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mercredi, 13 octobre 2021

Sur la signification politique du "passeport vert" en Italie

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Sur la signification politique du "passeport vert" en Italie

par Andrea Zhok

Source : Sfero & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-significato-politico-del-lasciapassare-verde

Pour comprendre le sens de la protestation contre l'imposition du "Green Pass" (GP), il faut comprendre sa nature hybride.

Deux motivations différentes, mais compatibles, convergent dans cette protestation.

1) La "dissidence cognitive"

La première ligne de protestation est liée à ce que nous pouvons appeler un "scandale épistémique", c'est-à-dire la perception par un nombre limité de citoyens de l'insuffisance flagrante des motivations qui devraient justifier l'introduction de la "certification verte". Cette inadéquation a interpellé certaines personnes pour des raisons tant juridiques que sanitaires. Ce groupe comprend principalement des personnes qui avaient des raisons professionnelles ou personnelles d'enquêter elles-mêmes sur la question, par exemple parce qu'elles sont des universitaires ou parce qu'elles devaient décider de la vaccination de leurs enfants, etc.

Ici, pour tout résumer, il y avait et il y a la perception claire que la législation fusionnée dans l'institution du Passeport Vert était incompatible avec les effets qu'elle prétendait vouloir atteindre, était disproportionnée et discriminatoire, alimentait un type d'intervention sanitaire ("le vaccin est le seul salut") qui était manifestement erroné et contre-productif.

Le camp opposé à ce groupe est représenté par tous ceux qui ont fait et font encore confiance aux enseignements des médias grand public et aux rapports des autorités scientifiques nationales, malgré les contradictions massives qu'elles ont rencontrées.

Pour des raisons évidentes, le nombre de "dissidents cognitifs" est une infime minorité: comme toute étude approfondie demande du temps et des compétences, ceux qui se fient aux voix officielles sont structurellement majoritaires, et cela, depuis toujours.

Cette lecture "cognitive", bien que cruciale d'un point de vue argumentatif, ne rend que partiellement compte de la nature de l'affrontement actuel.

La deuxième ligne de fracture devient explicite de nos jours.

2) Les antécédents

Sur la protestation "cognitive" contre les raisons de l'institution du "Pass Vert", s'est greffée une protestation sociale, liée à une dynamique claire, bien que non exprimée jusqu'à présent. Pour le comprendre, il est nécessaire de revenir sur l'évolution de la situation depuis le début de la pandémie. L'Italie, comme d'autres pays européens, mais dans un état plus critique que les autres, n'était jamais vraiment sortie des conséquences de la crise financière déclenchée par les prêts hypothécaires à risque. Le pays, déjà épuisé, avec des taux élevés de chômage et de sous-emploi, et des services publics en constante rétraction, à commencer par le système de santé, s'est retrouvé bloqué de force par un autre "coup du sort".

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L'incapacité des autorités à contrôler la propagation d'un nouveau virus et à en retracer les foyers, l'absence d'un plan d'urgence pandémique actualisé, la pathétique sous-estimation initiale de la situation (qui ne se souvient pas des campagnes de Zingaretti et Sala: "Milan ne s'arrêtera pas !"), avaient ouvert la boîte de Pandore d'une épidémie hors de contrôle, qui a eu un impact sérieux sur la fonctionnalité du système hospitalier, déjà en difficulté. La réponse a été un très long verrouillage/confinement national, qui a affecté de façon dramatique une économie réelle déjà en difficulté. Les "reliefs" ne couvraient que très partiellement les dégâts.

Après l'accalmie de l'été, au cours duquel le gouvernement s'est distingué par l'inanité de ses interventions (on se souvient tous de l'embarrassante rengaine des "bureaux roulants"), l'automne a ramené la crise sanitaire, plus forte qu'avant, avec cette fois-ci un confinement moins général, vu l'insoutenabilité évidente d'un confinement comme le premier. Pendant toute cette période, le secteur de la santé, qui avait le plus besoin d'un renforcement et d'une restructuration radicaux, est resté essentiellement paralysé. Il s'occupait exclusivement de la phase terminale de la maladie, cherchant à étendre les soins intensifs, et ignorant toute tentative sérieuse d'intervention précoce pour éviter d'entrer en soins intensifs. Pratiquement toutes les étapes fondamentales de la reconnaissance et du traitement de la maladie, de l'examen moléculaire du patient 1 aux autopsies qui ont révélé la dynamique thrombotique de l'affection, ont été franchies par des initiatives personnelles qui allaient à l'encontre des indications des protocoles officiels.

En termes économiques, cette situation a donné lieu à deux grands blocs de "perdants". Ceux qui ont continué à travailler, peut-être dans des secteurs considérés comme stratégiques, et qui l'ont fait dans des conditions de plus en plus difficiles, souvent sans protection sanitaire digne de ce nom, et puis ceux qui n'ont même pas pu travailler, perdant ainsi leurs principales sources de revenus.

Cette compression des conditions de travail et de rémunération avait pris le relais d'une situation déjà compromise par les années précédentes et aspirait à rétablir des conditions acceptables. L'urgence pandémique a non seulement réduit au silence toute aspiration à relever la tête, mais a poussé dans la boue nombre de ceux qui étaient restés à flot pendant les années de la crise financière. En Italie, cela s'est traduit par un résultat électoral déstabilisant jugé "anti-système", tandis que dans les pays voisins comme la France, le mouvement de protestation des "gilets jaunes" avait mis le gouvernement Macron au pied du mur. L'urgence pandémique a mis fin à tout cela, à toutes les rébellions et revendications sociales.

Pendant dix-huit mois, malgré la détérioration dramatique des conditions de vie d'une grande partie de la population, toute contestation sociale a été stérilisée à la racine par le caractère extraordinaire et d'urgence de la pandémie. Il y avait "bien d'autres choses" dont il fallait s'occuper.

Bien entendu, il n'est pas nécessaire de croire que la pandémie a été "créée avec art" pour obtenir des résultats si agréables aux grandes entreprises. En fait, la capacité à reconnaître le profil de ces états d'urgence et à les utiliser à son avantage est depuis longtemps une composante distinctive de la "gouvernance capitaliste". Le fond reste cependant le suivant: la condition d'urgence a permis aux secteurs les plus dématérialisés de l'économie, à commencer par la finance, de se maintenir en selle en améliorant leur position comparative, tandis que ceux qui vivaient de leur travail se sont retrouvés de plus en plus dépossédés, impuissants, limités dans leurs options et leurs conditions, alors qu'au nom de l'urgence aucune contestation n'était possible.

3) La Parousie du "pass vert"

Dans ce contexte, dans ce qui semblait être une phase de déclin de la pression pandémique, la proposition du "Pass Vert" est venue de nulle part. Rappelons que le GP italien a été proposé à une époque où les hôpitaux étaient vides et où 57% de la population s'était déjà spontanément vaccinée. Le geste implicite dans la mise en place du GP est donc celui d'anticiper une éventuelle nouvelle crise.

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Le problème, cependant, est qu'une telle stratégie crée en même temps les conditions d'une crise, en faisant passer le faux message que la vaccination préserve soi-même et les autres, et que la vaccination seule est la seule solution (tout en maintenant de force le système de santé publique sans protection). Au lieu de chercher la voie du bon sens d'une approche plurielle, axée sur différentes stratégies d'endiguement, le GP a servi à envoyer un message sans ambiguïté: le vaccin est la seule voie de salut national, et ceux qui s'y soustraient sont des déserteurs.

Le GP devient ainsi un moyen de prolonger et d'entretenir l'esprit d'urgence, le sentiment de menace naissante, et en même temps un moyen de soumettre volontairement la population à un moyen de contrôle et d'évaluation de sa propre conduite (une sorte de citoyenneté conditionnelle de bonne conduite).

En substance, le GP fonctionne comme un pont vers une extension du contrôle social, comme une garantie que toute protestation sociale éventuelle pourra être maintenue enchaînée à l'avenir. Après tout, seuls ceux qui se conforment peuvent aller travailler. En ne tenant pas compte de cette exigence, les esprits les plus critiques, les plus méfiants, les plus indépendants et les plus combatifs ont tendance à se dénoncer eux-mêmes. Le monde social se déploie sous nos yeux en créant les clivages orthodoxe/hétérodoxe, insider/outsider.

Beaucoup ont fait valoir que le GP est une mesure temporaire, visant à atteindre un objectif spécifique. Cet argument aurait été plus convaincant si quelqu'un avait mis noir sur blanc les conditions exactes dans lesquelles nous pouvons retirer cet instrument. Face à l'idée d'un instrument pour un objectif spécifique, la question qui doit être posée est la suivante: quel objectif ? Peut-être la "défaite du virus" ? Mais si c'est le cas, tout ce que nous savons nous indique que le virus restera endémique, et qu'il n'y aura donc jamais de jour où nous célébrerons l'extinction du virus. Et l'on peut toujours faire jouer un virus en circulation, avec un système de santé fugitif, comme une menace latente, contre laquelle la population est appelée à prouver sa fiabilité, peut-être en se soumettant à des conditionnalités supplémentaires. Sera-ce la troisième dose du "vaccin"? Ou peut-être la quatrième dose d'un vaccin "actualisé"? Et pourquoi faudrait-il arrêter les inoculations?

La vérité est que la seule véritable raison pour laquelle le GP pourrait rester une mesure temporaire est que (et tant que) il y a un défi important à relever, un défi qui crée un coût économique et politique pour le maintenir. Le jour où tout le monde décidera, pour le bien de la paix et de la tranquillité, de l'accepter ("Après tout, où est le mal ? Allez, c'est un outil utile !"), une autoroute sera ouverte à la possibilité d'étendre ses fonctions (pour le bien de tous, bien sûr).

4) Perceptions émancipatrices et perceptions réactionnaires

Eh bien, je crois qu'une partie importante de la population, bien plus importante que les "dissidents cognitifs", perçoit ce dessein; elle ne le voit pas clairement, mais le perçoit sous une forme indistincte, mais cela suffit à l'inquiéter. Beaucoup de citoyens qui ont été pressés par les crises, et dont les plaintes ont été réduites au silence par le caractère continuellement "d'urgence" des situations, comprennent que se soumettre à un instrument qui sépare ceux qui sont "dedans" et ceux qui sont "dehors" avec des raisons essentiellement arbitraires est l'arme ultime pour briser le dos de toute résistance. Après tout, pour faire grève, il faut être en service, il faut travailler, mais celui qui n'adhère pas aux directives centrales, aussi arbitraires soient-elles, ne peut être en service, ne peut travailler. Le problème des dissidents, des "cocardiers", peut ainsi être tenu à distance en amont.

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Une partie essentielle de la population est en train de se rendre compte que l'enjeu est bien plus important, qu'après des mois d'indifférence à son égard, cette envie soudaine d'atteindre une "sécurité sanitaire absolue" est un acte instrumental. C'est surtout se rendre compte que près de deux ans après son apparition, avec plusieurs armes désormais disponibles contre ce virus, continuer à agir comme si le Covid-19 était le seul problème au monde, auquel tous les autres doivent être subordonnés et réduits au silence, est tout simplement une manipulation flagrante.

Mais attention, même ici, il est important de regarder l'autre côté en face. Ici, elle se compose de deux groupes distincts.

Le premier groupe est représenté par la partie de la population qui, soit par peur physique, soit par intérêt économique, est fixée sur un seul désir: que tout redevienne comme avant, coûte que coûte. La peur, qu'elle soit physique ou économique, qui s'est installée ces derniers mois a généré une impulsion qui aveugle et fait taire toute autre demande. L'attitude de base de cette (très grande) partie de la population peut se résumer à quelque chose comme : "Arrêtez de me casser les couilles, faites ce qui doit être fait, inclinez-vous si vous devez vous incliner, inoculez-vous si vous devez vous inoculer, parce que je ne veux pas revivre cette frayeur !".

Cette attitude, bien que psychologiquement compréhensible, est extrêmement dangereuse, comme l'ont toujours été les "grandes peurs" dans l'histoire, car une fois que quelque chose est érigé en une sorte d'"absolu négatif", on est prêt à piétiner n'importe qui, à écraser tout ce qui nous est présenté comme "favorisant" cet absolu négatif. Ici aussi, la peur crée des conditions particulières d'abaissement des défenses critiques et donc d'obturation pure et simple.

À côté de ce groupe, il en existe un second, petit mais très influent, représenté par ceux qui sont toujours sortis en selle, voire en position d'avantage, des crises passées et qui nourrissent sciemment tout type d'initiative pouvant garantir le maintien du statu quo, toute législation garantissant la disparition du conflit, la "paix sociale". Même dans un cimetière.

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