mercredi, 18 mars 2026
"Bouclier des Amériques", narcocartels et le nouveau bâton de l’Oncle Sam

"Bouclier des Amériques", narcocartels et le nouveau bâton de l’Oncle Sam
Leonid Savin
La semaine dernière, deux événements ont eu lieu à Miami, sur la base du Commandement Sud des États-Unis, à la suite desquels la zone d’influence réelle des États-Unis dans l’hémisphère occidental a été étendue, grâce à l’accord des partenaires participants à la nouvelle initiative de Washington.
Le jeudi 5 mars, un sommet de lutte contre les cartels s’est tenu au niveau des ministres de la Défense de plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Et le samedi 7 mars, un sommet intitulé « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas) a réuni, au niveau des chefs d’État, les dirigeants sur les questions de sécurité régionale.
La coalition des « Amériques » contre les narcocartels a été formée et une déclaration commune a été signée le 5 mars. Le secrétaire américain à la Défense, Peter Hegseth, a déclaré lors de la cérémonie que les trafiquants de drogue étaient de plus en plus dissuadés par la campagne américaine d’attaques contre des navires soupçonnés de transporter de la drogue, campagne lancée en septembre dernier. Depuis le début de l’opération, connue sous le nom d’« Opération Southern Spear », les forces armées américaines ont attaqué au moins 44 navires dans les eaux de l’océan Pacifique oriental et des Caraïbes.
Dans les propos tenus, on note une tentative manifeste de légitimer rétroactivement ces frappes, et en même temps, le mot « soupçonnés » indique l’absence de justification nécessaire à la décision de frapper. Après tout, un suspect n’est pas nécessairement coupable. Ainsi, les États-Unis violent ouvertement la présomption d’innocence et comptent bien continuer à le faire, en entraînant d’autres pays dans leurs sales affaires, déplaçant ainsi la responsabilité sur eux.
Le 7 mars, une déclaration de Donald Trump est également apparue sur le site de la Maison Blanche, déclarant que:
« (1) Les cartels criminels et les organisations terroristes étrangères dans l’hémisphère occidental doivent être démantelés dans toute la mesure permise par la loi applicable.
(2) Les États-Unis et leurs alliés doivent se coordonner pour priver ces organisations de tout contrôle territorial et d’accès aux financements ou ressources nécessaires à leurs campagnes de violence.
(3) Les États-Unis formeront et mobiliseront les forces armées des pays partenaires pour constituer la force de frappe la plus efficace possible, afin de démanteler les cartels et leur capacité à exporter la violence et à exercer leur influence par l’intimidation organisée.
(4) Les États-Unis et leurs alliés doivent tenir les menaces extérieures à distance, y compris les influences étrangères néfastes qui sont extérieures à l’hémisphère occidental. »
En résumé, bienvenue dans la mauvaise époque de la seconde moitié du 20ème siècle, lorsque Washington menait les opérations du Plan Condor en Amérique latine et formait le personnel des juntes régionales à la School of the Americas. Sauf que désormais, la liste des « organisations terroristes » sera élargie au gré (et selon les intérêts) de Washington. Outre le Hezbollah libanais et toute organisation liée à l’Iran, elle pourrait bien inclure des entreprises chinoises, que les États-Unis cherchent activement à évincer de l’hémisphère occidental.

Il convient également de noter qu’il n’y avait que 12 pays à la réunion avec Trump, et non 17 comme indiqué sur le site web, ce qui est d’ailleurs visible sur la photo officielle du sommet : il s’agit de l’Argentine, la Bolivie, le Guyana, le Honduras, la République dominicaine, le Costa Rica, le Panama, le Paraguay, le Salvador, Trinité-et-Tobago, le Chili et l’Équateur. La présence des chefs de ces États montre qui applique et appliquera la voie tracée par Washington dans son pays dans un avenir proche.
Il est également significatif que ni le Mexique ni la Colombie, pourtant célèbres pour leurs narcocartels, n’aient participé aux deux sommets. Bien que cela constitue un signal clair de l’indépendance souveraine de ces deux pays, il existe néanmoins un risque qu’un Donald Trump mentalement instable le prenne comme une insulte personnelle et accentue la pression sur les gouvernements mexicain et colombien, d’autant plus qu’ils s’orientent à gauche.
Lors de son discours du 7 mars, Trump a également évoqué Cuba, déclarant une fois de plus que l’île allait « tomber bientôt » parce que son économie y était détruite, et qu’il s’en occuperait après l’Iran. Toutefois, Cuba ne partage pas cet avis et estime que les sommets de Miami devraient être condamnés.
Le président cubain Miguel Diaz-Canel a réagi à cet événement en ces termes: «Le petit sommet réactionnaire et néocolonial en Floride, convoqué par les États-Unis avec l’aide des gouvernements de droite de la région, les oblige à accepter l’usage mortel de la force militaire américaine pour résoudre des problèmes internes et maintenir l’ordre et la tranquillité dans leurs pays. Il s’agit d’une tentative de remettre en cause l’idée de faire de l’Amérique latine et des Caraïbes une zone de paix, une attaque contre les aspirations à l’intégration régionale et une soumission aux intérêts du puissant voisin du nord, conformément aux principes de la doctrine Monroe».
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a ajouté que le seul résultat public fut la signature d’un document «servile et malhonnête» évoquant l’utilisation de la force militaire américaine comme instrument répressif contre les cartels criminels et pour réprimer les problèmes internes et frontaliers.
Enfin, le mécontentement grandit également au sein des pays eux-mêmes, devenus otages de la politique américaine, à l’égard de leurs propres dirigeants actuels. Voici, par exemple, ce qu’écrit la publication El Periodico du Panama à propos des résultats du sommet: «Le Traité de neutralité permanente entre les États-Unis et le Panama, qui interdit la présence de bases militaires étrangères sur le territoire national, a été annulé… On peut comprendre les États-Unis, leur position et leurs revendications d’hégémonie et de contrôle, mais voir des gouvernements qui ne reculent devant aucune concession, qui font montre d'un vassalisme honteux qui fleure la trahison, provoque un sentiment de douleur, surtout pour nous, Panaméens, qui avons fait preuve d’un nationalisme militant qui les a fait reculer… nous avons chassé les bases gringo de notre territoire, tout comme nous avons fermé la School of the Americas, qui formait tous les putschistes militaires de la droite fasciste, qui ont détruit la démocratie de nos peuples et établi des régimes de terreur sur tout le continent à une autre époque où sévissait déjà ce vassalisme. Dans le passé, la nation panaméenne, toute la population patriotique, est descendue dans la rue et a dit au gouvernement gringo que le canal de Panama appartient au Panama, et que la présence militaire américaine viole la souveraineté, le traité Torrijos-Carter et notre Constitution politique… Nous vivons des temps difficiles sous l’égide d’un régime oligarchique de droite qui n’a aucune honte nationale et considère comme allant de soi un vassalisme qui insulte la mémoire de tous les patriotes de notre histoire… »
On peut supposer que d’autres États vassaux voient aussi grandir leur insatisfaction face à la nouvelle infiltration de la machine militaire américaine sur leurs territoires nationaux.
Source originelle: https://orientalreview.su/2026/03/12/shield-of-the-americas-narcocartels-and-new-stick-of-uncle-sam/
13:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, amérique latine, caraïbes, amérique ibérique, amérique du sud, amérique centrale, donald trump |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook


Écrire un commentaire