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lundi, 15 décembre 2025

Un détritus du passé: la vieillerie OTAN

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Un détritus du passé: la vieillerie OTAN

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/detriti-del-passato-la-vecchia-...

Notre monde, celui de la politique internationale, est envahi de débris. Des restes du passé, laissés sur la plage après un naufrage.

Et ces débris, de vieilles babioles désormais inutiles, encombrent le rivage. Rendant, en substance, difficile la compréhension de la réalité.

L'OTAN, c’est un tel déchet. Ce qui reste d’un naufrage. Et pourtant, très peu semblent en prendre conscience. Au moins ici, dans “l’Occident”. Dans cette Europe encore prisonnière des représentations du passé.

Trump, et plus généralement les Américains, ont été extrêmement clairs. L'OTAN, telle qu’elle est, est un vieux bidule. Et, à certains égards, une simple charge inutile que l'on paie encore. En fait, elle est nuisible.

Il ne faut pas croire que cette position provienne uniquement du magnat Trump et de son entourage. Qui, en tout cas, représentent en ce moment le ventre profond de l’Amérique. La majorité avec laquelle il faut compter, malgré la bonne volonté de nos savants de pacotille.

En réalité, cette insatisfaction américaine remonte à longtemps. Et concerne des personnages qui n’ont rien à voir avec Trump et son univers.

Je me souviens que déjà Dick Cheney, l’ombre omniprésente qui se profilait derrière Bush Jr., parlait avec mépris de la “vieille OTAN”. Vieille et inutile, voire un fardeau pour Washington.

Et la guerre en Irak a été menée par une “coalition de volontaires”. Une “coalition de volontaires” qui, selon l’intention de l’administration Bush, devait prendre la place de la vieille OTAN désormais obsolète.

Remplacée par un nouveau système d’alliances “variables”. Plus dynamique, et mieux adapté à la réalité des choses.

En fait, l’Alliance atlantique est un vieil instrument, devenu inutile avec le temps et l’évolution des scénarios internationaux. Un reliquat de la longue période que fut jadis la Guerre froide.

En substance, un vieux jouet à laisser dans le grenier, dans le meilleur des cas.

Et le comportement de Washington devrait nous en faire prendre conscience clairement.

Les accès de psychose fébrile des représentants de l'OTAN, comme cette incroyable caricature de secrétaire général qu'est Mark Rutte, sont à peine tolérés par la Maison Blanche. Qui, désormais, dialogue directement avec les puissances réelles. Moscou, Pékin. Des adversaires, certes, mais avec qui il faut traiter, et, en gros, partager le monde. Chercher de nouveaux équilibres.

Dans ce monde, beaucoup plus compliqué que celui de la Guerre froide, l'OTAN n’a plus aucune raison d’être. Et ce n’est qu’un encombrant et inutile carrosse maintenu en vie par ceux qui en tirent des avantages personnels. Rôle à jouer et argent à palper, pour être clair.

Un résidu d’une guerre (froide) désormais lointaine.

Un déchet inutile de l’histoire.

Ontologie et eschatologie de l’ordre mondial

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Ontologie et eschatologie de l’ordre mondial

Evgueni Vertlib

À une époque où la victoire de la vision du monde libérale semblait définitive et où l’on proclamait la « fin de l’histoire » comme un fait irréversible, le monde s’est retrouvé au bord d’une nouvelle réalité post-atomique, où les conflits idéologiques et civilisateurs ne disparaissaient pas, mais se transformaient en formes plus complexes et ontologiquement inconciliables. L’ordre mondial ne peut plus reposer sur l’illusion d’une homogénéité ou sur la stratégie de détruire l’adversaire, car les enjeux ont atteint une limite existentielle: la victoire, définie comme la maximisation des dégâts, entraîne aujourd’hui inévitablement une catastrophe globale. Ainsi, la seule issue réaliste du face-à-face n’est pas la capitulation de l’une ou l’autre partie, mais la reconnaissance ontologique et la fixation d’une nouvelle limite stratégique, dans la logique de laquelle la capacité à prévenir la guerre devient la valeur politique suprême. En conséquence, le monde n’atteindra pas l’utopie de l’homogénéité, mais trouvera la stabilité grâce à la « multiplicité florissante » (K. Leontiev), passant à un état de tension contrôlée et de coexistence structurale dans tous les hémisphères.

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Les années de Mathusalem apportent une confrontation ontologique profonde entre deux principes civilisateurs : l’universalisme atlantique (Léviathan), qui aspire à l’unification du monde et à l’élimination de toutes les formes de différence, et le principe tellurique (Katechon), qui défend le droit des peuples à la souveraineté, à l’enracinement et à la multiplicité du sacré. L’essence de cette confrontation consiste en la lutte pour la structure même de l’être, pour l’essence humaine et la trajectoire du développement historique. Le principe atlantique (Léviathan) s’oppose au principe tellurique (Katechon) : le mobile (maritime, abstraction) contre le sédentaire (terre, ordre). Historiquement, chaque avancée de l’universalisme, depuis les réformes de Pierre Ier jusqu’aux théories révolutionnaires du début du XXe siècle, a été accompagnée d’une tentative de démanteler les systèmes qui maintiennent les différences nationales et culturelles. Le mondialisme contemporain n’a pas rejeté cette impulsion, mais l’a reconfigurée selon une clé technocratique. La chimère de la révolution permanente a été remplacée par le modèle d’intégration du Nouvel Ordre Mondial à travers la bureaucratie, la standardisation numérique et la gestion unifiée, où la supervision et la régulation remplacent fonctionnellement l’extrémisme antérieur. La dimension eschatologique du choix stratégique s’exprime dans un dilemme : soit l’universalisme technocratique, où le contrôle se dissimule derrière une unité symbolique, soit le rétablissement de la multipolarité tellurique, qui affirme le droit à la différence comme principe fondamental de l’ordre mondial.

Le bloc tellurique des États, dont le noyau est constitué par les centres de pouvoir de l’Eurasie — Russie, Chine et Iran —, applique une stratégie d'endiguement et de limitation de l’hégémonisme universaliste. La mission du Katechon, comprise comme la tâche de retenir le temps historique et d’entraver la triomphale victoire du mal eschatologique, vise à créer un ordre mondial autonome, basé sur une architecture duale, où coexistent deux systèmes qui se limitent mutuellement. Le maintien de l’autonomie stratégique exige une approche globale dans laquelle l’autosuffisance économique, technologique, militaire et culturelle s’intègre dans un système unique de durabilité.

La clé pour les États telluriques est d’assurer la continuité des chaînes de production et de technologie, le contrôle des ressources et des flux énergétiques, ainsi que la capacité de réponse autonome en matière de défense. La durabilité stratégique est assurée non seulement par la présence de forces armées, mais aussi par la structure organisationnelle de la société, le niveau de préparation technologique et la flexibilité de la mobilisation. L’interaction avec d’éventuels alliés du Sud global joue un rôle stratégique, renforçant les alliances macro-régionales et créant des plateformes pour un développement conjoint.

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La dissuasion financière se réalise par le biais de systèmes monétaires et de paiement alternatifs, garantissant la liberté financière stratégique. La dissuasion économique repose sur le principe de la limitation stratégique des vulnérabilités, où les corridors logistiques deviennent un instrument de contrôle stratégique. L’autonomie technologique se construit par la création de plateformes numériques et informatiques indépendantes: l’infrastructure numérique est construite selon le principe d’une gestion segmentée mais intégrée, où les systèmes critiques sont protégés contre l’ingérence extérieure, permettant d’atteindre la souveraineté économique et technologique par la création de complexes macro-régionaux autonomes. La dissuasion militaire intègre l’autonomie des forces armées nationales avec la coordination macro-régionale, en utilisant le concept d’«attaque impossible». La dimension informationnelle et culturelle du Katechon constitue la base stratégique de la souveraineté: le contrôle des discours et des codes culturels permet de préserver l’intégrité de la société face à la pression universaliste.

Dans sa configuration ultime, le monde entre dans une ère où le changement anthropologique devient décisif: la formation d’un nouveau type de personne, séparée du territoire et de la tradition. Les futurologues ont prévu l’émergence du nomade global, un consommateur mobile, sans racines et vivant dans une culture de consommation jetable et dévaluée. Cette figure incarne le sujet idéal de l’Hyper-Empire technocratique: un être humain ayant perdu contact avec la terre et incapable de résister politiquement à tout ce qui vient de l’extérieur. La lutte pour la souveraineté se déplace dans l’espace intérieur de l’être humain: sa mémoire culturelle, ses fondements psychologiques et sa capacité à maintenir une identité stable. Une guerre des mentalités est menée pour la préservation du noyau humain. Les États doivent défendre leur propre code anthropologique pour éviter qu’il ne se dissolve dans le panier d’achat de la société hyper-modernisée. Ce projet de gestion technocratique est clairement annoncé par ses architectes. Klaus Schwab insiste sur le «Grand Reset» et son conseiller, Yuval Noah Harari, indique directement: «Nous n’avons simplement pas besoin de la majorité d’entre vous… Nous aurons l’opportunité de pirater les gens». Cette position, confirmée par des idéologues comme Jacques Attali, donne à la conception du nouveau camp de concentration numérique une objectif concret, dans lequel la supervision et la régulation remplacent fonctionnellement l’extrémisme antérieur.

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La dimension financière de la confrontation est devenue le domaine où le projet atlantique a atteint sa plus grande maturité. La transition du contrôle territorial au contrôle informationnel et financier a permis de déplacer le centre du pouvoir vers le domaine de la surveillance algorithmique et de la dépendance monétaire. Ainsi apparaît l’eschatologie financière, un concept dans lequel l’argent se transforme d’instrument d’échange en mécanisme de contrôle total. L’unification de l’espace monétaire mondial par le biais des monnaies numériques ouvre la voie à la création d’un cadre financier supranational capable d’imposer des règles uniques. La formule historique «celui qui contrôle la masse monétaire d’un pays contrôle le pays» acquiert une dimension globale. Pour les forces telluriques, cela crée un impératif stratégique: la souveraineté monétaire devient un élément clé de l’indépendance politique, ce qui fait de la crypto-politique le front principal du XXIe siècle. À l’ère du capitalisme numérique, le principe atlantique obtient un avantage absolu dans la gestion de l’information. Le pouvoir algorithmique remplace le pouvoir des flottes, formant l’impérialisme des données, une forme de domination basée sur le contrôle de l’environnement numérique. La dimension eschatologique de ce projet se manifeste dans le désir de créer un état de paix où toute alternative serait techniquement impossible, transformant la fin de l’histoire en une eschatologie algorithmique.

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La fracture entre les différents fronts du monde se déplace définitivement vers la sphère du contrôle de la signification. Un nouveau régime cognitif apparaît, dans lequel le contrôle s’exerce par la distribution de l’attention et la reconfiguration de la réalité, et où les algorithmes façonnent la perception de l’être humain. En réponse, le principe tellurique tente de rendre à la culture sa profondeur et sa sacralité. Le code culturel est une forme d’enracinement existentiel qui relie l’être humain à l’histoire et à l’espace. La confrontation entre dans le domaine de l’eschatologie culturelle: un projet cherche à créer un sujet universel pour l’économie en réseau (en utilisant la hyper-tolérance et la déconstruction postmoderne pour l’individualisation), tandis qu’un autre cherche à restaurer le sujet comme porteur de la tradition, dont l’existence transcende les prédictions et le contrôle des algorithmes.

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La couche la plus profonde du conflit réside dans la question du corps et des limites. La civilisation atlantique propose l’idée de dissoudre la nature matérielle de l’être humain par le biais du posthumanisme, tandis que la logique tellurique insiste sur l’enracinement insurmontable de l’être humain dans la géographie charnelle de l’être. La terre implique le corps, et le corps implique des limites. Le projet atlantique construit un monde où les limites doivent disparaître, tandis que le projet tellurique construit un monde où les limites sont la base de l’ordre, et l’ordre la base de la liberté. Cela fait de la restauration des frontières une stratégie ontologique.

La structure du face-à-face mondial prend sa forme définitive lorsque l’on analyse le temps. Le projet atlantique cherche à priver l’humanité de sa profondeur historique, en réduisant le passé à des symboles déconstruits et l’avenir à une projection technocratique unique et rationnelle, ce qui constitue une confrontation entre deux théologies de l’histoire: la technocratique et la traditionnelle. Le système supra-humain que la civilisation atlantique souhaite créer est une technocratie sans technocrates, un pouvoir réparti entre machines et protocoles. Le projet tellurique, quant à lui, cherche à intégrer la technologie dans la structure du sens, plutôt que de remplacer le sens par la technologie, en générant l’idée de la souveraineté du sens.

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Il est en jeu la propre possibilité d’existence des civilisations humaines en tant que formes de vie autosuffisantes, où la souveraineté commence par la liberté intérieure et le sens collectif. Le conflit entre les projets atlantique et tellurique n’est pas simplement une dispute sur la gouvernance du monde, mais une lutte sur ce qu’il faut considérer comme le monde. À ce niveau, le choix stratégique acquiert une profondeur eschatologique: accepter la dissolution dans un conglomérat nomade universel, ou construire un monde contre-eschatologique basé sur la sacralité de l’espace, la tradition et le droit à la différence, qui devient une nouvelle valeur politique suprême. La jonction de tous ces éléments forme un bloc macro-régional capable de maintenir l’équilibre stratégique avec le Léviathan. Le capital démographique devient alors un instrument de profondeur stratégique et une garantie de reproduction de la souveraineté nationale et culturelle, constituant un aspect fondamental dans cette lutte et, par conséquent, le pari final du conflit mondial.

Ainsi, nous avons exploré l’ontologie et l’eschatologie de l’ordre mondial, établissant que le conflit mondial a dépassé les limites de la géopolitique classique, devenant une confrontation antagoniste entre deux principes métaphysiques. Dans ce contexte, la victoire russe sur le théâtre des opérations ukrainien n’est pas seulement un succès militaire et politique, mais un acte existentiel de réalisation du potentiel des forces du Katechon pour contenir la victoire totale des intrigues antichristiques de l’euro-atlantisme. Étant donné l’inacceptabilité d’un affrontement militaire direct entre les pôles dans un contexte de dissuasion nucléaire entre des parties à potentiel de destruction mutuelle égal, la confrontation passe au plan de la stratégie d’épuisement: guerres de sanctions, blocus maritimes et technologiques, où la victoire ne se gagne pas tant par la destruction physique de l’ennemi que par la destruction de sa volonté de continuer la lutte. «Une façon efficace d’affaiblir un rival grand et armé d'un potentiel nucléaire est de le faire saigner de loin, ce qui constitue une version moderne et relativement sûre de la stratégie de l'anaconda. L’objectif de cette lutte n’est pas la défaite immédiate, mais l’épuisement prolongé et inexorable de ses ressources et de sa détermination politique», affirme le stratège américain de renom Stephen M. Walt (photo), professeur de Relations internationales à Harvard. 

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C’est précisément cette conscience d’un épuisement total, mais à distance, qui rend impossible la victoire totale du Léviathan et mène inévitablement à la nécessité d’établir une nouvelle limite de la sagesse stratégique. Cette limite conduit à la composition d’un compromis dual, que l’analyste Evgueni Vertlib a nommé l'«architecture de la survie» («La logique des compromis stratégiques», 2014 ; «Katechon et Léviathan. Duel global», 2025). L’auteur a formalisé la dichotomie Léviathan vs. Katechon non plus comme une confrontation entre États, mais comme une nécessité dans laquelle Léviathan et Katechon s’avèrent être des contrepoids indispensables dans l’unité dialectique des opposés, dictée par les limites de la destruction mutuelle. Le Katechon (l'Ours Russe), après avoir supporté la stratégie d’épuisement, oblige Léviathan à reconnaître les limites de son universalité: les limites du maintien de l’apparence de la victoire, la légitimation de la non-défaite comme victoire. La conclusion de cette confrontation ne sera pas la capitulation, mais la reconnaissance ontologique et la fixation d’une nouvelle limite stratégique. Selon cette logique, la victoire ne consiste pas à maximiser les dégâts, mais à maximiser la capacité à prévenir la guerre. En conséquence, le monde n’atteindra pas l’utopie de l’homogénéité, mais trouvera la stabilité dans sa multiplicité, ce qui est la seule issue réaliste à l’ère post-nucléaire et la garantie de la préservation de l’espace même de l’action historique, où la «multiplicité florissante» (K. Leontiev) devient la nouvelle valeur politique suprême.

Le monde entre dans une période de tension contrôlée et de coexistence structurée de deux hémisphères, ce qui, en essence, constitue une réincarnation pragmatique du principe de «coexistence pacifique», concept fondamental de la politique étrangère soviétique qui, malgré tout son arrière-plan idéologique, visait à prévenir un affrontement militaire direct et à fixer la compétition à long terme comme un processus contrôlé et non catastrophique. En ce sens, notre modèle de «coexistence structurée de deux hémisphères» occupe une position unique, démontrant un avantage significatif sur les deux autres paradigmes mondiaux majeurs.

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Premièrement, il diffère de manière critique de la formule chinoise «Un pays, deux systèmes», un modèle développé par Deng Xiaoping pour préserver les enclaves capitalistes sous la souveraineté de l’État socialiste. Alors que cette formule atteint la paix par la subordination ontologique d’un système à la souveraineté étatique unifiée (comme le démontre l’interprétation officielle: «Un pays» est la prémisse et la base, les «deux systèmes» sont subordonnés à «un pays» et tous se basent dessus»), notre vision exclut la subordination hiérarchique. La «coexistence structurée de deux hémisphères» affirme l’équilibre, non la subordination, fixant la limite stratégique comme une frontière horizontale de reconnaissance mutuelle, où la « multiplicité florissante » se présente comme une valeur politique autosuffisante et une garantie de paix, et non comme une concession temporaire pour préserver l’unité de l’État.

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Deuxièmement, notre conception se caractérise également par une plus grande rigidité politique et un réalisme accru par rapport à l’idée du «Dialogue des civilisations», promue notamment par le président iranien Mohammad Khatami, en réponse à la thèse du «Choc des civilisations». Alors que le «Dialogue des civilisations» vise à dépasser le conflit par un rapprochement éthique, culturel et de valeurs basé sur le respect mutuel et l’échange actif (en affirmant notamment qu’«il n’y a pas de choc des civilisations, mais un choc d’intérêts et d’ignorance»), il ne comporte pas de mécanismes pour contenir l’agression systémique. Notre conception, au contraire, est ontologiquement réaliste, puisqu’elle reconnaît et intègre la «tension contrôlée» comme partie intégrante du système, en fixant la limite stratégique précisément par la maximisation de la capacité à prévenir la guerre. De cette façon, elle ne se fonde pas uniquement sur la surmontée volontaire de l’«ignorance», mais utilise la force de dissuasion comme base de la stabilité structurelle. Par conséquent, la « coexistence de deux hémisphères » n’est pas seulement une question pragmatique pour éviter la guerre, mais aussi un mécanisme politique de premier ordre qui affirme l’égalité structurelle et fonde la paix sur une limite stratégique contrôlable.

Cette approche exige de renoncer aux prétentions universalistes, caractéristiques à la fois de l’idéologie de la Guerre froide et de l’hégémonisme post-bipolaire, où la victoire était conçue comme l’absorption totale ou la reformulation de l’adversaire. À la place, la nouvelle limite de l’action stratégique dicte la nécessité de développer des protocoles d’interaction complexes et multi-strates, capables d’intégrer l’antagonisme dans le tissu d’un ordre mondial durable. Dans ce système, la «tension contrôlée» devient un état permanent dans lequel les acteurs clés calibrent constamment leurs actions par rapport à la nouvelle limite stratégique, sans dépasser la ligne critique qui mène à la catastrophe. De cette manière, la différence ontologique des systèmes, en étant reconnue et institutionnalisée, cesse d’être une source de conflit incontrôlable et se transforme en une source d’équilibre dynamique, dans laquelle la stabilité est assurée, paradoxalement, précisément, par la coexistence compétitive.

Pour le Katechon, qui lutte seul contre la légion de l’Antéchrist, le rôle de la Russie en tant que Reteneur serait rempli. Cette mission, enracinée dans la Deuxième Épître de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens (« Car le mystère de l’iniquité est déjà en action; il ne sera déployé que lorsque celui qui le retient sera enlevé… puis l’impie sera révélé»), se projette dans la tâche ontologique de stabiliser la limite stratégique globale.

Le calcul stratégique de la victoire russe dépasse la simple réussite des objectifs opérationnels et tactiques classiques et repose sur l’obligation d’amener l’ennemi à s’auto-limiter et à accepter l’irréductible multiplicité de l’architecture mondiale. La Russie n’aspire pas à la domination totale, mais à créer des faits irréversibles d’équilibre stratégique qui rendent toute escalade militaire ultérieure défavorable à l’existence même de l’ennemi. L’impératif clé est de maximiser sa propre stabilité et de minimiser l’espace opératoire pour l’expansionnisme mondialiste, ce qui se réalise par une formule triple: provoquer des dégâts inacceptables en cas de confrontation directe pour renforcer la limite stratégique; démontrer l’autonomie et l’autosuffisance de la civilisation, qui montre l’inutilité de la stratégie de «suffocation»; et former de nouveaux pôles d’attraction: coalitions d’États souverains pour lesquels le modèle dominant de «pluralité florissante» deviendra une alternative sûre à l’hégémonie centrée sur les États-Unis. Ainsi, la victoire russe n’est pas la capitulation de l’ennemi, mais la victoire du bon sens et de la nécessité historique, qui conduit à la reconnaissance ontologique par les deux hémisphères d’une nouvelle norme durable de l’ordre mondial: à l’humanité dans son ensemble, il est donné la possibilité d’exister «légalement» dans sa pluralité. L’objectif est de re-codifier la stratégie globale, passant de la logique du «celui qui gagne prend tout» à la raison pratique: «tous ceux qui reconnaissent la limite survivent». Telle est la fonction du Reteneur : non pas empêcher la fin du monde, mais la retarder autant que possible en établissant l’ordre et le droit au développement souverain dans des conditions de tension permanente contrôlée.

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Cet impératif stratégique devient encore plus incontournable dans le contexte de la compréhension que l’histoire mondiale n’a pas seulement continué, comme l’a postulé Francis Fukuyama dans sa conception de « La fin de l’histoire » après la victoire de la démocratie libérale, mais qu’elle est revenue sous la forme d’un conflit entre des paradigmes ontologiques inconciliables, réfutant définitivement l’illusion de l’unification. Plus encore, cette nouvelle ère coïncide avec la formation de la «société du risque global» selon Ulrich Beck (1986), dans laquelle les menaces systémiques, invisibles et transfrontalières (du climat à l’atome) créent une nouvelle solidarité universelle face à une catastrophe commune provoquée par l’homme. «Les risques, comme les richesses, se distribuent selon un schéma de classes, sauf qu’ils le font en ordre inversé», affirmait Beck, soulignant que les menaces modernes dépassent toutes les frontières nationales, rendant toute tentative de victoire totale ontologiquement dénuée de sens. Ainsi, la Russie, agissant comme Reteneur, assume la fonction de stabilisateur mondial, dont la victoire ne consiste pas à imposer son ordre, mais à fixer une limite métaphysique infranchissable garantissant à toutes les civilisations leur propre existence par la «multiplicité florissante» et en annihilant toute prétention à une fin unique de l’histoire.

En mémoire d’un grand contributeur du nationalisme-révolutionnaire, Jean-Gilles Malliarakis

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En mémoire d’un grand contributeur du nationalisme-révolutionnaire, Jean-Gilles Malliarakis

par Georges Feltin-Tracol

Décédé le 7 décembre dernier à l’âge de 81 ans, Jean-Gilles Malliarakis, dit   « Mallia », est inhumé au cimetière de Cluny en Saône-et-Loire en Bourgogne–Franche-Comté, le mercredi 10. Sa disparition a suscité de nombreuses condoléances dont celles de Roland Hélie, directeur de Synthèse nationale, de Jean-Yves Le Gallou, président de Polémia, et de Pierre-Alexandre Bouclay, le patron de Radio Courtoisie dont le défunt dirigea une émission de 1995 environ à 2007.

Jean-Gilles Malliarakis a même eu droit à un article nécrologique dans la livraison du Monde du 13 décembre 2025. On ne sera pas surpris par le ton hargneux employé par l’auteur qui suit habituellement l’«extrême droite» en général et le Rassemblement national en particulier…

Proche dans la décennie 1990 de Christian Poucet (1956-2001) et du CDCA (Confédération de défense des commerçants et artisans), Jean-Gilles Malliarakis tente de relancer, après Gérard Nicoud et le CIDUNATI (Confédération intersyndicale de défense et d’union nationale des travailleurs indépendants) des années 1970, un néo-poujadisme contestataire et revendicatif. Il choisit aussi le chemin du libéralisme conservateur d’expression française sous l’influence décisive d’Alexis de Tocqueville (1805-1859), de Frédéric Bastiat (1801-1850), voire de Léon Walras (1834-1910) et du Franco-Italien Vilfredo Pareto (1848-1923). Prix Nobel d’Économie en 1988, Maurice Allais (1911-2010) faisait-il partie de ses références libérales hétérodoxes ? Peut-être…

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Cependant, avant d’adhérer au corpus libéral et conservateur, Jean-Gilles Malliarakis est d’abord un remarquable protagoniste du dépassement vitaliste des idéologies modernes issues des «Lumières» du XVIIIe siècle, développées au XIXe siècle et appliquées au XXe. Ce grand admirateur de Benito Mussolini et des arditi en «chemises noires» - avec un indéniable sens théâtral pour des provocations calculées – parvient à combiner au cours des années 1970–1980 le nationalisme-révolutionnaire et le solidarisme (expression forgée par l’homme politique républicain Léon Bourgeois et reprise dès la fin de la guerre d’Algérie par les jeunes activistes de l’OAS en Métropole). De ce mélange et en suivant l’exemple italien de Terza Posizione sortent bientôt la troisième voie et le tercérisme.

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À l’époque du Mouvement nationaliste-révolutionnaire (MNR), son périodique imprimé officiel s’intitule Jeune Nation Solidariste, ce qui soulève l’indignation, la colère et le mécontentement de l’Œuvre française de Pierre Sidos, continuation directe de Jeune Nation (1949-1958) et du Parti nationaliste (1958 - 1959). Ainsi, du 27 avril 1978 au 7 mai 1981, trouve-t-on dans chaque numéro de Jeune Nation Solidariste un éditorial de Jean-Gilles Malliarakis. En 1985, la Librairie Française qu’il gère, et les Éditions du Trident qu’il a fondées et animent, co-publient le recueil Ni trusts ni soviets, soit « l’ensemble des éditoriaux de principe et d’actualité ». Outre un avertissement liminaire et une explication sur « Qu’est-ce que le Solidarisme : le Nationalisme comme doctrine sociale », s’y ajoutent une conférence sur l’État nationaliste prononcée à Nantes, le 14 février 1983, un éditorial paru en juillet–août 1984 et une intervention fracassante tenue au congrès du PFN (Parti des forces nouvelles), le 3 novembre 1984.

Prônant entre autre «l’entreprise communautaire» et «la Propriété comme fonction sociale», Jean-Gilles Malliarakis affirme que «le Solidarisme n’est pas autre chose que cette Troisième Voie, cette affirmation du Nationalisme en tant que Doctrine sociale. Le Solidarisme constate que les solidarités communautaires enracinées dans la Région, dans la Nation et aujourd’hui, plus largement, dans l’Europe, pensent et doivent s’organiser dans le métier, dans la profession, dans la corporation, dans l’entreprise par delà les antagonismes de classe». Adversaire déterminé des institutions de la Ve République, il s’élève volontiers contre les solutions faciles et erronées qu’il désigne comme des impostures. Il dénonce le mythe royaliste orléaniste, les fumisteries parlementaire et présidentialiste, le recours technocratique délétère, le leurre national-conservateur et le mirage militaire putschiste. Il préfère l’action militante imaginée et présentée en fer de lance d’une «Seconde Révolution française»: comprendre la liquidation complète des valeurs révolutionnaires bourgeoises de 1789-1793.

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À rebours d’un milieu qui se détourne des rapports sociaux et des questions d’«intendance», Jean-Gilles Malliarakis insiste sur l’importance du sujet. Il rappelle qu’«il existe un lien évident entre le social, le politique et l’économique. Le Nationalisme comme doctrine sociale professe avant tout que l’économique reflète le politique, que la production doit être ordonnée à des fins qui ne sont pas techniques et matérielles, mais humaines et spirituelles. Augmenter sans cesse la consommation de richesses, la circulation de monnaie, l’accumulation des profits, ne saurait être le but de l’activité  humaine». Cela ne l’empêche pas de critiquer très sévèrement l’emprise économique sur la vie quotidienne.

Cette critique radicale s’inscrit nettement dans son Yalta et la naissance des blocs (Albatros, 1982). Il étudie dans cet essai «l’histoire de Yalta, c’est-à-dire l’histoire des connivences anglo-soviétiques et américano-soviétiques de la Seconde Guerre mondiale». Il soutient que «l’Occident […] s’identifie plus profondément au projet de Bretton Woods et au FMI qu’à l’héritage de Godefroy de Bouillon». Il souligne par ailleurs que «les blocs sont solidaires, de par leur nature, de par les dangers des forces centrifuges qu’ils affrontent chacun, de par leurs origines historiques».

Récusant autant Washington et son bloc atlantiste-occidental que Moscou et son bloc communiste soviétique, Jean-Gilles Malliarakis n’accorde aucun confiance, à l’instar de Charles De Gaulle qu’il n’apprécie guère, au cas yougoslave titiste supposé agir en matière diplomatique pour un tiers parti planétaire largement illusoire. Il précise volontiers que «Tito ne représente pas l’indépendance yougoslave, mais un modèle expérimental distinct. Ce n’est pas le refus de l’alignement, c’est un alignement hybride. Ce n’est pas le sujet du non-alignement: c’est un partage hybride qui se fait à l’intérieur même du système national (60% du socialisme stalinien, 40% d’affairisme anglo-saxon) au lieu de passer d’un côté ou de l’autre de la frontière». Il rappelle même que « la carrière de Tito avait commencé dans les rangs de la fraction la plus extrême du Komintern. Natif d’Odessa où son patronyme était Wais, il usurpe l’identité de Josip Broz, révolutionnaire communiste croate et son pseudonyme de résistance correspondait au sigle TITO de Tajna Internationalna Terroricka Organizatia en serbe », soit en français « Organisation terroriste internationale secrète». Il poursuit qu’«après guerre, la mère de Josip Broz ne reconnaîtra pas Tito»…

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«Dans le monde qui s’est développé depuis le triomphe des Superpuissances, seules règnent des forces, polarisées autour de deux conglomérats qui ne sont pas des Nations. Ces forces sont, d’une part, le Bloc des compagnies multinationales, des superprofits, des placements spéculatifs itinérants, des grands palaces internationaux, des êtres angoissés ballotés entre la psychanalyse et la bondieuserie, le sexe et l’ésotérisme – le Bloc dit occidental – et le monde glacial du matérialisme dialectique abrégé en diamat, du KGB, des grands combinats d’industrie lourde et d’une vie culturelle sclérosée dans le ballet classique et imbibée de vodka».

On devine néanmoins les prémices d’une convergence des blocs vers une synthèse effrayante. Guy Debord évoquera sous peu sa thèse du «spectaculaire intégré». Malgré ce constat implacable, Jean-Gilles Malliarakis croit au renouveau de la France et à la renaissance de l’Europe ainsi qu’à leur symbiose féconde. «Entre la légitimité sacrale de l’Ancienne France et la légitimité nationale de la Nouvelle Europe, une parenté plus étroite que l’on croit existait. Le sacre des Rois de France par l’archevêque de Reims, dans la réjouissance populaire et après que la couronne, la couronne de Charlemagne, ait été maintenue par les pairs du royaume, n’était pas autre chose que cette sublimation de la vieille loi des Francs». Dans cette perspective héroïque française et européenne ou franco-européenne, voire euro-française, il s’approprie le slogan «Europe! Jeunesse! Révolution!» qu’il explique de manière magistrale et sur un ton hautement romantique. «La Jeunesse est le moteur de l’Éternel retour. L’Europe demain sera le faisceau des nations libérées du joug de Yalta. Et notre Révolution sera l’annonciatrice de l’ordre nouveau, troisième voie entre le capitalisme et le marxisme».

Avec une rare prescience, il prévient dans l’ultime éditorial qu’il signe à la veille de l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, que la victoire probable du candidat socialiste redynamisera l’Opposition nationale. Attention toutefois aux «fronts à répétitions, animés depuis les années cinquante par l’inlassable Jean-Marie Le Pen, personnage tellement kitch désormais qu’on ne peut se départir d’une certaine affection à son égard. Surtout dans la presse du système. C’est un adversaire tellement gentil, tellement reposant. Voyez comme tout le Monde a “regretté” son absence au dernier scrutin [la présidentielle de 1981]». On sait que le mouvement Troisième Voie éclate en 1991 quand Jean-Gilles Malliarakis négocie directement avec Jean-Marie Le Pen son ralliement (inabouti) au Front national sans se soucier des méfiances et des réticences de la part d’une base sceptique envers ce projet.

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«Depuis un quart de siècle, conclut-il dans Ni trusts ni soviets, ma vie n’est pas autre chose que mon combat. Les gens qui m’intéressent sont ceux qui pensent comme cela. Avec eux, je suis prêt à tout entreprendre, à tout oublier, à tout reconstruire. À chacun de ceux qui m’écoutent, je dis donc : si tu penses comme ça, camarade, si tu vis comme ça, prenons-nous par la main et marchons ensemble vers le soleil et vers la victoire, la victoire totale. Oui, nous vaincrons parce que nous sommes les plus nobles». Certes, Jean-Gilles Malliarakis n’a pas connu la «victoire totale», mais ses actes ont révélé de lui une belle et forte noblesse d’âme.

La vieille passion géopolitique et l’intérêt du Royaume-Uni pour la Russie

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La vieille passion géopolitique et l’intérêt du Royaume-Uni pour la Russie

"En 1613, les ambassadeurs anglais John Merrick et William Russell débarquent dans la cité portuaire d'Arkhangelsk, dans le nord de la Russie".

par Lorenzo Ferrara

Source: https://www.barbadillo.it/126802-lantica-passione-attenzione-geopolitica-delluk-per-la-russia/ & London – History Today, Volume 73, Numéro 11, novembre 2023, Shahid Hussein: “The English Plan to Colonise Russia” 

When England’s search for a Northwest Passage via sea failed, an audacious plan to forge a land route was hatched by the Muscovy Company (= Lorsque la recherche par l'Angleterre d'un passage nord-ouest échoua, un plan audacieux de créer une voie terrestre a été conçu par la Muscovy Company). Ou encore : Le plan anglais pour coloniser une partie de la Russie. Voyons-en plus.

“Lorsque la recherche par l’Angleterre d’un passage nord-ouest par voie maritime échoua, la Muscovy Company mit au point un plan audacieux pour créer une route terrestre. En 1613, les ambassadeurs anglais John Merrick et William Russell débarquèrent dans la ville portuaire d’Arkhangelsk, dans le nord de la Russie. Le premier objectif de leur mission était relativement innocent. À ces deux hommes furent remis une série d’instructions écrites pour protéger la situation financière de la Muscovy Company, qui à l’époque était la principale entité commerciale régulant le commerce avec la Russie. Mais ils avaient aussi un objectif secret: explorer la possibilité d’annexer une partie du nord de la Russie et de fonder une colonie anglaise en Moscovie. On espérait que cette colonie pourrait s’étendre le long du fleuve Volga et atteindre la frontière russe avec la Perse.

Cette tentative assez audacieuse de landgrabbing (de conquête territoriale) dans le nord de la Russie était en soi déjà remarquable. Ce qui la rendait encore plus significative, c’est le fait que la proposition a reçu le soutien de plusieurs groupes à Londres. Cela comprenait des membres de la Royal Navy anglaise, des mercenaires, de vieux courtisans, le roi et, bien sûr, la Muscovy Company.

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Les plans de l’Angleterre pour coloniser la Russie ont été conçus dans une période de troubles politiques. En 1605, le premier Faux Dimitri, un imposteur prétendant être le plus jeune fils d’Ivan le Terrible, mena une révolte contre le tsar de Moscovie, Boris Godounov (illustration).

Cela est souvent considéré comme le début du Temps des Troubles (1605-1613) en Russie, une période de conflits politiques où plusieurs prétendants rivaux se disputèrent le trône. L’absence d’autorité centrale permit à la Pologne et à la Suède de lancer des invasions en Moscovie entre 1610 et 1612. C’est dans ce contexte que le soldat mercenaire anglais Thomas Chamberlain, avec d’autres militaires, formula et développa l’idée d’une invasion anglaise de la Russie. En 1613, l’idée d’une colonie anglaise en Russie reçut également le soutien de hauts courtisans, comme le comte de Pembroke, le Lord Chancelier et même le roi Jacques Ier. Il ne fait aucun doute que Thomas Smythe (illustration), gouverneur de la Muscovy Company, soutint le projet d’établir une colonie en Moscovie.

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Au cours de la première décennie du XVIIe siècle, sous la direction de Smythe, la Muscovy Company et la East India Company sponsorisèrent des expéditions à la recherche d’un passage nord-ouest. On croyait qu’un tel passage permettrait aux voyageurs de se diriger vers le nord, puis vers la Chine, l'Inde et l'Asie centrale. Cela aurait pu économiser des mois sur la route commerciale traditionnelle vers l’Extrême-Orient et l’Inde qui passait par le Cap de Bonne-Espérance en Afrique. La malheureuse destinée de ces expéditions pour découvrir un passage septentrional via la mer, en lesquelles Smythe était partiellement ou totalement impliqué, le conduisit à soutenir la proposition la plus extrême: celle d’annexer une partie de la Russie, en hiver 1612-1613. Mais le plan de colonisation de l’Angleterre eut peu de résultats; le passage tant attendu, par mer ou par terre, resta un rêve éveillé. Quand Merrick et Russell arrivèrent à Moscou en 1613, ils apprirent la nouvelle de l’élection d’un nouveau tsar, Michaël Ier. Une annexion militaire était désormais impossible. L'astucieux stratège Merrick présenta simplement ses lettres de créance au nouveau tsar et demanda le renouvellement des privilèges commerciaux antérieurs de la Muscovy Company. Le projet d’invasion britannique de la Russie avait échoué”.

Il y a peu à ajouter à ce texte, qui décrit des intentions et des projets d'une annexion partielle, déguisés en entreprise commerciale, si ce n’est que derrière chaque déclaration retentissante où les Anglo-Saxons évoquent la liberté et la défense des droits, se cachent, surtout dans le chef des Anglais, des intérêts économiques et stratégiques profonds, qui surgissent comme des bulles toxiques à chaque page de leur histoire. La liste serait longue, une rapacity vendue comme une attention ou du regard (de la considération), qui n’est en réalité qu’ingérence. Est-ce la découverte de "d'une eau toujours chaude"? Il vaut toujours mieux s’appuyer sur des faits prouvés pour décrire l’histoire et pour comprendre les attitudes, déclarations et tendances du passé et du présent.

Shadid Hussain étudie les réseaux et le patronage parmi les ambassadeurs britanniques en Moscovie au XVIIe siècle à l’Université College London.

16:16 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, russie, angleterre, muscovy company, moscovie, arkhangelsk | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook