mercredi, 08 juillet 2026
La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre

La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-t...
Des puces Nvidia ? Non, merci. La Chine, qui jusqu’à avant-hier était désespérément à la recherche de technologies de pointe dans le secteur, peut désormais se passer de nombreuses importations. Et c’est l’Occident, maintenant, qui achète des licences chinoises dans les secteurs technologiques et même dans la pharmaceutique. Selon l’Australian Strategic Policy Institute, « la Chine est désormais leader dans 69 des 74 technologies clés ». Ceci grâce, également, à une recherche universitaire de très haut niveau.
Les États-Unis – précise l’agence Agcnews – dominent encore dans le secteur aérospatial et dans la conception de semi-conducteurs, mais la Chine est déjà leader dans les véhicules électriques, les batteries, les drones, la robotique et l’automatisation industrielle. Pékin a atteint la parité avec l’Union européenne dans le secteur pharmaceutique et a désormais presque rattrapé les États-Unis dans l’intelligence artificielle.
Pour Xi Jinping, il faut continuer à développer l’économie réelle, tandis que l’économie financière – tant appréciée aux États-Unis et en Europe – doit être mise au service de la première.
Tout va bien, voire très bien, pour Pékin, donc. Mais pas tout à fait. Car cette grande croissance, cette hégémonie conquise dans de nombreux domaines, a besoin d’un débouché. Cela peut sembler paradoxal, si l’on croit à la définition de Trump à propos du communisme chinois, mais Pékin a absolument besoin de plus de marché. Extérieur, car le marché intérieur ne suffit pas.
À l’avenir, il y aura les autres pays asiatiques, et les pays africains. Mais pour le présent, il faut l’Europe. Et si l’Union européenne n’était pas dirigée par une bande d’incapables et d’obstinés, le Vieux Continent profiterait de la conjoncture favorable pour conclure des accords de coopération. En profitant des technologies chinoises pour combler le grave retard accumulé. Mais au lieu de cela, les bouffons « eurotoxiques » ne pensent qu’à la guerre.

19:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, europe, affaires européennes, asie, affaires asiatiques, technologies |
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Yves Lacoste, le géographe qui a rendu le monde à la réalité

Yves Lacoste, le géographe qui a rendu le monde à la réalité
Giuseppe Gagliano
Source: https://www.lafionda.org/2026/06/22/yves-lacoste-il-geogr...
Les cartes comme instruments de pouvoir
La mort d’Yves Lacoste, survenue à Bourg-la-Reine le 20 juin 2026 à l’âge de 96 ans, clôt une époque de la culture stratégique française. Ce n’est pas seulement un géographe qui disparaît. C’est l’homme qui a contraint la France académique, diplomatique et militaire à regarder à nouveau les cartes, non plus comme de simples objets scolaires, mais comme des instruments de pouvoir. Lacoste a rendu à la géographie sa fonction originelle: expliquer pourquoi les hommes se battent pour des territoires, pourquoi les États tracent des frontières, pourquoi les empires cherchent des ports, des détroits, des montagnes, des fleuves, des déserts, des ressources et des voies de communication.
Pendant des décennies, le mot géopolitique était resté suspect, contaminé par le souvenir de la géopolitique allemande et par l’usage idéologique qu’en avait fait le nazisme. Lacoste a eu le courage de la libérer de cette prison. Non pas pour la purifier artificiellement, mais pour lui rendre son sens le plus concret: la rivalité de pouvoir sur un espace. En ce sens, son œuvre a constitué une rébellion contre l’illusion d’un monde gouverné uniquement par le droit, les marchés et les institutions internationales. Le monde, disait en substance Lacoste, demeure fait de terres, de peuples, de frontières, d’accès, de ressources et de mémoires.
La Méditerranée comme école du réel
Né à Fès en 1929, ayant grandi entre le Maroc, l’Algérie et la France, Lacoste a très tôt compris que l’espace n’est jamais neutre. Son père géologue lui a offert son premier contact avec les cartes, les reliefs, les gisements, les pistes et les déserts. La géographie, dans son enfance, n’a jamais été une matière abstraite. Elle fut tout de suite le moyen par lequel le pouvoir cherchait des ressources et organisait les territoires.
L’expérience algérienne fut décisive. En 1952, premier à l’agrégation de géographie, il choisit d’enseigner à Alger, en plein cœur des tensions coloniales. Là, il a vu la distance entre le discours officiel de la France et la réalité de la domination. Il a vu des quartiers séparés, des populations séparées, des droits séparés. Il a compris que la colonisation n’était pas seulement un fait politique ou militaire, mais une construction spatiale: celui qui occupe, organise; celui qui organise, domine; celui qui domine, dessine les cartes.
De cette matrice naîtra sa réflexion sur le sous-développement. Dans ses travaux des années cinquante et soixante, Lacoste a pressenti que la pauvreté des pays du Sud ne pouvait pas s’expliquer uniquement par l’économie. Elle dépendait aussi de la situation géographique, de l’accès aux routes, de la disponibilité des ressources, de la dépendance vis-à-vis des puissances industrielles, de la subordination des économies locales à des centres de décision lointains. C’était déjà une lecture géoéconomique du monde, avant même que le terme ne devienne courant.

La géographie sert d’abord à faire la guerre
En 1976, Lacoste publie l’ouvrage qui allait marquer son époque: La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. Le titre fit scandale car il disait tout haut ce que beaucoup préféraient taire. Les États n’ont jamais commandé des cartes par amour de la connaissance pure. Ils les ont utilisées pour conquérir, administrer, taxer, surveiller, défendre et frapper. Une carte peut être plus importante qu’un discours parlementaire, car elle montre ce que le pouvoir veut posséder ou empêcher autrui de posséder.
Aujourd’hui, cette phrase semble presque évidente. Mais dans les années 1970, elle a frappé comme une provocation. La géographie universitaire française s’était réfugiée dans une neutralité rassurante : paysages, reliefs, régions, fleuves, agricultures. Lacoste a remis au centre la guerre, la puissance, la conquête, la représentation du territoire. Ce n’était pas du militarisme, c’était du réalisme. Nier le rapport entre géographie et guerre signifiait abandonner ce savoir à ceux qui l’utilisaient quand même, mais sans regard critique.


La fondation de la revue Hérodote la même année a complété sa révolution. Lacoste a créé un espace intellectuel où géographes, historiens, militaires, diplomates, journalistes et chercheurs pouvaient à nouveau raisonner ensemble sur les rapports de force. Ce fut une rupture avec l’université refermée sur elle-même et avec le commentaire politique désincarné. La géopolitique redevenait une méthode, et non un slogan.
Nation, frontières et souveraineté
Un des plus grands mérites de Lacoste fut d’avoir défendu le concept de nation quand presque tout le monde le considérait dépassé. À la fin de la guerre froide, l’Europe rêvait de la fin des frontières, de la mondialisation heureuse, de la primauté de l’économie sur le territoire. Lacoste voyait plus loin. Pour lui, la nation n’était pas un vestige folklorique, mais le cadre où se forment solidarités, appartenances, obligations collectives et capacité de sacrifice.
Aujourd’hui, son intuition apparaît évidente. La guerre en Ukraine, le retour des logiques impériales, la compétition entre les États-Unis et la Chine, la course aux matières premières, les tensions dans les détroits maritimes, la militarisation de l’Arctique et des fonds océaniques démontrent que l’histoire n’a pas effacé la géographie. Au contraire, elle l’a rendue plus décisive encore. Les chaînes de production mondiales ne flottent pas dans le vide. Elles passent par des ports, des canaux, des corridors ferroviaires, des gazoducs, des câbles sous-marins, des gisements et des zones industrielles. Toute crise géopolitique est aussi une crise géoéconomique.
Scénarios économiques et nouveau désordre mondial
L’héritage de Lacoste devient central à une époque où l’économie redevient territoriale. La concurrence pour les terres rares, le contrôle des routes énergétiques, la sécurité alimentaire, l’eau, les corridors commerciaux et les câbles numériques montrent que la mondialisation n’a pas aboli l’espace: elle l’a rendu plus vulnérable. Un détroit bloqué, un port bombardé, un gazoduc saboté, une frontière fermée peuvent modifier les prix, les budgets publics, les stratégies industrielles et les relations diplomatiques.

Lacoste aide à comprendre que le marché ne flotte pas au-dessus de la politique. Il en dépend. Sans contrôle des routes, il n’y a pas de commerce sûr. Sans accès à l’énergie, il n’y a pas d’industrie. Sans domination des nœuds logistiques, il n’y a pas d’autonomie stratégique. La géoéconomie contemporaine est la poursuite de la géopolitique par d’autres moyens.
Évaluation stratégique militaire
Du point de vue militaire, la leçon de Lacoste est encore plus claire. Toute guerre commence avec une carte. D’abord, on étudie les hauteurs, les fleuves, les villes, les ponts, les routes, les bases, les lignes de chemin de fer, les dépôts, les zones industrielles. Ensuite, on décide où frapper, où résister, où avancer. L’Ukraine le démontre chaque jour: le front n’est pas une ligne abstraite, mais un système de villes, de fleuves, de collines, de nœuds logistiques et de profondeurs stratégiques.
Il en va de même pour le Moyen-Orient, la mer Rouge, le golfe Persique, la Chine méridionale. Les détroits ne sont pas de simples détails géographiques, mais des interrupteurs du commerce mondial. Les îles ne sont pas seulement des terres émergées, mais des plateformes de contrôle. Les déserts ne sont pas des vides, mais des espaces de manœuvre, de transit et de contrebande. Les frontières ne sont pas des lignes, mais des zones de friction.


Le géographe du siècle qui revient
Lacoste ne fut pas un prophète au sens théâtral du terme. Il n’aimait pas les formules faciles. Il aimait les cartes, le terrain, les contradictions, les rivalités locales, les mémoires longues. Mais c’est précisément pour cela qu’il a vu avant les autres ce qui semble aujourd’hui inévitable: le monde n’est pas entré dans une paix perpétuelle, il est revenu à la compétition entre puissances.
Sa définition de la géopolitique comme confrontation entre raisonnements opposés sur des rivalités de pouvoir territoriales demeure l’une des plus solides de la pensée contemporaine. Tout y est: l’État, la nation, la guerre, l’économie, la mémoire, la perception de l’espace, la peur de l’encerclement, le désir d’accès, le besoin de sécurité.
Avec Yves Lacoste disparaît l’un des derniers grands réalistes français. Mais sa leçon demeure, sans doute plus nécessaire aujourd’hui qu’en 1976. Les cartes ne suffisent pas à tout expliquer. Mais sans cartes, on ne comprend presque rien.
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La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe - Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?

La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe
Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Introduction : Un changement de paradigme (la différence entre l’assimilation par la mondialisation et la diversité multipolaire)
Pour comprendre le conflit géopolitique mondial actuel et le rôle du concept de multipolarité, il est nécessaire de soumettre les récits occidentaux dominants à une analyse critique. Les sciences politiques euro-atlantiques partent souvent du principe que toute grande puissance émergente aspire à l’hégémonie et à l’assimilation complète de ses voisins. Les appels russes à la multipolarité sont donc souvent interprétés par les analystes occidentaux comme un simple écran de fumée masquant une expansion impériale traditionnelle et une quête de domination régionale au détriment des petits États.
Cependant, les racines philosophiques et métapolitiques de ce concept suggèrent une autre interprétation, dans laquelle le point de vue occidental apparaît comme la projection analytique de ses propres schémas de pouvoir. De ce point de vue, le processus de mondialisation mené par le centre euro-atlantique est perçu comme une tentative d’homogénéisation absolue de l’environnement international, d’effacement des frontières et d’unification des cultures et systèmes politiques divers sous la bannière d’une idéologie universelle unique. Pour ce modèle de mondialisation, l’existence de toute identité indépendante et distincte est un obstacle à éliminer, que ce soit par l’exportation d’institutions, la pression économique ou le soutien à des acteurs non étatiques de la société civile.

La théorie de la multipolarité trace une frontière stricte face à cet universalisme. Un modèle alternatif d’ordre « continental » des relations internationales ne peut, par nature, être fondé sur l’absorption et l’unification. Au contraire, il vise à établir un système structuré qui servirait d’architecture de sécurité pour freiner l’homogénéisation globale. Pour que ce système multipolaire soit fonctionnel et puisse résister aux pressions assimilationnistes de l’universalisme libéral, il doit reposer sur la coexistence de centres de pouvoir distincts, stables et culturellement indépendants (des pôles).
Selon cette logique, une grande puissance qui construit un ordre multipolaire ne cherche pas à détruire les États souverains, à condition que ces États constituent des unités politiques cohérentes et fonctionnelles. Au contraire, il est dans son intérêt stratégique de protéger de tels acteurs indépendants (même s’ils sont de petite taille) et de coopérer avec eux.
L’existence de centres de pouvoir diversifiés légitime empiriquement le système multipolaire lui-même et démontre que le projet de mondialisation unipolaire peut être stoppé. Alors que le modèle occidental vise l’intégration dans un cadre mondial unifié, la vision multipolaire privilégie un système de relations internationales basé sur une démarcation claire et le respect des différences civilisationnelles. Le texte qui suit examinera donc l’hypothèse selon laquelle la multipolarité pourrait, paradoxalement, représenter une authentique garantie de survie politique pour les petits États dotés d’une forte identité culturelle.

Fondements théoriques d’un modèle alternatif de grande puissance (Hégémon protecteur vs. puissance assimilationniste)
Pour comprendre pourquoi le concept multipolaire peut offrir une garantie de sécurité aux petits États-nations, il est essentiel de distinguer, sur le plan théorique, l’approche hégémonique occidentale du concept de grande puissance eurasienne traditionnelle. Il s’agit de deux modèles structurellement distincts d’organisation de l’arène internationale.
Définition d’une grande puissance traditionnelle : parapluie sécuritaire versus intégration systémique
L’influence euro-atlantique est souvent définie, dans les textes métapolitiques étudiés, comme assimilatrice et prédatrice. En étendant ses institutions, elle transforme économiquement et idéologiquement les territoires subordonnés, conditionnant la coopération à l’adoption de ses propres normes sociales, de sa conception des droits humains et du marché global. Ce système n’insiste pas sur la souveraineté des frontières, mais vise plutôt à créer un espace mondial unifié où les identités locales s’effacent progressivement au profit d’une culture politique et économique homogène.
En revanche, le modèle conservateur du pouvoir (rappelant historiquement les arrangements impériaux euro-asiatiques) ne requiert pas, en théorie, l’assimilation interne des acteurs subordonnés ou alliés. Il fonctionne avant tout comme un parapluie géopolitique et militaire, garantissant sécurité et stabilité externes. Au sein de cette sphère d’influence, la grande puissance tolère et préserve les particularités politiques et culturelles locales des États individuels. Elle n’exige pas d’uniformité normative ni le même régime politique interne ; elle demande seulement une loyauté stratégique envers une architecture de sécurité commune qui empêche l’expansion des influences externes (occidentales). Alors que le modèle libéral vise des valeurs universelles, ce modèle est fondé sur la préservation pragmatique de la diversité.
La multipolarité comme rejet de l’universalisme
Ce cadre théorique donne naissance à un impératif logique fondamental : si la Russie, en tant que principal initiateur d’un ordre multipolaire, tentait d’exporter un modèle purement « russe » et d’assimiler de force les nations voisines, elle commettrait une erreur stratégique et une contradiction systémique. En cherchant à imposer un universalisme local, elle se transformerait en ce même type d’hégémon unipolaire contre lequel elle se définit d’abord. Elle deviendrait, de fait, un acteur occidental sur la scène orientale.

Du point de vue de cette doctrine, donc, toute potentielle expansion de puissance ou politique assertive dans le voisinage ne poursuit pas un but assimilationniste. Elle est plutôt interprétée comme une nécessité sécuritaire et un effort géopolitique pour écarter l’influence des institutions occidentales de son voisinage immédiat. L’espace libéré par le retrait de l’influence occidentale ne doit pas être mécaniquement russifié, mais doit servir de zone stable pour la formation de systèmes locaux souverains et culturellement indépendants. Une superpuissance prônant la multipolarité a donc, de manière systémique et structurelle, besoin de voir émerger hors de ses frontières des États indépendants et enracinés culturellement (des pôles). Chaque État souverain qui parvient à résister à l’intégration occidentale représente un succès stratégique pour ce modèle, car il démontre la fonctionnalité et la raison d’être d’une opposition internationale partagée à l’unipolarité.
L’immunité d’un acteur pleinement constitué (Pourquoi les petits États peuvent être en sécurité dans un ordre multipolaire)
Le récit euro-atlantique et la science politique dominante insistent souvent sur la menace qu’une puissance prônant la multipolarité (dans le contexte géopolitique actuel, principalement la Fédération de Russie) chercherait nécessairement à absorber ses petits voisins. Or, du point de vue de la doctrine de la multipolarité étudiée ici, cette inquiétude n’est justifiée que dans le cas d’États qui manquent de cohésion interne et de résilience. Si un petit État-nation possède une forte identité politique et une cohésion stratégique, la dynamique des rapports de force change fondamentalement.
La cohésion institutionnelle comme bouclier stratégique
Pour les besoins de cette analyse, il est essentiel de définir précisément ce qui constitue un « pôle pleinement constitué » dans le cadre multipolaire. Il ne s’agit pas simplement de l’existence formelle d’un appareil d’État, de symboles nationaux ou de frontières administratives. C’est une entité dotée d’une identité culturelle profondément enracinée, soutenue par une tradition historique clairement définie, des fondations de valeurs solides et un consensus sociétal qui rejette a priori toute assimilation par des influences unificatrices extérieures.

Les sources en science politique et en philosophie qui analysent cette question soulignent que l’universalisme libéral parvient à assimiler d’autres États principalement en affaiblissant leurs récits historiques traditionnels et en les remplaçant par une norme globale. À l’inverse, un État doté d’un haut degré de résilience interne aux valeurs résiste naturellement à cette assimilation. Si un État souverain possède une forte légitimité interne et une réelle gravité politique, une puissance continentale ne peut l’absorber par la force sans s’exposer à des coûts stratégiques disproportionnés et à une contradiction avec sa propre doctrine géopolitique.
D’un point de vue pragmatique, le seul choix rationnel pour une grande puissance est donc de respecter cette souveraineté et de forger une alliance stable et mutuellement bénéfique.
Les petits acteurs comme élément essentiel de l’architecture multipolaire
Une question logique se pose quant à la manière dont le centre même de l’influence eurasienne perçoit ces petits États souverains, culturellement résilients et politiquement cohérents. Les concepts théoriques étudiés suggèrent qu’ils ne sont ni considérés comme une menace, ni comme un objectif de puissance non résolu à éliminer. Au contraire, un acteur pleinement souverain est traité avec respect et son existence est accueillie favorablement.
Dans une perspective multipolaire, un tel État-nation représente un partenaire inestimable dans l’opposition défensive à l’homogénéisation globale. Ces États fonctionnent comme des bastions stratégiques et des facteurs de stabilité dans des régions où les influences assimilationnistes de l’universalisme occidental sont contrées. Du point de vue des relations internationales, la promotion d’un ordre multipolaire requiert même directement que de tels centres de pouvoir indépendants et robustes existent réellement au sein du système international.

Leur simple existence constitue en réalité la preuve la plus tangible et la plus concrète de la viabilité et de la validité de tout le concept théorique de la multipolarité. Si l’hégémon continental absorbait tous les petits États voisins par la force, il donnerait raison à ses critiques occidentaux et perdrait sa légitimité mondiale. À l’inverse, la préservation d’États indépendants et culturellement sûrs d’eux envoie un signal clair à la communauté internationale: l’ordre multipolaire n’est pas un instrument d’assimilation (le fameux «mixeur»), mais une structure coopérative qui respecte la diversité. Un acteur pleinement souverain est ainsi un atout géopolitique très précieux pour la puissance eurasienne, dont la destruction signifierait l’effondrement même du fondement théorique et moral de l’ordre international proposé.
Le phénomène des « coquilles vides » (Causes de la perte de souveraineté et de l’absorption des États dans le système international)
Du point de vue de la science politique euro-atlantique et de la critique libérale, une question légitime revient souvent: si la superpuissance eurasienne conservatrice est, en théorie, garante de l’ordre multipolaire et protectrice de la diversité, pourquoi constate-t-on dans la réalité géopolitique des absorptions de pouvoir ou des destructions militaires de petits États voisins? Pour répondre à cette question, il faut comprendre que la doctrine multipolaire protège et garantit théoriquement uniquement la sécurité des «pôles» de pouvoir véritablement souverains. Elle ne garantit pas la sécurité de territoires géographiques ou d’unités administratives formelles privées de cohésion interne et de vitalité politique.

Perte de cohésion interne et apparition d’un vide géopolitique
Dans cette perspective théorique, l’État-nation se définit non seulement par son territoire et son appareil institutionnel, mais avant tout par sa substance culturelle, historique et axiologique. Si les élites politiques d’un petit État abandonnent leur propre tradition historique et adoptent sans discernement l’agenda universaliste du centre mondial (incluant la sécularisation, la domination des organisations non étatiques et l’érosion de l’identité nationale traditionnelle), ce sont les fondements mêmes de l’État qui sont déconstruits. Dans la terminologie des relations internationales, l’État perd sa « gravité » géopolitique et sa légitimité interne.
Du point de vue de la théorie multipolaire, un tel État cesse de fonctionner comme un acteur de puissance indépendant ou comme un pôle. Il se transforme alors en une coquille institutionnelle vide, générant ainsi un dangereux vide de pouvoir sur la scène internationale.
Le mécanisme de l’assimilation et de la transformation sur un territoire proxy
Au moment où un État perd sa cohésion stratégique et axiologique pour devenir une coquille vide, la porte s’ouvre à une pénétration rapide par les structures euro-atlantiques. Cette assimilation par le centre global s’effectue souvent par des moyens non militaires – par le contrôle de la sphère informationnelle, l’influence sur la représentation politique et l’implication des entreprises transnationales et des mécanismes technologiques.
Un acteur autrefois souverain devient alors une cible proxy (un « territoire proxy ») et une base avancée du libéralisme global. Pour une superpuissance eurasienne voisine, un tel territoire cesse de représenter une entité nationale indépendante ; il devient un tremplin pleinement colonisé à partir duquel les intérêts de puissance d’un hégémon étranger sont projetés directement contre l’architecture sécuritaire du bloc multipolaire.
Intervention préventive et sécurisation de la périphérie
Ce processus modifie fondamentalement la façon dont une grande puissance considère la possibilité d’une intervention militaire sur le territoire de son voisin. Si une intervention a lieu et que la souveraineté de cet acteur est anéantie, la théorie multipolaire n’interprète pas cela comme une agression non provoquée contre une nation distincte et souveraine. Cette intervention ne détruit pas un pôle indépendant, puisque celui-ci avait déjà cessé d’exister, ayant été assimilé de l’intérieur par la pénétration des valeurs occidentales portées par le centre occidental.
Dans ce contexte, l’action géopolitique ou militaire d’une grande puissance est comprise comme une mesure radicale de sécurité (ou, le cas échéant, préventive ou « sanitaire »). Il s’agit d’une tentative d’éliminer une influence assimilatrice extérieure qui, via un acteur proxy affaibli, s’est dangereusement approchée des intérêts vitaux du centre conservateur.

Selon cette logique analytique, la perte de souveraineté et l’absorption par une puissance hégémonique menacent donc principalement les États qui renoncent volontairement à leur indépendance, se dépouillent de leur substance identitaire et laissent leur propre territoire se transformer en instrument de projection de la puissance étrangère.
La région d’Europe centrale en tant qu’acteur souverain (Cas de la République tchèque)
Arrêter l’érosion interne de la souveraineté et restaurer un centre indépendant
Le discours médiatique et politique euro-atlantique présente souvent les petits États, tels que la République tchèque, face à une équation de puissance fatale: l’insuffisance de leur taille géopolitique rendrait impossible leur pleine autonomie et imposerait l’intégration inconditionnelle aux structures occidentales; sinon, ils courraient un risque imminent d’absorption par un impérialisme oriental. Or, du point de vue de la théorie de la multipolarité analysée, ce récit dominant apparaît comme fondamentalement trompeur et paralysant pour la réflexion en politique étrangère. De plus, il s’agit, dans ses conséquences, d’une thèse qui conduit directement les petites nations et les États à l’auto-destruction politique et à la perte de leur véritable souveraineté.
Intégration asymétrique et assimilation invisible
Alors que la science politique occidentale met constamment en avant la menace d’une hypothétique absorption extérieure de l’Est, elle ignore souvent complètement le processus structurel d’érosion de la souveraineté qui se déroule déjà de l’intérieur.

Le centre libéral global (historiquement qualifié de puissance maritime) ne s’appuie pas sur la force militaire pour son expansion principale, mais sur l’influence sophistiquée des entreprises transnationales, des ONG, des plateformes technologiques et des pressions normatives et uniformisatrices. L’objectif spécifique de ce modèle est de transformer l’État-nation et ses institutions sociales traditionnelles en simples entités administratives ou associatives soumises à des standards globaux. Une fois ce processus d’assimilation achevé, l’État-nation cesse d’exister en tant qu’entité politique indépendante, ne laissant derrière lui qu’un territoire proxy vidé de sa substance, servant de périphérie au bloc occidental.
Restaurer l’autonomie stratégique et le réalisme politique
Le point de départ théorique logique et la seule garantie rationnelle contre cette assimilation progressive – et, en même temps, la protection contre une absorption militaire potentielle venue de l’Est – est la constitution de l’État en tant qu’acteur de puissance incontestable et doté de cohésion interne. La localisation géographique de l’Europe centrale lui confère un certain potentiel défensif naturel.
Ce potentiel doit toutefois être renforcé par le rétablissement d’une forte continuité historique, d’une identité partagée et d’un réalisme politique souverain, enraciné dans les propres traditions historiques du pays. Les représentants de l’État doivent proclamer clairement que leur territoire n’est pas un espace malléable et uniformisable, mais une entité dotée d’une légitimité historique inaliénable et d’intérêts clairement définis.
Au moment où un tel État rejette l’agenda de dissolution internationale inconditionnelle et se définit comme un acteur cohésif et fonctionnel, fondé sur des valeurs étatiques traditionnelles, il modifie radicalement son statut géopolitique. Il cesse d’être une « coquille vide » ou un simple avant-poste des intérêts étrangers.
Du point de vue d’une grande puissance eurasienne, un tel État d’Europe centrale se transforme en l’acteur indépendant et respecté évoqué dans le second chapitre.
Pour cette raison, une politique conservatrice multipolaire n’a aucune raison objective ou rationnelle d’assimiler ou d’éliminer un tel État. Au contraire, l’existence d’un tel acteur fournit au centre de puissance eurasien la preuve empirique de la validité de la doctrine multipolaire elle-même et confirme que la défense contre les efforts d’assimilation de l’unipolarité globale est possible. L’État devient ainsi un partenaire sécuritaire respecté au sein du système international, remplissant un rôle stabilisateur irremplaçable.

Conclusion : L’ordre international multipolaire comme garantie de survie
Le conflit géopolitique fondamental de notre époque a atteint une phase critique, à partir de laquelle il est possible de dégager une synthèse analytique claire des arguments présentés.
L’universalisme occidental cherche à imposer au système international une forme d’unité globale fortement homogénéisée. Son ambition ultime est l’unification d’entités civilisationnelles, de nations et de traditions diverses au sein d’une structure contrôlée à l’échelle mondiale, gouvernée par des algorithmes normatifs et technologiques centralisés. Dans un système conçu de cette manière, les petits États-nations sont les premiers menacés, car ils perdent immédiatement leur identité et succombent aux premières vagues de l’assimilation structurelle.
À l’inverse, le concept de multipolarité et la géopolitique continentale alternative poursuivent également la stabilité internationale, mais sur la base du maintien de la diversité de centres souverains et indépendants. Théoriquement, ce modèle ne représente pas une forme cachée d’expansion néocoloniale, mais bien la construction d’une architecture sécuritaire défensive dans laquelle chaque État-nation constitue un élément distinct, solide et indispensable à la stabilité globale du système international.
Pour les petits États – en particulier en Europe centrale – le débat sur la multipolarité n’est donc pas un simple concept académique abstrait. Il s’agit d’un véritable enjeu historique et politique, qui déterminera la préservation même de leur essence et de leur souveraineté. La seule stratégie de sécurité efficace pour les petits acteurs consiste à renforcer leur résilience interne, à rejeter la dissolution progressive des fonctions étatiques et à se constituer en entités politiques fortes et intransigeantes, servant de piliers stabilisateurs dans la région. Tandis que l’unipolarité offre aux petits États une dissolution institutionnelle de facto, la multipolarité, du point de vue théorique, leur propose un cadre de légitimation et de préservation de leur propre souveraineté étatique.
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Étrangers en terre étrangère. Du romantisme à Nietzsche - un essai de Mario Bosincu

Étrangers en terre étrangère. Du romantisme à Nietzsche - un essai de Mario Bosincu
Giovanni Sessa
Source: https://ilfondo.org/stranieri-in-terra-straniera-un-saggi...
Mario Bosincu, germaniste à l’Université de Sassari, avait déjà démontré, dans ses travaux précédents, qu’il était un chercheur de haut niveau. La lecture de son dernier ouvrage confirme cette impression. Nous faisons référence au volume Stranieri in terre straniera. Dal Romanticismo a Nietzsche (= Étrangers en terre étrangère. Du Romantisme à Nietzsche), paru aux éditions Le Lettere.
Il s’agit d’un essai documenté, construit sur des analyses philologiquement irréprochables, qui toutefois, il convient de le souligner, ne réduisent pas le geste scriptural et reconstructif de l’auteur à un simple exercice d’érudition.
L’écriture est vivante, fluide et, par certains aspects, met en évidence l’intérêt de Bosincu pour les thèmes abordés, sans que cela nuise au caractère scientifique de l’essai. Le livre, note le germaniste, « entend mettre en lumière certaines figures exemplaires de l’altérité, apparues dans le domaine philosophico-littéraire entre la fin du XVIIIe siècle et la Seconde Guerre mondiale […] le plus souvent, au sein de la culture allemande » (p. VII). Il s’agit d’une traversée au cours de laquelle, partant du Romantisme (Romantik), Bosincu procède à l’exégèse de la proposition philosophico-existentielle de Nietzsche, pour aboutir finalement à l’interprétation de l’écrit de Friedrich Georg Jünger, Apollon, Pan, Dionysos, de 1943.
Quels sont les penseurs interrogés par Bosincu ? Des philosophes et des écrivains de la Kulturkritik, des « antimodernes ». Cette définition renvoie à une vaste constellation d’auteurs qui virent dans la modernité, inaugurée par les Lumières, un appauvrissement de la vie. Ces intellectuels développent « une modalité de réflexion qui met en évidence les aspects pathologiques de la modernité, […] se tourne vers le passé prémoderne […] et esquisse l’idéal antithétique de l’homme total » (p. 3).
Parmi eux, il convient de rappeler en premier lieu Schiller (portrait). Celui-ci perçoit, dans l’époque qui lui est contemporaine, l’affaiblissement des facultés humaines au profit exclusif de l’intellect analytique, scientifique et instrumental, mis au service du Gestell et de la recherche de l’utilité économique.
L’âge moderne est vécu comme l’époque du retour des Titans, centrée sur la «puissance» de la démesure et oublieuse des qualités propres à la personne, de l’individu persuadé et réconcilié avec les potestates animant le cosmos.
Dans le même temps, les « antimodernes » découvrent, grâce à l’héritage des Lumières, notre historicité, comprenant que l’homme diminué, l’homme unidimensionnel de la modernité, est contingent et peut être dépassé. Ce n’est pas un hasard si Nietzsche souligne que « la capacité d’être différent […] fait partie des attributs de la “grandeur” » (p. 5).
Une modalité de réflexion qui fait émerger les traits de l’homme total.
Les Lumières elles-mêmes l’avaient montré en réalisant, par leurs écrits, une «colonisation de l’imaginaire», laquelle est modernisatrice. Il devenait nécessaire de réaliser un contre-mouvement visant à la création d’une «subjectivité» autre, différente, qui retrouverait ses propres paradigmes, ses propres exempla dans le passé médiéval ou dans la vision du monde hellénique. Cet homme utopique, jamais «utopiste» — les deux termes, pour l’auteur, ont une valeur inconciliable — aurait été porteur de la Kultur, selon Spengler, en opposition à la civilisation décadente (Zivilisation).
La Romantik et tous les auteurs étudiés par Bosincu sont, pour le dire avec Löwy et Sayre, porteurs d’une vision anticapitaliste et esthétisante, transmettant un code existentiel alternatif, comme l’a reconnu Sombart, à l’identité bourgeoise.
Le nouvel homme devait être construit «par des pratiques orientées vers l’intériorité telles que l’expérience de la nature et la lecture, une technologie de soi» (p. 13), apte à instaurer une «résistance éthopoïétique à la modernité» (p. 14). C’est dans ce sens qu’agit, entre autres, Baudelaire, en se référant au dandy, individu capable de faire de son existence une œuvre d’art, pour se différencier des masses et des idola introduits par la raison calculatrice. Un exemple différent, mais non similaire, de cette rébellion se retrouve également dans les écrits et la vie de Thoreau, dans son retour à la wilderness.
Les antimodernes de génie sont des hommes seuls, étrangers en terre étrangère qui, dans l’isolement nécessaire à la pratique philosophique, réalisent la metanoia, le «changement de cœur». Leurs œuvres sont une «communication d’existence» qui, comme l’a soutenu Kierkegaard, ne s’adressaient pas au lecteur des «Gazettes», mais tendaient à «le prendre à la gorge», animées par l’urgence de lui faire acquérir un regard épistrophique et absolu sur la vie.
La littérature interrogée par Bosincu est, d’une part, un sermo propheticus — la production de Fichte en est exemplaire — d’autre part, un sermo mysticus qui, selon la leçon du Maître Eckhart, poursuit le «videment» de l’individu dans un parcours de conversion «initiatique», qui mène à l’«éveil», au tertium datur de la coïncidentia oppositorum.
Des modèles de cette modalité scripturale, rapporte l’auteur, peuvent être trouvés chez Marc Aurèle et Pétrarque. Les exempla sont ceux transmis par Tacite, puis attestés par les Héros de Carlyle.
Les antimodernes, donc, se configurent comme des parrêsiaste, intellectuels qui affirment la vérité à l’époque de son oubli, à l’époque où, pour le dire avec Badiou, on pense à partir de la fin: «Le plaisir de la destruction (du moderne) est, en même temps, un plaisir créatif!» (p. 103). Nietzsche, dont la pensée est minutieusement reconstruite à chaque étape, dans le sillage de Feuerbach, est convaincu que démolir «l’idée de Dieu […] signifie […] briser le sortilège qui dépossède d’une valeur le monde d’ici-bas» (p. 103), afin de renouveler la «fidélité à la terre».
Bosincu considère la physis hellénique comme l’unique transcendance. C’est seulement en elle, comme chez Bruno, que se trouve le principe, l’origine.
Ce que nous ne partageons pas dans l’herméneutique érudite de Bosincu, c’est son jugement sur le contre-mouvement des auteurs étudiés, qu’il inscrit dans la même logique qui soutiendrait, selon Voegelin, les thèses néo-gnostiques puritaines et illuministes. À notre avis, les auteurs de Bosincu, du moins ceux qui regardent la physis hellénique comme l’unique transcendance, le font en étant convaincus que c’est seulement en elle, comme chez Bruno, que se trouvent le principe, l’origine: ils sont donc étrangers à toute perspective dualiste et gnostique.
C’est au dualisme chrétien qu’on peut, en revanche, reprocher de couver en lui des germes gnostiques, très clairs dans la dévalorisation de la nature et du monde au profit du Parfait, de Dieu. Central, pour la compréhension de ce postulat, est le dernier chapitre du volume, dédié à l’œuvre de Friedrich Georg Jünger. Celui de Jünger est un paganisme de l’esprit, centré sur «l’antithèse fraternelle» d’Apollon, Pan et Dionysos.
Friedrich Georg montre son adhésion à une perspective mythique: il estime que dans chaque être, dans l’intériorité de l’homme et dans ses activités, agit un dieu. Le divin est palpitant, il se fait expérience, loin de toute issue «wotaniste».
Pour échapper à la domination réifiante du moderne, l’homme doit retrouver la dimension imaginale: c’est seulement en elle qu’il est possible de retrouver le souffle des dieux, l’éternelle métamorphose animique de la physis.
Aux mêmes conclusions étaient arrivés, dans la «Pensée italienne» du XXe siècle, Evola, Emo, Diano et Colli. L’auteur de ces lignes se sent aujourd’hui étranger en terre étrangère, tout en étant ébloui, comme les penseurs évoqués, par le thauma, la merveille tragique de la vie.
Mario Bosincu, Stranieri in terra straniera. Dal Romanticismo a Nietzsche, Ed. Le Lettere, 377 pages, 25 euro. Pour toute commande: https://www.lelettere.it/libro/9788893664950
14:07 Publié dans Livre, Livre, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romantisme, mario bosincu, livre, révolution conservatrice, philosophie |
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