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mercredi, 03 février 2021

Epuisement de l'Europe?

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Epuisement de l'Europe?

René Girard

Achever Clausewitz

Editions Champs, 2007

(extraits)

« [En 1940] l’esprit guerrier n’était plus là du tout. L’histoire était devenue implacable. En fait, les Français avaient, à leur tour, l’idée que l’esprit allemand était essentiellement tourné vers la guerre, que c’était dorénavant leur culture à eux (…). Mais ce n’était plus du tout la culture des Français. Il faut penser cette situation comme l’inverse exact de celle de 1806, qui faisait croire à Clausewitz et Germaine de Staël que les guerriers par excellence étaient les Français. Ces derniers ont en effet pris acte, en 1940, que les siècles de la prépondérance française était derrière eux, qu’ils allaient assister au retour des Germains et de l’empire. Quand la culture de la guerre change de camp, la vision de l’histoire change, elle aussi. (…) la France du Second Empire, et surtout celle de la IIIe République, s’est bâtie sur un mythe napoléonien qui l’a littéralement achevée en l’obligeant à vivre au-dessus de ses moyens. Notre dénégation de la réalité est allée croissant, au fur et à mesure que montait, de son coté, le ressentiment allemand. Mais c’est toujours la puissance déclinante qui vit au-dessus de ses ressources. En 1806, c’était la Prusse ; en 1940, c’était la France, mais dans des proportions évidemment incomparables, car la montée aux extrêmes avait progressé. On peut dire de la même façon que l’esprit guerrier a quitté l’Allemagne (…). Là aussi, c’est fini, quelque chose a été cassé. Chaque pays européen a été brisé à son tour par cette tornade. »

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« Il y a de formidables tabous en France, beaucoup de sujets qui fâchent, et dont on ne veut pas parler. (…) Napoléon est littéralement divinisé, comme Jules César. Mais sa mort n’a rien fondé. L’Empire français est mort avec lui. Alors son petit neveu a reconstruit Paris pour essayer de le faire oublier : Iéna, Wagram, Austerlitz, Caulaincourt évoquent plus des avenues, des gares ou des rues, que les batailles ou les généraux qui ont conduit la France à sa ruine. Nous étions encore, il y a peu de temps, dans le mythe de la ‘grandeur française’, dans Louis XIV et dans Napoléon. De Gaulle a porté ce mythe à sa manière. Nous avons changé d’époque. C’est sans doute une bonne chose. Cela indique une sortie de la religion nationale. La continuation de ce qu’il y avait de meilleur dans le gaullisme consistera à renoncer à certains mythes gaulliens, comme un nationalisme trop étroit, par exemple. »

« …l’Europe (…) est un continent fatigué, qui n’oppose plus beaucoup de résistance au terrorisme. D’où le caractère foudroyant de ces attaques, menées souvent par des gens ‘de l’intérieur’. (…) L’Europe était moins malléable du temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings. »

Addendum à

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/01/31/la-roue-des-civilisations-le-zodiaque-a-t-il-une-influence-sur-la-successio.html

Citation oubliée dans la compilation « La ‘Roue’ des civilisations » (astro-histoire, etc.) :

« L’entrée dans l’ère du Verseau est bien plus tragique que les changements d’ères précédents. Le passage du Taureau au Bélier n’a vu que l’affaiblissement de l’empire égyptien, celui du Bélier aux Poissons la décadence romaine. Mais le début du Verseau contient la liquidation apocalyptique évoquée par le mythe de Babel… »

(Robert Dun, Le message du Verseau, 1977)

Une autre citation coïncidant partiellement avec le thème de l’astro-histoire, mais qui peut être placée en « Additif » :

« …depuis Alexandre, aucun conquérant n’a réussi à triompher lorsqu’il s’est dirigé vers l’Orient. Toutes les grandes invasions ont eu lieu dans l’autre sens, qui correspond à la course du soleil sur l’horizon, de l’Est vers l’Ouest, l’Occident, le ‘bout du monde’ qui se termine avec les rivages de l’Océan et les caps finis-tère (Irlande, Bretagne, Galice).

Voici les vainqueurs : Jules César, Attila, Tamerlan, Gengis-Khan : ils marchaient vers l’ouest, comme les conquistadors ibériques du Nouveau Monde et ceux du Far West.

Voici les vaincus, marchant vers l’Est : l’empereur Julien, Charles XII, Napoléon, Hitler. 

Hitler aurait dû comprendre le sens cosmique de la marche des peuples migrateurs vers l’Occident : Ases, Scythes, Germains, Celtes. On ne renverse pas le cours du destin, serait-ce pour rejoindre la ‘Horde d’Or’. On ne boit jamais deux fois à la même source. »

(article dans la revue « Nostra », hors-série n° 2, 1983)

11:09 Publié dans Livre, Livre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, europe, rené girard, livre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Avec tout le respect que je vous dois, l'addendum sur les supposés vainqueurs et vaincus de l'histoire en fonction de la rotation quotidienne de la Terre me semble inutile car il relève de la pensée superstitieuse. J'ignore ce qui a inspiré l'auteur de cette revue «Nostra».

Les erreurs profondes commises par Napoléon et Hitler dans leurs stratégies globale dans les champs politique, diplomatique et militaire peuvent naturellement nous sidérer. Mais se laisser aller à un esprit de défaite aussi hémiplégique n'est compréhensible que si l'on entretenait au préalable une confusion ambigue sur le sens de l'Europe. Si l'on admettait ouvertement que seul l'espace carolingien comptait dans le sens qu'on attribue à l'Europe, ce serait plus honnête, même si ça ne serait pas une garantie de succès.

Si l'on examine l'histoire militaire, on pourra également noter, depuis Alexandre le Grand :
Pompée dans le Caucase et en Judée, Vespasien en Judée rebelle, Trajan en Mésopotamie, Dioclétien à Ctésiphon, Héraclius à Ninive, Sviatoslav en Khazarie, Nicéphore Phocas en Syrie, les croisés de la première croisade à Dorylée, Antioche et Jérusalem, Ivan le Terrible à Kazan, Yermak au-delà de l'Oural, Don Juan d'Autriche à Lépante, Eugène de Savoie dans les Balkans ottomans, les généraux russes impériaux dans le Caucase, les flottes française, russe et britannique à Navarin, les petites nations européennes en Macédoine et en Thrace ottomanes en 1912 et 1913, Pilsudksi refoulant l'armée rouge, les Britanniques à Imphal et Kohima en 1944, l'armée russe à Grozny en 2000...

Je crois que ce sont autant de contre-exemples qui permettent de ne pas se laisser enfumer par des injonctions paralysantes sur un prétendu sens unidirectionnel de l'histoire. Je crois que nous valons mieux que cet esprit de défaite et je le laisse ça à des fumistes comme feue Margaret Thatcher (TINA) et Francis Fukuyama.

Écrit par : Stavros Papadimoulis | mercredi, 03 février 2021

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