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lundi, 18 janvier 2016

Le robocapitalisme n'aura plus besoin des gens

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Le robocapitalisme n'aura plus besoin des gens

par Cédric Ingrand
Ex: http://www.oragesdacier.info
 
Cédric Ingrand (LCI), qui revient du Japon, y a remarqué les outils du capitalisme final : ce sera la "croissance sans emplois" : 
 
Dans un magazine de télévision, chronique du journaliste de LCI : 
''Un robot en plus, un emploi en moins'', criaient les manifestants des années 1970, à l'époque où les robots arrivaient dans l'industrie. Le mouvement ne s'est pas inversé depuis, au contraire. Au Japon, où j'étais cette semaine, les robots arrivent dans les services, comme agents d'accueil dans les boutiques de Nespresso ou vendeurs pour l'opérateur de mobiles Softbank. Des robots qui prennent des emplois, préfigurant une ère pas si lointaine où la machine pourrait occuper l'essentiel des emplois, à part les plus haut-de-gamme peut-être, signant la fin des espoirs de plein-emploi des sociétés modernes. La plus grande révolution technico-économique de l'ère moderne, plus impactante encore que l'arrivée de l'internet, et une transition qui ne se fera pas sans douleur. Et le pire serait à venir, le jour où les machines apprendront plus vite que l'homme et nous verront comme un inconvénient sur notre route. De quoi rejoindre les plus pessimistes des prédictions de la science-fiction. Mais ces robots sont si mignons. 
 
Cédric Ingrand n'est pas un romancier de SF : journaliste spécialisé dans les hautes technologies, blogueur high-tech sur le site officiel de LCI, chroniqueur high-tech à l'émission de l'inusable ultralibéral Jean-Marc Sylvestre, il est au carrefour des technosciences et de l'économie. Ce qu'il explique sur les robots tuant l'emploi n'est pas un raccourci polémique : c'est un constat factuel. 
 
Qu'il le publie dans un magazine populaire de grande diffusion (même si c'est en page 149) est un indice. Jusqu'à présent, la perspective de la ''croissance sans emploi'' était semi-confidentielle ; les initiés n'en parlaient qu'entre eux, pour ne pas achever de couler le Pacte de responsabilité dans l'opinion publique... Si les citoyens réalisaient que les cadeaux aux grandes entreprises servent notamment à investir dans la robotisation, la fable du ''million d'emplois'' se retournerait contre M. Gattaz. Or l'idée n'est plus confidentielle, puisqu'elle filtre dans un magazine télé ! Il se passe quelque chose. 
 
Cédric Ingrand suppose que les emplois ''les plus haut-de-gamme'' échapperont à la prise du pouvoir par les machines. Ce n'est pas du tout certain. Début novembre 2014, la presse économique nous a appris que le new management faisait un saut qualitatif brusque : la firme Deep Knowledge Venture (DKV), société de capital-risque basée à Hongkong ''et dont le rôle est d'investir dans de jeunes sociétés de biotechnologie'', vient de donner à un ordinateur le statut légal de membre du conseil d'administration. ''Sa voix comptera autant que celle des autres administrateurs'', souligne la firme ! Cette machine se nomme VITAL, acronyme de Validating Investment Tool for Advancing Life sciences : ''Outil d'investissement pour les sciences de la vie''. Le robot VITAL, nous explique-t-on, ne produit pas que des ratios financiers : ''Il va beaucoup plus loin. Il a en mémoire une gigantesque base de données sur les technologies du secteur, les entreprises, les fournisseurs d'appareils médicaux et de médicaments, les agences gouvernementales (qui décident de la santé en particulier), les institutions financières, les instituts de recherche...'' 
 
La présentation ajoute que VITAL, n'étant pas humain, vaut beaucoup mieux qu'un administrateur en chair et en os : ''Ses décisions ne sont pas biaisées par son humeur du moment, le fait qu'il ait plus ou moins bien dormi, fait un repas indigeste, se soit querellé avec son conjoint ou se fasse du souci pour l'un de ses enfants...'' 
 
Premier administrateur non-humain au monde, le robot VITAL n'est ''sûrement pas le dernier'', annoncent les journaux. Selon Martin Dewhurst et Paul Willmott, directeurs chez McKinsey (conseil en stratégie), l'intelligence artificielle va ''bouleverser le rôle des dirigeants'' en se substituant à eux. Selon Jeremy Howard (université de San Francisco), ''les gens sous-estiment massivement l'impact que les techniques analytiques modernes combinées aux masses de données disponibles vont avoir sur leurs entreprises et sur la société, pour une raison simple : les possibilités offertes par ces techniques évoluent de façon exponentielle et l'esprit humain ne peut l'envisager. '' (Le Monde, 1er novembre 2014). Selon les chercheurs Carl Benedikt Frey et Michael Osborne (Oxford), l'intelligence artificielle menace désormais 47 % des emplois aux États-Unis et 140 millions de ''travailleurs du savoir'' à travers le monde. C'est du haut en bas de l'échelle des salaires que la robotisation va détruire les postes. 
 
Quand elle parviendra à son stade suprême, l'Idole Argent avec sa ''culture du déchet'' (comme dit le pape François) n'aura même plus besoin de ses adorateurs. 
 
Si nous ne voulons pas devenir les chimpanzés du futur, il est temps de le faire sentir !
 
 

11:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, robocapitalisme, robots, robotisation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

De Sartre à Taubira: cette gauche qui combat la nation...

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De Sartre à Taubira: cette gauche qui combat la nation...

par Paul-François Paoli

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Paul-François Paoli, cueilli sur Figaro Vox et consacré à la détestation qu'une grande partie de la gauche éprouve pour la nation... Journaliste, Paul-François Paoli est l'auteur de plusieurs essais comme La tyrannie de la faiblesse (Bourin, 2010),  Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin, 2012) ou Malaise de l'occident (Pierre-Guillaume de Roux, 2014).

De Sartre à Taubira : cette gauche qui combat la nation

Le débat sur la déchéance de la nationalité est révélateur de la vision, ou plutôt de l'absence de vision, que la gauche et une partie des élites de ce pays se font de la nationalité réduite à une collection de droits et de prétendus devoirs. On peut évidemment arguer que cette mesure de déchéance n'aura aucune portée puisque, par définition, les radicaux de l'islam se fichent comme d'une guigne de la nationalité. L'islamisme, comme le communisme hier, est un messianisme révolutionnaire qui nie les distinctions entre les peuples et il n'est pas anodin de constater qu'une certaine gauche fait preuve d'indulgence, voire de complaisance, à l'endroit de l'islam politique. N'a-t-on pas vu, en juillet 2014, lors des fameuses émeutes de Barbès à Paris, les militants du NPA de Besancenot mêler leurs drapeaux à ceux du Hamas? A gauche le refus de se désolidariser avec les ennemis de leur propre pays est une vieille histoire. Nul ne met plus en question, aujourd'hui, l'allégeance du PCF à l'égard de l'Urss stalinienne. Stéphane Courtois a récemment rappelé que Maurice Thorez fut déchu de sa nationalité par la République en février 1940. «Le Parti communiste n'est pas à gauche mais à l'Est» dira un jour Léon Blum. Jacques Duclos, dirigeant historique du PCF, a été sa vie durant, ainsi que l'a montré Frédéric Charpier dans L'agent Jacques Duclos (Seuil), un serviteur zélé de l'Urss sans pour autant passer pour un traître au regard des Mélenchon de l'époque. C'est que, pour une certaine gauche, trahir la France comme réalité c'est encore la servir comme idée. Le sophisme fonctionne ainsi et il est imparable: la France est le pays de la Révolution et de la fameuse «fraternité» entre les peuples, si elle n'est plus digne de ses valeurs, il faut la combattre au nom des idéaux qu'elle a elle-même prônés. Comme l'expliquera Sartre, les valeurs républicaines d'égalité et de fraternité exigent le socialisme pour ne pas rester lettre morte, incantation fumeuse.

C'est ainsi que les trotskistes ont, en 1940, prôné le pacifisme et refusé de combattre les «prolétaires allemands» de la Wehrmacht. C'est ainsi que les mêmes trotskistes ont porté des valises pour le FLN, de même qu'ils s'étaient solidarisés avec le Vietminh. C'est ainsi que le lugubre Georges Boudarel, communiste rallié au Vietminh, finit par persécuter ses camarades français dans les camps du Vietminh après la chute de Dien Bien Phu. Ces gens ne se sont jamais perçus comme les collaborationnistes mais comme des internationalistes conséquents. Marx n'a t'il pas écrit que les prolétaires n'avaient pas de patrie? N'a-t-il pas mis en valeur le processus historique qui allait rendre obsolète les Etats et les frontières? Aujourd'hui encore, pour beaucoup d'hommes et de femmes de gauche, depuis Taubira à Duflot, en passant par Lang ou Mélenchon, la France est moins un pays qu'une idée. Langue, sensibilité aux régions et aux terroirs, sentiment d'appartenance, tout cela n'existe pas. Le jeune Pol Pot, qui admirait la terreur de 1793 était plus français aux yeux d'un Badiou, qui tressera des lauriers au Kampuchéa démocratique en 1979, que le paysan du Berry, car le paysan du Berry n'est pas une figure de l'Universel, il incarne l'horrible puanteur du particulier.

Plus généralement, et cela ne concerne pas que la gauche, les élites françaises sont frappées d'une étrange névrose: la prétention de s'identifier à l'universel alors que cette notion d'universel doit aujourd'hui se conjuguer au pluriel. Qui ne voit que l'islam est un universalisme rival du laïcisme républicain? Nous ne vaincrons pas l'islamisme avec des discours sur les valeurs de la République auxquels les jeunes radicaux sont imperméables puisqu'ils ont justement fait le choix d'autres valeurs, plus consistantes à leurs yeux: celles de la fraternité islamique. Nous devons affirmer que la France est un pays avant d'être une idée et que ce pays a une histoire qui ne doit rien à l'islam. Qu'il est porteur d'une langue et d'une culture, dont le rayonnement a été universel et l'est encore, dans une certaine mesure, grâce à la francophonie. Nous devons avoir le courage d'expliquer que la France n'est pas une formalité administrative et demander aux détenteurs extra-européens de la double nationalité de choisir entre leur nationalité affective et une nationalité fictive. Pourquoi Marocains et Algériens qui hissent leurs drapeaux à tout propos ne se contenteraient ils pas de la nationalité qui leur tient à cœur? Pourquoi la droite n'accepte-t-elle pas, comme le suggère Hervé Mariton, de mettre en cause un droit du sol qui est l'immaculée conception de ceux qui réfutent toute tradition? Qui ne sent que ce que l'on vous donne automatiquement, sans que vous l'ayez demandé, n'a guère de valeur, comme la rappelé un jour le psychanalyste Daniel Sibony? Redonner une valeur symbolique à la nationalité suppose de ne pas la partager avec qui la dénigre ou la tient pour rien. En réalité un formidable changement de perception de l'histoire nationale est intervenu dans les années 70, après la découverte des crimes de Vichy.

1356603311_895050_1356806763_noticia_normal.jpgLes Français étaient si fiers autrefois de «descendre des Gaulois»- même si c'était une filiation mythique - qu'ils ont eu la prétention extravagante d'expliquer aux Africains colonisés qu'ils en descendaient aussi! Aujourd'hui c'est l'inverse, le mot de Gaulois est devenu suspect pour ceux qui se pâment d'admiration pour tous les peuples premiers du monde, depuis les Toubous aux Inuit en passant par les Aborigènes d'Australie! Cette dévaluation est emblématique de la haine que certains portent aux origines et à l'histoire de leur pays. Une dénégation dont témoigne le discours fallacieux sur la France «pays d'immigration», laquelle a débuté, au milieu du XIXème siècle, dans un pays qui n'a cessé d'être occupé depuis le néolithique. L'historien Jean-Louis Brunaux rappelle que la France gauloise, à l'époque de Jules César, était peuplée par près de 9 millions d'habitants, voire plus! Mais les élites de ce pays ont dénié aux Français le droit d'avoir des origines, comme tous les peuples du monde, car qui dit origine dit identité, notion oiseuse ou dangereuse aux yeux des apologues de l'Universel. La France, pays de Vercingétorix et de Gambetta, mais aussi de Robespierre et de Pétain, n'était plus assez bien pour elles.

De Gaulle lui-même, dont le nom est douteux, a eu les élites intellectuelles de ce pays sur le dos. Un homme qui, en plein mai 68, alors que les niais du quartier latin braillent «CRS SS», s'adresse aux Roumains à Bucarest en ces termes: «Roumains et Français, nous voulons être nous-mêmes... c'est à dire l'Etat national et non pas l'Etat cosmopolite» se devait d'être mis à pied. Dites-moi par qui vous voulez être reconnu, je vous dirais qui vous êtes. Cette vérité est celle de tous les snobismes. L'élite intellectuelle française a préféré les Etats-Unis de Kennedy et la Chine de Mao à la France gaullienne, trop petite pour le rayonnement de sa vanité. Enfin l'Europe est arrivée à point nommé comme heureux moyen d'en finir avec l'histoire de France. La caste issue de Mai 68 fait aujourd'hui grise mine car le peuple qu'elle prétendait alphabétiser mais aussi les intellectuels, ont tendance à la ringardiser. Elle sait que son temps est compté, d'où la haine qu'exprime à l'égard de Michel Onfray, traître qui revendique ses origines plébéiennes, Gaulois perdu parmi une intelligentsia hostile. Certains Français, c'est un fait, n'ont jamais aimé leur pays mais les valeurs des droits de l'homme. Quand la France leur paraît faible ou défaillante, ils se découvrent citoyens du monde. Les bobolandais font parfois la moue quand on leur rappelle qu'ils sont Français, eux qui «se croient quelque chose dans le monde» (Saint Simon) parce qu'ils racontent leur vie sur Facebook. La noblesse propre à un certain patriotisme est l'inverse de cet état d'esprit: on n'oublie pas son pays quand il est blessé, on ne l'accable pas quand il est affaibli. Péguy, Camus, Simone Weil sont là pour nous le rappeler: les vrais esprits forts sont toujours du côté des plus faibles.

Paul-François Paoli (Figaro Vox, 14 janvier 2016)

Sol Invictus et le monothéisme solaire

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Sol Invictus et le monothéisme solaire

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

Racines


sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeDans la tradition égyptienne ancienne, le dieu le plus important du panthéon était le Soleil, qui était honoré sous différents noms selon les cités, mais qui portait dans toute l’Egypte le nom de Rê. En tant qu’Atoum-Rê, il apparaissait comme le dieu créateur du monde et sous les traits d’Amon-Rê comme un dieu souverain. Rê était également appelé Horus (Heru), sous la forme d’Horus l’ancien comme sous celle du fils d’Osiris et d’Isis. Le dieu Horus, son avatar sur la terre, aurait même guidé le peuple égyptien, à l’époque où ses ancêtres venaient d’Afrique du nord, sur cette nouvelle terre noire (Kemet) qui finit par porter son nom.

C’est la barque de Rê qui garantissait chaque jour l’ordre cosmique contre les forces de destruction et de chaos incarnées par le serpent Apep (« Apophis »). A sa proue, le dieu orageux Set combattait le dit serpent, avant que la tradition populaire tardive ne finisse par le confondre avec lui et n’en fasse plus que le meurtrier d’Osiris.

L’importance du culte solaire fut telle que le roi Amenhotep IV, plus connu sous celui d’Akhenaton, en fit son culte unique et fut le premier à créer un monothéisme solaire lié à sa personne, honorant le disque solaire divinisé (Aton). Les seuls prêtres et intercesseurs d’Aton vis-à-vis des hommes étaient le pharaon lui-même et son épouse Nefertiti. Son culte s’effondra à sa mort et les prêtres d’Amon veillèrent à ce que son nom disparaisse des inscriptions.

Mais en revanche dans la tradition indo-européenne, dont Grecs et Romains (notamment) seront les héritiers, le dieu du soleil est un dieu parmi d’autres et jamais le premier. Aux temps de l’indo-européanité indivise, ce dieu se nommait *Sawelyos et monté sur un char tiré par des chevaux blancs, il tournait autour de l’astre portant son nom. Le dieu suprême était son père *Dyeus, le dieu du ciel et de la lumière. Parmi les fils de *Dyeus qu’on nommait les *Deywôs (les « dieux »), trois étaient liés au feu, en conformité avec le schéma dumézilien des trois fonctions et sa version cosmique analysée par Haudry. Il y avait en effet le feu céleste (Soleil), le feu du ciel intermédiaire (Foudre) et le feu terrestre (Feu). De tous les fils de *Dyeus, le plus important était celui de l’orage et de la guerre (*Maworts), qui parfois devint le dieu suprême chez certains peuples indo-européens (chez les Celtes avec Taranis, chez les Slaves avec Perun, chez les Indiens avec Indra). Le dieu du soleil était davantage lié aux propriétés associées à l’astre, donc apparaissait comme un dieu de la beauté et aussi de la médecine. Ce n’était pas un dieu guerrier.

A Rome même, le dieu Sol surnommé Indiges (« Indigène ») était une divinité mineure du panthéon latin. Il était né le 25 décembre, à proximité du solstice d’hiver. Dans ce rôle solaire, il était concurrencé par le dieu de l’impulsion solaire, Saturne, dont le nom est à rapprocher du dieu indien Savitar, avant d’être abusivement associé au Cronos grec.

En Grèce enfin, selon un processus complexe, les divinités du soleil, de la lune et de l’aurore se sont multipliées. L’Aurore était donc à la fois Eôs, l’Aurore personnifiée, mais aussi Athéna dans son rôle de déesse de l’intelligence guerrière et Aphrodite dans celui de déesse de l’amour. Et en ce qui concerne le Soleil, il était à la fois Hêlios, le fils d’Hypérion (qui n’était autre que lui-même), et Apollon, le dieu de la lumière, des arts et de la médecine. Cette confusion entre ces deux dieux fut constamment maintenue durant toute l’antiquité.

Evolution.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeIIIème siècle après J.C. L’empire romain est en crise. A l’est, les Sassanides, une Perse en pleine renaissance qui rêve de reconstituer l’empire de Darius. Au nord, les peuples européens « barbares » poussés à l’arrière par des vagues asiatiques et qui rêvent d’une place au soleil italique et/ou balkanique.

Le principat, qui respectait encore les apparences de la république, tout en ayant tous les traits d’un despotisme éclairé, a explosé. Place au dominat. Victoire de la conception orientale du pouvoir sur la vision démocratique indo-européenne des temps anciens. L’empereur n’est plus un héros en devenir (divus) mais un dieu incarné (deus). Il est le médiateur de la puissance céleste et des hommes, à la fois roi de fait et grand pontife. Le polythéisme romain était pleinement compatible avec une conception républicaine du monde, comme l’a montré Louis Ménard. Empereur unique, dieu unique.


Si le christianisme comme religion du pouvoir d’un seul était encore trop marginal pour devenir la religion de l’empereur, un monothéisme universaliste s’imposait naturellement dans les têtes. Quoi de plus logique que de représenter l’Un Incréé de Plotin par le dieu du soleil, un dieu présent dans l’ensemble du bassin méditerranéen et donc apte à unir sous sa bannière des peuples si différents. Mondialisme avant la lettre. Cosmopolitisme d’Alexandre. Revanche des Graeculi sur les vrais Romani, d’Antoine sur Octavien.

C’est ainsi que naquit un monothéisme solaire autour du nom de Sol Invictus, le « Soleil Invaincu » et/ou le « Soleil invincible ». Le dieu syrien El Gabal, les dieux solaires égyptiens et l’iranien Mithra, enfin le pâle Sol Indiges, le froid Belenos et Apollon en un seul. Le monothéisme solaire d’Elagabale, mort pour avoir eu raison trop tôt, de Sévère Alexandre, qui ouvrit même son panthéon à Jésus, puis d’Aurélien, s’imposa. Certes Sol n’était pas l’unique « deus invictus ». Jupiter et Mars furent aussi qualifiés de tels, et il est vrai que de tous les dieux romains, Mars était le seul légitime en tant que déité de la guerre à pouvoir porter ce nom.

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En réalité, « Sol Invictus » fut l’innovation qui facilita considérablement au final la victoire du christianisme. Constantin, qui était un dévot de ce dieu, accepta de considérer Jésus Christ, que des auteurs chrétiens habiles désignèrent comme un « soleil de justice » (sol iustitiae) comme une autre expression de ce même dieu. Le monothéisme « païen » et solaire de Constantin, épuré de tout polythéisme, comme sous Akhenaton, et le monothéisme chrétien fusionnèrent donc naturellement. Le jour du soleil fut dédié à Jésus, tout comme celui-ci désormais fut natif du 25 décembre. Jésus se vit représenté sous les traits d’un nouvel Apollon, aux cheveux blonds, à la fois Dieu incarné et homme sacrifié pour le salut de tous.

Au lieu de s’appuyer sur le polythéisme de leurs ancêtres, les empereurs romains, qui étaient tous des despotes orientaux, à l’instar d’un Dioclétien qui exigeait qu’on s’agenouille devant lui, à l’instar d’un shah iranien, voulurent faire du christianisme contre le christianisme. Dioclétien élabora une théologie complexe autour de Jupiter et d’Hercule. Le héros à la massue devint une sorte de Christ païen, de médiateur, qui s’était sacrifié sur le mont Oeta après avoir vaincu les monstres qui terrifiaient l’humanité et avait ainsi accédé à l’immortalité.

Et l’empereur Julien lui-même se fit un dévot du Soleil Invincible, sans se rendre compte un instant qu’il faisait alors le plus beau compliment au monothéisme oriental qu’il pensait combattre. Il osa dans ses écrits attribuer la naissance de Rome non au dieu Mars mais à Hélios apparu dans un rôle fonctionnel guerrier. Le monothéisme solaire a pourtant permis au christianisme de s’imposer, à partir du moment où l’empereur a compris que l’antique polythéisme était un obstacle moral à l’autocratie. Constantin alla simplement plus loin qu’Aurélien dans sa volonté d’unir religieusement l’empire. Jesus Invictus devint le dieu de l’empire romain.

Le monothéisme autour de Sol Invictus, loin d’être la manifestation d’une résistance païenne, était au contraire la preuve de la victoire des valeurs orientales sur une Rome ayant trop négligé son héritage indo-européen en raison d’un universalisme suicidaire. Cela nous rappelle étrangement la situation de l’Europe contemporaine.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Note: Mithra à l’origine n’est pas un dieu solaire. C’était la fonction de l’ange « adorable » zoroastrien Hvar (Khorsid en moyen-perse). Il incarnait au contraire le dieu des contrats, de la parole donnée et de la vérité, à l’instar du Mitra indien. Par la suite, il récupéra des fonctions guerrières aux dépens d’Indra désormais satanisé (mais réapparu sous les traits de l’ange de la victoire, Verethragna). Enfin il finit par incarner le Soleil en tant qu’astre de justice. Le Mithras « irano-romain », évolution syncrétique ultérieure, conserva les traits solaires du Mithra iranien tardif. Il fut également associé au tétrascèle solaire (qualifiée de roue de Mithra, Garduneh-e Mehr, ou de roue du Soleil, Garduneh-e Khorsid) qui fut repris dans l’imagerie christique avant d’être utilisé deux millénaires plus tard par un régime totalitaire.

Erdogan pris à son propre piège

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Erdogan pris à son propre piège

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

L'attentat suicide perpétré selon la Turquie par « un militant de Daech » le mardi 12 janvier à Sultanahmet, un quartier d'Istambul qui symbolise la puissance passée de l'Empire ottoman ainsi que l'ouverture du pays au tourisme étranger, semble marquer un tournant dans les relations entre la Turquie, et notamment son président Erdogan, avec Daech.
 
Jusqu'ici, malgré les dénégations officielles du gouvernement turc, Daech était considéré comme un partenaire important par la Turquie. L'organisation terroriste fournissait de grandes quantités de pétrole volées en Irak et Syrie, dont la majeure partie était revendue puis expédiée à partir de la Turquie. L'argent obtenu retournait en grande partie à Daech, ce qui lui permettait de se procurer hommes et armes dans sa guerre contre la Syrie et d'autres pays du Proche et Moyen Orient, sans mentionner la Russie. Une partie non négligeable se retrouvait dans les poches des dignitaires turcs amis d'Erdogan, ainsi que dans celle de sa famille proche.

Or à 10h20, heure locale, mardi, un kamikaze a déclenché sa charge explosive au milieu d'un groupe de touristes étrangers à quelques mètres de la Mosquée bleue, au pied de l'obélisque de Théodose, faisant dix morts et quinze blessés. «  L'auteur de cette attaque est un étranger membre de Daech », a déclaré le premier ministre, Ahmet Davutoglu, lors d'une brève allocution télévisée. Selon les autorités, il s'agit d'un ressortissant saoudien âgé de 28 ans, Nabil Fadli. D'après l'agence de presse Dogan, l'homme serait entré en Turquie depuis la Syrie le 5 janvier avec le statut de réfugié et la bénédiction de la police aux frontières turque.

L'attentat est-il le fait d'un exalté radicalisé agissant de son propre chef, comme on en rencontre de plus en plus en Europe? S'agit-il d'un repositionnement majeur de Daech à l'égard de la Turquie, et dans quel objectif? La chose est difficile à dire, dans le silence officiel imposé sur cette affaire. En cas d'une offensive délibérée de Daech, les milliers de djihadistes entrés récemment en Turquie avec l'accord d'Ankara pourraient se transformer en combattants suicides, non seulement comme ils ont toujours eu l'ambition de le faire, en Europe, Russie et autres lieux, mais en Turquie même.

Ceci dit, pourquoi ce repositionnement de Daech? On ne sache pas qu'il se sente menacé par les gesticulations militaires turques à son égard. La Turquie réserve son armée à la lutte contre les Kurdes. On ne voit pas d'ailleurs ce que Daech aurait à gagner à perdre l'aide économique abondante que lui a toujours apportée Erdogan.

Il est peu probable que l'on en sache davantage prochainement. Il est certain par contre que Erdogan se retrouve pris au piège de ses propres trahisons à l'égard de ceux qui luttent contre Daech. Même si Nabil Farid était un loup solitaire, il demeure l'archétype et sera nécessairement le modèle des milliers de djihadistes dissimulés dont la Turquie a facilité l'introduction en Europe, parmi le petit million de migrants qu'elle a déjà laissé passer à destination de l'Allemagne et d'autres pays européens.

Angela Merkel, qui il y a quelques semaines, faisait des salamalecs à l'égard d'Erdogan, avec un chèque de 3 milliards d'euros payés par la commission européenne, pour qu'il contrôle l'immigration, devrait en principe se rendre compte de sa criminelle inconscience. Les familles des touristes allemands tués à Istanbul pourraient en tous cas le lui rappeler.

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