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vendredi, 10 avril 2026

« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc

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« Le dictateur puritain » raconté par Hilaire Belloc

Le portrait d’Oliver Cromwell: «Une étude psychologique et de caractère conçue pour cerner l’homme et présenter […] en quelques traits, le mortel qu’il fut».

par Giovanni Sessa

Source: https://www.barbadillo.it/129481-il-dittatore-puritano-ra...

Oliver Cromwell. Le dictateur puritain

9791280611888-us.jpgUn ouvrage d’Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Le dictateur puritain (pour les commandes : associazione.iduna@gmail.com), vient de paraître aux éditions Iduna. Le texte est enrichi d’une préface contextualisante de Maurizio Pasquero, qui initie utilement le lecteur aux événements qui ont vu s’impliquer cet homme politique anglais de formation puritaine. Cet ouvrage, dont la première édition est parue en 1927 en Grande-Bretagne, préfigure la monumentale biographie intellectuelle de Cromwell publiée par Belloc en 1934, qui, encore aujourd’hui, constitue une référence incontournable dans la bibliographie sur le sujet.

Le livre que nous analysons brièvement ici, écrit l’auteur de la préface, est centré sur «une enquête psychologique et caractérielle conçue “pour atteindre l’homme et présenter […] dans une esquisse, le mortel qu’il fut» (p. I). Les cinq chapitres denses qui composent l’ouvrage se lisent avec grand plaisir, dans la lignée du genre "biographie" de la tradition anglo-saxonne.

On y analyse la formation sociale et religieuse de Cromwell, ainsi que son parcours militaire et politique. Le texte a pour toile de fond les événements tragiques qui, en Angleterre, ont conduit à l’opposition entre le Parlement, dominé par les puritains, et le roi, Charles Ier Stuart. Ce conflit a dégénéré, entre 1642 et 1649, en une guerre civile ouverte, dont l’issue fut la décapitation du souverain suivie de la proclamation de la « république ».

L’état d’esprit du protagoniste Cromwell

41+4CQ9frQL._SY445_SX342_ML2_-564370762.jpgLes pages du livre révèlent non seulement l’état d’esprit du protagoniste, mais aussi le sens profond de la révolte puritaine que, et ce n’est pas un hasard, le philosophe austro-allemand Eric Voegelin, dans son essai Politique puritaine, a interprétée comme le début de la modernité néo-gnostique.

Il s’agissait en fait de la première tentative de réaliser « le royaume de Dieu sur terre ». Belloc (1870-1953), Français de naissance mais Anglais d’adoption, fut l’un des plus brillants auteurs catholiques de la période historique dans laquelle il vécut. Critique convaincu de la modernité, il fut le compagnon de route de G. K. Chesterton dans l’élaboration de la théorie économique connue sous le nom de « distributisme », antithétique à la pratique politico-sociale du libéralisme.

standard_hilaire-pierre-belloc-3285764105.jpgDans ces conditions, le jugement de Belloc (photo) sur Cromwell ne pouvait certainement pas être généreux. L’écrivain « ne partage rien des idéaux et de la pratique politique » (p. IV) de Cromwell, mais, en tout état de cause, il reconnaît à l’homme « une grande habileté et une vigueur de caractère » (p. IV).

Les ancêtres du futur dictateur s’étaient battus pour éradiquer les idéaux catholiques du territoire anglais, afin de poursuivre leurs propres intérêts marchands, et cet héritage a profondément influencé la formation du jeune Oliver. Celui-ci passa sa jeunesse dans l’aisance de la demeure paternelle, Hinchinbrooke House, qui accueillit Élisabeth la Grande et Jacques Ier. C’est probablement dans cette même demeure que Charles Ier fut également retenu, en tant que prisonnier en transit.  Cromwell, dans cette première phase de son existence, avait une conscience claire de sa position sociale et s’imposa dans la société des nouveaux riches.

L’antipapisme

Le mythe, pour lui tout à fait négatif, de l’Invincible Armada espagnole de Philippe II, prête à envahir l’Angleterre, a joué un rôle prépondérant dans sa vie. Cela l’a poussé vers un anti-papisme radical. Il a lu la Bible de la Genève calviniste, qui a connu 150 rééditions, même si, pour son style captivant, il appréciait davantage la version anglicane du texte: «Jusqu’à l’âge de quarante ans, le futur Lord Protecteur apparaît aux yeux de l’auteur comme un homme politique […] «très ordinaire»» (p. VI).

Les succès militaires, peu après, lui conférèrent l’aura d’« élu », à laquelle il aspirait de toutes ses forces. Dans les défaites, il voyait simplement des «avertissements» que le Seigneur lui aurait envoyés en personne. L’exécution de Charles Ier fut la plus « machiavélique de ses intrigues: «visant à renforcer son pouvoir personnel» qui, selon Belloc, resta toujours dépourvu de véritable projet politique.

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Cromwell s’opposa à l’Église d’État: « au-dessus de toute maison […] il insistait sur la liberté de culte (accordée aux juifs, mais pas aux catholiques!) et l’autonomie des différents groupes évangéliques» (p. VIII). C’est parmi eux qu’il recruta les hommes, motivés par la religion, de la New Model Army, bras armé de l’entreprise néo-gnostique. Il se montra tolérant même envers les levellers et les diggers, qui s’opposaient aux enclosures.

Impitoyable envers les Irlandais

Animé par le rêve de réaliser la «Jérusalem céleste» sur le sol anglais: «vingt ans plus tard, on le retrouve couvert de sang» (p. IX). Il fut impitoyable envers les Irlandais et mit en œuvre de véritables déportations de masse.

C'est pour cette raison qu'il fut l'Anglais le plus détesté dans l'Île d'Émeraude, mais, pour les mêmes raisons, il fut également détesté par les Écossais. Contesté par le Parlement en 1653, il se débarrassa de cette institution. Il instaura aussitôt après un véritable régime autoritaire, qui visait à contrôler jusqu’à la moralité de ses nouveaux sujets, et aurait même voulu aller jusqu’à contrôler la «conscience» des hommes. Incapable de voir au-delà de ses propres «particularités», «il échoua lamentablement même dans le choix de son successeur» (p. XI).

Richard-Cromwell-3842421460.jpgRichard, son fils aîné, se montra totalement incapable d’assumer les tâches qui lui avaient été confiées. Il mourut peu avant d’atteindre l’âge de soixante ans, vivant constamment dans la terreur d’être assassiné, malgré son «élection» divine.

La vision néo-gnostique n’est pas morte avec Cromwell, mais s’est manifestée de manière dramatique dans l’histoire des siècles suivants, jusqu’au carnage des événements du 20ème siècle. C’est pourquoi le livre Oliver Cromwell. Le dictateur puritain revêt une actualité brûlante. Il enseigne, à tout le moins, à se méfier des « oints » du Seigneur et de ceux qui soutiennent que le monde doit être réformé au nom de Dieu, d’une classe ou d’une race.

Hilaire Belloc, Oliver Cromwell. Il dittatore puritano, prefazione di Maurizio Pasquero, Iduna, pp. 110, euro 12,00.

vendredi, 27 mars 2026

Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»

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Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»

par Alexander Schwarz

Source: https://ansage.org/rassistisch-homophob-und-misogyn-jetzt...

William Shakespeare: son œuvre, son héritage muséal ainsi que sa maison natale sont dans le collimateur d’iconoclastes « woke » à l'esprit totalement dérangé.

C'est précisément l'Angleterre, berceau et modèle de la démocratie, de la liberté d'expression et de la raison non idéologique, qui est devenue le centre de cette folie woke suicidaire qui détruit toute la culture européenne. Même la sortie hors de l'UE de plus en plus totalitaire n’y a rien changé. On en est désormais arrivé, bel et bien, au point où la maison natale de William Shakespeare à Stratford-upon-Avon doit être « décolonisée », car on craint que la représentation de son succès en tant que plus grand dramaturge de l’histoire «ne favorise l’idéologie de la suprématie européenne blanche».

Cette fois-ci, c’est le Shakespeare’s Birthplace Trust qui est à l’origine de cette folie que l’on croyait impossible. Il est prévu de créer «une expérience muséale plus inclusive» en prenant ses distances par rapport aux perspectives occidentales, après que des inquiétudes ont été exprimées quant au fait que les idées de Shakespeare pourraient être utilisées pour promouvoir des notions de «suprématie blanche».

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Le Trust a également déclaré que certaines de ses pièces d’exposition pourraient contenir des propos ou des représentations jugés racistes, sexistes ou homophobes. Il y a déjà quatre ans, un projet de recherche mené par le Trust et la Dr Helen Hopkins à l’université de Birmingham avait conclu que la notion de génie «universel» de Shakespeare «sert l’idéologie de la suprématie européenne blanche» – et ce, parce que la culture européenne est présentée comme la référence en matière d’art majeur et que le dramaturge est dépeint comme un symbole de la « supériorité » britannique.

Aversion typiquement de la gauche contre l’excellence et l’exception

Le projet a constaté que cette représentation avait «causé du tort» et a recommandé à la fondation de ne plus dire que Shakespeare était «le plus grand», mais qu’il faisait partie d’une communauté d’écrivains «égaux et différents» à travers le monde – c’est là que s’exprime l’hostilité typiquement gauchiste contre toute excellence et individualité. Au lieu de cela, on veut tout ramener à une médiocrité uniformisée – y compris le passé. Dès 2021, le Globe Theatre a lancé un projet de « décolonisation » des célèbres pièces de Shakespeare, pour lequel des séminaires « antiracistes » ont également été mis en place.

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Aux États-Unis aussi, plusieurs universitaires complètement fous refusent d’enseigner Shakespeare. Dans un article publié en 2021 dans le School Library Journal, Amanda MacGregor, bibliothécaire, libraire et journaliste indépendante basée dans le Minnesota, s’est demandé pourquoi les enseignants continuaient d’intégrer Shakespeare dans leurs cours, alors que ses œuvres sont «pleines d’idées problématiques et dépassées, avec une abondance de misogynie, de racisme, d’homophobie, de classisme, d’antisémitisme et de misogynoir », le terme idiot de « misogynoir » faisant référence à la haine des femmes noires. Il est absolument sans précédent qu’une culture puisse sombrer si profondément dans la haine de soi qu’elle s’autodétruise sous l’impulsion de fanatiques de la vogue woke, complètement dérangés, et ouvre la voie à toutes les formes de barbarie, simplement parce qu’elle considère tout ce qui est étranger comme plus noble que ce qui lui est propre. Le trouble de l’identité est en fin de compte la cause principale de tous les problèmes dans lesquels se trouve l’Occident en déclin.

lundi, 15 décembre 2025

La vieille passion géopolitique et l’intérêt du Royaume-Uni pour la Russie

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La vieille passion géopolitique et l’intérêt du Royaume-Uni pour la Russie

"En 1613, les ambassadeurs anglais John Merrick et William Russell débarquent dans la cité portuaire d'Arkhangelsk, dans le nord de la Russie".

par Lorenzo Ferrara

Source: https://www.barbadillo.it/126802-lantica-passione-attenzione-geopolitica-delluk-per-la-russia/ & London – History Today, Volume 73, Numéro 11, novembre 2023, Shahid Hussein: “The English Plan to Colonise Russia” 

When England’s search for a Northwest Passage via sea failed, an audacious plan to forge a land route was hatched by the Muscovy Company (= Lorsque la recherche par l'Angleterre d'un passage nord-ouest échoua, un plan audacieux de créer une voie terrestre a été conçu par la Muscovy Company). Ou encore : Le plan anglais pour coloniser une partie de la Russie. Voyons-en plus.

“Lorsque la recherche par l’Angleterre d’un passage nord-ouest par voie maritime échoua, la Muscovy Company mit au point un plan audacieux pour créer une route terrestre. En 1613, les ambassadeurs anglais John Merrick et William Russell débarquèrent dans la ville portuaire d’Arkhangelsk, dans le nord de la Russie. Le premier objectif de leur mission était relativement innocent. À ces deux hommes furent remis une série d’instructions écrites pour protéger la situation financière de la Muscovy Company, qui à l’époque était la principale entité commerciale régulant le commerce avec la Russie. Mais ils avaient aussi un objectif secret: explorer la possibilité d’annexer une partie du nord de la Russie et de fonder une colonie anglaise en Moscovie. On espérait que cette colonie pourrait s’étendre le long du fleuve Volga et atteindre la frontière russe avec la Perse.

Cette tentative assez audacieuse de landgrabbing (de conquête territoriale) dans le nord de la Russie était en soi déjà remarquable. Ce qui la rendait encore plus significative, c’est le fait que la proposition a reçu le soutien de plusieurs groupes à Londres. Cela comprenait des membres de la Royal Navy anglaise, des mercenaires, de vieux courtisans, le roi et, bien sûr, la Muscovy Company.

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Les plans de l’Angleterre pour coloniser la Russie ont été conçus dans une période de troubles politiques. En 1605, le premier Faux Dimitri, un imposteur prétendant être le plus jeune fils d’Ivan le Terrible, mena une révolte contre le tsar de Moscovie, Boris Godounov (illustration).

Cela est souvent considéré comme le début du Temps des Troubles (1605-1613) en Russie, une période de conflits politiques où plusieurs prétendants rivaux se disputèrent le trône. L’absence d’autorité centrale permit à la Pologne et à la Suède de lancer des invasions en Moscovie entre 1610 et 1612. C’est dans ce contexte que le soldat mercenaire anglais Thomas Chamberlain, avec d’autres militaires, formula et développa l’idée d’une invasion anglaise de la Russie. En 1613, l’idée d’une colonie anglaise en Russie reçut également le soutien de hauts courtisans, comme le comte de Pembroke, le Lord Chancelier et même le roi Jacques Ier. Il ne fait aucun doute que Thomas Smythe (illustration), gouverneur de la Muscovy Company, soutint le projet d’établir une colonie en Moscovie.

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Au cours de la première décennie du XVIIe siècle, sous la direction de Smythe, la Muscovy Company et la East India Company sponsorisèrent des expéditions à la recherche d’un passage nord-ouest. On croyait qu’un tel passage permettrait aux voyageurs de se diriger vers le nord, puis vers la Chine, l'Inde et l'Asie centrale. Cela aurait pu économiser des mois sur la route commerciale traditionnelle vers l’Extrême-Orient et l’Inde qui passait par le Cap de Bonne-Espérance en Afrique. La malheureuse destinée de ces expéditions pour découvrir un passage septentrional via la mer, en lesquelles Smythe était partiellement ou totalement impliqué, le conduisit à soutenir la proposition la plus extrême: celle d’annexer une partie de la Russie, en hiver 1612-1613. Mais le plan de colonisation de l’Angleterre eut peu de résultats; le passage tant attendu, par mer ou par terre, resta un rêve éveillé. Quand Merrick et Russell arrivèrent à Moscou en 1613, ils apprirent la nouvelle de l’élection d’un nouveau tsar, Michaël Ier. Une annexion militaire était désormais impossible. L'astucieux stratège Merrick présenta simplement ses lettres de créance au nouveau tsar et demanda le renouvellement des privilèges commerciaux antérieurs de la Muscovy Company. Le projet d’invasion britannique de la Russie avait échoué”.

Il y a peu à ajouter à ce texte, qui décrit des intentions et des projets d'une annexion partielle, déguisés en entreprise commerciale, si ce n’est que derrière chaque déclaration retentissante où les Anglo-Saxons évoquent la liberté et la défense des droits, se cachent, surtout dans le chef des Anglais, des intérêts économiques et stratégiques profonds, qui surgissent comme des bulles toxiques à chaque page de leur histoire. La liste serait longue, une rapacity vendue comme une attention ou du regard (de la considération), qui n’est en réalité qu’ingérence. Est-ce la découverte de "d'une eau toujours chaude"? Il vaut toujours mieux s’appuyer sur des faits prouvés pour décrire l’histoire et pour comprendre les attitudes, déclarations et tendances du passé et du présent.

Shadid Hussain étudie les réseaux et le patronage parmi les ambassadeurs britanniques en Moscovie au XVIIe siècle à l’Université College London.

16:16 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, russie, angleterre, muscovy company, moscovie, arkhangelsk | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 16 septembre 2025

Sur les manifestations de Londres - Le peuple anglais en ébullition

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Sur les manifestations de Londres

Le peuple anglais en ébullition

Alexander Douguine

Alexander Douguine déclare que le cortège d’un million de personnes à Londres marque l’aube d’une véritable révolution conservatrice contre Starmer et le globalisme.

Une véritable révolution conservatrice a commencé à Londres. Plus d’un million d’Anglais sont descendus dans les rues pour protester contre la politique de Starmer, contre la répression de toute manifestation de patriotisme et de ses symboles, contre l’impunité accordée à des bandes d’immigrés qui ont transformé l’Angleterre en un immense dépotoir où l’on ne propose qu’une seule chose aux Anglais eux-mêmes: disparaître aussi vite que possible. Les élites libérales de l’Angleterre sont allées beaucoup trop loin en favorisant l’immigration illimitée et en imposant l’interdiction des drapeaux avec la croix de Saint-Georges, en privilégiant systématiquement les nouveaux venus et les défenseurs de diverses minorités.

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Eva Vlaardingerbroek (Pays-Bas) et Ada Lluch (Espagne) à Londres.

L’Angleterre s’est soulevée contre les mondialistes, tout comme l’Amérique l’a fait il y a un an.

Les manifestants exigent la démission immédiate de Starmer, l’expulsion des bandes pakistanaises incontrôlées, l’interdiction de toute expression LGBTQ et le retour du droit des Britanniques à être maîtres chez eux.

Le meurtre de Charlie Kirk aux États-Unis par un libéral de gauche, partisan des mouvements LGBTQ et furry, a attisé encore plus la colère populaire.

Si de telles manifestations sont courantes en France, la population locale en Angleterre est beaucoup plus réservée et respectueuse des lois. Pour faire descendre un million d’Anglais somnambules dans la rue, il faut vraiment les avoir poussé à bout. Et c'est ce que Starmer a fait.

lundi, 07 octobre 2024

Et les « Royals » devinrent british…

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Et les « Royals » devinrent british

Pendant la première guerre mondiale, la famille royale britannique, de souche allemande, est devenue les »Windsor »…

Xaver Warncke

Les Anglais tiennent beaucoup à leurs « Royals » et peu d’institutions sont aussi représentatives de la Grande –Bretagne que la famille royale. Mais il y a en fait tromperie sur l’étiquette en ce cas précis. Car la monarchie anglaise n’est pas aussi britannique qu’on ne le croit. Si l’on jette un regard plus pénétrant sur le cas de cette monarchie, celle-ci est bel et bien la seule et unique monarchie allemande qui existe encore en Europe. Alors que le dernier Empereur d’Allemagne a abdiqué en 1918.

Voici les faits : jusqu’à la moitié du 19ème siècle quatre lignées de la haute noblesse allemande se sont incrustées dans la famille régnante en Grande-Bretagne. Les historiens anglais le savent pertinemment bien : ils nous parlent, à ce propos, de « trois invasions » de la noblesse allemande sur l’île.

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La première de ces invasions fut celle de la Maison des Saxe-Cobourg-Gotha. Ce petit duché dans la région frontalière entre la Thuringe et la Franconie était dirigé par une lignée qui pratiqua une habile politique matrimoniale si bien qu’elle devint une dynastie de dimension européenne. En 1840, le Prince Albert de Saxe-Cobourg fut promis à sa cousine, la future Reine Victoria qui devint la régente de cet Empire britannique aux dimensions planétaires, comme nous le narrent les livres d’histoire. Albert resta toute sa vie dans l’ombre de son épouse mais conquit néanmoins le cœur des Britanniques. En témoignent aujourd’hui le « Royal Albert Hall », qui lui doit son nom,  et le monument qui lui est dédié à Hyde Park.

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Georges I.

Mais les politiques matrimoniales des lignées allemandes avaient commencé bien plus tôt sur l’île au-delà de la Manche. Déjà en 1714, les Guelfes du Hanovre s’étaient montrés très actifs en Angleterre. Ils prirent la succession de la dynastie des Stuarts. Cinq rois d’Angleterre, Georges I, Georges II, Georges III, Georges IV et Guillaume IV furent tout à la fois princes électeurs du Hanovre et y dirigèrent les affaires au nom d'une union personnelle guelfe-britannique. Il fallut attendre l’absence d’un héritier mâle et l’accession au trône de Victoria en 1837, pour assister à l’éclipse des Hanovriens et à la montée des Saxe-Cobourg.

Pour être complet, il faut évoquer deux autres lignées princières allemandes qui ont joué un rôle non moins glorieux dans l’histoire de la monarchie britannique. D’abord la lignée hessoise des Battenberg a poussé le Prince Philippe à devenir l’époux de la reine Elizabeth II, si bien qu’il est le grand-père des actuels princes William et Harry. Philippe descend également, côté paternel, de la Maison du Schleswig, une lignée parallèle de la Maison nord-allemande des Oldenbourg.

Pendant la Première Guerre mondiale, les liens qui unissaient depuis des siècles la haute noblesse européenne se sont dissous, au cours de ces quatre années de conflits entre les peuples. Le nom de Battenberg a ainsi cessé d’être accepté en Grande-Bretagne. Il fallait absolument que l’on traduise ce nom en « Mountbatten ».

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Cette transformation ne s’est pas bien passée. Elle ne témoigne pas de la tolérance que l’on prête généralement aux Britanniques. Les Battenberg jouissaient, avant la guerre, d’une très haute estime et avaient accumulé les mérites. Le Prince Ludwig-Alexander von Battenberg servait depuis 1868 dans la marine de guerre britannique et était devenu, à la fin de l’année 1912, amiral et premier Sealord. Il avait dès lors le grade le plus élevé de la Royal Navy.

Ludwig-Alexander von Battenberg avait œuvré à augmenter considérablement les capacités de la flotte britannique et l’avait préparée à une guerre future. Ce fut son grand mérite. Mais cela ne compta plus dès le déclenchement de la guerre en 1914, quand les Allemands devinrent soudain l’ennemi. Une campagne de presse anti-allemande d’une violence inouïe secoua le pays, activée, notamment, par le germanophobe le plus calamiteux de toute l’histoire anglaise : le ministre de la marine d’alors, Winston Churchill (dont le douteux palmarès fut, après la deuxième guerre mondiale, d’avoir ruiné l’Empire). Quoi qu’il en soit, Battenberg, qui n’avait rien à se reprocher, fut démis de toutes ses fonctions le 27 octobre 1914. Il dut même renoncer à son titre de prince et changer son nom.

Mais on ne se limita pas à ce lynchage. Georges V était sur le trône depuis 1910. Il était un homme assez affable mais, lui aussi, avait la marque de Caïn : il avait un nom d’origine allemande.

Le Roi était fort navré d’avoir dû, à son corps défendant, assister à la chute de Battenberg : c’est pourquoi il nomma l’homme tombé en disgrâce membre du « Conseil secret de la Couronne » (Privy Council) et lui conféra le titre de Marquis de Milford Haven. Bien sûr, cette initiative royale alimenta encore plus la rage germanophobe qui sévissait au Royaume-Uni. Le Times n’hésita pas à injurier la Maison royale en l’accusant d’être « déterminée par l’étranger ».

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Le cours ultérieur de la guerre fit que les choses devinrent pires encore. La situation s’aggrava en décembre 1916 avec l’accession aux affaires du premier ministre nationaliste David Lloyd George (tableau, ci-dessus). Lorsque Georges V convia le nouveau chef du gouvernement à présenter son rapport, Lloyd George aurait dit, ironiquement : « Je suis très impatient de savoir ce que mon petit ami allemand va me dire ». Le roi Georges entra alors dans une violente colère. « Il se peut que je ne donne pas l’impression d’être particulièrement authentique mais que je sois maudit si je suis un étranger », aurait-il dit en protestant.

Pendant un an, le Roi tint bon face à la pression de l’opinion publique mais il dut céder. Le 17 juillet 1917, il proclama qu’il abandonnait le nom de la dynastie des Saxe-Cobourg-Gotha pour adopter celui, qui sonne très anglais, de « Windsor ». Le nom était tiré d’un des lieux de résidence de la famille royale, le château de Windsor, construit au début du 14ème siècle dans le Comté de Berkshire situé à la lisière ouest de Londres.

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Le passé « allemand » de la dynastie britannique prenait ainsi fin de manière abrupte. De manière ostentatoire, toutes les bannières de guerre allemandes furent enlevées de la Chapelle Saint-Georges du château. Ce qui est plus important encore : par sa proclamation de juillet 1917, Georges V renonçait officiellement, pour lui et pour tous les descendants de la Reine Victoria, à son nom et à ses titres allemands. Ce ne fut qu’à ce moment-là que la campagne de presse prit fin. D’un jour à l’autre, l’atmosphère changea et Georges V fut à nouveau accepté.

De l’autre côté de la Manche et de la Mer du Nord, l’Empereur Guillaume II, lui aussi petit-fils de la Reine Victoria, commenta avec son sens personnel de l’humour les événements qui venaient de se dérouler en Angleterre : il proposa de changer le titre de la célèbre comédie de Shakespeare « Les joyeuses commères de Windsor » en « Les joyeuses commères de Saxe-Cobourg-Gotha ». A l’heure où j’écris ces lignes, cent ans se sont écoulés depuis la métamorphose des Saxe-Cobourg d’Angleterre en Windsor.

(article tiré de Zuerst, n°8-9/2017).

 

mardi, 17 septembre 2024

Tocqueville et la fabrication du pauvre britannique

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Tocqueville et la fabrication du pauvre britannique

Nicolas Bonnal

L’Angleterre et ses dominions orwelliens paraissent aujourd’hui les entités administratives  (il n’y a plus d’Etat) les plus totalitaires du monde; difficile de savoir quelle élite, locale ou globale, a décidé de l’édification du cauchemar british, carbonique ou antiraciste. Un épisode raconté par Tocqueville va nous rappeler qu’en la terre d’Utopie, de Bensalem (Bacon) et de 1984 tout a toujours indiqué un inquiétant cauchemar bien éloigné des libertés vantées ici ou là par les agents de l’Empire. Hugo semble s’en être rendu compte dans l’Homme qui rit, qui dénonce d’une façon inédite et géniale les méfaits de la kleptocratie la plus dure et résiliente du monde. Mais on y reviendra.

Les émeutes britanniques montrent que le pauvre anglais est toujours d’aussi mauvaise qualité. L’élite ne vaut guère mieux (Todd a expliqué pourquoi) mais ce n’est pas notre problème aujourd’hui. Là elles se sont trouvées un adversaire à leur hauteur ces élites britanniques, et c’est le pauvre anglais contre lequel elles s’acharnent depuis Hastings, et qui finira l’année numérisé, avant nous donc; car cette bataille de Hastings (1066 donc, avec son livre du Jugement dernier à la clé) est la bataille qui sert de modèle à la globalisation: une élite néo-féodale aura toute la terre, le reste crèvera. Guillaume avait fait détruire des centaines de villages pour étaler ses territoires de chasse. Il chassa aussi le clergé saxon avec l’aide papale (ce fut la première croisade en fait, et c’est dommage qu’on ne le comprenne pas) et une élite ORTHODOXE trouva refuge à Constantinople.

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Tolkien savait ces choses, et lui qui détestait les Normands et se concentrait sur le vieux génie saxon (voyez mon livre) avait compris que la dystopie et le monde moderne avaient lieu en Angleterre. Lisez enfin l’Homme qui rit de Hugo (l’Homme qui rit est l’ancêtre du Joker de Batman) qui décrit magnifiquement (plus grand roman du monde, a dit justement – tout arrive – Ayn Rand) le sort du pauvre dans l’île noire d’Hergé, mère de toutes les dystopies. Certains disent que l’élite possède encore 50% des terres britanniques, d’autres 85%. Elle a concentré sa population INDUSTRIELLE dans cinq villes depuis un siècle et demi comme dans ses dominions (90%  de la population australienne ou canadienne vit dans cinq ou six villes) et tout le monde est content-vacciné-numérisé-alcoolisé-connecté. Le contrôle du pauvre par la cruauté (toujours exemplaire) ou du britannique moyen par la presse et par les médias (voyez McLuhan) a toujours été sans égal. Le flegme britannique ou soumission imbécile aura fait le reste à travers les âges: voir les guerres fratricides contre une Allemagne qui ne demandait que la paix (cf. nos textes sur Grenfell et Churchill).

Mais pour être parfaite une élite diabolique doit aussi et surtout être humanitaire et progressiste (voyez Dorian Gray et son couple festif, homo, socialiste, amateur d’exotismes, collectionneur et anarchisant). Comme dit Trotski dans un texte célèbre que j’ai recensé, « pour chaque brigandage elle (l’élite bancaire US) sert un mort d’ordre humanitaire ». De ce point de vue le christianisme avec sa tartuferie ontologique et millénaire et ses capacités baroques à se transformer lui servira jusqu’au bout d’accompagnateur fidèle.

Elite la plus dure du monde, la féodalité british a toujours su y faire avec le paupérisme au point de cultiver son pauvre depuis la Réforme. Elle a créé le pauvre soumis, industriel, numérisé, absous et béni, pauvre qui n’a pas le droit de bouger de sa paroisse. Et elle l’a fait sous Elisabeth, au moment où Shakespeare (dix fois moins sulfureux et informé que Marlowe, mais c’est un autre problème) dessine la mondialisation dans la Tempête avec ses Caliban. C’est ce que nous explique Tocqueville donc dans son incroyable étude sur le paupérisme qui décrit en quelques pages le monde à venir du « mendiant ingrat », comme dit Léon Bloy :

« Mais je suis profondément convaincu que tout système régulier, permanent, administratif, dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre, fera naître plus de misères qu'il n'en peut guérir, dépravera la population qu'il veut secourir et consoler, réduira avec le temps les riches à n'être que les fermiers des pauvres, tarira les sources de l'épargne, arrêtera l'accumulation des capitaux, comprimera l'essor du commerce, engourdira l'activité et l'industrie humaines et finira par amener une révolution violente dans l'État, lorsque le nombre de ceux qui reçoivent l'aumône sera devenu presque aussi grand que le nombre de ceux qui la donnent, et que l'indigent ne pouvant plus tirer des riches appauvris de quoi pourvoir à ses besoins trouvera plus facile de les dépouiller tout à coup de leurs biens que de demander leurs secours (1835). »

Il y a beaucoup de pauvres en Angleterre donc :

« Pénétrez maintenant dans l'intérieur des communes ; examinez les registres des paroisses, et vous découvrirez avec un inexprimable étonnement que le sixième des habitants de ce florissant royaume vit aux dépens de la charité publique. »

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Et de distinguer les deux charités, la traditionnelle (enfin, l’ancienne, la chrétienne) et la moderne:

« Il y a deux espèces de bienfaisances: l'une, qui porte chaque individu à soulager, suivant ses moyens, les maux qui se trouvent à sa portée. Celle-là est aussi vieille que le monde ; elle a commencé avec les misères humaines; le christianisme en a fait une vertu divine, et l'a appelée la charité.

L'autre, moins instinctive, plus raisonnée, moins enthousiaste, et souvent plus puissante, porte la société elle-même à s'occuper des malheurs de ses membres et à veiller systématiquement au soulagement de leurs douleurs. Celle-ci est née du protestantisme et ne s’est développée que dans les sociétés modernes. »

La deuxième charité est inédite et dangereuse (rappelons que c’est elle qui promeut depuis le théosophisme l’invasion de pays européens promis au brassage numérique des troupeaux de Laban – voyez mon livre sur Internet) :

« La première est une vertu privée, elle échappe à l'action sociale ; la seconde est au contraire produite et régularisée par la société. C'est donc de celle-là qu'il faut spécialement nous occuper. »

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Atelier du monde moderne. Voici comment Tocqueville décrit notre Angleterre (quel est son secret ? Voyez le Repaire du ver blanc, livre de Bram Stoker et film de Ken Russell avec l’inévitable-inquiétant-omniprésent Hugh Grant):

« Le seul pays de l'Europe qui ait systématisé et appliqué en grand les théories de la charité publique est l'Angleterre. A l'époque de la révolution religieuse qui changea la face de l'Angleterre, sous Henri VIII, presque toutes les communautés charitables du royaume furent supprimées, et comme les biens de ces communautés passèrent aux nobles et ne furent point partagés entre les mains du peuple, il s'ensuivit que le nombre de pauvres alors existants resta le même, tandis que les moyens de pourvoir à leurs besoins étaient en partie détruits. »

Conséquence : on fabrique du pauvre…

« Le nombre des pauvres s'accrut donc outre mesure, et Élisabeth, la fille de Henri VIII, frappée de l'aspect repoussant des misères du peuple, songea à substituer aux aumônes que la suppression des couvents avait fort réduites, une subvention annuelle, fournie par les communes. »

Pas besoin de communisme, même sacerdotal. Albion fabrique et contrôle son pauvre Made in England:

« Une loi promulguée dans la quarante-troisième année du règne de cette princesse dispose que dans chaque paroisse des inspecteurs des pauvres seront nommés; que ces inspecteurs auront le droit de taxer les habitants à l'effet de nourrir les indigents infirmes, et de fournir du travail aux autres. A mesure que le temps avançait dans sa marche, l'Angleterre était de plus en plus entraînée à adopter le principe de la charité légale. Le paupérisme croissait plus rapidement dans la Grande-Bretagne que partout ailleurs. »

Tocqueville rappelle aussi que la terre se concentre entre quelques mains (cf. l’Ukraine ou la France en ce moment d’extermination des paysans):

« Il arrive depuis un siècle, chez les Anglais, un événement qu'on peut considérer comme un phénomène, si l'on fait attention au spectacle offert par le reste du monde. Depuis cent ans, la propriété foncière se divise sans cesse dans les pays connus; en Angleterre, elle s'agglomère sans cesse. Les terres de moyenne grandeur disparaissent dans les vastes domaines, la grande culture succède à la petite. »

Tocqueville rappelle qu’il vaudrait mieux ne pas trop pousser tout le monde à l’oisiveté :

« Il y a pourtant deux motifs qui le portent au travail: le besoin de vivre, le désir d’améliorer les conditions de l’existence. L’expérience a prouvé que la plupart des hommes ne pouvaient être suffisamment excités au travail que par le premier de ces motifs, et que le second n’était puissant que sur un petit nombre. Or un établissement charitable, ouvert indistinctement à tous ceux qui sont dans le besoin, ou une loi qui donne à tous les pauvres, quelle que soit l’origine de la pauvreté, un droit au secours du public, affaiblit ou détruit le premier stimulant et ne laisse intact que le second. »

Résultats ? Avant la Ferme des Animaux donc, beaucoup de pauvres, surtout beaucoup de surveillants :

« Les Anglais ont été obligés de placer des surveillants des pauvres dans chaque commune. »

On crée une nouvelle classe, celle des assistés :

« Toute mesure qui fonde la charité légale sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative crée donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travaillante. C'est là, sinon son résultat immédiat, du moins sa conséquence inévitable. Elle reproduit tous les vices du système monacal, moins les hautes idées de moralité et de religion qui souvent venaient s'y joindre. »

Un abaissement moral du pauvre et même du riche trop taxé (on le rassure : les ultra-riches ne le sont nulle part, taxés) en découle :

« Mais le droit qu'a le pauvre d'obtenir les secours de la société a cela de particulier, qu'au lieu d'élever le cœur de l'homme qui l'exerce, il l'abaisse. Le pauvre qui réclame l'aumône au nom de la loi est donc dans une position plus humiliante encore que l'indigent qui la demande à la pitié de ses semblables au nom de celui qui voit d'un même œil et qui soumet à d'égales lois le pauvre et le riche.

La charité légale laisse subsister l'aumône, mais elle lui ôte sa moralité. Le riche, que la loi dépouille d'une partie de son superflu sans le consulter, ne voit dans le pauvre qu'un avide étranger appelé par le législateur au partage de ses biens. »

Aucune gratitude à attendre (Léon Bloy a donc raison) :

« Le pauvre, de son côté, ne sent aucune gratitude pour un bienfait qu'on ne peut lui refuser et qui ne saurait d'ailleurs le satisfaire ; car l'aumône publique, qui assure la vie, ne la rend pas plus heureuse et plus aisée que ne le ferait l'aumône individuelle; la charité légale n'empêche donc point qu'il n'y ait dans la société des pauvres et des riches, que les uns ne jettent autour d'eux des regards pleins de haine et de crainte, que les autres ne songent à leurs maux avec désespoir et avec envie. »

Comme un implacable et méchant libéral (mot qui ne veut rien dire depuis des siècles) ou même libertarien (voyez mon recueil), Tocqueville explique donc :

« J'ai dit que le résultat inévitable de la charité légale était de maintenir dans l'oisiveté le plus grand nombre des pauvres et d'entretenir leurs loisirs aux dépens de ceux qui travaillent. »

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Les sceptiques pourront relire Jack London et sa description des pauvres londoniens (sic) victimes non pas du capitalisme mais de la charité trop bien ordonnée. Tocqueville écrit alors, comme un bon taoïste chinois:

« Si l'oisiveté dans la richesse, l'oisiveté héréditaire, achetée par des services ou des travaux, l'oisiveté entourée de la considération publique, accompagnée du contentement d'esprit, intéressée par les plaisirs de l'intelligence, moralisée par l'exercice de la pensée: si cette oisiveté, dis-je, a été la mère de tant de vices, que sera-ce d'une oisiveté dégradée acquise par la lâcheté, méritée par l'inconduite, dont on jouit au milieu de l'ignominie et qui ne devient supportable qu'à mesure que l'âme de celui qui la souffre achève de se corrompre et de se dégrader ? »

Et d’observer l’étendue des dégâts :

« Lisez tous les livres écrits en Angleterre sur le paupérisme ; étudiez les enquêtes ordonnées par le Parlement britannique ; parcourez-les discussions qui ont eu lieu à la Chambre les Lords et à celle des communes sur cette difficile question ; une seule plainte retentira à vos oreilles : on déplore l'état de dégradation où sont tombées les classes inférieures de ce grand peuple ! Le nombre des enfants naturels augmente sans cesse, celui des criminels s'accroît rapidement ; la population indigente se développe outre mesure ; l'esprit de prévoyance et d'épargne se montre de plus en plus étranger au pauvre ; tandis que dans le reste de la nation les lumières se répandent, les mœurs s'adoucissent, les goûts deviennent plus délicats, les habitudes plus polies, - lui, reste immobile, ou plutôt il rétrograde ; on dirait qu'il recule vers la barbarie, et, placé au milieu des merveilles de la civilisation, il semble se rapprocher par ses idées et par ses penchants de l'homme sauvage. »

Problème enfin : cette société de charité promeut le contrôle et la SURVEILLANCE (remarquez, c’est ce que fait la religion : Dieu t’espionne, te contrôle, puis te juge, peut-être avec Microsoft pour vérifier l’étendue et le nombre de tes péchés). Le pauvre n’a donc plus le droit de quitter sa commune.

« Or, comme dans un pays où la charité publique est organisée, la charité individuelle est à peu près inconnue, il en résulte que celui que des malheurs ou des vices rendent incapable de gagner sa vie est condamné, sous peine de mort, à ne pas quitter le lieu où il est né. S'il s'en éloigne, il ne marche qu'en pays ennemi ; l'intérêt individuel des communes, bien autrement puissant et bien plus actif que ne saurait l'être la police nationale la mieux organisée, dénonce son arrivée, épie ses démarches, et s'il veut se fixer dans un nouveau séjour, le désigne à la force publique qui le ramène au lieu du départ. Par leur législation sur les pauvres, les Anglais ont immobilisé un sixième de leur population. Ils l'ont attaché à la terre comme l'étaient les paysans du Moyen Age. »

Tocqueville vaticine ensuite une apocalypse qui est toujours à venir :

« Mais je suis profondément convaincu que tout système régulier, permanent, administratif, dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre, fera naître plus de misères qu'il n'en peut guérir, dépravera la population qu'il veut secourir et consoler, réduira avec le temps les riches à n'être que les fermiers des pauvres, tarira les sources de l'épargne, arrêtera l'accumulation des capitaux, comprimera l'essor du commerce, engourdira l'activité et l'industrie humaines et finira par amener une révolution violente dans l'État, lorsque le nombre de ceux qui reçoivent l'aumône sera devenu presque aussi grand que le nombre de ceux qui la donnent, et que l'indigent ne pouvant plus tirer des riches appauvris de quoi pourvoir à ses besoins trouvera plus facile de les dépouiller tout à coup de leurs biens que de demander leurs secours. »

Conclusion :

« Je ne dirai point que ce désir universel et immodéré des fonctions publiques est un grand mal social ; qu’il détruit, chez chaque citoyen, l’esprit d’indépendance, et répand dans tout le corps de la nation une humeur vénale et servile ; qu’il y étouffe les vertus viriles ; je ne ferai point observer non plus qu’une industrie de cette espèce ne crée qu’une activité improductive et agite le pays sans le féconder : tout cela se comprend aisément. Mais je veux remarquer que le gouvernement qui favorise une semblable tendance risque sa tranquillité et met sa vie même en grand péril. »

On verra : le gouvernement travailliste est très capable de mettre la vie du pauvre anglais en péril pour des raisons climatiques (sauver le climat en tuant le pauvre donc) tout en revendiquant et en provoquant l’apocalypse nucléaire avec la Russie ? Comme dit Debord, « cette société n’a été que trop patiente jusque-là. »

Sources principales:

https://lesakerfrancophone.fr/le-syndrome-churchill-et-la...

https://www.amazon.fr/Tocqueville-politiquement-incorrect...

https://www.erudit.org/fr/revues/riac/1986-n16-riac02301/...

http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexi...

https://www.amazon.fr/grands-auteurs-traditionnels-Contre...

https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/220117/comment-tr...

jeudi, 22 août 2024

Voyage à la fin de l'empire anglo-saxon

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Voyage à la fin de l'empire anglo-saxon

Source : Dissipatio - Une cellule média - redazione@dissipatio.it

On sait que les relations familiales sont les plus difficiles à entretenir. Ne serait-ce qu'en raison d'un principe de concurrence qui s'instaure naturellement entre ceux qui sont nés et ont grandi dans des conditions similaires. À ce jour, les chiffres qui illustrent la relation entre les États-Unis et le Royaume-Uni sont impitoyables: sans Londres, ce dernier aurait une économie plus réduite que celle du Mississippi, l'État le plus pauvre des Etats-Unis d'Amérique. La capitale représente 14% du produit intérieur brut par habitant. À titre de comparaison, comme le rapporte John Burn-Murdoch dans le Financial Times, amputer Amsterdam des Pays-Bas réduirait le PIB national de 5% (toujours par habitant), tandis qu'éliminer la ville la plus productive d'Allemagne (Munich) ne réduirait le PIB de l'Allemagne que de 1%. Mais le plus surprenant est que, malgré l'opulente production de San Francisco, si demain toute la région de la Baie, du Golden Gate à Cupertino, était séparée du reste des Etats-Unis, le PIB américain par habitant ne diminuerait que de 4%.

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Dans un pays avec une telle disparité socio-économique, il est normal qu'une petite étincelle boute le feu à tout. En 2011, toujours durant les premiers jours d'août, la mort de Mark Duggan, un petit dealer de Tottenham, a provoqué des émeutes au départ de la communauté noire londonienne qui ont duré plusieurs jours. On ne compte plus les affrontements avec la police, ni les pillages de magasins. La course à la marchandise dérobée, pillée, est finalement devenue l'ultime motivation de la contestation, qui a ainsi perdu toute ambition révolutionnaire. Aujourd'hui, au contraire, on a le sentiment que les agitateurs agissent pour une raison politique bien précise. Après la mortelle agression à l'arme blanche de trois fillettes dans une école de danse de Southport par un citoyen britannique d'origine rwandaise, Axel Rudakubana, les émeutes ont commencé devant la mosquée locale, blessant une cinquantaine de policiers, avant de s'étendre à tout le pays. A la tête idéologique des émeutes, on trouve le Patriotic Alternative de Mark Collett et le National Action d' Alex Davies, sans oublier le rôle de Tommy Robinson, très médiatisé comme principal instigateur en ligne d'un esprit anti-immigrés. Bien sûr, rien ne vient de rien: si un terrain fertile est vite trouvé, c'est que le mécontentement est généralisé.

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Au-delà du fait lui-même, et des acteurs individuels, force est de constater que la Grande-Bretagne est bel et bien aujourd'hui un pays au bord d'une dépression nerveuse sans précédent. Les Britanniques en ont vu de toutes les couleurs ces dix dernières années, depuis la campagne électorale sur le Brexit, en passant par le vote, les négociations, le Co vid, les suites de la guerre en Ukraine, jusqu'à la défaite des Tories et l'élection de Keir Starmer (photo, ci-dessous). Le nouveau premier ministre est imprégné de prudence et de rationalité atlantiste, avec l'intention de recréer une gauche pragmatique capable de régénérer une troisième voie rappelant Blair, Jospin et Schroeder mais sans les dogmatismes de Corbyn; en créant un néologisme, le Starmerisme, nous obtenons un vocable caractérisant un nouveau pragmatisme.

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Alors que le jugement porté sur les conservateurs, par l'historien contemporain Sir Anthony Seldon, ne peut se résumer qu'ainsi : "La période 2010 - 2024 a représenté la pire ère de gouvernement depuis 1945". Aujourd'hui, en effet, la succession de Sunak est ouverte, avec Kemi Badenoch, James Cleverly et Tom Tugendhat en pole position, et la perspective d'une politique qui caractérisera la scène britannique pour longtemps, avec le diviseur Farage aspirant à épuiser davantage les conservateurs, avant que les conservateurs eux-mêmes ne se déplacent vers la droite pour le précéder dans la conquête des 4 millions de voix qui lui ont ouvert les portes du Parlement.

La pire ère de gouvernement depuis l'après-guerre

L'entrée en fonction de Keir Starmer à Downing Street a été le "moment Portillo" que tout le monde attendait. Les Tories terminent une saison d'échecs et doivent maintenant choisir leur nouveau leader : pour l'instant, les favoris sont Kemi Badenoch, James Cleverly et Tom Tugendhat. D'un autre côté, les travaillistes rajeunis ont vu leur succès allé si loin qu'ils ont évité de détailler leur programme pendant la campagne électorale. Mais le moment est venu de prendre une décision, en évitant éventuellement de poursuivre ce que l'historien Sir Anthony Seldon a qualifié de point le plus bas (commencé en 2010) du leadership anglo-saxon depuis 1945.

Mais il s'agit là d'un jeu politique, qui n'est pas du tout la cause (bien qu'il s'agisse d'une solution possible) des troubles récents. La haine des islamistes (qu'ils soient citoyens britanniques ou non) est l'exutoire parfait d'un effondrement économique qu'il est encore difficile de comprendre. Il y a la question du Brexit, qui dans l'idée de ses créateurs devait fermer les frontières aux étrangers - dont le nombre a doublé au cours des vingt dernières années - et leur permettre de reprendre le contrôle de leur propre commerce, en évitant de laisser un déficit de dix milliards de livres chaque année sur la table du budget européen. Jusqu'à présent, les choses se sont passées un peu différemment, et pas seulement à cause des Britanniques.

Les frontières sont désormais effectivement fermées, mais les travailleurs non qualifiés manquent et les industries, qui représentent désormais la minorité de la production nationale, sont en difficulté. La possibilité de commercer selon les règles de l'accord de libre-échange est de toute façon moins attrayante que celle de commercer entre partenaires européens.

Les pays de l'UE, qui étaient de loin le premier importateur mondial, ont donc choisi de regarder ailleurs. Même sort pour le secteur des services - dominant à 80% dans l'économie nationale depuis l'époque de Madame Thatcher - qui a vu son activité se réduire en raison de deux crises imprévues, celle du Covi d et celle de l'Ukraine. Cette hyperdépendance, en plus de précariser le pays - l'industrie manufacturière étant au contraire moins sensible aux chocs mondiaux, surtout lorsqu'elle s'adresse à son marché intérieur - a incroyablement divisé la nation entre une capitale très riche et des provinces très pauvres, de plus en plus chômeuses et privées de leurs droits.

L'incapacité du gouvernement à agir pèse encore plus lourd dans la balance. Une proposition de réduction d'impôts sans aucun financement a fait du gouvernement Truss le gouvernement le plus court de l'histoire nationale. Un symptôme de l'incapacité à agir, également parce que l'hypothèse inverse, une augmentation des impôts, entraînerait encore plus de dépression et de colère. Le revers de la médaille reste les taux d'intérêt élevés, dont la baisse semble encore lointaine, et qui pèsent lourdement sur une économie qui avait emprunté environ 280 milliards de livres pendant la pandémie pour faire face au gel des actifs. Le taux était alors proche de zéro, il est aujourd'hui de 5% (faisant passer la charge d'intérêt sur la dette de quarante milliards de livres à plus du double).

En conséquence, les dépenses publiques restent contractées, de même que certains secteurs publics, également, restent contractés, en particulier le secteur de la santé, qui présente actuellement un déficit de personnel d'environ trente mille personnes spécialisées. Parmi les principales économies mondiales, le Royaume-Uni reste la seule à avoir connu une baisse de la participation au marché du travail entre la période pré-C ovid et la période post-Cov id.

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Nous en voyons les signes autour de nous tous les jours: les chaînes de cafés et les magasins de téléphonie mobile qui dominent nos rues, la disparition des carottes grumeleuses des rayons de nos supermarchés et les gros titres traitant d'une autre industrie traditionnelle en crise. Pour la première fois, un livre fait le lien entre ces changements locaux isolés et progressifs et le tableau d'ensemble d'une nation dont l'identité s'érode. En parcourant le pays et en rencontrant des agriculteurs, des pêcheurs et des habitants des quartiers chinois, Paul Kingsnorth raconte le genre de conversations qui ont lieu dans les pubs de campagne et les magasins du coin à travers le pays, nous rappelant que ces institutions typiquement anglaises pourraient bientôt cesser d'exister.

Les Anglais restent les Anglais, et ils se targueront toujours d'un héritage culturel et d'une influence politique dont l'érosion ne sera peut-être remarquée que des décennies plus tard. Et il est vrai que les tendances sont faites pour être inversées. Mais la direction actuelle n'est pas des plus heureuses, et sans un retour vigoureux sur la scène internationale, les sujets de Sa Majesté n'auront aucun moyen de retrouver le prestige dont ils dépendent tant là-bas, sur leur île. Le redémarrage de leur propre industrie manufacturière est sans aucun doute une question cruciale, car Londres ne peut pas continuer à être le seul centre du pays. Sous peine de susciter la colère de ceux qui se sentent exclus. Une colère faite de couteaux tirés, de vitrines pillées et d'affrontements avec les forces de l'ordre.

 

dimanche, 11 août 2024

Le ministère de la vérité devient réalité. En Angleterre, mais ce n'est qu'un début

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Le ministère de la vérité devient réalité. En Angleterre, mais ce n'est qu'un début

Augusto Grandi

Source : https://electomagazine.it/il-ministero-della-verita-diventa-realta-in-inghilterra-ma-e-solo-un-inizio/

Le ministère de la Vérité est enfin devenu une réalité et a commencé à condamner des personnes qui ont osé diffuser sur les médias sociaux des informations qui ne sont pas conformes à celles du gouvernement. Pour l'instant, cela se passe en Grande-Bretagne. Après tout, Orwell, qui a anticipé ces conneries dans son livre 1984, était sujet britannique. Tous les critiques qui se sont fait des illusions en pensant qu'il s'agissait de références à l'Union soviétique stalinienne seront désormais déçus.

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En revanche, les critiques actuels sont enthousiastes.

Car le temps est venu d'empêcher la publication sur les médias sociaux de nouvelles non approuvées par le ministère de la Vérité. Et peu importe que les nouvelles reflètent la réalité. Si la réalité n'est pas conforme aux orientations du pouvoir, c'est la réalité qui est fausse et qui doit donc être modifiée, au moins dans la narration, dans la diffusion des nouvelles.

D'autre part, même en Italie, la crédibilité des journaux de service est nulle. Les ventes de journaux s'effondrent sans discontinuer. La somme de la presse écrite et de la presse en ligne est embarrassante et montre clairement le niveau de confiance des lecteurs. Il faut donc éviter que les médias sociaux ne deviennent des lieux de diffusion de vérités non officielles et non manipulées.

Si les institutions affirment qu'à la cantine olympique on mange très bien et de manière politiquement correcte, personne n'a à publier qu'on y a trouvé des vers. Si les juges décident qu'un athlète doit être puni, personne n'a besoin de souligner qu'il n'a aucun lien avec le fait contesté. Les institutions ont raison quoi qu'il arrive, elles ont raison même lorsqu'elles ont tort. Il ne faut donc pas écrire qu'elles ont tort.

Si, en Grande-Bretagne, trois fillettes blanches sont assassinées par un adolescent noir, il est interdit d'écrire à ce sujet. Il faut simplement écrire que trois petites filles sont mortes. En revanche, si des garçons blancs attaquent un centre où se rassemblent des migrants africains, il faut absolument indiquer la couleur de peau des attaquants et des attaqués.

Si, à Gaza, les bons Israéliens bombardent une nouvelle école, provoquant un nouveau massacre d'enfants, les ministres italiens complices du massacre évitent soigneusement de s'indigner d'un acte de terrorisme d'État. Tout au plus plaident-ils auprès de leurs amis de Tel-Aviv pour qu'ils soient plus prudents lors des prochains massacres. Il ne faut donc pas écrire ce qui s'est réellement passé. Il faut changer la réalité pour ne pas être censuré par le ministère de la Vérité et le monde branché niché dans les salles de rédaction et les centres de censure au sein des plateformes sociales.

vendredi, 09 août 2024

Ce qui se passe en Angleterre

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Ce qui se passe en Angleterre

par Andrea Zhok

Source : Andrea Zhok & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/quello-che-sta-accadendo-in-inghilterra

Ce qui se passe en Angleterre est un nouveau signal d'alarme - qui, je le crains, restera lettre morte - sur la faillite structurelle du modèle libéral-mondialiste qui a dominé les quatre dernières décennies.

Les faits que l'on ne peut reconstituer qu'avec quelque difficulté sont les suivants. Il y a une semaine, à Southport, dans le Merseyside, lors d'une fête destinée aux enfants, Axel Rudakubana, un jeune homme de 17 ans, né à Cardiff de parents rwandais, a attaqué des passants avec un couteau, tuant trois fillettes (6, 7 et 9 ans). Neuf autres personnes, dont deux adultes, ont été blessées ; six sont dans un état grave.

Les raisons de l'attaque ne sont pas claires, mais on soupçonne une maladie mentale. Le sujet avait un diagnostic de TSA (trouble du spectre autistique), un diagnostic qui ne semble pas très approprié compte tenu de ce qui s'est passé, mais qui évoque néanmoins certains problèmes psychiatriques.

À la suite de la tragédie, une partie de la population locale s'est immédiatement soulevée, ciblant les "immigrés", une catégorie suffisamment indéterminée pour finir par s'étendre à tous les sujets pouvant être identifiés comme "ethniquement exotiques" d'une manière ou d'une autre, y compris les musulmans.

Ces derniers ont à leur tour mis en place des patrouilles de défense, qui ont commencé à cibler les magasins, les pubs et les "Britanniques blancs".

En très peu de temps, les affrontements se sont étendus à d'autres régions du pays : Manchester, Londres, Sunderland, Hartlepool, Aldershot, Belfast, etc.

Ce que l'on constate avec angoisse sur les images, c'est que les affrontements ont pris une tournure ouvertement ethnico-raciale, où on rique d'être attaqué par l'un de ces gangs antagonistes simplement parce qu'on est "de la mauvaise couleur".

La réaction du gouvernement a été caractéristique: les habituels "groupes d'extrême droite" et les "fake news" ont été accusés d'être à l'origine des émeutes, comme si cela - même si c'était vrai - constituait une explication.

Le problème, bien sûr, est que, comme toujours dans ces situations, l'événement déclencheur n'est jamais qu'une occasion, une étincelle occasionnelle, dont l'irrationalité ne représente pas une simple "erreur".

Les autorités, par exemple, ont pointé du doigt une fake news qui présentait le meurtrier comme musulman, alors que sa famille ne l'était pas. Mais il est évident que l'éventuelle fake news n'a pu servir d'accélérateur que parce qu'une flamme couvait depuis un certain temps (Il va sans dire que même si la famille avait effectivement été d'origine musulmane, cela n'aurait rationnellement rien signifié, mais il est clair qu'il ne s'agit plus ici d'accusations susceptibles de tenir devant un tribunal: le phénomène est ici social et acéphale).

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Au sujet des fake news, il convient également de noter que l'une des raisons pour lesquelles elles s'implantent si facilement est le manque de fiabilité systématique des informations officielles. Par exemple, au départ, il n'y avait aucun moyen de savoir quelles étaient les caractéristiques ethniques de l'agresseur, présenté comme un "jeune Gallois". Comme c'est maintenant systématiquement le cas, l'omission était intentionnelle, car - c'est l'idée - le lecteur ne devrait pas se soucier de l'aspect ethnique, car il n'est pas juridiquement pertinent et est potentiellement trompeur. Mais à partir du moment où le public se rend compte que les informations officielles ne sont plus des nouvelles, mais des leçons administrées avec condescendance, il finit par accepter plus volontiers les informations "clandestines".

Le même argument peut être avancé pour les accusations habituelles et irréfléchies contre l'extrême droite, comme s'il s'agissait d'une maladie, d'un virus, d'un champignon qui pousse accidentellement dans certaines régions et qui ne devrait être éradiqué qu'avec le fongicide approprié. Mais même lorsqu'une telle agitation généralisée est encouragée par des groupes d'extrême droite politiquement organisés, la vraie question est toujours : pourquoi ont-ils émergé, pourquoi se développent-ils, pourquoi ont-ils des adeptes ?

C'est là qu'apparaît l'insuffisance culturelle des classes dirigeantes d'aujourd'hui, pratiquement partout en Occident.

L'aptitude à examiner les faits sociaux en termes de dynamique structurelle et culturelle à long terme est quasiment absente.

On raisonne en termes légalistes, comme si la société était un tribunal où seule la responsabilité personnelle pour les violations démontrables de la loi est évaluée. Mais bien sûr, le niveau auquel les tensions et les affrontements apparaissent n'est jamais que très peu visible, et seule une petite minorité de conflits parvient à être identifiée et portée devant un jury.

En fait, plus le conflit social est important, plus le pourcentage de conflits qui ne sont pas officiellement visibles est élevé.

Je comprends que le Premier ministre Starmer, ou toute autre personne dans sa position, ne puisse pour l'instant que faire appel à la loi et à l'ordre, aux arrestations, aux procès, aux accusations de la police, mais c'est une erreur dramatique de penser que c'est à ce niveau que de tels problèmes peuvent être résolus. Ce sont des problèmes qui s'accumulent pendant des décennies et qui mettent une minute à s'enflammer, peut-être à cause d'un malentendu.

Sur le plan structurel, le problème est assez simple à décrire: les grands mouvements migratoires de personnes sur de courtes périodes créent toujours des tensions, parce qu'ils produisent de l'incertitude, de l'insécurité et de la concurrence sur le marché du travail.

Si ces personnes ont également des coutumes ou des cultures très différentes, les tensions sont encore plus exacerbées.

Cependant, il s'agit principalement de processus quantitatifs. Les variables décisives sont la quantité de personnes par unité de temps. Comme l'a dit Polanyi, dans les phénomènes sociaux, la variable la plus importante est leur rapidité. Si le même changement se produit en dix ou cinquante ans, il ne s'agit tout simplement pas du même phénomène et il n'a pas les mêmes conséquences. Il ne s'agit pas de prêcher des sociétés hermétiquement fermées, qui n'ont jamais existé, mais de comprendre que l'alternative ne pourra jamais être "libre pour tous".

Ici, la rigidité idéologique conservatrice (qui était, et qui transparaît encore parfois) d'une société ethniquement et culturellement "non contaminée" a été contrée au fil des ans par une rigidité idéologique opposée et symétrique, dans laquelle la "contamination", le "multiculturalisme" et le "melting pot" sont devenus autant de slogans publicitaires vagues, rhétoriques, et surtout hypocrites.

Les arguments du mondialisme libéral ont toujours mêlé nonchalamment des arguments pseudo-utilitaires (nous avons besoin de main-d'œuvre, qui paiera nos retraites, etc.) à des arguments pseudo-humanitaires (le devoir d'accueil, l'amour de la différence, le droit d'asile, etc.)

L'important a toujours été de pouvoir utiliser un ensemble d'arguments lorsque l'autre paraissait momentanément invraisemblable.

Mais en fait, les mécanismes profonds qui ont alimenté la rhétorique du "melting pot" ici ne sont que de deux ordres, un mécanisme grossièrement économique et un mécanisme idéologique.

Sur le plan économique, la libre circulation de la main-d'œuvre permet au capital d'obtenir une main-d'œuvre bon marché sans avoir à payer pour la croissance et l'éducation de ces bras, qui arrivent tout prêts de l'étranger. Ce processus affaiblit le pouvoir de négociation de la main-d'œuvre moins qualifiée, ce qui maintient les salaires à un niveau bas.

Sur le plan idéologique, la vision libérale proposait un modèle d'universalisme abstrait dans lequel les composantes culturelles, linguistiques, religieuses et coutumières étaient considérées comme des facteurs marginaux et contingents, qu'il était non seulement possible, mais approprié, de mettre au rencart.

La combinaison de ces pressions a créé à long terme des blessures, des déséquilibres et des tensions sociales profondes, qui se sont surtout fait sentir dans les couches les moins aisées de la population. J'espère me tromper, mais pour certains pays comme la France et le Royaume-Uni, je ne sais pas si nous en sortirons avec moins qu'une sorte de guerre civile. Nous ne pouvons qu'espérer que dans d'autres pays, il est encore possible d'atténuer les processus de dégénérescence.

Une chose est cependant certaine. La rhétorique de ceux qui disent que, parce que les migrations ont toujours existé, nous devons simplement "accueillir le changement", est une complicité dans la dégradation.

mercredi, 19 juin 2024

Pourquoi l'Angleterre a-t-elle réussi ?

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Pourquoi l'Angleterre a-t-elle réussi?

Mikhail Deliaghine

Source: https://www.geopolitika.ru/it/article/perche-linghilterra-ha-avuto-successo

L'accession de la Grande-Bretagne au leadership mondial (en surmontant tous les concurrents et obstacles - des Pays-Bas, de l'Espagne et de la France à la Chine et à l'Inde), son maintien à long terme de son leadership et son maintien d'un rôle mondial malgré l'effondrement de son empire (signalé par le tristement célèbre Brexit) est une leçon d'une importance historique mondiale.

Ce pays (contrairement à la Russie, aux États-Unis, à la Chine et à l'Inde) n'a jamais disposé de ressources exceptionnelles. Le charbon était important, mais pas tant que cela. Même au début du XVIIIe siècle, l'Angleterre n'avait pas la puissance coloniale de l'Espagne, ni la puissance militaire de la France, ni la puissance économique des Pays-Bas. Minée par une succession de révolutions et de guerres, politiquement instable et déchirée par des conflits religieux, elle était pauvre.

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Pourquoi, en moins d'un siècle, a-t-elle acquis une puissance destructrice et est-elle devenue non seulement le "maître des mers", mais aussi "l'atelier du monde", le pionnier de la révolution industrielle, la locomotive du développement technologique et social mondial ?

Le facteur clé de la supériorité stratégique britannique est la capacité de l'élite britannique à utiliser les structures de réseau existantes (ou créées par elle), qu'il s'agisse de banques, de pirates des mers, de francs-maçons ou de sociétés marchandes. Leurs fondements ont été transformés en un sujet d'action stratégique : un groupe stable au sein de l'élite, uni par des intérêts à long terme et capable de reproduire son influence.

Mais le chemin pour parvenir à cette capacité a été semé d'embûches.

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La première étape a été l'auto-extinction de l'élite féodale lors de la guerre des Roses blanche et rouge (1455-1487). Le déficit de l'élite a créé un mécanisme social unique : la noblesse anglaise, contrairement à la noblesse continentale, était un espace patrimonial ouvert désormais aux riches marchands et paysans. Les marchands, les plus avantagés par la guerre, ne rejoignent pas la noblesse de manière exceptionnelle et moyennant paiement, mais rejoignent ses rangs légalement et en masse. En s'appuyant sur cette nouvelle noblesse, l'absolutisme s'est appuyé à la fois sur les marchands et sur les riches paysans, élargissant ainsi sa base sociale à une échelle inimaginable à l'époque. Cette noblesse s'est développée à partir du marché, au lieu d'y être hostile (comme la noblesse continentale).

Le développement du capitalisme en l'absence de résistance féodale a détruit la paysannerie en tant que classe sociale (comme elle a été éliminée près d'un demi-millénaire plus tard lors de l'"annulation" de la Grande Dépression aux États-Unis, contrairement à la collectivisation soviétique), plaçant le village sur une base capitaliste.

La répression prolongée et impitoyable des pauvres et leur extermination, l'encouragement et la défense totale de la richesse ont façonné le caractère national anglais - respectueux des lois, obstiné, fier de son pouvoir en tant que tel, respectueux des droits de ses compatriotes et refusant tous les autres. La richesse est devenue un facteur de compétitivité du pays, bien illustré par la parabole de la pelouse anglaise qu'il faut tondre tous les jours pendant 300 années consécutives.

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Le développement du capitalisme, sans se heurter à la résistance des seigneurs féodaux, crée une communauté d'intérêts fondamentale entre des forces politiques opposées, leur permettant d'éviter les affrontements frontaux au nom d'un objectif commun : le profit. À la fin du XVIIe siècle, un État civil s'est ainsi constitué, non pas affaibli mais renforcé par les luttes politiques internes.

L'unité patriotique de l'élite managériale et commerciale s'est faite autour d'un intérêt stratégique commun : l'utilisation commune de l'État comme outil de la concurrence extérieure. La réalisation même de cette unité a facilité le compromis systématique et la résolution des conflits internes par le biais d'un mécanisme politique universel : l'expansion extérieure commune.

La collaboration entre les factions belligérantes a permis la création d'un mécanisme financier unique : une banque centrale privée. Son paradoxe et son importance résident dans le fait que n'importe lequel de ses engagements (billets de banque), à partir du moment où il est émis, est en fin de compte une dette de l'État envers son détenteur, mais peut être émis sans le consentement de l'État.

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La création de la Banque d'Angleterre est une fraude vertigineuse (le capital est versé à un faible taux, ce qui permet aux fondateurs de réaliser un bénéfice immédiat de 140 %), justifiée par un changement qualitatif du caractère de l'État : implicitement, le roi est inclus dans les fondateurs avec une part importante.

Par conséquent, son abandon du pouvoir politique absolu (suite à la Glorieuse Révolution) s'est accompagné de sa prise de possession (avec la fondation de la Banque d'Angleterre) par un certain pouvoir économique. De cette manière, le fameux "système d'équilibre des pouvoirs" en politique a reçu un complément harmonieux, quoique secret, en économie.

La noblesse, ayant cédé une partie du pouvoir politique au capital commercial et financier, a repris en retour une partie du pouvoir économique et, au lieu de lutter contre le capital, a fusionné avec lui dans un mécanisme unique de pouvoir économique ("combinaison politique", comme l'académicien Andrei Fursov a appelé l'union des princes et des boyards de la principauté de Moscou).

Cela a rendu possible la création de la dette publique en tant qu'instrument de développement. Alors que dans les monarchies ordinaires, le crédit de l'État plaçait le monarque devant un choix douloureux : rembourser la dette ou mettre le créancier en prison, en Angleterre, l'État, en la personne du Parlement, était crédité par le monarque lui-même, en la personne de la Banque d'Angleterre. En conséquence, la dette était parfaitement remboursée et accumulait tous les capitaux libres de l'époque (comme, jusqu'à récemment, la dette des États-Unis), garantissant le pouvoir de l'État et le réarmement technique rapide de l'Angleterre au cours de la révolution industrielle. Tout le monde pouvait construire des machines à vapeur, mais seule l'Angleterre avait les moyens d'en équiper de nombreuses usines.

La création d'une banque centrale privée était la privatisation d'un nouveau type d'État : l'État de Machiavel (formalisé par la paix de Westphalie plus d'un siècle après que le génie florentin l'ait conçu), séparé du monarque en tant qu'institution publique plutôt que privée. En Angleterre, cette privatisation a eu lieu presque au moment de sa création et est devenue un facteur de pouvoir futur, car les privatiseurs se sont perçus comme faisant partie intégrante de l'Angleterre, sans autre identité que celle de l'Angleterre (en dépit de leur composition ethnique et même confessionnelle variée).

Le rôle exceptionnel de la science est tout aussi important. Au cours des longs et terribles cataclysmes sociaux du Moyen Âge, toutes les institutions sociales ont été irrémédiablement discréditées. Le roi, les églises, l'aristocratie, les tribunaux, le parlement, les marchands ont tous commis des crimes impensables et leurs représentants étaient inaptes à jouer le rôle d'arbitre dans les conflits d'intérêts à l'intérieur du pays : personne ne les croyait.

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Et comme l'accomplissement de cette fonction était nécessaire à la société, l'arbitre devint l'homme de lettres, classe alliant l'intelligence à l'indépendance due au détachement des litiges quotidiens. L'appel du pouvoir à l'autorité des savants est devenu un facteur de formation de la morale publique, en tant que reconnaissance par le pouvoir de la vérité indépendante de lui. C'est aussi la reconnaissance de la valeur indépendante du savoir, même s'il n'est pas appliqué.

L'autorité des scientifiques a rendu les autorités réceptives à l'application des réalisations scientifiques, y compris dans le domaine de l'ingénierie sociale, qui a permis aux Britanniques de régner sur des colonies colossales dans le passé et leur permet d'influencer le monde dans le présent.

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dimanche, 16 juin 2024

L'Entente, croquemitaine géopolitique

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L'Entente, croquemitaine géopolitique

Alexander Shirokorad

Source: https://geoestrategia.es/noticia/42768/historia/la-entente-no-es-el-primer-monstruo-geopolitico.html

Voilà que, 120 ans plus tard, un article paraît dans le Telegraph, signé par les ministres des affaires étrangères britannique et français, David Cameron et Stéphane Sejourné.

"Il n'est pas moins important pour nous aujourd'hui que pour nos prédécesseurs de mettre de côté les vieilles différences et d'établir une longue amitié, que nous célébrons aujourd'hui non seulement comme un rappel de l'"entente cordiale", mais aussi comme "un aperçu de la future Entente", déclarent les ministres à l'unanimité.

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Soldats français et nord-africains à Odessa, mars 1919.

Je voudrais rappeler que l'année dernière, lors d'une visite officielle à Paris, le roi d'Angleterre Charles III a commenté le "consentement cordial" en prononçant un discours au château de Versailles : "Les liens qui unissent nos peuples sont innombrables. Ils représentent la force vitale de notre accord sincère, inspiré par mon arrière-arrière-grand-père, le roi Édouard VII. Nous avons tous la responsabilité de renforcer nos amitiés afin qu'elles soient prêtes à relever les défis du 21ème siècle".

Comme on le voit, la tendance à recréer l'Entente est assez sérieuse, malgré la réputation ternie de cette structure géopolitique. Rappelons que pendant un certain temps, la Russie a également rejoint l'Entente, ce qui n'a pas empêché l'Angleterre et la France de soutenir les groupes d'opposition des grands-ducs et des députés de la Douma depuis 1915. Ce n'est pas un hasard si c'est l'officier de renseignement britannique, le lieutenant Oswald Rayner, qui a abattu Grigori Raspoutine.

Dans un article du Daily Telegraph, les ministres des affaires étrangères britannique et français, David Cameron et Stéphane Sejourné, appellent donc à la formation d'une "Entente renouvelée" pour lutter contre la Russie.

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Le 23 décembre 1917, un accord franco-britannique sur la division de la Russie en sphères d'influence est conclu à Paris. Depuis 70 ans, les historiens soviétiques répètent à la population que l'Entente n'a envoyé ses troupes en Russie que pour ramener l'ancien régime, remettre les usines aux capitalistes et leurs biens aux propriétaires terriens.

Mais le ministre britannique de la guerre, Winston Churchill, a été très franc : "Ce serait une erreur de croire que, pendant la guerre civile en Russie, nous avons combattu pour une cause blanche. Au contraire, les Blancs se sont battus pour nos intérêts".

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Soldats géorgiens à Sotchi (1918).

Notons qu'en 1918-1920, la Grande-Bretagne et la France ont aidé les Blancs, puis ont maintenu leur neutralité ou leur ont joué de mauvais tours. Mais il n'y a pas eu un seul cas où les troupes de l'Entente se sont battues contre les séparatistes. La situation de l'été 1918 en est un exemple. Les nationalistes géorgiens s'emparent de Sotchi et de Touapse. Anton Denikin, qui commandait alors l'armée des volontaires, se mit en colère et expulsa les Géorgiens de Sotchi. Cependant, l'Angleterre menace l'armée des volontaires d'une guerre si elle continue à avancer vers le sud.

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Octobre 1919. L'armée occidentale du lieutenant général Prince Avalov (photo) avance vers Riga. Les Anglo-Français transfèrent d'urgence des armes aux États baltes. L'escadre anglo-française ouvre le feu sur les troupes d'Avalov qui avancent. Une batterie d'artillerie hippomobile se précipite alors au bord de l'eau et tire à bout portant sur les croiseurs de l'Entente.....

Aujourd'hui, un monument a été inauguré sur la base navale lettone, avec une longue liste de "héros de l'Entente" tombés au combat, "victimes de la terreur blanche". N'est-il pas vrai qu'il n'y a rien à ajouter ?

En effet, l'Angleterre et la France n'ont pas eu besoin de la Russie tsariste, dénikinienne, soviétique ou autre. En 1918-1920, l'objectif de l'Entente était de désintégrer la Russie en autant d'États "indépendants" que possible. Je ne peux pas deviner comment, mais l'histoire des États baltes aurait pris un chemin complètement différent si l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie étaient devenues des républiques soviétiques non pas en 1940, mais en 1922.

Naturellement, l'objectif de l'Entente était une banale rapine. Personnellement, je considère que la campagne britannique "pour les zipuns" en Russie a été dans l'ensemble un succès. Ainsi, l'intervention britannique s'est amortie au moins une fois et demie grâce à l'exportation massive de pétrole, de minerais, d'or, de fourrures, au détournement de navires à vapeur, etc.

Mais surtout, l'Entente a donné naissance au prédateur traité de Versailles.

Immédiatement après la conférence de Versailles, le maréchal français Ferdinand Foch a déclaré : "Versailles n'est pas la paix, mais un armistice de 20 ans". Et lors de la conférence elle-même, le Premier ministre britannique Lloyd George a dit au Premier ministre français Georges Clemenceau, qui voulait inclure les terres habitées par les Allemands en Pologne : "Ne créez pas une nouvelle Alsace-Lorraine". Ainsi, le maréchal français et le Premier ministre britannique ont prédit avec précision le moment (1939) et la raison (Pologne) du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Dans le même temps, l'Angleterre et la France reprochaient exclusivement à leurs adversaires le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Mais au début de la conférence de Versailles, dans les quatre empires, à la fin de 1919, les dirigeants responsables du déclenchement de la guerre ont été exécutés ou ont fui le pays. Des personnes qui s'étaient opposées à la guerre à l'automne 1914 sont arrivées au pouvoir.

Alors pourquoi l'Entente n'accepterait-elle pas le plan de paix proposé par Lénine en novembre 1917 "sans annexions ni indemnités" ? Comment le caporal retraité Adolf Hitler aurait-il fini ses jours dans ce cas ? Artiste moyen ? Chef d'un parti d'une centaine ou de deux marginaux ?

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Supposons que le 9 novembre 1923 à Munich, lors de la fusillade lors d'une manifestation nazie, Hitler n'aurait pas été légèrement blessé, mais tué. Il existe d'ailleurs une version selon laquelle le garde blanc Scheubner-Richter (photo) aurait recouvert le Führer de son corps. Et alors ? Il n'y aurait donc pas eu de Seconde Guerre mondiale ? Bien sûr qu'il y en aurait eu une, mais avec un autre Führer : Ernst Röhm, Joseph Goebbels ou quelqu'un d'autre.

Et s'il y avait eu une unification des socialistes et des communistes aux élections de 1932, ils auraient obtenu 37,3 % des voix, alors que les nazis n'en auraient obtenu que 33 %. Ernst Thälmann serait peut-être devenu chancelier du Reich et les Juifs n'auraient pas été dans des camps de concentration, mais au Reichstag et au gouvernement. Mais la Seconde Guerre mondiale aurait quand même eu lieu.

Ainsi, jusqu'en 1934, les sociaux-démocrates autrichiens considèrent l'Anschluss comme leur principal objectif. À la fin des années 1920, Thälmann affirme que Hitler ne s'oppose que verbalement à l'Angleterre et à la France, mais qu'il est en réalité leur protégé.

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Ernst Thälmann (photo) déclare officiellement : "L'Allemagne soviétique ne paiera pas un pfennig de réparations.... Nous, communistes, ne reconnaissons aucune annexion forcée d'un peuple ou d'une partie d'un peuple à un autre État-nation, nous ne reconnaissons aucune frontière tracée sans le consentement de la majorité réelle de la population..... Nous, les communistes, sommes contre le démembrement territorial et le pillage de l'Allemagne effectués sur la base du traité de Versailles qui nous a été imposé par la force".

Ainsi, même si les communistes et les socialistes avaient gagné en Allemagne, la Seconde Guerre mondiale aurait quand même eu lieu. Mais dans ce cas, l'issue aurait certainement été différente.

Avec le traité de Versailles, les États de l'Entente ont jeté les bases d'une nouvelle Grande Guerre. C'était une conséquence inévitable des processus historiques. Mais toutes sortes de Hitler, Pilsudski, Mussolini, Thälmann, von Papen, Antonescu et autres ont été des accidents historiques. Ils ne pouvaient que modifier légèrement l'élan de la guerre et le cours des hostilités. Mais personne n'a pu les empêcher.

Et aujourd'hui, pour faire revivre l'Entente, il est nécessaire de porter un puissant coup de propagande aux mythes occidentaux. Il n'est pas nécessaire d'inventer quoi que ce soit. L'Entente a commis un crime monstrueux contre l'Allemagne, la Russie, la Chine, l'Indochine et d'autres pays d'Asie et d'Afrique.

La vérité sur les atrocités commises par l'Entente au 20ème siècle peut, sinon arrêter, du moins compliquer sa renaissance en 2024.

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samedi, 04 mars 2023

Edward Law, le pionnier du Grand Jeu

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Edward Law, le pionnier du Grand Jeu

Emanuel Pietrobon

Source: https://it.insideover.com/schede/storia/edward-law-il-pio...

L'histoire, disait le philosophe Friedrich Nietzsche, est l'éternel retour du même. Un cycle qui se répète sans fin, où les mêmes événements ont tendance à réapparaître périodiquement sous une forme nouvelle ou déguisée. Un cycle duquel sortent de grands hommes dont les actes restent éternellement imprimés dans l'histoire pour guider les pas de ceux qui viendront après. Un cycle qui ne s'arrêtera jamais, car il est tout simplement inarrêtable.

Aujourd'hui comme hier, demain comme toujours, la dure loi de l'éternel retour du même écrit le présent des contemporains et dessine l'avenir de la postérité. Car notre présent, en effet, est l'ère des grands remakes géopolitiques: des nouvelles guerres russo-turques à la Guerre froide 2.0, en passant par la réédition de la course à l'Afrique et la renaissance du Grand Jeu en Asie centrale. Et ce dernier, le Grand Jeu 2.0, qui, par rapport au passé, est teinté de multipolarité, pourrait être mieux, compris, compris plus profondément en redécouvrant l'un des personnages qui a dominé sa version première : Edward Law, le premier comte d'Ellenborough.

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Origines et éducation

Edward Law (tableau) est né à Londres le 8 septembre 1790. Fils d'artiste - son père était le célèbre Edward Law, MP, baron et Lord Chief Justice de la Cour d'Angleterre et du Pays de Galles -, Law est élevé dans un environnement aristocratique et reçoit une éducation de haut niveau. Il a été formé au Collège d'Eton et au Saint John's College de Cambridge - deux des institutions les plus prestigieuses du Royaume-Uni - où il a été initié aux arts de la politique et de la diplomatie.

En 1812, à seulement vingt-deux ans, le jeune Law entre en politique en portant la chemise des Tories, conservateurs fermement convaincus de la suprématie de l'anglicanisme sur le catholicisme et de la supériorité du pouvoir royal sur le pouvoir parlementaire. Après un premier passage de deux ans en tant que représentant d'un bourg pourri de Cornouailles, qui lui permet d'entrer à la Chambre des communes, il hérite en 1818 à la fois d'un siège à la Chambre des lords et du titre de baron de son père, décédé entre-temps.

Le Grand Jeu

En 1828, après avoir passé exactement une décennie à s'occuper de politique intérieure, Law est nommé Lord Keeper of the Privy Seal par le Premier ministre de l'époque, Arthur Wellesley, également connu sous le nom de Duc de Wellington, et commence à servir au sein du gouvernement en tant que conseiller en affaires étrangères.

Et c'est le duc de Wellington, un homme formé sur les champs de bataille et contre Napoléon, qui aurait entrevu quelque chose en Law : du talent, un sens aigu de la politique internationale. Placé à la tête de la commission de contrôle de l'East India Company, la longa manus de Londres la plus puissante au monde, Law aurait fait preuve d'une incroyable capacité à comprendre les affaires asiatiques, à en saisir la complexité et à soutenir le duc dans la défense des intérêts de la Couronne.

C'est Law, par exemple, qui a compris le caractère de pivot du territoire sous-continental de l'Inde, suggérant au duc de Wellington que sa souveraineté soit transférée de la Compagnie des Indes orientales à la Couronne. Et c'est également Law qui, sur fond d'études à distance de l'Inde, confia à son ami et explorateur Alexander Burnes la mission de visiter l'Asie centrale, inconnue et sauvage, pour tenter de comprendre pourquoi les tsars s'intéressaient tant à son sort (et à son contrôle).

Law allait bientôt s'avérer être le bon homme au bon endroit et au bon moment : le moment où le Grand Jeu a commencé. Fort de la confiance placée en lui par le duc de Wellington, ainsi que de son rôle puissant au sein de la Compagnie des Indes orientales, Law devint l'écrivain de l'ombre du programme de politique étrangère de la Couronne pour l'Asie centrale et l'Indo-Sphère.

Law avait compris une vérité jusqu'alors ignorée par ses compatriotes : l'Empire russe s'étendait dans la sulfureuse et chaotique Asie centrale dans le but d'atteindre l'Inde. Car le rêve caché de tous les souverains de la Troisième Rome, depuis l'époque pré-tsariste, avait toujours été le même : un débouché vers une mer chaude. Et l'Inde, désir des grands dirigeants depuis l'époque d'Alexandre le Grand, représentait l'un des débouchés chauds les plus géostratégiques du supercontinent.

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L'habile stratège avait eu une révélation sur la manière d'empêcher les tsars d'étendre leurs tentacules sur l'Inde, pomme d'or de l'Empire britannique, et de gagner le Grand Jeu qui venait de naître. Une illumination qui fut accueillie favorablement par les dirigeants impériaux et qui reposait essentiellement sur les éléments suivants : la maîtrise de l'Afghanistan, l'anglicisation culturelle du dominion indien, la diplomatie secrète et le recours à des alliances impromptues, toujours anti-russes, avec les seigneurs du désert d'Asie centrale.

Law ne vivra pas assez longtemps pour assister à la conclusion de la plus importante confrontation hégémonique russo-britannique de l'histoire, mais il sera témoin de la concrétisation progressive de sa stratégie : les missions secrètes de Burnes entre l'Asie centrale et le sous-continent indien, l'expédition de Kaboul de 1842, les parties d'échecs avec les émirs afghans Dost Mahommed Khan et Shah Shujah Durrani et, enfin et surtout, l'instrumentalisation des différences interreligieuses et interethniques en Inde dans le but d'affaiblir les familles royales autochtones et de consolider l'hégémonie britannique.

La pertinence de la pensée de Law

En 1844, de retour d'une Asie (temporairement) pacifiée par la guerre, il reçoit une série de récompenses pour ses services à la Couronne, dont le titre de comte d'Ellenborough et la Grand-Croix de l'Ordre de Bath. Il passera les années suivantes à se battre chez lui pour la réduction de l'autonomie de la Compagnie des Indes orientales, pour la poursuite de l'assujettissement de l'Inde et pour attiser les esprits dans le turbulent Turkestan dans une visée anti-russe, consacrant son temps libre à la rédaction d'œuvres monumentales axées sur l'univers civilisationnel indien.

Il meurt en 1871, à l'âge avancé de quatre-vingt-un ans, laissant à la postérité un héritage inestimable en termes de clairvoyance politique et de stratégie diplomatique. Car aujourd'hui, à l'ère du Grand Jeu 2.0, l'ombre du comte d'Ellenborough plane de façon terrifiante sur ces terres indomptées qui s'étendent de Samarcande à Calcutta. Des terres qui, comme l'a montré le droit, peuvent s'avérer plus productives en étant instables qu'en étant stables. Des terres dont la déstabilisation hétérogène a servi et sert encore un large éventail d'objectifs : de l'endiguement de la Russie en tirant parti du tribalisme islamique dans les steppes d'Asie centrale à la réduction des ambitions de grandeur de la puissante mais fragile Inde.

Des terres, celles qui s'étendent de Samarkand à Calcutta, sans négliger le Caucase qui, hier comme aujourd'hui, et demain comme toujours, sont et seront les tranchées dans lesquelles les thalassocraties atlantiques et les tellurocraties eurasiennes se battent et se battront éternellement pour l'hégémonisation de l'île-monde.

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lundi, 14 novembre 2022

Grande-Bretagne : le déclin d'un ancien empire

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Grande-Bretagne: le déclin d'un ancien empire

par Fabrizio Pezzani

Source : https://www.ariannaeditrice.it/articoli/gran-bretagna-il-declino-di-un-ex-impero

L'histoire de l'ascension et du déclin de la Grande-Bretagne est un véritable manuel pour examiner le parcours des civilisations et des sociétés qui s'élèvent, atteignent leur apogée, puis commencent lentement à s'effondrer. L'essor et la chute des sociétés dépendent de la composante "valeur" des classes dirigeantes et de leur capacité créative.

Au début du XVIe siècle, l'Angleterre était considérée comme un État arriéré et sous-développé, peu peuplé, mais la révolution des moyens de navigation et l'ouverture des routes commerciales maritimes ont offert un tremplin à son affirmation mondiale croissante ; progressivement, les navires de l'Atlantique, les galions, ont supplanté les galères qui ont eu leur dernière occasion de remporter une victoire en 1571 à Lépante. Remplacer l'énergie humaine des galères par l'énergie éolienne et chimico-physique des galions à voile a été une révolution dans le monde maritime. Sur les galions, il était alors possible de placer des canons sur le pont et sous le pont, rendant les armées maritimes presque invincibles.

La conquête de la mer et des océans a permis de passer du commerce méditerranéen au commerce atlantique avec un développement sans précédent des échanges de biens et de matières premières. Jusqu'au début du XVIIIe siècle, l'occupation par les Britanniques et les Européens en général se limitait aux bandes côtières et aux bases navales, mais l'occupation de l'arrière-pays a été l'un des sous-produits de la révolution industrielle qui a contribué à ouvrir la voie à la révolution industrielle elle-même. Dans l'histoire de l'humanité, les interdépendances entre les différents facteurs d'évolution n'opèrent pas toujours aussi clairement.

Ce n'est pas un hasard si la révolution industrielle s'est développée en Angleterre, qui, grâce à sa puissance maritime, avait créé un lien avec les colonies qui fournissaient les matières premières, consommaient les nouveaux produits et offraient des opportunités de richesse et de nouveaux marchés en permanence. La puissance économique et militaire a permis à l'Angleterre de créer un empire colonial inégalé pendant sa période de domination. La révolution industrielle a démoli l'ancien monde sous tous ses aspects, productif, social - le capitalisme se heurte au marxisme -, démographique, politique et financier, et a changé le mode de vie dans les villes au détriment des zones rurales.

Parallèlement à ce développement global, nous avons une évolution de la culture, de la technologie, de la scientificité qui trouve dans les universités un centre de croissance inégalé dans toutes les matières. Les universités deviennent des centres d'excellence et préparent la classe dirigeante de l'empire, la rendant capable d'affronter les défis posés par le nouveau contexte mondial avec créativité et savoir.

Londres devint ainsi un centre nodal financier et d'assurance pour le monde entier, les nouveaux banquiers et assureurs sont formés pour la croissance de l'empire ; la classe dirigeante est de haut niveau et supérieure à celle des autres États concurrents et contribue à renforcer l'empire qui, jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale, fait de l'Angleterre l'empire dominant dans le monde qui, ensuite, entame lentement son déclin.

Dans la période de sa plus grande splendeur, les conditions du déclin commencent, en effet l'autoréférence augmente et le manque d'autocritique commence à réduire l'esprit créatif capable de réponse au monde changeant.  À partir des années 1930, le déclin devient de plus en plus évident en raison d'une diminution de la capacité de l'élite dirigeante à faire face aux nouveaux défis avec créativité, restant plus encline à ossifier les gloires du passé récent. Illusionnée par le pouvoir acquis dans les années 1920, elle décide, comme un acte de force, d'imposer la convertibilité de la livre en or ; ce choix, critiqué par Keynes, est un désastre lié à l'incapacité de la classe dirigeante à comprendre les changements qui s'opèrent dans le monde et à adopter un comportement novateur. L'effondrement de l'initiative a affecté les colonies, créant de leur part les premiers signes d'une dissidence indépendantiste qui allait s'amplifier au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Résultat de la même autoréférentialité: le bras de fer perdu sur la conservation du canal de Suez en 1956, finalement gagné par l'Égypte de Nasser.

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La révolution financière avec la fin de l'étalon de change or a frappé la finance britannique en la contraignant à accepter l'aide du FMI, c'était le signe d'une rupture avec le passé et le véritable début du déclin ; l'ascension de Margaret Thatcher et l'erreur qui fut de suivre le néo-libéralisme financier dicté par les Etats-Unis ont conduit à l'effondrement culturel avant même l'effondrement économique. Le fait d'avoir épousé sans critique le néolibéralisme financier a détruit la production industrielle qui était excellente dans tant de secteurs et a préparé un déclin et une position politique de soumission aux États-Unis.

Enfin, le Brexit, une fois de plus fruit de l'aveuglement politique et enfant de l'autoréférence suicidaire, a fait le reste : la classe politique s'est montrée de plus en plus inadaptée à la tâche de gouvernement et au changement qu'exige l'histoire, se refermant sur elle-même comme la porte d'un saloon ; elle n'a pas manqué la farce ridicule de la comparaison avec notre pays, qui, malgré son audimat nettement opportuniste, fait preuve d'une vitalité manufacturière qu'ils n'ont plus.

Les États-Unis ont depuis longtemps emprunté cette même voie, faute de dirigeants et incapables de trouver une solution aux problèmes qu'ils pensent résoudre de la même manière qu'ils les ont créés. La tendance fluctuante du dollar a déjà commencé, et ses quantités sans fin et sans véritable base de référence ressemblent à une immense pyramide inversée avec une quantité minimale d'or à sa base.

Lorsque les qualités de la classe dirigeante font défaut, comme l'histoire de l'Angleterre le démontre et celle des États-Unis semble l'imiter, les civilisations et les sociétés commencent à se désintégrer et à s'effondrer ; "commence alors la profonde décadence qui n'est pas une paralysie des facultés naturelles de la classe dirigeante mais un effondrement de son héritage social qui bloque et inhibe toute action de renouvellement et l'effondrement d'une société se produit lorsque la décadence a commencé depuis longtemps : les civilisations, en d'autres termes, ne disparaissent pas par mort violente mais par "suicide". "(A. Toynbee , Civilisations in History, p. 356 ).

mardi, 04 octobre 2022

Liz Truss: cela pourrait être encore bien pire!

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Liz Truss: cela pourrait être encore bien pire!

Enric Ravello Barbier

Source : https://www.enricravellobarber.eu/2022/10/liz-truss-todavia-podia-ser-peor.html#.YzwjQUzP2Ul

La mort d'Elizabeth II marque la fin d'un règne et de toute une époque de l'histoire britannique, une époque qui a vu le déclin du Royaume-Uni, qui avait commencé comme puissance impériale et a fini comme un pays de second rang progressivement isolé sur la scène internationale. S'il y a une valeur à reconnaître à son protagoniste, c'est sans doute celle d'avoir été une "professionnelle" de la Couronne. Elizabeth II Windsor (en réalité Saxe-Cobourg Gotha) s'est occupée de tous les détails de sa vie en gardant à l'esprit son rôle de reine, auquel le personnel était toujours subordonné, dans la vie comme dans la mort. Ce n'est pas une coïncidence si elle a choisi l'Écosse pour mourir, une note émotionnelle doublée de l'impact visuel de voir le cercueil de la Reine avec la version écossaise des armoiries royales britanniques (deux carrés du lion rouge écossais, un des trois lions anglais et un de la harpe irlandaise) alors qu'on le convoyait de Balmoral à Édimbourg. À son arrivée à Londres, le cercueil a été recouvert des armoiries royales dans la version utilisée en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord (deux quadrants des trois lions anglais et un du lion rouge écossais, plus le quadrant de la harpe irlandaise).

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Parmi les détails, quelque chose d'illustratif, qui est passé inaperçu - ou du moins non commenté par les journalistes couvrant les funérailles. Tous les soldats portant le cercueil de la Reine, tant en Écosse qu'en Angleterre, étaient quasiment tous blancs (à de rares exceptions près, dont la photo ci-dessus), ce qui n'est évidemment pas un hasard. De nombreux chroniqueurs soulignent que seuls les Britanniques blancs l'ont pleurée. Le changement démographique - tant soutenu par la maison royale - sera l'un des éléments qui mettront fin à la monarchie britannique.

Les funérailles étaient une tentative de montrer au monde qu'ils étaient toujours la nation puissante qui a construit le plus grand empire de l'histoire mondiale. Un chant du cygne ; rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. C'est précisément sous le règne d'Elizabeth II que le Royaume-Uni a d'abord définitivement perdu son empire, puis a commencé à perdre le contrôle de son territoire européen, qui a été progressivement occupé par des masses d'immigrants provenant de ses anciennes colonies, une bataille démographique très difficile à inverser.

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Boris Johnson, l'anti-Européen

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré à propos de la démission de Johnson : "Sous Boris Johnson, le Royaume-Uni a mené une politique agressive à l'égard de la Russie après avoir retiré le Royaume-Uni de l'Europe et s'être retrouvé marginalisé par rapport à la politique européenne. Ces derniers temps, il a été très actif en essayant de créer une nouvelle alliance : Royaume-Uni, Pologne, pays baltes, Ukraine, pour obtenir le soutien britannique sur le continent. Sa démission est la bienvenue".

Tandis que le géopolitologue français Alexandre del Valle a déclaré sur son compte twitter : "La démission de Boris Johnson est une bonne nouvelle pour la paix en Europe. Il a été le principal moteur de la guerre pour couvrir ses scandales internes, poussant une dynamique belliciste avec le risque de provoquer une guerre majeure entre la Russie et l'OTAN".

Johnson représentait le Brexit "dur" - on pourrait dire absurde - d'une rupture totale avec l'Europe, et l'immigration d'Afro-Asiatiques du Commonwealth et le remplacement démographique des Britanniques blancs (1) (2).

Liz Truss est arrivée

Liz Truss a commencé sa carrière politique au sein des libéraux avant de passer aux Tories. Elle a été critique de la monarchie, anti-Thatcher et a fait campagne pour le Remain avant de devenir une fervente partisane du Brexit dur. Avec sa rhétorique ultra-libérale et europhobe, Truss a remporté l'élection interne du parti conservateur au cours de laquelle le remplaçant de Boris Johnson devait être choisi.

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L'ancienne ministresse des affaires étrangères a battu son rival, l'ancien ministre des finances Rishi Sunak. Tous deux représentent l'aile la plus conservatrice et la plus ultra-libérale du parti. Rishi Sunak a été le candidat le plus chanceux au premier tour, mais a perdu au second tour face à Truss. Sunak, d'origine indienne, montre que le Parti conservateur sera bientôt dirigé par des personnes d'origine étrangère. Sans surprise, le parti Tory a été le principal moteur du remplacement démographique des Britanniques autochtones. Rappelons que durant les 43 dernières années, lorsque ce processus s'est déroulé, 33 l'ont été sous un gouvernement conservateur et 10 sous un gouvernement travailliste. Un fait qui devrait donner à réfléchir à ceux qui pensent que les partis conservateurs sont un frein à l'immigration.

Deux jours avant sa mort, Elizabeth II a nommé Truss au poste de Premier ministre, évitant ainsi un long processus de passation des pouvoirs, ayant ainsi donné sa "dernière bénédiction".  Dans le gouvernement de Truss, il n'y aura pas d'hommes blancs aux postes clés (3). Ainsi - pour répéter ce que nous avons dit plus haut - le parti conservateur sera le premier parti européen à exclure les autochtones de la direction d'un pays européen.  Il n'y a pas de place pour les hommes blancs dans le conservatisme, le rôle principal passe aux minorités déjà installées en Grande-Bretagne.

L'échec de la Grande-Bretagne globale. Le Royaume-Uni isolé dans l'anglosphère.

En politique étrangère, Truss aggravera les relations déjà tendues avec l'UE, comme Bruxelles l'a déjà annoncé (4) (5). La nouvelle Première ministre menace de ne pas accepter les conditions de sortie et a déclaré qu'elle ne se conformera pas au "protocole irlandais", qu'elle modifiera unilatéralement.

Poursuivant la ligne anti-européenne et belliciste de Johnson, Truss a insisté sur le soutien à l'Ukraine - avec ses effets déstabilisants sur l'Europe. En déclarant en septembre dernier : "La Grande-Bretagne armera l'Ukraine jusqu'à ce qu'elle vainque la Russie". Dans son délire, elle a également déclaré que: "Si la situation exigeait que j'appuie sur le bouton nucléaire, je le ferais immédiatement. Et je me moque que des millions de personnes meurent, pour moi l'essentiel est la démocratie et nos idéaux". Fantasmer sur les souvenirs d'être un grand empire alors que le Toyaume-Uni n'est qu'une ancienne puissance en déclin imparable.

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Quelqu'un devrait rappeler à l'intrépide première ministresse britannique que le Royaume-Uni dispose de 215 ogives nucléaires, tandis que la Russie en possède plus de 7000, dont beaucoup sont dirigées vers Londres.

"Global Britain", la stratégie internationale post-Brexit du Westminster, n'a pas eu de résultats concrets

Le RU est désormais marginalisé au sein du pacte AUKUS, une alliance de puissances anglo-saxonnes dont le véritable objectif est de faire face à l'expansion chinoise dans le Pacifique. Les trois autres puissances anglo-saxonnes du pacte (les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande) ont toutes ou presque toutes leurs côtes dans le Pacifique ; le Royaume-Uni se trouve aux antipodes planétaires et son rôle dans l'Alliance n'est guère plus que décoratif.

Londres a essayé de se rendre fort dans les pays de Visegrad, dans le cadre de sa géopolitique permanente visant à séparer l'Allemagne de l'Europe centrale et orientale, mais la réalité est que les deux principales capitales du groupe de Visegrad ont ignoré Londres : Varsovie donne la priorité à son alliance avec Washington et Budapest regarde - timidement - vers Moscou.

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L'un des arguments présentés par Boris Johnson aux Britanniques était la signature prochaine d'un pacte commercial qui ferait du Royaume-Uni un partenaire commercial préférentiel des États-Unis, permettant au marché américain de remplacer le marché européen. Non seulement un tel pacte n'est ni annoncé ni en vue, mais l'arrivée de Biden - un démocrate - à la Maison Blanche a refroidi les relations entre Washington et Londres, qui sont aujourd'hui au plus mal (6). Il convient de rappeler que Biden est d'origine irlandaise et qu'il a, à plusieurs reprises, averti les locataires de Westminster de faire preuve de prudence à l'égard de la situation en Irlande.

Vers un effondrement économico-financier

La situation économique du Royaume-Uni est désastreuse (7). La livre est à son niveau le plus bas et l'inflation à son niveau le plus haut. L'horizon à court et moyen terme est chaotique. La monnaie britannique est presque à parité avec le dollar, la Banque d'Angleterre a dû venir à son secours (8) et l'inflation est imparable.

Les décisions malavisées de Westminster en matière de taux d'intérêt et les politiques de relance post-Covid malavisées menacent de pousser le Royaume-Uni dans une situation économiquement et socialement insoutenable. Le 1er octobre dernier, des milliers de Britanniques sont descendus dans la rue pour brûler symboliquement leurs factures d'électricité en raison de leurs prix élevés, un avant-goût de ce qui va se passer cet hiver.

Non contente de se trouver confrontée à tous ces problèmes, Mme Truss menace de ne pas se conformer aux conditions de sortie de l'UE, ce qui déclencherait des contre-mesures commerciales de Bruxelles pour les importations et les exportations britanniques qui pourraient plonger le Royaume-Uni dans un très grave problème d'approvisionnement.

Ces perspectives économiques renforcent - encore plus - la volonté de l'Écosse et de l'Irlande du Nord de quitter un Royaume-Uni qui, alors, se rétrécira.

Comme première mesure économique, Truss a annoncé une importante réduction des impôts, qu'elle a dû modifier immédiatement car elle mettait en danger la continuité de son faible gouvernement (9). Une deuxième mesure consiste à assouplir les lois britanniques sur l'immigration. Des lois qui, comme nous l'avons déjà dit, marginalisent les Européens et favorisent les masses afro-caribéennes et asiatiques des pays membres du Commonwealth (10). Rien ne semble pouvoir empêcher l'économie britannique de sombrer dans le chaos au cours des prochains mois (11).

Dans son discours inaugural en tant que premier ministre, Liz Truss a déclaré : "Ensemble, nous pouvons surmonter la tempête". La réponse du peuple britannique va dans une autre direction, le parti conservateur est au plus bas niveau de son soutien populaire et une débâcle électorale en faveur des travaillistes s'annonce. Le Daily Mirror de Londres a publié en première page le 3 octobre "Truss est terminée". La question est : une autre personnalité ne sera-t-elle pas encore pire que Truss ?  Le rythme du déclin du Royaume-Uni nous amène à penser que ce serait très probablement le cas.

NOTES :

1) https://www.enricravellobarber.eu/2020/02/precisiones-sobre-la-aplicacion-y-el.html#.YzsJKctBzIU

2) https://www.enricravellobarber.eu/2020/02/sobre-las-medidas-antiimmigracion-de.html#.YzsI68tBzIU

3) https://panampost.com/mamela-fiallo/2022/09/06/hombres-blancos-nuevo-conservadurismo-ingles/

4) https://www.elespanol.com/mundo/europa/20220906/ue-empeoramiento-relaciones-reino-unido-victoria-truss/700930232_0.html

5) https://elordenmundial.com/liz-truss-mas-peligrosa-que-johnson-para-la-ue-y-para-el-reino-unido/

6) https://www.elmundo.es/internacional/2022/09/21/6329d54621efa051368b45af.html

7) https://www.elmundo.es/economia/2022/09/27/6331e9b721efa0da3c8b4599.html

8) https://elpais.com/economia/2022-09-26/el-banco-de-inglaterra-y-el-gobierno-de-truss-intervienen-para-frenar-el-desplome-de-la-libra.html

9) https://elpais.com/economia/2022-10-03/la-primera-ministra-britanica-da-marcha-atras-en-la-rebaja-de-impuestos-para-salvar-su-gobierno.html

10) https://www.theguardian.com/uk-news/2022/sep/24/liz-truss-plans-to-loosen-immigration-rules-to-boost-uk-economy

11) https://www.elmundo.es/economia/2022/09/10/631b8816e4d4d8277e8b45c7.html


 

samedi, 17 septembre 2022

Elizabeth Windsor et Elizabeth Truss: un bilan intermédiaire

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Elizabeth Windsor et Elizabeth Truss: un bilan intermédiaire

par Maxim Medovarov

Souce: https://www.ideeazione.com/elizabeth-windsor-ed-elizabeth-truss-risultati-intermedi/

Une évaluation sobre des capacités du système politique britannique dans une nouvelle phase de crise exceptionnellement aiguë du développement mondial s'impose.

Deux jours après avoir rencontré son homonyme et l'avoir confirmée comme Premier ministre, la reine Elizabeth II, minée par un stress excessif, a quitté ce monde. Il est difficile d'imaginer un moment plus symbolique et providentiel.

La Reine a commencé à régner sur le pays avec Churchill et l'a laissé avec Truss: la dégradation est évidente, mais le vecteur politique du premier et de la seconde est le même. Elizabeth II, en tant que monarque, n'a jamais été une figure décorative et a toujours été impliquée dans les affaires publiques bien plus que ce que l'on pouvait attendre d'elle. Même la première fois qu'il lui a parlé de politique, Churchill a été interpelé par la profondeur de ses connaissances.

Il ne fait aucun doute qu'Elizabeth II partage non seulement formellement (en tant que monarque qui ordonne l'usage de la force), mais en fait avec ses premiers ministres, la responsabilité de toutes les interventions, guerres, répressions et coups d'État dans le monde déclenchés par la Grande-Bretagne au cours des 70 dernières années. Le symbole de la complicité personnelle de la Reine dans les crimes de guerre a été sa prestation devant un piano volé au palais de Saddam Hussein. Et puis il y a eu et il y a Suez, les Malouines, l'Irak, la Yougoslavie, la Libye, la Syrie, l'Ukraine: partout l'élite britannique a laissé des marques sanglantes dans le monde au cours des 70 ans de règne d'Elizabeth II. Les réseaux sociaux en Argentine, en Iran, en Égypte se réjouissent aujourd'hui de la nouvelle de la mort de la reine.

Pour la société britannique elle-même, ce furent 70 ans de dégradation de la culture, de l'éducation, des infrastructures, de la protection sociale, des soins de santé et de l'économie. Aujourd'hui, les gens ordinaires et les villes du Royaume-Uni sont plus pauvres et plus ruinés qu'il y a seulement un demi-siècle. Un tiers de la population britannique est constituée d'immigrants ou de descendants d'immigrants, un fait qui se reflète désormais de manière éclatante au niveau du gouvernement et du parlement.

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Le Commonwealth britannique s'est effondré sous nos yeux au cours des deux dernières décennies. L'Inde a même rompu ses liens symboliques avec Londres et mène une politique totalement indépendante. Les Fidji ont fait sécession du Commonwealth, la Barbade de la Couronne britannique. L'Australie et la Jamaïque abordent pour la première fois une discussion politique sérieuse sur la sécession, sur le rejet de la souveraineté britannique suite au prochain couronnement de Charles. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à une sécession immédiate, mais le processus est en cours. En quelques années, Londres pourrait - si les circonstances extérieures le permettent - perdre non seulement ces territoires d'outre-mer, mais aussi l'Écosse et l'Irlande du Nord, devenant ainsi un royaume divisé.

Le décès d'Elizabeth II ne peut pas être simplement évoqué comme s'il s'agissait d'une simple question d'âge. Sa mère et son mari ont vécu plus longtemps qu'elle. Elle s'inscrit dans la tendance de l'année 2022, avec la grande guerre de libération en Ukraine et le glissement tectonique de l'économie mondiale vers la multipolarité, avec les décès symboliques de ceux qui incarnaient cette époque proche et révolue, de Jirinovski aux responsables de l'effondrement de l'Union soviétique. En l'espace de quatre mois, Chouchkevitch, Kravchuk, Burbulis, Bakatin et Gorbatchev sont morts les uns après les autres, ce qui ne peut être une simple coïncidence. Elizabeth II trouve logiquement sa place dans cette énumération nécrologique, tandis que les noms de Biden, Kissinger et Soros manquent encore à l'appel.

Elizabeth II était un symbole de l'atlantisme "doux". Il semble qu'elle n'ait fait des commentaires ouvertement anti-russes qu'une seule fois, il y a quelques années, dans un discours du trône devant le Parlement. Son rôle dans le système atlantiste était de représenter le "bon flic" face à ses premiers ministres. Aujourd'hui, les masques sont tombés et la catastrophe anthropologique vivante qu'est aujourd'hui la Grande-Bretagne, en la personne de Liz Truss, est harmonieusement complétée par le roi Charles III de Grande-Bretagne, caricatural et très mal aimé, qui a battu tous les records d'âge pour accéder au trône.

Le choix du nom de Charles pour le trône, d'une part, ramène pour la première fois la couronne britannique au souvenir des Stuarts et à ses racines écossaises. Bien qu'il n'y ait pas une goutte de sang anglais ou écossais chez Elizabeth et Charles, seulement du sang allemand et un peu de sang danois, tous deux ont pris soin de donner la priorité à l'Écosse dans leurs visites et leurs titres. Ce n'est pas une coïncidence si la reine a passé les derniers mois de sa vie au château de Balmoral, en Écosse.

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D'autre part, Charles II (1766-1788) était le nom du prétendant au trône britannique, le légendaire favori Charles Edward Stuart, "Bonnie Prince Charlie", dont le monument se dresse même à Derby, en Angleterre. Dans cette optique, le choix par le nouveau roi du nom de Charles III révèle un accent délibérément provocateur de sa succession aux monarques libéraux et oligarchiques qui gouvernent les îles depuis 1689 et qui sont étroitement alliés à l'élite financière et politique de la City. Le Prince Charles a longtemps cherché à se créer une drôle de réputation de champion du traditionalisme, mais ces dernières années ont montré à quel point il l'était.

L'engagement du nouveau roi envers l'atlantisme et le mondialisme sera tout aussi ferme que celui du nouveau premier ministre. Mais une nouvelle ère se profile à l'horizon, une ère sans Gorbatchev, si vous voulez ; et les différences se manifesteront par une profonde crise politique intérieure, un effondrement énergétique et une rupture complète des procédures démocratiques, même apparentes (c'est déjà le troisième premier ministre à arriver au pouvoir sans élections générales et malgré la haine de la majorité de la population du pays).

Du point de vue de la Russie, il n'y a pas lieu de se réjouir ou de se désoler. Il est nécessaire de procéder à une évaluation sobre des capacités réelles du système politique britannique dans la nouvelle phase, extraordinairement aiguë, du développement mondial. Mais l'écrasante majorité de la population britannique, selon tous les sondages et enquêtes, n'est manifestement pas heureuse de voir Charles III devenir ou de voir Liz Truss ou Boris Johnson à la tête du gouvernement, ou de subir l'imposition autoritaire du programme LGBT ou de se voir administrer des factures astronomiques d'électricité et de chauffage. On ne peut que lui présenter nos condoléances.

samedi, 02 juillet 2022

Le syndrome Churchill et la catastrophique guerre occidentale

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Le syndrome Churchill et la catastrophique guerre occidentale

Nicolas Bonnal

On a vu le niveau de débilité, d’incompétence et même d’incorrection, vestimentaire ou autre, des leaders du G7. Macron est en perdition, Trudeau aussi et Biden va prendre une raclée, n’en déplaise aux catastrophistes. Mais mon sujet est le syndrome Churchill : Churchill est l’homme politique le plus nul possible (voir le livre de John Charmley) sur le plan pratique, et qui ne se sentait à l’aise que dans des guerres totales et d’extermination contre les Allemands, qui étaient la cible de l’époque. Or sur ordre des néocons beaucoup plus inspirés par Churchill que par Strauss les hommes politiques nuls ou même obscènes que nous avons en Occident veulent se lancer dans une guerre éternelle de type orwellien contre la Russie ; dans l’espoir que ces chefs de guerre insensés seront célébrés par des foules toujours plus abruties. Ils oublient que Churchill fut jeté dehors par ses électeurs british en 1945, preuve sans doute que la satisfaction n’était pas à la hauteur des aspirations du chéri des journalistes néocons.

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On va citer le capitaine Grenfell, ami de John Buchan, sur les buts aberrants de Churchill, car ce dernier se met à déifier le stalinisme pour écraser l’hitlérisme (qui lui a proposé dix fois la paix). Je cite la traduction de mes amis du Saker francophone :

« Mais, en supposant que la suppression par la force des tyrannies dans des pays étrangers constituât le devoir des Britanniques, pourquoi trouvait-on une autre tyrannie, partenaire des Britanniques dans ce processus? La tyrannie communiste, en Russie, était pire que la tyrannie nazie en Allemagne ; les conditions générales de vie du peuple russe était largement inférieures à celles des Allemands ; le travail de forçat en Russie était employé à grande échelle, en comparaison à la même pratique sur le sol allemand, la cruauté n'y avait rien à envier à celle du côté allemand, et de nombreux observateurs la décrivent même comme bien plus importante. La technique répugnante des purges, des interrogatoires brutaux amenant à "confession", et l'espionnage domestique généralisé était déjà à l'œuvre en Russie depuis des années avant que Hitler n'introduise ces mêmes méthodes en Allemagne, qu'il copia probablement de l'exemple russe. Mais M. Churchill encensait la Russie comme allié des plus bienvenus, quand elle se trouva embarquée dans la guerre. »

Plus loin Grenfell souligne le bilan effrayant de cette guerre pour l’Angleterre et son empire (qui n’a pas été détruit par le nazisme mais par la guerre contre le nazisme) :

« Il s'était montré prêt à tout sacrifier pour parvenir à cette victoire, et les sacrifices consentis par lui laissèrent ses co-vainqueurs britanniques à moitié ruinés, rationnés, emprisonnés financièrement dans le camp de concentration de leur île, assistant à la désintégration de leur Empire, leur propre pays occupé par des soldats américains, et leur économie nationale dépendant de la charité étasunienne. Tout cela pour quoi ? Pour que les Allemands se vissent désarmés de manière permanente? À peine trois ou quatre années passées, nous suppliions les Allemands de se réarmer aussi rapidement que possible. »

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Grenfell a tout résumé là : on a détruit le pays et l’Europe pour rien, pour se retrouver avec une URSS plus forte que jamais. Puis avec une Europe anglo-américaine plus belliciste que jamais…

Ce n’est pas un hasard si Orwell a écrit son 1984 pendant cette triste époque. Voyez l’enfant aux cheveux verts de Losey ; on est passé de l’Angleterre edwardienne maîtresse du monde vers 1900 à un pays prolétarisé et clochardisé y compris sur le plan culturel et sociétal. Et c’est Churchill et sa rage guerrière qui ont précipité tout cela. Mais puisqu’on vous dit qu’il a sauvé le monde et la paix…

Les nazis volaient des territoires ? Grenfell, qui n’est pas russophile pour un sou, remarque justement (et cela explique la claque de Kaliningrad…) :

« Pourtant, à Yalta, il accepta que des centaines de milliers de kilomètres carrés de territoire polonais (sans parler des territoires lettons, lituaniens ou estoniens) fussent accordés, sans l'aval des habitants, aux gâteurs d'âme, en désaccord flagrant de la Charte Atlantique que lui-même et le président des USA avaient claironné au monde au cours de la même guerre, et en déni flagrant de la déclaration de guerre britannique contre l'Allemagne de 1939, qui précisément garantissait l'inviolabilité du territoire polonais. En outre, les compensations accordées aux Polonais sous forme de territoire d'Allemagne orientale, et l'allocation de la moitié du reste de l'Allemagne à une occupation russe, eurent pour effet de supprimer la zone tampon historique entre Moscou et les pays bordant l'Atlantique. »

Et Grenfell d’ajouter justement :

« Aucune raison réaliste n'existait de considérer l'alliance de la Russie comme loyale et digne de confiance. »

Sur Roosevelt, Grenfell rejoint les libertariens américains :

« On peut également admettre que le président Roosevelt, à cette époque, était dans un état d'hallucination fascinée quant à la pureté virginale des motivations du maréchal Staline… »

Revenons à la situation présente : nos « élites » (ouaf ouaf) s’inspirent d’un homme qui fut prêt à tout pour gagner une guerre déshonorante (un million de civils allemands carbonisés sous les bombes) et déplorable sur le plan des résultats.

Comprenez donc qu’ils vous affameront, vous priveront d’eau (cf. le ministre teuton), d’électricité, de bagnole, de liberté (mais pas de vaccin !), et qu’ils continueront dans leur aberration guerrière jusqu’au bout. Tout sera bon pour exterminer la Russie qui a remplacé l’Allemagne. Mais restons optimistes : le peuple se réveillera !

Source:

Grenfell – Haine inconditionnelle (lesakerfrancophone.fr)

lundi, 29 novembre 2021

Konrad Rękas : Jeder Tritt ein Britt ! - ou encore quelques lignes sur le système britannique

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Konrad Rękas : Jeder Tritt ein Britt ! - ou encore quelques lignes sur le système britannique

Source: https://myslkonserwatywna.pl/rekas-jeder-tritt-ein-britt-czyli-jeszcze-o-systemie-brytyjskim/?fbclid=IwAR1y9ZEev0wp8A_wUNMFC2cRuHcS2Bgr_KANm4LuHCmrk7U3p1jCL8zaLJI

Je ne suis en aucun cas un anglophobe. En fait, je ne suis même pas brittophobe, si l'on se souvient que la notion même de Royaume-Uni politique a été inventée pour renforcer le pouvoir des souverains écossais de la dynastie Stuart, par ailleurs sympathiques. En outre, depuis que j'ai posé le pied sur les îles, il y a une trentaine d'années, en y faisant mes études et en y retournant fréquemment, j'avoue aimer presque tout ce qui vient d'Angleterre, du Pays de Galles et surtout d'Écosse, y compris la ou les langues, la cuisine, les spiritueux, le style vestimentaire traditionnel, les bâtiments et l'ameublement, jusqu'à l'humour et, bien sûr, l'école de pensée politique et le système juridique, à mon humble avis une pratique bien plus efficace que le système continental à bien des égards. En un mot, j'imite bien involontairement tant d'amoureux de tous ces biens et valeurs avant moi, pour ne citer que Roman Dmowski lui-même.

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Le système de Mme Bucket

Et pourtant, pour les mêmes raisons que lui, je n'arrive parfois pas à me défaire de cet étrange mélange de fascination et de sympathie irrationnelle des Polonais pour l'Angleterre, et surtout pour les classes dirigeantes anglaises. Les mêmes classes qui (comme Cat l'a si bien écrit), de toute l'Europe, avaient parfois un peu de considération pour (certains) des Allemands, gardant un intérêt personnel doublé d'un sentiment de supériorité pour les Américains, et méprisant unanimement le reste du monde au point de ne plus tenir compte du néant des autres. Car, de même qu'il est impossible de ne pas apprécier les réalisations anglaises, et plus tard britanniques, elles ne peuvent en aucun cas inspirer la sympathie, elles ne le sont pas et n'ont jamais été destinées à le faire. "Que chacun fasse ce qu'il veut" - cet ordre enthousiaste du duc de Wellington à Waterloo décrit le mieux à la fois le caractère unique reconnu du système britannique et l'attitude extérieure la plus appropriée à son égard.

Quant aux questions sociales et organisationnelles elles-mêmes, plus encore que le système, pendant des siècles, le système politique de la Grande-Bretagne ressemblait à ceci : la monarchie et l'aristocratie concentraient sur elles les intérêts et les complexes des classes moyennes, tous les Bucketheads du monde. Dans le même temps, l'Église anglicane veille à l'obéissance des pauvres et de la classe ouvrière. Et la véritable gouvernance et les affaires avaient lieu à l'extérieur ou derrière cette crèche quasi-monarchique et pseudo-religieuse. Et grâce à cela, en fait, après Oliver Cromwell, la classe dirigeante de l'Angleterre n'a plus eu à se dévoiler, gouvernant derrière des rois faibles et figurants et des premiers ministres poussés au premier rang. La mort de Philip Battenberg n'a fait que rappeler ce rôle utilitaire de la maison britannique... au pouvoir. Le prince Philip lui-même - il est toujours bon de le rappeler - a couvert d'un manteau d'arrogance maladroite son rôle de leader, ou du moins de représentant, dans des initiatives qui ne révèlent leur pleine dimension civilisationnelle qu'après un demi-siècle. En bref, en nous concentrant sur la rusticité de l'aristocrate (quelle antinomie apparente, digne de Zorozh Ponimirski... !), nous n'avons pas vu qu'il était le porte-parole du climatisme précoce, de la dépopulation et d'une nouvelle stratification oligarchique à l'échelle mondiale.

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Le système de Mme Windsor

À propos, il convient peut-être de mentionner une curiosité à la jonction des questions qui nous intéressent - le système britannique, la position Battenberg-Sachs-Coburg-Gotha et le climatisme précisément. En effet, le système invisible du Royaume-Uni, récemment cité dans Mysl Konserwatywna (= Conservative Thought) par le Dr Adam Danek, conserve en fait ses freins législatifs, qui ont été mis en place par les occupants de Buckingham Palace. Quelques mois après que le Guardian ait rapporté que le gouvernement britannique consulte le tribunal sur la législation avant de la soumettre officiellement au Parlement, une pratique similaire a été révélée ( ?) en Écosse. Lors de la précédente législature du Parlement écossais, le parti au pouvoir, le Scottish National Party, négociant avec le soutien des Verts locaux (qui sont indépendantistes et fortement antimonarchistes), a proposé l'introduction d'une législation obligeant les propriétaires fonciers à vendre ou à louer les terrains nécessaires à l'installation d'équipements de transmission d'énergie renouvelable (éoliennes et fermes solaires). Et comme nous le savons - les plus grands propriétaires fonciers en Ecosse sont la Couronne et Elizabeth personnellement. Et il s'est avéré que le gouvernement écossais, qui ne recule devant aucun républicanisme, a accepté d'introduire, avant même la procédure parlementaire, des amendements exemptant de la nouvelle servitude uniquement les successions du monarque actuel. Insistons sur le fait qu'Elizabeth n'a pas bloqué, bien qu'elle aurait pu le faire, cette loi fondamentalement destructrice de la propriété, et qu'elle n'a pas non plus organisé d'exemptions pour ses copains aristocrates, mais qu'elle s'est contentée de rafistoler le bénéfice pour ses biens personnels. Le gouvernement autonome, à son tour, a dû admettre que cela avait été fait pour "assurer le bon fonctionnement de la nouvelle loi". Ainsi, avant que quelqu'un n'écrive quelque chose sur les "rois qui règnent, mais ne gouvernent pas", il serait préférable de vérifier ce que ces grands-pères-transquilles font réellement, ce qu'ils possèdent et à quoi ils servent...

Cette implication de la classe dirigeante britannique dans l'expansion du climatisme (qui, bien sûr, n'empiète sur aucun, même le plus petit, détail des intérêts des membres de cette élite) ne fait que confirmer la continuité de cette doctrine avec le courant plus large du libéralisme, principale matière d'exportation de la Grande-Bretagne depuis des siècles. Sans nous rappeler que ce ne sont nullement les États-Unis qui ont inventé l'impérialisme mondial sous la forme d'une propagation de leur propre système partout, il est également impossible de comprendre la spécificité systémique de la Grande-Bretagne. Et pourtant, c'est précisément de cette manière que Londres/City a neutralisé la concurrence européenne de la France et a finalement désintégré géopolitiquement l'Hispanidad. Alors - un autre paradoxe ! - une tentative similaire par rapport à la Russie, sous la forme de la révolution de février, a été katekhoniquement mais inconsciemment bloquée par les bolcheviks. Puis, à son tour, le parasite qui infeste la vieille Angleterre a commencé à se déplacer de l'autre côté de l'Atlantique, prenant la forme du démo-libéralisme, mais restant essentiellement le même ver solitaire qui se trouvait à Londres depuis au moins la bataille de Bosworth..... Et ce n'est en aucun cas une question indifférente pour l'anglophilie complaisante polonaise, car notre pays et notre nation - bien qu'en principe parfaitement moins qu'indifférents à Albion - ont langui quelque part en marge des intérêts de la City pour deux raisons seulement : la géopolitique/géoéconomie et l'idéologie qui les sert.

Pourquoi la Grande-Bretagne est l'ennemi de la Pologne

En ce qui concerne la première de ces questions, il convient de noter objectivement que les intérêts géopolitiques de l'Angleterre, puis de la Grande-Bretagne, aux alentours des 15ème/16ème siècles, étaient exclusivement opposés aux intérêts de la Pologne. Sans émotion ni sentiment, c'était et c'est toujours le cas. À partir du 15ème siècle, l'Angleterre commence à considérer la Moscovie naissante comme sa sphère d'influence, estimant qu'il est rentable d'acquérir une influence en Orient et de participer au commerce lucratif (notamment des fourrures) avec des perspectives d'expansion loin dans les steppes asiatiques et en Sibérie. C'est l'origine du conflit entre les intérêts anglais, puis britanniques, et les intérêts polonais, qui a duré pendant les trois siècles suivants. La Pologne/la Rzeczpospolita posait un problème, par exemple en faisant concurrence à Moscou pour les Inflants, c'est-à-dire l'accès aux ports de la Baltique, et en s'engageant périodiquement dans une compétition pour gagner de l'influence à l'Est. En un mot - se mettre en travers du chemin. Les Anglais ont donc essayé de manière pragmatique de lever l'obstacle polonais à plusieurs reprises, notamment dans le cadre d'un autre de leurs projets beaucoup plus vastes : le tissage de leur propre réseau d'internationalistes protestants, qui n'a même pas eu besoin d'une incitation spéciale des Anglais pour identifier correctement la République de Pologne comme le maillon faible du camp des États catholiques (traités comme un adversaire naturel). Et ce qui est caractéristique - de telles actions ont été prises par Elizabeth I, James VI, et dans la version améliorée surtout par Cromwell. Car c'est aussi l'un des éléments les plus importants du système anglo-britannique - l'immuabilité de la perception des intérêts géopolitiques/géo-économiques de la classe dirigeante, indépendamment de la gradation actuelle des objectifs et des nuances tactiques, sans parler des différences de politique interne qui sont alors reléguées au second plan. Comme on le sait, après des tentatives moins réussies - comme le Déluge et le traité de Radnot - la politique britannique a finalement triomphé lors des Partitions, dont Londres était l'auteur au moins complémentaire de Berlin. Il est toutefois important de noter que c'est à ce moment-là qu'un autre élément géopolitique important est apparu avec une clarté particulière, à savoir la contradiction croissante entre les intérêts britanniques et russes, déjà immanente bien sûr en raison de l'infériorité de cette dernière composante, mais tout juste perçue par les parties intéressées elles-mêmes.

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En fait, le premier dirigeant russe qui a tenté de limiter l'influence de Londres est Pierre III, et plus tard surtout son fils, l'empereur Paul (illustration, ci-dessus). De même, bien sûr, la contradiction existentielle absolument fondamentale entre la Grande-Bretagne et la Russie est devenue apparente avec l'émergence de la Russie dans les positions eurasiennes et, plus important encore, la prise de conscience mutuelle des implications que recelait cette situation. Dans le même temps, la contradiction entre les intérêts polonais et britanniques s'est poursuivie sans relâche, mais dans ce cas, malheureusement, elle est devenue de moins en moins claire et compréhensible pour ceux de nos ancêtres qui ne comprenaient pas qu'ils se battaient dans des soulèvements non pas pour la Pologne, mais pour l'exportation mondiale de l'idéologie libérale.

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Le 19ème siècle polonais a été une grande lutte entre le conservatisme polonais et un libéralisme intrinsèquement cosmopolite, bien que formellement britannique à l'époque et américain aujourd'hui, qui voulait une Pologne de non-conservatisme plutôt qu'une Pologne conservatrice. Malheureusement, au lieu des conservateurs polonais, ce sont nos défenseurs en réaction qui ont dû prendre part à ce combat. Principalement - des Russes, soutenus par moins de quelques Polonais conscients, qu'ils soient penseurs (comme Henryk Rzewuski et Michał Grabowski) ou praticiens (comme Aleksander Wielopolski et Kazimierz Krzywicki). Pour les besoins de l'argumentation, il convient d'ajouter que, bien que cela puisse difficilement être considéré comme une contribution indépendante - en tant que Polonais, nous avons également contribué au Grand Jeu géopolitique commun contre Albion, grâce auquel des noms tels que Jan Prosper Witkiewicz ou Bronisław Grąbczewski sont les rares parmi les dénominations polonaises que les Anglais conscients mentionnent avec appréciation, et certainement plus souvent que les Polonais eux-mêmes.

Gott strafe England

Ainsi, comme on peut le voir, l'ensemble du système britannique se compose à la fois de son côté formel et juridique (avec une monarchie usurpatrice loin d'être une façade et une forme distinctive de parlementarisme), d'un intérêt de classe très concret et conscient et des facteurs idéologiques qui le servent (autrefois sous la forme du libéralisme alternant avec une imitation libérale du conservatisme, aujourd'hui plus souvent sous la forme de diverses incarnations du libéralisme progressiste, y compris le climatisme) et, bien sûr, des facteurs géopolitiques et géoéconomiques. Tout cela constitue ensemble et inextricablement la britannicité politique, politique et sociale, ce qui devrait être instructif et un avertissement surtout pour la Pologne. Comme nous savons que depuis plusieurs centaines d'années, la Grande-Bretagne (même si elle occupe aujourd'hui une position beaucoup moins importante que son ancienne colonie américaine) n'est rien d'autre que l'hôte d'un parasite de la finance, un ver solitaire qui est le principal moteur du mondialisme, un phénomène qui n'est complété que par les phénomènes si infâmes du progressisme dans le monde occidental - nous devrions également comprendre que dans la réalité du triomphe du mondialisme, la finale de la Comédie non divine, il n'y a aucune place pour la Pologne.

Dans le même temps, cependant, nous n'avons aucune raison de rejeter a priori le scénario le plus improbable - l'apocastase géopolitique et idéologique. Puisque, selon Saint-Martin, même Satan peut être sauvé s'il se repent de ses péchés, même les États américains et l'Angleterre redevenus normaux mériteraient et deviendraient peut-être dignes d'un salut (pas seulement géopolitique). Bien que probablement ce n'est pas et ne sera pas le cours des événements appartenant à notre monde...

Konrad Rękas.

samedi, 21 août 2021

La "thalassocratie" de Marco Ghisetti

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La "thalassocratie" de Marco Ghisetti

Luciano Pisani

Ex: https://www.geopolitica.ru/it/article/la-talassocrazia-di-marco-ghisetti

Marco Ghisetti, Talassocrazia. I fundamenti della geopolitica anglo-statunitense,(=Thalassocratie. Les fondements de la géopolitique anglo-américaine), Préface de Leonid Savin, Anteo Editions, 2021, Pages 200, € 18,00.

Marco Ghisetti est un jeune collaborateur prometteur de la revue géopolitique Eurasia, responsable de la série "Classics" chez "Anteo Edizioni" et responsable de la "section anglo-saxonne" au "Centro Studi Eurasia e Mediterraneo".

La monographie "Thalassocratie" a été publiée, selon l'auteur, après une année de recherche sur l'évolution doctrinaire de la pensée du monde anglo-saxon en matière de relations internationales, et en particulier du Royaume-Uni et des États-Unis, en vue d'identifier les sources originales à partir desquelles elle s'est développée et sur lesquelles elle s'est construite.

L'ouvrage propose ensuite une méthode de recherche composée d'un triangle interprétatif qui combine les contingences internationales avec les faits géographiques et, enfin, les éléments interprétatifs et volitifs qui caractérisent l'acteur politique. L'ajout de l'élément interprétatif et volitif (le troisième sommet du triangle) constitue une originalité dans la recherche scientifique et se caractérise par le fait qu'il s'agit d'une force précieuse qui accompagne l'ensemble du livre; c'est une force parce qu'elle réussit à sonder et à rendre compte non seulement des motivations, mais aussi des désirs et des craintes qui influencent réellement les décisions que prend l'acteur politique lorsqu'il est confronté à un dilemme auquel il doit donner une réponse.

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Par exemple, la révolution spatiale qui s'est produite en Angleterre au début de la période dite colombienne (XVIe-XIXe siècles), décrite par Ghisetti à l'aide d'une quantité remarquable de références scientifiques, réussit, en décrivant habilement le contexte historico-géographique et l'horizon de sens dans lequel l'Angleterre se déplaçait et interprétait le monde, à expliquer pourquoi l'Angleterre a décidé de couper, pour ainsi dire, le cordon ombilical qui la liait à l'Europe et à devenir une "baleine" (Carl Schmitt), s'insérant ainsi dans un tissu de significations qui l'a amenée à se considérer comme un pays "de l'Europe, mais pas en Europe" qui, finalement, lui a fait pratiquer la politique bien connue de l'isolationnisme-interventionnisme et de l'équilibre des forces (balance of power) envers le continent européen tout en s'étendant le long des voies océaniques du monde, construisant ainsi son propre empire transocéanique. Ce faisant, Ghisetti parvient à expliquer pourquoi un autre pays, par exemple le Japon, également situé dans une conjoncture spatio-temporelle similaire à celle de l'Angleterre (le Japon est, comme l'Angleterre, un empire insulaire qui, d'une part, fait face à une énorme masse terrestre et, d'autre part, dispose du vaste océan) a décidé au contraire de se fermer au monde extérieur avec la politique du Sakoku.

Plus précisément, le texte de Ghisetti accorde une attention particulière à la "représentation géopolitique" ou au "tissu de sens" dans lequel les différents acteurs internationaux se situent et pour lequel ils opèrent certains choix plutôt que d'autres (par exemple, se replier sur soi comme le Japon ou traverser les océans comme l'Angleterre). En résumé, l'homme est certes un animal politique, mais il est aussi un homme géographique, puisqu'il habite, vit et interprète l'espace (ou les espaces); en somme, il "habite géopolitiquement l'homme".

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En particulier, Ghisetti attire l'attention sur la représentation géopolitique qui caractérise les acteurs qui décident de suivre une politique démonstrative mondiale de type thalassocratique, qui consiste évidemment à établir un réseau particulier de signification. Tout cela peut paraître très philosophique, voire trop théorique, pourtant le triangle interprétatif qui unit, pourrait-on dire, l'espace, le temps et la culture, et à travers lequel l'auteur interprète la réflexion et l'action géopolitique des Etats-Unis et de l'Angleterre, constitue une originalité qui est, à notre avis, très prometteuse et porteuse d'excellents développements possibles pour l'avenir de la recherche sur les relations internationales.

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La recherche de Ghisetti réussit, en effet, et, en même temps, montre (bien qu'indirectement, puisqu'il n'est pas intéressé à traiter ce sujet spécifique dans cette monographie) ce qu'un auteur profond mais ignoré, Carlo Maria Santoro, déplorait déjà dans les années 90. C'est-à-dire, comment l'étude de la politique internationale, surtout après l'avènement du moment unipolaire américain, a été dominée par un paradigme interprétatif de type économiste qui fut fusionné avec une autre et tout aussi grave déviation conceptuelle, d'une matrice normative, orientée vers l'illumination du futur avec la torche fumante du passé récent. Ce paradigme, qui constituait déjà une alternative sans alternative dans le débat géopolitique aux échelons supérieurs de la société américaine au moins depuis les années 50, s'est imposé égoïstement aussi dans les milieux académiques et politiques italiens et européens (à la plus petite exception de la France, peut-être parce qu'elle est encore vaguement influencée par le passé gaulliste).

Eh bien, selon la thèse devenue majoritaire en Europe en si peu de temps (au point que l'on se demande si cette conquête des esprits n'était pas gramsciennement téléguidée), le monde devait marcher inexorablement sur la voie dite du progrès, progrès qui est certes interprété comme linéaire mais dont le fondement est plutôt contesté quand il n'est pas tout simplement mythique. Et ce progrès, selon la pensée générale sur la politique mondiale qui avait été imposée, se serait maintenant arrêté en raison de l'action compensatoire de certains acteurs qui, en résistant militairement, institutionnellement et culturellement à la propagation de cette mentalité sur le globe, ne peuvent être interprétés que comme des États voyous et criminels, puisqu'ils empêchent ce qui est normativement juste, bon et souhaitable.

Mais c'est (aussi) ici que le texte "Thalassocratie" s'avère utile, car, en identifiant "les fondements de la géopolitique anglo-américaine", il révèle à la fois les concepts fondateurs du discours géopolitique contemporain, et les intérêts gramsciens derrière l'imposition de certaines idées et horizons de sens, ainsi que leurs éventuelles contradictions ou insuffisances pratiques et théoriques, et leur éventuelle désirabilité.

Il peut être facile, par exemple, de montrer comment les idées sur l'ordre mondial qui ont été acceptées presque unanimement et immédiatement au lendemain de la guerre froide étaient les idées de la thalassocratie anglo-américaine, mais il est beaucoup plus difficile de montrer comment ces idées sont représentatives presque exclusivement de certaines fractions du big business américain, en particulier celles liées aux intérêts industriels et bancaires-financiers multinationaux.

Plus difficile encore, d'ailleurs, est de démontrer où se situe le hiatus dans la représentation géopolitique du type thalassocratique - du moins dans la manière dont il s'est affirmé dans la pensée et l'action anglo-américaines.

Et pourtant, le livre de Ghisetti réussit à identifier le péché originel de la vision thalassocratique du monde propagée par les États-Unis et le Royaume-Uni. Si en effet, comme l'écrit Ghisetti, la stratégie mondiale thalassocratique est basée sur un double mouvement d'isolationnisme et d'interventionnisme, sur une stratégie qui veut dominer les océans du monde (puisque la mer ne peut être que dominée, et non organisée/organisable ou possédée) et que pour une puissance maritime la mer n'est pas le point où finit la terre et son empire, mais une grande route qui relie les différentes régions du monde, la promotion d'un expansionnisme économique agressif devient presque obligatoire pour qui veut entreprendre une stratégie maritime globale.

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L'arrière-pays de son propre État ne devient alors qu'une base, une île entourée d'un monde hostile où l'on peut se retirer après avoir navigué dans le monde et frappé ses adversaires: une frappe sans pouvoir en retour être frappé. Et en effet, Ghisetti note, en commentant les travaux du "père de la géopolitique américaine", Alfred Mahan, comment cet amiral, en tentant de fournir une justification normative à l'expansion américaine et à la conquête de territoires et de bases outre-mer, va jusqu'à "promouvoir l'occupation de territoires déjà habités par d'autres populations en faisant appel à la nécessité d'exploiter et de rendre productifs tous les territoires du monde" à travers un principe universel de "droit d'occupation" dont les détenteurs sont "les plus productifs et les plus efficaces". Et, en raison de la relation intime entre le pouvoir économique et le pouvoir militaire qui caractérise les pouvoirs thalassocratiques libéraux anglo-américains, ce droit justifie aussi moralement et normativement les opérations de conquête anglo-américaines, tout en blâmant et en diabolisant ceux qui tentent d'y résister. En fait, cette résistance à la conquête et à la promotion de l'"esprit occidental" libéral et maritime est un frein au progrès linéaire qui veut étendre l'"oasis dans le désert" qu'est, selon Mahan, la "civilisation" qui a Washington pour capitale.

On trouve donc ici l'une des sources de la pensée géopolitique libérale et américaine et la raison pour laquelle, une fois que le communisme historique du XXe siècle s'est effondré, tant sur le plan statistique qu'idéologique, l'employé du département d'État des États-Unis, c'est-à-dire l'employé du même département qui planifie les bombardements au phosphore blanc contre les États voyous (et qui est considéré à tort comme un philosophe et dont le nom est Francis Fukuyama) a décrété la "fin de l'histoire", c'est-à-dire l'unification complète des mentalités, des cultures et des traditions, toutes devant se diluer dans l'océan indistinct du libéralisme. En d'autres termes, la création d'un espace mondial unique, uni sous l'égide du président des États-Unis, qui n'est rien d'autre que le chef de l'exécutif responsable devant les centres de pouvoir où se trouve le véritable centre de commandement dont dépend la Maison Blanche elle-même : les groupes bancaires-financiers colossaux qui dominent l'économie.

Mais l'histoire n'est pas terminée, et elle ne pourrait pas l'être : le maître de l'histoire n'est pas l'homme, et de toute façon d'autres acteurs (géo)politiques, que l'on peut encadrer dans le même triangle interprétatif proposé par Ghisetti afin d'identifier leur diversité spatiale, culturelle et temporelle, ont endigué le flot thalassocratique qui se déversait dans toutes les parties du monde. D'où également la capacité de notre auteur à proposer et à créer de nouveaux cadres d'interprétation pour comprendre les développements de la théorie de la politique mondiale qui seraient mieux valorisés, car plus utiles pour comprendre les actions et les réflexions des différents acteurs mondiaux que ceux qui, depuis la guerre froide, ont été établis dans les milieux universitaires et médiatiques.

Ce qui a été dit s'applique à la sphère théorique. Toutefois, il convient de souligner que le livre de Ghisetti consacre en fait plus de place à la discussion pratique et stratégique qui a caractérisé les actions du Royaume-Uni et des États-Unis (en tout cas placée par rapport au processus théorique d'évolution), qu'à l'approfondissement du cadre théorique discuté ci-dessus. Mais même ici, alors qu'il ne fait aucun doute que le poids accumulé des livres écrits sur l'expansionnisme nord-américain, sur la guerre froide et sur le moment unipolaire américain est déjà suffisant pour percer les planchers les plus résistants des bibliothèques, le texte de Ghisetti se caractérise par une louable originalité, qui rompt avec les schémas stériles de la discussion académique répétitive et stérile. En effet, non seulement le livre "Thalassocratie" parvient à remettre en ordre l'évolution doctrinaire des fondements de la pensée géopolitique (anglo-américaine) (la naissance de la véritable île continentale avec Mahan, le conflit entre île et continent avec Mackinder, l'union de la puissance militaire américaine avec la puissance financière avec Bowman et le conflit entre nouveau et ancien monde avec Spykman), mais relie cette réflexion à l'action concrète, en proposant des lectures qui peuvent sembler un peu trop audacieuses mais qui, pour ceux qui veulent s'arrêter et réfléchir, doivent être prises avec la plus grande considération et le plus grand sérieux.

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Par exemple, les images des forces américaines s'échappant du Viêt Nam en hélicoptère font partie de l'imaginaire commun, tout comme les nombreux films sur cette guerre au cours de laquelle les États-Unis ont tenté d'empêcher la propagation du communisme au Viêt Nam, en envoyant des milliers et des milliers de leurs propres jeunes hommes y mourir et en gaspillant une quantité énorme de ressources pour mener une guerre que, malgré leur incontestable supériorité militaire, technologique et politique sur le Viêt Nam du Nord, les États-Unis ont fini par perdre de façon désastreuse. Eh bien, pour Ghisetti, la conclusion est tout autre, puisque, affirme l'auteur, les États-Unis ont en fait gagné cette guerre. Simplement, les objectifs primaires étaient tout à fait différents de la prévention de l'expansion du communisme au Vietnam.

À la lumière de ce qu'il considère comme les fondements de la géopolitique anglo-américaine, Ghisetti explique, en reconstituant le processus d'enclenchement du conflit, qu'au Vietnam, le véritable objectif des États-Unis était d'éviter la création d'une entente entre le rimland asiatique et le cœur soviétique ou chinois du continent. Plus précisément, l'objectif était de faire en sorte que le Japon, qui était à l'époque la plus grande économie asiatique, ne joue pas la "carte asiatique", c'est-à-dire décide ou se trouve obligé de combiner la puissance de ses propres industries et de son économie avec la main-d'œuvre bon marché et les réserves d'énergie et de matières premières de la Chine et de l'Union soviétique. Les États-Unis y sont parvenus grâce à la guerre du Viêt Nam et aux divers coups d'État et aux diverses déstabilisations anticommunistes et antimaoïstes qu'ils ont lancés dans tout l'Extrême-Orient tout en combattant au Viêt Nam. Cette conclusion peut sembler étrange, mais elle est bien argumentée dans le livre et, à la réflexion, elle s'avère plus vraie (et à notre avis, c'est la vraie) que les affirmations selon lesquelles les États-Unis ont simplement perdu au Viêt Nam ou que l'objectif était de contenir le communisme et non de maintenir le Japon attaché à lui-même. Sinon, pourquoi les États-Unis n'avaient-ils aucun problème à soutenir des dictatures, même socialistes, chaque fois que cela servait leurs intérêts ?

De la même manière, la même interprétation peut être proposée pour interpréter l'invasion de l'Afghanistan et le désastreux retrait actuel, comparé à juste titre par beaucoup à celui du Vietnam. Et c'est précisément pour cette raison que les théories prétendant que l'action américaine en Afghanistan visait à arrêter Ben Laden, détruire Al-Qaïda, s'emparer des réserves énergétiques, imposer une transition démocratique, etc. Au contraire, la raison que l'on peut déduire du texte de Ghisetti semble beaucoup plus convaincante, à savoir que l'objectif principal était de maintenir le monde musulman dans une situation de chaos (la fameuse géopolitique du chaos) et de s'interposer, même militairement dans l'une des principales régions conjoncturelles entre l'Extrême et le Proche-Orient et entre le soi-disant cœur de la terre et la zone frontalière eurasiatique, en vue d'interposer son armée comme diaphragme diviseur entre les puissances eurasiatiques qui, à l'aube du XXIe siècle, se sont caractérisées comme les principaux candidats à l'organisation du continent. Même le retrait précipité des États-Unis d'Afghanistan, qui rappelle celui du Vietnam, peut être lu sous cet angle : l'intention est de créer un bourbier ingérable en Afghanistan, des sables mouvants sur lesquels couler tout accord entre Russes, Chinois et Iraniens. Pour cette raison, la mission en Afghanistan a également été, tout comme le Vietnam, un succès pour les oligarchies américaines.

Ces considérations, comme on l'a dit, peuvent sembler pour le moins curieuses, mais elles reposent sur un cadre conceptuel très habituel et sont bien argumentées. En outre, cet impact conceptuel s'avère encore plus solide si l'on prend en considération les nombreux auteurs et stratèges que Ghisetti étudie pour comprendre l'évolution et l'influence exercée par le système doctrinaire américain: des auteurs et des stratèges allant de Zbigniew Brzezinski à Manlio Graziano, de François Thual à Aleksandr Douguine, de Tiberio Graziani à Henry Kissinger, d'Yves Lacoste à John Mearsheimer, de Claudio Mutti à Colin Gray. En bref, le texte est vraiment solide et bien structuré (permettez-moi une plaisanterie: comme doivent l'être les "fondations" de toute habitation ou système de pensée), tant du point de vue historico-théorique que du point de vue pratique-stratégique. Tout cela dans un texte pas trop long et très facile à lire; un texte, en conclusion, qui a toutes les qualités pour être une véritable "fondation" pour les analyses et les recherches futures sur le sujet en question. 

mercredi, 02 décembre 2020

L’« élite mercantile » anglaise

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L’« élite mercantile » anglaise

Saint-Paulien

Source: Saint-Paulien, Napoléon, Hitler. Deux époques, un destin, Editions Gergovie, 1999 (extraits).

La Révolution de 1688, qui exclut du trône Jacques II Stuart, marque dans l’histoire de l’Angleterre un tournant aussi important que la création de l’Eglise anglicane par Henry VIII : avec Cromwell, c’est la bourgeoisie qui tente de saisir le pouvoir.

En apparence, le XVIIIe siècle consacre l’échec de cette tentative. Walpole repasse les leviers de commande à l’aristocratie, whig [libérale] surtout, mais à la rigueur tory [conservatrice].  Le ministre des deux premiers George réussira à donner au pays une stabilité politique telle que cette aristocratie ne sera chassée du pouvoir qu’à partir de la Seconde Guerre mondiale.

Mais ce qu’on entend par aristocratie en Angleterre à partir de 1715 n’est pas ce qu’on entend par aristocratie en France, ni ce qu’on entendait, en Angleterre même, avant Cromwell. La première moitié du XVIIIe siècle a vu se réaliser dans les îles britanniques une véritable « révolution commerciale », qui précède la « révolution industrielle » de la seconde moitié. C’est à cette « révolution commerciale » qu’on doit la naissance de ce qui est en réalité une nouvelle classe, comparable à l’oligarchie vénitienne et qu’un historien britannique qualifie d’« élite mercantile » [1]. Elle groupe les grands marchands, les financiers, les banquiers, tous ceux qu’enrichit le commerce avec l’Inde, l’Amérique, la Chine, le commerce intérieur même ; elle inclut aussi l’ancienne aristocratie, mais dans la mesure où celle-ci s’est également enrichie, ou bien s’est alliée par mariage à l’« élite mercantile ». Rien n’est plus caractéristique à cet égard que la vague de ralliements des tories au parti whig après 1715.

Cette élite comprendra bientôt les squires, ex-gentilshommes campagnards qui, eux aussi, auront évolué en devenant négociants et spéculateurs. Entre le duc, millionnaire, propriétaire d’une ville entière, ministre ou ministrable, et le squire d’un village qui ne sera jamais que juge de paix, ou membre de la Commission locale de l’Education, il semble qu’il y ait un abîme. Pourtant, tous deux spéculent par l’intermédiaire de leur attorney et possèdent peut-être des parts du même navire. La prospérité de l’un et de l’autre dépend de la conservation par l’Angleterre de la maîtrise des mers, du commerce avec les colonies. Cela est si vrai que l’industrialisation du pays se fera sans que le problème social ait un retentissement politique. Les grands industriels, les propriétaires d’industrie, se recruteront dans l’« élite mercantile » existante, ou bien y entreront de plein droit.

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A la différence de la France et de l’Espagne, l’Angleterre n’a jamais décrété que le noble doit mépriser l’argent et que faire du commerce équivaut à déroger, mais au contraire que celui qui est riche, quelle que soit la source de sa richesse, est noble et doit gouverner. Aujourd’hui encore, la reine d’Angleterre anoblit systématiquement quiconque est très riche. Cette conviction fait le fond du protestantisme ; aussi la naissance et la domination de ce qu’on a appelé l’establishment sont-elles consécutives au triomphe absolu du protestantisme dans les esprits.

Ces deux phénomènes sont le résultat de la décadence de l’élément celto-normand de la population britannique. Avant Cromwell, l’aristocratie celto-normande, souvent catholique, donnait encore le ton. Elle fut décimée par la guerre civile et chassée du pouvoir par les souverains de la Maison de Hanovre. L’élément saxon étouffa l’esprit essentiellement celto-normand de la Renaissance anglaise.

A la fin du XVIIIe siècle, la classe dirigeante britannique, farouchement anglicane, se distingue par sa ténacité, sa vigueur, mais aussi son étroitesse d’esprit et son manque d’imagination. On ne pouvait lui demander de comprendre Napoléon, sorte de Cromwell papiste, pas plus qu’on ne pût demander à l’Empereur, descendant de hobereaux corses orgueilleux de leur pauvreté, de comprendre ce qu’il appelait naturellement « une nation de boutiquiers ». Il apercevait un aspect moral de la classe dirigeante anglaise, mais non pas le monolithisme politique qui en est la conséquence.

Après 1763, la marine britannique était restée maîtresse presque absolue de tous les océans et cet état de choses semblait éminemment souhaitable à toute la classe dirigeante. La France restreignit d’abord cette maîtrise en aidant les Américains à conquérir leur indépendance. Outre une colonie, la principale source des bois de mâture fut ainsi ôtée à l’Angleterre qui, peu après, dut abandonner la Méditerranée.

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Elle y revint assez vite, pour en être chassée à nouveau en 1796 par l’alliance franco-espagnole. Puis Nelson y rentra en 1798 et, en 1805, Trafalgar consacra finalement l’hégémonie absolue de la Grande-Bretagne sur mer : Britannia rules the waves.

C’est ce qui rendit possible un retournement contre l’Europe napoléonienne du Blocus continental. Par les ordres anglais de novembre et décembre 1807, tout navire neutre venant d’un port interdit aux Anglais, ou s’y rendant, fut obligé de faire escale dans un port britannique pour y acquitter un droit de 20 à 30% sur sa cargaison et y obtenir licence de faire commerce avec l’ennemi, sous peine de saisie et de confiscation en mer. Les navires neutres eurent donc le choix entre se faire prendre en haute mer par les Britanniques, ou être saisis dans les ports par les Français. Ce fut la surveillance britannique, inlassable pendant des années, qui l’emporta.

Si les exportations britanniques vers les pays de l’Europe du Nord furent réduites par le Blocus de 16,6 millions de livres sterling en 1805 à 5,4 millions en 1808, elles remontèrent en 1809. Entre ces deux années, l’ensemble des exportations anglaises diminua d’environ 14% ; mais celles de l’empire français diminuèrent de 27% et ne remontèrent pas en 1809.

Si énorme était l’enjeu aux yeux de cette « élite mercantile » qu’elle dépensera chaque année, de 1793 à 1815, de 20 à un peu moins de 100 millions de livres sterling pour faire la guerre à Napoléon. Le coût de cette guerre représentera finalement plus du quart du revenu national annuel. A partir de 1791, la Banque d’Angleterre émettra de plus en plus de papier, et les paiements en or seront suspendus. L’impôt sur le revenu sera créé en 1799 et les impôts indirects seront augmentés. La dette intérieure atteindra 846 millions de livres sterling et coûtera au Trésor 32 millions d’intérêts annuels. Les prix auront à peu près doublé depuis le début du conflit.

Mais la défaite finale de Napoléon fera de la Grande-Bretagne la nation la plus riche et la plus puissante du monde. L’impôt sur le revenu sera supprimé en 1816 par le Parlement, le cours de l’or rétabli en 1821. Ce sera la Pax Britannica, par et pour l’Angleterre.

[1] Cf. J.H. Plumb, The growth of political stability in England : 1675-1725, Londres.

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jeudi, 10 septembre 2020

“Conservative Revolution” in England—a Sketch

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“Conservative Revolution” in England—a Sketch

Fergus Cullen

Ex: https://ferguscullen.blogspot.com

“Conservative Revolution” is a phrase unfamiliar to English politics (as self-identification) or to English scholarship (as well-defined category in the history of political thought).

C.R. in Germany originated as a self-identification (Dietz [b], n. 33 to chap. 1, pp. 215–6) tied up in a self-perception of “German uniqueness” (Sonderweg) (Mohler [b], part 2). That C.R. in Germany is as disputed—from without, in scholarship—as the nation’s “special path” (Klemperer) is a sign of the category’s potency.

Since C.R., rather than a narrowly- and contingently-delimited movement or ideology, is an “attitude” (Mohler [b], p. 229)—a setting oneself against “the Ideas of 1789” on the one hand, and the timidity of mere conservatism on the other—it ought to obtain, in potency if not in act, beyond Germany’s borders.

Dugin explores C.R. in Russia; Veneziani in Italy. Mohler (a) makes some suggestions re. France.

The possibility of C.R. in England was suggested first by Hoeres, then by Dietz (a). Hoeres suggests T. E. Hulme as a figure significantly analogous to German Conservative Revolutionists. Dietz (a) suggests that “neoconservative” Conservative Party circles around Douglas Jerrold and Charles Petrie might constitute an analogue to the Jungkonservativen (see Mohler [b], part 5.2).

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T. E. Hulme

Dietz revises his position slightly in (b), detailing “Neo-Tory” goings-on in and around the Conservative Party between the Wars. “Neo-Toryism,” in Dietz’s outline, is regrettably unknown by English politics (as self-identification) and scholarship (as well-defined and potent category). His analogies are worth developing; but he leaves valid analogies unmade. I’ll just sketch both here.

Mohler’s taxonomy (b, part 5):

(1) Young Conservatives;

(2) national-revolutionaries; and the

(3) folkish,

(4) “leaguish” and

(5) peasant movements.

English analogues:

(1*) Neo-Tories, sensu lato;

(2*) (rather lacking) fascists, and fascist-adjacent (Independent) Labour elements;

(3*) e.g., the English Mistery and Array;

(4*) e.g., the British Fascisti, and the Kibbo Kift;

(5*) e.g., Rolf Gardiner, H. J. Massingham, the Soil Association, etc.

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Within 1* one can distinguish those more strictly stuck to the Party (Neo-Tories) from more independent minds like the Hulme–Storer circle (influenced by Maurras, Lasserre and the Action Française), the Eliot circle (influenced by the A.F. and by Nationalist Spain), and the Nietzscheans Anthony M. Ludovici, J. M. Kennedy and George Pitt-Rivers. (In his absolute elevation from democratic politics, the latter three’s mentor Oscar Levy can at most be considered an outer limit of 1*. Another limit might be the “die-hard” peers—e.g., Willoughby de Broke—and their associates—e.g., Arthur Boutwood.) The proximity of 1 to 1* went so far as direct collaboration: e.g., Wilhelm Stapel’s contribution to the English Review (Dietz [b], p. 99).

Tories who went beyond sympathy to fascist collaboration or identification mark 1*’s shading into 2*. Mohler, approaching C.R. from within, and maintaining associations with post-War “mere conservatism,” must discount National Socialism from the C.R.’s ranks; though scholarship must feel free to count such defectors from (Independent) Labour to fascism as Oswald Mosley and John Beckett among 2*. Perhaps a Social Crediter like Ezra Pound might designate a limit?

imageshargrave.jpgIn which case, with John Hargrave (photo), of the Kibbo Kift, and then the Green Shirt Movement for Social Credit, and with Rotha Lintorn-Orman, in her move from pioneering Girl Guide to British Fascist, 2* shades into 4*. Rolf Gardiner is an emblematic figure here. Born in Berlin, and a writer in German, he was a conduit for Bündische ideas.

Gardiner was also a correspondent of Walther Darré, and equally emblematic of 5*. There was no true Landvolkbewegung in England. 5* could only ever be an agrarian Conservative Revolution “from above.” Middle-class romanticism re. “Merry England” and “the land” were inextricably involved. Henry Williamson might mark an outer limit; while a collaborator with Mosley, he was basically unpolitical. The modern organic movement’s roots are, via Jorian Jenks, Gardiner and the Soil Association, to be found in 5*.

As for 3*, this is more a theme than a distinct current. A folkish organisation like the English Mistery really belongs to 1*.

Photo: Oscar Levy

2741114.jpgThe influence of Nietzsche is almost as important in England as in Germany. Levy’s “Nietzsche Movement in England” is a C.R.-adjacent current. Ludovici began in Levy’s movement to become important within the English Mistery, as well as the illiberal wing of the eugenic movement. An overlooked aspect of Hulme qua philosopher is his similarity to Nietzsche (in “Cinders,” especially). A feature shared by many of the sects thrown together in the pages of The New Age—Social Credit, Toryism, Marxism, guild socialism, Fabianism, Gurdjieffism, etc., etc.—is an interest in Nietzsche.

This latter indicates the proximity of C.R.E. to what was called “Lebensreform” (life-reform) in the German case (Mohler [b], p. 59, f.). That is, an arguably utopian, though frequently illiberal, will to seize and mould human life itself. See also Gardiner’s, and the eugenicist Caleb Saleeby’s, advocacy for nudism. Re. the suffragette–fascist “pipeline,” take Mary Richardson, Mary Sophia Allen, etc.

The “Generation of 1919” (Moeller van den Bruck: ibid.,, p. 86) energized the C.R. in England as in Germany. See Dietz (b)’s discussion of “the War books controversy” (part 3.1.3., p. 36, ff.). T. E. Hulme’s anti-pacifism is another case in point. Pound was a latecomer: compare “Mauberley” (“E.P. Ode,” IV–V) to, e.g., Cantos XXX, LXXII–III.

Revolted as they were by the Ideas of 1789, the bourgeois revolution in England came a century earlier. The “Glorious Revolution” (sic…the “Inglorious Rebellion,” Jerrold’s term, is rather better) was denounced by Neo-Tories as the ruination of Merry England (Dietz [b], part 3.2.2); Pound’s Ghibellinism (see Cantos LXXII–III), and the conversion to Catholicism (or High-Church Anglicanism) of, e.g., Arnold Lunn and T. S. Eliot, express the same anti-bourgeois, neo-Mediaeval tendency. Consider in this connection the neo-Mediaevalism of guild socialist and New Age-contributor A. J. Penty. The Arts and Crafts movement—qua Lebensreform!—is an important foreshadow of the C.R.E.

Note. A thorough survey of the Conservative Revolution in England (provisionally 1910–39) is my ongoing project. I shall writing more—much more, I hope—on the subject.

Bibliography

Bernhard Dietz (a), “Gab es eine ‘Konservative Revolution’ in Grossbritannien?” Vierteljahrshefte für Zeitsgeschichte, 54 (2006), pp. 607–37.

— (b), Neo-Tories (London: Bloomsbury, 2018).

Aleksandr Dugin, Konservativnaia revoliutsiia (Moscow: Arktogeia, 1994).

Peter Hoeres, “T. E. Hulme,” Zeitschrift für Politik, 55 (2003), pp. 187–204.

Klemens von Klemperer, Germany’s New Conservatism (Princeton: Princeton U. Press, 1968).

Armin Mohler (a), interview with Éléments, 80 (1994).

— (b), Conservative Revolution in Germany (Whitefish: Radix, 2018).

Marcello Veneziani, La rivoluzione conservatrice in Italia (Milan: Sugarco, 1994).

vendredi, 17 juillet 2020

William Morris, précurseur de George Orwell

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William Morris, précurseur de George Orwell

par Pierre Olivier Gaden

(via Facebook)

Parmi les précurseurs de Georges Orwell dans ce qui a été désigné comme le socialisme anglais - disons d'outre manche :

William Morris une révolte socialiste contre le monde moderne.

Membre de la confrérie préraphaélite et initiateur avec John Ruskins Arts & Crafts (« Arts et artisanats »), William Morris fut une personnalité particulièrement attachante du mouvement socialiste britannique.

61Kc6JzPRHL.jpgLors d’un récent colloque du parti dit «socialiste », des observateurs ironiques ont pu noter que l’invocation du progrès et du développement avait remplacé dans les discours, la classe ouvrière et la justice sociale. Et si les orateurs prétendaient parfois se préoccuper de « la question écologique », ils ne contestaient jamais le dogme de la croissance ni ne s’interrogeaient sur les finalités de la production matérielle. Le système des objets, les impératifs du marché ou le déploiement sans entrave des forces productives semblent aujourd’hui des horizons indépassables pour la plupart des partis qui se réclament encore du socialisme ou se revendiquent héritiers de l’ancien mouvement ouvrier. Technocrates de la social-démocratie occidentale ou militants des derniers groupuscules marxistes-léninistes, ils sont des fidèles obéissants de la religion du progrès, qui n’imaginent pas d’autres mondes possibles hors du cercle de la raison marchande ou industrialiste.

La haine de la civilisation moderne

Les différents courants du socialisme ont pourtant longtemps entretenu une relation contrastée, sinon hostile à la modernité politique et économique. Ainsi les théoriciens du syndicalisme révolutionnaire – Georges Sorel ou Edouard Berth – critiquaient violemment les illusions de la démocratie représentative. Pierre Leroux, l’un des pères du socialisme français, fustigeait l’atomisation des sociétés par l’individualisme libéral avec des arguments que l’on croirait parfois empruntés à Joseph de Maistre. Karl Marx écrivit dans La question juive, un réquisitoire contre la philosophie bourgeoise des droits de l’homme qui scandaliserait la majorité des « gens de gauche ». Les premiers militants du mouvement ouvrier réagissaient contre les dégâts du progrès capitaliste, avec le souci de conserver un patrimoine de mœurs, d’institutions sociales et de savoir-faire, légués par ces « anciennes humanités », dont Charles Péguy pensait qu’elles étaient les fondations d’une révolution véritable.

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Si William Morris ne regrettait rien des servitudes de l’ancien régime, ni de cette hiérarchie sociale qui justifiaient alors certains hommes d’église ou les penseurs d’une aristocratie vaincue, il ne se ralliait pas non plus à la philosophie bourgeoise du progrès. Il la récusait pour préserver les voies d’une authentique émancipation, qui ne soit pas une table rase, un désert où ne vivraient que des esclaves soumis au dieu-marché ou à l’idole industrie. Ce socialisme fut liquidé, on le sait, par l’hégémonie des bureaucraties stalinienne et social-réformiste. Aux projets d’autonomie et de gestion ouvrière succédèrent les capitalismes d’Etat, les plans quinquennaux ou le cauchemar climatisé d’une social-démocratie à la suédoise. Aujourd’hui où le mode de production capitaliste continue d’accumuler ses ruines, ses désastres écologiques et humains, il nous semble nécessaire d’en retrouver les voies.

William Morris est à cet égard, avec Charles Péguy et le communiste libertaire Gustav Landauer, une figure particulièrement attachante et représentative de cette pensée socialiste contre-moderne de la fin du XIXe siècle. Il fut l’un des premiers lecteurs de Karl Marx au Royaume-Uni, et confiait volontiers que la « passion dominante de sa vie avait toujours été la haine de la civilisation moderne ». On voit tout ce qui sépare le socialiste anglais d’une ministre de François Hollande...

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Une révolte socialiste et panthéiste

Architecte, peintre, artisan, poète, militant révolutionnaire, imprimeur, éditeur, conférencier, défenseur de l’art gothique et grand contempteur de l’architecture utilitariste victorienne, écologiste inquiet de la pollution des bois et des rivières de son pays, il n’était pas un militant glacé par l’idéologie, ni un théoricien rêvant d’établir l’empire de la raison abstraite. Sa révolte socialiste était enracinée dans un amour du monde et de la vie, que certains de ses biographes ont considéré comme panthéiste. L’esprit du socialisme était, selon Morris, un « amour intense et presque présomptueux de l’écorce et de la surface de cette terre sur laquelle l’homme habite, tel celui de l’amour pour la chair exquise de la femme qu’il aime ».
Né le 24 mars 1834, à Walthamstow, au nord-est de Londres, William Morris a connu les derniers moments d’une vieille Angleterre que la modernité industrielle avait encore relativement préservée. Les ersatz ne s’étaient pas substitués complètement aux produits de la terre et les métropoles commerçantes aux villes anciennes. Bien que le père se soit enrichi dans la fourniture aux entreprises mécaniques naissantes, la famille du futur militant socialiste brassait sa propre bière, fabriquait son pain et son beurre. William Morris connu une enfance champêtre et bucolique. Les beautés de la country anglaise resteront parmi les inspirations les plus constantes de son art et de sa poésie. Après s’être destiné à la carrière de pasteur, il abandonne assez vite ses études de théologie pour se consacrer à la recherche esthétique et artistique. Il connaît la notoriété assez jeune, grâce à ses poésies romantiques – qui lui valent l’admiration du public cultivé – mais surtout grâce à son implication dans le mouvement Arts and Crafts, dont les promoteurs cherchent à retrouver l’unité perdue entre l’art et la vie, entre culture populaire et culture de l’élite. William Morris fonde dans les années 1860, une petite entreprise artisanale où il propose des créations alternatives aux produits manufacturés de la grande industrie. Les bénéfices, malgré les débuts difficiles de l’aventure, serviront plus tard à financer le mouvement socialiste.

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William Morris s’est engagé assez tardivement dans la lutte socialiste. Son opposition du monde au monde capitaliste a d’abord puisé dans une tradition de critique culturelle de la société bourgeoise. Carlyle, le pamphlétaire populiste William Cobbett, Charles Dickens, mais surtout John Ruskin, sont ses premiers maîtres, avant Karl Marx. Ces différents auteurs, s’ils sont souvent des conservateurs ou des nostalgiques d’un âge d’or féodal, ont le mérite d’avoir dressé de violents réquisitoires contre l’utilitarisme libéral et ébauché une critique des théories de la valeur défendue alors par les disciples de Smith, Ricardo et Mill. William Morris, à la suite de Ruskin et du Dickens des Temps difficiles, récuse l’idée que l’homme est une machine à besoin. Il reproche aux économistes classiques d’avoir conçu un homo œconomicus abstrait, en faisant fi de ses affections, de ses passions, de ses mœurs, de son milieu, de ses traditions morales et religieuses. Annonçant certaines conclusions de Karl Polanyi, il constate que la victoire des principes libéraux opère une véritable révolution où l’économie se « désencastre » de tout ce qui dans les anciennes sociétés limitait et entravait sa croissance ; elle s’autonomise et devient la fin de toutes les activités sociales. L’artiste William Morris ne pouvait qu’être effrayé par ce règne de la quantité pure et cette destruction de la vie commune par les eaux glacées du calcul égoïste.


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lundi, 04 mai 2020

Une intrigue policière dans l’Angleterre occupée

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Une intrigue policière dans l’Angleterre occupée

par Georges FELTIN-TRACOL

On appelle « thriller » une catégorie de roman qui suscite un suspense permanent et un dénouement inattendu. En 1978, le Britannique Len Deighton écrit un roman qui joint le polar, le récit d’espionnage et l’uchronie. SS – GB est d’ailleurs devenu un classique de la science-fiction.

9780008201241.jpgHistorien de formation, l’auteur plonge le lecteur à la fin de l’année 1941 dans une Angleterre vaincue et occupée par l’Allemagne. Si le roi George VI est prisonnier dans la Tour de Londres, son épouse et leurs filles, la princesse héritière Elizabeth et sa sœur Margaret, vivent en exil en Nouvelle-Zélande. Winston Churchill est pendu haut et court. À l’instar de l’éphémère « France libre » de Charles de Gaulle qui « s’est promu général et [qui] a déclaré qu’il était la voix de la France. Ça n’a jamais abouti à rien (p. 174) », la « Grande-Bretagne libre » s’incarne depuis l’Amérique du Nord dans un certain contre-amiral Conolly. Cette résistance extérieure complète une résistance intérieure plus ou moins balbutiante.

En Angleterre uchronique

Quand Len Deighton sort son uchronie, il prend bien soin d’éviter toute digression politique. En effet, l’ancien roi Edouard VIII, devenu le duc de Windsor, et Sir Oswald Mosley vivent toujours. Contrairement au film de Kevin Brownlow diffusé par la BBC en 1964, It Happened Here (« En Angleterre occupée »), le roman ne fait donc aucune allusion sur une éventuelle restauration d’Edouard VIII ou sur l’instauration d’un régime fasciste dont Mosley serait le Leader. L’auteur fait en sorte que l’armée allemande gouverne la Grande-Bretagne depuis la capitulation britannique du 18 février 1941.

Responsable du maintien de l’ordre public et de la sûreté de la population, les Allemands bénéficient de l’expertise de Scotland Yard. Le commissaire Douglas Archer et son adjoint, l’inspecteur Harry Woods, constituent une efficace « brigade criminelle ». Fin limier au palmarès impressionnant d’enquêtes résolues, le commissaire Archer « avait non seulement la réputation d’être un des plus brillants policiers de la brigade criminelle, mais en outre il était jaune, il avait l’air sportif, avec ce genre de visage osseux et un peu pâle que les Allemands trouvaient aristocratique. Il avait le type “ germanique ”, un exemple parfait du “ Nouvel Européen ”. Et il parlait même un excellent allemand (p. 24) ». Son supérieur hiérarchique, le général ou Gruppenführer SS Fritz Kellerman, l’apprécie beaucoup et le chouchoute souvent.

Régulièrement affecté aux meurtres liés au marché noir ainsi qu’à divers trafics de contrebande, le commissaire Archer enquête cette fois-ci sur l’assassinat d’un certain Spode. Ses recherches attirent vite l’attention particulière de Berlin. Il passe bientôt sous l’autorité directe du Standartenführer (colonel) SS Huth de l’état-major personnel du Reichsführer SS Heinrich Himmler. Cette subordination dérange Douglas Archer qui se veut apolitique bien qu’il sait que son collègue et ami, Harry Woods, fricote avec la résistance intérieure.

Un récit riche et complexe

L’intrigue de SS – GB est brillante. Le lecteur découvre le quotidien des Anglais marqué par le rationnement, les pénuries, les rafles, les profiteurs de guerre, etc. Au risque de déflorer l’histoire, Douglas Archer, au cours de son enquête, entre en contact avec certains résistants influents. Par ailleurs, il apprend que le dénommé Spode était un ingénieur en physique nucléaire. Sa mort participe à une vaste machination où se mêlent manœuvres de résistants et contre-opérations de la part des occupants eux-mêmes. Len Deighton décrit les profondes, vives et tenaces rivalités entre la Wehrmacht, représentée à Londres par Fritz Kellerman, l’Abwehr et les SS.

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Son enquête prend vite une tournure politique puisque entrent en ligne de compte l’évasion du roi, la volonté de provoquer l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique et la possession prochaine d’une bombe atomique. Or, si les SS, et Huth en particulier, veulent être les premiers à la détenir, la Wehrmacht et Himmler lui-même, influencé par son mage – gourou, s’y refusent. Chef d’un groupe de résistants, le colonel Mayhew use de machiavélisme afin de libérer George VII et de retarder l’acquisition de la bombe par les Étatsuniens tout en les contraignant à entrer dans le conflit européen. Ayant obtenu l’accord de Franklin Delano Roosevelt, il monte une opération commando en concertation avec quelques unités d’US Marines.

SS – GB ne verse pas dans le manichéisme primaire. C’est un ouvrage de son époque, le milieu des années 1970, quand l’hypermnésie historique hémiplégique n’avait pas encore pris une boursouflure exubérante. Un agréable roman au dépaysement uchronique garanti!

Georges Feltin-Tracol.

• Len Deighton, SS – GB, Denoël, coll. « Folio – Science Fiction », n° 601, 2017, 519 p, 9,10 €.

dimanche, 09 février 2020

Le Royaume-Uni brexité se tournera inévitablement vers la Chine et la Russie

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Le Royaume-Uni brexité se tournera inévitablement vers la Chine et la Russie

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Il s'agira d'une évolution que ne pourra pas empêcher la "special retationship" avec les Etats-Unis.

Si le Royaume-Uni a décidé de quitter l'Union Européenne, ce que l'on nomme le Brexit, il semble que ce soit principalement parce que, dans le cadre de l'Union, qui demeure presque entièrement dépendante politiquement de Washington, elle commençait à étouffer sous le poids de contraintes d'inspiration américaine lui interdisant toutes relations économiques avec la Russie et la Chine.

Celles-ci contrariaient de plus en plus ses intérêts économique. Or en Grande Bretagne, l'économie est plus encore que le politique un déterminant de la politique extérieure. Jusqu'à présent, dans le cadre de la « special relationship » avec les Etats-Unis, le Royaume Uni pouvait bénéficier économiquement de la domination américaine sur une partie du monde. Aujourd'hui, comme Washington perd de plus en plus de terrain face à Pékin (à supposer que l'épidémie de coronavirus s'y éteigne) et Moscou, Londres revendique plus d'indépendance.

Deux faits apparemment mineurs mais significatifs le montrent. Boris Johnson, le Premier ministre britannique, vient de refuser de se plier à l'ordre de Donald Trump lui imposant de renoncer aux équipements pour la 5G fournis par le géant chinois Huawei dominant ce secteur. Dans un tout autre domaine, il a décidé de lever à partir de 2021, certaines des « sanctions » imposées à la Russie dans le cadre de l'Union, mais sous pression de Trump. au prétexte d'une prétendue annexion de la Crimée.

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Il est clair que les intérêts financiers britanniques veulent profiter de la mise en valeur de la Russie, sur le plan industriel et géographique, notamment en Sibérie, qui vient d'être décidée par Vladimir Poutine. Cela se fera nécessairement aux dépends des intérêts américains. Une autre grande puissance économique européenne, l'Allemagne, ne voudra certainement pas être exclue de ces perspectives par les injonctions américaines. On peut penser que Berlin, bien qu'encore très soumis à Washington, n'hésitera pas à affronter les interdits américains dans ce domaine.

Il en sera de même des relations britanniques avec la Chine. Si celle-ci, répétons-le, échappe rapidement à la fragilisation que lui impose aujourd'hui l'épidémie de coronavirus, elle retrouvera rapidement son statut de première puissance économique mondiale.

Ayant retrouvé grâce au Brexit, face aux Etats-Unis et à l'Union européenne, toute sa liberté de négociation, le Royaume-Uni ne tardera pas à exploiter ces perspectives. Ceci évidemment ne l'empéchera pas de continuer à s'affirmer fidèle à la special relationship.

vendredi, 13 décembre 2019

Beowulf: England’s Myth

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Beowulf: England’s Myth

Listen, there’s a poem, it speaks in the voice of England’s past like a flame beyond the language of the living. It’s more than a thousand years old and yet it still speaks to us. It’s called Beowulf.
–Michael Wood, Professor of Public History at the University of Manchester

Long before I learned how to read it in its original form, I understood that the Beowulf manuscript was the foundational text of my people: a sort of Nordic Summa Theologica, and a glimpse of what a northern Homer might have produced. It is an epic oral tale of a Swedish hero which, ironically, defines what it means to be English. It is also a quintessentially Anglo-Saxon work of Germanic origin, spoken by warriors with swords gripped firmly in their hands as they sailed up the east-coast estuaries. Their scops stood to recite the poem before war bands who had their minds set on forging a nation:

Yes, we have heard of the glory of the Spear-Danes’ kings in the old days
How the princes of that people did brave deeds.
Often Scyld Scefing took mead-benches away from enemy bands
From many tribes, terrified their nobles – after he was first found helpless.
He lived to find comfort for that
Became great under the skies
Prospered in honors until every one of those who lived about him
Across the whale-road, had to obey him, pay him tribute
That was a good king

Those dry vellum pages of the Beowulf manuscript – which only narrowly survived a devastating fire in Ashburnham House in 1731 – have provided a scintillating word-hoard that has dramatically impacted our indigenous British culture, society, and language. Of this, Merton Professor of Anglo-Saxon J. R. R. Tolkien once wrote, in “Beowulf: The Monsters and the Critics”:

The significance of a myth is not easily to be pinned on paper by analytical reasoning. It is at its best when it is presented by a poet who feels rather than makes explicit what his theme portends – who presents it incarnate in the world of history and geography, as our poet has done.

These expressions are as familiar to us today as the shadows we cast when we stroll our village lanes around Rendlesham in Suffolk, the home to the Wuffinga royal line. They are our ancestral stories, such as the Battle of Brunanburh in 937, perfectly encapsulating the notion of the arrival myth:

Since the Angles and the Saxons
Came up over the broad waves

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It is literally our nation’s most precious relic, relating events of war, vengeance, and battling monsters in late fifth-century Scandinavia. Nevertheless, both its author and the location of its final composition are unknown. Scholars have speculated that it has East Anglian pagan roots, linking it to King Raedwald and Sutton Hoo. Others guess that its Christian overlay was added many centuries later, when it was copied into the Late West Saxon dialect in the scriptorium at Malmesbury.

The work’s descriptions of Anglo-Saxon material culture – ships, rich burials, inscribed swords, elaborately-decorated royal halls – and our ancient customs still resonate today:

Hrothgar presented Beowulf with a gold standard as a victory gift
An embroidered banner, also a breast plate
And a helmet and a sword carried high,
That was both precious object and a token of honor

Kingship was revered in those days, and the people’s trust and tribal loyalty had to be earned. This is symbolized in the poem by the Danish King Hrothgar’s establishment of Heorot:

Now it came into his mind

That he would command the construction of a huge mead hall
A home greater than Middle-earth had ever heard of
And share the gifts god had bestowed upon him with young and old,
There was music of the harp and sweet minstrels singing
Perfect in telling of the remote first making of the race of man

One way for a war-leader to earn such recognition was through acts of valor, an opportunity afforded to Beowulf when Heorot is assailed by a fen-dwelling creature called Grendel:

Gliding through the shadows the walker in the night,
The warriors slept all but one and this man kept an unblinking watch
Waiting pent heart swelling with anger against his foe,
And from off the misty moorlands eerie fells came Grendel stalking
He moved through the dark and saw with perfect clearness the gold plated hall
The mead drinking place of men
The door gave way at the touch of his hands
Raging flames wreckage bent he tore the hall’s jaws
Angrily advancing, from his eyes shot a light,
Before the wall he saw a host of young warriors
And in his heart he exulted, the horrid monster
All his hopes swelling for a glutinous meal,
As a first step he set his greedy hands on a sleeping soldier
He tore him and gnashed at his bone joints bolted huge gobbets
Sucked at his veins and soon had eaten the man down to his fingers and feet,
Then he moved forward to seize our warrior Beowulf,
Stretched out for him with his spite filled fist
But the faster man forestalling rose up on his arm and gripped that sickening hand,
Hateful to each was the breath of the other,
Gripping the giant shoulder frame
Shoulder muscles praised apart
A snapping of tendons, bone-locks burst,
The arm of the demon was severed from his side
And Grendel flew death-sick to his joyless den
Where he knew the end of his life was in sight,
Beowulf had cleansed Heorot
Saved the hall from persecution
And as a signal to all, the hero hung the hand, the arm torn off shoulder
The entire limb, Grendel’s whole grip beneath the soaring roof!

He then follows this up by killing Grendel’s malice-filled mother as well:

Then he saw among the armor on the wall
A great sword from former days,
This wonder was so enormous that no other man
would be equal to bear it in battle play,
The Geat champion shaking now with war rage
Caught it by the rich hilt and careless of his life
Brandished it in circles and brought it down
And thrust it into the neck,
The blade sheared through to the backbone
The sword was gory, he was glad at the deed

Beowulf’s actions bring him fame and glory amongst his own people. This set an example for the Anglo-Saxons, whose own royal houses claimed direct descent from the Danes, Geats, and Swedes such as King Hygelac, who the poem mentions as being one of Beowulf’s relatives, and who we know from other sources lived at the time the oral story is believed to have first been told.

Men and women would have listened intently to the beautifully lyrical evocation of their imagined past as they sat transfixed next to crackling hearth-fires. They would have felt the terror and excitement of their hero’s daring adventures, all the while learning what leadership and manhood really meant through the myth-making fable. The war captain and Bear-Warrior rallies his kinfolk and secures them from external threats, defending his realm in the face of mysterious beasts, which are really cyphers for much deeper psychological fears such as societal fracture, the breakdown of tradition, and the instinctive dread of the unknown other. The poem likewise explores themes of passing time, loss, and the inherent glamor and dangers of masculine societies.

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The manuscript, which is the longest extant poem written in Old English, is kept in the Cotton Vitellius archive. It had first resurfaced during the Elizabethan period in the collections of antiquaries, and was translated into modern English by John Richard Kemble in 1837. Although it was always recognized as a classic of English literature, many scholars at first thought it to be too digressive and confusing. Itwas eventually championed during the Victorian era, when the vogue for all things Anglo-Saxon was at its zenith, due in part to the ethos of the British Empire’s administration attempting to rationalize their success at colonizing most of the known world by explaining their own uniqueness, both to themselves and their subjects.

The poem frequently references German legends that would have been known to its audience, but which are lost to us today. Exceptions are the allusions to Heremod, Finn, Offa, and Eormenric, and a poet at Hrothgar’s court praising Beowulf following his defeat of Grendel and his mother by comparing him to Sigemund. The story opening with reminiscences of Scyld Scefing, the father of Danish and English kings, and explaining how he “was a good King.” This is the key philosophical point underlying the whole poem: It is an exploration of kingship, condemning bad rulers who oppress their people by putting their own interests first while praising those who are generous and prudent, and who take the time to make considered judgments. It is a cogent thesis on power and how it is used in different ways – physical strength, mental determination, and political acumen – and recognizes how each can be used to either good or bad effect, as well as how power and influence grows and withers with time. It likewise acknowledges that despite the fact Beowulf has the strength of thirty men, nature, the seasons, and death will inevitably overcome such transient successes – and power, like the sea, will inevitably overwhelm a low sandy coastline.

This creates a poignancy that is even more effective when one considers that although the final written version is aimed at the sensibilities of a rapidly Christianizing community, and that it speaks of an all-powerful singular God – “God, the guardian of glory, may ever work wonder after wonder” – it was a God whose East Anglian, Northumbrian, and West Saxon armies, made up of recent converts to Christ, were thwarted by the pagan Penda in a number of bitter engagements in the mid-seventh century. Penda’s victorious Mercian men seized a bishop’s headdress, a portable shrine or reliquary, a golden garnet-encrusted cross, helmets, over one hundred fifty swords, and seax fighting knives. One piece bears the very telling inscription: “Rise up, LORD, and let thy enemies be scattered; and let them hate thee before they flee.” This indicates that it was used as a battle talisman during the internecine fighting between the rival early Anglo-Saxon kingdoms. All of these were disfigured as war-booty and buried as offerings to Penda’s ancient gods, only to be discovered in Lichfield fourteen hundred years later as part of what has now become known as the Staffordshire Hoard.

This was find so emblematic of our nation’s birth that it has breathed fresh life into the study of a period that has lain dormant for far too long; a six-hundred-year epoch that solidified an identity that still stands strong. It reiterates the importance of a poem in which Beowulf dies, and is commemorated by pre-Christian rites. His afterlife is forever dependent upon his memory being upheld by the traditions of his people:

A boat with a ringed neck rode in the haven
And there laid out their Lord and Master, the giver of gold
In the waist of the ship in majesty below the mast,
A mound of vast treasures from far countries was fetched aboard her
And it is said that no boat was ever more bravely fitted out
With the weapons of a warrior
Military accoutrement, swords and body armor,
High overhead they hoisted and fixed a gold signum
Gave him to the flood and let the seas take him . . .

This is why it is so important for our children to peer into the tunnel entrance of Wayland’s Smithy in Oxfordshire and to walk the footpaths between the great mounds at Sutton Hoo. Therein lies a lesson for us all, for the perpetuation of our folk-memory in poems, chants, and incantations is as important as the preservation of the blood of our race:

Then the people of the Weather-Geats built a mound on the promonotory
 one that was high and broad, wide-seen by sea-farers
and in ten days completed a monument for the bold in battle
surrounded the remains of the fire with a wall
the most splendid that men most skilled might devise.
In the barrow they placed rings and jewels
All such ornaments as troubled men had taken from the hoard.
They let the earth hold the wealth of earls, gold in the ground
Where now it still dwells, as useless to men as it was before.
Then the brave in battle rode round the mound
Children of nobles, twelve in all
Would bewail their sorrow and mourn their king
Recite dirges and speak of the man.
They praised his great deeds and his acts of courage
Judged well of his prowess.
So it is fitting that man honor his liege lord
Love him in heart when he must be led forth from the body.
Thus the people of the Geats, his hearth-companions
Lamented the death of their lord.
They said that he was of world-kings the mildest of men
And the gentles, kindest to his people
And most eager for fame.

 

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

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mardi, 22 octobre 2019

Britannia Exit. Le Royaume-Uni, l'Union Européenne et les répercussions du BREXIT dans un monde multipolaire

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Britannia Exit. Le Royaume-Uni, l'Union Européenne et les répercussions du BREXIT dans un monde multipolaire

Auteur: 
Irnerio SEMINATORE
Date de publication: 
16/10/2019

Ex: http://www.ieri.be

Le 31 octobre le Royaume-Uni quittera l'Union Européenne, où il était entré en 1973, après 48 ans d'adhésion et deux véto successifs de la part du Gén. de Gaulle, en janvier 1963 et en novembre 1967.

Deux tentatives infructueuses d'entrer dans la Communauté Economique Européenne (CEE) qui donnent la clé du divorce d'aujourd'hui, marquées, en 1963, par l'incompatibilité de l'économie anglaise avec les règles du « Marché commun » de l'époque et, en particulier de la politique agricole commune (PAC), l'économie britannique étant encore liée au Commonwealth en une zone mondiale de libre-échange et, en novembre 1967, par l'irréductibilité des intérêts insulaires (GB et Pays scandinaves) et des intérêts continentaux (les Six), doublés des relations privilégiées de la G.B.avec les Etats-Unis d'Amérique.

De surcroit l'orientation atlantiste de la politique étrangère et de défense de la Grande Bretagne et son refus de participer à la création d'une force nucléaire européenne indépendante aurait transformé, aux jeux de de Gaulle, la Communauté européenne en une Communauté atlantique et la première aurait été absorbée par la deuxième.

Ces vieux sentiments de singularité des britanniques ont ils joué un réflexe instinctif d'indépendance et de liberté dans les orientations populaires, lors du référendum de juin 2016 sur l'appartenance du Royaume Uni à l'Union européenne ?

Il est certain que, du point de vue historique, cette date marquera un échec du projet européen et un tournant décisif dans son évolution.

En effet, les dangers du consensus de masse, exprimés par le référendum britannique, ont pris le pas sur la définition de l'avenir du pays.

Ce retour à l'exercice intégrale de la « souveraineté » par un choix populaire, s'est fait dans des tensions internes, parlementaires et civiles, ainsi que dans l'incertitude internationale.

Trois arguments ont pesés sur le vote populaire: l'immigration, la zone euro et deux perspectives géopolitiques divergentes sur l'espace économique et politique vers lequel projeter l'avenir des deux ensembles.

De façon générale, le vote en faveur du Brexit a représenté pour tous, continentaux et britanniques, une victoire du populisme, du nationalisme et du souverainisme.

En France et en Europe l'impuissance des traités , à proposer une offre politique à la hauteur des défis, a mis en lumière, grâce au référendum, le clivage qui existe désormais entre deux visions de la société, nationale et internationale.

Le Royaume Uni, l'intérêt national et la « Balance of Power »

En effet, c'est au nom de « l'intérêt national » que la Grande Bretagne a toujours défini ses choix, en politique interne et en politique européenne , pronant ,dans le premier cas, l'unité du royaume, et, dans le deuxième, l'adoption du vieux principe du « divide et impera! ».

L'adaptation de l'intérêt national à la politique de « l'équilibre de puissance », comportant une surveillance permanente des intentions et des manœuvres des acteurs continentaux concurrents, afin que « ne soit pas tenue en une seule main une force supérieure à toutes les autres coalisées »!, a présidé à l'entrée réluctante de la Grande Bretagne dans la Communauté Économique Européenne en 1973.

Perspectives continentales et équilibres planétaires

Si les deux impératifs, de l'intérêt national et de l'équilibre de puissance, ont été les deux fils conducteurs du Royaume Uni depuis le traité de Utrecht (en 1713, reconfirmé par le Congrès de Vienne en 1805), rien de tel n'a joué pour les 27 pays membres, irréductibles à un principe d'action commun.

Or, l'identification des intérêts de survie et l' insertion de ces intérêts dans les nouveaux équilibres planétaires, portera-t-elle la Grande-Bretagne à oublier son encrage insulaire entre l'Europe et l'Amérique?

A première vue ,le Royaume-Uni vise désormais l'Océan Pacifique et l'Océan Indien (le vieux Commonwealth) dont le contrôle représente l'enjeu majeur du XXIème siècle, comme nouveau centre de gravité du monde, où battera le cœur de la grande finance internationale  et de la grande manufacture.

Un « Partenariat ambitieux » entre le Royaume Uni et l'U.E?

Face à une Union Européenne, à qui a fait défaut une capacité de conception et d'action géopolitique et stratégique globales et qui montre une impuissance singulière en matière monétaire, de politique étrangère et de sécurité, mais aussi de frontières et d'immigration, l'attractivité de jadis s'est commuée en délégitimation de son rôle et en diffractions internes multiples, qui rendent douteuses ses propositions de « partenariat ambitieux après le Brexit » (M. Barnier/ Le Figaro du 2 août 2018).

Le Brexit permet en effet de comparer deux interprétations du concept de « souveraineté ».

Du côté britannique, une conception unitaire et cohérente du pouvoir et de la légalité, en sa liberté de manifestations historiques, dont la principale s'exprime sous forme de « Balance of Power ».

Du côté de l'Union, une définition relative et partagée du pouvoir souverain, inessentielle du point de vue historique, artificielle du point de vue institutionnel et circonstancielle du point de vue stratégique.

Or, quelles histoires sont en train d'écrire aujourd'hui, ces deux acteurs de la vie contemporaine, le Royaume Uni et l'Union Européenne?

Une histoire de vassalisation du Royaume Uni à l'entreprise déclinante du projet européen, ou, en revanche, une nouvelle aventure de la liberté des peuples de langue anglaise et un retour des nations?

La souveraineté et le multilatéralisme selon Mike Pompeo

A l'échelle mondiale, le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a déclaré, au même moment du référendum, au German Marshall Fund de Bruxelles, la fin du multilatéralisme, au nom de la priorité de la souveraineté américaine sur la logique du système international. 

Après avoir rappelé que le vieux système des interdépendances et de la coopération ne fonctionne plus et qu'il profite à des acteurs de l'ombre (la Chine), leurs permettant d'avancer des pions au sein des institutions supra-nationales ou de creuser un clivage entre les intérêts de bureaucraties non élues et leurs peuples et pays (U.E), Pompéo a rappelé que les intérêts de l'Europe et des États Unis précèdent ceux des institutions supra-nationales (ONU, UE, FMI, BM, OMC etc), puisque seuls les États-Nations peuvent garantir les libertés démocratiques et ont pour assise des peuples libres.

Un monde libre est un monde d’États-Nations et ne peut être en aucun cas un univers de bureaucraties supra-nationales.

Ce nouvel ordre ne peut jaillir que d'une profonde reforme des esprits et ne peut aspirer à la stabilité, que par l'affirmation d'un principe de cohérence, fondé sur le soubassement de trois notions, le Leadership, pourvu du sentiment instinctif de l'histoire, la capacité de décision et d'action, essentielle à la vie des États et l'ordre contraignant du monde, bannissant les compromis sans fin et les déclarations illusoires.

Il ne s'agit pas de rééquilibrer, mais de refonder l'ordre international!

Pas d'inclure l'ennemi ou la menace, mais de l'exclure et de les combattre!

Lorsque la liberté et la démocratie se dissocient et la foi dans la raison disparaît ou s'affaiblit, la « guerre civile » mondiale fait son irruption violente dans le coeur des nations.

La souveraineté et la géopolitique globale

Or, si « la souveraineté » est l'autorité, qui décide du cas d'exception, le Brexit, né d'un conflit entre deux principes, de légitimité et de décision, est millénaire pour l'empire britannique et circonstanciel pour l'empire des normes (l'U.E).

En son pur concept, la souveraineté reste le nœud incontournable du maintien ou de la déconstruction de tout ordre social, interne ou international et permet d'inscrire un pouvoir dans la géopolitique des grandes espaces, constitués, au XXIème siècle, par le Pacifique et l'Océan indien, comme pivots maritimes de l'Eurasie.

Ainsi, il est à parier que l'après Brexit sera marqué par la recherche d'un nouveau destin, planétaire et multipolaire, pour les deux ensembles concurrents,le Royaume uni et l'Union Européenne

De la vieille architecture euro-continentale de la sécurité, le Royaume-Uni héritera l'objectif historique d'une opposition permanente à la Russie et à toute organisation eurasienne à caractère stratégique, dans le but d’empêcher un rapprochement euro-russe et, encore davantage germano-russe, qui en ferait un ensemble dominant et menaçant.

La souveraineté et l'ordre libéral du monde

Le Brexit, comme beaucoup d'autres moments des relations euro-britanniques a été une victime du consensus de masse des démocraties et des tentations des classes dirigeantes, divisées, de satisfaire simultanément aux revendications populaires et aux objectifs à long terme de leurs pays.

En effet le défi a été de taille et a concerné le grand l'art de gouverner,autrement dit, la capacité de conjuguer les impératifs immédiats des passions populaires et les horizons de l'avenir.

Par ailleurs le Brexit marque la fin du sentiment d'appartenir à une même communauté humaine de peuples et de nations, distincte de toutes les autres, la communauté européenne, qui avait réussi à modérer par la raison et à atténuer par le calcul et par l'équilibre des forces, les rivalités continentales.

Pour conclure, le Brexit pousse à une reconsidération sur la résilience de l’État et de la souveraineté étatique, reposant, dans la conception post-moderne du projet européen, sur le soft power, la société civile et les droits de l'homme, dépourvus de l'expérience millénaire du conflit, de la tragédie et du « daimon » de la guerre.

A la recherche d'une autre idée de l'Europe

L'activation du débat sur l'épuisement historique du modèle de l'intégration a remis à l'ordre du jour la problématique traditionnelle relative à la primauté des Nations dans les relations européennes et internationales. Dans ce cadre, l'approche réaliste (permanence de la société hobbésienne et de l'anarchie internationale) n'exclut en rien l'approche idéaliste, autrement dit l'adoption d'un déterminisme volontariste pour tout projet historique.

L’Europe a besoin de réalisme pour raviver ses conceptions de la sécurité et de la puissance, sans adhérer à l'apostolat d'une doctrine, mais elle a besoin aussi d'idéalisme  pour réactualiser en permanence son idée de l'Europe.

Le « Brexit » et ses répercussions dans un monde multipolaire.

Le Brexit et ses options

La sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, comme acteur national essentiel, engendrera une série de répercussions, à caractère systémique

- sur l'interaction stratégique entre acteurs majeurs de la scène mondiale 

- sur la logique du risque politique, militaire et financier de l'ensemble occidental.

- sur les nouveaux modèles de gouvernance de l'UE

Ces répercussions peuvent conduire également à un séisme géopolitique prolongé : la dislocation du sous-système régional européen, car le retrait d'un acteur essentiel engendre instabilité et conflit.

En effet la défection d'un acteur étatique ne peut être compensée par un sous-système social, la « société civile », qui n'est pas inspirée par l'intérêt individuel d'un acteur national.

La sortie de l'Union fait reprendre au Royaume-Uni son rôle traditionnel de balancier dans les affaires du continent, comme arbitre de ses équilibres politiques et militaires et comme garant de son ancrage dans le camp euro-atlantique.

En puissance océanique et nucléaire, la Grande Bretagne renforce également sa liberté d'action sur la scène européenne, à travers l'OTAN (balance régionale), et sur la scène mondiale, par le biais du Commonwealth (balance planétaire) et favorise indirectement une distribution du pouvoir plus large et plus souple, qui augmente les incertitudes et pousse à l’établissement de nouvelles règles du jeu dans le domaine économique et financier.

Suite au Brexit, l'UE sera dans l'obligation de choisir entre un partenariat atlantique et un rôle planétaire d'acteur incomplet : la première option la place dans une position subordonnée vis-à-vis de la stratégie globale des États-Unis via l'OTAN, la deuxième dans une condition solitaire par rapport à une ré-configuration de son projet initial.

Il s'agit là de la quête d'un espace de manœuvre plus autonome et plus indépendant, à obtenir par des ententes bi-ou multilatérales, avec une ou plusieurs puissances extérieures, eurasiennes (Russie, Turquie, Moyen Orient, Chine) ou extra-européennes (États-Unis).

Le but de la réforme de l'Union serait de reprendre son rôle de puissance d'équilibre dans le système global, lui empêchant de dériver vers un vide géopolitique entre l'Est et l'Ouest et d'interdire la constitution d'alliances défavorables à ses intérêts, dans un monde multipolaire à forte compétition stratégique.

Par ailleurs un sous-système politique sans leadership ne peut se maintenir, car il est soumis à des forces centrifuges, qui aboutissent in fine à la désagrégation de l'ensemble.

La survie des États-Nations

En réalité la survie des États-Nations, même transformés par le processus d'intégration, pose à l'Union européenne trois problèmes majeurs, qui méritent un examen critique et un bilan d'étape, théorique, historique et stratégique.

  •  Le premier concerne l’hypothèse aronienne et bien connue : « Peut-on aller au-delà de l’État-Nation ? » Or,cette hypothèse a pour objet une analyse de la notion d'autonomie et d'indépendance politiques

  •  Le deuxième concerne le multilatéralisme et donc la communauté juridique des nations qui ont leur expression supranationale et universelle dans l’organisation de sécurité des Nations Unies

  •  Le troisième, l’économie mondiale, ou le processus de mondialisation en cours, ou encore la tendance à une interdépendance planétaire sans cesse accru 

Qu'est qu'une Europe politique?

A-t-on perdu la notion du politique?

Est politique une Europe dressée sur une hiérarchie et donc sur un « leadership » reconnu, articulant la « verticale des responsabilités », en une série de cercles de nations, différenciées entre elles.

Cette Europe avec leadership, s'oppose à la démocratie égalitariste, autrement dit, à l'Europe « puissance civile », liée à la défense du « statu quo », constamment remis en cause dans la scène internationale.

A partir de l'expérience séculaire de l'Histoire, décideurs et stratèges savent pertinemment que la sphère de la politique est un maillage, dans lequel se nouent et se déploient des rapports de force, des rapports de domination, ainsi que des rapports de compétition et de lutte entre individus, groupes, classes, ethnies, peuples et nations, autour de trois grands enjeux: l'idée, l'ambition et la puissance et que dans ce contexte, seule une « Europe des Nations »,est en mesure de préserver la personnalité, l'identité et l'homogénéité, culturelles et civilisationnelles, élaborées par l'Europe, au cours d'une histoire vingt huit fois séculaire.

 

Bruxelles, 7 octobre 2019