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dimanche, 23 août 2026

Lire Périclès et Aristophane pour réfléchir à la démocratie

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Lire Périclès et Aristophane pour réfléchir à la démocratie

par Apostolos Apostolou

Source: https://www.destra.it/home/approfondimenti-leggere-pericl...

À une époque où la pensée glisse sur une phénoménologie de la perte irrémédiable de sens et sur une intention expressive durable mais indécise, quel rôle la politique peut-elle jouer? Et de quelle politique pouvons-nous parler aujourd’hui? D’une politique de réalisation triomphale? D’une politique évocatrice, nostalgique, de la tradition moderne, qui n’est que l’autre visage de l’ennui? D’une politique militante, empirique, qui répond aux cris par d’autres cris, à la manière d’un appel philosophique? Ou peut-être d’une politique oscillant entre l’action affirmée et sa signification? Ou encore d’une politique méditative, qui malgré elle, devient puissamment vide?

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On peut dire que, du VIIe au Ve siècle avant J.-C., le «sens» du développement de la culture grecque se précise de façon de plus en plus adaptée à la révolution anthropocentrique alors imminente. C’est ainsi que naît, précisément à cette époque, la conception éthique moderne de l’État comme expression suprême de la socialité des valeurs. Ainsi, le nouveau sens de la politique se vérifie dans le développement de la «polis». C’est dans l’Athènes de Périclès que se réalise l’objectivation la plus poussée du concept éthique de la «polis» et que, pour la première fois, ont lieu les discussions sur les principes de la démocratie.

Dans l’Épitaphe de Thucydide, on lit: «De nom, en paroles c’était une démocratie, en fait le pouvoir appartenait au premier citoyen – c’est-à-dire au chef». Donc, il n’y avait qu’une démocratie de façade. L’Épitaphe de Thucydide est un texte fondamental, un manifeste de la démocratie dans l’histoire universelle.

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Dans Les Suppliantes d’Euripide (buste), une tragédie jouée peu après 424 av. J.-C., se déroule un affrontement dialectique pour ou contre la démocratie. Euripide, peu apprécié du public et aux amitiés politiques affirmées, critiquait la démocratie. Ainsi, par exemple, les arguments contre la démocratie – comme l’incompétence du «citoyen ordinaire» à qui l’on ne peut confier des décisions délicates et cruciales, la dérive inévitable vers la démagogie, etc. – il les fait exprimer par un personnage odieux. Mais le fait demeure: ses arguments restent sans réponse.

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Aristophane met également en scène, de façon allégorique, une attaque virulente contre le champion de la politique athénienne de l’époque, le démagogue Cléon. Cléon exploite le peuple à son avantage. Cette caste politique professionnelle s’impose surtout à partir de 403, après la restauration démocratique qui suit les coups d’État oligarchiques de la fin du Ve siècle. En ce qui concerne Aristophane, il ne faut pas oublier que le grand dramaturge était un homme de bon sens, très attaché aux traditions antiques. Il fut le premier à parler de modèle politique professionnel. Politiquement, Aristophane était davantage un «populiste» qu’un nostalgique du régime aristocratique. En effet, dans ses comédies, il exalte toujours le bon sens populaire et la vie simple des humbles.

Pour donner une définition minimale de la démocratie, il faut en donner une définition purement procédurale: c’est-à-dire définir la démocratie comme une méthode de prise de décision collective. Thucydide, lorsqu’il parle de démocratie, se réfère au peuple, qui s’oppose toujours au pouvoir politique. (Το εναντιούμενον τω δυναστεύοντι δήμος ωνόμασται. Tyrannis enim semper infesti sumus quicquid autem tyrannis adversatur, populus nominatur. Lib,VI,89-91). Aristote dira la même chose. La démocratie est le gouvernement des pauvres nombreux (Ανειμένη δημοκρατία).

Mais la démocratie n’est pas seulement un ensemble de règles servant à prendre des décisions collectives; et ce n’est pas seulement l’affirmation de principes comme l’égalité, la non-violence, les libertés individuelles. Puisque la démocratie n’existe pas dans la nature, qu’elle est le fruit d’une convention, seul le respect (selon Thomas d’Aquin) issu d’une conviction authentique et partagée peut faire qu’elle soit vécue comme « naturelle » par ceux qui en sont sujets et bénéficiaires.

Aristote voit la démocratie comme un « mode de vie ». Au début du livre IV (Politique), il écrit : (κτῶνται καὶ φυλάττουσιν οὐ τὰς ἀρετὰς τοῖς ἐκτὸς ἀλλ᾽ ἐκεῖνα ταύταις, καὶ τὸ ζῆν εὐδαιμόνως, εἴτ᾽ ἐν τῷ χαίρειν ἐστὶν εἴτ᾽ ἐν ἀρετῇ τοῖς ἀνθρώποις, Politique 1323b). C’est-à-dire que la démocratie n’est pas qu’une forme de gouvernement, mais une œuvre d’art. La démocratie est un art: une pratique tournée non vers la recherche de l’utilité, mais vers la recherche de la beauté, de la richesse de sens. La démocratie est un monde d’être individuel et social qui exige le partage des valeurs, la solidarité (voilà les arete), l’intérêt pour l’échange d’expériences, l’engagement à surmonter les égoïsmes.

La démocratie, c’est la dignité de l’homme dans sa capacité à se façonner lui-même. L’homme, selon la démocratie, n’a de dignité que lorsqu’il peut choisir sa manière d’être: seulement lorsqu’il peut être sujet d’initiative et non simple instrument. Aujourd’hui, les institutions économiques, sociales, politiques et juridiques apparaissent en déséquilibre croissant avec l’exigence, de plus en plus répandue, du respect de la dignité humaine. Sommes-nous aujourd’hui citoyens ou consommateurs? Y a-t-il une différence? Être consommateur, c’est s’occuper exclusivement de la défense de ses propres intérêts, rester ancré à son propre particularisme, comme s’il était un lobby, alors qu’être citoyen, c’est tenter d’aller au-delà de son cas personnel, faire abstraction de sa propre condition pour s’associer et partager avec les autres la gestion de la vie publique.

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Nous sommes tous habitants du supermarché comme de la cité, et notre attaque contre la démocratie est avant tout une attaque contre les avantages démesurés de la prospérité. Aujourd’hui, je suis un être sans qualités, ouvert à toutes les sollicitations, une personnalité produite industriellement. La consommation est une consolation, une trêve dans la rivalité, un baume pour les blessures que le monde nous inflige. L’enrôlement répété use les déguisements. La multiplication des changements de détail exaspère le désir de changer sans jamais le satisfaire (et par polis, nous entendons, pour parler de manière générale, un nombre suffisant de telles personnes pour assurer l’indépendance de la vie. Selon Aristote, Politique III, 1, 1274b-1275b. Et selon Héraclite, l’homme doit participer à la dynamique des rapports sociaux : « καθ’ό,τι αν κοινωνήσωμεν αληθεύομεν,α δε αν ιδιάσωμεν, ψευδόμεθα »).

En précipitant le changement d’illusions, le pouvoir ne peut échapper à la réalité du changement radical. La multiplication des rôles tend non seulement à les rendre équivalents, mais aussi à les fragmenter, les rendant dérisoires. La quantification de la subjectivité a créé des catégories spectaculaires pour les gestes les plus prosaïques ou les dispositions les plus courantes: une façon de sourire, la taille d’une poitrine, une coupe de cheveux, etc. Il y a de moins en moins de grands rôles, tandis que les figurants se multiplient. Voilà pourquoi le consumérisme gagne du terrain.

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L’individu occidental est par nature un être blessé qui paie l’orgueil insensé de vouloir exister dans la précarité. L’empire du consumérisme et de la distraction a inscrit le droit de régresser dans le registre général des droits de l’homme. Nos passions ne sont plus républicaines ou nationales, mais commerciales ou privées. L’idiot devient un héros de la philosophie occidentale. Sans le savoir, les Lumières glissent vers l’extinction ouverte de ce qui existe de manière personnelle. Avec des tomes interminables de dizaines de milliers de pages d’une élégance stylistique raffinée. Des fouilles labyrinthiques d’arguments pour miner le néant: les concepts imaginaires de la théologie syllogistique. Avec une poudre qui ne s’enflamme pas: abstentions de jugement par scepticisme, confusion du relativisme, impasse nihiliste.

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L’existence suspendue dans l’air, toujours insensée, la matière inexpliquée, la mécanique de l’univers abandonnée au hasard transcendant. Le sentiment d’humiliation n’est rien d’autre que le sentiment d’être un objet. Ainsi compris, il fonde une lucidité combative où la critique de l’organisation de la vie ne se sépare pas de la mise en œuvre immédiate d’un projet de vie différent. S’il n’y a pas de construction possible sans partir du désespoir individuel et de son dépassement, les efforts pour camoufler ce désespoir et le manipuler sous un autre emballage suffiraient à le prouver.

Jean-Baudrillard-4884-1.jpgAinsi aujourd’hui, comme le dira Jean Baudrillard (photo), «Tu as un sens et tu dois en faire bon usage. Tu as un inconscient et il faut que “cela” parle. Tu as un corps et il faut en jouir. Tu as une libido et tu dois la dépenser». Tout doit être sacrifié à une génération des choses de type opérationnel. Ainsi la communication, toujours selon Baudrillard, n’est pas une parole, mais un faire-parler. L’information n’est pas un savoir, mais un faire-savoir. L’auxiliaire « faire » indique qu’il s’agit d’une opération, non d’une action. Dans la publicité, dans la propagande, il ne s’agit pas de croire, mais de faire-croire. La participation n’est pas une forme sociale active ou spontanée, elle est toujours induite par une sorte de machinerie ou de machination, c’est un faire-agir, comme l’animation et autres choses du genre.

Aujourd’hui, la volonté elle-même est médiatisée par des modèles de la volonté, par un faire-vouloir, comme la persuasion ou la dissuasion. En d’autres termes, la consommation n’est plus une simple jouissance des biens, c’est un faire-jouir, une opération modélisée et indexée sur la gamme différentielle des objets-signes. Et puisque être soi-même signifie se présenter sous une double face… Le vide ontologique, l’instabilité nauséeuse, l’incertitude de l’oscillation dans l’instantané de l’éphémère. Comment limiter, tempérer cette puérile fantasmagorie qui proclame que tout est possible, tout est permis ?

jeudi, 05 décembre 2024

Lysistrata 2024 ou la schizophrénie du féminisme occidental

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Lysistrata 2024 ou la schizophrénie du féminisme occidental

Raphael Machado

Source: https://novaresistencia.org/2024/11/12/lisistrata-2024-ou...

Un grand nombre d'électeurs du Parti démocrate aux États-Unis ont décidé de décréter une « grève du sexe » sous l'ère Trump. Une nouvelle démonstration de la faillite du féminisme occidental ?

    « LYSISTRATA

    Il y a beaucoup de choses à propos de nous, les femmes

    Qui me rendent triste, vu comment les hommes

    Nous considèrent comme des canailles.

    CALONICE

    En effet, nous le sommes ! ».

L'un des aspects les plus intéressants de la victoire de Donald Trump aux élections américaines est le fait qu'une campagne a immédiatement été lancée dans laquelle des femmes progressistes ont promis d'entamer une « grève du sexe ». Elles sont censées ne pas avoir de relations sexuelles pendant toute la durée du mandat de Trump.

Cette grève serait une revanche contre les « hommes blancs » qui auraient voté et donné la victoire à Trump, un candidat qui, dans l'esprit malade des femmes progressistes, les dépouillera de tous leurs droits.

L'intrigue rappelle la comédie grecque « Lysistrata » d'Aristophane, dans laquelle les femmes des cités-États grecques conspirent entre elles pour priver les hommes de sexe afin de faire pression pour mettre fin à la guerre du Péloponnèse, qui dure depuis des années.

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Malgré les tentatives contemporaines de présenter cette comédie comme « féministe » ou « pacifiste », elle n'est ni l'une ni l'autre. Il s'agit d'une pièce intelligente d'Aristophane sur l'impasse militaire la plus importante de sa génération, la « grève du sexe », qui sert d'artifice comique absurde pour la réconciliation hellénique, dans laquelle le comportement hystérique et irrationnel des femmes conduit inopinément à une conclusion satisfaisante pour les parties.

À la fin, Athéniens et Spartiates se réconcilient et vont faire l'amour avec leurs femmes. Cette comédie sert d'ailleurs à réfuter une fois de plus (parmi une infinité) le mythe de la normalisation de l'homosexualité dans la Grèce antique. Pourquoi les Grecs seraient-ils dérangés par la « grève du sexe » des femmes s'ils avaient une « alternative » ?

Mais nous sommes loin, en termes de civilisation et d'époque, de la Grèce d'Aristophane.

Et si les femmes d'aujourd'hui ont encore de nombreuses caractéristiques communes avec celles de l'Antiquité, elles appartiennent aussi à une qualité totalement différente (et généralement inférieure à) de celle des Grecs.

Car si la « leçon morale » du poète reste que « les femmes, sans protection masculine, deviennent folles », le caractère des femmes a changé, et elles ne recherchent plus la conciliation ou la chaste harmonie conjugale sous la protection de la Vierge Athéna (comme à la fin de « Lysistrata »).

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Cette grève du sexe des femmes américaines n'a aucun sens et ne peut avoir aucun effet. Au contraire, elle permet de renouveler l'analyse évolienne de la « femme américaine ».

Le baron Julius Evola dit ce qui suit à propos de la «femme américaine»:

« Une enquête médicale récente aux États-Unis a montré que 75% des jeunes Américaines manquent d'une forte sensibilité sexuelle et qu'au lieu de satisfaire leur libido, elles préfèrent rechercher un plaisir narcissique dans l'exhibitionnisme, dans la vanité du culte du corps et dans la santé au sens stérile du terme. Les filles américaines n'ont pas de « problèmes sexuels », elles sont faciles pour les hommes qui considèrent le processus sexuel comme quelque chose d'isolé et donc inintéressant. Ainsi, par exemple, après avoir été invitée à regarder un film ou à aller danser, il est bon, selon les coutumes américaines, qu'une fille se laisse embrasser sans que cela ne signifie quoi que ce soit sur le plan sentimental. Les Américaines sont froides, frigides et matérialistes. L'homme qui « a un truc » avec une Américaine est obligé envers elle matériellement, financièrement. La femme lui a accordé une faveur matérielle ».

En ce sens, en considérant la chasteté comme une « grève », la progressiste américaine révèle involontairement qu'elle considère le sexe comme un « travail » et que, par conséquent, elle se considère comme une prostituée.

Le problème ici est qu'en raison de la manière dont la logique sexuelle fonctionne dans la gynécocratie post-moderne, en particulier après l'émergence de dispositifs de virtualisation tels que Tinder, cela ne fait aucune différence de menacer les hommes américains de refuser le sexe. C'est déjà une réalité factuelle que la majorité des femmes tournent autour d'une petite poignée d'hommes, ce qui a notamment pour conséquence que des millions d'hommes américains sont vierges ou ont peu de rapports sexuels, alors que les femmes sont beaucoup plus « arrondies ».

Ce sont les femmes qui auront du mal, habituées qu'elles sont à une licence débridée, avec la chasteté au profit de leur « idéologie ». Ou peut-être pas tant que ça, puisque comme le faisait remarquer Evola dans les années 60, loin d'exprimer une quelconque sensualité, les Américaines sont frigides.

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Il n'est donc pas surprenant qu'il existe aujourd'hui un vaste mouvement (« passport bros ») d'hommes américains à la recherche d'épouses en Amérique ibérique, en Asie et en Europe de l'Est, des endroits où le Yankee pense pouvoir trouver des femmes qui ont encore préservé une féminité originale et une capacité de dévouement sincère dans la relation conjugale.

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En ce sens, les conservateurs américains se contentent de hausser les épaules. Premièrement, un grand nombre de femmes (du moins parmi les femmes blanches) ont voté pour Trump, et elles ne se mettront pas en grève. Deuxièmement, les progressistes ont tendance à être moins appréciés d'un point de vue esthétique aux États-Unis. Ils sont souvent laids et bizarres. Troisièmement, si quelqu'un est exclu à cause de cette grève, il n'a qu'à essayer de trouver une petite amie dans une autre partie du monde. La femme de Trump est slave, celle de Vance est indienne.

La grève, considérée comme une castration capable de soumettre politiquement les hommes, expose non seulement la nature cibelline du féminisme, mais souligne également la nature tragique de l'affaiblissement du rôle de l'homme.

En fin de compte, dans le contexte du féminisme occidental, contrairement à la comédie grecque, il n'y a pas de réconciliation entre la féministe yankee et l'homme normal à l'horizon. Si dans « Lysistrata » le désir et l'excitation rétablissent l'harmonie sociale, la femme moderne devra encore passer par un grand traumatisme civilisationnel pour comprendre l'importance du rôle « tutélaire » de l'homme.

Naturellement, cet homme moderne devra redevenir un « homme ». En d'autres termes, il devra rompre avec « l'esprit bourgeois », essentiellement dévirilisant.

13:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lysistrata, aristophane, féminisme, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook