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dimanche, 22 mai 2022

Le concept d'éternel chez Hegel

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Le concept d'éternel chez Hegel

par Giandomenico Casalino

Source: https://www.ideeazione.com/impero-e-prassi/

Dans un passage de la Préface aux Lineamenti di filosofia del diritto (Bari, 2004 p. 14), Hegel a formulé cette double affirmation célèbre, pour ne pas dire tristement célèbre: "ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel", sur laquelle, depuis presque deux cents ans, non seulement tout a été dit, mais elle a été interprétée de manière tellement déformée et mystifiante que l'intention authentique de ceux qui l'ont formulée a été éliminée et, avec le temps, effacée. Il est de plus en plus vrai que les grands esprits ne sont jamais compris dans et par leur temps, pour la simple raison, ou arcane du destin, qu'ils sont hors (et donc contre...) leur temps ! De toutes les sottises dites à propos de cet énoncé, la plus triviale, et donc la plus éloignée de la vision hégélienne, est l'interprétation, entièrement temporelle, selon laquelle cet énoncé n'est rien d'autre que la légitimation et donc l'acceptation de l'existant (le réel) dans la mesure où il serait, en tout état de cause, et donc toujours, rationnel (et, par conséquent, juste.... ) ; d'où tout le brouhaha de non-sens et les réquisitoires "scandalisés" contre la vision politico-historique "réactionnaire" de Hegel, qui aurait équivalu à un acquiescement obtus et docile à ce qui existe, le même étant légitimé et donc juste par le simple fait qu'il s'agit, précisément, d'une donnée objective.

Or, une "vision" aussi pauvre et, au fond, aussi vulgaire, peut-elle jamais appartenir à une pensée comme celle de Hegel, qui non seulement n'est absolument pas fondée sur une acceptation agnostique et non critique de ce qui existe (sous toutes ses formes...), mais exige, laisse entendre et proclame la nécessité indéniable, de la part de l'homme, de la connaissance de l'Absolu dans l'identification laborieuse (les travaux du concept) de la Pensée avec l'Être ? Certainement pas !

Et donc, que diable le sage Svevo a-t-il voulu dire par cette affirmation contenue dans la préface des Lineamenti et qui semble étrangère au contenu de l'œuvre elle-même ? Il aurait suffi que, des contemporains de Hegel à nos jours, les exégètes, les commentateurs et les érudits du corpus hégélien et de l'ensemble de celui-ci, prennent la peine d'étudier l'ensemble du lexique hégélien, en essayant de comprendre son sémanthème ; Ils auraient ainsi acquis la connaissance incontestablement éclairante que le mot "rationnel" chez Hegel a, essentiellement et exclusivement, le sens de Raison et de Logique, au sens cosmique, et que, à son tour, Das logische (comme Hegel l'appelle), c'est-à-dire "le Logique", n'est autre que la Raison, l'Éternel, l'Être, l'Absolu toujours et exclusivement au sens cosmique et non subjectif ; et ils auraient, en effet, compris que le mot "réel", toujours chez Hegel, ne signifie absolument pas la présence puérile et vulgaire du donné matériel quel qu'il soit, mais, sémantiquement, renvoie au vraiment réel, donc à ce qui l'est de manière puissante et évidente et qui est le Concept adéquat qu'est l'Idée (on connaît bien, à cet égard, l'exemple hégélien d'un État qui..., tout en ne réalisant pas totalement l'Idée de la même mais en en possédant, néanmoins, une certaine connotation, de manière à faire penser à une forme, bien que déficiente, de la même Idée) et, disons dès maintenant, que l'Idée n'est réelle, dans la mesure où elle est vraie, que dans la Nature (qui est l'aliénation de l'Idée) et à travers et au-delà d'elle (la Nature) pour être, par conséquent, Esprit !

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Nous sommes certains de n'avoir anticipé aucune conclusion, pour la simple raison que Hegel lui-même, venant à nous et précisant davantage sa pensée, affirme dans le même passage que la "question" est, en substance, ".... de connaître l'Éternel qui est présent..."!

Par conséquent, il ne se contente pas d'expliciter aux savants et aux hommes illustres, et au même endroit, que le "rationnel" équivaut, en effet, à l'Éternel (dans la surdité et la cécité totales des badauds..... ) mais affirme quelque chose de si explosif, comme une efficacité révolutionnaire contre la domination culturelle millénaire du dualisme chrétien, qu'il met en évidence son inconsistance philosophique, c'est-à-dire conceptuelle, et par conséquent enjoint l'homme lui-même, pour qu'il se libère de l'ignorance de la foi et du sentiment, à "connaître l'Éternel qui est présent". Et attention ! Hegel ne dit pas que "l'Éternel sera présent" mais "qu'il est présent" et il dit encore qu'à côté de cet "Éternel qui est présent", il y a un autre Éternel qui deviendra présent lorsque ce présent sera terminé. Par conséquent, platoniquement et donc de manière classique gréco-romaine, Hegel affirme quelque chose de radicalement alternatif à toute la culture moderne, à partir du christianisme ou de Descartes, à savoir que le présent ne contredit pas le concept d'éternité mais plutôt, et au contraire, que quelque chose de rationnel et donc de logique et donc d'éternel qui ne serait pas réel ou non présent serait simple flatus vocis ou une pure abstraction dépourvue de réalité. Il s'ensuit que l'Éternel est réel, et qu'il l'est dans un seul et même acte, en entrant dans le phénoménal, dans le devenir, dans ce qu'on appelle l'histoire, c'est-à-dire dans les événements humains et non pas comme une réalité séparée et donc à côté ou parallèle à ces événements mais, de manière exclusive et intégrale, uniquement dans la phénoménologie de ces événements et à travers eux, qui ne sont ni éternels ni rationnels puisqu'ils sont subordonnés au temps et à l'espace et sont donc dépourvus de conceptualité, même s'ils sont riches de l'"abondance" d'attributs historiques ostentatoires, malgré cela et en conjonction avec cela, Hegel nous enseigne que c'est précisément dans cette "richesse" sans conceptualité et seulement en elle et par elle que l'éternel est présent et le rationnel est réel: en termes évangéliques: "...personne ne peut connaître le Père si ce n'est par moi" (Jean, 14 : 1-6).

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Un tel Logos, selon la sagesse indo-européenne de la Tradition helléno-romaine et dans son "salut" effectif des phénomènes, aimant le Monde, signifie que le Divin est dans le microcosme (l'homme) comme il est dans le macrocosme (l'univers), mais il signifie aussi , plus encore, que le Divin n'est que dans le phénoménal et ne peut être connu qu'en devenant le connu, et chez Hegel que le "devenir", étant donné le caractère initiatique de son concept de Connaissance, signifie vivre et donc se souvenir (anamnèse platonicienne.... ) d'avoir toujours été. En cela consiste, selon Hegel, le Savoir absolu qui, loin d'être possédé, rétablissant ainsi le dualisme, coïncide avec l'Etre le Savoir absolu, réalisant ainsi l'unité du connaissant et du connu dans la mesure où il s'agit de l'identification initiatique: "Tu es Cela ! (Upanischad, Svetaketu, 8.7) ; et il est salutaire, pour l'esprit, de faire remarquer que même dans un tel enseignement de la sagesse hindoue, le "temps" est au présent : "vous êtes" et non pas "vous serez" ou "vous étiez" ; tout comme dans la Tradition hermétique, où rien d'autre n'est dit, si ce n'est que l'Or scintille et s'occulte maintenant, au présent, et n'est, de tout temps, que dans le Plomb lépreux et qu'il faut libérer le Plomb de la lèpre pour que l'on puisse avoir (et, c'est-à-dire, être... ! ) Or et que, par conséquent, ce n'est que dans le Corps-Sel de Plomb qu'il y a de l'Or, mais personne ne le sait et, par conséquent, c'est comme s'il n'était pas là, puisque le Plomb (homme vulgaire) dans son ignorance, est convaincu qu'il n'est qu'un élément lépreux et non un Corps de Lumière, de l'Or brillant, du Saturne d'Or, comme il l'a toujours été dans l'Instant qui est l'Éternel et qui équivaut à la Connaissance d'être l'Absolu.

19 mai 2022

12:26 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hegel, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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