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mardi, 13 janvier 2026

La Russie doit briser le statu quo - Réfléchir ou disparaitre

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La Russie doit briser le statu quo

Réfléchir ou disparaitre

Alexandre Douguine

Alexander Douguine nous explique pourquoi le simple maintien du statu quo mène à la défaite.

Par moments, on peut avoir l’impression que nous nous battons uniquement pour préserver le statu quo, ou simplement pour repousser les défis qui s’accumulent contre nous. Cela est en partie vrai, mais même la résistance réactive demande de la volonté. Si la Russie avait été dirigée par une autre élite, elle aurait depuis longtemps opté pour des compromis et n’aurait pas résisté ou combattu, même pour préserver le statu quo. C’est ainsi que nous avons perdu l’URSS (l’Empire), puis l’espace post-soviétique, et que nous avons commencé à perdre la Fédération de Russie elle-même.

De l’autre côté de la barrière, il existe un plan dirigé contre nous, et il est mortel. Aux yeux de l’Occident collectif, abandonner notre statu quo signifie entamer le démembrement de la Russie (que l'on appelle officiellement «décolonisation»), à amorcer un changement de régime, et à provoquer l’effondrement de la souveraineté. Nous résistons activement contre ce plan. L’objectif est de préserver le statu quo, afin que ce que nos ennemis envisagent de faire ne se réalise pas.

C’est déjà la moitié de la bataille. Mais il devient de plus en plus évident que cela ne suffit pas.

Nous devons élaborer notre propre plan — la voie du changement radical.

Ici, la préservation du statu quo n’est qu’un point de départ; si l’on insiste trop pour tout garder tel quel et pour bloquer tous les processus et transformations, cela peut devenir un obstacle en soi.

Il ne sert à rien de s’accrocher au vieux monde, au droit international ou au maintien de l’ordre établi. Car tout cela s’est effondré. Le temps du changement radical arrive — un changement dans tout. Jusqu’à présent, nous ne voyons que le côté sombre et destructeur de ces transformations. C’est en effet le cas, parce que le plan de nos ennemis domine encore entièrement. Ils veulent tout changer, tandis que nous résistons et voulons que les choses restent telles qu’elles étaient, telles qu’elles sont maintenant.

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Mais il faut regarder tout cela différemment. Nous avons besoin de notre propre plan pour des transformations globales, de nos propres vecteurs et directives, de nos propres points de référence, et de valeurs et priorités affirmées haut et fort, avec confiance.

Actuellement, nous n’avons ni idéologie ni culture ni vision d’avenir. Nous vivons de fragments de choses anciennes — des attitudes propres aux temps soviétiques et à l’inertie des sombres années 1990. L’élite dirigeante est comme cela, et, hélas, c’est aussi le cas de la population. Nous terminons de manger la vieille «salade Olivier» de l'ère soviétique, nous regardons à nouveau des films soviétiques ou des séries sur l’anarchie des années 1990.

Ce dont nous avons besoin, c’est de quelque chose de totalement différent. Le peuple doit détourner son regard du passé et du présent pour se tourner vers l’avenir, et s’engager activement dans sa création.

«Architecture sociale» est un bon terme. La construction de la société et de l’État, l’éveil du peuple à sa participation à son propre destin — c’est ce que nous devons entreprendre.

Il est totalement erroné de croire qu’on peut simplement étudier la société, comme si elle était une chose inerte, presque morte. La société, bienb au contraire, doit être créée, construite, façonnée, éduquée, réveillée, élevée et éclairée.

La société ne se forme pas d’elle-même; elle est instituée. Pas nécessairement par le pouvoir — plutôt par des prophètes, des visionnaires, des hérauts, des penseurs, des poètes, ceux qui donnent voix à son identité et à son destin.

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Tout cela ne concerne pas la technologie mais l’ontologie. Les technologies sont importantes mais elles ne constituent pas l’essence. Elles peuvent servir d’instruments du bien ou du mal, de l’éveil ou du sommeil, de l’ascension ou du déclin. Le salut ne se trouve certainement pas en elles. Le salut n’est ni dans la technologie ni chez les technologues. Le salut réside dans l’esprit, dans la pensée, dans la foi.

Notre élite dirigeante et notre leadership manquent cruellement d’une dimension philosophique — d'une réflexion profonde et approfondie, de conversations tranquilles, de contemplation et de révélations intuitives. Toutes les forces sont consacrées à la gestion quotidienne et au maintien du statu quo. Ce n’est pas la voie pour créer ou anticiper l’avenir.

Parfois, les autorités regardent vers la jeunesse mais la jeunesse est ce que la société en a fait — c’est-à-dire ce que les mêmes autorités en ont fait. Sans éducation ni formation, les jeunes ne peuvent rien exprimer ni construire. Ils ont besoin d’une idée. Mais ils ne la formuleront certainement pas eux-mêmes. En résumé, le problème ne réside pas dans la jeunesse. Par inertie, ils défendront au mieux le statu quo, et au pire, ils dériveront passivement dans une direction libérale-occidentale. Cela ne fonctionne pas. Si la jeunesse est éduquée par des personnes incarnant le statu quo, elle sera une jeunesse du statu quo. Il faut aborder la question autrement — penser depuis l’avenir. Ce qui importe, ce n’est pas comment la jeunesse est mais comment elle doit être. Et cela ne leur appartient pas de le décider.

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En une seule année de sa présidence, Trump a brisé le statu quo américain. Que cela soit bon ou mauvais, l’ancien monde n’existe plus. Dans le nouveau monde, aucune place ne nous a été réservée. Pour exister, nous devons gagner. Ce que signifie «exister», n’est pas décidé par un fonctionnaire ou un technologue, pas par la jeunesse, ni par un porteur d’inertie pure mais par un penseur.

La Russie a besoin d’une pensée souveraine.

Au lieu d’un statu quo où, hélas, il n’y a même pas une approximation de quelque chose de semblable. Ce n’est pas une raison pour abandonner; c’est une invitation à commencer enfin à réfléchir sérieusement.

20:11 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, alexandre douguine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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