mercredi, 08 avril 2026
Les réflexions de Kenneth Waltz sur l'Homme, l'État et la Guerre

Les réflexions de Kenneth Waltz sur l'Homme, l'État et la Guerre
Raphael Machado
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100069794930562
Nous savons tous que l’homme guerrier existe depuis des millénaires et continue de faire la guerre jusqu’à aujourd’hui. Héraclite a dit à propos de la guerre qu’elle est « la mère de toutes choses » (dans une intuition qui, évidemment, dépasse ce qui est dit littéralement). Mais pourquoi en est-il ainsi ?
Le théoricien politique et spécialiste des relations internationales, Kenneth Waltz, y réfléchit dans L’Homme, l’État et la Guerre, un texte datant de plusieurs décennies qui est devenu l’une des œuvres fondatrices de l’école réaliste des relations internationales.
Waltz explique sa méthodologie comme étant celle d’une circumscription de toutes les réflexions historiques sur le sujet en trois cadres ou images, en s’appuyant sur le noyau explicatif des origines de la guerre: l’homme, la société ou le contexte international. En d’autres termes, il divise les thèses entre celles selon lesquelles la guerre existe en raison de la nature humaine, de la structure des sociétés ou des conditions imposées par le cadre international.


Ceux qui voient la racine de la guerre chez les individus sont divisés, selon Waltz, entre optimistes et pessimistes. Les optimistes sont ceux qui — croyant que l’origine de la guerre est une faute ou une insuffisance chez l’homme (due au tribalisme, au sentiment de possession, à l'égoïsme, etc.) — pensent qu’il est possible d’améliorer l’homme jusqu’à un stade où disparaissent les impulsions menant à la guerre. Les pessimistes, naturellement, sont ceux qui refusent la possibilité de réformer ou d’améliorer la nature humaine.
Des optimistes comme Bertrand Russell, par exemple, croyaient qu’il était possible, par l’éducation (intellectuelle et morale), de bâtir une société libérale, cosmopolite et pacifiste dans le monde entier. Waltz mentionne également la pathologisation du sujet tout au long du 20ème siècle, avec des efforts d’ingénierie sociale et de rééducation visant à « réparer » l’homme. Ni l’absence de projets de « paix mondiale » à travers l'« amélioration » de l’homme, ni leur échec ne manquent. Cependant, on peut aussi critiquer le volontarisme des pessimistes comme Hans Morgenthau, qui attribuent la guerre presque exclusivement à l’égoïsme humain, raison pour laquelle Waltz poursuit son analyse.
Il passe alors à l’analyse des thèses selon lesquelles la racine de la guerre ne se trouve pas dans l’homme, mais dans la structure de la société. Par exemple, le fait qu’une société soit autoritaire serait pour les libéraux-démocrates la racine de la guerre. «Les démocraties ne font pas la guerre», disent-ils. Pour les marxistes, quant à eux, les guerres naissent des incursions impérialistes ou des rivalités entre empires, toutes deux ayant leur racine dans le mode de production capitaliste. Avec la triomphe international du socialisme, diraient les marxistes, les guerres prendraient fin.

Dans cette catégorie se trouvent un grand nombre d’intellectuels influents, allant de figures comme Adam Smith, Jeremy Bentham et John Stuart Mill, à Immanuel Kant et Woodrow Wilson, jusqu’à Karl Marx. À travers de nombreux modèles explicatifs différents, tant libéraux que marxistes, ils croyaient que certaines structures sociales sont intrinsèquement «mauvaises» et tendent à provoquer des conflits, en proposant différents types de réformes qui, en éliminant les défauts de ces États, conduiraient à la paix. Depuis l’harmonie entre États par la complémentarité économique, jusqu’à l’obéissance, par tous les États, à un même ensemble de principes moraux absolus, en passant par l'universalisation de la démocratie, jusqu’à l'internationalisme prolétarien et l’extinction de l’État en tant que tel.
Pour atteindre le résultat souhaité, certains soutenaient l’effort réformiste constant (Bentham, Mill), tandis que d’autres prônaient la révolution sans frontières (Marx), ou encore une adhésion par pression ou persuasion rationnelle (Kant), ou une croisade mondiale (Wilson).
Encore une fois, il s’agit d’une perspective insuffisante et réfutée par l’histoire. Le monde ne tend pas à l’harmonie, il n’existe pas réellement de complémentarité économique entre les États, les démocraties peuvent être aussi belliqueuses que les régimes fascistes, et il n’y a aucune indication que le socialisme soit apte à mettre fin à la guerre. Sur ce dernier point, Waltz analyse spécifiquement les positions des divers défenseurs du marxisme (révolutionnaire ou réformiste) entre la fin du 19ème siècle et la Première Guerre mondiale, notamment Jaurès, Kautsky, Bebel, Bernstein et Lénine, pour montrer le choc que fut pour la théorie marxiste l’adhésion du prolétariat à la guerre, ainsi que la reformulation tactique de Lénine basée sur les faits.
Enfin, Waltz en arrive à expliquer la guerre, telle qu'elle est fondée sur la propre nature des relations internationales entre États: c'est la position qu'il défend lui-même. Pour cela, il s’appuie principalement sur Jean-Jacques Rousseau pour défendre l'idée que le cadre international est anarchique et que, même dans les conditions idéales où pourraient se trouver les structures de l’État, celui-ci peut encore entrer en une guerre injuste pour étendre son pouvoir.
La seule solution à cela serait la soumission de tous les États à une autorité supérieure. Sinon, il y aura toujours la guerre, indépendamment du modèle des États ou des projets philanthropiques et éducatifs.
Naturellement, Waltz reste sceptique quant à cette solution, plaidant comme scénario le plus plausible l’établissement d’un équilibre des pouvoirs à l’échelle internationale, de façon à stabiliser le système international et à réduire la fréquence et l’intensité des guerres par la rivalité entre quelques grandes puissances.
L’œuvre de Waltz, publiée initialement en 1959, est importante pour comprendre la logique du réalisme et possède des réflexions intéressantes et encore actuelles, dont certaines peuvent même être exploitées dans une théorie multipolaire, malgré les limitations conceptuelles intrinsèques du réalisme.
12:28 Publié dans Définitions, Polémologie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kenneth waltz, guerre, état, pacifisme, relations internationales, théorie politique, politologie, sciences politiques |
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