur n'est pas absente, elle est oubliée dans l'accablement et l'ennui des travaux titaniques. S'en souvenir, par bonheur, n'exige pas que nous nous rendions immédiatement victorieux de ces artificieuses grandeurs; il nous suffit d'accueillir les battements d’ailes légers de l’anamnésis.

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Le subtil essor du ressouvenir triomphe de tout. La recouvrance de la grandeur est offerte à quiconque ne se résigne point, mais persiste, à la pointe extrême de son entendement, comme une étrave, à l'affrontement de l'inconnu maritime. Les grandes âmes sont odysséennes. Elles viennent comme des vagues vers nous dans les heures sombres et dans les heures claires. Elles laissent aux heures claires une chance d'être et une raison d'être dans le ressac tumultueux des heures sombres.

Il existe une habitude du malheur à laquelle les grandes âmes odysséennes seront toujours rétives. Elles engagent le combat, ne craignent point les issues incertaines et osent le voyage. Elles vont jusqu'à défier les lois de l'identité et de la contradiction pour choisir de périlleuses métamorphoses. Lorsque les ciels sont à l'orage, que la mer violette accroît l'émerveillement et l'effroi du pressentiment, l'âme odysséenne se retrouve être, soudain apaisée, dans l'heure la plus claire, dans le scintillement de la vague ascendante qui triomphe des nuits et des abysses qui la portent.

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Le sens épique des grandes âmes, nous le savons, ne refuse point le malheur. Il existe chez les âmes aventureuses un consentement à la fortune bonne ou mauvaise qui ne laisse pas de surprendre les générations étiolées. Mais cette acceptation du malheur n'est jamais que l'assombrissement momentané du regard après l'éblouissement, «   soleil noir de la mélancolie   » que dit Gérard de Nerval. A celui qui consent à se laisser peupler par les images odysséennes, à se laisser entraîner par elles, c'est une grande Idée du bonheur qui le subjugue. Un vaste songe heureux entoure de ses espaces limpides et sonores le vaisseau qui file à l'allure que lui prédestinent les voiles et le vent: c'est le sens de notre destinée.

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Certes, la destinée est écrite et souvent des forces néfastes se conjuguent à nous soumettre à des rhétoriques malfaisantes ourdies par des forces jalouses, comment le nier ? Certes, les heures sombres avancent vers nous en cohortes plus serrées que les heures claires, mais le regard de l'Aède transperce les nuées et voit, là où le commun ne voit que du vide, les escadres claires des heures promises, des prières exaucées !

Le paradoxe admirable de l'épopée est de nous enseigner en même temps l'abandon et le courage, alors que le monde moderne nous enseigne la récrimination et la faiblesse. Toute grande âme est odysséenne, elle s'abandonne à la beauté et la grandeur du monde et, dans cet abandon aux puissances augustes, trouve le courage d'être et de combattre. La vie magnifique est possible car il n'est pas nécessaire de vivre, s'il est nécessaire de naviguer. Croire en une toute-possibilité, vouloir s'en rapprocher comme d'un Graal ou d'une Toison d'Or, telle est la foi du héros qui trouve dans la divination des claires escadres la justification de ses actes et de son chant. Le malheur gronde, l'eau et le ciel sont noirs, mais elles viendront bien à sa rescousse. Escadres claires et logiques, ordonnées et ordonnatrices, accordées à la divine Mesure.

imagesul.jpgSans doute sommes-nous fort mal placés en nos temps rationalistes et déraisonnables pour comprendre la méfiance grecque à l'égard de l'hybris, de la démesure. Nous sommes si aveuglément dévoués à la démesure que nous n'en concevons plus même le contraire. Notre démesure est devenue si banale que toute mesure nous paraît extravagante ou coupable. Comment, alors servir la Mesure, par quels noms l'évoquer et l'invoquer sans la trahir ? Par le seul nom de Légèreté ! Les claires escadres de la raison d'être de nos actes et de nos chants sont légères; c'est à peine si elles touchent les vagues amies. Entre l'horizon et le plus fort de notre combat, elles franchissent la distance en se jouant. Non seulement la Mesure est légère, elle ne se pose ni ne s'impose, sinon prosodique; elle est fondatrice de la légèreté en ce monde. Les Anciens croyaient en la terre dansante et en la terre céleste. La Mesure nous sauve de la lourdeur et de l'inertie. Bien qu'elle soit plus que la vie, ayant partie liée aux Immortels, elle nous sauve de la mort. Lorsque la Mesure est ignorée les titans outrecuident, et les hommes se livrent sans vergogne à l'infantilisme et à la bestialité.

Les héros, les chevaliers, les navigateurs nous entraînent dans la vérité de la métaphore. Ils nous apprennent à interroger les signes et les intersignes, à trouver la juste orientation dans la confusion des apparences, ou, plus précisément, dans cette apparence de confusion à laquelle nous inclinent la faiblesse et le fanatisme. La puissance métaphorique et réelle qui porte le navigateur sur la «   mer toujours recommencée   » dont parle Valéry n'est pas l'hybris mais la Tradition. Elle est cette puissance heureuse qui nous porte au-delà de la mensongère évidence des êtres et des choses, par-delà les identités statiques, les individualités possessives, les subjectivités idolâtrées dans la mauvaise conscience de leur déroute.

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La métaphore est maritime; elle ne s'ajoute point à la réalité, elle est la réalité délivrée de nos représentations schématiques, de ces facilités de langage, de ces jargons qui feignent la raison, sans raison d'être. Croire détenir la raison, cette hybris du rationaliste, n'est-ce point être possédé par la déraison ? Favoriser dans le déroulement prosodique la levée des grandes images odysséennes, ce n'est pas fourbir des armes contre la raison mais restituer la raison au Logos, œuvrer exactement à la recouvrance de la raison. Lorsque les métaphores ne dansent plus à la crête des vagues, les mots deviennent des mots d'ordre; et les mots et l'ordre sont perdus pour les desseins divins. La pensée, alors, s'emprisonne en terminologies. La suspicion et la mesquinerie se substituent à cet usage magnanime et chanceux du langage qui est le propre des poètes.

Les grandes âmes sont odysséennes, et le signe de leur grandeur est d'unir la poésie et la raison, non certes pour nous réduire au compromis détestable d'une poésie raisonnable mais par un heurt étincelant où l'apparence de la poésie comme l'apparence de la raison volent en éclats. De l'autre côté de ces apparences se trouvent non les certitudes d'usage, mais la mystérieuse et ardente gnosis rimbaldienne de l'éternité qui est «   la mer allée avec le soleil   », l'épiphanie éminente de la splendeur. Sous l'invaincu soleil, la métaphore maritime est la messagère des grandes âmes.

Luc-Olivier d'Algange.

Le symbolisme du sanglier

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Le symbolisme du sanglier

par Gérard Thiemmonge

A propos de l'auteur : J'ai rencontré Gérard Thiemmonge, l'auteur de cet article publié à titre posthume, lors d'une université d'été de la Nouvelle Droite au début des années 80. Jusqu'à sa mort il y a quelques années, nous avons entretenu une amitié étroite, accompagnée d'un échange régulier de documentation sur l'histoire de certaines régions d'Europe et de leurs traditions. Au fil des ans, Gérard Thiemmonge est devenu un encyclopédiste infatigable qui a compilé un impressionnant catalogue d'illustrations, de cartes postales et de documentation sur des sujets aussi divers que la tradition musicale entourant la cornemuse en Europe, les runes et les animaux sacrés dans la tradition indo-européenne. Cependant, Gérard Thiemmonge, enraciné et passionné d'histoire et des traditions d'Europe, était aussi un véritable reître, un aventurier chevronné et un expert en techniques de survie et de la guerilla. À la fin des années 1970, il a combiné ses connaissances de baroudeur dans deux ouvrages, publiés chez Copernic : "Objectif Raid" et "Guide pratique pour l'expédition et l'aventure".

Ralf Van den Haute.

Le symbolisme du sanglier trouve ses origines dans la Tradition primordiale et hyperboréenne, elle-même fondatrice des divers mythes indo-européens.

A côté du cerf, le sanglier faisait partie du monde marginal et divin de la forêt. Il participait de l’animation visible, (lat. anima = âme) comme témoin du panthéon des dieux que l’esprit des hommes avait forgé, pour hiérarchiser le sacré et appréhender le monde.

Ste Osmanne.jpgAnimal solaire, le sanglier participait des trois fonctions de l’idéologie tripartite des indo-européens, et c’est à ce titre que la compréhension de sa symbolique est particulièrement difficile. Perçu distinctement par les castes, sa valeur magico-religieuse était conflictuelle. Cette situation se maintiendra jusqu’au moyen-âge, illustrée en Seine-et-Marne par la légende de Ste Osmanne.

La caste sacerdotale, (les druides) participait de la fonction souveraine. Détentrice du savoir et du sacré, elle dominait la société dans ses orientations.

Selon J. Chevalier et A. Geerbrant, (1) le sanglier est en conflit avec la caste guerrière. Comme le druide, il est en rapport étroit avec la forêt, se nourrit du gland du chêne, et la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, fouit la terre au pied du pommier, arbre d’immortalité. Aussi bien dans la société druidique que brahmanique, le sanglier y figure l’autorité spirituelle. Il est l’avatâra sous lequel Vishnu ramène la terre à la surface des eaux pour l’organiser.

Dans le monde indou, notre cycle est désigné comme étant celui du sanglier blanc.

Pour la caste guerrière, le sanglier participait du rituel de la chasse, c’est-à-dire du combat loyal contre la force vénérée et distincte, combat par qui la victoire élève vers les dieux. Le mythe de « La Chasse Sauvage » et le légendaire Hubertien (2) ne sont que des avatars populaires et parfois christianisés de ses rituels initiaux.

Pour la caste paysanne, (fonction productrice) l’animal était naturellement celui qui assure la subsistance du groupe. L’animisme aidant, on s’évertuait à acquérir sa force et son courage. Il remplissait les ventres et les âmes.

Comme on le voit, cette perception distincte ne pouvait qu’entrainer des conflits, des interdits comme la chasse, le sacrifice ou la consommation hors certaines périodes.

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Le nom du sanglier vient du latin populaire singularis, de singulus = seul. Le mot « singulier », combat d’un seul contre un seul, à la même origine. Le nom de la laie vient du francique lêka (moyen haut allemand liehe). Le même mot, remarque L.R. Nougier, désigne également un chemin forestier. (3)

Au moyen-âge, on évoquait le sengler, ou porcq saingler. Le terme servait aussi à désigner un homme solitaire. (4)

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La plus ancienne représentation connue d’un sanglier concerne une peinture pariétale dans la grotte d’Altamira, en Espagne. Elle est d’époque magdalénienne. (Paléolithique supérieur, 12000 ans).

De Perse, de l’Inde, de la Grèce à l’Irlande, il est partout présent dans le monde indo-européen. Il est également présent au Japon et en Chine, au Moyen-Orient, mais sa symbolique se réfère à des mythèmes distincts. (5)

En Grèce, Hercule parvient à rapporter un gigantesque sanglier qui semait la terreur en Arcadie, sur les collines d’Erymanthe. L’animal est transporté vivant sur les épaules. Cet exploit constitue le troisième des douze travaux d’Hercule.

Ailleurs, c’est un autre monstre dévastant l’Etolie, le sanglier de Calydon, que combattent les héros de la Toison d’Or.

Dans la mythologie nordique, le nain Brokk forge un anneau d’or pour Odhin-Wotan, un marteau pour Thor et un sanglier pour Frey.

unnamedwildshw.jpgFrey est le dieu de la fertilité, le dieu de la troisième fonction chez les Scandinaves. « Voici un animal qui peut courir nuit et jour, aussi bien sur terre que dans le ciel et sur l’eau. Il va plus vite que n’importe quel cheval. Et ses soies d’or resplendissent tant qu’elles peuvent éclairer les ténèbres les plus profondes. » (6) Du martellement des forges de Brokk, naissent la fidélité, la puissance et la maîtrise. La maitrise du temps et de l’espace.

C’est en Ardennes (Arduenna sylva), au carrefour des mythes celtes et germaniques, que l’archéologie nous cèdera une petite statuette, hélas décapitée, représentant le seul témoignage connu d’une déesse chevauchant un sanglier. On a évoqué le nom de Diane. Mais celui de Freya, sœur de Frey et déesse de l’amour pourrait s’imposer tout autant.

Chez les Celtes, le sanglier revêt donc une importance fondamentale. Il apparaît sur nombre de monnaies gauloises, et figure comme enseigne ethnique ou guerrière sur les vexillum.

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La stèle calcaire d’Euffignix (Haute-Marne), fait état d’un personnage orné d’un torque au cou, avec un sanglier vertical gravé sur sa poitrine. On peut soupçonner le caractère sacertodal de cette stèle, s’il était confirmé que le motif symbolique de la patte droite est bien une crosse. Cette crosse (francique krukkja = béquille) serait de même nature que l’actuel attribut de l’épiscopat chrétien. Il était déjà l’emblème de dignité religieuse sous le paganisme romain, où du nom lituus, il équipait, les augures et les pontifes.

lituus.jpgL’archéologie irlandaise de son côté, nous confirme la présence de diverses crosses sur les sites cultuels, de même curieusement, que certains monuments mégalithiques. (7) Sur le côté de la stèle, on peut également distinguer la présence d’un œil. La valeur magico-relieuse de l’ensemble, nous permet d’imaginer le troisième œil, celui qui voit, celui de qui vient la religion. (lat. religio = qui relie)

Est-ce un hasard, si un autre dieu du panthéon celtique a été trouvé sous le chœur de N.D. de Paris, en 1970 ? Il s’agit de Cernunnos, « le dieu aux cornes de cerf ». On l’a également localisé à Reims, à Vandoeuvres, à Saintes, et il apparaît sur le célèbre chaudron de Gundestrup, accompagné d’un sanglier.

Comme pour relier les fonctions souveraine et productrice, le sanglier constituait la nourriture sacrificielle de la fête de Samain. (ou Samuhain, Samonios dans le calendrier de Coligny, le 1 novembre. La Toussaint en est la survivance christianisée). (8) On le consacre à Lug, qu’on associe à Mercure. (L’un des surnom de Mercure, Moccus = porc, est attesté par une inscription gallo-romaine à Langres).

La légende de Twrch Trwyth (irlandais triath = roi) s’opposant à Arthur, représente le sacerdoce en lutte contre la royauté, à une époque de décadence spirituelle. (9) Le père de Lug, Cian, se transforme en porc druidique, pour échapper à ses poursuivants, avant néanmoins de mourir sous forme humaine.

Paradoxe d’importance, l’ensemble des textes irlandais, même d’inspiration chrétienne, n’accorde pas de mauvaise part au symbolisme du sanglier. Il s’agit là d’une contradiction flagrante avec les tendances de la tradition judéo-chrétienne.

Dans la Bible, le sanglier est associé à l’impureté, aux déchainement des passions, aux forces démoniaques.

Parmi les légendes recueillies par Roger Lecotté, (10) il en est une qui se rapporte au thème du sanglier, et qui concerne le village de Percy, en Seine-et-Marne.

Ste Osmanne, princesse d’Irlande, après de longues pérégrinations, vint s’établir dans la retraite de Féricy. « Avec sa servante, elle bâtit un abri de feuillage et mena une existence austère. Un jour, un jeune seigneur des environs, chassant un sanglier, vit la bête se réfugier auprès de la sainte, alors en prière près d’une fontaine. Malgré les cris des veneurs, les chiens ne pouvaient bouger, et le seigneur, voulant tuer le sanglier demeura figé. Il injuria Osmanne, qu’il prit pour une enchanteresse et se retira. Passant à Sens, il raconta les faits à St Savinien qui se rendit auprès de la solitaire et la reconnut comme une croyante ; aussi il la baptisa avec l’eau de la fontaine, et lui donna, le nom d’Osmanne. »

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Le bruit de sa sainteté se répandit partout, et de nombreux fidèles vinrent lui demander soulagement de leurs maux.

Anne d’Autriche délégua deux pèlerins pour obtenir la naissance de Louis XIV, puis envoya un courrier à Féricy pour annoncer l’heureuse nouvelle, et fit don du tabernacle actuel.

Un registre de confrèrie du XVII° siècle porte de nombreuses demandes et procès-verbaux de guérisons ou miracles.

Selon la légende locale, les anciennes cloches de l’église, enfouies en 1789 dans la mare de l’abime, et qui, envasées, n’ont jamais pu être récupérées, se font entendre à ceux qui se penchent au-dessus de l’onde, car elles sonnent encore pour la fête de Ste Osmanne.

Ce texte démontre à lui seul, s’il en était besoin, combien l’animisme est vivace au VII°siècle, (10) et comment il est réintégré par l’Eglise sans autre forme de procès.

A partir de quels critères l’évêque de Sens reconnait-il Osmanne comme une croyante ? Elle dispose de pouvoirs légués par la tradition celto-païenne, c’est-à-dire spécifiques aux coutumes de l’animisme européen. On songe aux oracles de Delphes et à la Pythie officiant en extase, près de la source Castalie. (11)

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On songe aux légendes médiévales et aux « sorcières » des forêts profondes. On songe surtout au sanglier comme symbole druidique. On rappellera encore que le nom de « fontaine » désignait initialement une source, et l’on aura posé le décor dans lequel évoluent les acteurs de l’époque.

Sachant que les édifices de la chrétienté médiévale ont été élevés aux lieux même des sites sacrés du paganisme, il resterait à démontrer, au-delà des phénomènes de syncrétisme connus, la part de glissement sacro-religieux réalisée au titre de la Tradition entre la société druidique et la Chrétienté.

Gérard Thiemmonge.

Bibliographie :

  • 1) Dictionnaire des symboles, R. Laffont, Paris 1969
  • 2) J. Rousseau, La Chasse Sauvage, mythe exemplaire, in Nouvelle Ecole n° 16, Paris 1972
  • 3) Au temps des Gaulois, Hachette, Paris 1981
  • 4) Dictionnaire de l’ancien français jusqu’au milieu du XIV° siècle, A.J. Greimas, Larousse, Paris 1980
  • 5) Chevalier et A. Geerbrant, Op.cit.
  • 6) Mabire, les dieux maudits, récits de mythologie nordique, Corpenic, Paris 1978
  • 7) Sharkey, Celtic mysteries, the ancient religion, Thames & Hudson, Londres 1975
  • 8) J. Rousseau, Op.cit.
  • 9) Thème du conflit intrafonctionnel, entre le pouvoir et le sacré.
  • 10) Recherches sur les cultes populaires dans l’actuel diocèse de Meaux, CNRS/FF d’Ile-de-France n° IV, Paris 1953
  • 11) Basile Pétrakos, Delphes, Editions Clio, Athènes 1977

 

jeudi, 31 décembre 2020

Sleipnir, le cheval à huit jambes de la mythologie nordique

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Sleipnir, le cheval à huit jambes de la mythologie nordique
 
Via Facebook: Léa Maes
 
Sleipnir est dans la mythologie nordique un cheval fabuleux à huit jambes capable de se déplacer sur le mer et dans les airs, il a des runes gravées sur les dents, connu pour être connu pour être la monture du dieu Odin.
 
Sleipnir est tout d'abord une créature chamanique qui permet à l'Ase suprême de voyager entre les différents mondes.
 
C'est aussi un cheval psychopompe qui emmène les guerriers morts au combat jusqu'à la Valhöll. En sa compagnie, Odin franchit Bifröst, le pont arc-en-ciel qui relie Ásgard et Midgardr et dont la garde est confiée au dieu Heimdallr, lui qui entend l'herbe pousser et chaque feuille tomber, qui voit jusqu'aux confins du monde et n'a nul besoin de sommeil. Ils chevauchent jusqu'aux champs de bataille des hommes et Sleipnir escorte les guerriers valeureux, morts au combat, les Einherjars jusqu'à la prestigieuse halle de son maître, la Vallhöll. Là, les Walkyries, les filles d’Odin, les accueillent et leur offrent l'hydromel de la chèvre Heidrún qui, perchée sur le toit du palais, broute les pousses tendres du frêne Yggdrasil.
 
Cette fonction psychopompe se retrouve dans les coutumes funéraires aristocratiques païennes où un ou plusieurs chevaux sont inhumés ou incinérés à proximité du mort.
 
Il est aussi l’un des seuls chevaux avec Helfest, la monture de Hel à trois jambes à pouvoir se rendre dans le royaume de Hel, la déesse gardienne des morts. Ainsi, lorsque Baldr meurt, Hermódr, un autre fils d'Odin, emprunte Sleipnir à son père afin de se rendre dans le royaume de Hel, supplier la déesse de laisser revenir le dieu.
 
Sleipnir est également fortement lié à l'arbre du monde Yggdrasill, support des neuf mondes de la cosmogonie viking, et il se confond avec lui. Comme l'arbre, Sleipnir peut voyager et relier les mondes entre eux. Chaque jour, Odin le chevauche afin de se rendre au conseil des dieux qui se déroule au pied du frêne Yggdrasil, près de la source d'Urdr. Lorsqu'Odin se pend neuf jours et neuf nuits à l'arbre, afin de connaître le secret des runes, Sleipnir est d'abord attaché au frêne.
 

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Lorsque survient le solstice d'hiver, Sleipnir mène la chasse sauvage du dieu à travers le ciel et les bois, galopant devant les Walkyries et les Einherjars. Au jour du crépuscule des Dieux, en ce jour funeste du Ragnarök, Sleipnir mène au combat son maître Odin coiffé d'un casque d'or.
 
Il est le fils de Loki, le seul de ses monstrueux enfants que les dieux gardent près d’eux, père de Grani qui est la monture de Sigurdr.
 
Mon groupe Facebook sur la mythologie nordique/celte :
https://www.facebook.com/groups/718251369069227/

dimanche, 27 décembre 2020

Eliade et Cioran : l’échange épistolaire sur la fin de l'Europe

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Eliade et Cioran : l’échange épistolaire sur la fin de l'Europe

Par Andrea Scarabelli

Ex : https://blog.ilgiornale.it/scarabelli

Le 22 avril 1986, Mircea Eliade meurt à Chicago. Il avait perdu connaissance deux jours auparavant, abandonné dans sa chaise de lecture : il tenait dans ses mains un livre fraîchement imprimé, contenant un portrait de lui-même, aussi net que sacrément génial. Il s'agissait du livre Exercices d'admiration ; son auteur, Emil Cioran, il l’avait rencontré pour la première fois, de nombreuses années auparavant, autant dires plusieurs vies antérieures, en 1932 de l'autre côté de l'océan. L'"ontologue" Constantin Noica le lui avait présenté. De retour d'une conférence sur Tagore, Eliade était alors l'enfant prodige de la "jeune génération" qui s'était surtout rassemblée autour du "Socrate roumain" Nae Ionescu, chef spirituel d'un groupe d'intellectuels nés à l'aube du XXe siècle, dont beaucoup se sont ensuite répandus à travers l'Europe et le monde dans ce qui fut l'une des dernières diasporas modernes. L'une des plus fécondes, comme l'a souligné Adolfo Morganti il y a quelques années dans le numéro d'Antarès consacré à ce sujet. Elle a dispersé dans le monde entier des génies absolus tels que Cioran et Eliade mais aussi, notamment, Ioan Petru Culianu et Paul Celan, sans oublier Eugène Ionesco, Camilian Demetrescu et Vintilă Horia (selon qui, comme l'indique le titre de l'une de ses œuvres les plus célèbres, même Dieu est né en exil).

41V8pVT+FQL._SX308_BO1,204,203,200_.jpgEntre les deux hommes, presque des contemporains, séparés par seulement quatre ans de vie, est née une amitié qui - entre les hauts et les bas de l’existence, comme cela arrive souvent aux hommes dotés de caractère et de profondeur spirituelle - a duré jusqu'à la fin des jours d'Eliade (Cioran le suivra en 1995). Un monument littéraire à cette relation de longue durée entre deux géants de l’esprit est Una segreta complicità  (Adelphi), la première édition mondiale de la correspondance entre les deux exilés roumains, d'où émerge une incroyable complémentarité, mêlée d'antagonisme, souvent non exempte de virulente controverse, comme le rappellent les deux éditeurs, Massimo Carloni et Horia Corneliu Cicortaş, mais toujours sous la bannière d’une entente secrète que Cioran a témoigné à Eliade le jour de Noël 1935 :

"Bien que j'éprouve une sympathie infinie pour vous, je ressens parfois le désir de vous attaquer, sans argument, sans preuve, et sans idées. Chaque fois que j'ai eu l'occasion d'écrire quelque chose contre vous, mon affection s'est accrue. Envers tous les gens que j'aime, j'ai un sentiment si complexe, chaotique et ambigu, que le simple fait d'y penser me donne le vertige. Je suis peut-être le seul, parmi les amis que vous avez, à comprendre vos accès de colère, votre désir de supprimer la continuité de la vie".

C'est, après tout, l'expression vivante d'un personnage titanesque, qui survit non seulement dans la lutte, mais peut-être précisément grâce à la lutte, l'incarnation d'une vision tragique du cosmos, mais en même temps une force vitaliste et foudroyante (ceux qui croient que le sentiment tragique implique une conception sombre et pessimiste de l'existence devraient lire quelque passagers de l’oeuvre de Nietzsche).

Mais l'intérêt de cette correspondance n'est pas seulement biographique. En plus d'enregistrer les étapes et les bifurcations de deux vies exemplaires et paradigmatiques, la succession des lettres - surtout les toutes premières, plus intéressantes de ce point de vue - rend compte directement d'une civilisation à l'agonie, étouffée par la pression des événements, un kaléidoscope des tragédies du XXe siècle, un sinistre prélude à la catastrophe finale, qui retirera à jamais l'Ancien Monde de la liste des acteurs de l'Histoire du Monde. Eliade écrivit à Cioran ce qui suit en novembre 1935, depuis Bucarest:

"Ces dernières semaines, je n'ai fait que penser à la fin apocalyptique de notre époque. J'ai la conviction que tout va s'arrêter très bientôt, peut-être même dans trente, quarante ans ; l'art, la culture, la philosophie - tout ira en enfer. Tout ce qui concerne notre époque (Kali-yuga) va s'effondrer de manière apocalyptique. L'Europe est en train de craquer - de stupidité, d'orgueil, de luciférisme, de confusion. J'espère que la Roumanie n'appartient plus à ce continent qui a découvert les sciences profanes, la philosophie et l'égalité sociale".

Ceux qui naguère auraient défini ces mots comme des "prophéties noires" n'ont qu'à considérer l'état "culturel" actuel de notre civilisation. En comparaison, ces perspectives ne sont peut-être que trop édifiantes.

17928284.jpgDe même, la différence entre deux visions du monde opposées concernant l'Est et l'Ouest apparaît chez les deux hommes, Cioran cherchant pour ainsi dire à trouver un Est dans l'Ouest, et Eliade étant poussé à aller dans la direction opposée, sans toutefois se laisser aller à l'exotisme facile, tant à la mode à l’époque que maintenant. Il écrit à Cioran le 23 avril 1941 depuis Lisbonne, où il séjourne en tant qu'attaché de presse à la légation roumaine (le magnifique Journal portugais, publié en italien par Jaca Book, témoigne de son séjour en terres lusitaniennes) : "Vivant face à l'Atlantique, je me sens de plus en plus attiré par des géographies qui m'étaient autrefois insignifiantes. J'essaie de trouver mon salut en dehors de l'Europe. Vasco de Gama est toujours arrivé en Inde".

D'ailleurs, avant que son imagination ne revienne des rives ensoleillées de la Lusitanie, l'historien des religions avait été physiquement en Inde une décennie plus tôt. De 1928 à 1931, pour être précis, avant d'être diplômé en 1933 de l'université de Bucarest. Il avait retravaillé et élargi sa thèse de doctorat (dont la version originale a été récemment publiée par les Edizioni Mediterranee, éditée par Cicortaş) pour en faire le volume Yoga. Essai sur les origines du mysticisme indien, publié en 1936 et rapidement envoyé à Cioran, qui le commente comme suit : "En lisant votre Yoga, j'ai réalisé à quel point je suis européen. À chaque étape, j'ai comparé Nietzsche avec lui. Je me sens plus proche des derniers bolcheviks ou derniers hitlériens que de la technique de la méditation. Vos raisons de revenir d'Inde me lient à une vision politique de l'univers".

9782070328444_1_75.jpgLeur relation épistolaire et humaine survivra à cette Europe dont ils avaient tous deux rédigé le rapport d’autopsie, vivant en ses derniers moments comme l’on vit la fin d'une saison, avec cette amère conscience qui transparaît d'une note du Journal portugais d'Eliade datant de novembre 1942 (un an après la lettre précitée) et écrite dans la ville espagnole d'Aranjuez avec ses mille palais et jardins caressés par le Tage : "Le palais rose. Les magnolias. A côté du palais, des groupes de statues en marbre. Vous pouvez entendre le bruit des eaux du Tage qui se déversent dans la cascade. Une promenade dans le parc du palais : de nombreuses feuilles sur le sol. L'automne est arrivé. Les rossignols. Le minuscule labyrinthe d'arbustes. Des bancs, des ronds-points. Nous sommes les derniers". J'aime à penser que dans cette lointaine année 1942, dans l'œil de la tempête, Eliade parlait implicitement de lui et de son vieil ami, à des centaines de kilomètres de là, mais partageant avec lui un destin bien plus élevé, que même la tragédie européenne qui a suivi n'a pas pu écraser.

A partir de 1945, pendant onze ans, ils vivent tous deux à Paris, puis Eliade s'installe aux Etats-Unis, où il reste jusqu'à la fin de ses jours, rencontrant Cioran en France pendant les vacances d'été. Ces "deux Roumains de la ‘jeune génération’, jetés par le destin en Occident" ne cesseront jamais de s'écrire, avec leur patrie tourmentée désormais loin derrière eux, dans une relation destinée à dépasser ce Minuit de l'Histoire qu'était le XXe siècle ("Tout est religieux, puisque l'histoire ne l'est pas" écrivait Cioran à Eliade en 1935, faisant inconsciemment écho au concept de terreur de l'histoire qu'Eliade développerait dans ses écrits, l'idée qu'en dehors de la sphère du sacré, l'histoire s'épuise dans un ensemble d'abattoirs).

Leur relation n'a cessé de se poursuivre, au-delà de l'histoire, au-delà de la douleur: en découvrant le portrait dessiné par son ami, il semble qu'Eliade, juste avant de fermer les yeux et de ne plus jamais les ouvrir, ait souri.

Le culte celtique du gui

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Le culte celtique du gui
 
 
En chamanisme celtique le gui, plante sacrée par excellence, est utilisé dans les rituels de guérison.
 
Le gui symbolise l'immortalité parce qu'il reste toujours vert et vivant alors que l'arbre qui le porte en hiver parait mort.
 
Le culte de gui éternellement vert et prospère, remonte à la nuit des temps. Parce que rare sur le châtaignier et le chêne, le gui de ces arbres était vénéré chez les Celtes, les Germains, les Grecs et les Romains. Dans toutes ces civilisations, il était associé à une multitude de légendes et de traditions populaires.
 
Dans la culture celte, la cueillette du gui était l'objet de grandes solennités. Elle se pratiquait pendant le solstice d'hiver, lorsque la lune était dans son sixième jour de croissance. Le druide coupait alors, les rameaux de gui avec une faucille d'or, dont le plat de la lame était en forme de lune. Il en faisait des brassées, qui ne devaient pas toucher le sol. C'est pourquoi, des aides tenaient de grands linges tendus autour du chêne hôte. Cette récolte, uniquement pratiquée par le druide, donnait lieu à une grande fête, appelée: fête du solstice d'hiver. Dans toute l'Europe, cette pratique à survécu longtemps à la civilisation celte.

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L'expression " au gui l'an neuf " rappelle cette cérémonie de récolte.
 
Le gui est le symbole de l'union dans son sens le plus élevé et le plus spirituel. Le gui symbolise l'unité, la communion. Le gui forme un tout, une unité ronde. Il croît en touffe arrondie autour d'un centre dont tout procède et où tout doit retourner.
 
Harmonieuse union de vie " semi-parasitaire " où chacun apporte les éléments dont l'autre à besoin. Suspendu au plafond de la salle commune ou à la tête du lit des époux, un rameau de gui, apporte l'unité de la famille ou du couple en même temps que sa protection. Au Nouvel An, les vœux sont offerts sous une touffe de gui. Dans beaucoup de nos campagnes encore aujourd'hui, cette tradition persiste.
 
Chez les Celtes, le gui est le symbole de tout "ce qui est". C'est pourquoi, il est présent lors de toutes les manifestations. Il est l'emblème de l'universalité de l'Existence dans l'Humanité entière. Pour l'Individu, le gui représente l'existence certaine, l'éternelle vérité. Il est l'image vivante de la force qui anime et gouverne le monde tout en permettant la communication avec Dieu. Le gui efface les impuretés de l'âme et la met en rapport avec l'esprit. Il incarne le chemin de la purification qui aboutit à la communion de l'âme et de l'esprit. Quand un Gaulois mourait, on plaçait à la porte de sa maison une vasque remplie d'eau lustrale*. Ceux qui venaient saluer le mort et la famille en deuil, y trempaient une branche de gui pour asperger le défunt et sa famille avant de quitter la demeure mortuaire.

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Le gui est aussi le symbole de la protection. Il assure la protection contre les malices des Esprits de la nature. Autrefois, des branches de gui étaient placées dans ou au-dessus des berceaux pour assurer la protection de l'enfant contre les fées, afin qu'elles ne le transforment pas en petit lutin.
 
Il semblerait que les arbres porteurs de gui résistent mieux que les autres aux maladies ; de plus il favoriserait la croissance des fruits et plus spécialement des pommes. Au contraire, dans certaines régions on ne consommerait pas les fruits d'un arbre "guités" de peur d'être empoisonné. Le gui est alors appelé " balais de sorcières" ou "rameaux des spectres".
 
Le gui est une plante émancipée autant des forces solaires que des forces terrestres. Il absorbe le trop plein de force éthériques de l'arbre sur lequel il pousse. Cet excès est provoqué naturellement (onde nocive, tellurisme, perturbations magnétiques) ou artificiellement (centrale nucléaire, pollution diverse).
 
Si, de tout temps, le gui a bénéficié d'une "aura" mythique, c'est en raison de sa croissance et de son mode de vie particulier. En effet le gui n'est pas vraiment une plante adaptée à la vie sur terre, il ne peut s'implanter sur le sol. A la différence des autres végétaux, il ne suit ni le phototropisme, ni le géotropisme. Au contraire il forme des touffes arrondies et se crée presque un espace intérieur, qu'il pénètre de vie, ce qui est le propre de l'animal. Par ailleurs, les branches, même âgées de 20 ans, sont toujours vertes, ce qui les différencie des autres plantes. Sa graine est, aussi, particulière à tel point qu'on la nomme embryon, comme pour le règne animal. L'embryon reste toujours vivant dans son enveloppe de mucosité, il traverse l'intestin de l'oiseau, au lieu, comme les autres graines de végétaux, de reposer un certain temps dans la terre. A aucun moment de son cycle végétatif, le gui n'a de contact avec la terre.
 
Son utilisation médicinale est assez ancienne. Il est réputé assurer une protection contre la maladie dont il amène la guérison. Accroché au-dessus du lit, il évite les cauchemars. Pour les Gaulois, le gui est "celui qui guérit tout". C'est un antidote des poisons, donne la fécondité et guérit de l'épilepsie ou " haut-mal ", car il ne touche jamais terre. Les feuilles de gui, mâchées et appliquées en cataplasme cicatrisaient les ulcères. En Gallois, le gui est nommé oll-iach, c'est à dire "panacée".

00:45 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gui, celtisme, druidisme, traditions | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook