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mardi, 07 juin 2022

La bataille de l'opinion et de l'espace public

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La bataille de l'opinion et de l'espace public

Lander Kerkhofs

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/931110_de-strijd-om-de-opinie-en-de-openbare-ruimte

Quelles sont les limites de la liberté d'expression ? Les universités et les médias grand public doivent-ils être ouverts à toutes les opinions ? Ou doivent-ils refuser les orateurs au nom de la démocratie et de la tolérance ? Une attitude ouverte les fait-elle faire partie d'une "brigade de normalisation de l'extrême droite" ? Ou bien font-ils le pont nécessaire pour transcender la polarisation de la société ? La question est de retour après n'avoir jamais vraiment disparu.

"Qu'est-ce qu'il y a dans un nom ?" / What's in a name?

Pour reprendre l'expression anglaise, what's in a name ?: Une avalanche de termes perdent rapidement leur sens et sont utilisés de manière inappropriée.

Un exemple frappant en est le terme "haine" et plus précisément : la propagation de la haine dans le but de miner la démocratie. La grande lutte fantôme contre le "fascisme". Ce ne sont là que quelques exemples des insultes qui sont invoquées à maintes reprises pour faire taire les opposants politiques.

Alors qu'y a-t-il de détestable dans un message partagé par quelque 25% du peuple flamand qui devraient être entendus lors de la formation d'un gouvernement ? N'est-ce pas là l'essence même de la démocratie, que ce sont les partis gagnants qui ont le dessus et non les partis qui perdent les uns après les autres depuis 30 ans ? L'extrémisme est-il alors le refus de recourir à la violence pour atteindre des objectifs ? Alors, d'où vient-elle cette violence politique de droite ? Reste-t-il vraiment un fascisme, sauf peut-être le gouvernement avec son élan vers l'autoritarisme et les mesures collectives pour exclure les non-vaccinés ?

Ceux qui veulent élever le spectacle de bretelles de Lieven De Boeve lors du carnavalesque défilé annuel de la Gay Pride à la norme sexuelle en Flandre décideront pour vous, à votre place, de ce que vous devez trouver de formidable. Vous-même n'aurez plus le droit de le faire.

La fausse justification de Popper

La justification intellectuelle que vous voyez alors émerger est celle du théoricien libéral Karl Popper. A savoir, qu'il faut limiter les avantages de la démocratie pour ceux qui la menacent. Karl Popper se référait en particulier aux exemples historiques d'Hitler, des staliniens, etc.

Il n'en est même pas question aujourd'hui, puisque les votes ici en Flandre, ou, par extension, en Belgique, n'appellent pas à l'abolition de la démocratie, mais au contraire à son renforcement par l'application du principe de subsidiarité, entre autres.

À propos, là où Karl Popper en tant que théoricien, et beaucoup de ceux qui le suivent, se sont trompés, c'est que leur vision de la démocratie est liée au principe du libéralisme. En fin de compte, démocratie et libéralisme sont tout le contraire l'un de l'autre. Avec son concept négatif de la liberté, le libéralisme a érodé la démocratie. Pour cette vision libérale de la démocratie, la libération de l'individu par rapport aux liens qui soudent la communauté est devenue le point central pour les libéraux poppériens, qui ne considèrent pas que la liberté individuelle découle de la croissance organique et des droits et devoirs de la communauté.

Plus encore que le concept erroné de liberté individuelle, le libéralisme a érodé les valeurs communes de la communauté afin de trouver facilement un consensus sur des questions éthiques et morales (non communautaires), par exemple. Ce n'est pas pour rien que le centre politique s'effondre autant dans les sondages.

Pourtant, la société ouverte, telle que définie au départ par Karl Popper, est très clairement la chose même que combattent les voix qui appellent au rétrécissement du débat public. À savoir, qu'en tant qu'être humain et en tant que société, vous êtes ouvert à l'imperfection des idées et des opinions. Pour Karl Popper, les ennemis de la société ouverte étaient les régimes qui n'étaient pas ouverts à l'idée qu'ils pouvaient y avoir de mauvaises idées. Prendre la fin de l'histoire comme point final était également, selon Karl Popper, basé sur la fausse supposition qu'à un moment donné, il y aurait une civilisation mondiale dans laquelle toutes les questions politiques auraient été résolues et combattues. C'était la tension et le prix que nous devons tous payer pour vivre dans une société ouverte. Peut-être que ceux qui pensent suivre aujourd'hui ce récit poppérien devraient être ouverts à la possibilité qu'ils aient pu un jour faire une erreur dans leur raisonnement. Reconnaître cela dans le monde réel, en dehors des idéaux abstraits aux objectifs éventuellement nobles, est précisément la meilleure défense d'une société ouverte.

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Le chantage comme outil de guerre politique

La K.U.L. (Katholieke Universiteit Leuven) est sous les feux de la rampe aujourd'hui parce qu'elle offre, dit-on, une plate-forme à l'"extrême droite". Ne partent-ils pas du principe que les universitaires peuvent par eux-mêmes être critiques ? Ou pensent-ils que cette catégorie de la population est si impressionnable qu'elle est capable de sombrer dans l'extrémisme après une "fausse" conférence? Pour les personnes tolérantes et vertueuses qui se targuent d'avoir une image positive de l'humanité, un tel raisonnement ne serait pas de mise.

Bien sûr, il y a une autre stratégie derrière cela... Si vous pensez, par exemple, aborder leur récit d'une manière quelque peu critique, vous serez accueilli par un coup de la massue du politiquement correct. Vous êtes invariablement critiqué ou soupçonné d'appartenir secrètement au grand mouvement extrémiste qui connaît une recrudescence depuis 1946. L'idée derrière cela n'est pas si nouvelle et ne vient même pas à l'origine d'un cénacle d'incorrigibles féroces, mais plutôt des idées de Carl Schmitt selon lesquelles la démocratie libérale est en fait un système politique faible, à savoir que cette démocratie libérale est capable de se dissoudre elle-même. Schmitt affirme que la politique se définit à partir de ceux que nous considérons comme des amis et des ennemis. En d'autres termes, pour faire de la politique, il ne faut pas tant utiliser des arguments mais il faut plutôt définir une certaine image de l'ami et de l'ennemi. C'est à partir de cette ligne de démarcation que les mondialistes mènent la guerre politique. Dès que l'on peut attacher à un groupe ou à des personnes individuelles un terme hostile, qui ne doit certainement pas être basé sur des faits ou des arguments par souci de clarté, on n'a plus à s'occuper du contenu de leurs discours ou écrits et on s'arroge le droit d'utiliser tous les moyens pour leur nuire tels que le chantage ou la diffamation.

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Un bon exemple de cela, outre les discussions classiques gauche-droite, est la manière dont les voix critiques au sein du débat sur l'affaire du Coronavirus ont été contrées au cours des deux dernières années. L'exemple archétypique de Sam Brokken (photo), chercheur au Collège universitaire PXL de Hasselt, a été disqualifié de son poste alors qu'on lui a donné raison par la suite. La stigmatisation des anti-vaxxers étaient la même que celle qui frappait les négateurs irrationnels de la science. Ce n'est pas une coïncidence si les théoriciens zélés de la conspiration cherchent à les lier les uns aux autres.

Le facteur de connexion

Il existe toujours un facteur de connexion, même si les acteurs tels que les journalistes, les politiciens, les scientifiques et les activistes ne se connaissent souvent pas. Qu'est-ce qui lie alors ces différents acteurs dans leur idéologie ? Ou, où se trouve laligne de démarcation politique, qui, finalement, n'est pas si nouvelle que cela ?

Tout d'abord, il y a le facteur unificateur que constitue l'image de l'ennemi. Les ennemis communs font souvent de bons amis, également en politique. Même lorsque l'histoire qui est écrite crée une image fantôme, à savoir que toute personne critiquant la migration de masse est un fasciste, que toute personne critiquant l'impérialisme des États-Unis et de l'OTAN est un partisan de Poutine et que toute personne critiquant l'approche coercitive des confinements et des vaccinations (semi-)obligatoires est un négateur de la science. Il est plus difficile de vendre ce que vous défendez que de se concentrer sur un ennemi commun et de faire partie d'une majorité imaginaire dans laquelle vous pouvez frapper vos adversaires politiques (souvent sans les connaître) à cœur joie.

Un deuxième facteur de connexion qui crée immédiatement une ligne de démarcation entre la foule et les voix critiques, d'une part, et celles du système politique, d'autre part, est la croyance en un être humain "socialement modifiable". Une croyance en un homme et une société socialement façonnées, sans plus de frontières et avec seulement des connexions artificielles. Du communisme utopique au transhumanisme en passant par un État mondial unipolaire dirigé par les puissances anglo-saxonnes, nous avons là des alliés parfaits en dépit des différences idéologiques. Même si ces idéologies (même résiduaires et marginales) ne sont soutenues que par une minorité absolue, qu'elles présentent des positions excessives et même très extrêmistes et qu'elles rencontrent une résistance intuitive de la part d'une partie toujours plus grande de la population, elles tentent de se présenter comme le centre de la société, ce qui peut pousser les autres (même majoritaires) à la marge.

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Opinions dans l'espace public

Ils sont convaincus qu'il faut empêcher toutes les voix critiques, qui s'opposent à l'ingénierie sociale, de se faire entendre dans les universités, dans les médias et dans la rue. Ils ne croient plus que l'on puisse encore diriger la société en présentant des arguments, d'où ils recourent aux attaques toujours plus nombreuses contre des individus spécifiques. Ces individus sont ceux que les mondialistes appellent "la brigade de normalisation" de l'extrême-droite ou les intellectuels du mouvement wappie. Ces personnalités formeraient une communauté soudée, insufflant une nouvelle vigueur aux débats de société, alors que le gros de la population et même les tenants du pouvoir n'ont plus aucune foi dans les idéologies mainstream.

Pour le résumer par une citation de Hannah Arendt : "Il n'y a pas de pensées dangereuses, la pensée elle-même est dangereuse."

Lander Kerkhofs.

18:19 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, espace public, opinion publique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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